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Rwanda le mythe des mots

De
249 pages
Jusqu'à son assassinat , le 6 avril 1994, le président Juvénal Habyarimana a dû faire face à la guerre et, sur le plan intérieur, à la gestion de la démocratie. Des mots chargés négativement furent inventés de toutes pièces par ses opposants politiques, du concept "Akazu" à "Réseau Zéro", "Escadrons de la mort" ou "Hutu Power". Ce livre revisite ces termes et montre qu'ils ont tous été construits sur le même modèle et font partie d'un seul registre, celui du marketing politique et de la propagande de guerre.
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Rwanda
le mVlhe des mots

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Pierre MANTOT, Le projet de société des Matsouanistes, 2008. Juste Joris TINDY-POATY, À propos de l'œuvre de Pierre Claver Akendengué, 2008. Jean-Alexis MFOUTOU, La langue française et le fait divers au Congo-Brazzaville, 2008. Edna DIOM, Côte d'Ivoire. Un héritage empoisonné, 2008. Askandari ALLAOUI, Mise en place de politiques éducatives locales dans la postcolonie de Mayotte, 2007. Pierre MANTOT, Les Matsouanistes et le développement, 2007. Jean-Loup VIVIER, L'Affaire Gasparin, 2007. Véronique Michèle METANGMO, Le Zimbabwe. Aux sources du Zambèze, 2007. Ghislaine Nelly Huguette SATHOUD, Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville, 2007. Maxime Anicet DJEHOURY, La guerre en Côte d'Ivoire, 2007. Louis Naud PIERRE, Haïti, les recherches en sciences sociales et les mutations sociopolitiques et économiques, 2007. Mbog BASSONG, Esthétique de l'art africain, symbolique et complexité, 2007. Mosamete SEKOLA, L'Afrique et la perestroïka: l'évolution de la pensée soviétique sous Gorbatchev, 2007. Ali SALEH, Zanzibar 1870-1972 : le drame de l'indépendance, 2007. Christian G. MABIALA-GASCHY, La France et son immigration. Tabous, mensonges, amalgames et enjeux, 2007. Badara Alou TRAORE, Politiques et mouvements de jeunesse en Afrique noire francophone, le cas du Mali, 2007. Pierre MANTOT, Matsoua et le mouvement d'éveil de la conscience noire, 2007. Pierre CAPPELAERE, Ghana: les chemins de la démocratie, 2007. Pierre NDOUMAÏ, On ne naît pas noir, on le devient, 2007.

Gaspard Musabyimana

Rwanda
le mVlhe des mOIs
Recherche sur le concept
et ses corollaires
«

akazu

»

L' HarlTIattan

Photo de couvenure Une hutte rwandaise

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@Wanadoo.fr harmattanl@Wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-05266-6 EAN : 9782296052666

Introduction
Bien avant le déclenchement des hostilités en octobre 1990 au Rwanda, les sponsors du FPR avaient mis en place une machine de propagande bien huilée et des études prospectives des grandes agences de sécurité avaient prévu une guerre éclair avec la destitution du président Juvénal Habyarimana. À l'intérieur du pays, pour accabler le régime du général Habyarimana et l'affaiblir sur la scène politique et diplomatique, un concept, l'akazu, fut inventé de toutes pièces et introduit dans le discours politique par ses détracteurs. Selon ces derniers, le président et ses proches collaborateurs constitueraient cette nébuleuse «Akazu» et celle-ci aurait géré le pays d'une main de fer et planifié le génocide survenu en 1994. Mais 1'« Akazu », comme elle est définie par ses inventeurs, comprenait aussi des personnalités de toutes les tendances et dont les plus influentes étaient plutôt proches du FPR. À force de tapage médiatique, une version a fini, à l'usure, par s'imposer, selon laquelle des "massacres planifiés", visant les Hutu modérés et surtout la minorité tutsi, furent commis par des milices extrémistes Interahamwe, les nervis de la présidence, encouragés par 1'« Akazu », surnom donné aux proches du défunt chef de l'État. Jusqu'au bout, ces « Escadrons de la mort» auraient discrètement été soutenus par la France, liée au Rwanda depuis 1975 par un accord de
défense 1

.

Dans le même registre, on y trouve d'autres termes construits sur le même modèle et avec la même connotation.
Christian Hoche et Jean-François Uitlander, « Rwanda: Autopsie d'un génocide », Marianne n° 369 du 17 au 23 mai 2004. 5
1

