RMI

De
Publié par

RMI : vous devez savoir est le témoignage d'une RMIste excédée par la manière dont sont perçus les allocataires de cette prestation et indignée par les rouages des mécanismes de réinsertion. Décrivant simplement son propre parcours de « bon petit soldat de la réinsertion », elle dénonce ces machines à gaz biberonnées de subventions qui brassent beaucoup d'air et d'argent public et dont on n'interroge jamais la pertinence et l'efficacité.
Publié le : mardi 1 février 2011
Lecture(s) : 21
EAN13 : 9782296803749
Nombre de pages : 76
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

R

MIVous devez savoir

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54425-3
EAN : 9782296544253

éVorinqReu aWysuklMa

IVous devez savoir


Questions Contemporaines

Collection dirigée par J.P. Chagnollaud,
B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection « Questions Contemporaines »
est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs,
militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées
neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Derniers ouvrages parus
Antoine BRUNET, Jean-Paul GUICHARD,
L’Impérialisme
économique. La visée hégémonique de la Chine
, 2011.

Louis R. OMERT,
Le Sursaut. Essai critique, social et philosophique
,
2011.

Jean-Pierre DARRÉ,
De l’ère des révolutions à l’émancipation des
intelligences
, 2011.
Jean-Pierre LEFEBVRE,
Pour une sortie de crise positive
,
Articuler
la construction autogestionnaire avec le dépérissement de l’État,

2011.
Jean-René FONTAINE et Jean LEVAIN
, Logement aidé en France,
Comprendre pour décider
, 2011.
Marc WIEL,
Le Grand Paris
, 2010.
Theuriet Direny,
Idéologie de construction du territoire
, 2010.

Carlos Antonio AGUIRRE ROJAS,
Les leçons politiques du
néozapatisme mexicain, Commander en obéissant
, 2010.
Florence SAMSON,
Le Jungle du chômage
, 2010.

Frédéric MAZIERES,
Les contextes et les domaines d'interventions de
l'Attaché de Coopération pour le Français
, 2010.
Noël NEL,
Pour un nouveau socialisme
, 2010.
Jean-Louis MATHARAN,
Histoire du sentiment d'appartenance en
France. Du
XII
e
siècle à nos jours
, 2010.
Denis DESPREAUX,
Avez-vous dit performance des universités ?
,
2010.
Vincent TROVATO,
Marie Madeleine. Des écrits canoniques au Da
Vinci Code
, 2010.
Ricciarda BELGIOJOSO,
Construire l'espace urbain avec les sons
,
2010.
Collectif des médecins du travail de Bourg-en-Bresse,
La santé au
travail en France : un immense gâchis humain
, 2010.

INTRODUCTION

Avez-vous remarqué que les livres qui traitent du RMI
et de ses allocataires ne sont jamais écrits par les premiers
concernés ?
Brillants sociologues, éminents économistes, statisticiens
de tous ordres se penchent de temps en temps sur le sujet
mais jamais on n’entend la voix de ceux qui appartiennent à
ce dispositif.
Aujourd’hui, bien que personne ne le demande, je
prends la plume, bien décidée à offrir à tous ceux qui
voudront bien me lire ce que je dis déjà tout haut autour de
moi, ce que j’ai cessé de penser tout bas.
A l’origine de ma démarche, un réel ras-le-bol : je n’en
peux plus d’entendre que les Rmistes sont des fainéants,
qu’ils ne font rien pour s’en sortir, qu’ils ne veulent pas
s’en sortir. Les Rmistes : des profiteurs du système, des
parasites ? Tant de personnes le pensent... et je sais de
quoi je parle pour l’avoir moi-même pensé à une certaine
époque de ma vie où tout allait bien pour moi. Si
seulement ces personnes savaient. Si seulement j’avais su.
Car tout le problème réside dans la profonde ignorance
du parcours classique du Rmiste. Cette absence
d’informations me semble être le fruit d’une volonté
politique qui a tout intérêt à ce que la réalité soit
dissimulée, voire même transformée. Et ce, pour plusieurs
raisons : maintenir une frange de la population en marge
permet de rassurer ceux qui sont du bon côté de la
barrière, de leur fournir des boucs émissaires sur qui
passer leur agressivité mais cela sert aussi à les maintenir
dans la crainte sourde qu’ils pourraient eux aussi en

