SÉCURITÉ ET PROXIMITÉ

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Qu'est-ce que la surveillance générale ? Comment les gendarmes s'efforcent-ils de maintenir une présence sécurisante sur le terrain ? Qu'elles sont les perceptions et les attentes de la population à l'égard de ce type d'action ? Cette enquête de terrain approfondie précise les contours de l'action policière de proximité ainsi que l'insertion sociale de la gendarmerie dans son milieu d'intervention.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296279858
Nombre de pages : 177
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SECURITE ET PROXIMITE

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Collection Sécurité et Société dirigée par Jean-Louis Loubet dei Bayle
La collection Sécurité et Société publie, en relation avec les activités du Centre d'Études et de Recherches sur la Police (CERP) de Toulouse, les travaux de chercheurs de toutes disciplines intéressés par les problèmes de sécurité. Elle se propose d'aborder ces questions en toute liberté de problématique et de méthodologie, en étudiant notamment le développement des fonctions et des institutions policières et militaires, les politiques publiques de sécurité intérieure et extérieure, les manifestations de violence individuelle ou collective, les phénomènes de réaction sécuritaire, les formes de corruption sociale, économique et politique qui menacent les sociétés contemporaines, les risques techniques et les systèmes de protection qu'ils suscitent.

Déjà parus
Michel BERGES Le syndicalisme policier en France, François DIEU publiques de sécurité, 1995

Politiques

1999

La représentation

Olivier PHILIPPE de la police dans le cinéma français,

1999

François DIEU et Paul MIGNON La force publique au travail, 1999 Georges CARROT La Garde nationale. Une force publique

ambiguë,

2000

Jean-Hugues MA TELLL Y Gendarmerie et crimes de sang, 2000 Magali SABATIER La coopération policière européenne,

2001

Insécurité,

Maurice CHALOM et Luce LEONARD police de proximité et gouvernance locale, 2001 Damian MOORE

Ethnicité et politique de la ville en France et en Grande-Bretagne, 2001

Sécurité et proximité

François DIEU Paul MIGNON

"" SECURITE ET PROXIMITE "

La mission de surveillance générale de la gendarmerie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Cet ouvrage reprend le rapport d'une recherche effectuée pour le Centre de Prospective de la Gendarmerie Nationale. Son contenu n'engage que la responsabilité de ses auteurs.

Les auteurs tiennent à remercier tous ceux, et ils se reconnaîtront, qui ont apporté leur aide pour la réalisation de cette enquête, notamment les gendarmes et les personnes qui ont bien voulu faire partager, aux chercheurs et à tous ceux qui liront ces lignes, leurs conditions de travail et de vie, leurs expériences et leurs opinions.

cg L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2029-3

Sécurité et proximité

Introduction De la surveillance générale

Cette étude a pour objet d'identifier les caractéristiques de cette action policière de proximité que constitue la surveillance générale, qu'elle intervienne dans les zones périurbaines ou rurales, en relation avec la problématique de l'insertion sociale de la gendarmerie dans son milieu d'intervention. Il s'agit là d'un volet manifestement important de la réponse publique à la déviance et à l'insécurité qui n'a été abordé que de manière superficielle par les rares travaux consacrés à ces questionnements. Afin d'apporter des éléments d'analyse pour la connaissance des phénomènes et la définition d'orientations prospectives, une attention toute particulière a été réservée à la perception par le corps social de cette activité de surveillance générale, en termes d'identification de sa nature et de ses objectifs, de dissociation éventuelle par rapport aux autres missions et rôles sociaux exercés par la gendarmerie, mais aussi d'acceptation et d'adéquation aux demandes et attentes en matière de sécurité. Il est apparu opportun, en effet, de s'interroger sur les évolutions de cette perception, compte tenu des mutations sociales et démographiques que connaît la société française (individualisme, diffusion des valeurs de la société de consommation, désertification des campagnes, périurbanisation, habitat pendulaire, crise des instances traditionnelles de socialisation, évolution du rapport à la puissance publique...). Pour ce faire, une recherche de terrain a été conduite dans différents sites relevant de trois départements (Oise, Haute-Garonne, Aude), deux arrondissements périurbains : l'un, à proximité de la région parisienne, confronté à la

présence d'un quartier difficile (Beauvais), l'autre, avec un

habitat de type essentiellement pavillonnaire, situé dans la zone d'influence d'une grande métropole régionale