Le plus illustre est le « Réseau Zéro », une sorte de "maffia" autour du président Habyarimana et « amasasu », un groupe de militaires agacés par les complices du FPR à l'intérieur du pays. Après la mort de Habyarimana en avril 1994, le gouvernement de Jean Kambanda fut mis en place. Il ne sera pas épargné par cette campagne et l'on reprocha à ses membres d'appartenir au « Hutu Power », un terme inventé de toutes pièces. La tendance pointée comme « Power» était pourtant celle qui s'opposait à la prise du pouvoir par les armes et prônait la démocratie issue des urnes. De plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer cette manipulation lourde de conséquences, et fustiger les idées préconçues sur la thèse de la planification du génocide par ces groupes occultes. Le génocide rwandais s'inscrit dans le cadre d'un cycle de violences politiques et structurelles qui trouvent leurs racines dans l'histoire du Rwanda. Ces violences sont au rendez-vous à chaque changement de régime politique. Elles sont donc associées à la lutte pour le pouvoir. La violence politique accompagne le pouvoir au Rwanda depuis des temps immémoriaux. À l'époque féodomonarchique par exemple, tout était mis en œuvre pour envoyer l'adversaire politique à l'échafaud. La délation, les coups bas, les complots, bref la violence était mise à 1'honneur à la Cour pour mettre hors d'état de nuire tout adversaire politique ou supposé l'être. Rien n'était épargné y compris l'élimination physique. Des massacres se succédaient, suivis de vengeances: «À l'occasion de chaque succession, même la plus simple, le royaume entrait en période de crise »2. Une série d'éliminations des prétendants au pouvoir était opérée pour n'en laisser qu'un seul, désigné par les «Abiru ». Ensuite, il fallait désigner une famillevictime dont les membres devaient servir de victimes
2 Jan Vansina, Le Rwanda ancien: Karthala, 2001, p. 130. le royaume Nyiginya, Paris, Éditions

6

expiatoires pour venger le défunt. Ceux-ci étaient mis à mort. Pendant plusieurs jours, voire des semaines, se déroulait donc la lutte féroce pour le pouvoir, et l'élimination physique des candidats concurrents et des opposants potentiels était organisée3. Les années précédant la proclamation de la république du Rwanda et son accession à l'indépendance ont été émaillées d'événements sanglants, provoqués par des monarchistes irréductibles et qui ont culminé dans la révolution sociale de 1959. Ce virus de violences politiques a continué. Ni la Première République de Grégoire Kayibanda ni la Deuxième de Juvénal Habyarimana, aucune ne s'en est prémunie. Des éliminations physiques ont eu lieu notamment lors des attaques des Inyenzi entre 1960 et 1967. Grégoire Kayibanda et certains de ses proches collaborateurs furent mis à mort par la Deuxième République qui en portera les stigmates jusqu'à la crise de 1994. Juvénal Habyarimana fut assassiné en avril 1994 et le FPR a pris le pouvoir par la force en juillet 1994. Depuis lors, le FPR consacre comme arme politique la violence physique (assassinat d'opposants, arrestations...), la violence verbale et psychologique (harcèlement politique des opposants, justice du vainqueur), le matraquage médiatique et diplomatique de tout opposant hors portée des griffes de ses Escadrons de la mort. Pour mieux comprendre la portée des événements survenus au Rwanda, il importe de considérer le fait de la guerre, son caractère international, et mettre la lumière sur ses différents acteurs. En présentant la guerre qui a été déclenchée en octobre 1990 comme une guerre civile interne, rejetant par là son caractère international, le TPIR ne veut pas se mouiller en
3

Guido De Weerd, « Le Rwanda de Mutara III à Kigeli V : un paradigme

des racines des bains de sang. Récit d'un témoin direct », Dialogue, Bruxelles, juin 1997, p. 29. 7

invoquant notamment le rôle de l'Ouganda dans cette tragédie. Cet ouvrage se propose de lever le voile sur certains concepts pris pour des dogmes, non conformes à la réalité. Il tente de replacer dans leur contexte les clichés véhiculés par des termes dont on n'a jamais défini les contours et cela sur fond de guerre. Exploités abusivement, ces « mots» risquent, si l'on n'y prend pas garde, d'aggraver et de perpétuer les « maux» dont souffre la société rwandaise et de compromettre toute chance de faire éclore la vérité, préalable à l'avènement d'une paix durable au Rwanda.

8

Akazu
Le terme « akazu » est un terme peu usité en kinyarwanda, la langue du Rwanda. Il a été adopté dans le langage courant des politiciens au cours de leurs meetings politiques à partir de fin 1991. Le Rwanda était alors à la Une de la presse internationale à cause de la guerre. Ille sera encore davantage à partir d'avril 1994 après l'assassinat du président Habyarimana. En juillet 1994, le FPR prit le pouvoir à Kigali. Il va investir dans la propagande de façon telle qu'il trouvera des médias pour ergoter sur ce terme et lui faire endosser tous les maux de la société rwandaise. Définition du terme « akazu »

Le vocable « akazu » a plusieurs acceptions. Il est le diminutif de « inzu» c'est-à-dire la « maison ». Anthropologiquement parlant et par extension, «inzu» peut prendre le sens de lignée patrilinéaire de trois générations. «Akazu» signifie, dans le sens courant, une «maisonnette». Cependant, cette traduction littérale qui présente la « maison» comme « inzu » et son diminutif « akazu » comme « maisonnette» ignore la subtilité du kinyarwanda. En effet, « akazu », dans la langue rwandaise, a toujours une connotation négative. Il réfère à une case dans laquelle on déposait des offrandes destinées aux ancêtres défunts ou à celle dans laquelle des divinités étaient supposées élire domicile et recevoir des présents, pour conjurer le mal. Il traduit aussi l'image d'une petite hutte sur le point de s'écrouler. Il inspire que ses locataires sont pauvres et au bas de l'échelle dans la société. Le terme fait également référence à un ensemble de personnes apparentées atteintes de maladies endémiques ou congénitales qui sévissaient dans l'ancien Rwanda. Dans ce cas, le mot « akazu » 9

prend aussi le sens d'« hérédité» 4. Le malade atteint de la peste ou du pian avait une hutte de fortune, à l'écart, de façon à ne pas avoir de contacts avec les autres personnes et éviter ainsi le risque de contamination. À la mort du malade, la hutte était brûlée pour effacer toute trace du mal du défunt. Pour le rapprocher de son usage politique, la « Mission française d'information» 5 l'a défini, abusivement, comme désignant, dans le Rwanda ancien, la "Cour", un cercle des apparentés et des proches de la famille dirigeante! Aucun dictionnaire kinyarwanda- français ne mentionne cette définition. «Akazu » comme arme politique

