//img.uscri.be/pth/cd27349bada47f8d5170f04ffb3d91c297865b9a
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Sénégal politiques publiques et engagement politique

De
235 pages
Pour relever les défis auxquels le Sénégal est confronté, des urgences s'imposent : l'action d'une politique propre, une réforme audacieuse de l'administration publique et du système éducatif, une réforme des finances publiques, une restructuration de la fonction publique. Mais relever ces défis passera également par des mesures d'orientations économiques cohérentes et une réduction des fractures sociales. Telles sont les questions que l'auteur développe pour tenter de redonner un nouveau souffle au Sénégal.
Voir plus Voir moins

SÉnÉGAl
Politiques publiques et engagement politique

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières

parutions

Alfred Yambangba SAWADOGO, Afrique: la démocratie n'a pas eu lieu, 2008. Dr BOGA Sako Gervais, Les Droits de l'Homme à l'épreuve: cas de la crise ivoirienne du 19 septembre 2002, 2008. W. Zacharia TIEMTORE, Technologie de l'information et de la communication, éducation et post-développement en Afrique, 2008. BOUOPDA Pierre Kamé, De la rébellion dans le Bamiléké, 2008. Méthode GAHUNGU, La formation dans les séminaires en Afrique. Pédagogie des Pères Blancs, 2008. Dieudonné TSOKINI, Psychologie clinique et santé au Congo, 2008. José DO-NASCIMENTO, La renaissance africaine comme alternative au développement. Les termes du choix politique en Afrique, 2008. Jérôme T. KWENZI-MIKALA, Les noms de personnes chez les Bantu du Gabon, 2008. Côme KINATA, Prosélytisme chrétien au Congo français, 2008. Alain KISITO MÉTODJO, Devenir maire en Afrique.
Décentralisation et notabilités locales au Bénin, 2008. Simon-Pierre E. MVONE-NDONG, Médecine traditionnelle. Approche éthique et épistémologique de la médecine au Gabon,

2008. Simon-Pierre E. MVONE-NDONG, La nature, entre rationalité et spiritualité, 2008. Jean MPISI, Antoine Gizenga. Le combat de l'héritier de P. Lumumba, 2007. Auguste ILOKI, Le droit du mariage au Congo. Le prémariage, le mariage à l'état civil, 2008. Vincent AUCANTE, L'Afrique subsaharienne et la mondialisation,

2008. Noel K. TSHIANI, Vision pour une monnaie forte au Congo, 2008.

Toumany Mendy

I'

I'

ER EGAl
Politiques publiques et engagement politique

Préface du professeur Arona Ndoffène Diouf

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'école polytechnique; 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05333-5 EAN : 9782296053335

Reconnaissance
Louange au Seigneur des mondes, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux qui m'a permis de réaliser ce travail, Je dédie le présent ouvrage à mes défunts parents: - Ousmane Oussouna Mendy - Aminata Werséné Oupely Thiangho - Malouty Yinghou Vous auriez été si heureux de tenir ce livre dans vos bras,

.

.
.

.

.

. .

. .

Un hommage spécial à ma défunte tante Mariama Nampely Natisse. Au moment où je venais de payer des cadeaux pour toi en vue de mon prochain voyage au Sénégal, la mort est venue te faucher. Sans «préavis! ». Finalement, on ne se reverra jamais. Hélas! Puisse Dieu t'accorder son pardon. A toute ma famille Djimou sans exception, A tous mes frères et sœurs, cousins et cousines, A mes amis et personnes de confiance. Je ne vais pas m'aventurer à citer tous les noms de peur d'oublier certains, A mes défunts grands-parents Lissa et Boulanghou et à ma mamie adorée Coumba M'Diank, Un merci spécial à mes chères frangines adorées Mme Hélène Chaupin et Mme Ndiaye Marne Denise Corréa ainsi qu'à Seckou Ndiaye qui ont bien voulu relire mon manuscrit et le corriger de leurs mains si sûres! Aux frères Barry Boubacar, Baba Gallé, Thierno et Adama Ndiaye ainsi qu'Ibrahima Diallo pour la marque de fraternité et de respect dont ils font preuve à mon endroit, Aux sœurs Sonko Bernadette, Safiétou et Mariama, je vous adore!

5

.
.

.

.

.

.

. .