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(Toulouse-Saint-Michel) ; un arrondissement présentant les diverses caractéristiques géographiques et démographiques du monde rural (Limoux). En liaison avec le commanditaire de cette étude, le choix de ces trois types de terrain a procédé du souci de rendre compte de la diversité des espaces dans lesquels la gendarmerie est amenée à intervenir. La recherche s'est répartie en deux principales phases. Tout d'abord, des observations directes, de jour comme de nuit, ont été réalisées dans différentes unités (brigades territoriales et PSIG) des compagnies de gendarmerie concernées, de manière notamment à mettre en évidence les éléments d'uniformité et de particularité de ce type de mission selon les territoires dans lesquels elle s'exerce. Il s'est agi également de recueillir auprès des personnels des indications sur leurs manières de concevoir, de ressentir et de pratiquer la surveillance générale. Au terme de cette première phase, l'enquête de terrain a été conduite auprès des populations des trois sites retenus. Des entretiens semi-directifs ont été menés auprès des représentants des services publics de proximité (enseignants, éducateurs, pompiers, policiers municipaux...) et du monde socio-économique (élus, commerçants, responsables associatifs...). Avec comme priorité d'apporter des éléments de réponse à la question: comment les populations perçoiventelles l'action de surveillance générale de la gendarmerie? la recherche a également permis de confronter les représentations et perceptions qu'ont les populations et les principaux acteurs locaux de la vie sociale avec celles des acteurs gendarmiques. La présente étude aborde donc la question de la surveillance générale en se plaçant du côté, en premier lieu, des gendarmes, puis, en second lieu, de la population. Réalisée sur une période relativement courte (mars-décembre 2000), et à partir d'une enquête de terrain ayant porté sur seulement trois sites, elle ne peut prétendre avoir traité de manière exhaustive le sujet, de sorte qu'elle pourrait judicieusement être prolongée par d'autres investigations. Pour autant, pour empirique que soit le mode de constitution des échantillons retenus (pour les sites d'enquête et les personnes interrogées), le cheminement méthodologique qui a été suivi n'en a pas moins permis de dégager différentes informations et données qui, à défaut de pouvoir être généralisables, fournissent des pistes de compréhension de phénomènes dont seule l'enquête de terrain permet de saisir la complexité.

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LA SURVEILLANCE GENERALE DU CÔTÉ DES GENDARMES

Scènes de surveillance générale
Toute étude de la mission de surveillance générale suppose, en préalable à toute tentative d'évaluation de son impact sur la population, d'identifier avec précision le degré de réalisation de ses objectifs, en recourant à l'observation de la réalité sur le terrain. En d'autres termes, avant de répondre à la question: à quoi ça sert? (en se plaçant du point de vue de la population), il convient d'apporter des éléments de réponse à l'interrogation apparemment triviale: comment ça marche vraiment? Et d'observer que la diversité de la structure territoriale de la gendarmerie départementale ne peut qu'engendrer en ce domaine des différences notables, qui, en toute hypothèse, ne permettront pas de répondre par une formule unique à cette interrogation. Pour appréhender la diversité des activités de surveillance générale dans les trois sites retenus pour la présente enquête, il a été fait le choix de présenter, tout d'abord, sous la forme de la technique du journal d'enquête bien connue des ethnologues, des épisodes observés par les chercheurs. En laissant de côté l'anecdote et le fait singulier, il s'agit de prendre la dimension exacte, sur le terrain, au quotidien, de ce que représente des services de surveillance générale, à travers la narration plus ou moins détaillée de l'activité des brigades concernées. Méru (Oise) Méru est une ville de plus de 12 000 habitants, dans le sud de l'Oise (arrondissement de Beauvais), à proximité du Val d'Oise, et soumise ainsi aux influences de la délinquance de la banlieue parisienne (Sarcelles, Cergy Pontoise.. .). Chef lieu d'un canton, par ailleurs, largement rural de 17 000 hectares et 30 000 habitants répartis sur vingt communes en progression démographique constante, cette ville est essentiellement pavillonnaire. Elle a pourtant une caractéristique qui influe fortement sur son identité et son

