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Relations internationales : penser autrement

De
158 pages
Les événements récents - attentats terroristes du 11 septembre, entrée de la Chine au sein de l'OMC, guerre anglo-américaine contre l'Irak - ont profondément et durablement modifié les relations internationales. Or, nous avons tendance à interpréter ces changements à l'aide de schémas anciens, hérités de la fin du XXe siècle. Face à la mondialisation, face à l'unilatéralisme américain, il convient peut-être aujourd'hui de changer notre façon de penser. Pour ce faire, ce livre essaie de démonter un à un les repères intangibles des analyses d'autrefois et tente d'y substituer d'autres chemins possibles.
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Relations internationales: penser autrement

@ L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-5000-1

Stéphane MADAULE

Relations

internationales.

penser autrement

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

ITALlE

Du même auteur
Commerce et développement: le cas des céréales, Editions l'Harmattan, 1990

Chronique d'un citoyen ordinaire, . Editions l'Harmattan, 2000

Le développement en projets: conception-réalisation-études de cas, Editions I'Harmattan, 2002

Remerciements

Je tiens particulièrement à remercier Sylvie, Jérôme Spick et Jérôme Martin qui ont contribué chacun à leur manière à l'aboutissement heureux de ce travail d'écriture et de mise en forme pour la publication.

Introduction

générale

Les développements récents de l'actualité ont profondément modifié la réalité des relations internationales. Que ce soit la chute du mur de Berlin qui depuis 1989 rapproche les anciens pays de l'Est de l'Occident comme également la Chine depuis son adhésion à l'organisation mondiale du commerce (OMC), que ce soient les événements terroristes du Il septembre 2001 à New York ou les conditions diplomatiques exceptionnelles qui ont prévalu lors de la guerre en Irak du printemps 2003, une série d'évènements maj eurs a entraîné des bouleversements irrésistibles. Et cette véritable mutation semble s'accompagner et toujours plus se nourrir d'un processus accéléré de mondialisation jamais connu auparavant. Or, depuis une dizaine d'années déjà, le discours dominant sur le plan des relations internationales est relativement figé. Le monde occidental ayant vaincu les utopies marxistes, le modèle à diffuser au plus grand nombre devient naturellement celui mis en œuvre par l'Occident, basé sur la démocratie, les droits de l'homme et l'économie de

marché. Chaque pays pauvre est donc instamment invité à s'en rapprocher au plus vite. Il doit tout mettre en œuvre dans ce sens, les aides des pays riches étant pour la plupart conditionnées à l'adoption d'un tel modèle. Ces grandes valeurs sont d'ailleurs partagées par l'Europe de l'Union et singulièrement depuis l'adoption du traité de Maastricht en 1992, résolument tourné vers le libéralisme. Le dialogue entre l'Union européenne et les Etats-Unis est ainsi relativement bien codifié: celui de pays qui partagent les mêmes valeurs et qui appartiennent à un seul pôle dominé par les Etats-Unis. Toutefois, certains pays d'Europe voulant quelque peu s'émanciper de cette tutelle, la construction d'une Europe puissance est progressivement devenue le credo de leurs partis de gouvernement. Cette vision d'une « Europe européenne» est certes pragmatique mais demeure encore minoritaire. Elle prend en compte la nécessité de disposer de la puissance pour défendre ce qu'elle déclare être ses propres intérêts. Plus modestement, la constitution de vastes zones régionales de libre-échange un peu partout dans le monde a pour but de réguler au mieux les quelques effets pervers de la mondialisation, une mondialisation par ailleurs jugée « globalement positive ». A l'ONU, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité voient donc leurs points de vue se rapprocher. Il n'y a donc plus de problèmes insurmontables, chacun des cinq défendant finalement le même modèle de société. Les autres pays représentés à l'ONU donnent corps aux majorités voulues par les plus puissants, leur assurant ainsi de facto une reconnaissance sur le plan de la légalité internationale. Mais ce bel ordonnancement s'est brutalement déréglé, surtout depuis le Il septembre 2001. Pour le monde «dit en développement », il apparaît de plus en plus clairement que les valeurs des droits de l'homme, de la démocratie et de l'économie de marché ne constituent pas des viatiques suffisants pour atteindre la prospérité. Bien au

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contraire, certaines inégalités se creusent. Il apparaît également que l'unité politique et militaire de l'Union européenne reste une chimère, tant les divergences entre Européens ont été profondes lors de la crise irakienne, tant il devient de plus en plus difficile de faire cohabiter les positions politiques de vingt-cinq pays différents, tant enfin une majorité de pays européens privilégie le lien transatlantique à toute autre construction. Il apparaît enfin que la puissance étant à l'avantage des Etats-Unis, cette grande nation ne s'embarrasse plus de grands principes pour passer outre la légalité internationale et faire valoir ses vues, son droit, ses intérêts, au besoin en dehors (Irak) ou en marge (Kyoto) de la communauté internationale. Or sur le plan international, notre réflexion est encore largement imprégnée des mêmes présupposés qu'autrefois. Ce livre a donc pour ambition d'aider le lecteur à penser autrement, c'est-à-dire à mieux évaluer la validité des principes qui fondent en 2003 les relations internationales, notamment depuis la chute du mur de Berlin et la victoire triomphante du modèle libéral. Penser autrement, c'est d'abord se demander s'il était réellement pertinent de croire que chaque pays, quelle que soit sa situation économique, a un intérêt puissant à adopter un système économique libéral le mettant directement en concurrence avec les plus compétitifs de la planète? Penser autrement, c'est également se demander si la construction d'une identité européenne, d'une diplomatie européenne, d'une défense européenne n'appartient pas plutôt au domaine du rêve? La réalité européenne est peut-être autre, faite de peuples différents qui ont pourtant fait l'effort de choisir la voie du dialogue et de la légalité internationale, plutôt que la voie de l'instrumentalisation du droit au service de la puissance. Penser autrement, c'est enfin critiquer la pertinence de certaines analyses visant à nous faire croire que la

