Résurrection française

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Pour la France, le 7 janvier 2015 est une apocalypse et notre vieux pays ressent fortement le besoin d'un sursaut. Dans cet ouvrage, l'auteur montre que l'incertitude est devenue notre quotidien. Il analyse les nouveaux défis posés par la perte d'autorité et sens, la montée de la peur, l'intelligence croissante des machines. Il dessine les contours d'une forme nouvelle de leadership adaptée au temps futurs, indique les voies pour y accéder. Ainsi, le suicide français tant commenté ne serait pas la fin inéluctable de l'histoire, juste l'annonce d'une résurrection prochaine.
Publié le : dimanche 15 mai 2016
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EAN13 : 9782140009242
Nombre de pages : 186
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Gérard SchounRésurrection française
Pour un nouveau leadership
Pour la France, le 7 janvier 2015 est une apocalypse, au sens
étymologique de révélation. Face à l’alliance de forces opposées Résurrection
qui condamnent l’être humain à une existence soumise ou diluent
le sacré dans le relativisme et le désenchantement, notre vieux
pays ressent fortement le besoin d’un sursaut.  française
Dans cet ouvrage, l’auteur montre que l’incertitude – la
prolifération des « Cygnes Noirs » – est devenue notre quotidien. Pour un nouveau leadership
Il analyse les nouveaux défs posés par la perte d’autorité et de
sens, la montée de la peur, l’intelligence croissante des machines.
Essai
Il dessine les contours d’une forme nouvelle de leadership adaptée
aux temps futurs, indique les voies pour y accéder et prophétise
l’émergence des « Leaders Turquoise ».
Ainsi, le suicide français tant commenté ne serait pas la fn
inéluctable de l’histoire, juste l’annonce d’une résurrection
prochaine.
De ses expériences professionnelles d’abord axées sur l’international,
Gérard Schoun a gardé le goût pour le métissage des référentiels
culturels. Expert reconnu en matière de responsabilité sociétale,
il intervient au sein d’organisations variées. Ce creuset d’expériences
l’a conduit à détecter des formes de leadership encore marginales mais
qui s’imposeront demain.
ISBN : 978-2-343-08984-3
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Gérard Schoun
Résurrection française












Résurrection française
Pour un nouveau leadership






Gérard Schoun











Résurrection française
Pour un nouveau leadership


























































































Du même auteur

Diriger, Éditions d’Organisation, 2004.

Tu seras un leader, ma fille, Autres Temps, 2010.

Entrons dans le management d’après,
Lignes de Repères, 2010.

Manifeste pour une comptabilité universelle,
L’Harmattan, collection « Un autre regard », 2011.

Capital Humain versus Humain Capital,
L’Harmattan, collection « Un Autre Regard », 2014.

Tendances économiques et sociales de la valeur en entreprise
(ouvrage collectif), L’Harmattan, collection « Raisonance », 2014.

Tendances sociales et culturelles de la valeur
(ouvrage collectif), L’Harmattan, collection « Ad Valorem », 2014.













































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08984-3
EAN : 9782343089843








SOMMAIRE


Prologue ............................................................................ 9

Chapitre 1 : Dans les entrailles des Cygnes Noirs ........... 13

Chapitre 2 : Leadership, sens et autorité .......................... 39

Chapitre 3 : Apprivoiser sa meilleure ennemie
et trouver le chemin ......................................................... 73

Chapitre 4 : Servir les hommes et cohabiter
avec les machines ........................................................... 109

Chapitre 5 : L’émergence des Leaders Turquoise ......... 131

Épilogue ........................................................................ 173


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PROLOGUE


« C’est une folie de croire que l’on
peut rendre une société meilleure que
les hommes qui l’habitent. »
Georges Wolinski


7 janvier 2015. Ma fille me téléphone pour me dire qu’elle
èmen’est plus à son collège dans le 11 arrondissement de
Paris. Il y a eu des coups de feu pas très loin et on a dit
aux enfants de rentrer chez eux. Elle est en sécurité chez
des amis. Rassuré, je rejoins mon domicile et allume la
télévision. Les images des frères Kouachi passent en
boucle. Le lendemain, c’est la tuerie de l’Hyper Cacher de
Vincennes. Des Juifs assassinés. Presque la routine, mais
un nom me trouble : Saada. J’ai connu il y a très
longtemps un Saada, diplômé de l’Essec comme moi, un
type sympathique. La probabilité que ce soit lui est infime.
Sauf que c’était lui.