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équilibre: le quartier de La Nacre, cité d'habitat social de plus de 6 000 habitants, avec de fortes minorités maghrébines et capverdiennes : "La Nacre, c'est la jungle, notre problème numéro un" . Cette cité, propriété de plusieurs bailleurs sociaux, cristallise l'essentiel des difficultés recensées en matière de sécurité. Des violences urbaines y sont relativement fréquentes, et elle a été le théâtre, dans les années passées, de véritables émeutes. L'activité de la brigade est supérieure à celle réalisée dans certains groupements: environ 2 000 crimes èt délits par an, alors que certaines unités du département dépassent tout juste les 60 faits constatés: "Les périodes agitées sont les fins de semaine, les soirées et nuits du vendredi et du samedi. L'arrivée des trains entre 17 et 19 heures en gare, ainsi que la sortie des écoles sont aussi problématiques". Le personnel présent à Méru (trente-six militaires, avec à leur tête un lieutenant) est souvent là après une affectation d'office (dans l'intérêt du service), de sorte que tous les personnels ont déposé une demande de mutation, avec l'espoir d'y rester le moins de temps possible: "Personne ne veut aller ici, alors le commandement envoie les gars qui viennent de force de la mobile et les retours d'outre-mer". "Venir ici, c'est pas un cadeau. C'est comme une punition, alors que, généralement, on a rien fait. Moi, j'étais en mobile. Je voulais rester. On m'a fait partir de force, en me disant qu'en départementale, je retournerai dans ma région. Je me suis fait avoir. Je suis à plusieurs heures de chez moi, dans ce trou que je vais tout faire pour quitter". "Moi, je compte les jours. Quitter Méru, ce sera la quille. Je ne trouverai pas pire qu'ici. Et pour ma famille, quel soulagement le jour où on pourra commencer à faire les cartons". La brigade bénéficie du renfort de personnels d'un escadron de gendarmerie mobile fidélisé, ainsi que du PSIG et de la brigade de prévention de la délinquance juvénile: "Entre la brigade, le PSIG et les GM, toute une panoplie de moyens peuvent être rapidement déployés. Cela n'empêche pas du tout que les Mérutins fassent totalement la différence entre les militaires de la brigade et les autres". "Sans le renfort des moblots et des collègues de la compagnie, on ne pourrait pas tenir. On sait qu'en cas de coup dur, on pourra avoir du monde, même s'il faut attendre un peu". Pour autant, malgré la tension qu'il est possible d'observer, les faits graves demeurent limités: "On a eu trois caillassages de véhicules

