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Révolution, lutte armée et terrorisme

208 pages
Cet ouvrage s'intéresse à l'articulation entre révolution, lutte armée et terrorisme. En dehors d'une large bibliographie, d'une réflexion générale sur les stratégies révolutionnaires et d'une analyse des relations entre trotskysme et terrorisme, diverses aires géographiques sont abordées : l'Europe avec l'Espagne et l'Allemagne, l'Amérique latine et l'Amérique du nord.
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REVOLUTION,

LUTTEARMEE ET TERRORISME

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

(Q L'Harmattan,

2005

ISBN: 2-7475-9718-0 EAN : 9782747597180

DISSIDENCES

REVOLUTION,

LUTTE ARMEE ET TERRORISME
Volume 1

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino IT ALlE

KIN XI

de Kinshasa

- RDC

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Pourquoi Dissidences?
Tant l'actualité sociale (grève de nov.-déc. 1995)~ que la mobilisation altermondialiste ou les résultats électoraux ont amené des chercheurs, jeunes le plus souvent, à considérer l'extrême gauche comme un objet d'études sérieux et légitime. Face à ce regain d'intérêt, pour pallier à un manque patent, la décision a été prise de publier la collection Dissidences, conçu comme

un outil collectif d'information et de recherche sur toutes les
dissidences.

Dissidences s'inscrit donc dans un courant visant à mieux connaître et analyser une réalité sociale et historique trop souvent ignorée. TI s'agit en quelque sorte d'une revue engagée, mais non partisane, qui essaie de maintenir un rapport distancié avec ses objets d'étude tout en maintenant une « sympathie critique» constructive à leur encontre. Dissidences souhaite rassembler le plus largement les analyses sur les mouvements révolutionnaires. n s'agit de s'intéresser à un ensemble de luttes, d'organisations, de courants et de sensibilités, d'explorer les représentations et mémoires collectives qui permettent de définir les contours de tels mouvements. Ainsi, la compréhension de toutes les avant-gardes, politiques, sociales ou artistiques, minoritaires ou influentes, est du ressort de notre revue. Son aire d'inv~stigation porte principalement sur le cas français mais intègre également une dimension internationale, tant celle-ci participe historiquement de la vitalité de l'extrême gauche. Créer une dynamique, rassembler les chercheurs, leur fournir des outils de travail, les guider dans le paysage éclaté des sources, r~nser et stimulerJa pr<Xluctionde travaux inédits, faire avancer la compréhension des mouvements révolutionnaires sont ainsi .queIquesuns de nos objectifs. Tout cela en maintenant les échanges avec les
acteurs de ces mouvements

de mémoire à I'heure des premiers bilans du xx: siècle et de la redéfinitiondes projetsd'émancipation.
Dissidences est animé par une équipe d'universitaires et chercheurs de différentes disciplines, histoire, sociologie, science politique, psychologie sociale. Ce collectif ne demande qu'à s'ouvrir davantage à d'autres approches et thématiques, ainsi qu'à toute personne motivée qui pourrait contribuer à son enrichissement scientifique. En complément, voir le site : www.dissidences.net

- intéressés,

- anciens

ou nouveaux, militants ou « ex »

au-delà de la simple analyse, par la nécessité d'un trnvail

DISSIDENCES
Volume 1
. Présentationgénérale... ... ... ... ... ... ... ... ... REVOLUTION, ... ... ... ... p. 7 LUTTE ARMEE ET TERRORISME

. Stéphane MOULAIN, Christian BEUVAIN - Introduction:
Orientation

Instructions pour une prise d'annes
et filmique. . . ... . . . ... . . . . . . . . . . .. p. Il

bibliographique

. Stéphane MOULAIN
- « Stratégies révolutionnaires: lutte armée, guérilla et
terrorismes »... .. . . .. ... . . . ... . . . ... ... . . . . . . . .. ... ... . . . . . . .. . . . .. p. 41

. Jean-Guillaume LANUQUE « ETA, un terrorisme d'extrême gauche? »... ... .. .. . p. 69 . Sergi Rosés CORDOVILLA - « Une ébauche de l'histoire du MIL » (traduction Rudy
Chaulet).

