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République Démocratique du Congo

De
384 pages
La présente publication couvre la période qui va d'octobre 1996 à juillet 1998, de la création de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo, l'organe politique issu de la rébellion/invasion qui conduit au pouvoir Laurent Désiré Kabila, jusqu'à la veille du déclenchement d'une nouvelle rébellion/invasion dirigée cette fois contre le régime Kabila. Comme celui qui a été consacré aux années 1990 - 1997 de la transition "démocratique" (voir les Cahiers Africains No27-28-29, 1997), cet ouvrage se veut un ouvrage de référence et un outil de travail. Il vise à ouvrir au lecteur des pistes d'analyse et d'interprétation en même temps qu'à lui donner un tableau d'ensemble des événements et des acteurs ainsi qu'un certain nombre de documents significatifs. L'ouvrage comprend trois parties. La première porte sur la politique intérieure, la seconde sur les relations du régime Kabila avec une région - le Kivu - qui joue un rôle singulier et crucial dans son évolution, la troisième sur les aspects internationaux.
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n° 35.36
décembre 1998

G. de VILLERS et J.-C. WILLAME
en collaboration avec J. OMASOMBO et E. KENNES

REPUBLIQUE

DEMOCRATIQUE

DU

Chronique politique
d'un entre-deux-guerres
Octobre 1996 . Juillet 1998

Institut Africain-CEDAF Afrika Instituut-ASDOC
Tervuren

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris

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(anciennement

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Cahiers du CEDAF) ISSN 1021-9994 Périodique bimestriel de l' Tweemaandelijks tijdschrift van het Bimonthly periodical of the (voorheen AS DOC-Studies )

Institut

Africain

Centre d'Etude et de Documentation Africaines (CEDAF)
Leuvensesteenweg 13,3080 Tervuren,

Afrika Instituut Afrika Studie- en DokumentatieCentrum (ASDOC)

cio Africa Museum

Tel: (32) 2768 19932 Fax: (32) 2768 E-mail: institut.africain@euronet.be
Directeur

-

BELGIQUE

- BELGIË - BELGIUM
1995

- Direkteur - Director:

Secrétaire

de rédaction

- Redaktie
-

G. de VILLERS

secretaresse

- Editor:

E. SIMONS

ABONNEMENTSABONNEMENTEN . SUBSCRIPTIONS 6 numéros 6 nummers - 6 issues 1998 : nO-nr31 à-tot-to 36 1999 : nO-nr37 à-tot-to 42

Belgique - België - Belgium:
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Les Cahiers Africains sont publiés avec l'aide de la Communauté
@ Institut Africain / Afrika Instituut

française

-CEDAF

/ ASDOC,

1999

ISBN: 2-7384-7326-1 ISSN : 1021-9994

Sommaire Liste de sigles Avant-propos 9 13

Première partie: La politique intérieure par Gauthier de VILLERS et Jean OMASOMBO 17
Chapitre premier. L'AFDL mai 1997) 1.1. La création de l'AFDL
1.1.1. L'acte fondateur 1.1.2. Les composantes de l'Alliance

à la conquête du pouvoir (octobre 1996

19 19 19 21

1.2. Les textes de base: statuts, programme, orientations de l'AFDL _27 1.2.1. Les statuts et le « programme minimum» de l'Alliance 27 1.2.2. Programme idéologique 35 1.2.3. Autres documents d'orientation 43 1.2.4. Orientations économiques de l'Alliance d'après les textes de base et les 47 premières mesures adoptées

1.3. Les organes du pouvoir 1.4. Ralliements et refus de ralliement 1.5. Positions et discours politiques de l'Alliance 1.6. L'exercice du pouvoir dans les territoires « libérés»
1.6.1. Le choix des responsables 1.6.2. Encadrement et endoctrinement 1.6.3. Ordre et répression

49 S3 S9 64 64 65 67

Chapitre deuxième. Le nouveau régime: installation et mise en forme (mai 1997 janvier 1998)

-

71
71

2.1. Le cadre juridique

2.2. Les organes du pouvoir 79 2.2.1. La présidence 79 A. Cabinet et conseillersprésidentiels 79 B. Paroles et orientationsprésidentielles 83 2.2.2. Le gouvernement' 86 A. Compositiondu gouvernementde « salut public» mis en place le 1erjuillet 1997 86 B. Divergences,déboires, remaniements 89 2.2.3. Armée et servicesde sécurité 90 Composanteset divisionsde l'armée 90 2.2.4. Administrationterritoriale 97

6

G. de Vil/ers et J.-C. Wil/ame

2.3. L'action du pouvoir 2.3.1. Justice et répression A. Organes d'exception B. Répression a. La répression politico-économique b. La répression politique c. Sécurité et insécurité. Droits de l'homme 2.3.2. La mise en oeuvre du processus de« redémocratisation» La Commission constitutionnelle 2.3.3. Reconstruction et politique économique A. Le Colloque national sur les priorités du développement B. La conférence nationale sur la reconstruction (CNR) C. Le programme 2.4. Vie politique 2.4.1. L'évolution de l'AFDL 2.4.2. Les oppositions au régime Kabila A. Oppositions extérieures B. Oppositions intérieures a. L'UDPS b. Les FaNUS c. Le PALU d. La mouvance lumumbiste e. Les sociaux-chrétiens

101 101 101 104 105 106 108 111 113 117 118 120 123 125 126 129 130 131 131 133 135 137 139 140 140 142

2.5. La société civile 2.5.1. L'Eglise catholique 2.5.2. La position des ONG

Chapitre troisième. A l'épreuve du pouvoir Oanvier août 1998) _149
3.1. Le cadre juridique 3.2. Les organes du pouvoir 3.2.1. La présidence A. Cabinet et conseillersprésidentiels B. Paroles et orientationsprésidentielles a. Le président et l'intelligentsia b. Bilan et perspectivesde la reconstruction c. Démocratisation d. La questionde l'armée e. Les questionsdu Kivu, des Banyamulenge,du Rwanda 3.2.2. Le gouvernement 3.2.3. Armée et services de sécurité A. Le haut commandementmilitaire B. Le renvoi des « coopérants» rwandais C. Police nationale D. L'ANR et la DEMIAP 149 153 153 153 156 157 158 159 160 161 162 170 171 171 172 172

-

République

démocratique

du Congo:

Chronique

politique

7

E. Autres services ayant des fonctions sécuritaires 3.2.4. Administration régionale 3.3. L'action du pouvoir
3.3.1. Justice et répression A. Organes d'exception B. Répression a. La répression politique b. Sécurité et insécurité. Droits de l'homme c. Les associations des droits de l'homme face à la répression 3.3.2. La mise en oeuvre du processus de « redémocratisation» La commission constitutionnelle et son avant-projet 3.3.3. Reconstruction et politique économique La réfonne monétaire

173 173 179 179 179 179 180 182 184 187 188 193 200 202 202 202 202 207 214 214 215

3.4. Vie politique 3.4.1. Evolution de l'AFDL 3.4.2. Les oppositions A. Oppositions extérieures B. Oppositions intérieures 3.5. La « société civile» 3.5.1. L'Église catholique 3.5.2. Le mouvement associatif

Deuxième partie: Les relations du régime Kabila avec la région du Kivu par Jean-Claude WILLAME 221 Chapitre quatrième. Le gouvernement Kabila et le Kivu 4.1. La prise et l'occupation du Kivu par l'AFDL 4.2. Les évolutions entre janvier et mai 1997 : prises de position et réactions à l'AFDL 4.3. Le Kivu dans le nouveau Congo: de juin à décembre 1997
4.3.1. Les affrontements armés A. Au Nord-Kivu B. Au Sud-Kivu 4.3.2. Les tentatives de médiation et de pacification A. Du côté de la société civile B. Du côté des autorités gouvernementales

223 223
231 238 238 238 243 246 246 250 258 258 267

4.4. La dégradation et la répression: 4.4.1. Au Sud-Kivu 4.4.2. Au Nord-Kivu

de janvier à juin 1998

Troisièmepartie: Les relations internationales par Jean-Claude WILLAME 277 Chapitre cinquième. L'ONU et la RDC 279

8

G. de Villers et J.-C. Willame

5.1. La tentative de médiation politique 5.2. La question des droits de l'homme et des réfugiés

279

Chapitre sixième. Les relations entre la Belgique et la RDC 6.2. Les autres locuteurs: partis politiques, ONG, presse Chapitre septième. Les Etats-Unis et la RDC 7.1. Les Etats-Unis et l'implosion de l'Etat zaïrois 7.2. Le temps de l'attente 7.3. Un appui mitigé Chapitre huitième. LA RDC ET LES PAYS AFRICAINS

_

283

295 309 317 317 324 331 339

6.1. L'attitude du gouvernement: désengagement et volontarisme _295

Chapitre neuvième. L'aide internationale: la Conférence des pays amis du Congo 353 Index 365

République

démocratiql!e

du Congo:

Chronique

politique

9

Liste

de sigles
Agence Congolaise de Presse Afrique-Caraïbes-Pacifique/Union Européenne Allied Democratic Forces Alliance Démocratique des Peuples Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération Association des Jeunes Entrepreneurs et Cadres America Mineral Fields All North American Conference on Congo All North American Conference on Zaire Agence Nationale de Documentation Association Nationale des Entreprises Publiques Agence Nationale de l'Immigration Agence Nationale de Renseignements Aide Publique au Développement Armée Populaire de Libération Association des Politologues du Sud-Kivu Armée Patriotique Rwandaise Alliance pour la Résistance Démocratique Association Africaine des Droits de I'Homme Association Zaïroise des Droits de l'Homme Bureau d'Etudes, de Recherche et de Consulting International Bureau de Liaison Centre d'Encadrement et de Production Central intelligence Agency Centre Indépendant des Elections Conseil National de la Coopération au Développement Centre National des Elections Conseil National de Libération Conseil National des Organisations NonGouvernementales de Developpement Conférence Nationale sur la Reconstruction Conseil National de Résistance pour la Démocratie Conférence Nationale Souveraine Conférence pour le Développement du Kasa"-Oriental Communauté Katangaise d' Outre- Mer Campagne Pour la Paix Cercle de Réflexion et de Soutien à la Libération Confédération des Syndicats Chrétiens Christelijke V0lkspartij Direction militaire des activités anti-patrie
00 ... DirecteurGénéral

ACP ACP-UE ADF ADP AFDL AJEC AMFI ANACOCO ANACOZA AND ANEP ANI ANR APD APL APOSKl APR ARD ASADHO AZADHO BERCI BL CEPARD CIA CIE CNCD CNE CNL CNONGD CNR CNRD CNS CODEKOR COKATOM CPP CRESLI CSC CVP DEMIAP

DG
DGM DIA

DirectionGénérale des Migrations Defense Intelligence Agency

10

G. de Villers et J.-C. Willame

DSP FAC FAZ FEC FLNC FLOT FONUS FP FPC FPR GAS GCM GRAC GSSP HCR HCR/PT IBTP lKA JUFERI MIBA MINUAR MNC/L MPR MPRI MRLZ NALU NCOS NU NZ OBMA OCC OFIDA ONG ONU ONUSOM OUA PAD PALU PDG PDSC PIR PME PRP PS PSA PSC

...

:

Division Spéciale Présidentielle Forces Armées Congolaises Forces Armées Zaïroises Fédération des Entreprises du Congo Front de Libération Nationale du Congo Front de Lutte contre l'Occupation Tutsi Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité Front Patriotique Forces Politiques du Conclave Front Patriotique Rwandais Groupe d'Action et de Soutien à L. D. Kabila Générale des Carrières et des Mines (ex-GECAMINES) Groupe d'Action pour le Redressement du Congo Groupement Spécial pour la Sécurité Présidentielle Haut Commissariat aux Réfugiés Haut Conseil de la République/Parlement de Transition Institut du Bâtiment et des Travaux Publics Initiative Kabila Jeunesses de l'Union des Fédéralistes et des Républicains Indépendants Minière de Bakwanga Mission des Nations unies pour l'Assistance au Rwanda Mouvement National Congolais/Lumumba Mouvement Populaire de la Révolution Military Professional Resources Inc. Mouvement Révolutionnaire pour la Libération du Zaïre National Army for the Liberation ofUganda Nationaal Centrum voor ontwikkelingssamenwerking Nations Unies Nouveaux Zaïres Office des Biens Mal Acquis Office Congolais de Contrôle Office des Douanes OrganisationsN on-Gouvernementales Organisation des Nations Unies Opération des Nations Unies en Somalie Organisation de l'Unité Africaine Président Administrateur Délégué Parti Lumumbiste unifié Président Directeur Général Parti Démocrate et Social-Chrétien Police d'Intervention Rapide Petites et Moyennes Entreprises Parti de la Révolution Populaire Parti Socialiste Parti Solidaire Africain Parti social-chrétien

République

démocratique

du Congo:

Chronique

politique

11

RCD RDC REGIDESO REZ RFI. RPC

RSG ..
RTBF RTNC RDK. SADC SARM SNCC SNCZ SNEL SNIP SP UDI UDPS UE UFERI UGEC
UNIKIN

...

Rassemblement des Congolais pour la Démocratie République Démocratique du Congo Régie des Eaux Réseau Européen Zaïre ...Radio France Internationale Rassemblement des Patriotes Congolais Réserves Stratégiques Générales Radio-Télévision Belge Francophone Radio-Télévision Nationale Congolaise Royaume d'Union du Congo Southern Africa Development Conference Service d'Action et de Renseignements Militaires Société Nationale des Chemins de fer Congolais Société Nationale des Chemins de fer Zaïrois Société Nationale d'Electricité Service National d'Intelligence et de Protection Socialistische Partij Union des Démocrates Indépendants Union pour le Démocratie et le Progrès Social Union Européenne Union des Fédéralistes et des Républicains Indépendants Union Générale des Etudiants Congolais
versi té de Kinshasa

.. ........... ................. Uni

USAID USIA VLD

United States Agency for International Development United States Information Agency Vlaamse Liberalen en Democraten

Avant-propos
La présente publication couvre la période qui va d'octobre 1996 à juillet 1998, de la création de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la libération du Congo, l'organe politique issu de la rébellion/invasion qui conduit au pouvoir Laurent Désiré Kabila, jusqu'à la veille du déclenchement d'une nouvelle rébellion/invasion dirigée cette fois contre le régime Kabila. Une précédente publication a porté sur la période antérieure de l'histoire politique du Congo/Zaïre: la période dite de la « transition démocratique» 1. La démarche était du même type. Il s'agissait, il s'agit, d'ouvrir au lecteur des pistes d'analyse et d'interprétation en même temps que de lui donner un tableau d'ensemble des événements et des acteurs ainsi qu'un certain nombre de documents significatifs. L'ouvrage comprend trois parties. La première porte sur la politique intérieure, la seconde sur les relations du régime Kabila avec une région le Kivu qui joue un rôle singulier et crucial dans son évolution, la troisième sur les aspects internationaux. Nous devons attirer l'attention du lecteur sur le plan adopté pour la première partie. Après un chapitre ayant pour objet la période de la conquête du pouvoir par l'AFDL, nous avons consacré un second chapitre à l'installation et à la mise en forme du nouveau régime (mai à décembre 1997), et un troisième à la période que nous avons appelée de «mise à l'épreuve» (janvierjuillet 1998) qui est (déjà) celle d'une crise aiguë manifestant le défaut de consistance et de cohérence du régime (les malformations auxquelles ne remédie pas sa tentative de «mise en forme »). Cette périodisation a une certaine pertinence et le découpage chronologique adopté nous a paru s'imposer pour montrer l'articulation des événements dans le cours d'une phase particulière, relativement distincte, d'évolution. Mais ce découpage a J'inconvénient d'introduire des coupures artificielles au niveau des thèmes particuliers qui sont traités (cadre juridique, composition et caractères des organes de pouvoir, etc.), et dès lors de demander parfois au lecteur de combiner à une lecture « normale» (chapitre par chapitre) une lecture thématique (enchaînant ce qui est dit dans les différents chapitres concernant tel ou tel thème). Avec l'avènement du nouveau pouvoir à Kinshasa, le travail d'établissement des faits nous paraît devenu encore plus ardu. Les difficultés particulières auxquelles se heurte ici la démarche de 1'histoire immédiate sont notamment dues au caractère très faiblement institutionnalisé et très peu formalisé du régime, surtout dans ses premières phases: les décisions prises ne

-

-

I

G. de VILLERS, en collaboration

avec J. OMASOMBOTSHONDA, «Zaïre.

La transition

man-

quée (1990-1997»), Les Cdhiers africains, Tervuren-Paris, InstitUt africain / CEDAFL'Harmattan, n° 27-28-29, 1997.

