Révolution solidariste

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Malgré les placebos qui lui sont proposés notre pays est de plus en plus malade, de son économie, de la souffrance de sa société. Les auteurs proposent une solution faite de solidarité dans un univers libéral. La méthode élaborée, véritable innovation financière et fiscale adaptable à tous types d'entreprises, est un acte de foi en la capacité de l'homme à redessiner son environnement. Les auteurs ont le ferme espoir de voir des dirigeants redevenir des hommes d'envergure capables, radicalement innovants.
Publié le : mercredi 1 février 2006
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EAN13 : 9782296142275
Nombre de pages : 231
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Révolution solidariste

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Dernières parutions Allaoui ASKANDARI, L’évolution du marché foncier à Mayotte, 2006. Samuel PELRAS, La démocratie libérale en procès, 2006. Gérard KEBADJIAN, Europe et globalisation, 2006. Alice LANDAU, La globalisation et les pays en développement : marginalisation et espoir, 2006. Vincenzo SUSCA, A l’ombre de Berlusconi. Les médias, l’imaginaire et les catastrophes de la modernité, 2006. Francis PAVÉ (sous la direction de), La modernisation silencieuse des services publics, 2006. C. COQUIO et C. GUILLAUME (Textes réunis par), L’intégration républicaine des crimes contre l’humanité, 2006. M.A. ORAIZI, La culpabilité américaine : assaut contre l’Empire du droit international public, 2005. Maïko-David PORTES, Les enjeux éthiques de la prostitution, éléments critiques des institutions sociales et ecclésiales, 2005. Florence HODAN, Enfants dans le commerce du sexe. Etat des lieux, état d’urgence, 2005. V. TONEV STRATULA, La liberté de circulation des travailleurs en question, 2005.

Gilbert et Louis-Marie Savornin

Révolution solidariste
Vers un libéralisme responsable et solidaire

L’Harmattan 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie Könyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L’Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa – RDC L’Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE L’Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr © L’Harmattan, 2006 ISBN : 2-296-00132-7 EAN : 9782296001329