. Ami-Jacques RAPIN
. Jean-Baptiste . Franck
1971) »...

.. .. . ... . .. ... .. . ... . . . ... . .. .,. . .. .. . . .. ... . . . ... ... . .. ... p. 85

- « La guérilla urbaine appartient désormais à I'histoire» : l'autodissolution de la Rote Armee Fraktion (RAF) et le bilan final de sa trajectoire militante» ... ... ... ... ... ... p. 99
THOMAS

- « Stratégie guérrillériste, lutte paysanne et auto-organisation ouvrière et minière. Le cas de la Bolivie post-Guevara (1969. . . . . . .. . ... .. . .. . . .. .. . ... . .. . . . . .. .. . . . . .. . . . . . . . . . . p. '" 117

GAUDICHAUD

-« L'ombre du Condor. Le terrorisme d'Etat contrerévolutionnaire en Amérique latine» ... ... ... p. 129 . Jeremy VARON - « Bring the War Home, Le Weather Underground, la Fraction Armée Rouge et la violence révolutionnaire dans les années 60 et 70 » (introduction traduite par Yann Kindo) p. 145 . Joshua BLOOM - « Organiser la rage. La stratégie politique des Blacks Panthers 5

après les émeutes de Watts»
Kindo)

(traduction parYann
p. 171

. Richard WALTER .

. .. ... . . . . .. .. . . . . ... . . . . .. .. . . . . . . . . . . .. . . .. . . . .. . . . . .. .

- « Du LSD dans le lac Michigan. Le terrorisme américain d'extrême gauche, une histoire à construire )}..... . ..... .. . ... ... p. 185 Jean-Guillaume LANUQUE Jean-Paul SALLES et - « Terrorisme et trotskysme». .. ... ... .. . .. . ... ... ... ..... p. 193 Appel à contribution pour les volumes à venir sur le site www.dissidences.net REDACTION Directeurs de collection Jean-Guillaume LANUQUE, eorges UBBIALI G
Equipe de rédaction Christian BEUVAIN Hervé CHALTON Vincent CHAMBARLHAC- Sylvain DELOUVEE - Franck GAUDICHAUDAurélien MOREAU - Olivier NEVEUX - Stéphane MOULAIN Jean-Paul SALLES.

Ce volume bénéficie d'un soutien matériel de ('IHC-UMR 5605 (Université de Bourgogne). Site web: http://tristan.u-bourgogne.fr Dissidences est édité par l'association: Les Amis de Dissidences. Site: www.dissidences.net Pour toute correspondance: Jean-Guillaume LANUQUE 154 me du Maréchal Oudinot 54 00 NANCY Jean-2uillaume.lanuQue@wanadoo.fr L'adhésion aux Amis de Dissidences comprend l'envoi de deux volumes de Dissidences Adhésion: 32 €. Chèque à l'ordre: Les Amis de Dissidences