14

G. de Villers

font pas toujours l'objet d'un texte officiel; souvent, les organigrammes des instances du pouvoir (par exemple au niveau de la présidence ou de l'armée) soit n'existent pas, soit ne sont pas rendus publics; l'identité des responsables ou leurs attributions peuvent être inconnues ou incertaines. Ce phénomène ne s'explique pas seulement par une volonté de secret et par ces préoccupations de sécurité qu'invoquera un jour le chef de l'Etat pour expliquer à Colette Braeckman pourquoi les noms des « véritables maîtres de l'armée» ne peuvent être divulgués. Il s'explique avant tout par le fait que les statuts et attributions sont mal définis, que les hiérarchies et rapports de pouvoir sont mouvants, que les situations politiques sont fluides et instables. Alors que sous le régime Mobutu et pendant la « transition démocratique», on observait une sorte de dédoublement entre, d'une part, les formes officielles et présentées comme légitimes du système politique et, d'autre part, un mode de fonctionnement répondant à une « logique de la pratique» à caractère informel, on assiste maintenant, dans une certaine mesure, à l' « informalisation » des formes mêmes à travers lesquelles se manifeste et se donne à voir le pouvoir. De plus, les circonstances qui ont présidé à l'instauration du nouveau régime, la trajectoire de son chef, l'extrême hétérogénéité de son « équipe» dirigeante, la situation dans laquelle se trouve le pays sur le plan intérieur et du point de vue de son environnement régional, provoquent un tel état d'anomie et de désordre, en particulier dans la sphère politique, que les formes de l'informel tendent à devenir informes. Cet état et ces caractéristiques du régime et du système sociopolitique expliquent donc la difficulté d'établir les faits et de décrire et analyser leurs enchaînements. Il résulte de cette difficulté que nous avons souvent dû recourir à des formulations sur le mode hypothétique, que nous n'avons pas pu combler un certain nombre de lacunes de l'information ni éviter des imprécisions, et que nous avons sans doute commis des erreurs. Celles-ci risquent de se retrouver surtout dans les renseignements biographiques sommaires que nous donnons sur les acteurs politiques. Les éléments de biographie que l'on trouve dans la presse et des publications spécialisées sont souvent divergents. Nous nous sommes efforcés dans la mesure du possible de les faire confirmer ou rectifier par des témoins nous apparaissant fiables. Un mot encore concernant ces données biographiques. Nous avons cherché à préciser systématiquement les origines régionales des acteurs politiques et, chaque fois que nous l'avons pu, nous avons également mentionné leur appartenance ethnique. Si nous l'avons fait, c'est bien sûr parce que nous pensons que les facteurs régionaux et ethnico-régionaux jouent un rôle fondamental (et, nous semble-t-il, plus encore aujourd'hui qu'hier) dans l'évolution du Congo/Zaïre. Il reste que dans certains cas ces informations ne sont données (c'est vrai aussi d'autres indications biographiques telles celles concernant l'âge ou les études faitès) que dans un s'ôuci de systématicité et pour les

République

démocratique

du Congo:

Chronique

politique

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mettre à la disposition d'autres chercheurs, sans que nous soyons nous-mêmes en mesure de décider si elles ont quelque valeur explicative.

Première La politique
par Gauthier de VILLERS

partie: intérieure
et Jean OMASOMBO

Chapitre premier.

L'AFDL

à la conquête du pouvoir (octobre 1996 - mai 1997)

1.1. La création de l'AFDL

1.1.1. L'acte fondateur
Le 18 octobre 1996, quatre hommes signaient, au nom de leurs formations politiques respectives, un protocole d'accord donnant naissance à une Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre2.Le document est daté de Lemera, localité située dans la plaine de la Ruzizi au Sud-Kivu, dans la région où les Banyamulenge, initiateurs (avec les Rwandais) de la rébellion dont l'Alliance va prendre la direction, ont mené leurs premières attaques. Le protocole aurait en fait été signé au Rwanda (à Gisenyi ?). Ce pays semble en tout cas avoir joué le rôle le plus déterminant dans le processus de constitution de l'Alliance. Selon une rumeur persistante, le protocole était accompagné d'un document tenu secret aux termes duquel les Tutsi du Kivu (ceux que l'on tend à appeler aujourd'hui les « Banyamulenge »), se seraient vus garantir non seulement la nationalité congolaise mais aussi une sorte de droit éminent sur une importante bande de territoire au Sud-Kivu. Cette rumeur a pris quelque consistance en août 1998, au moment où a éclaté la rébellion contre Kabila : Pascal Tshipata Mukeba, un ancien responsable des services de renseignement de l'AFDL, a alors «confirmé» l'existence de ce document et prétendu que sa violation par Kabila était à la racine de la rébellion. En mai 1998, Paul Kabongo qui fut le premier patron de la Sécurité de l'AFDL - a opposé un démenti ambigu à l'existence d'un accord secret, en déclarant: « Il ne faut pas confondre des accords d'intention avec des accords définitifs. Un mouvement qui mène une guerre peut signer des accords d'intention, mais ceux-ci doivent être ratifiés lorsque ce mouvement exerce effectivement le pouvoir d'Etat» (Le Potentiel, 27/05/1998).

-

2

Pour l'analyse, d'une part, du contexte à la fois local et régional dans lequel se déclenche la rébellion contre le régime de Kinshasa (rébellion qui est en même temps une invasion du pays par des forces en particulier rwandaises et ougandaises) et, d'autre part, du déroulement de la « guerre de libération », on se reportera surtout à : E. KENNEs«La guerre au Congo », dans: F. REYNTJENS S. MARYSSE et (éd), L'Afrique des Grands Lacs. Annuaire 1997-1998, Paris, L'Harmattan, 1998, pp 231-272.

20

Protocole d'Accord créant l'Alliance des forces démocratiques (Congo-Zaïre), AFDL (Congo-Zaire)
(18 octobre 1996)

pour

la libération

Après avoir examiné ensemble la situation qui prévaut au Zaïre, caractérisée;
'It

du pointde vue politique,par le désordre institutionnelet la faillitede l'Etat, l'incapacitédu
du pointde vue économique,par le marasme, la gabegie financière,la corruptionet la desdu pointde vue social, par la paupérisationcontinuedes populationsface à un enrichisse-

pouvoir actuel de rétablir l'ordre, la paix, l'unité et la concorde au sein de la Nation zaïroise;
'It

truction de l'outil de production et des infrastructures collectives;
*

ment scandaleux d'une minorité de prédateurs et des pilleurs des biens publics. Après avoir constaté qu'il y a urgente nécessité de changer profondément les conditions actuelles de la société dans son ensemble; Considérant que la lutte armée est le seul moyen de restaurer un nouveau pouvoir démocratique au Zaïre; Considérant l'impérieuse nécessité d'unir nos forces pour mieux combattre le régime en place; Les partis liés par le présent protocole:
* le Parti de

la RévolutionPopulaire(PRP),

* le Conseil National de Résistance pour la Démocratie (CNRD), * le Mouvement Révolutionnaire pour la Libération du Zaïre (MRLZ), * l'Alliance Démocratique des Peuples (ADP) ont décidé ce qui suit: 1. la création d'un cadre politique de collaboration dénommé ALLIANCEDES FORCES DÉMOCRATIQUES POUR LALIBÉRATION (Congo-Zaire),en sigle AFDL; 2. la création d'un organe de décision dénommé Conseil d'Alliance, formé des représentants des partis liés par le présent protocole; 3. la désignation du porte-parole (spokesman) de l'AFDl en la personne de Laurent Désiré KABILA ; 4. la création d'un bureau de liaison (Bl) ; 5. La structure de direction définitive interviendra ultérieurement. Fait à lemera, le 18 octobre 1996
CNRD

: André KISASE Ngandu

PRP ADP

: Laurent Désiré

KABILA

MRLZ : MASASU Nindanga

: Déogratias BUGERA

République

démocratique

du Congo:

Chronique

politique

21

1.1.2. Les composantes de l'Alliance
Aucune des quatre formations que rassemble l'AFDL ne constitue un parti au sens d'une organisation ayant un programme, des structures, des réseaux de militants, une capacité de mobilisation populaire. Le Conseil national de résistance pour la démocratie est la «raison sociale» d'une petite force armée que son chef, A. Kisase Ngandu, prétend rassembler sous la bannière du lumumbisme. Le Mouvement révolutionnaire pour la libération du Zaïre paraît constituer une création purement opportuniste. L'Alliance démocratique des peuples se veut l'expression politique du mouvement de rébellion des Tutsi (Banyamulenge et Banyamasisi) du Congo-Zaïre, ce mouvement qui, appuyé par le Rwanda et l'Ouganda, est à la base du processus insurrectionnel dont l'AFDL prend la direction en octobre 1996. Le Parti de la révolution populaire, enfin, formation politico-militaire issue des rébellions des années 60, est le seul des partis de l'Alliance à pouvoir revendiquer une certaine consistance historique, mais n'existait plus dans les années 90 que sous les espèces d'un petit groupe d'hommes dispersés géographiquement, entretenant des liens assez lâches avec celui qui avait conservé le titre de président du PRP, L. D. Kabila. Ce dernier et son parti ne se manifestaient plus sur le plan politique que de manière fort épisodique et purement verbale. Synthétisons les informations disponibles sur la trajectoire personnelle et politique des quatre hommes qui signent le protocole de Lemera. Cela nous permettra de mieux appréhender la nature des «partis}) qu'ils dirigent André Kisase Ngandu est un Tetela qui a participé, en tant que capitaine, à la rébellion des Simba dans les années 60. Un document de la Sûreté nationale congolaise datant de 1968 évoque un «petit frère d'Olenga Nicolas [général des rébellions congolaises de 1964-65], nomméK.isase André »3, en l'impliquant dans l'affaire des lingots d'or et des pointes d'ivoire que des dirigeants rebelles ont emporté dans leur exil, après la défaite4. Selon des informateurs, Kisase a rejoint Olenga dans son exil au Soudan avant d'être envoyé par Olenga et Soumialot suivre avec d'autres Simba une formation militaire en Égypte. On le retrouvera dans les années 80 s'activant dans la petite diaspora lumumbiste de Tanzanie, effectuant quelques séjours dans la Libye de Khadafi (qui finance et forme des candidats « repreneurs » des rébellions congolaises). Il est ensuite réfugié politique en Allemagne et s'inscrit à des études de .sciences politiques à Berlin. Il paraît être resté lié à la mouvance lumumbiste. Un communiqué daté du 17 septembre 1997, émanant d'un des partis qui, dans les années 90, se parent du sigle MNC/L (Mouvement national congolais / Lumumba), la formation dirigée de Londres par Albert L. Onawelho (ou:
3 En fait, n'aurait pas de lien de parenté avec Olenga, mais il est du même village et du même clan. 4 H. WEISSet B. VERHAEGEN, Les rébellions dans l'Est du ZaIre (1964-1967) », Les Cahiers « du CEDAF, n° 7-8, 1986, Bruxelles, CEDAF,170 p.