Le terme « akazu » a été transposé en politique6 par le parti MDR (Mouvement Démocratique Républicain). Tout

commence le 1er septembre 1990, après qu'un groupe de

trente-trois intellectuels eurent signé un appel pour la réinstauration du multipartisme. Dans la foulée, soit à partir de novembre 1990, une douzaine de personnes, avec Jean Marie Vianney Nkezabera comme chef de file et comprenant entre autres Anastase Munyandekwe, Jean Kambanda, Joseph Habarugira, Charles Ntazinda, Athanase Sebucocero, Boniface .Ngulinzira et Canisius Rutikanga, passent à la vitesse supérieure. Ils font des réunions clandestines, notamment dans la résidence de JMV Nkezabera. Ils mettent sur pied l'idée de la fondation d'un parti politique. Ils rendent public un document intitulé «Appel à la relance et la rénovation du MDR », qui a recueilli trois cents signatures et fut envoyé au chef de l'État. Au cours d'une de leurs réunions, il fut question de voir comment contrebalancer le président Habyarimana et le MRND, qui avaient une grande
4

Irénée Jacob, Dictionnaire Rwandais-Français, Imprimerie scolaire,

Kigali, 1985, p. 603. 5 http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/rwanda/telechar/r1271.pdf 6 http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/rwanda/partis2 .asp 10

assise populaire. Déstabiliser le régime Habyarimana par tous les moyens était un préalable pour le nouveau parti en formation, le MDR, pour se positionner sur la scène politique. Par un système de brainstorming, l'idée trouvée par Boniface Ngulinzira fut retenue. Ses études de philologie romane aidant, il a expliqué que dans sa région de Butaro, au nord-ouest du Rwanda, une personne haïe, détestée par son entourage, rejetée par la société, était qualifiée d'« akazu » et mise en quarantaine à l'instar d'un lépreux. Elle était alors abandonnée à son propre sort. Le groupe se mit d'accord sur le fait que ce mot convenait bien au président Habyarimana et à ses proches collaborateurs politiques. Le journaliste Aloys Rukebesha, ancien directeur des programmes à Radio Rwanda et un des cadres du MDR, pense effectivement que Boniface Ngulinzira, alors Conseiller à la présidence de la République, aurait comparé l'entourage du président à une cabane de lépreux (akazu k'ababembe)7. Il était alors en train de rallier le MDR. La genèse du terme «akazu », selon les informations recueillies lors de mes recherches sur le sujet et décrites cidessus, a été confirmée devant la Chambre III du TPIR, au mois de mars 2007, par deux anciens cadres du MDR, Jean Marie Nkezabera et Anastase Munyandekwe dans leurs témoignages8. Leurs propos furent corroborés par un autre camarade du parti, Jérôme Bicamumpaka. Comparaissant pour sa propre défense au TPIR, cet ancien ministre des Affaires étrangères a expliqué que l'« akazu » avait été créé par le MDR à des fins de « marketing politique »9. Le multipartisme fut reconnu officiellement en juin 1991. Les partis politiques se firent enregistrer et commencèrent leurs activités.
7

Rukebesha Aloys, Le vocabulaire politique du Rwanda contemporain:
Zigaranyirazo,

impact et conséquences, mars 1998. 8 Il s'agit du procès: «Le Procureur contre Protais Affaire N° ICTR-OJ-73-T». 9 Dépêche de l'Agence Hirondelle du 17 septembre 2007. Il

1991, François Benda 10, dans son discours de circonstance, prononça publiquement le mot « akazu ». Dans la foulée, au cours d'un autre meeting organisé le 28 janvier 1992 au stade de Kigali à Nyamirambo, une case en paille fut symboliquement brûlée en guise de déclaration de guerre politique au président Habyarimana et à son régime. Par la suite, les leaders du MDR se feront les champions de la vulgarisation du terme «akazu ». Ainsi, Faustin Twagiramungu, ancien président du MDR et ancien premier ministre dans le régime du FPR, dira devant les enquêteurs du TPIR que le terme «akazu» était de son «invention» et signifiait la petite hutte composée de membres de trois familles nucléaires, que pour le président Habyarimana, l'akazu était composé entre autres de lui-même, de ses beauxfrères et de Nzirorera11. Même s'il en revendique la paternité, Faustin Twagiramungu fait feu de tout bois avec 1'« akazu ». Il confond les termes « akazu» et « inzu ». Serge Desouter fait remarquer, à juste titre, que dans ses déclarations aux enquêteurs, Twagiramungu manipule le terme « inzu », famille nucléaire, et le détourne « de son sens anthropologique en l'utilisant par son diminutif peu usité "akazu" ». Ille déplace « du domaine de l'anthropologie sociale pour en faire un mot codé désignant un groupe visé comprenant le président Habyarimana, ses beaux-frères et toutes les autres personnes également ciblées du fait de leurs relations sociales, politiques ou économiques étroites avec le chef de l'État »12. Alors que le terme circulait parmi les cadres du MDR, sans en connaître souvent les tenants et les aboutissants, le vocable sera adopté, par mimétisme, par bon nombre de leaders des
10 Léonidas Rusatira, Rwanda. Le droit à l'espoir, Paris, Éditions L'Harmattan, 2005, p. 185. Il Interview avec les enquêteurs du TPIR Allagouma Adamou et Geir Bing, le 13 avril2000 à Bruxelles. Réf. KO129460-KO129469 12Serge Desouter, Rwanda: Le procès du FPR. Mise au point historique, Paris, Éditions L'Harmattan, 2007, p. 93. 12