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Présentation
Avec ce premier volume, nous inaugurons une nouvelle collection des éditions L'Harmattan, Dissidences. Initialement lancée comme revue indépendante et autofmancée en 1998, Dissidences-BLEMR (Bulletin de Liaison des Etudes sur les Mouvements Révolutionnaires) a publié depuis onze numéros simples et deux numéros doubles, dont chacun, à compter du cinquième, était articulé autour d'un dossier thématique, comme le surréalisme, l'anticolonialisme révolutionnaire ou les révolutionnaires durant la seconde guerre mondiale (les tables des matières détaillées de tous ces numéros sont consultables sur le site Internet, www.dissidences.net). Conscients des limites atteintes au fil de l'évolution de notre publication (contraintes pratiques croissantes pour des bénévoles, matériau rédactionnel abondant), nous avons mené des discussions avec des éditeurs professionnels afin de transformer la revue en collection de livres, ce qui a permis de déboucher sur ce partenariat avec L'Harmattan. TIest pour l'instant prévu deux volumes par an, ce qui pourra évoluer en fonction du succès rencontré. Chacun d'entre eux correspondra à l'équivalent d'un ancien numéro double, le contenu étant consacré à un dossier thématique, tandis que nos rubriques traditionnelles, «état de la recherche », «notes de lecture» et «revue des revues », prendront place sur notre site Internet, mis à jour régulièrement. Ce dernier apparaîtra de plus en plus comme le complément incontournable de l'édition papier, chaque dossier se voyant complété par une bibliographie étendue et exhaustive, ainsi que par des articles supplémentaires mis en ligne, sans parler de la diffusion d'informations sur les rendez-vous intéressants liés aux mouvements révolutionnaires (colloques, séminaires, expositions etc.), la présence de multiples liens ou la présentation de tous les chercheurs intéressés Nous envisageons dans tous les cas de compléter la publication semestrielle de volumes thématiques par l'édition de travaux de recherche que nous jugerons suffisamment pertinents, et éventuellement par la réédition améliorée et 7

enrichie d'anciens dossiers. Par ailleurs, nous avons créé une association des «amis de Dissidences» dont l'adhésion donne droit aux deux volumes annuels (voir tous les renseignements à ce sujet sur notre site). Ce changement de formule ne modifie en rien notre orientation de départ: contribuer à l'élaboration d'une approche dépassionnée et scientifique des mouvements révolutionnaires d'extrême gauche, en mettant à contribution le plus grand nombre de disciplines, histoire, sociologie, sciences politiques, psychologie sociale, etc. La collection Dissidences ne demande donc qu'à se développer en fonction du maximum d'énergies susceptibles d'être mobilisées. Ce premier volume contient un dossier axé sur la problématique révolution, lutte armée et terrorisme, un moyen de proposer une autre vision de la violence politique révolutionnaire que celle véhiculée le plus souvent par les médias sous le vocable polysémique de «terrorisme ». Sans prétendre à l'exhaustivité, nous avons élaboré une bibliographie large que nous complétons par des éclairages plus spécifiques centrés principalement sur l'Amérique latine, les Etats-Unis et l'Europe, ainsi que par deux études transversales, sur les stratégies révolutionnaires d'une part, sur les relations entre terrorisme et trotskysme d'autre part (on trouvera sur le site une sélection de notes de lecture). Pour les prochains volumes, les dossiers prévus porteront sur le cinéma et le théâtre révolutionnaires, l'URSS en questions, et les avant-gardes artistiques autour de la première guerre mondiale (voir les appels à contribution sur le site). A un moment où notre travail connaît enfin un début de reconnaissance - utilisation de notre revue dans des mémoires de maîtrise, partenariat avec l'llIC de l'Université de Bourgogne pour une 2e journée d'étude sur le trotskysme en novembre 2004, prise en compte de nos problématiques par des chercheurs confirmés, comme Daniel Lindenberg dans l' Histoire des gauches en Francel, soutenance de thèse réussie sur le militantisme dans la LCR post-68 par notre collaborateur
1 Daniel Lindenberg, «A gauche de la gauche », in Jean-J acques Becker, Gilles Candar, (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, 2004, vol. 2, xxe siècle: à l'épreuve de l'histoire, p. 119-134. Voir le compte-rendu sur le site www.dissidences.net. 8

Jean-Paul Salles - nous comptons sur votre soutien pour poursuivre et amplifier davantage encore l'étude scientifique des mouvements révolutionnaires.
La rédaction

Ce volume est dédié à Madeleine Lanuque (1919-2004)

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Présentation: Instructions pour une prise d'armes
Dossier coordonné par Stéphane MOULAIN, « ouverture» de Christian BEVYAIN

