Réponses à la délinquance

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Pourquoi l'insécurité est-elle devenue une préoccupation majeure ? Comment se fabrique le sentiment d'insécurité ? Comment fonctionnent les dispositifs locaux de prévention et de sécurité ? La vidéosurveillance est-elle efficace ? Quelles sont les caractéristiques du système policier français ? A quoi servent les polices municipales ? Quelle est l'avenir de la dualité police-gendarmerie ? Voici quelques-unes des questions auxquelles ce livre apporte des éléments de réponse.
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140003325
Nombre de pages : 326
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François Dieu
RÉPONSES À LA DÉLINQUANCE
République et Sécurité
RÉPONSES À LA DÉLINQUANCE
République et sécurité Collection dirigée par François Dieu République et sécurité entretiennent depuis toujours un lien aussi étroit que complexe. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 – emblématique s’il en est des valeurs républicaines – élève la sécurité, à travers la notion de « force publique », au rang de droit naturel et imprescriptible. C’est donc faire œuvre républicaine que de garantir, pour nos concitoyens, une sécurité, condition première de la liberté que d’aucuns considèrent même comme un droit. Il s’agit surtout d’un bien commun qui se nourrit des valeurs de la République tout autant qu’elle entend les protéger. S’il est nécessaire de défendre une République contre les multiples atteintes auxquelles elle fait face – délinquance, violences, criminalité organisée, terrorisme – il s’agit tout autant de garantir le respect des libertés individuelles naturellement menacées par les instruments de la répression et de la prévention. Dès lors, les visages multiples de la sécurité rassurent tout autant qu’ils font peur. Cette ambivalence permet de saisir le caractère profondément polémique de ce terme « sécurité – et surtout de son épithète « sécuritaire » – dont les contours varient au gré des évolutions historiques, sociales et politiques. La sécurité doit être un facteur de cohésion, mais elle engendre controverses et débats. Sans sécurité, diffuse et quotidienne, l’idée même de République ne semble pouvoir se concrétiser voire subsister, au moins en tant que système politique promouvant les valeurs humanistes. C’est tout l’objet de cette collection que d’interroger sans détour ni polémique le lien entre République et sécurité et d’en explorer sans concession ni préjugé les diverses dimensions. Déjà parus : Jean-Louis Loubet del Bayle,Police et politique, 2006. François Dieu,Sociologie de la gendarmerie, 2008.
François Dieu RÉPONSES À LA DÉLINQUANCE
Du même auteur : Gendarmerie et modernité, Montchrestien, 1993.Sécurité et ruralité. Enquête sur l'action de la gendarmerie dans les campagnes françaises, IHESI, « Études et Recherches », 1997. Politiques publiques de sécurité, L'Harmattan, « Sécurité et société », 1999. La force publique au travail. Deux études sur les conditions de travail des policiers et des gendarmes, avec Paul Mignon, L'Harmattan, « Sécurité et société », 1999. Sécurité et proximité. La mission de surveillance générale de la gendarmerie, avec Paul Mignon, L'Harmattan, « Sécurité et société », 2001. La Gendarmerie. Secrets d'un corps, Complexe, « Théorie politique », 2002. Policer la proximité. Les expériences françaises, britanniques et new yorkaises, L'Harmattan, « Sécurité et société », 2002. Police de la route et gendarmerie, L'Harmattan, « Sécurité et société », 2005. Justice et femme battue. Enquête sur le traitement judiciaire des violences conjugales, avec Pascal Suhard, L'Harmattan, « Sécurité et société », 2008.Introduction à la méthode de la science politique, L’Harmattan, 2008. Sociologie de la gendarmerie, L’Harmattan, « République et sécurité », 2008. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08705-4 EAN : 9782343087054
Introduction 1. Sécurité et insécurité : un objet de recherche ? 2. Extrémisme sécuritaire ou angélisme sécuritaire ? 3. Une considération pour la victime ? 4. Réponses ou solutions à la délinquance ? Chapitre 1: L’épreuve de l’insécurité 1. L’inscription sur l’agenda public 2. La peur du crime, composante de l’insécurité 3. La « tolérance zéro » : l’expérience new-yorkaise Chapitre 2: La gouvernance de la sécurité 1. L’étatisme de la sécurité 2. La déconcentration de la sécurité 3. La décentralisation de la sécurité 4. La privatisation de la sécurité Chapitre 3: La prévention de la délinquance 1. Définitions et modèles de prévention 2. Les politiques de prévention 3. La vidéosurveillance urbaine Chapitre 4: Les territoires de la sécurité 1. Malaise social et sécurité urbaine 2. Anomie périurbaine et sécurité publique 3. Aménagement du territoire et sécurité dans les campagnes Chapitre 5: La notion de police 1. La violence policière 2. La police de proximité