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en trois ans, ainsi qu'un tir au fusil dans l'appartement du CB. Il y a eu aussi des attroupements devant la brigade suite à des interpellations suivies de gardes à vue". "La violence, c'est plutôt une affaire de comportements hostiles, des paroles et des gestes quand on passe. Des tags et des dégradations un peu partout. Mais on sait que cela peut péter d'un moment à l'autre. Alors on fait attention". Le problème est particulièrement évident s'agissant des patrouilles à pied et des services de nuit. Aussi, ces deux types de surveillance mobilisent trois gendarmes d'active (dont un devant souvent rester au véhicule pour éviter les dégradations) : "Quand il y a une intervention suite à un vol à main armée ou autre, même en cas d'interpellation, il n'y a pas de problème: cela est accepté comme étant la règle du jeu. Par contre, si il y a une intervention suite à un problème dans le quartier, à tous les coups, ça dégénère". "On a des menaces de représailles sur les femmes et les enfants des gendarmes quand on procède à des interventions" . "On a des menaces de représailles aux sorties des écoles. On a peur d'aller faire des courses. On a des inscriptions insultantes sur les murs de la cité" . "On a des difficultés lors des interventions et des interpellations. Le risque d'émeute est comme permanent. Quand il est procédé à une interpellation, on y met les moyens. On y va en force. Ils ne comprennent que ça". Une impression de fort Chabrol est même identifiable dans les propos des personnels, la localisation géographique de la brigade, à proximité immédiate du quartier, dont certains immeubles ont une vue imprenable sur la cour de la brigade, concourt à ce sentiment d'être assiégé et de vivre en état de siège: "Ils nous observent en permanence. En cas de problème, ils pourront nous allumer directement des fenêtres". "Quand on se rassemble pour une opération, on ne peut pas le faire à la brigade sinon on serait vite repéré. Alors on le fait ailleurs sur un parking situé non loin d'ici, sur lequel on donne rendez-vous aux collègues de la BR et du PSIG". Par ailleurs, l'état de délabrement et l'exiguïté du casernement, avec notamment la présence d'Algeco en guise de bureaux dans la cour, participe, pour une large part, au malaise immédiatement perceptible chez les personnels, les mauvaises conditions de travail étant, dans ce contexte difficile, particulièrement mal acceptées par des gendarmes dont certains ne cachent leur sentiment d'abandon et de profonde frustration.

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Les équipements employés, de même que le renfort des gendarmes mobiles ne sont pas sans présenter quelques difficultés particulières: "On a demandé des bâtons à décharge électrique. Pour le moment, on n'a même pas de bâtons de défense, même en dotation". Le souci de ne pas donner une image trop répressive à son action a conduit, en effet, la gendarmerie départementale à ne pas doter ses personnels de bâton de protection, comme les fonctionnaires de police et les agents de police municipale. Si cette décision de principe inspirée par la sacro-sainte logique d'uniformité organisationnelle semble justifiée dans un canton rural comme celui de Limoux, il est difficile de ne pas s'interroger sur sa pertinence à Méru. Pour les personnels, il ne s'agirait même pas de porter en service ses matériels de protection, mais de pouvoir en disposer pour les interventions difficiles, quitte à les laisser en permanence dans le véhicule. Le seul moyen de protection véritable dont bénéficient les personnels réside... dans les vitres des Trafic qui sont en polycarbonate : "En cas de problème, nous n'avons que nos poings et le PA. Le gaz lacrymogène, ce n'est pas facile à utiliser. On en prend autant et puis il y a parfois des gens autour". "Un jour ou l'autre, il y aura un drame. On n'a rien pour se défendre. Il faut parlementer ou prendre la fuite. On ne peut pas leur tirer dessus...". Les gendarmes mobiles qui patrouillent à Méru ont également troqué la tenue de maintien de l'ordre pour un uniforme qui les rapproche de leurs collègues de la brigade: "Les moblots sont arrivés en tenue 48, avec bâtons de protection, ça passait mal. Maintenant, ils sont comme nous, à cette différence qu'en cas de pépin, ils ont le matériel, la tenue, la matraque, les grenades ou tout ce qu'il faut pour remettre de l'ordre". Pour autant, leur action ne passe pas inaperçue, notamment auprès de la population difficile: "Les jeunes de La Nacre reconnaissent les moblots. Plus exactement, à nous, ils nous connaissent. On essaye de parler avec eux. Les autres gens du coin, ils ne font pas vraiment la différence. Pour eux, qu'on soit en blanc ou en jaune, on est tous des flics". Lorsque ces renforts de gendarmes mobiles ont commencé à devenir réguliers, ces derniers effectuaient les patrouilles de surveillance générale accompagnés d'un gendarme de la brigade, au motif qu'ils ne connaissaient pas suffisamment le terrain. Le dispositif de fidélisation a permis de modifier cette situation, les gendarmes mobiles agissant désormais de manière autonome: "Une mission leur est