Nous avons choisi pour ce premier volume de consacrer notre dossier aux rapports qui existent entre les révolutions, la lutte armée et le terrorisme. Ce dernier terme se trouve à dessein en dernière position pour deux raisons très simples. En premier lieu, dès la mise en place de notre projet de construction d'un savoir historique et scientifique sur les mouvements révolutionnaires, nous avons décidé d'une position d'extrême circonspection vis-à-vis des « modes éditoriales» qui fleurissent ici ou là, celles se déployant actuellement autour du « terrorisme» nous semblant des plus pernicieuses. Ensuite ce terme, apparu dans l'espace public, faut-il le rappeler, pendant la Révolution française, lorsqu'il s'est agi pour la bourgeoisie thermidorienne de rendre infamants jacobins et sans-culottes, possède depuis cette époque une connotation fortement disqualifiante à l'encontre des opprimés qui emploient des moyens violents pour résister ou lutter contre l'ordre dominant. Comme l'énonce I'historienne Sophie Wahnich, « « terroriste» s'offre donc comme la disqualification normative où se dit [...] la délégitimation par les vainqueurs thermidoriens d'une violence souveraine, effectuée hier par des représentants du peuple légitimement élus, devenus des terroristes vaincus, criminalisés et exclus rétroactivement du champ politique légal et légitime 1». Nous sommes toujours dans cette configuration. Depuis au moins deux décennies, la légitimité de la lutte armée, c'est-à-dire de l'usage militarisé de la violence politique, a disparu de l'horizon d'attente de la quasi-totalité des organisations se réclamant de l'extrême gauche, en Europe surtout, mais aussi dans la partie Nord du continent américain, avec toutefois quelques rémanences, sous la forme de guérillas, de cette position insurrectionnelle en Amérique centrale, latine
Sophie Wahnich, La liberté ou la mort. Essai sur la Terreur et le terrorisme, Paris, La Fabrique éditions, 2003, p. 96-97. Il
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ainsi que dans certaines régions d'Asie. Les groupes qui s'étaient donnés pour tâche de dévoiler le monde par la critique des armes ont fait le deuil de cette violence politiquel, qu'ils soient passés effectivement aux actes, en Italie et en Allemagne principalement, mais aussi aux Etats-Unis, en France voire en Suisse2, ou bien qu'ils n'en soient restés qu'au stade de 1'« attrait» ou de la légitimation théorico-historique3. Parmi les auteurs de souvenirs4 qui paraissent depuis quelques années, les militants passés ou actuels de la Ligue communiste révolutionnaire sont à peu près les seuls à aborder vraiment les circonstances historiques et les modèles dominants étrangers qui parurent favoriser à un moment donné cet attrait pour la violence révolutionnaire, au point que « la convergence entre les jeunes délégués français et les représentants argentins et boliviens permet l'adoption [par le ge congrès mondial de la 4eme Internationale en 1969J de la résolution sur la lutte armée en Amérique latine5 ». Si l'on excepte les maoïstes de la Gauche prolétarienne et quelques franges de la mouvance ultra-gauche des «communistes de conseils », parmi les groupes de l'extrême gauche, la LCR est d'ailleurs la seule des trois organisations se réclamant du trotskysme (avec l'üCI et l'Union Communiste (LÜ)) à avoir côtoyé de près des
1 Isabelle Sommier, La violence politique et son deuil. L'après 68 en France et en Italie, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1998, 253 p. 2 Dominique Wisler, Violence politique et mouvements sociaux. Etude sur les radicalisations sociales en Suisse durant la période 19691990, Genève, Editions Georg, coll. « Lug », 1994, 290 p. 3 Isabelle Sommier, « L'attrait de la guerre révolutionnaire », Sociétés & Représentations, juin 1998, p. 333-350. 4 Citons Edwy Plenel, Secrets de jeunesse, Paris, Stock, 2001, Daniel Bensaïd, Une lente impatience, Paris, Stock, coll. «Un ordre d'idées », 2004, Gérard Filoche, 68-98 histoire sans fin, Paris, Flammarion, 1998 et Ces années là, quand Lionel..., Paris, Editions Ramsay, 2001, Benjamin Stara, La dernière génération d'Octobre, Paris, Stock, coll.« Un ordre d'idées », 2003, Boris Fraenkel, Profession: révolutionnaire, Latresne, Editions Le Bord de l'Eau, 2004, Gérard Miller, Minoritaire, Paris, Stock, 2001. 5 Daniel Bensaïd, Les trotskysmes, Paris, PUP, coll. «Que sais-je? », 2002, p. 99. 12