Prologue
– Imagine un gâteau qui grossit en fonction du nombre de participants. Plus il y a de convives, plus il y a de gâteau. – C’est le rêve de tous les gourmands. – Ce gâteau existe. C’est l’économie. Plus il y a de producteurs et de consommateurs, plus le gâteau grossit. – Alors pourquoi notre gâteau ne grossit plus ? Pourquoi y a-t-il autant d’exclusion ? – La réponse est dans la question. Le gâteau ne grossit pas à cause des exclus qui ne participent pas au repas. – Développe ! – Aujourd’hui une personne sur 3 chez nous, une personne sur 2 dans les pays en développement est exclue du monde du travail. Moins de 2 personnes sur 3 fabriquent du gâteau et ont droit à une part. Les autres sont hors économie ou presque. Alors, pour éviter les ennuis, l’homo oeconomicus privilégié donne un morceau de sa part ou des miettes en impôt, cotisation ou don. – Moi qui croyais à la générosité humaine ! – Ceux qui donnent sont insatisfaits parce qu’ils trouvent qu’ils donnent trop et pensent que les autres sont des parasites. Ceux qui reçoivent sont insatisfaits parce qu’ils ont un sentiment d’inutilité et trouvent que la société qui les exclue est injuste. – Je les comprends. – Et je n’ai pas parlé de ceux qui ont une part énorme par rapport à ceux qui ont de toutes petites parts. C’est un autre débat. – Et pourquoi me parles-tu de ça ? – Parce que, si tout va aussi mal, c’est peut-être aussi parce qu’on le veut bien. On accuse le capitalisme, la
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mondialisation. Certes le système économique actuel n’est pas fait pour intégrer. Il prend (certains le traitent de voleur). Mais ne sommes nous pas tous en train d’exclure en s’arc-boutant sur nos maigres privilèges ? – Tu vas loin ! – Le système actuel se développe sur une culture d’appropriation et donc d’exclusion. – Qu’y a-t-il d’autre ? – L’esprit de solidarité. Le solidarisme. – Et ça fait quoi de plus ? – Si tout le monde participe à la vie économique, le gâteau grossit et il n’y a plus de morceau à enlever de sa part pour donner aux autres. Ce n’est pas la charité. Je laisse cela à la religion. C’est l’intérêt de chacun bien compris. ****** – As-tu vu des photos de ces collines de Bali avec un étagement de rizières en terrasses ? C’est beau, non ? – Oui, mais je ne vois pas le rapport. – C’est beau à cause des couleurs, des formes, de la perfection. – Oui. – Mais c’est beau aussi, une deuxième fois, parce que c’est l’homme qui a façonné le paysage. La nature seule sait faire de belles choses, mais l’homme aussi. – Oui. – C’est beau, une troisième fois, parce que chaque homme a travaillé pour soi et a travaillé pour les autres. Sans gros moyens. S’il avait fallu le faire faire par une grande entreprise occidentale le coût en aurait été prohibitif. Tandis que là, chacun a contribué pour sa part avec ses maigres forces. C’était un travail de fourmis. Chacun dépend de tous et le résultat est là, et des milliers de personnes en vivent.
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– Je suis d’accord. – Et c’est beau une quatrième fois parce que la nature a été préservée. En général l’activité humaine nuit à l’environnement. Là, au contraire, il a été amélioré. – C’est un aspect important. – Et c’est beau une cinquième fois parce que des milliers de famille ont pu vivre, de leur travail, sur ces terres, pendant des centaines d’années. – Je te vois venir. Tu appelles ça le solidarisme. – Oui. Sans théorie fumeuse et sans dirigisme excessif. C’est un résultat solidariste. On travaille pour soi, pour la société. Chacun fait selon ses moyens et ensuite on partage le résultat. Certains auront plus s’ils travaillent bien leur lopin, d’autres gagneront moins. Mais qu’importe ! l’important est de vivre bien. Et, de plus, en travaillant pour la durée, on préserve l’environnement. Imagine maintenant le même site transposé en France. – Il faut beaucoup d’imagination. – Une société achèterait ce site magnifique, y ferait des routes pour permettre aux touristes ainsi qu’aux engrais et pesticides d’accéder plus facilement. Ces grandes balafres occuperaient un quart du paysage. La société mécaniserait, augmenterait les salaires, diminuerait le temps de travail et licencierait les ¾ du personnel selon les critères occidentaux de rentabilité. Au bout de 10 ans la société abandonnerait le site pollué, peu rentable par rapport aux grandes plaines irriguées. Et cela fera la plus grande joie des archéologues extraterrestres qui, dans deux mille ans, s’interrogeront sur les causes de disparition de notre civilisation pourtant si avancée. –?

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Première partie

Triste évolution

Chapitre 1 Les échecs de la science
I. Analyse Dans nos actualités quotidiennes coexistent deux types d’informations. Les perspectives souriantes nous apparaissent au travers du filtre des informations distillant des notes de croissance économique ou de profits boursiers. Elles relatent tous les progrès technologiques, les avancées de la science et de la médecine. Les émissions de télévision sont braquées sur les gens riches ou heureux ou sur les distractions. En opposition s’affichent des perspectives désespérantes avec des massacres, des guerres, du chômage, de la pollution et surtout de la faim et de la misère qui tuent ou amoindrissent des centaines de millions de personnes. Les beaux progrès ne sont accessibles qu’à une minorité. Les prochaines années verront-elles la généralisation du bien être ou de la paupérisation? Ou, alors, sommes nous condamnés à cette éternelle opposition ? Allons-nous vers des lendemains de bonheur ou vers une fin du monde construite pas à pas par nos querelles et notre aveuglement face à l’essentiel ? Nos divertissements pascaliens veulent nous cacher le triste futur car ceux qui les organisent ont souvent à gagner dans cet endormissement de nos sens. La reprise économique qui se confirme, l’amorce d’un nouveau cycle Kondratiev de 25 ans de croissance, ouvrent des perspectives d’amélioration. Si l’on se réfère au passé, le surplus de revenus s’est concentré sur les plus riches. Les