Lors d'un meeting du MDR à Ruhengeri, le 1er septembre

partis d'opposition comme slogan politique pour mettre en quarantaine les membres de la famille du chef de l'État et ses proches collaborateurs; ou tout au moins les désigner comme cibles des attaques politiques, à défaut de les débaucher à leur profit. Le FPR saisira la balle au bond et y ajouta du sien 13. Devant la Cour d'assises de Bruxelles, qui a jugé quatre Rwandais, Deus Kagiraneza, un des cadres du FPR, affirme qu'ils ont été partie prenante dans la mise sur pied de 1'« Akazu ». Le terme « akazu » sera donc appliqué à tous ceux qui, de près ou de loin, ont été les proches collaborateurs civils et militaires du président Habyarimana, ayant ou non des liens de parenté avec lui ainsi qu'aux cadres acquis à la cause du parti MRND. C'est donc cette idée de mise en quarantaine, de mal à éradiquer, qui était en filigrane quand les partis politiques de l'opposition employaient la métaphore d'« akazu» pour qualifier l'entourage familial et professionnel du président Habyarimana et le parti MRND. Faisons remarquer que non seulement les partis politiques d'opposition manquaient de fair play et s'attaquaient, d'une façon insultante, à un adversaire politique, mais également dans la littérature récente sur le Rwanda, 1'« Akazu» ainsi imaginé fut accusé de tous les maux. Comme le montre sa genèse, 1'« Akazu» n'est qu'une nébuleuse inventée par l'opposition politique. D'où le fait que tous ceux qui en ont parlé n'ont pas pu en définir les contours ni préciser sa structure et son organisation. Certains, à des fins de propagande, se sont contentés d'en élaborer des listes de membres; elles sont fluctuantes, et donc non concordantes; elles varient selon les auteurs, les personnes à salir politiquement, à commencer par l'entourage du président Habyarimana. Leur imagination va pousser loin et les amener même à parler de 1'« Akazu élargi », de 1'« Akazu
13

Voir: www.twagiramungu.net/livredor0006.htm.
13

restreint» ou même de 1'« Akazu de Madame» à savoir Agathe Kanziga, l'épouse du président Habyarimana 14. Le nombre de personnes ciblées ira en s'agrandissant ou en diminuant. Selon les auteurs, 1'« Akazu» est donc tantôt le président et sa famille, tantôt ses collaborateurs civils ou militaires, tantôt les ressortissants de sa région natale du Bushiru ou de Gisenyi et Ruhengeri ou la région Nord tout court. Bref, «à partir de 1991, quand le FPR et les partis d'opposition alliés voulaient harceler quelqu'un et lui faire perdre son crédit sur le plan politique, social et économique, ils le faisaient passer pour un membre de l'Akazu. Il se voyait rejeté, il n'était plus fréquentable! Et quand il était chassé de son travail ou assassiné, on entendait dire: fIde toutes les façons, il était de l'Akazu". Comme s'il a eu ce qu'il méritait dufait d'avoir été étiqueté comme membre de l'Akazu »15. Le terme « akazu» sera repris, surtout à partir de juillet 1994, par une certaine presse internationale et certains "spécialistes" de la région des Grands Lacs africains. Des journalistes et des écrivains proches du nouveau régime du FPR feront vite pour médiatiser cette prétendue "force occulte" et lui feront endosser tous les maux de la société rwandaise. Les principaux forfaits imputés à 1'« Akazu» sont notamment: la mort dans la prison de Ruhengeri des politiciens de la Ire République, l'assassinat de l'Américaine Diane Fossey ou celui de personnalités politiques comme Félicien Gatabazi, secrétaire général du parti d'opposition PSD, l'orchestration des troubles à Kibuye, au Bugesera, à Kibilira ou dans la région des Bagogwe. Après avril 1994, le terme sera associé à la planification du génocide rwandais et
14Sur la base de cette littérature déjà mise à rude épreuve quant à sa véracité, l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) a refusé le statut de réfugiée à l'intéressée dans sa décision n0564776 du 25 janvier 2007 et dont lecture a été faite le 15 février 2007. 15 Serge Desouter, Rwanda: Le procès..., op. cil., p. 93. 14

connaîtra un usage intensif, bon nombre d'auteurs le confondant avec d'autres termes construits sur la même logique comme «Réseau Zéro », «Escadrons de la mort », « Amasasu » et « Hutu Power ». L'« Akazu » deviendra alors un fourre-tout. À la prise du pouvoir par le FPR en juillet 1994, même les membres des partis d'opposition, qui hier rivalisaient d'imagination pour fustiger 1'« akazu », y furent inclus. L'entourage de Habyarimana