=.

22

Onawelo), affirme que Kisase a eu à Paris, à l'époque de son exil en Allemagne, des entretiens politiques avec Onawelho5. Ce dernier est un Tetela originaire du même village que Patrice Lumumba et qui fut fidèle à l'homme politique jusqu'à son assassinat. Selon le communiqué encore, le parti a décidé en 1990, considérant que l'ouverture démocratique proclamée au Zaïre n'était qu'un leurre, de recourir à la lutte armée. Cette décision aurait bénéficié du soutien du président ougandais, Museveni. Les « combattants du M.N.C./L. » auraient développé à partir de 1991 des opérations armées dans les régions de Butembo, de Beni et du Ruwenzori6. C'est dans ce cadre qu'après une rencontre à Londres avec le chef de la formation lumumbiste, A. Kisase serait parti en 1993 prendre la tête des combattants des frontières zaïro-ougandaises, muni d'une recommandation de Onawelho. Pour montrer combien l'on est mal informé au Zaïre d'une situation qui est par ailleurs complexe et fluide, relevons que le rapport de la commission d'enquête (dite: « Commission Vangu ») sur les troubles du Kivu, instituée en août 1994 par le Haut conseil de la République - Parlement de transition, parlait - se référant à des informations données par un journal ougandais des «plus de 15.000 réfugiés (séjournant) dans le district frontalier de Bundibugyo (Ouganda) où sous la bénédiction de l'autorité politique ougandaise, un certain Kabila, président du Parti de lutte pour la démocratie du Congo, s'occupe de l'encadrement de ces rebelles qui, souvent, organisent des incursions en attaquant des localités de la zone de Beni ». Après la mort du président Habyarimana et la chute de son régime, A. Kisase aurait rejoint le Rwanda de Kagame et du FPR avec un certain nombre de

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5 Ce communiqué est publié dans: C. KABUY A-LuMUNA SANDO, ouvoir et libertés: la tranP sition au Congo-Zaire, Kinshasa, éd. Secco & IDC asbl, 1998, pp 420-425. 6 Quelle que soit la réalité de l'emprise exercée sur les combattants par le parti de Onawelho, des bandes armées, se recrutant pour partie dans les rangs des Zaïrois réfugiés en Ouganda à la suite des rébellions des années 60, sévissent effectivement depuis des années aux confins zaïro-ougandais. De 1986 à 1988, le fils d'Antoine Marandura, un ancien chef de la rébellion de 1964-65 au Kivu, a tenu un maquis dans la région de Beni et sur les contreforts du Ruwenzori. Sous les coups des Forces armées zaïroises, ce maquis s'est dispersé. Quelques petites bandes auraient néanmoins continué à se manifester. Voir: J.-C. WILLAME, Banyarwanda et Banyamulenge. Violences ethniques et gestion de « l'identitaire au Kivu », Cahiers Africains, n° 25, 1997, Bruxelles-Paris, Institut Africain/CEDAF- L'Harmattan, pp 71-72. Précisons que le rapport de la Commission de la Défense et Sécurité de la Conférence nationale souveraine, présenté le 13 octobre 1992, évoque l'existence d'un Parti de la Libération du Congo dirigé par Antoine Marandura, installé en Tanzanie et en Ouganda et opérant dans les montagnes du Ruwenzori.

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combattants (on parle de 600 hommes) en vue, dit le communiqué cité plus haut, de « parfaire (la) formation» de ceux-ci. Premier commandant militaire de l'AFDL, A. Kisase Ngandu sera assassiné en janvier 1997. Selon la version de l'Alliance, il a été tué par des MaiMai, ces jeunes rebelles issus des communautés dites « autochtones» du Nord-Kivu, entrés en action depuis la fin 1994 dans un contexte d'affrontements interethniques, de désorganisation sociale et d'appauvrissement. Ce qui donne quelque crédit à cette thèse, c'est le fait que dès janvier 1997 des tensions se manifestent entre des éléments Mai-Mai et les forces de l'Alliance, alors que, dans les mois précédents, la politique menée par l'AFDL et ses parrains étrangers à l'égard des réfugiés Hutu (rapatriement forcé des uns, dispersion ponctuée de massacres des autres) avait stimulé le ralliement des MaïMai au mouvement de « libération ». Une autre version s'est cependant répandue (voir le témoignage sous un nom d'emprunt publié dans Le Soft International du 01/09/1997) qui impute à la composante tutsi de l'Alliance et à L. D. Kabila la responsabilité de la mort du commandant Kisase. L'on ne peut trancher, mais ici aussi l'analyse du contexte donne du poids à l'hypothèse: Kisase Ngandu avait des titres et une position lui permettant de contester la prétention vite affichée par Kabila de
s'ériger en président de l'Alliance (lui, qui n'en était en vertu du Protocole de Lemera que le porte-parole); A. Kisase se réclamait du lumumbisme alors

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que le PRP de Laurent Désiré Kabila s'est construit, en dénonçant les « erreurs» commises lors des rébellions de 1964-1965 et en empruntant, en contradiction avec l'idéologie purement nationaliste du lumumbisme, le discours d'un marxisme « maoïsé »; enfin, il semble bien que Kisase s'en était pris aux éléments banyamulenge de l'Alliance, leur reprochant des comportements prédateurs en même temps que leurs tentatives de mainmise sur le pouvoir. Il Y a peu à dire concernant deux autres signataires: Masasu Nindanga et Déogratias Bugera. Le commandant Anselme Masasu Nindaga, de père mushi et de mère tutsi rwandaise, est un homme très jeune (27 ans ?). Breveté en mécanique automobile d'Uvira, il a effectué un stage à Kinshasa d'où les pillages de 1991 l'ont chassé. Retourné au Kivu, il se fait recruter par l'Armée patriotique rwandaise7. Selon F. Soudan, il aurait été membre de la sécurité rapprochée du président ougandais, Museveni (Jeune-Afrique, n° 1928-1929, 16/12/1997 5/1/1998). Déogratias Bugera est âgé d'une trentaine d'années. C'est un Tutsi du Nord-Kivu (du Masisi) qui a fait des études d'architecture à l'IBTP (Institut du Bâtiment et des Travaux Publics) de Kinshasa, et a exercé le métier d'ar7 Le commandant Masasu sera arrêté en novembre 1997. Un communiqué de presse de la présidence de la République (29/11/1997) affIrmera à cette occasion que Masasu était caporal de l'Année populaire rwandaise jusqu'en juillet 1996, ajoutant qu'il n'aurait joué aucun rôle dans les unités combattantes de l'Alliance.