Je suis devenu Charlie par solidarité « affective » avec
l’hebdomadaire du même nom, héritier de Hara-Kiri, dont
l’humour potache et anarcho-gauchiste m’a toujours laissé
perplexe, même lorsqu’adolescent je trouvais la lecture, en
allemand, de Marx (plutôt les « Grundrisse » que « Das
Kapital ») très stimulante. Pendant un court moment,
Charlie a symbolisé pour moi l’esprit français, un
patrimoine unique à défendre contre vents et marées. Je
suis Français, je suis donc Charlie. Un patriotisme
9



compassionnel aurait dit Simone Weill, « la tendresse pour
une chose belle, précieuse et périssable». Quitte, dans la
famille Charlie, à appartenir à la catégorie de ces
« catholiques zombies » crucifiés par Emmanuel Todd.

Dans cet ouvrage, mon avatar Charlie s’interroge sur le
leadership. Sur ce sujet, tout a été pensé et dit. Le nombre
d’occurrences dans Google est éloquent. Mais, à chaque
fois que l’on cherche à cerner un peu plus précisément les
contours d’un leadership adapté à notre monde en
mutation, l’entreprise se solde par un relatif échec. La
démarche conserve un goût d’inachevé. D’où vient cette
malédiction ? Faut-il s’acharner à traiter à nouveau le sujet
alors que tant d’écrits existent ? La réponse est oui. Des
phénomènes nouveaux apparaissent qu’il faut prendre en
compte. En fait, la veine ne se tarira jamais.

La tentation est grande alors de vouloir partir d’une page
blanche, mais ce serait faire preuve de présomption. Un
univers mental ne périme jamais un autre, ce qui se
découvre aujourd’hui doit se frayer un chemin dans les
connaissances d’hier. Il n’est finalement question que
d’ajouts. Une pincée de ceci, un zest de cela suffit à
transformer un plat connu en une nouvelle expérience
gustative. Charlie est « cool », le renoncement au statut
valorisant de pionnier pour celui plus modeste de cuisinier
n’affecte pas trop son orgueil. J’utiliserai donc des
ingrédients existants. Tous les auteurs-cuisiniers agissent
de la sorte. Dans cette famille, le romancier Jean-Jacques
Schul affirme même adorer la récupération, le plagiat :
« C’est mon côté pop…le ciseau et la colle me passionnent
plus que l’écriture. » Cela ne l’a pas empêché d’avoir le
Goncourt en 2000 ! Et les plus grands génies ont
largement recours au stratagème. Tout récemment encore,
j’ai constaté que Shakespeare avait puisé du contenu chez
10



Montaigne, et sans doute chez bien d’autres. Voilà qui
m’absout, au moins en partie. D’ailleurs, les victimes de
ces emprunts ne sont pas les plus à plaindre. La preuve, je
me plagie moi-même abondamment. Au contraire,
nombreux sont ceux qui auraient mérité d’être pillés.
Seule mon ignorance les a épargnés.

J’avance quand même en terrain miné, risquant à chaque
page la répétition d’idées convenues. Fort heureusement,
la posture Charlie m’invite à ne m’incliner devant aucune
doxa, aucun discours. Elle me rend libre de philosopher à
coup de marteau comme m’y enjoint un autre grand
blasphémateur, Friedrich Nietzsche. Je peux être
irresponsable, inconséquent, irrévérencieux ou, plus
subversif encore, lucide. Fidèle à l’exhortation de Lin Tsi -
« si tu rencontres le Bouddha, tue le Bouddha » -, voleur et
mécréant, j’ai décidé de mener un djihad intérieur (il paraît
que c’est le seul qui vaille) sans savoir très bien où il est
sensé me conduire faute de mettre fait, d’entrée de jeu, une
religion. L’Ange Gabriel n’a pas daigné me dicter la
moindre sourate sur mon sujet d’étude. Je ne suis pas un
prophète. Je crois juste que le 7 janvier 2015 est une
apocalypse, au sens étymologique de révélation. En
matière de leadership aussi, qu’on l’envisage sous un
angle collectif ou individuel, tout va devoir changer. Et si
le mouvement venait de notre vieux pays si déprimé ? Une
résurrection française.




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CHAPITRE 1 :
DANS LES ENTRAILLES DES CYGNES NOIRS


« L’avenir, tu n’as pas à le prédire, tu as
à le rendre possible. »
Antoine de Saint-Exupéry



Dessine-moi un Cygne Noir

Ce qui devrait changer à l’avenir la manière d’exercer le
leadership, c’est l’invasion des Cygnes Noirs. Mais
qu’entend-on par Cygne Noir ?