Au Rwanda, conlme ailleurs dans le monde, chaque personne a son cercle familial, proche ou éloigné. Le président Habyarimana ne pouvait pas faire exception. À part les membres de la famille de sa femme, il avait des frères et des sœurs. Il avait des amis personnels et des amis de la famille, hutu et tutsi. Certains travaillaient pour le FPR et se targuent même aujourd'hui d'avoir piégé la famille Habyarimana par une fausse amitié16. De quoi était composé l'entourage familial et professionnel de Habyarimana ? Les inventeurs de 1'« Akazu» avancent que ce cercle restreint a institué un système de gestion familiale des affaires publiques et, partant, a créé un vaste réseau de relations personnelles pour maintenir le pouvoir politique. Pourtant, parmi les frères et les sœurs de Habyarimana, personne n'occupait un poste politique. Parmi ses beauxfrères, un seul, Protais Zigiranyirazo, a été préfet. Dans le pays, diverses personnalités hutu et tutsi, en provenance de toutes les régions du pays, ont exercé pendant longtemps de hautes fonctions administratives, politiques ou militaires. Il n'existait donc pas un noyau homogène centralisant le pouvoir et organisé à des fins criminelles. Les uns ont
16Voir par exemple le livre de l'homme d'affaires Valens Kajeguhakwa, Rwanda. De la terre de paix à la terre de sang et après ?, Paris, Éditions Rémi Perrin, 2001. 15

accompli honnêtement et loyalement leur travail et sont restés fidèles à leurs convictions et engagements. Du côté familial, Juvénal Habyarimana avait trois frères. L'aîné de la famille s'appelait Nzabakikante. Ancien agent de la police nationale, il était conseiller communal. Son petit frère Séraphin Bararengana est chirurgien. Il exerçait sa profession à l'hôpital universitaire de Butare17. Le cadet de la famille était Télésphore Uwayezu. Il était chauffeur de sa camionnette. Il est mort dans un accident de circulation routière. Habyarimana avait également trois sœurs. Deux sont religieuses. Une autre était une mère au foyer. Personne parmi les membres directs de la famille Habyarimana n'a exercé de fonction politique. Le « clan de Madame» Dans la construction d'« Akazu », Gérard Prunier y ajoute une autre notion: « le clan de Madame ». Pour cet auteur, le "Clan de Madame", « comme son nom le suggère, comprenait les membres de la belle-famille du Président, principalement trois frères de Madame, le colonel Pierre-Célestin Rwagafilita, Protais Zigiranyirazo et Séraphin Rwabukumba, ainsi qu'un cousin, Élie Sagatwa, et des proches, le colonel Laurent Serubuga et Noël Mbonabaryi. Il y avait aussi un nombre d'affiliés moins importants mais dévoués, parmi lesquels le colonel Théoneste Bagosora devait jouer un rôle essentiel »18.
17 Le 5 septembre 2007, le Tribunal Gacaca de Butare a condamné le Dr Bararengana Séraphin et plus d'une dizaine de ses collègues de 1'Hôpital Universitaire de Butare à 30 ans de prison. Ce verdict en a surpris plus d'un. Réagissant à cette condamnation, le Professeur Reyntjens a écrit: « Sans vouloir me prononcer sur la substance de ces dossiers, j'observe cependant que le Dr Bararengana a quitté Butare le 7 avril 1994 et qu'il a été évacué quelques jours plus tard avec les autres membres de la famille Habyarimana. Il n'a donc pas pu commettre les crimes qui lui sont reprochés et pour lesquels il a été condamné» (message du 9 septembre 2007 sur < rwandanet@yahoogroups.com ». 18Gérard Prunier, Rwanda. 1959-1996, Histoire d'un génocide, Paris, Dagomo, 1997, p. 109. 16

Pour forcer et prouver que ce clan a bel bien existé, tout a été mis en œuvre jusque même à inventer des relations parentales inexistantes. Pierre Célestin Rwagafilita n'est pas le frère d'Agathe Kanziga. Originaire de Kibungo, cet officier supérieur à la tête de la Gendarmerie nationale n'avait aucun lien de sang avec «Madame ». De même Séraphin Rwabukumba et Élie Sagatwa sont des frères. Le premier ne peut pas être frère d'Agathe Kanziga et le second son cousin. Les deux sont tout simplement des cousins germains d'Agathe Kanziga. Se basant sur ce genre de littérature déjà mise à rude épreuve quant à sa véracité, en France, la Commission de Recours des Réfugiés (CRR) a refusé à Agathe Kanziga le statut de réfugiée19. La CRR suivait en cela l'Office Français de Protection des Réfugié et Apatrides (OFPRA). Les écrits qui ont servi de motivation à ces deux institutions pour exclure Agathe Kanziga, qui séjourne en France depuis 1998, sentent la diffamation, la désinformation, la volonté de nuire. Elles ne reposent sur aucun fait réel ni sur aucun témoignage crédible et vérifiable. Elles sont basées sur des soupçons. Les experts cités par la CRR prétendent qu'Agathe Kanziga exerçait un rôle prépondérant dans la structure politique, administrative et militaire de la lIe République. Pourtant ils avouent tous ne pas disposer d'assez d'éléments factuels pour étayer cette affirmation. Ainsi, la journaliste Laure de Vulpian reconnaît ne disposer d'aucune preuve de l'autorité de fait qu'elle attribue à Agathe Kanziga. Elle exprime ses contradictions en ces termes: « [...] je ne peux vous donner que mon sentiment car peu d'éléments factuels sont disponibles pour attester du rôle d'Agathe Kanziga dans l'ancien régime ». Elle enchaîne