20 % les plus riches ont vu leur revenu progresser de 60 % de 1980 à 1995. Pendant la même période les 20 % les plus pauvres n’ont enregistré qu’une progression de 0,6 %. Des résultats plus précis montrent que les 10 % les plus pauvres ont même perdu du pouvoir d’achat. En conservant la même organisation sociale, rien ne permet d’annoncer une inversion dans le processus de répartition de la croissance. La dualité des conditions de vie, l’aveuglement de la croissance nous entraînent à grande vitesse vers un mur où immanquablement nous allons nous écraser. Les problèmes économiques, écologiques, les risques de pénurie de matière première et de sources d’énergie laissent à penser que ce que nous vivons n’est rien en rapport de ce qui attend nos enfants ou nos petits enfants. Tout peut exploser en guerres régionales ou mondiales, car notre embarcation, la terre, n’est ni gérée, ni conduite. Les accusations lancées contre les communistes ou les capitalistes, contre les intégristes ou les laxistes, contre les extrémistes ou les dictateurs sanguinaires ne font pas progresser le débat. Dans le rôle que joue chacun d’entre nous, nous sommes à la fois le bon et le méchant. Nous sommes enfermés dans une logique destructrice. Le PDG dynamique ou l’agitateur politique, le chômeur vaincu ou l’agriculteur vorace en engrais, le fonctionnaire assuré de son sort ou le rentier participent à la même action. Ils sont à la fois les bourreaux et les victimes. Comme dans la parabole du nouveau testament, il est impossible de trier le bon grain de l’ivraie. A vouloir donner une explication, autre que la thèse religieuse du péché originel, la démonstration risque de tomber dans des raccourcis dangereux. Le danger est de désigner des personnes, des catégories, des races, des comportements religieux comme responsables de tous nos maux.
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A ne pas vouloir expliquer sous prétexte que le monde est ainsi fait et que nous n’y pouvons rien, nous refusons peut-être l’action bénéfique. L’accumulation de malheurs récurrents, en progression autant dans l’horreur que dans les quantités, nous provoque. Allons-nous, nous les humains au raisonnement si puissant, accepter que tant de nos semblables souffrent et meurent comme les plus abjects des animaux ? Cette interpellation appelle à l’action politique qu’il faudra choisir différente, car, jusqu’à présent, elle n’a pas vraiment abouti. Première constatation Pour comprendre le présent, les données actuelles ne formeraient qu’un épais brouillard. Heureusement, le passé, en apportant sans cesse des références, nous permet de comprendre. Nous ne sommes pas un point isolé, mais un point sur une courbe. Les événements récents comme la préhistoire, les réflexions de Socrate comme les livres religieux, les connaissances scientifiques accumulées comme les données intuitives forment la base qui nous permet de comprendre. Et, pour mieux apprécier la forme de la courbe, plus on remonte loin plus elle se lisse. Ainsi apparaissent des cycles. Cycles du temps ou cycles des civilisations, cycles historiques ou économiques nous aident à imaginer le futur proche avec une marge d’erreur limitée. Nos périodes de croissance sont suivies de décrues. Et les cycles se renouvellent sur des durées plus ou moins longues. En remontant vraiment plus loin dans le temps, certaines constantes apparaissent. Elles tiennent à la vraie nature de toute vie et de l’humanité.