À la fin du XVIIème siècle, on découvre en Australie un
animal dont les Européens ne soupçonnent pas l'existence,
un cygne de couleur noire. Stupeur, depuis 2000 ans, les
Européens sont persuadés que tous les cygnes sont blancs.
Sans doute le blanc, couleur symbole de la lumière mâle,
solaire et fécondatrice, colle-t-il bien avec l’idée qu’un
Européen blanc se fait du cygne qui avance
majestueusement sur un plan d’eau ? Le poète latin
Juvénal a bien évoqué un oiseau rare dans nos contrées,
noir mais très semblable à un cygne. Mais qui se soucie de
Juvénal ? Le cygne noir va retomber dans l’oubli jusqu’à
la sortie de l’ouvrage « Cygne Noir, la puissance de
l’imprévisible » dans lequel l’essayiste Nassim Nicholas
Taleb désigne sous le terme de Cygne Noir un évènement
aberrant et hautement improbable, dont « l'impact est
extrêmement fort » et dont «notre nature humaine nous
pousse à élaborer après coup des explications concernant
sa survenue, le rendant ainsi explicable et prévisible ». Le
crash évité de justesse de la finance mondiale en
20072008 devient l’archétype du Cygne Noir.
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Né en 1960 au Liban, Taleb est un philosophe spécialisé
dans l’épistémologie des probabilités. Il a été courtier en
bourse pendant vingt ans à New York, une vraie chance
car cela lui a permis de connaître la finance de l’intérieur.
Il professe son scepticisme au regard des explications
rationnelles a posteriori qui sous-estiment l’inexplicable et
l’aléatoire du passé. Le passé n’est pas une matrice du
futur. Face au risque, l’intuition et l’émotion l’emportent
souvent sur la raison. Taleb braque les projecteurs sur un
biais cognitif. Si on ne croise et n'observe que des cygnes
blancs, on aura vite fait de déduire par erreur que tous les
cygnes sont blancs. Nous construisons des raisonnements
à partir d'informations incomplètes, ce qui nous conduit à
aboutir à des certitudes erronées. C’est l’exemple fameux
de la dinde. On la nourrit chaque jour de son existence
dans le but de la manger à Thanksgiving ou Noël. La
dinde, elle, est persuadée qu’on va la nourrir tous les jours
jusqu'à sa mort naturelle, et que cela ne changera jamais.
Chaque jour qui passe confirme son point de vue. Son
exécution imprévisible la veille de la fête constitue, à n’en
pas douter, pour notre pauvre dinde, un « Cygne Noir ».