19Décision n0564776 du 25 janvier 2007 et dont lecture a été faite le 15 février 2007. 17

qu'Agathe Kanziga «constituait, dit-on 20, le pilier de l'Akazu »21. L'historienne Alison Des Forges n'a pas trouvé non plus de preuves, ce qui ne l'empêche pas, comme la journaliste Laure de Vulpian, de considérer qu'Agathe Kanziga était investie d'un pouvoir certain. Elle dit en effet: « [...] à ma connaissance, Madame Agathe Kanziga ne détenait aucun rôle officiel... mais son rôle dans l'ancien régime est indéniable. Rares, pourtant, sont les preuves factuelles de son . . . ImpIlcatlon» 22 . L'historien rwandais Marcel Kabanda, lui, croit avoir découvert une preuve dans la culture rwandaise. Voici sa théorie: «Agathe Kanziga n'a pas de place officielle, à l'exception de l'orphelinat qu'elle dirigeait. Il est rare d'ailleurs qu'elle intervienne sur la place publique. En fait, elle J.oue le rôle d'une épouse rwandaise, effacée en façade, mais active en arrière-plan. Elle détient son pouvoir par l'entremise de ses frères, par un trafic d'influence» 23. Selon cette logique, va-t-on demander un jour à l'épouse du président Paul Kagame, une Rwandaise, de répondre de tous les actes de son mari et des personnes apparentées, sous prétexte que c'est elle qui aurait, en sous-main, dirigé la Ille République? À trop vouloir justifier de fausses allégations, on finit par imaginer des explications ridicules. Agathe Kanziga a été claire dans son audition. Elle a admis que si des Tutsi sont morts, il y a eu aussi des Hutu qui ont été massacrés massivement par le FPR. Elle a montré que la politique de feu son mari transcendait les clivages
20 C'est nous qui soulignons. 21 Entretiens des enquêteurs de l'OFPRA le 8 décembre 2006 avec Laure de Vulpian, journaliste à France Culture, auteur de: « Rwanda, un génocide oublié? Un procès pour mémoire », Éditions du Complexe, 2006. 22 Entretiens téléphoniques d'Alison Des Forges de Human Rights Watch avec des enquêteurs de l'OFPRA le 8 décembre 2006.
23

Entretiens des enquêteurs de l'OFPRA avec l'historien Marcel Kabanda le 13 décembre 2006. 18

ethniques et les experts sont unanimes là-dessus. André Guichaoua, dans son audition devant la Commission parlementaire française, le 31 mars 1998, admet qu'au Rwanda « l'ethnisme n'était pas un élément structurant de la vie politique» et que « pendant les années quatre-vingt, la tension ethnique [s'était] considérablement abaissée »24. L'équilibre régional et ethnique pratiqué par le régime Habyarimana ne visait qu'une discrimination positive. Le professeur Guichaoua est encore explicite sur ce système de quotas qui garantissait « un certain nombre de places et de postes aux membres identifiés des ethnies tutsi et hutu ». Il était « considéré par le président Habyarimana comme une reconnaissance des droits de la minorité et un instrument d'ancrage définitif de la démocratie, fondé objectivement sur des indices de disparités ethniques et régionales ». Les quotas permettaient «de répartir les postes dans la sphère publique ou les places dans les écoles et les séminaires en fonction des appartenances ethniques et du pourcentage respectif de chacune des ethnies dans la population [...] Ce traitement de la question ethnique a été considéré par toutes les ambassades et les missions de coopération comme
satisfaisant» 25.

Quid des frères et des cousins d'Agathe Kanziga ? Agathe Kanziga, Madame Habyarimana, a un seul frère: Protais Zigiranyirazo. Les détracteurs de celui-ci l'appellent également « Monsieur Z ». Il est entré en politique dans les années soixante comme député du MDR-Parmehutu alors que Habyarimana n'était pas encore président. Entre 1966 et 1969, il a été diplomate en Belgique et en France. Il a été ensuite préfet de Kibuye et de Ruhengeri entre 1974 et 1989. Son passage à Ruhengeri fut remarqué par les progrès