tentations de violence politique, même si un ancien militant et responsable de l'QCI admet que cette « tentation du gauchisme extrême, pouvant basculer dans le terrorisme [...] n'épargnait aucune organisation] ». Le seul à porter témoignage et à analyser le développement d'« une rhétorique de la violence libératrice innocente» [parmi la] « nouvelle gauche révolutionnaire2» est Daniel Bensaïd, enseignant en philosophie à Paris VIII et membre de la direction de la LCR depuis ses débuts qui, outre un chapitre entier3, évoque cette question à plusieurs reprises dans son livre. A rebours des militants quasi-amnésiques ou à la mémoire défaillante rencontrés par Isabelle Sommier, « qui tendaient systématiquement à minimiser l'importance de la violence dans leurs organisations» voire à affITmer une «altérité radicale entre les « gauchistes» et les « terroristes» 4», Daniel Bensaïd, qui ne cèle pourtant pas ses critiques, ne fait l'impasse ni sur cette pratique légitimée de la violence physique, ni sur les imaginaires historiques, ni sur les lectures assidues d'auteurs tels que Neuberg, Lussu, Giap ou Guevara, abondamment diffusés dans les années 70 par les éditions Maspéro5, sous forme de petits livres de poche à la couverture colorée. Selon l'historien Philippe Buton, ces textes ont fait partie d'une «acceptation pédagogique de la violence armée» qui se renforce au « miroir des luttes étrangères6 », celles du Viêt-nam bien sûr, mais aussi et surtout celles d'une Amérique latine dont Daniel Bensaïd donne d'ailleurs de nombreux exemples d'une « irruption permanente7 », exemples qui n'étaient pas sans résonances dans la vie des militants, constat corroboré aussi

1Benjamin Stara, La dernière génération d'Octobre, op. cit., p. 128. 2 Daniel Bensaïd, Une lente impatience, op. cit., p. 200. 3 Ibid., chapitre Il, « La violence apprivoisée », p. 199-232. 4 Isabelle Sommier, La violence politique et son deuil, op. cit., p. 2829. 5 Pour ces auteurs, se reporter à la bibliographie. 6 Philippe Buton, « La gauche et la prise du pouvoir », in Jean-Jacques Becker, Gilles Candar, (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, vol. 2, .x:xe siècle: à l'épreuve de l 'histoire, 2004, p. 579. 7 Daniel Bensaïd, Une lente impatience, op.cit., p. 177.
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bien par son camarade d'alors, Gérard Filochet, que par Benjamin Stora évoquant les discussions dans son organisation sur la lutte des mineurs boliviens ou la guérilla en Argentine2. Comble du paradoxe, alors que la perspective d'un pouvoir des opprimés semble actuellement relever non pas de l'utopie, mais pire encore du non-pensable, au vu des analyses et solutions envisagées par certains, nous assistons depuis deux ou trois ans au retour de quelques «fantômes» du temps passé. Face à une discontinuité militante, s'érige la continuité répressive du pouvoir qui n'en finit pas d'assigner des responsables. En effet, à travers quelques événements ou « affaires» qui défraient la chronique, les Etats manifestent leur volonté, via les institutions judiciaires ou pénitentiaires, de ne pas oublier celles et ceux qui avaient engagé un combat antiimpérialiste et anti-capitaliste dans les métropoles européennes. On peut citer, dans le cas d'exilés italiens, l'extradition immédiate de Paolo Persichetti le 25 août 2002 après son arrestation dans les rues de Paris, l'arrestation de Cesare Battisti le 10 février 2004, sa mise en liberté surveillée et son passage dans la clandestinité pour éviter une extradition en Italie synonyme de prison à vie, et pour la France, la difficile libération pour raison de santé de la militante d'Action Directe Joëlle Aubron, le 16juin 2004, ainsi que l'extradition d'Hélène Castel, proche des Autonomes, réfugiée au Mexique et transférée - en août 2004 - dans les prisons françaises, quelques jours avant la prescription d'une peine par contumace. Ce «retour du refoulé» dans l'espace public s'effectue dans des sociétés saturées de « terrorisme3 », particulièrement depuis l'attentat-massacre du Il septembre 2001. Actuellement, par l'emploi indifférencié, abusif et répétitif de ce vocable polysémique par les médias, écrits et audiovisuels, l'amalgame