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confiée, avec lieux et horaires définis, et ils sy tiennent. Ils n'ont pas d'OP] et font donc appel à la brigade si besoin". Pour autant, leur mode d'utilisation reste encore empreint des pratiques antérieures; en effet, les gendarmes mobiles patrouillent par équipe de huit, avec deux véhicules (une Clio et un Trafic) restant à vue l'un de l'autre. Il ne s'agit donc pas de déroger au principe d'un emploi en groupe comme dans les situations de maintien de l'ordre. Aussi cette utilisation semble-t-elle participer d'une logique d'occupation du terrain, voire de déploiement de force, qui s'applique également à l'emploi des patrouilles du PSIG. En d'autres termes, il s'agit de privilégier le volet dissuasif, même si cela ne produit guère d'éléments positifs en termes de contact avec la population. Sans parler de recherche d'un "effet BAC" (brigades anti-criminalité) par analogie avec la police, la volonté est bien de faire étalage de capacité réactive, voire répressi ve. Pour ce qui est de l'organisation pratique des services de surveillance générale, une patrouille est en permanence sur le terrain, avec, là aussi, une certaine régularité dans la succession des services (7-13 heures et 13-18 heures). La nuit, des patrouilles sortent systématiquement, soit de 22 à 1 heure, soit de 23 à 2 heures, et davantage si besoin. En cas de risques particuliers ou d'événements, une à deux patrouilles supplémentaires sont aussi mises sur pied. Le vendredi et le samedi, le renvoi des appels téléphoniques sur le centre opérationnel ne s'effectue qu'à 23 heures au lieu de 18 heures. Dans la journée, selon les effectifs disponibles, deux services de surveillance générale peuvent être organisés simultanément: une patrouille restant dans la commune de Méru, l'autre patrouillant sur le reste du canton, avec la possibilité pour cette dernière de venir en renfort de la première. De manière générale, la surveillance externe du canton de Méru semble partiellement abandonnée au profit de la commune et notamment du quartier de La Nacre, ce qui provoque, selon les gendarmes, des réactions d'incompréhension et d'hostilité de la part de la population concernée: "Les gens nous disent: il n'yen a que pour Méru. Nous, on compte pour du beurre. Ils sont sûrs qu'on ne passe Jamais chez eux et que, quand ils nous appellent, on ne vient pas. C'est pas entièrement faux". "On délaisse notre zone de campagne. Ce n'est pas bien. Ce n'est pas du bon boulot de gendarme. La gendarmerie, c'est rural. Ici, le