24 http://www.assemblee-nationale.fr 25 http://www.assemblee-nationale.fr 19

imprimés à cette préfecture, soit du point de vue économique, social et culturel. C'est pendant qu'il était préfet de Ruhengeri qu'a eu lieu la mort des prisonniers politiques de la Première République dans la prison de Ruhengeri. Ce forfait fut organisé par Théoneste Lizinde, alors chargé du Service Central de Renseignements (SCR). Il a été jugé et condamné. L'affaire des prisonniers de Ruhengeri va peser lourd lors de l'apparition du multipartisme. Les partis politiques ne vont pas lésiner sur les moyens pour charger Zigiranyirazo de ces meurtres, une façon de fragiliser le président Habyarimana par le biais de son beau-frère. Certains auteurs 26 et une certaine presse 27 iront même jusqu'à dire que Zigiranyirazo est responsable de la mort de la naturaliste américaine Diane Fossey en 1986. L'« Affaire Diane Fossey » a été instruite par le parquet de Ruhengeri. Après la mort de Diane Fossey, son compatriote Wayne Mc Guire, qui venait d'arriver en tant que chercheur au Centre de Kalisoke, a quitté les lieux et est allé se réfugier chez ses compatriotes à Kigali, pour finalement regagner les USA clandestinement. Les cheveux retrouvés dans les mains de feue Diane Fossey ont été envoyés pour analyse au FBI et à la Police française. Cette dernière, après examen, les a attribués à un homme de type caucasien. Wayne McGuire est le principal suspect de cet ignoble assassinat. Mais pourquoi devait-on éliminer Diane Fossey? La raison serait que: «Les services secrets américains avaient commencé à se méfier d'elle parce qu'elle avait accumulé une documentation secrète dans la forêt. Comme elle perdait son contrôle, c'était trop risqué. Apparemment Diane Fossey n'était pas prête à donner la documentation à l'amiable. À cette époque, les Américains avaient déjà prévu la déflagration de l'Afrique centrale une dizaine d'années plus tard. Or,
26Nick Gordon, Murders in the Mist, Londres, Hodder and Stoughton, 1993. 27 Voir par exemple: - Philippe Couve, Monsieur «Z» arrêté en Belgique; -

RF!, le 28 juillet 2001 ; - Journall 'Humanité, édition du Il août 2001.

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pour le FBL il n'était pas question que cette documentation

tombe dans les mains d'un inconnu. Il fallait la récupérer à
tout prix. C'est Wayne McGuire, un agent secret américain, qui est chargé de la besogne »28. L'écrivain naturaliste canadien Farley Mowat, citant une enquête du FBI, conclut lui aussi à une affaire interne des services secrets américains29. Un autre membre de la famille de Madame Habyarimana est Élie Sagatwa. Il est le cousin d'Agathe Kanziga. En effet, Magera, le père d'Agathe Kanziga, et Semapfa, le père d'Élie Sagatwa, sont des frères. Militaire de formation, Élie Sagatwa était secrétaire particulier du président Juvénal Habyarimana. Il est mort avec lui dans l'avion dans l'attentat du 6 avril 1994.
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Le colonel Élie Sagatwa a fait l'École SupérieureMilitaire

(ESM) et a mérité ses galons. Il a été régulièrement promu comme d'autres militaires de sa promotion. Il avait atteint, avant le coup d'État de 1973, le grade de capitaine et travaillait à l'État-Major dans le domaine de la transmission. Il lui arrivait aussi, à l'occasion des cérémonies officielles, d'être l'officier d'ordonnance du président Grégoire Kayibanda. Ceux qui lui donnent un rôle politique quelconque confondent le poste de "secrétaire particulier du président" avec celui du "secrétaire général à la présidence". Celui-ci avait le rôle de conseiller du président dans une
28Eugène Shimamungu, Juvénal Habyarimana. L 'homme assassiné le 6 avril] 994, Roncq, Éditions Sources du Nil, 2004, p. 156.
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« The investigators concluded that the murder was an inside job. [...]

Soon after the investigation began, most of the current Karisoke staff was arrested [...] One by one, as their innocence was established, the Karisoke staffers were released. Rwelekana alone remained in prison - in solitary confinement. On August 21, 1986, [...] he and Wayne McGuire were jointly charged with the murder of Dian Fossey [. ..] On December Il,1986, Wayne McGuire was tried in absentia by a Rwandan tribunal, [...] was convicted of her murder and sentenced to die before a firing squad [...] ». (Mowat Farley, Virunga: the Passion ofDian Fossey, Toronto, McClelland & Stewart, 1987). 21