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chitecte au Kivu. Selon l'un de ses proches, sa famille possédait près de 200 têtes de bétail que les prédations de réfugiés hutu et d'éléments des Forces armées zaïroises lui ont fait perdre. Il aurait bénéficié de l'appui politique de Museveni et du Rwanda. Dans le parti qu'il préside, l'ADP, c'est Joseph Rubibi qui « représente» les Banyamulenge. Une autre personnalité munyamulenge importante de cette mouvance tutsi que l'ADP prétend structurer est Müller Ruhimbika, directeur de l'ONG « Groupe Milima» basée à Bukavu et leader de la société civile du Sud-Kivu. L'on peut s'étonner que les Banyamulenge, initiateurs de la rébellion, aient accepté que le «parti tutsi» soit dirigé par un homme du Nord-Kivu. Bugera aurait été promu sous la pression rwandaise. Les Rwandais, en effet, apparaissent soucieux d'unifier les Tutsi congolais et semblent bien d'autre part avoir décidé de miser sur L. D. Kabila, un homme qui, à l'époque du maquis de Fizi-Baraka (infra) où il s'était appuyé sur les ethnies locales rivales de ceux-ci, a dressé contre lui les milieux Banyamulenge. Il faut encore avoir à l'esprit qu'au moment du déclenchement de la rébellion; Bizima Karaha, qui va devenir la personnalité munyamulenge la plus en vue, est encore en Afrique du Sud. Laurent Désiré Kabila est la seule personnalité historique parmi les fondateurs de l'AFDL. Nous ne développerons pas ici les éléments connus de sa biographie, une biographie au fil du temps de plus en plus lacunaire et énigmatiques. Relevons seulement que Kabila est, par son père (sa mère serait Lunda) un Luba du territoire de Manono au Shaba/Katanga, qu'il a participé dès le début aux rébellions des années 60 et a poursuivi au Sud-Kivu les actions armées contre le gouvernement de Kinshasa après la chute en 1964 de Stanleyville (Kisangani), capitale de la «révolution». Il a créé en 1967 le Parti de la révolution populaire, qui anime et encadre un maquis implanté dans la zone de Fizi-Baraka au Sud-Kivu. Ce maquis que son chef, surtout à partir de 1978, dirige à distance (depuis la Tanzanie) entre très vite dans la catégorie des «vrais-faux» maquis, l'activité essentielle des cadres et combattants étant de plus en plus la recherche de moyens d'enrichissement ou de survie à travers des trafics divers. Les attaques contre Moba (région de Kalemie) en 1984-1985 sont les dernières manifestations de l'organisation politicomilitaire constituée par le PRP9. Dans la période qui suit, Kabila disparaît complètement de la scène zaïroise. Il poursuit en Tanzanie et en Ouganda les activités commerciales, notamment d'import-export, auxquelles il se livrait déjà à l'époque du maquis. Sans doute n'abandonne-t-il pas pour autant toute préoccupation et ambition politiques. D'ailleurs, les affaires qu'il traite sont susceptibles d'avoir contribué à lui ouvrir les portes de chefs de guerre et
8

Voir surtout pour cette biographie: E. KENNES, ssai biographique sur L.D. Kabila, Anvers, E CERGLA - Université d'Anvers, 1999 (Working Paper). 9 Sur le PRP et son maquis, lire: Cosma WILUNGULA « Fizi 1967-1986. Le maquis KabiB., la », Avant-propos de J-L Vellut, Cahiers Africains, n° 26, 1997, Bruxelles-Paris, Institut
Africain/CEDAF

- L'Harmattan.

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chefs d'État de la région. On le dit en relations avec John Garang, le leader de la rébellion sud-soudanaise, de même qu'avec le président ougandais, Y. Museveni. Avec l'ouverture en avril 1990 de la « transition démocratique », le PRP et son chef tenteront de s'affirmer sur la scène politique zaïroise, mais leurs initiatives passeront inaperçues. Secrétaire général adjoint du PRP et proche de Kabila (souvent on les dit apparentés), Gaëtan Kakudji est l'un des signataires (à côté de représentants de huit autres formations, parmi lesquels M. Lihau de l'UDPS, A. Kaloha, secrétaire général du FLNC" L. Mende du MNC-L dit «originel», le Dr Emile Ilunga de la Coordination des partis lumumbistes pour la démocratie) d'une « Déclaration conjointe des partis politiques et organisations de l'opposition zaïroise» faite à Bruxelles le 1er mai 1990, qui réclamait une Conférence nationale et esquissait un programme de démocratisationlo. Cependant, le PRP adoptera bientôt une attitude critique radicale à l'égard de la manière dont se déroule le processus de transition et n'y participera pas (un témoin affirme cependant qu'en juillet 1991, Kabila tout en hésitant à se rendre à Kinshasa pour des raisons de sécurité aurait introduit une demande de participation à la CNS); notons qu'une petite formation, le Front patriotique, qui - après la victoire de l'Alliance, donc in tempore suspecto - se prévaudra de liens entretenus avec le PRP pendant la transition, va jouer grâce surtout à l'un de ses leaders, Me Kinkela, un rôle actif au sein de la Conférence nationale souveraine et puis du Haut conseil de la République. L'attitude du PRP à l'égard de la «transition démocratique» ressort de deux interventions de Laurent Désiré Kabila, seules prises de position politiques connues du PRP et de son chef depuis la période lointaine où ils développaient un discours idéologique et programmatique dans le maquis de Fizi. Ces interventions sont une conférence qui aurait été prononcée à Madrid le 23 juillet 1992 dans le cadre d'une université d'été et une « lettre ouverte» que Kabila aurait adressée le 6 décembre 1993 à « Monsieur le Président du MPR, Mobutu Sese Seko et à la Présidence du Haut Conseil de la République du Zaïre» Il. La lettre a fait l'objet d'une brochure éditée sous le titre « Le naufrage du processus de redémocratisation». Une «présentation officielle» de cette brochure par Paul Kabongo, commissaire général et à l'ordre public de l'AFDL, sera faite à Goma le 5 mars 1997 (voir: Le Congo Libre. Journal d'analyses et d'informations générales, éd. AFDL, nOOOO, 6-23/3/1997). On 1 peut se demander si cette « lettre» a effectivement été rédigée en 1993.

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-

10 On trouvera le texte de cette déclaration et la liste des signataires dans: J.-C. WILLAME, «De la démocratie «octroyée» à la démocratie enrayée (24 avril 1990 22 septembre

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1991) », Les Cahiers du CEDAF, n° 5-6, 1991, Bruxelles, CEDAF, pp 90-94. Il Ces deux documents ont été publiés dans: G. MUKENDI et B. KASONGA, Kabila. Le retour du Congo, Bruxelles, éd. Quorum, 1997, pp 183-192 ; 193-224.

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Quelles que soient les circonstances et la date exacte de leur rédaction, les deux documents ne manquent pas d'intérêt. 1° Kabila déclare dans sa Lettre ouverte que « Mr Mobutu» a envoyé à plusieurs reprises des « délégations de haut rang» à la rencontre du PRP dans les régions tenues par celui-ci ou à l'étranger. Ceci tend à confirmer l'information que donnait dès 1980 C.K. Lumuna Sando sur des « contacts discrets» entre Kabila et Seti, ce dernier étant à l'époque chef de la sécurité du président Mobutul2. Selon la lettre ouverte, ces contacts n'ont débouché sur rien, le PRP ne cessant «d'exiger l'exercice de la plénitude de ses droits politiques fondamentaux, en tant que parti d'opposition ». Il reste que le parti de Kabila avait recherché ou envisagé une solution politique. Lumuna Sando fait état d'une réunion tenue à Bruxelles en mars 1979 où le PRP décide d'adopter « la lutte politique en tant que force principale de combat dans la phase actuelle, la lutte armée devenant forme secondaire »13. Dans une interview qu'il accorde en 1984, L. D. Kabila souligne la primauté de l'opposition intérieure et fait l'éloge du mouvement des treize parlementaires qui aboutira à la création de l'UDPS (notons que dans cette même interview il affirme que le Congo de l'après-Mobutu devra être «pluraliste ») (Afrique-Asie, n0337, 17/12/1984). 2° Le PRP, est-il affirmé, a, «dès le mois de mai 1990 », «misé sur (le) mouvement de démocratisation» qui paraît alors s'amorcer au Zaïre (Conférence de Madrid). La Lettre ouverte précise qu'avec d'autres partis d'opposition (les partis « ayant préexisté au jour de ton virage mettant fm au "monopartisme" »), le PRP préconisait la tenue d'une « véritable Conférence nationale, en vue de tirer le pays de la nuit des temps où l'élite MPR l'avait maintenu tête plongée ». Cette affirmation est corroborée par le document issu de la réunion de partis d'opposition à Bruxelles que nous évoquions plus haut. 3° La Lettre ouverte combine une prise de position en faveur de la démocratisation et du multipartisme avec la revendication d'un rôle privilégié pour le PRP. L. D. Kabila écrit, avec le style très particulier qui est le sien dans ce document: « (...) Monsieur Mobutu, le 24.04.90, tu ne daignas pas faire appel au PRP, surprenant pour l'homme courageux que tu es : tu ne lui rendis pas la vérité prophétique qui lui revenait; au contraire tu tentas de noyer ce premier parti antidictatorial du pays dans les mélis-mélos, et la mêlée d'anciens agents de ton régime invités à se regrouper en formations politiques avec intention de les soumettre à tes critères de légalisation ». 4° Les deux documents dénoncent avec virulence la Conférence nationale telle qu'elle s'est effectivement tenue, n'y voyant qu'une vaste « foire », résultat d'une « escroquerie» politique. Dans sa conférence prononcée à Madrid, Kabila déclarait: « (...) Au lieu de persévérer dans la voie de la rupture démo12

C. K LUMUNA SANDO, Zaïre:

quel changement

pour quelles structures?

Misère de l'oppo-

sition et faillite de l'Etat, Bruxelles, Ed. Africa, 1980, 144 p. 13ibidem.