Gérard Filoche, 68-98 histoire sans fin, op. cit., où il raconte les campagnes de soutien au POR bolivien, les Comités Chili, etc. 2 Benjamin Stora, La dernière génération d'octobre, op. cit., p. 147. 3 On peut signaler ainsi des exercices de simulation d'attaques terroristes massives, pour tester la rapidité des secours, comme celles qui ont eu lieu à Paris le 23/10/2003 (attentat chimique) et le 10/10/2004 (attentat radioactif).
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fait souche entre « fous de dieu» et « militants rouges» 1, entre attentats ciblés visant des responsables d'institutions militaires ou économiques, et massacres de citoyens dans des gares, des trains ou des gratte-ciel. TI semble ainsi que ce mot de « terrorisme », avec son cortège d'images sanglantes, de violence aveugle et de massacres indiscriminés ait pour enjeu d'obscurcir des processus, des modes d'actions et surtout des cultures politiques aux antipodes les unes des autres, en particulier lorsque certains auteurs, autrefois plus perspicaces, ne le définissent plus que comme « étant d'abord une technique2 ». A cet égard, comment ne pas remarquer qu'en France, les premières analyses idéologiques du phénomène « terroriste », et on pense ici par exemple à un ouvrage de Laurent Dispot, ancien militant de la Gauche prolétarienne, intitulé La machine à terreur3, sont contemporaines de l'abandon du paradigme marxiste par un grand nombre d'intellectuels, dont beaucoup d'historiens. François Dosse4 a très bien déconstruit cette nouvelle histoire à « vocation conservatrice », dont de nombreux épigones se serviront pour faire remonter la matrice de cette violence politique à la Révolution française, renouant ainsi avec la tradition thermidorienne, comme nous venons de le voir. D'où cette constatation, qui vaut condamnation, de Laurent Dispot : « [Et) le produit le plus direct et le plus intact de la Révolution française [...) c'est le terrorisme5 ». En présentant Andréas Baader comme fils à la fois de Robespierre et de Hitler, via le concept de totalitarisme, ce raccourci «audacieux », présenté
1 On trouvera l'équivalent académique dans Yolène Dilas-Rocherieux, «Communisme, révolution, islamisme. Le credo d'Ilich Ramirez Sanchez », Le Débat, n° 128, janvier-février 2004. 2 C'est Gérard Chaliand qui donne cette «définition» dans son ouvrage L'arme du terrorisme, Paris, Editions Louis Audibert, 2002, p. 32. Le temps semble loin où cet auteur publiait, dans les années 68, chez Maspéro, Lutte armée en Afrique ou Les paysans du Nord- Viêtnam et la guerre. 3 Laurent Dispot, La machine à terreur, Paris, Grasset, coll. « Figures », 1978. 4 François Dosse, L 'histoire en miettes, Paris, La Découverte, 1987, p.220-223. 5 Laurent Dispot, La machine à terreur, op. cit., p. 50. 15