matière bien spécifique. Il existait, jusqu'en avril 1994, cinq secrétaires généraux chargés respectivement des affaires politiques et administratives, affaires économiques, affaires juridiques, affaires sociales, planification. Sagatwa n'occupait aucun de ces postes à responsabilité. Il organisait le courrier entrant et sortant. C'est le ministre à la présidence30 qui était en charge de l'examen des dossiers. Au besoin, le président pouvait recourir à son directeur de cabinet 31. Qu'Élie Sagatwa ait été secrétaire particulier du président, rien d'anormal. S'agissant de Séraphin Rwabukumba, l'autre cousin de "Madame", il est le petit frère d'Élie Sagatwa. Ayant fait une formation dans le secteur bancaire, il a été un cadre de la Banque Nationale du Rwanda (BNR) avant de devenir un homme d'affaires. Il a été engagé par Monsieur Hattori, expert japonais gouverneur de la BNR d'alors, bien avant l'accession du président Habyarimana au pouvoir. Quelque temps après, suite à l'expérience acquise, il a été nommé, par le gouverneur Jean Birara, chef du « Service étranger », qui, organiquement, ne se situait pas dans le département du change et n'était pas une direction mais un simple service. Affirmer qu'il était le dirècteur du change est une grossière erreur, voire même un acte de mauvaise foi dans le but de faire croire aux non-avertis que cette personne était importante. Cette manipulation a permis de cautionner la fausse idée qu'il pouvait engager la BNR par sa seule signature. Il avait ce qu'on appelle, dans le jargon bancaire, la signature de catégorie B, c'est-à-dire qu'il ne pouvait pas signer seul. Les archives de la BNR sont là. Aucune malversation ne lui est reprochée par les autorités actuelles de cette institution. Séraphin Rwabukumba n'a jamais occupé un poste politique. En 1988, Séraphin Rwabukumba a démissionné de la BNR pour se lancer dans les affaires. Il a fondé une société
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Le dernier ministre à la présidence fut Siméon Nteziryayo.
Ce poste était occupé par Énoch Ruhigira jusqu'au 22 6 avril 1994.

d' import-export. Celle-ci n'est jamais intervenue dans le blocage des crédits des sociétés concurrentes et n'avait aucun monopole dans le domaine, comme le laissent entendre de mauvaises langues. Ces dernières sont parties du fait que la société s'appelait «La Centrale» pour conclure qu'elle centralisait ainsi les importations et les exportations et qu'elle avait certaines faveurs. Aucun traitement particulier n'a été accordé à «La Centrale». Encore une fois, il suffisait de consulter les listings des importations et des exportations de la Banque Nationale du Rwanda pour se rendre compte que « La Centrale », contrairement à ce que laisse entendre cette dénomination, n'était qu'une société importatrice parmi tant d'autres. L'amalgame fait autour de l'entourage familial de Habyarimana visait à le diaboliser, comme cela a été initié par l'opposition politique, dont le discours a été relayé par certaines ONG de défense des Droits de l'homme et par certains "spécialistes" de la région des Grands Lacs. L'entourage professionnel de Habyarimana Comme chef de l'État, Habyarimana s'était entouré de collaborateurs civils et militaires de tous les horizons. Ainsi, son cabinet militaire a été pendant plus de 25 ans dirigé par le colonel Léonidas Rusatira. Avec le gouvernement multipartite, le ministère de la Défense fut confié à un civil, et Rusatira devint commandant de l'École Supérieure Militaire (ESM). Même s'il est originaire de Ruhengeri et donc de "la région du Nord", Rusatira n'a pas été choisi pour son appartenance à ce cercle dont on disait qu'il avait une main mise sur la gestion de la vie nationale. Son comportement l'a montré avant et après l'assassinat du président Habyarimana: en avril 1994, Rusatira a informé par exemple l'ambassadeur de Belgique à Kigali, Johan Swinnen, que son nom était repris

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sur la liste des gens recherchés par les Interahamwe32. Il fut l'un des initiateurs de la «Déclaration de Kigeme» du 6 juillet 1994 qui dénonçait les tueries. Il rejoignit l'armée du FPR après sa victoire en juillet 1994. Le cabinet civil de Habyarimana était dirigé, dans les dernières années de son règne, par Énoch Ruhigira. Il est originaire de Kibuye. Il a été auparavant directeur de l'Office des Cultures Industrielles du Rwanda (OCIR) puis secrétaire général du Syndicat unique CESTRAR et enfin ministre des Finances. Les deux personnalités autour de Habyarimana étaient en bons termes avec l'ambassadeur de Belgique au Rwanda, Johan Swinnen, et avaient établi avec lui de bons liens de collaboration. Ruhigira a même été hébergé, avec sa famille, à la résidence de l'ambassadeur après l'assassinat du président Habyarimana. Si elles étaient fréquentables, elles ne pouvaient pas être taxées d'appartenir à 1'« Akazu ». C'est ce qu'explique d'ailleurs l'ambassadeur Swinnen : « Nous avons reçu Ruhigira et sa famille dans notre résidence et nous les avons abrités. Le fait qu'il était chef de cabinet du président n 'enfaisait pas encore un extrémiste »33. Parmi les autres collaborateurs politiques du président, on peut également citer les différents ministres à la présidence dont Siméon Ntezilyayo (Cyangugu), Édouard Karemera (Kibuye), les chefs de service: François Xavier Ndeze (Cyangugu), Juvénal Habimana (Gisenyi), Callixte Nzabonimana (Gitarama), Boniface Ngulinzira (Ruhengeri), Désiré Mageza (Butare), Pierre Rwakayigamba (Kibungo), Zéphirin Bagambiki (Ruhengeri), Munyemana Justin (Gikongoro), Mujyanama Théoneste (Kibuye), Christophe Ndangali (Byumba), etc. ; des hauts fonctionnaires comme Eterne Kubwimana (Gitarama), Charles Uyisenga (Butare),
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Sénat de Belgique, Commission d'enquête parlementaire concernant les événements du Rwanda, Audition de M J. Swinnen le 20 juin 1997, Compte rendu analytique des auditions COM 1-86, p. 798.
33 Idem.

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