Un grand merci au professeur Arona Ndoffène Diouf pour le crédit qu'il accorde à mon travail et pour avoir surtout accepté de préfacer le présent ouvrage, Je ne cesserai jamais de remercier mes frères Tombon et André pour leur soutien matériel. Sans eux je n'arriverais sans doute jamais... Merci également aux belles-sœurs Elisabeth et Néné A Martin Mendy, Moussa Nthioly, Jules Gomes, Karfa Ndiaye (Rouen), Cundé Djimou, Bacary Diocou, Malick Gomis, Jo Souty Mendy, Seckou Ndiaye, Ousseynou Diakhaté, Marguerite et son époux Malam, Anna et Jean-Jacques, Gertrude, etc. - tous en France; Badara Sylla, mère Aissatou Sylla et toute sa famille à Niéfoulène (Ziguinchor), Sariétou Diagne (Barcelone), sans oublier ma nièce Lissa Mendes et ma fille Aminata, tous mes neveux et nièces en France et au Sénégal, bref, je veux tout simplement vous dire que moi aussi je vous aime. Je sais ce que vous représentez pour moi. Ne seraitce que l'affection dont vous faites preuve à l'endroit de ma modeste personne. Dieu vous le revaudra au centuple. De tout cœur. .. A la famille Sylla de Ziguinchor, puisse Allah renforcer davantage nos rapports ô combien sincères et humains, A tous mes compatriotes sénégalais qui partagent ou non les idées défendues dans cet ouvrage, je vous dédie cette œuvre. Au-delà des apparences... Aux familles Diakhaté, Gomes, Joa Bate, Mendes, Nguette (à Sevran) et Djeme (à Colombes), merci pour les bons rapports que nous entretenons très chaleureusement, Enfin, merci à tous ceux qui m'ont toujours tendu la main. De près ou de loin.

6

Avertissement
Je ne suis pas un mauvais juge des hommes politiques. Je ne fais pas non plus le procès de ma propre société. Même si l'écriture est l'art d'être seul face à ses idées, jamais je ne tenterai de faire passer des hypothèses mensongères dans mes réflexions. Mais comme on n'écrit pas non plus pour plaire forcément aux autres mais plutôt pour défendre ses idées, ses idéaux, bref ses convictions, c'est donc mot pour mot, phrase pour phrase que je dénonce ici les maux qui gangrènent le paysage politique sénégalais et qui affectent davantage la société dans sa large majorité. Je voudrais donc laisser cet ouvrage à tous les Sénégalais témoins de l'alternance... ils ne pourront plus dire qu'ils n'ont pas été avertis. Toutefois, je ne pourrai jamais suffire seul à distraire et par conséquent, il incombe à chaque citoyen d'assumer ses responsabilités face au destin de la République. En effet, ce livre est pour moi, un tremplin à la démission mentale de tant d'hommes politiques et de citoyens au Sénégal ou ailleurs sur le continent africain. A chacun de s'interroger et de dialoguer avec soi-même pour savoir ce qui est mieux pour lui et pour sa société. L'idéal est que toutes les vertus et tous les mérites se répandent dans ce monde politique et par-delà dans la société pour tarir la source des souffrances non pas seulement des populations sénégalaises mais de tout le continent africain pour qu'ensemble, nous puissions tous réaliser la voie de l'éveil pour ce grand continent simplement victime des failles de ses dirigeants. Que tous ceux qui voient leur orgueil blessé dans ce livre, ne m'en tiennent pas rigueur. Je ne me permettrai jamais, pour paraphraser madame Germaine de Staël -, "de supposer à tous ceux qui me liront, des facultés inférieures aux miennes. J'exprime simplement ici mes pensées telles que je les conçois et je tends simplement au plus haut terme de perfection possible". Ne dit-on pas d'ailleurs que 7

le rôle de l'intellectuel n'est pas forcément de convaincre mais de faire réfléchir? Aussi, au lecteur averti qui trouvera sans doute mon analyse simple, je présente mes excuses. Je lui soumets ces paroles de Thorstein Veblen qui, commentant une pensée de Hegel, disait: « Tout ceci est fort simple. C'est même tellement simple et tellement évident que c'est difficile de le remarquer sans se l'être fait indiquer, et après que l'on a vu, il semble tout à fait inutile d'en avoir parlé. (Dans Dorfman, 161, p 51) ».