par cet auteur comme « fécond 1», permet de condamner aussi toute remise en cause de la société, puisque génératrice de machineries terrorisantes. Ainsi, toute intelligibilité du phénomène de déclenchement de la violence armée révolutionnaire, à commencer par sa nécessaire inscription dans ces années où le Viêt-nam constitua «la rampe d'accès à l'action militante et un cadre de mobilisation dans lequel s'est forgé un ensemble de représentations du combat politique identifié à la guerre et à la guérilla2», fut pendant longtemps obérée par ce soupçon, comme une ombre portée de complicité totalitaire pour quiconque oserait faire preuve d'un minimum d'empathie pour un tel sujet d'étude. Si l'on ajoute à cela le très réel désamour, parmi les jeunes chercheurs, pour tout ce qui a trait au mouvement ouvrier et révolutionnaire - nous en savons quelque chose! - on ne peut que saluer les travaux pionniers d'Anne Schimmel, Isabelle Sommier et Ami-Jacques Rapin3 en Europe et de Jeremy Varon4 aux Etats-Unis, qui surent imposer ces «années de plomb» en objet historique légitime. Malgré la timidité, et parfois la suspicion, dont font encore trop souvent preuve, à l'égard de ce sujet, un certain nombre de chercheurs qui travaillent sur l'extrême gauche, nous ne pouvons que nous réjouir de présenter ici des travaux qui, à n'en pas douter, constituent autant de pistes de réflexion et de discussion sur la violence politique dans son rapport aux sociétés concernées. Ce qui peut apparaître comme une histoire «en marge» 5 (toutes les formes de lutte armée) d'une histoire elle-même marginale
1 Texte de quatrième de couverture de La machine à terreur. La récente biographie de Robespierre par Laurent Dingli, parue chez Flammarion en 2004, est un bon exemple de cette postérité. 2 Bernard Brillant, Les clercs de 68, Paris, PUF, coll. «Le nœud gordien », 2003, p. 88. 3 Consulter la bibliographie pour les références de ces auteurs. 4 On trouvera dans ce numéro la traduction de l'introduction de son livre. 5 Sur cette notion de «marge» en politique, on se reportera à la journée d'études «Marges et replis, frontières, cas limites dans la gauche française: l'apport des itinéraires militants », organisée le 21 novembre 2000 au Centre d'histoire sociale du XXe siècle, dont les communications se trouvent sur le site www.maitron.org 16

(les mouvements d'extrême gauche), donc un cas limite, ne peut-il pas « contribuer à mieux définir le centre », c'est-à-dire le mouvement ouvrier dans toutes ses potentialités? Vous trouverez donc dans les pages qui suivent une orientation bibliographique et filmique qui s'efforce de présenter des sources et des titres que nous estimons essentiels, à charge de compléter ces pistes par une visite à notre site Internet, ainsi que douze études abordant sous des angles divers certaines des problématiques examinées ci-dessus. Nous avons privilégié trois espaces, l'Europe, les Etats-Unis et l'Amérique latine, regrettant par-là même de ne pouvoir rendre compte de la situation asiatique. Concernant le premier cas, ce sont les organisations qui ont retenu notre attention, soit l'ETA pour le pays basque (Jean-Guillaume Lanuque), le MIL pour l'Espagne (Sergi Rosés Cordovilla), la RAF pour l'Allemagne (AmiJacques Rapin), (on lira en complément sur le site l'article de Jean-Guillaume Lanuque sur Action Directe). La lutte armée en Amérique latine est perçue à travers une chronologie disponible sur le site www.dissidences.net (David Garibay), une étude de cas, la Bolivie (Jean-Baptiste Thomas) et la mise à nu du plan Condor, exemple emblématique du terrorisme d'Etat (Franck Gaudichaud). Pour l'espace Nord-américain, nous sommes redevables à Richard Walter d'un article proposant quelques pistes pour une histoire de la lutte armée aux Etats-Unis, et à Yann Kindo, un ancien membre de notre rédaction installé en ce moment à Berkeley, de deux traductions inédites, la première de l'introduction d'une étude de Jeremy Varon, la seconde d'un article de Joshua Bloom sur les Black Panthers, que nous sommes heureux de vous présenter. Deux études thématiques, une sur les rapports entre le trotskysme et le terrorisme (JeanGuillaume Lanuque, Jean-Paul Salles), la seconde sur les différentes stratégies révolutionnaires au regard de la guerre (Stéphane Moulain) et des notes de lecture, disponibles sur le site www dissidences.net complètent cet ensemble. Par ce dossier, qui inaugure ainsi le premier volume de la nouvelle collection Dissidences, nous souhaitons prendre date et enraciner ce champ d'étude dans des territoires historiques et non dans ce que l'ethnologue Ernesto De Martino nomme la