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Pour le sujet qui nous intéresse, il nous faut revenir à l’origine des temps pour déceler les tendances lourdes et déceler des liens explicatifs des faits répétitifs. Pourquoi en sommes nous arrivés là malgré tous les atouts que nous possédions ? Qui est fautif ? Avions-nous les moyens de faire autrement ? Un processus de progrès, instauré dès les premiers instants, semble s’arrêter. Le big bang, depuis 12 milliards d’années déjà, a fait démarrer l’horloge de l’évolution vers la perfection. Et plus les événements s’approchent de notre époque, plus l’aiguille tourne vite. Il a fallu attendre 5 milliards d’années pour que la terre apparaisse et encore 3 pour que la vie éclose par on ne sait quel miracle ou quelle extraordinaire coïncidence. Les évolutions suivantes se chiffrent en millions d’années. Il y a six cent millions d’années apparaissait la vie pluricellulaire, cinq cent millions, les premiers vertébrés. Nouveau changement d’ordre de grandeur avec l’apparition de l’homme dans ses formes primitives voilà cinq millions et demi d'années. Le reste est presque contemporain. L’écriture a été inventée 3200 ans avant notre ère, la chimie il y a 200 ans. La bombe A est vieille de 60 ans. Cette évocation est destinée à révéler à la fois l’accélération et le perfectionnement de tout ce qui nous touche. Du magma initial, à la terre, aux paysages que nous connaissons, les matières vont de l’informe à la beauté. De l’être monocellulaire aux plantes, aux animaux et à l’homme intelligent, la vie complexifie et améliore sans cesse ses performances. Des haches de pierre aux outils perfectionnés, des machines complexes aux possibilités de modifier les atomes, l’homme semble n’avoir aucune limite dans son pouvoir. Nous sommes le prolongement le plus achevé de l’évolution de l’univers en direction de la perfection.
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Deuxième constatation Tout ce perfectionnement est orienté vers un seul objectif : celui de perpétuer la vie. Les réflexions de Barjavel dans La Faim du tigre apportent un éclairage à cette évolution. Il raconte le périple du saumon, de sa naissance à sa mort, guidé par une programmation innée. Sans ses efforts incommensurables pour retourner aux sources de la fécondation, le saumon n’existerait plus. Il démontre la connivence que peuvent avoir des insectes avec des plantes pour que les uns et les autres puissent se reproduire. C’est le miracle de la vie sans cesse renouvelé. Comment les pollens peuvent-ils féconder des fleurs éloignées ? Des graines vieilles de plusieurs centaines d’années peuvent faire naître un nouvel organisme vivant. Pourquoi cette lutte permanente pour survivre ? Tout cela est inscrit dans les gènes de chaque être vivant. Il faut vivre et faire naître la vie. Que ce soit une loi de la nature ou une loi divine, cet acharnement à faire vivre expliquerait la position intransigeante du pape sur l’avortement ou la contraception. Toute religion, qui relie l’homme à l’univers ou à Dieu, ne peut permettre une loi contraire à ses grands principes de base. L’exubérance de vie doit se propager coûte que coûte. Lorsqu’il y a la vie, l’instinct de survie produit des miracles. Les narrations d’exploits humains dans des conditions extrêmes, des camps de la mort aux froids polaires, des dangers de l’océan au dénuement des déserts, expriment ce besoin de survivre. Les animaux, les plantes sont capables, eux aussi, de tels exploits. Dans les endroits les plus déserts en raison du froid, de la chaleur ou de l’absence de lumière vivent et se développent des plantes et des animaux. La force de la nature à donner la vie se prolonge dans une force des vivants à survivre coûte que coûte. C’est pour cela que les suicides sont si choquants.
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La mort est naturelle même si elle survient de façon horrible. Le suicide est contre nature. Troisième constatation Dans sa démonstration, Barjavel explique pourquoi la vie doit se montrer aussi multiple et indomptable. En face de la vie se trouve la mort. La mort est inéluctable. Qui dit vie, dit mort. Toute vie a un commencement et une fin. Si nous avons une deuxième certitude après celle de la débauche de vie, c’est celle de l’inévitable mort. Toute action pour la nier ou l’empêcher est vouée à l’échec. Les progrès de la médecine, indéniables, face aux maladies, n’ont aucun effet sur le vieillissement. Les conditions de vie, le milieu, sont des éléments qui aident à retarder la mort. Mais la médecine ne peut rien. Après un certain âge, ce sont les éléments psychologiques qui permettent de retarder l’inéluctable. La mort se présente de différentes manières. Les phénomènes naturels comme les cataclysmes, les microbes ou les accidents guettent les êtres vivants dès leur naissance. Et même avant la naissance. Sur des milliards de spermatozoïdes une infime partie donnera la vie. Puis, après la naissance, c’est la lutte pour la survie. Ensuite, chaque espèce est limitée dans sa prolifération par un ou des prédateurs. Une espèce qui n’a plus de prédateur en arrive à se censurer. Ainsi les lemmings, lorsqu’ils sont trop nombreux, partent en groupe pour un suicide collectif en veillant bien à laisser suffisamment de chances à quelques spécimens de perpétuer l’espèce. L’homme n’est qu’une espèce vivante soumise aux mêmes contraintes, au-dessus de laquelle plane cette ombre permanente. Les fauves, les maladies et les aléas climatiques étaient nos ennemis principaux. Petit à petit l’homo sapiens a su se protéger, se défendre contre tout et même contre les maladies sournoises. Mieux que cela, il