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rural, c'est pas qu'on s'en fout, mais on n'a pas trop le temps d'y aller. Il ne s'y passe pas grand chose. C'est pas comme ici où on a toujours des problèmes". Deux à trois patrouilles à pied sont également prévues chaque semaine. En matière de contact avec la population, un manque de formation spécifique au dialogue avec les adolescents apparaît manifestement, même si certains personnels ont suivi un stage sur les relations avec les jeunes: "Des rencontres ont lieu avec les élèves des lycées. La BPDJ fait des patrouilles à pied dans le quartier de La Nacre, mais ils ne font pas de procédures. Ils ont aussi encadré des activités de groupe pour ados {karting, sorties ludiques sur Paris...)". Même si la BPDJ agit avec un souci de connaissance du terrain, la surveillance générale proprement dite repose essentiellement sur les personnels de la brigade. Quant à la police municipale, confrontée à d'importants problèmes de fonctionnement interne, elle ne peut aligner que neuf agents (sur un effectif de seize). De même, si des médiateurs urbains ont été recrutés dans le cadre du contrat local de sécurité signé récemment, les relations avec la gendarmerie ne semblent guère faciles, compte tenu de leur intégration et de leur travail avec les jeunes du quartier. Dans ce contexte de surcharge de travail, le souci de rendre plus efficace la surveillance générale a donné lieu à une répartition des tâches au sein du personnel. Il s'agit aussi de tenir compte d'aptitudes et de motivations fort différentes. C'est ainsi qu'à côté d'une cellule "police judiciaire" a été créée une cellule de renseignements appelée "renseignement-contact", constituée par des volontaires. Ces personnels assurent l'essentiel des patrouilles pédestres, moments privilégiés pour la mise en œuvre de la surveillance générale au sens classique telle qu'elle peut malgré tout être pratiquée en territoire urbain hostile. Durant cette semaine au cours de laquelle plusieurs patrouilles diurnes avaient été annulées faute d'effectifs suffisants par rapport à la charge de travail urgent à assumer, une patrouille pédestre a cependant été maintenue durant deux heures, un après-midi de 16 à 18 heures. Elle était effectuée par deux gendarmes de la cellule "renseignementcontact". La patrouille débute par un passage dans le quartier de La Nacre, selon un itinéraire qui permet de passer à proximité de zones sensibles (notamment les cages d'escalier difficiles) pour observer discrètement, mais sans trop s'en

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approcher afin d'éviter de se retrouver dans une situation qui deviendrait vite conflictuelle. Toute approche ne pourrait être perçue que comme une intrusion provocatrice qui déclencherait aussitôt des sarcasmes et des insultes que les gendarmes n'ont pas l'intention de supporter sans réagir, mais qu'ils n'ont pas non plus les moyens de contrarier, sauf à appeler des renforts et s'engager dans ce qui aurait toutes les chances de se transformer en émeute. L'itinéraire emprunté n'est donc pas sans danger et suppose une vigilance particulière: les regards se portent ainsi régulièrement en l'air, puisqu'il arrive parfois qu'un parpaing ou autre projectile tombe des étages au moment où les uniformes longent la façade. La patrouille continue par quelques prises de contact, dans une pharmacie ou dans les locaux d'un bailleur social, ce qui permet de se rendre compte des bonnes relations existant entre ces gendarmes et leurs interlocuteurs, ainsi que des attentes de ces derniers en matière de présence sécuritaire. Cela permet aussi d'évaluer la bonne connaissance du quartier qu'ont ces gendarmes, qui en savent parfois plus que le logeur sur la composition exacte de telle ou telle famille, et qui, de tête, peuvent mieux fournir leurs adresses exactes (cage d'escalier, étage, côté du palier...) que le bailleur. Au gré des allées, la patrouille croise des jeunes, des hommes, des mères de famille, des personnes âgées, tout le monde dit au moins bonjour aux gendarmes et certains engagent la conversation ou, au moins, prononcent quelques paroles qui font référence à des échanges antérieurs. La visite cependant ne s'éternise pas dans le quartier de La Nacre et évite soigneusement les sorties de collège et lycée, en se dirigeant tout à fait à l'opposé, passant par la gare sans s'y arrêter et rejoignant le centre ville. Au centre ville justement, des conversations, essentiellement tournées vers les incidents du samedi précédent, s'engagent quasiment devant chaque pas de porte de commerces: les commerçants se plaignent de l'insécurité, des jeunes, des élus, et questionnent respectueusement les gendarmes sur leur capacité à réagir quand survient un problème. Ces derniers répondent qu'ils ne peuvent pas être partout à la fois, et surtout qu'il ne faut pas les attendre là où on ne les a pas appelés: ils disent même regretter que trop souvent on ne les appelle que quand tout est fini. Vers 17 heures 30, le tour du centre ville étant achevé fort civilement, la patrouille reprend le chemin de la brigade et y arrive juste avant 18 heures. Ces patrouilles pédestres ont

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