8

Préface
Depuis la venue de Me Abdoulaye Wade au pouvoir en 2000, le Sénégal est entré dans une période révolutionnaire régressive, c'est-à-dire dans une période pendant laquelle les bases des équilibres de nos sociétés et de l'administration de l'Etat sont ébranlées et sont tombées peu à peu en ruines. L'équilibre ou le déséquilibre sociétal et étatique est un phénomène très complexe et c'est le régime qui le dirige qui en est le bâtisseur. Un régime, par le comportement de son leadership, peut soit construire, rompre, reconstruire de nouveau les équilibres tout en élargissant en même temps les cadres de son progrès ou au contraire, soit le plonger dans une régression créant ainsi un déséquilibre des sociétés. Dans le cas d'un déséquilibre socioéconomique, les crises et les recrudescences d'activités engendrent des ruptures ou des rétablissements. Dans tous les cas, la rupture d'équilibre relationnelle entre les managers du régime et les administrés se manifeste par une désobéissance civile se traduisant par le laxisme, l'absentéisme et la corruption dans les structures fonctionnelles étatiques, la colère des populations, les violences et la montée du vagabondage liés au chômage. Les conséquences mènent toujours à une crise socioéconomique très aigue affectant tous les artères du pays. La dernière victoire de Wade aux présidentielles de février 2007 constitue certes l'événement que nous avons considéré avec raison comme un coup terrible sans précédent à l'Etat sénégalais dans l'histoire politique du pays. En effet, après la mise en place de l'alternance en 2000, a commencé dans le pays une époque de grands mouvements de masse et des luttes de positionnement au sein de toutes les couches sociales. Toutes les analyses rationnelles de la situation économique et politique 9

révélées par tous les rapports d'experts internationaux présentent un Sénégal instable en termes de droits humains et un recul économique. Il n'est pas nécessaire, en guise de comparaison, de revenir sur les périodes de plein désarroi de l'époque de Senghor/Diouf qui présentait Wade et son parti sous une forme vague et d'autant plus menaçante, et que les médias décrivaient sous les traits d'un homme avec une bombe entre les mains. En réalité, beaucoup de Sénégalais, surtout du côté des intellectuels, prévoyaient en tout cas, à quel point son investiture à la magistrature suprême ne répondait pas à l'assurance de la "Grande Relève" des challenges d'après-indépendance. Ce livre-là est un mémento. Un mémento de civisme patriotique car toute la problématique part et revient sur ce concept de valeurs humaines. Son extraordinaire intérêt réside dans la sincérité de la critique et dans la cohérence et l'objectivité de l'analyse prospective. Cet ouvrage de Toumany Mendy est donc une invitation. Une leçon de citoyenneté et de politique propre. Pour moi, cet ouvrage constitue le meilleur héritage qui soit, pour les générations, politiques ou non, de demain. Et il s'agit pour cet héritage, de transmettre des valeurs essentielles à savoir le "diom" sénégalais, la vertu et l'honneur, la débrouillardise, la confiance en soi, la notion de responsabilité, bref autant d'atouts qui aident l'Homme à se surpasser pour faire face à sa vie privée et à celle de sa collectivité, de sa nation. En réalité, cet ouvrage est aussi une matière à réfléchir sur le sens de l'Etat et sur toutes les valeurs qui constituent les piliers fondamentaux de l'équilibre social. Bref, le mérite de ce livre, que je recommande d'ailleurs à tous les Sénégalais, est la description détaillée des événements techniques et référentiels que l'auteur nous livre à partir d'une recherche élaborée. Après ma première lecture du manuscrit, j'ai aussitôt saisi l'analyse pertinente de l'auteur sur le régime 10

de Me Wade en corrélation avec ses réalisations, qu'il a étudié d'abord du point de vue économique, éducationnel et puis politique. Force m'est de constater que durant ma lecture, toute une série de signes, de faits, de scandales et de déclarations témoignent l'insuffisance notoire dans la gestion de Me Wade des affaires de l'Etat, ou du moins qu'il apparait comme tel. Ses sept dernières années de mandat, sans aucun doute, furent les plus critiques et les plus dures pour une majorité des Sénégalais. La période qu'ils vivent présentement est de celles où tout ce qui semble normalement constituer une raison d'espoir s'évanouit, où l'on doit, sous peine de sombrer dans la lâcheté citoyenne, tout remettre en question. Immédiatement après la victoire des "alternautes" en 2000, nous avons vu un appareil gouvernemental qui s'est mis en pleine décomposition puis a rapidement succombé sans aucun doute. L'aplomb de l'Etat sénégalais a pris sa forme la plus frappante après les grèves scolaires, universitaires et syndicales, les déroutes capricieuses mais aussi autoritaires dans les axes constitutionnels de la République, les violences perpétrées sur d'honnêtes citoyens et hommes et femmes d'opinion, les accusations d'assassinat et de détournements de fonds publics. Qui ne fut pas victime au moins une fois par les délestages électriques, la pénurie du gaz, la flambée des prix des denrées de première nécessité, les violences politiques, les grèves scolaires et syndicales, les changements de gouvernements intermittents, etc. ? Depuis son accession au pouvoir, Me Wade a créé un déséquilibre au Sénégal qui est incontestablement la conséquence directe de son comportement et qui a exacerbé le climat désastreux légué par ses prédécesseurs Senghor et Abdou Diouf. Ne pas percevoir les signes, équivaudrait, que l'on partage sa philosophie ou pas, à ne Il