Le Cygne Noir est donc la métaphore d’un évènement
jugé improbable ou impossible et dont la survenue infirme
les hypothèses faites jusqu’alors. Il renvoie aux notions de
prédiction, de risque, et d’incertitude, que l’on confond
souvent à tort. Essayons d’y voir un peu plus clair.
L’environnement prédictible est, pour les mathématiciens,
celui dont la « loi de probabilité » qui le régit est connue a
priori. C’est typiquement le cas d’un lancer de dés.
L’environnement correspondant au risque est celui dont la
loi de probabilité qui le régit est connue a posteriori, par
apprentissage. Ainsi mon assureur connaît la probabilité
de vol de mon smartphone. C’est, hélas pour moi, un
événement qui se répète souvent. Il dispose donc de tables
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historiques sur lesquelles s’appuyer. L’incertitude
correspond à la situation où aucun historique n’est
disponible pour évaluer des probabilités. En l’absence de
cette information, le calcul est impossible. C’est
notamment le cas lorsque des événements entièrement
nouveaux surviennent.
Une autre manière de caractériser le Cygne Noir est de le
présenter comme un événement de faible probabilité, mais
à fort impact. Autrement dit, un Cygne Noir n’a rien de
vraiment nouveau. C’est juste une occurrence dont la
possibilité de survenance a été sous-estimée. Le Cygne
Noir entre donc bien dans l’univers du risque. Il survient
non pas parce sa probabilité est intrinsèquement
incalculable, mais parce que le modèle employé pour
estimer celle-ci est erroné. C’est ce qui s’est passé dans le
monde de la finance : la possibilité d’un crash était
parfaitement connue, mais sa probabilité comme son
impact étaient fortement sous-estimés. Cela dit, la
frontière entre incertitude et risque est parfois perméable.
Si le fabricant de mon portable décide subitement de
lancer une campagne de marketing massive pour en vanter
les mérites, le produit va être de plus en plus convoité par
les voleurs. Les tables de mon assureur s’effondreront car
la loi de distribution empiriquement observée depuis
plusieurs années ne sera plus valable. L’assurance de mon
appareil devient un foyer de perte pour l’assureur. Le
pauvre doit se faire une raison : tout modèle fondé sur une
statistique constituée empiriquement peut être confronté à
un événement de type Cygne Noir. On comprend le
danger. Du coup, on se gave d’informations pour se
donner le sentiment de maîtriser l’environnement. Peine
perdue, au final les situations véritablement calculables, en
théorie ou en pratique, sans risque de Cygne Noir, sont
peu nombreuses. L’incertitude est la loi dominante.
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Constat flippant. Que faire face à l’incertitude ? La voiture
du futur sera-t-elle électrique et sans chauffeur?
Accepterons-nous des modifications génétiques pour vivre
plus longtemps? La Chine va-t-elle connaître un krach
immobilier? Si, comme moi, vous ne savez pas répondre à
ces questions, c’est qu’elles concernent des événements
tellement complexes, avec tellement de variables, qu’elles
n’ont pas de solutions abordables par le calcul.
L’incertitude est véritablement à part. Ce n’est pas du
risque sous contrôle, c’est fondamentalement différent.
L’incertitude demande une approche créative, non
calculatoire, de la décision. Or le monde est, vous en
conviendrez, de plus en plus incertain. Alors, si vous avez
l’ambition de devenir un leader, sachez que, durant toute
votre vie, vous serez flanqué d’animaux de compagnie…
des Cygnes Noirs.


Finance et Cygnes Noirs

La finance est un monde passionnant dont je ne me lasse
pas. J’ai adoré les films « Wall Street » et « Le Loup de
Wall Street ». La finance, c’est comme les Galeries
Lafayette, en mieux. Il se passe toujours quelque chose et
chacun est concerné, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas,
qu’on y mette ses économies ou pas. De plus, la finance
est un monde où les Cygnes Noirs sont chez eux. Bien sûr,
nous le verrons, ils envahissent d’autres sphères, mais
force est de reconnaître que la finance, notamment la
finance dite structurée, est, comme on dit, un bon client
pour comprendre comment les choses arrivent.
« Structurée », voilà un mot qui en impose. Il sonne
comme une garantie de sérieux, mais cache en réalité des
comportements souvent irresponsables voire une espèce de
criminalité en col blanc. Je l’ai compris quand j’ai eu
l’occasion d’auditer de grandes banques, plus précisément
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leurs filiales d’asset management dédiées à la gestion de
fonds. J’ai découvert à cette occasion des notions
inconnues des profanes, tracking error et surtout VaR
(Value at Risk, en français valeur en risque), grâce à
laquelle nos banques pensaient contrôler les risques au
cordeau.

Cela mérite une courte explication. Rassurez-vous, je
n’utiliserai aucune équation (pour tout dire, j’ai un peu
oublié le programme de mathématique de terminale qui
me serait nécessaire dans ce cas précis). Sachez
simplement que les simulations probabilistes à base de
VaR, utilisées dans les salles de marché depuis la fin des
années 1990 pour gérer les positions de trading et rendues
obligatoires par les superviseurs bancaires, ont en effet la
prétention de prédire des niveaux de pertes en se basant
sur une loi statistique de distribution normale.
Rappelezvous, c’est la fameuse loi de Gauss, cette loi que l’on
étudie au lycée. Séduisante, simple à la fois dans sa
représentation graphique - une courbe en cloche
symétrique - et dans sa formulation puisqu’elle se définit
entièrement par ses deux premiers moments statistiques, la
moyenne et la variance, elle décrit très convenablement de
nombreux phénomènes mesurables pour lesquels on
dispose de données. C’est vraiment une très jolie loi
mathématique. Elle aurait dû a priori fonctionner pour les
données boursières.

Seulement voilà, elle ne marche pas, du moins pas
toujours, notamment quand la situation devient vraiment
« anormale ». Vouloir l’appliquer au domaine de la
psychologie irrationnelle des acteurs de marché se révèle
une aberration. Car dans la vraie vie, les deux moteurs des
marchés financiers sont l’avidité et la peur. Ils
s’enclenchent alternativement sans prévenir. La VaR
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