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«terre du remords1 », lieu où s'effectue le retour du «mauvais passé ».

l Ernesto De Martino, Œuvres, III, La terre du remords, Institut d'édition Sanofi-Synthélabo, colI. Les Empêcheurs de tourner en rond, 1999. 18

Révolution, lutte armée, terrorisme Sources et pistes bibliographiques
Présentation de Christian BEUVAIN et Stéphane MOULAIN, avec la collaboration de Frank GAUDICHAUD

Face à un tel sujet, qui requiert, de par ses multiples entrées, un corpus bibliographique assez conséquent, nous avons eu le souci de présenter ici un abrégé composé des principales pistes de lecture, à savoir des sources écrites accessibles au plus grand nombre et des ouvrages, articles, films ou sites Internet considérés comme indispensables pour une compréhension du phénomène. Conscients des limites d'un choix qui peut paraître parfois arbitraire, mais imposé par les contraintes techniques d'un volume papier, nous invitons nos lecteurs à se rendre sur notre site (www.dissidences.net) pour un relevé exhaustif des ressources documentaires et des travaux. Sources 1) Textes classiques sur la guerre, la révolution, la lutte armée et la guerre CLAUSEWITZ Carl Von, De la guerre, Paris, Editions de Minuit, colI. «Arguments », 1955, réédition 1998, introduction de Pierre Naville. Cet ouvrage paru pour la première fois en 1812 et écrit par un général prussien établit une véritable théorie de la guerre dont se sont inspirés nombre de penseurs et stratèges contemporains. Son influence est prédominante parmi les stratèges et penseurs occidentaux jusqu'y compris au sein du mouvement socialiste. On préférera cette édition intégrale à celle, abrégée, parue chez Perrin en 1999. y DEBRA Régis, Révolution dans la révolution et autres essais (1967), Paris, François Maspero, 1969,219 p. S'inspirant essentiellement de l'exemple cubain, Régis Debray se fait dans son premier essai le théoricien de la guérilla

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rurale et des focos en affirmant la primauté du militaire sur le politique en Amérique latine. ENGELSFriedrich, Théorie de la violence, Paris, UGE, colI. « 10-18 », 1972. ENGELSFriedrich, MARXKarl, Ecrits militaires, Paris, L'Herne, colI. «Théorie et stratégie », 1970, 661 p., présentation par Roger Dangeville. Cette compilation est bien sûr incomplète. Marx et Engels n'ont pas cessé de commenter et d'analyser les guerres de leurs temps et leur pensée a aussi une dimension stratégique. FANONFrantz, Les damnés de la terre (1961), Paris, François Maspéro, 1969, 233 p. Dans ce livre célèbre, l'auteur analyse les mécanismes de l'aliénation coloniale et proclame la nécessité de répondre à la violence du colon par la lutte armée. GIAP VÔ Nguyên, Guerre du peuple, armée du peuple, Paris, François Maspéro, 1967. Les principes de la stratégie menée lors de la guerre du Viêtnam par le général Giap, où la guérilla menée par des troupes qui s'identifient au peuple ajoué un rôle prépondérant. GUEVARAErnesto Che, La guerre de guérilla, Paris, François Maspéro, 1967, 203 p. L'essentiel des écrits militaire du Che sont condensés dans ce petit volume conçu comme un véritable manuel. Lussu Emilio, Théorie de l'insurrection, Maspéro, colI. « Cahiers libres », 1971.
MAO Ze Dong, Ecrits militaires, étrangères, 1964. MARIGHELA Carlos, Minimanuel Seuil, 1973.

Paris, François

Pékin, éditions en langues

du guérillero urbain, Paris, Le

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