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est devenu le Prédateur. Aucune autre espèce ne pourra désormais l’éliminer et il peut, s’il le veut, faire disparaître la plupart des espèces vivantes. Sans prédateur, sans maladie, la population humaine devrait proliférer. Alors que va t-il se passer ? Quelle sera la solution adoptée ? Jusqu’ici toute surpopulation d’espèce vivante a rencontré une force contraire et limitative. Quatrième constatation Une autre remarque s’impose. Dans le monde tout s’affronte et s’attire pour s’équilibrer. A l’inverse, si l’affrontement est évité, soit par lâcheté soit par domination excessive d’un des concurrents, un profond désordre s’ensuit. Ainsi l’équilibre des planètes comme des molécules ou des atomes est fait de forces qui s’opposent. Les équilibres naturels des espèces se font par affrontement aux difficultés de vivre et par affrontement aux autres espèces. A l’intérieur du corps humain ou de tout autre corps vivant, une lutte permanente se joue. Les cellules se multiplient en abondance, c’était notre « deuxième constatation ». Elles meurent en abondance sinon le corps deviendrait énorme en vertu de notre « troisième constatation ». Enfin, il existe des cellules tueuses qui affrontent les autres pour conserver au corps son apparence et éviter que des cancers n’apparaissent. De même, il existe des défenses de cellules pour que les tueuses ne prennent pas le dessus en occasionnant des nécroses. Tout cela forme un subtil équilibre que la médecine n’arrive pas à expliquer tout à fait. La chirurgie ou la chimie interviennent de façon trop lourde et traumatisent souvent le corps. La vie, la mort et l’affrontement se retrouvent à l’intérieur d’un corps social comme une région, une nation ou l’humanité tout entière. Et là nous voyons que nous sommes loin de l’harmonie et
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de la bonne santé. Certains organes forment des excroissances, certains autres sont atrophiés. Cette notion d’affrontement au niveau d’un pays se retrouve en politique comme en économie. Politiquement les démocraties que l’on peut qualifier de régimes équilibrés sont des lieux d’affrontement. En économie, tout semble n’être qu’équilibre. Les marchés sont des lieux de confrontation de l’offre et de la demande : attirance et affrontement de deux intérêts divergents. Aucune entreprise ne devrait dominer suffisamment le marché pour imposer ses vues, car la concurrence est ouverte. Par contre, en cas de faiblesse de l’un ou de l’autre, les conséquences sont fâcheuses ou même catastrophiques. Nous avons évoqué le cas des prédateurs pour chaque espèce vivante. Sans prédateur une espèce est sacrifiée car elle ne se limite plus. Dans le cadre des équilibres géopolitiques, une esquive face à l’affrontement est souvent préjudiciable. Nous avons en mémoire le pacte de Munich qui a ouvert la voie à la deuxième guerre mondiale. Les déséquilibres politiques sont porteurs des mêmes excès. Les dictatures naissent de la lâcheté des individus qui refusent l’affrontement face aux propositions extrémistes naissantes. Les victimes du bolchevisme sont la conséquence d’un régime politique sans opposition sur un pays grand comme un continent. Dans le monde de l’économie et de la finance, les constatations sont identiques. Tant que la concurrence est équilibrée, le pire est évité. Mais lorsqu’un groupe domine, il impose ses prix, ses modes de productions, ses rapports avec la main d’œuvre ou les fournisseurs. Les monopoles ou les oligopoles peuvent faire apparaître des prix éloignés des vrais coûts de revient, peuvent jouer sur les différences de salaire dans le monde, peuvent obliger leurs sous-traitants à passer par les contraintes qu’ils
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établissent. Ils peuvent jouer de leur puissance pour imposer aux états des modifications de lois : lois sociales ou réglementations. Les défauts de développement, les inégalités croissantes sont certainement la résultante de la domination excessive de certains corps sociaux. La dernière limite Evolution, perfection, amélioration incessante, lutte pour la vie, affrontements ont façonné notre monde. Nous ne pouvons qu’être émerveillés par tout ce qui a été accompli, par les miracles d’ingéniosité de la nature et par l’ingéniosité humaine, prolongement de celle de la nature. La belle évolution vers la perfection s’arrête là, à présent. Depuis un siècle nous parvenons au stade final d’un processus magnifique. La nature a su inventer sans cesse. L’homme peut tout faire grâce à la science et à la technique. Il peut modifier les particules des noyaux des atomes ou parvenir aux confins de l’espace. A chaque problème il sait, rapidement ou progressivement, trouver une solution. Il est paradoxal qu’à partir de la révolution scientifique, début d’une explosion de connaissances, les menaces de fin du monde se précisent. Nous avons voulu devenir Dieu et, lorsque nous sommes en passe de le devenir, nous commençons une œuvre de destruction. En nous arrogeant des droits divins par nos manipulations sur les embryons, sur les particules, n’avons-nous pas dérangé un équilibre pour lequel nous avions toutes les libertés, sauf celle de s’attaquer aux origines de la vie ? Espèce parmi les espèces, ne sommes nous pas en train de réagir inconsciemment à un risque de surpopulation ? Les gestes destructeurs qui accompagnent l’histoire humaine ressemblent à s’y méprendre à des comportements affolés d’animaux enfermés ou manquant de ressources. Les réactions d’envie, de haine, le racisme ou le nationalisme ne sont que des mots pour cacher une
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tendance plus profonde, instinctive. Comment expliquer, sinon par un atavisme profond, l’acharnement qu’utilisent les humains pour décimer leurs contemporains ? Comment comprendre un homme qui joue tranquillement avec ses enfants après avoir fracassé le crâne d’autres enfants aussi beaux que les siens ? Ceux qui violent, mutilent, massacrent, torturent, rentrent chez eux avec le sentiment du devoir accompli. L’interview de bourreaux est toujours terrifiante. Ils n’ont pas conscience de la gravité de leur acte. Ils ont toujours l’appui de braves gens qui les défendent. Comment expliquer cela sinon par un niveau de conscience différent du conscient ou de l’inconscient défini par les psychologues ? Ce sont, certainement, des notions d’espace vital, de suffisance alimentaire, de sécurité qui sont à l’origine de beaucoup de comportements destructeurs. Une première approche le confirmerait en observant le peu de conflits meurtriers dans les pays prospères et à l’inverse tous les ravages de la guerre et de la famine dans les pays déshérités. A moins que ce ne soit la prospérité qui ne favorise un sentiment de sécurité favorable à la paix et à l’abondance. Ce peut être le mal présent en chacun de nous, l’animalité qui nous dictent ces actes. Le démon des religions n’est pas extérieur, mais intérieur. Il est latent et cherche des occasions de s’exprimer. Un criminel occasionnel a laissé dominer cette pulsion. Un serial-killer est complètement dépassé. Un homme politique habité par les mêmes tendances profitera de son charisme pour organiser les pires des massacres et génocides. Cette animalité nous rappelle nos origines inhumaines et réapparaît à chaque occasion. Avec les nouveaux moyens qui sont mis à notre disposition cette tendance morbide peut prendre des proportions insoupçonnées.