pas être conscient des défis qui jalonnent l'avenir problématique qui s'étale devant le pays et qui est source d'inquiétude aussi bien pour des millions de Sénégalais que pour l'opinion internationale. À I'heure actuelle, le Sénégal court plusieurs risques en matière de sécurité et d'un point de vue politique et économique: les problèmes politiques à travers le pays, la confusion et le désordre dans l'arène politique, la crise dans les systèmes judicaire et éducatif, le népotisme dans les affaires de l'administration, la fragilité des droits d'expression après les agressions d'honnêtes citoyens et de journalistes. Cette perturbation nationale, observable à tous les coins de rue, fait courir un risque d'un relâchement d'autorité qui peut aboutir à un soulèvement populaire, si rien n'est fait. Pr Arona NDoffène Diouf, Phd Directeur des programmes, Université d'Etat de Caroline du Nord USA

12

Préambule
« Quand l'Homme confond le mal et le bien, c'est que les dieux poussent son âme dans la plus désastreuse erreur, et il lui faut alors bien peu de temps pour le connaître, le désastre! » Sophocle,

Antigone, V. 622 - 625
Il est écrit que le monde est une scène où chacun de nous est un acteur. Chaque homme et chaque femme doit jouer car chacun de nous fait partie de la scène. Le professeur Cheikh Anta Diop disait à ce titre que « chaque génération a une mission à accomplir pour sa nation et il appartient à chacun de voir s'il faut l'accomplir ou la trahir ». Je m'engage à l'accomplir. Avec ma plume. Pour moi, il y a en effet, une autre façon de se rapprocher de la politique sans en faire. C'est cette façon-là qui consiste à observer le paysage politique et d'en commenter l'actualité. Ma contribution à travers ma plume est donc une façon pour moi de poser le débat sur la vie publique nationale et surtout de répondre au monde. Oui, répondre au monde politique surtout pour porter la voix des sans-voix. En le faisant, je crois m'acquitter quelque part de ce devoir citoyen pour ma nation. C'est pour ainsi donner ma version de la politique telle qu'elle est vécue au Sénégal, ses échecs comme ses succès, mais aussi pour offrir mon regard sur l'idéologie gestionnaire de l'Etat que j'ai décidé d'écrire ce livre. Nous vivons en effet dans un monde où institutions sont le meurtre et la torture. Un monde 1'Homme est l'ennemi de 1'Homme comme dirait chanteur. Certes, la liberté offre à chacun la possibilité faire ce qu'il veut. Mais notre société aujourd'hui 13 les où un de a