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cratique, la plupart des acteurs de la politique nationale ayant une existence tolérée à Kinshasa ont fini par accepter, en échange de leur légalisation ou autres avantages de différentes natures, la mise en place d'une Conférence nationale "décaféinée", composée de pas moins de 2.700 membres, pour la plupart des hommes de paille désignés par le dictateur ». (Traduit dans le style de la Lettre ouverte cela donne: « Tu cooptais les partis pour une conférence nationale futile, avec l'intention qu'elle avalise les autocritiques des dinosaures de la politique du MPR pour les circonstances émiettées (sic) en sigles politiques et ainsi, se faire reconduire sur l'arène»). 50 La mise à l'écart du personnel politique de la Seconde République et la reconnaissance du rôle du PRP sont, pour Kabila, les conditions d'un « processus de redémocratisation » : « (.u) le repeuplement de la scène politique par des cadres d'État acteurs-vedettes de la lIe République et architectes de la dégénérescence nationale, et (u.) l'exclusion de l'opposition véritable du PRP, l'anti-IIe République irréductible, est (sic) cause évidente de l'enlisement politique où s'engouffre l'élite démembrée du MPR » (Lettre ouverte).

1.2. Les textes de base: statuts, programme, orientations de l'AFDL
Dans les mois qui suivent sa constitution et alors qu'elle n'a encore conquis que les deux Kivu et leurs marges, l'Alliance adopte une série de documents qui fixent ses statuts et ses orientations.

1.2.1. Les statuts et le « programme minimum » de l'Alliance
Statuts de l'AFDL adoptés à Goma le 4 janvier 1997
1ère PARTIE Chapitre

1 : De la création

et de la dénomination Alliance des Forces Démo-

Art. 1 : Il est créé au Congo un mouvement politique dénommé cratiques pour la Libération du Congo en sigle AFDL. Chapitre 2 : Du siège

Art. 2 : Le siège de l'AFDLest établi au Congo dans la ville de Bukavu. Art. 3 : Le siège du mouvement est établi sur décision du conseil d'Alliance ou du congrès.

Art.4: Le siège peut être transféré à tout autre lieu par décision du Conseil d'Alliance ou par le Comité exécutif à la majorité simple. Art. 5 : Le transfert du siège de l'AFDL est précédé par une déclaration publique aux mem~ ~~~s affiliés, 72 ~~~re~~~~!}~_!~~~~~_~~_~_~~_~~~~_~!-ès. _____-----------------------

~-

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------------------------------------------------------------------------------------------Chapitre 3 : De la définition Art. 6 : L'AFDL est un mouvement ches de la société congolaise. Art.7 : L'Alliance est un mouvement Chapitre 4 : De la base idéologique démocratique des masses qui rassemble toutes les cou-

de libération du peuple.

Art. 8 : L'AFDL considère que tout pouvoirémane du peuple et est fondé sur le respect des droits inaliénables de l'homme. Chapitre 5 : Des Tâches

Art.9:
1. Lutte contre le régime dictatorial issu des coups d'État, 2. Lutte pour le renversement de ce régime qui a toujours violé les droits fondamentaux du peuple; soumis la Nation à la spoliation et à la razzia; institutionnalisé les favoritismes ethnotribaux, la corruption et le clientélisme politique. Chapitre 6 : Des objectifs Art. 10 : L'AFDL s'engage à restaurer les institutions démocratiques et à favoriser le développement intégral rapide de la société permettant la maximalisation du bien-être du peuple. Le mouvement place l'homme au centre du développement politique, économique, social et cultu-

rel.
Chapitre 7 : Des moyens
de lutte

Art. 11 : Pour atteindre ses objectifs l'AFDLutilise deux formes de lutte ci-après:
1. La lutte armée en raison du contexte politique caractérisé par la domination d'une dictature militariste et une autocratie excessive. 2. La lutte politique. Chapitre 8 : Du rôle Art. 12 : L'AFDLétant un mouvement politique de défense des intérêts du peuple congolais dont il est le guide de la guerre de libération, se doit de : 1. organiser le peuple dans différentes associations des masses. 2. créer les forces armées du peuple.
Chapitre 9 : De l'affiliation Art. 13 : Tout Congolais,
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tout parti politique, toute organisation
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de la société civile en parfait
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------------------------------------------------------------------------------------------Chapitre 10 : Des devoirs des membres

Art. 14 : 1. Observer les principes du mouvement 2. Faire preuve de l'esprit de sacrifice 3. Exécuter loyalement et fidèlement toute tâche confiée par le mouvement 4. Ëtre honnête, discipliné et modeste 5. Travailler laborieusement afin de s'attirer la sympathie du peuple et l'appréciation du mouvement 6. Appuyer les causes nobles des masses opprimées du monde 7. Faire preuve de l'esprit d'initiative 8. User de la critique et de l'autocritique pour forger l'unité au sein du mouvement 9. Propager les idéaux du mouvement ainsi que ses directives 10. Dénoncer avec force toute action ou attitude anti-alliance 11. Éviter toute habitude bureaucratique 12. Unir par son travail quotidien le peuple à "Alliance 13. Avoir un comportement digne et exemplaire 14. User de transparence dans la gestion du patrimoinede l'AFDL 15. Payer sa cotisation annuelle. Chapitre 11 : Des droits des membres Art. 15 : 1. Les membres de l'AFDLont les mêmes droits 2. Ils ont le droit de s'expliquer et d'être entendus lorsqu'ils sont accusés 3. Ils ont le droit d'élire et d'être éligibles 4. Ils ont le droit d'être informés sur les activités du mouvement et de ses organisations affiliées 5. Ils ont le droit d'exprimer librement leur opinion. Chapitre 12 : Sanctions Art. 16 : Tout manquement aux obligations de l'article 14 entraine les sanctions suivantes:

-Réprimande -Suspension

- Expulsion de "Alliance c'est-à-dire - D'autres sanctions pour des délits
Chapitre 13 : De l'hymne et signes

temporaire

de l'Alliance la perte de la qualité de membre plus graves relèvent du conseil de l'Alliance.

-------------------------------------------------------------------------------------------

Art. 17 : Considérant que la démarche politique de l'AFDLprocède du processus démocratique congolais interrompu en 1960 par l'établissement du régime néo-colonial culminant avec l'instauration de la dictature militaire en 1965, la redémocratisation est conçue par l'AFDL comme la poursuite de l'oeuvre démocratique congolaise initiée par le processus d'indépendance du Congo. C'est pourquoi l'AFDLadopte: 1. L'hymne national de l'indépendance intitulé «La Congolaise })

30 -----....------------------------------------------------------------------------------------------------------2. Le drapeau de l'indépendance se présentant de la manière suivante:
avec 6 étoiles jaunes alignées relativement grande au centre. verticalement sur la partie extrême gauche surface bleu (ciel) et une étoile jaune

lIème PARTIE Chapitre 14 : Des organes Art. 18 : Les organes nationaux sont:

-LeCongrès
1. Le Congrès

- Le Conseil de l'Alliance
.. Le Conseil Exécutif

LeCongrèsest un organe

constitutif

réunissant les représentants de différentséchelons du

mouvement. Ne pouvant se réunir pendant la période de la lutte de libération, le rôle constitutif du congrès est assumé par le Conseil d'Alliance. 2. Le Conseil d'Alliance

Le Conseil d'Alliance est un organe constitutif comprenant les délégués des régions, le c0mité exécutif et les membres ayant apporté des gains immenses et tangibles au mouvement. Le Conseil d'Alliance a pour tâche la conception et l'approfondissement des grands axes politico-militaires. Le Conseil d'Alliance est composé de 30 membres.
3. Le Comité exécutif Le Comité exécutif a pour tâche l'exécution des décisions du Conseil d'Alliance sous la direction du président. Le président est élu par le Conseil d'Alliance pour une période de 2 ans renouvelables. Il nomme le vice-président et les 15 membres du Comité exécutif. Le président de l'alliance dispose en dernier ressort d'un pouvoir de veto sur toutes les décisions du conseil et du comité exécutif. Art. 19 : Des organes régionaux et locaux Chaque région et chaque localité est organisée à l'instar des structures nationales. A partir de la région aux échelons inférieurs, le mouvement est organisé de la manière suivante: une assemblée et un comité exécutif. Ces échelons sont les suivants:

-la région -la sous-région
- la zone urbaine et rurale

- le groupement

-la collectivité

-la localité

-le village ou le quartier. Art. 20 : Des critères d'éligibilité Pour être nommé membre du comité exécutif, ilfaut: A. Ëtre en rupture avec le régime dictatorial pendant une période de 6 ans au minimum avant

la demande d'adhésion à l'AFDL.
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C. Ëtre confirmé par -,ë