SOMMAIRE
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Chapitre 6: Les polices françaises 1. La police nationale 2. La gendarmerie nationale 3. Les polices municipales Chapitre 7: Le dualisme policier français 1. La répartition des tâches policières 2. Les justifications du dualisme policier 3. Les remises en cause du dualisme policier Conclusion
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INTRODUCTION
Encore un livre sur la délinquance ! Malgré ce jugement à l’emporte-pièce, il paraît nécessaire de persister dans cette voie qui est loin d’être une impasse tant il est vrai que la connaissance objective des questions d’insécurité, en dépit de différents apports, continue de se singulariser par une certaine carence, qui contribue à la persistance de conceptions outrancières dominantes. Le champ de la sécurité est insuffisamment disputé au sens commun, qu’il émane des médias et de leurs « experts », des représentations populaires et de leurs préceptes, ou encore des institutions et de leurs intérêts corporatistes, ce qui se traduit, entre autres, par une attention encore insuffisante pour les victimes ainsi que par une confusion constante entre ce qui relève respectivement des « solutions » et des « réponses » à la délinquance. 1. Sécurité et insécurité : un objet de recherche ? Les sciences sociales ont longtemps manifesté un désintérêt pour le phénomène « sécuritaire » – pour employer un épithète non dénué de connotation péjorative – du fait d’une certaine absence de « pureté scientifique » de cet objet constamment labouré par ce que Durkheim appelait si justement la « connaissance vulgaire et pratique », largement abandonnée aux mises en scène médiatiques, aux discours idéologiques et aux expertises intéressées. Aussi les quelques recherches produites par la sociologie, l’histoire ou encore la science politique subissent-elles de plein fouet la concurrence intraitable d’un déferlement d’écrits dont certains revendiquent une inscription dans le registre scientifique, en jouant alors sur l’abandon, par l’université française, du champ criminologique. Le discours scientifique sur le phénomène criminel ne dispose pas, en France, au moins pour l’instant, d’une discipline une et pluridisciplinaire, avec son identité et son ouverture, susceptible d’accueillir des travaux disposant souvent, compte tenu de leur dimension empiriquement criminologique, d’une faible reconnaissance dans leur discipline d’origine. Ainsi, la réception mitigée, pour
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ne pas dire hostile, du rapport de la Conférence nationale de criminologie (CNC) (Villerbu, 2010) et des propositions de son comité de suivi apparaît, à cet égard, comme une illustration saisissante d’une incapacité devenue structurelle à parvenir, en matière de formation et de recherche, à sortir d’une « exception française » (Tournier, 2009). Il est vrai que, contrairement aux orientations de la CNC, le ministère de l’Enseignement supérieur envisageait d’inscrire la criminologie, dans la continuité du rapport Bauer de mars 2008 sur la « formation et la recherche stratégique », dans un ensemble plus vaste intitulé : « Criminologie, diplomatie, polémologie et stratégie ». Il s’agissait là d’un rapprochement contestable dans la mesure où la criminologie n’a pas grand-chose à voir avec les relations internationales ou encore la science de la guerre. Depuis plusieurs décennies, les velléités de mise en place hexagonale de cette discipline se sont immanquablement heurtées à une double opposition corporatiste : d’une part, celle de juristes considérant la criminologie comme leur « chose », comme un prolongement et une annexe du droit pénal et des « sciences criminelles », d’autre part, celle de sociologues « sociologistes » pour lesquels elle ne peut être qu’une des branches (la « sociologie criminelle » ou « sociologie de la déviance ») d’une sociologie appréhendée comme LA science sociale. La criminologie est alors dans une situation analogue à celle qui a prévalu pendant longtemps pour la science politique, prise entre l’enclume des sciences politiques (la science politique perçue comme un conglomérat de connaissances sur l’objet politique) et le marteau de la sociologie politique (la science politique appréhendée comme une branche de la sociologie en charge du « fait social » politique). À défaut de pouvoir contester le bien-fondé épistémologique de son existence, certains se réfugient alors dans le postulat selon lequel, en