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En observant les comportements destructeurs pour l’humanité nous pouvons les classer en trois grandes catégories. Mais, quel que soit le motif, il faut sans cesse se poser la question : « Est-ce la cause ou est-ce la conséquence ? » Les principaux comportements destructeurs aboutissent soit à la guerre, soit à un désastre écologique, soit à l’asphyxie économique. Agissant sur des terrains différents, aucun n’est plus sympathique que l’autre au moment des bilans. Guerre Les guerres ou les génocides se répètent tout au long de l’histoire. D’un mode de défense contre une nature hostile nous avons hérité de sentiments guerriers. Les progrès de la communication et de l’information démontrent jour après jour la vanité de ces luttes qui font régresser les belligérants. L’agresseur et la victime se retrouvent à égalité, plus pauvres qu’avant. Tout agresseur dans l’âme le sait, mais il n’utilise pas cette connaissance. Nous pensons avoir progressé en humanisme par la philosophie, par la religion porteuse de messages humanistes, mais nos racines meurtrières demeurent. Ce qui effraie, c’est la progression exponentielle de la sauvagerie de la guerre, proportionnelle à la puissance des découvertes. La Guerre de Cent ans a été meurtrière. Ce n’était rien par rapport aux campagnes napoléoniennes. Dès l’avènement du vingtième siècle un autre ordre de grandeur était franchi. La première guerre mondiale a fait neuf millions et demi de morts. La deuxième arrive à cinquante cinq millions soit six fois plus. Depuis, le marxisme, en voulant s’imposer, a décimé, selon les sources, de cinquante à cent vingt millions d’individus dans la plus grande indifférence internationale. En suivant la même courbe, la prochaine grande guerre devrait occasionner cinq cents millions de
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