Président--------------------------------------------------------

Art. 21 : Des compétences A. Les membres du comité exécutif sont les hauts dirigeants du mouvement. B. Ils dirigent selon l'ordre de préséance en l'absence du Président. C. Le Président du mouvement est le président du comité exécutif et du Conseil d'Alliance. D. Toute décision du comité exécutif revêtue de la signature du Président a force de loi à tous les échelons organiques du mouvement. E. Le Président accorde l'amnistie aux condamnés, réduit les peines, les suspend ou les annule. Ilpeut retarder l'exécution des peines. Art. 22 : De la durée du Conseil d'Alliance A. Le Conseil d'Alliance siège en tant qu'organe suprême du mouvement pendant toute la durée de la lutte armée de libération. A la fin de celle-ci, il transférera ses pouvoirs au congrès, conservant ses compétences spécifiques. B. Le transfert de pouvoir ne peut être différé à la date prévue que si le niveau de conscience politico-idéologique des membres de l'Alliance est jugé insuffisant. Une nouvelle date de transfert du pouvoir ne dépassant pas 90 jours devra être fixée. Art. 23 : Du patrimoine de l'Etat L'AFDLest appelée à gérer tous les biens de l'Etat meubles et immeubles du domaine public, actions et parts, fonds et capitaux, le sol, le sous-sol et toutes autres réserves minières et naturelles sur toute l'étendue du territoire libéré. Art. 24 : Le patrimoine de l'AFDL est constitué des cotisations des membres, des activités productives du mouvement, des dons, des legs, des subventions gouvernementales et privées. La gestion de ces patrimoines qui doit être transparente, sera précisée par le règlement d'ordre

intérieur.
Fait à Goma, le 4 janvier 1997

Dans la brochure qui les présente, les statuts proprement dits sont précédés d'un préambule que nous reproduisons ci-dessous et d'un «programme minimum» dont nous publions la seconde partie qui concerne le «projet de
l'AFDL »14.

14 Ces textes ont été reproduits intégralement, accompagnés des Statuts eux-mêmes dans: Congo-Afrique, Kinshasa, CEPAS, n° 318, octobre 1997, pp 496-505. La brochure complète comprend deux annexes non reprises par Congo-Afrique (une liste des 16 départements du Comité exécutif à mettre en place; un court document concernant le «Programme d'enseignement politique »).

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Préambule au Programme minimum et aux Statuts de l'AFDL
Compte tenu de l'évolutiondes conditionsobjectivesde la lutte et pour des raisons d'efficacité, les quatre partis fondateurs de l'Alliance des Forces Démocratique pour la Libération du Congo (le PRP, le MRLZ, le CNRD et l'ADP) ont décidé d'adapter l'encadrement des masses par la fusion de leurs partis dans un mouvement politique destiné à rassembler toutes leurs forces vives de la nation congolaise. L'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (Zaire) est une structure d'action politico-militaire ayant pour objectif le démantèlement du pouvoir fasciste en place au Congo et l'établissement d'un régime démocratique véritable dont le peuple congolais à besoin à savoir: un régime fondé sur une légitimité réellement populaire. L'AFDL souscrit à toutes les valeurs humaines prônées par la Déclaration universelle des droits de l'homme ainsi qu'à la Charte de l'OUA. Dans sa démarche, l'AFDL privilégie le principe de la négociation et de la concertation comme voie de solution, lorsque cette voie ne compromet pas les aspirations profondes du peuple. L'Alliance est un mouvement ouvert aux partis politiques, aux organisations de la société civile ainsi qu'à tout Congolais déterminé à mettre en pratique tous les moyens politiques, militaires et autres afin de conduire les forces démocratiques au changement.

Programme minimum de l'AFDL
I. Constat général (...) Il. Le Projet de l'AFDL

Pour l'AFDL le changement de régime au Congo (Zaïre)impliquedeux grandes phases principales :
A. La phase de redémocratisation B. La reconstruction 1. Domaine politique et le développement.

A. s'agissant de la redémocratisation,

l'AFDL

considère que sa démarche politique procède
issu des

du processus d'indépendance interrompu en 1960 par la chute du 1er gouvernement premières élections démocratiques organisées au Congo Belge. Depuis cette époque aucune consultation le pouvoir d'une légitimité populaire.
L'AFDL

électorale

honnête

n'a été organisée

pour investir

s'engage à œuvrer pour établir au Congo des institutions caractérisées par un par-

tage équilibré du pouvoir.

A savoir: * un pouvoirlégislatifcomprenantun parlementreprésentatifdes forces démocratiques;
* un pouvoir exécutif constitué d'un Président de la République élu au suffrage universel, un gouvernement issu de la majorité parlementaire; * un pouvoir judiciaire indépendant.

-------------------------------------------------------------------------------------------

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------------------------------------------------------------------------------------------Quant aux deux options qui agnent la classe politique, à savoir: le fédéralisme et l'unitarisme, l'AFDLpréconise de soumettre ces deux choix au verdict du peuple. En résumé, les points suivants sont à retenir:

-

* l'AFDL souscrit à toutes les valeurs humaines prônées par la Déclaration universelle des droits de l'homme, à la Charte des Nations Unies et de l'OUA; * l'AFDL s'engage à restaurer la démocratieet à instituerle parlementarismecomme régime politique; * D'assurer la sécurité des biens et des personnes;
De maintenir l'intégrité territoriale; * De créer une armée du peuple;
11 11

L'AFDLpréconise de promouvoir une politique de bon voisinage et de non-ingérence dans
internationaux dans la mesure

les affaires des autres pays; * L'AFDL s'engage à respecter les accords et les conventions où ils ne compromettent pas l'intérêt de la nation;
11

A oeuvrer pour une coopération avec les pays étrangers et organisations internationales
mutuel absolu de souveraineté, de complémentarité et de réciprocité

sur la base du respect dans l'intérêt de tous;
11

De restaurer l'image de notre pays qui sera celle d'un État libre et démocratique.

2. Domaine économique B. la phase de reconstruction L'AFDL s'engage à : et de développement

* mener une action politique visant à restituer aux Congolais la maitrise de la production, de la distribution et de la consommation de leurs richesses du sol et du sous-sol sur la base d'une économie sociale de marché;
11 11

réhabiliter l'infrastructure de communication, routière, fluviale, lacustre et aérienne; moderniser le réseau de télécommunication; 11 créer et développer l'industrie locale en misant sur la production locale;
* développer
11

une politique originale de développement

rural;

stimuler la prospection et l'exploitation des gisements des mines connus et à découvrir; 11 amorcer la reconstruction nationale en se fondant sur le concept d'État finance, c'est-à-dire
l'Etat disposant: 1. d'une 2. d'une 3. d'une 4. opérer monnaie, comptabilité nationale, politique de finance publique, une réforme de la Banque centrale et des institutions connexes.

3. Domaine social
11 L'AFDL 11 11

préconise une promotion sociale basée sur le mérite personnel (méritocratie).

l'AFDL

préconise le système de santé pourtous dliciIl n 2000. a

L'AFDL s'engage à instaurer une politique de santé spécialisée à l'instar des autres grands pays du monde.

-------------------------------------------------------------------------------------------

* L'AFDL s'engage à remettre les Congolais au travail et à payer le salaire afin d'établir un pouvoir d'achat décent.

34

------------------------------------------------------------------------------------------*A

promouvoir l'existence des structures syndicales indépendantes qui défendent réellement
dans le secteur public et privé.

les travailleurs

*

L'AFDL

s'engage à réhabiliter l'enseignement public et à revaloriser la fonction ensei-

gnante. * Elle s'engage à assurer la formation continue des travailleurs. * Elle s'engage à promouvoir une politique de l'habitat. 4. Domaine culturel

* L'AFDLs'engage à promouvoir les cultures régionales et locales dans toutes leurs diversi-

tés.
* Elle s'engage à promouvoir la culture des bâtisseurs, c'est-à-dire, développer l'amour du travail. * Elle s'engage à une revalorisation générale des valeurs culturelles et morales en vue de développer et de favoriser l'esprit de dignité et d'honnêteté. Fait à Goma, le 4 janvier 1997.

Commentaires

Relevons ce qui nous paraît le plus significatif dans ce premier ensemble de textes. l°lls ne s'inspirent pas d'une problématique politique et idéologique homogène, mais constituent un véritable patchwork. On y trouve d'abord des références insistantes au discours «politiquement
correct» sur la scène internationale, celui des droits de l'homme et aussi - à

travers notamment les appels à la « transparence» dans la gestion du patrimoine de l'AFDL - celui de la « bonne gouvernance ». L'engagement «à restaurer les institutions démocratiques» s'inscrit bien sûr dans le même cadre discursif, mais il faut noter différentes formulations qui suggèrent une conception de la démocratie s'opposant au modèle compétitif de la démocratie parlementaire de type occidental. Les statuts définissent l'Alliance comme un «mouvement démocratique des masses ». Le préambule introduit la notion de «démocratie véritable», fondée sur une «légitimité réellement populaire» (la notion de « démocratie participative» sera évoquée dans des textes ultérieurs). Cette approche de la démocratie, la définition de la nature politique de l'Alliance, les nombreuses références au «peuple congolais», montrent la prégnance dans ce discours d'une fonne idéologique qui a eu une forte emprise dans la période des indépendances africaines, celle du populisme unanimiste, en même temps qu'elles révèlent une certaine influence du «modèle ougandais ».