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construction d'une Union européenne à l'identité politique mal définie constitue le seul schéma d'avenir pour la diplomatie française. Ce court essai tente de répondre à toutes ces questions. Pour autant, son ambition n'est pas de critiquer pour critiquer mais plutôt d'expliquer qu'il peut exister une autre façon de penser les rapports Nord-Sud, la construction européenne ou encore la place de la France dans le monde. Les trois principaux niveaux qui structurent les rapports extérieurs d'un pays sont donc successivement abordés: l'échelon planétaire avec les rapports Nord-Sud et notamment un de ses principaux instruments d~ dialogue, l'Aide publique au développement; l'échelon régional; l'échelon de la nation et ses chances véritables de survie dans un monde globalisé. La première partie s'interroge donc sur les vertus réelles du modèle dominant mis en œuvre dans les pays riches et démocratiques et que l'on tente d'imposer au reste de l'humanité. Cette analyse s'appuie notamment sur l'étude des conditions de mise en œuvre de l'Aide publique au développement. Son intérêt stratégique avait paru pâtir de la fin de la confrontation Est-Ouest. Les problèmes de terrorisme et d'immigration clandestine la remettent tout à coup en pleine lumière. Pourtant, bien des évolutions paraissent nécessaires pour prétendre lui donner de l'efficacité, pour espérer en faire un jour l'instrument efficace d'un dialogue entre les peuples. La deuxième partie tente de découvrir la véritable nature de ce qu'on appelle parfois l'identité européenne au moment où Valéry Giscard d'Estaing a travaillé dans le cadre de la Convention européenne chargée de la réforme des institutions à lui trouver une âme. A rebours des idées reçues, cette identité semble plus à rechercher dans la diversité des peuples qui la compose que dans l'unification de leurs politiques et de leurs styles de vie. Cela veut-il dire qu'il ne faille pas construire l'Europe? Dans un monde dominé par le

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libéralisme où s'expriment crûment les rapports de force, existe-t-il d'autres alternatives pour espérer conserver un peu de son indépendance, un peu de son identité? La dernière partie évoque plus particulièrement la place de la France dans le monde et ses perspectives, notamment dans le cadre du dialogue avec les Etats-Unis. Elle s'appuie en cela sur une analyse critique d'un article rédigé par un grand spécialiste de ces questions, Thierry de Montbrial, particulièrement représentatif d'un courant de pensée dominant. Les notions avancées de leadership des Etats-Unis, de souveraineté partagée, d'Europe intégrée sont fermement contestées. Cet essai réfute l'idée communément admise que l'avenir de la France passe nécessairement par un arrimage plus étroit à un nouveau bloc européen conservant lui-même des liens de dépendance avec «l'Empire américain ».

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Partie I

Les rapports Nord-Sud dans l'univers libéral

Chapitre 1- Les difficultés d'application la doctrine libérale

de

L'application

de la loi des avantages comparatifs et ses conséquences

L'économie libérale vit encore largement selon les préceptes d'une théorie économique relativement simple à comprendre, une théorie proposée par l'économiste David Ricardo au début du XIXe siècle et qui a pour nom "la loi des avantages comparatifs". Dans ce cqdre d'analyse, chaque pays a ou peut se constituer un capital d'excellence lui pennettant d'obtenir un avantage comparatif à produire des biens et des services de préférence à d'autres régions ou d'autres pays. Si on laisse jouer les lois du marché, il se crée donc une complémentarité objective entre les capacités de production de certains pour produire au meilleur coût et les capacités d'autres pour produire également au meilleur coût mais d'autres biens ou services. Il en résulte une spécialisation internationale accrue pour le plus grand bien de tous. Certes, le progrès technique et sa diffusion parfois imparfaite et inégale viennent sans cesse remettre en cause les positions acquises mais, in fine, chacun s'y retrouve puisqu'il emploie ses ressources à ce qu'il fait le mieux. On pourrait appeler cela les effets bénéfiques de la concurrence. Ainsi, dans un siècle passé, le Portugal était effectivement plus compétitif dans la production de vin et avait donc avantage à se spécialiser dans cette activité. A l'inverse, un pays comme l'Angleterre n'était pas véritablement prédisposé géographiquement à maintenir sur son sol une production de vin couvrant ses besoins. Ses avantages comparatifs étaient ailleurs. En revanche, son développement technique dans le textile le rendait particulièrement perfonnant dans la production de draps dont

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