tendance à croire que l'on vit dans un monde beaucoup plus "permissiste", un monde où chacun se croit tout permis. On pille les ressources publiques. On vit sur le dos des pauvres citoyens. On crée des guerres civiles pour des raisons de clan ou d'intérêt personnel. On fait n'importe quoi à l'endroit du plus faible. Et on trouve tout cela logique. Est-ce cela la civilisation des temps modernes? Est-ce cela la liberté? Peut-on appeler ce dérapage moral, la démocratie? Le progrès social viendra t-il de cette jalousie humaine où chacun ne pense qu'à lui seul et jamais à la collectivité? Non, le monde civilisé qui puisse connaître un réel progrès social doit être celui où le critère de moralité, le souci de justice sociale, le respect des droits fondamentaux de la vie et de la condition humaines ne seront plus de simples slogans mais une réalité. Pour nous les Sénégalais, notre responsabilité est donc lourde. Car il ne faudrait pas que nos ancêtres qui ont payé au prix de leur sang, la liberté et la paix sociale de ce pays, mais aussi nos descendants à qui nous devons un jour léguer de plein devoir un héritage d'espérance pour leur avenir et celui de la nation, nous accusent d'avoir bradé les valeurs de ce pays. Et nous sommes persuadés que nous pouvons préserver nos valeurs fondamentales: il suffit de contrer le séisme éthique qui crée un désastre moral sans précédent au sein de notre espace politique et qui, malheureusement, contamine davantage la société car au vu des réalités sur les deux élections précédentes (présidentielles de février 2007 et législatives de juin 2007), l'électeur lambda semble réduit davantage à la simple valeur d'échange. On "troque" les bulletins de vote contre quelques billets de banque ou même parfois contre un mensonge, on joue sur la sensibilité des uns et sur la faiblesse des autres pour imposer son image messianique, bref, autant de maux qui mettent à terre notre pays de la "Teranga". « Mais qu'on se le dise, nous ne pouvons pas continuer à enseigner aux enfants de ce pays que la fin justifie toujours les moyens, 14

que tous les politiciens sont des menteurs et des roublards, quand ils n y ajoutent pas la bouffonnerie. C'est inadmissible, quelle que soit la raison que l'on puisse évoquer »1. Le défi est donc qu'une grande part du travail éthique, civique, déontologique doit d'abord être faite en urgence dans le paysage politique afin de civiliser et de moraliser l'activité politique aujourd'hui complètement aberrante. Ainsi, si l'acteur politique devient un modèle et donc un exemple à suivre, nous sommes convaincus que notre société se portera mieux et ensemble, nous retrouverons sans aucun doute le vrai chemin du progrès. Nous ne prétendons pas développer ici tous les éléments de la problématique posée dans cet ouvrage. Nous essayons simplement de nous concentrer sur certains thèmes, voire sur quelques caractéristiques spécifiques de ces éléments qui nous paraissent fondamentaux. L'idéal est simplement de proposer ici des alternatives politiquement adaptées et économiquement réalisables face aux multiples défis à relever par le peuple et par l'ensemble de la classe politique.

1 Diop Souleymane

Jules, chronique du jeudi 2 août 2007. 15

« Nous croyons qu'il y a un honneur de la politique. Nous croyons non moins fermement qu'il y a une politique de I'honneur et que cette politique vaut politiquement mieux que l'autre ».
Georges Bernanos

«La caractéristique d'un peuple démocratique suppose qu'ils n'aient pas encore pour leur part, désespéré entièrement de la politique ». Rawls

« On doit distinguer deux concepts totalement hétérogènes du meilleur Etat ou de "l'Etat idéal"... Celui qui, dans son idée, est le meilleur, sans égard pour son caractère irréalisable...; et le meilleur Etat possible, sous les conditions réelles dans lesquelles sont prises en compte les limites de la nature et les imperfections des humains - qui ne sont pas des anges mais pas non plus des démons. De l'un et de l'autre, on peut projeter des modèles imaginaires... précisément des utopies, les unes radieuses, les autres nuancées allant peut-être jusqu'à la nostalgie, comportant l'ingrédient de ce qui est imparfait chez l'Homme et dans la nature. « Les pensées cohabitent facilement, mais les choses se heurtent durement dans l'espace »... Cette espèce d'utopie réaliste, comme réflexion fondamentale sur ce qui peut être visé politiquement et ce qui est possible, n'est pas oiseuse comme l'est l'autre (l'utopie au sens littéral) et elle peut même être un modèle dans les labyrinthes de la praxis politique ».
Le principe HANS Jonas (1979) de Responsabilité

Introduction
«Notre culture nous dicte de gagner: sur les champs de bataille ainsi que dans la concurrence économique ou scientifique, forcenée... Parvenus aujourd'hui aux limites extrêmes des performances de la violence martiale et de l'économie, sommes-nous si sûrs, désormais, qu'il faille vraiment toujours gagner, y compris dans les domaines de l'esprit? » Michel Serres
Académie française, janvier 1991