République

démocratique

du Congo:

Chronique

politique

35

2° L'idéologie qui sous-tend ces textes est une idéologie révolutionnaire au
sens étymologique du terme: l'Alliance appelle à un recommencement, au retour de l'histoire congolaise en un point de son orbite, le moment de l'indépendance (cf. l'article 17 des Statuts), ou plus précisément le moment de la « chute du 1er gouvernement issu des premières élections démocratiques organisées au Congo belge» (cf. Programme minimum), c'est-à-dire du gouvernement formé par Patrice Lumumba à la veille de l'indépendance. Relève de la même démarche «révolutionnaire» la restauration de l'hymne et du drapeau de l'indépendance. Populiste, révolutionnaire/réactionnaire (la « révolution» prônée ici étant la restauration d'un état primitif des choses), l'idéologie de l'Alliance se veut aussi «développementaliste». Le Programme minimum, peu imprégné d'une problématique nationaliste, insiste sur «la reconstruction et le développement ». Il évoque une « culture des bâtisseurs» que Gaëtan Kakudji, dans une conférence de presse donnée à Bruxelles, opposera à la culture des «chasseurs-cueilleurs» (La Libre Belgique, 1-2/2/1997), opposition classique au Zaire où le président Mobutu était censé incarner la culture « prédatrice» des peuples de la forêt. 3° Le Protocole d'Accord créant l'Alliance faisait de celle-ci « un cadre politique de collaboration », ce qui impliquait la reconnaissance d'un certain pluralisme. Le Préambule parle lui de la « fusion» des partis fondateurs de l'Alliance (et donc des partis qui viendraient la rejoindre) dans un mouvement politique rassembleur. 4° Ce mouvement politique a un caractère présidentialiste accusé: en vertu des Statuts, le président de l'AFDL est président du comité exécutif et du conseil d'alliance et dispose (notamment) de la prérogative suivante: il jouit « en dernier ressort d'un pouvoir de veto sur toutes les décisions du conseil et du comité exécutif» (cf. art. 18,3). * Nous reviendrons plus loin sur les dispositions et engagements concernant l'économie et le « patrimoine de l'Alliance ».

1.2.2. Programme idéologique
Sous la responsabilité du Commissaire général à l'Information et Propagande, Raphaël Ghenda, et de la Commission de formation idéologique et politique, l'AFDL a publié à Goma en février 1997 une sorte de. manuel de formation politique.

36

Nous reproduirons la structure de ce document ainsi que de larges extraits entrecoupés et suivis de quelques commentaires. Ce programme de formation reprend en grande partie (à l'exception en tout cas de la leçon 5), moyennant des adaptations et aménagements (ainsi le remplacement du sigle PRP par le sigle AFDL), des documents qui servaient à la formation idéologique des militants dans le maquis kabilisteIS.

Programme de l'Idéologie politique
(Commission de formation idéologique et politique de l'AFDL

-février

1997)

Leçon 1
LES SEPT CAUSES DE
L'ÉCHEC

DE LA RÉVOLUTION1964 .. 1965AU CONGO
au sein de l'A.P.L. (Armée Populaire de Libé-

1. Manque de formation politique et idéologique ration) et C.N.L. (Conseil National de Libération). (...) 2. Faire la guerre sans respecter Cette erreur se manifeste par:

les règles d'une guerre de révolution.

- la conquête

en peu de temps des grandes villes; de plan, de stratégies et de tactiques de guerre; la conquête en peu de temps de grands espaces territoriaux sans en avoir la capacité de les administrer et de les contrôler; -la pratique d'une guerre sauvage au mépris de la guérilla; -la négligence des retraits stratégiques;

-le manque
-

Cette erreur a provoqué la dispersion des troupes de l'A.P.L. face offensives des ennemis.
- la croyance aux fétiches (gris-gris) et s'en servir comme technique

aux contre-

dans une guerre de

révolution.
3. Compter sur l'aide extérieure et croire qu'elle constitue la condition sine qua non de la victoire de la révolution.

(.u)
4. Entretenir un esprit de discrimination (de régionalisme, les révolutionnaires. (u.) de tribalisme et de clanisme) parmi

5. Querelles pour des intérêts égoïstes et de grades (manque de commandement unique). 6. Manque de franche collaboration au sein de l'armée et entre cette dernière (A.P.L.) et le

peuple.

------------------------------------------------------------------------------------------IS

Celui-ci s'est désolidarisé

de l'armée (A.P. L.) à cause de ses actes de barbaries

et de

On trouvera de substantiels extraits de ces documents dans: WILUNGULA, op. cil., pp 47-48 et sv. et : « Entretiens avec le PRP dans les maquis du Zaire », Info-Zaïre, Bruxelles, n° 37, décembre 1982 février 1983. Périodique trimestriel du Comité Zaïre.

-

République

démocratique

du Congo:

Chronique

politique

37

------------------------------------------------------------------------------------------pillages. 7. Absence

le combattant

n'était plus le soldat du peuple.
Militaire.

d'un Haut Commandement

Commentaires Relevons une des rares différences entre cette formulation des « 7 erreurs» et la formulation « primitive» telle que publiée par Lumuna Sando et reprise par Wilungula dans la version primitive: la septième erreur consistait à avoir «mené la guerre sans un Parti révolutionnaire» plutôt que sans un «Haut Commandement Militaire ». L'adaptation du texte original est restée au total fort limitée. Les relecteurs n'ont en tout cas pas éprouvé le besoin de rayer panni les « erreurs» commises en 1964-65 celles qui furent manifestement répétées (et pour le plus grand bien au moins provisoire du mouvement insurrectionnel) en 1996-97 : ainsi, « la conquête en peu de temps des grandes villes (...) et de grands espaces territoriaux », le recours privilégié à l'aide extérieure...

-

-

Leçon 2
LA CELLULE DE BASE * Définition: la Cellule est l'organe de base du mouvement «ALLIANCE». lle est créée E dans les avenues, les milieux professionnels, les entreprises, les bureaux, les universités, les centres culturels et dans les milieux sportifs. * Rôle de la Cellule: Son rôle est de propager l'Idéologie de l'Alliance à la masse populaire. (...) * Les attributions des membres d'une cellule [Relevons seulement les tâches du] Chargé de Sécurité:

-désigne
- il est

les agents de renseignements

afin d'identifier les ennemis

du changement;

- découvre

les ennemis au sein de la Cellule;
de visiteurs de la Cellule et fait rapport sur les suspects;

-veille sur la conduite
Commentaires

chargé de l'espionnage.

Nous ne disposons pas pour la période du maquis du texte équivalent à celui de cette deuxième leçon, mais l'on notera qu'alors aussi la « vigilance révolutionnaire» faisait partie des obligations prioritaires du militant. Ainsi, parmi les «devoirs d'un membre du PRP », figuraient ceux de se montrer « vigilant et attentif à tout danger et savoir le mettre hors d'état de nuire », de «savoir dénoncer les fautes» ainsi que « les détracteurs du parti »16.On aura
Le texte sur les «sept erreurs» publié par Wilungula est repris de C. K LUMUNASANDO, Zaïre: quel changement..., op. cit., pp 141-142.
WILUNGULA, op. cit., pp 56-57.

16

38

remarqué que des dispositions similaires figurent dans les statuts de l'Alliance (voir leur art.14). Précisons que l'organisation en cellules sera développée par l'AFDL sous le nom de chembe-chembe (chembe signifie« graine» en swahili).

Leçon 3
LES CLASSESSOCIALESET LEUR
A. LES CLASSES SOCIALES Questions * Qu'est-ce que les classes sociales? Ce sont des groupes de gens (personnes) n'ayant pas les mêmes niveaux de vie sociale. * Pourquoi nous devons étudier les classes sociales? Nous étudions les classes sociales afin de distinguer nos amis et nos ennemis; et de savoir dans quelle classe sociale nous nous trouvons. * Combien de classes sociales existe-t-iI dans notre pays? R : aujourd'hui, il existe sept classes sociales au Congo. Les différentes classes sociales Première classe: La bourgeoisie d'État ou bureaucratique
LUTTE

(H') Deuxièmeclasse: La bourgeoisiecompradore

(...)
Troisième classe: La bourgeoisie nationale
(01')

Quatrième classe: La petite bourgeoisie (...) Cinauième classe: La classe des Cultivateurs (.u) Sixième classe: C'est la classe ouvrière (...) SeDtième classe: La classe des prolétaires (...) B. LALUTTE DES CLASSES * Qu'est-ce que la lutte des classes? C'est une lutte entre deux groupes de classes existant au Congo:
la classe sociale des exploitants, propriétaires des entreprises et de tous les services pays. Ils ont le pouvoir de soumettre les autres, de les exploiter et de régner sur eux. - la classe dominée et opprimée (...)

-

du