France, compte tenu d’une histoire politique dominée par la confiscation de l’ordre par le pouvoir, la criminologie ne peut être autre chose qu’une « science d’État » destinée à donner une base scientifique à la primauté de la répression, voire au traitement pénal des problèmes sociaux. Même si cet argument fallacieux s’inscrit, conjoncturellement, dans une critique acerbe et militante des politiques de sécurité conduites par les gouvernants de droite entre 2002-2012, elle n’en traduit pas moins la persistance de prévention vis-à-vis de tout ce qui se rapporte à l’ordre, même si, dans le cas présent, il s’agit justement d’en proposer une approche objective. À moins que ce ne soit justement cette perspective qui effraie ceux pour lesquels la science n’est qu’un alibi pour un combat idéologique qui ne deviendrait que trop manifeste avec l’essor d’une criminologie pratiquant le débat pluraliste. Dans le même ordre d’idées, cet essor aurait pour effet d’encourager le développement de différentes équipes de recherche au sein des universités françaises, ce qui remettrait en cause le monopole de fait acquis par ceux qui, tout en se présentant comme les figures « acceptables » et « historiques » de la criminologie, n’en ont pas moins été à la pointe du combat mené contre son apparition.
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La criminologie française est donc une discipline paradoxale, la légitimité de son existence scientifique et sociale cohabitant avec une absence persistante de réalité institutionnelle. Le phénomène criminel est pourtant devenu un axe de questionnement dans le débat public et un enjeu pour de nombreux professionnels du champ sanitaire, juridique et social. Des formations universitaires en criminologie, au niveau de la licence et du master, permettraient ainsi de mettre à la disposition des institutions policières et judiciaires des candidats au recrutement disposant de savoirs étayés et opérants qu’il conviendrait ensuite de professionnaliser au niveau des écoles de fonction publique. C’est le cas manifestement pour l’administration pénitentiaire, dont l’ensemble des métiers (directeurs des services pénitentiaires, officiers pénitentiaires, surveillants pénitentiaires, directeurs pénitentiaires d’insertion et de probation, conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation) requiert, à l’évidence, une solide formation criminologique qui, à défaut d’être prodiguée et validée au niveau universitaire, doit faire l’objet d’un apprentissage accéléré lors de la formation initiale dispensée à l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP). En dépit de l’existence de compétences reconnues et de la production régulière de recherches et de savoirs positifs sur le phénomène criminel, le champ scientifique français se trouve dépourvu, contrairement à d’autres pays occidentaux, d’une authentique criminologie, c’est-à-dire d’une communauté scientifique institutionnelle se rattachant formellement à un objet d’étude commun : le comportement criminel, les formes de criminalité, les auteurs et les victimes de la criminalité, les instances de régulation sociale et les réponses à la criminalité. Bien qu’aspirant à une identité propre, cette criminologie, qui s’est institutionnalisée en dehors du système universitaire, demeure une discipline « annexe » et éclatée, aux contours imprécis et au carrefour de plusieurs spécialisations plus ou moins développées et reconnues en l’absence d’une criminologie instituée, fédératrice et unitaire (psychiatrie criminelle, médecine légale, criminalistique, police technique et scientifique, psychologie criminelle, démographie criminelle, sociologie criminelle, pénologie, victimologie, sciences pénitentiaires, sociologie de la police, politiques publiques de sécurité, etc.). Cette fragmentation disciplinaire produit une analyse du phénomène criminel dans ses multiples facettes sous la bannière, avec les méthodologies et les concepts, mais aussi les instruments de diffusion des disciplines ayant investi cet objet singulier, ce qui a pour effet de produire des savoirs morcelés difficilement mis en relation. En ce qui concerne l’enseignement universitaire, la criminologie n’existe que de manière accessoire, voire anecdotique, sous la forme, pour l’essentiel, d’enseignements épars, de diplômes d’universités et de spécialisations dans quelques masters. Le caractère pluridisciplinaire de la criminologie est instrumentalisé par les disciplines établies pour lui contester son identité épistémologique et son existence institutionnelle. Quant aux universitaires et chercheurs français, malgré leurs travaux sur le champ
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