Ce livre n'a pas pour objet de contester les mérites du président Abdoulaye Wade ou d'une certaine classe politique. Nous ne saurions non plus nous livrer ici à l'exercice de juger notre société. Seulement, il faut admettre que lorsqu'un dirigeant et une classe politique tentent de faire de leurs idées l'absolu auquel tout le peuple doit adhérer; et de faire de leurs actions politiques une référence exclusive en subordonnant tout à leur réussite, hélas, une chose non moins fondamentale échappe à ces leaders-là: la démocratie participative. Cette forme d'exercice du pouvoir peut bien s'appeler "dictature" car dans un tel scénario, l'attitude du pouvoir sacrifie une partie de son peuple lorsqu'il refuse de reconnaître la part de vérité qu'il peut y avoir chez d'autres citoyens, politiques ou non. Voilà en réalité le vrai fond du débat qui doit être relancé au Sénégal si nous voulons faire de l'avenir - surtout politique - de ce pays, une grande espérance. Depuis l'arrivée de Me Wade au pouvoir, la pensée unique et le fixisme se sont érigés en règle. L'opposition est qualifiée de molle, d'incompétente, de tocarde. Tout citoyen qui ne "hume pas comme un agréable parfum, la pensée de Wade" ou qui porte un regard critique sur son action, est à court d'idées. On se retrouve du coup dans un engrenage social de cauchemar 19

où l'Etat tente d'imposer au peuple, la théologie d'autosatisfaction. En effet, dans le rapport publié par l'APS (agence de presse sénégalaise) et le quotidien Le Soleil, les deux médias d'Etat au niveau de la presse écrite, on pouvait lire: « la consommation annuelle totale des Sénégalais, estimée à travers les dépenses, s'élève à 3 021 milliards F CFA, dont 43,2% par les Dakarois, 18,7 % par les citadins des autres villes et 38,1 % par les ruraux. Ce qui correspond à une dépense annuelle de 2 330271 F CFA par ménage et de 249 008 F CFA par personne. Quant aux Dakarois qui représentent un peu moins du quart de la population totale, ils consomment nettement plus que les ruraux qui font près de 60 %. Si l'on en juge par l'évolution des indicateurs, globalement, le niveau des ménages sénégalais s'est amélioré au cours des cinq dernières années et la proportion de ménages qui se sentent pauvres, a baissé, passant de 65,7 % en 2001-2002 à 52,2 % en 2005-2006. (..) »2. Nous ne contestons pas ces chiffres car un chiffre en soi ne signifie rien surtout lorsqu'il ne reflète pas de manière exacte, la réalité des faits. Mais nous voudrions tout simplement savoir, sur quelles bases, on a procédé à l'évaluation de ce niveau de vie des Sénégalais, dans la mesure où l'on sait qu'en fonction des flagrantes disparités entre les différentes couches sociales qui composent le Sénégal, le pays n'a vraisemblablement pas les moyens de tenir des statistiques nationales suffisamment détaillées et fiables. Au Sénégal, il n'existe quasiment pas de classe moyenne. Il n'y a que deux extrémités: des gens aisés pour ne pas dire riches mais qui représentent une toute petite proportion de la population totale, puis le reste composé de petits fonctionnaires, de travailleurs divers, de chômeurs et de

2 Enquête publiée par le quotidien Le Soleil du vendredi 21 septembre 2007. 20

personnes inactives3 qui peinent à atteindre le seuil d'un dollar par jour. De plus, l'on sait que dans ce cas précis, il est indispensable de tenir compte de certains agrégats relevant d'activités non marchandes comme l'autoconsommation et l'accès possible à des services publics. Faire croire à l'opinion internationale qu'en moyenne, un ménage sénégalais dépense 2 330 271 FCFA soit 249 008 FCFA par personne et par an est complètement absurde. Pire, c'est même une insulte à l'endroit de ces millions de pauvres citoyens qui n'ont d'autres soucis que de trouver chaque jour de quoi donner à manger à leurs familles. En outre, au début de l'été 2007, un rapport avait été publié par la Banque Mondiale et ledit rapport classait Dakar parmi les 50 villes les plus chères dans le monde. En conséquence, le coût de vie trop peu élevé dans la capitale, peut fortement influer sur la méthode d'évaluation du seuil de pauvreté absolue dans la mesure où le marché immobilier et le coût d'accès au logement locatif ont une forte influence sur le niveau de vie des ménages. Et dans tous les cas, quoique l'on dise, le panier de la ménagère sénégalaise doit largement son amélioration grâce aux soutiens qu'apportent les expatriés à leurs familles. La plupart des meilleures constructions réalisées dans la capitale et dans les autres grandes villes du pays sont également l' œuvre de la diaspora. Et cela n'est pas une réussite exclusive du pouvoir! «Les transferts financiers venus de la diaspora sénégalaise (les émigrés sénégalais établis en Europe et aux USA) représentent quasiment une rente non négligeable. On estime en 2006, que le flux financier généré par l'émigration sénégalaise est au moins égal au volume
3 Nous utilisons ce terme pour désigner les personnes sans emplois qui n'ont jamais fait d'études et qui n'ont aucune qualification professionnelle.