5

arriver là s’ils en venaient à trop se plaindre de leurs
conditions de travail.
Actuellement, 90% de la population ont une opinion
très sévère envers les Rmistes. En 1988, lorsque le
dispositif a été créé, l’opinion publique était
majoritairement solidaire. Que s’est-il passé depuis ?
Pourquoi ce revirement ?
Vous éclairer sur la réalité du « système RMI » mis en
place et cautionné par les pouvoirs publics, voilà ce que je
vais m’employer à faire. Vous êtes en droit de vous
demander à quoi servent les centaines de milliards
dépensés depuis des années en faveur de la « solidarité »
envers les plus démunis. Ce budget colossal provient de
vos impôts, il est le fruit de votre sueur, des comptes
doivent vous être rendus.
Ce qui nous reste en commun, vous et moi, c’est notre
capacité à nous indigner. Cette qualité précieuse dont on
essaie petit à petit de nous dépouiller. Vous vous indignez
qu’on donne de l’argent à des personnes qui ne font rien
de leurs journées, qui profitent du système alors que vous
vous épuisez à la tâche, que vous ne comptez plus vos
heures. Je comprends mais moi, je suis indignée,
profondément indignée de la manière dont on traite les
« exclus » du travail, et pour que vous le soyez à mes
côtés, il faut que vous compreniez à quel point l’insertion
des Rmistes est un leurre, une illusion que vous financez.
Pour illustrer mon propos, je n’aurai pas à chercher
bien loin : mon propre parcours est édifiant. En suivant le
chemin que l’on a tracé pour moi, prétendument pour me
« réinsérer », j’ai fait le tour des structures en charge du
suivi des Rmistes, de grosses machines biberonnées de
subventions publiques ; j’ai côtoyé une année de
bureaucrates qui vit paisiblement du brassage des exclus
du travail ; j’ai observé que certains chiffres comptent, que
d’autres n’intéressent personne.

6

Ce qui compte, c’est que le chômage baisse, que les
Rmistes signent leur contrat d’insertion, que les instituts
de formation remplissent leur quota de stagiaires,
dispensent un maximum d’heures de « cours ». Ne
semblent pas compter l’évaluation de l’efficacité des
dispositifs d’insertion, le pourcentage de Rmistes qui
trouve un emploi stable à la suite de ces formations, le
taux d’usure des allocataires qui font tout ce qu’on leur
demande et qui ne voient jamais le bout du tunnel.
Car c’est dans de véritables marécages que le RMIste
s’enfonce jour après jour, insidieusement. Pernicieu-
sement, le système l’habille d’un manteau de honte et de
culpabilité qui lui fait perdre peu à peu son identité, sa
dignité, sa fierté.
Au fil des années, c’est une population sans voix qui
s’est constituée. Les Rmistes auraient pu s’allier, se
soutenir mais sous le poids de la honte, chacun s’est
enfermé dans le silence. C’est ce silence qui protège les
vrais profiteurs du système.
Je comprends la résignation qui a abattu beaucoup
d’entre nous pour avoir moi-même failli y céder, mais je
ne renoncerai pas à défendre mes convictions. Une petite
phrase, presque naïve, m’a portée toutes ces années : « le
système ne m’aura pas ».
Aujourd’hui, je fonde l’espoir de réussir à le dénoncer
mais je n’imagine pas gagner contre lui. Il est trop bien
organisé et trop profitable à certains. Je veux seulement, à
travers ce livre, porter la voix de ces gens cabossés,
anéantis, perdus, que j’ai été amenée à croiser. Pour eux
qui n’ont plus la force de lutter, enfermés dans la
résignation, pour toutes ces familles dans la souffrance, je
veux témoigner de la violence du silence, de la violence
du calme.

7

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.