21

d'aides de la coopération internationale (soit 37 dollars par habitant et par an)>>4. cet effet, même si le ministre A de l'Economie et des Finances Abdoulaye Diop se satisfait du niveau de vie des Sénégalais, estimant que celui-ci a connu une nette amélioration de plus de 13% par rapport à la période 2001/2002 (propos d'ailleurs peu convaincants), nous disons toutefois que la performance d'un Etat ne s'évalue pas par des chiffres mais par la capacité du pouvoir à faire respecter les droits fondamentaux de toute la population. Cette performance-là n'est pas seulement une forme de régime et encore moins un système de gouvernance taillé sur mesure. Non, elle est plutôt une réalité vivante. De plus, lorsque la démocratie est de surcroît étouffée dans un pays, les institutions qui l'incarnent ne peuvent qu'être "une boîte vide sans contenu". Et c'est malheureusement cela le cas du Sénégal d'aujourd'hui «où les gens vivent de plus en plus mieux» selon le ministre de l'Economie et des Finances. Mais qu'on se le dise, ce ne sera pas par la manipulation des chiffres que le pays sortira du gouffre dans lequel il plonge tout doucement. Et d'ailleurs à quoi bon publier des résultats que la réalité dément? Le sens de ce livre est donc de stimuler le dialogue sur toutes les questions et les attitudes qui concernent la vie publique pour que chaque citoyen, en ce qui le concerne, s'interroge davantage sur ses responsabilités, sur son rôle à jouer dans la société et sur tout ce qu'il pourrait apporter de positif dans la construction de l'édifice national. A chacun donc de diagnostiquer les valeurs qu'il doit porter en tant que citoyen patriote. On ne peut pas imaginer dans ce Sénégal du vingt-etunième siècle, qu'il existe encore une rationalité commune à tous, par-delà les clivages individuels et culturels; ce que
4 Source: Banque Mondiale, rapport 2006. 22

tente de nous imposer aujourd'hui le pouvoir en place. Ce qui se passe, c'est que le président Wade cherche à poser les bases d'une autre citoyenneté sénégalaise qu'il incarne à sa façon et ce, en définissant la logique idéale des rapports entre, d'une part, son gouvernement et lui le "chef des chefs", - lequel gouvernement est appelé à lui obéir, à accepter toutes ses idées et à apprécier toutes ses initiatives, bref un gouvernement appelé à lui être fidèle sur toute la ligne -, et d'autre part, le peuple et le gouvernement, - lequel peuple doit toujours reconnaître l'efficacité du pouvoir même quand il souffre. Et donc, en personnalisant l'Etat, le président Wade fixe les règles de fonctionnement et oublie ou alors, ignore que le sentiment de dignité et d'appartenance à une société dans laquelle chaque citoyen tient sa place ne se décrète pas. Mais enfin, le vrai fondement de la démocratie n'est-il pas d'instaurer un débat sur ce qui serait politiquement juste? L'exigence pour nous, c'est donc de sortir de cette fameuse rhétorique "wadiste" par sa référence à l'idée "qu'il n'ait pas d'égal au Sénégal et que son régime soit le meilleur que le pays n'ait jamais connu" car, cette forme de fixisme peut bien faire "le lit du n'importe quoi" et nourrir un désarroi. S'il ne l'a déjà pas fait! Ce que le président Abdoulaye Wade doit surtout comprendre, c'est qu'il n'aura rien à se glorifier à la fin de sa présidence s'il ne réussit pas à renforcer les acquis démocratiques et institutionnels construits durant quarante années par ses prédécesseurs Senghor et Diouf. Il n'aura rien à gagner dans la mesure où le peuple et les générations futures ne le jugeront pas sur ses grands chantiers et sa capacité distinctive de les réaliser en un temps record par rapport aux quarante années de gestion par les socialistes Senghor et Abdou Diouf. On ne le jugera pas également sur tous les prix honorifiques qui lui sont décernés car ces prix-là n'ont absolument aucun impact ni sur la vie 23