Sociostratégie de la Chine : dragon, panda ou qilin ?

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Ce livre procède à une "déconstruction" de la stratégie chinoise, aujourd'hui indissociable de la géopolitique américaine. Hybride et souple, la stratégie de l'Empire du Milieu va au-delà du militaire, intégrant des éléments économiques, financiers, culturels et diplomatiques. C'est pourquoi au concept de culture stratégique il faut substituer le concept de sociostratégie.
Publié le : dimanche 1 février 2009
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EAN13 : 9782296217362
Nombre de pages : 153
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Sociostratégie de la Chine: dragon, panda ou qilin ?

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fT harmattan I @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07559-7 BAN: 9782296075597

Stephen Duso-Bauduin

Sociostratégie de la Chine: dragon, panda ou qilin ?

L'Harmattan

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Points sur J'Asie dirigée par Philippe

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INTRODUCTION QU'EST-CE QU'UNE CULTURE STRATEGIQUE?

Dans les affaires de défense et de sécurité, les choix stratégiques, opérationnels ou tactiques (la distinction entre les trois niveaux devient d'ailleurs de plus en plus délicate) sont intimement liés à la culture dans laquelle ils naissent, la culture du pays, la culture des individus décideurs et la «culture stratégique ». Que signifie vraiment ce terme et à quelles écoles de pensée s'oppose-t-on lorsque l'on parle de culture stratégique? Le général Vincent Desportes, dans une conférence du 13janvier 2005 intitulée « La doctrine militaire américaine» définissait la culture stratégique de la manière suivante: « C'est un ensemble de valeurs et d'habitudes qui gouverne l'emploi de la force et trouve ses racines dans la géographie, l'histoire ou la culture politique ». Une telle définition nous semble insuffisante, il est indispensable d'y rajouter les deux piliers les plus importants de tout l'édifice d'une culture stratégique aujourd'hui, la Finance et la Société. La Finance va en effet être désormais l'arme principale et dans le cas de la Chine, comme dans celui des Etats-Unis, c'est là l'élément le plus important de leur culture stratégique, les éléments financiers déterminant le choix d'une guerre ou d'autres doctrines et emplois de la force. La finance, ce n'est pas que de l'argent, c'est un mode structurant la pensée, particulièrement pour les Chinois et les Américains. Ceci est particulièrement net à l'heure des Fonds Souverains et en pleine crise économique où le sort des grandes banques et le cours des monnaies ou des matières premières compte encore plus que les divisions de chars ou les avions de chasse et porte-avions. De même, la Société (l'évolution de la place de la femme dans le monde du travail, l'émergence d'une classe moyenne ou sa disparition, l'organisation du système universitaire et son changement, etc.), notion différente de la Culture, détermine les choix

militaires et stratégiques bien plus que la simple géographie d'un pays et son histoire! Nous reprendrons certains éléments propres au Constructivisme tout en allant beaucoup plus loin. Si nous parlons de Sociostratégie plutôt que de simple stratégie, c'est pour bien souligner, qu'aujourd'hui, surtout dans le cas de la Chine, la stratégie est une stratégie qui utilise tous les éléments de la société (comme instruments) mais aussi est produite par la société! Si nous venons ici d'éclairer le choix de créer le concept de « sociostratégie », il reste à expliquer pourquoi trois animaux figurent dans notre titre. Nous évoquons le Dragon, le Panda et le Qilin. Notre bestiaire pour symboliser les figures politicostratégiques possibles de la Chine a été inspiré par la démarche de Jacques Derrida dans son Séminaire de 2001-2002 où il liait l'animal et le politique. Derrida évoquant dans ce Séminaire La Bête et le Souverain, la figure du loup et celle de la colombe écrivait: «Ce que le pas de colombe et le pas de loup ont en commun, c'est qu'on ne les entend guère, ces deux pas. Mais l'un annonce la guerre, le chef de guerre, le souverain qui commande la guerre, l'autre commande silencieusement la paix. Ce sont deux figures majeures de la grande zoo-politique qui nous préoccupe ici, qui ne cessera et ne cesse déjà de nous occuper d'avance. Ces deux figures préoccupent notre espace. On ne peut imaginer animaux plus différents, sinon antagonistes, que la colombe et le loup, l'une allégorisant plutôt la paix, depuis l'arche de Noé qui assure pour l'avenir le salut de l'humanité et de ses animaux, l'autre, le loup, tout autant que le faucon, allégorisant la chasse et la guerre, la proie, la prédation.! » Notre analyse de la stratégie chinoise va donc être une sorte de «zoo-politique» au sens de Derrida, essayant de déconstruire les images et les réalités de la stratégie chinoise ainsi que les discours qui l'analysent. Pour commencer le travail de déconstruction, il faut bien connaître le paysage des théories des relations internationales. Il y a trois piliers, trois grandes traditions d'analyse. La tradition de la pensée des relations internationales et des questions de défense et de sécurité qui se dénomme «constructivisme» aux Etats-Unis, s'oppose aux deux autres écoles
1 Jacques Derrida, Séminaire, La Bête et le Souverain, vol. I (2001-2002), Paris, Galilée, 2008, 467 p. citation page 23. 8

classiques, le Réalisme et l'Idéalisme. Voyons donc ce paysage avant d'entrer dans la matière même de la stratégie chinoise.
Réalisme et Néo-Réalisme

Le Réalisme était le paradigme fondateur des relations internationales. Il part du postulat essentiel selon lequel le monde est dans un état d'anarchie. Pour l'école réaliste, les relations internationales se dessinent dans un état de guerre permanente, de lutte de tous contre tous, de type hobbesien, selon l'axiome connu du Léviathan «homo homini lupus est ». Il y a selon Hobbes une pulsion naturelle de l'homme qui lui fait désirer d'acquérir toujours plus de pouvoir. Cette tendance se retrouve au niveau étatique, Hobbes utilisant l'image de gladiateurs. Le texte de Hobbes mérite d'être cité intégralement car il analyse la nature et les causes de la guerre avec une intelligence foudroyante: «Nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de discorde: tout d'abord, la Compétition; en second lieu, la Défiance; et, en troisième lieu, la Gloire. La première pousse les hommes à s'attaquer en vue du Gain, la seconde en vue de la Sécurité, et la troisième en vue de la Réputation. La Compétition fait employer la Violence pour se rendre maître de la personne des autres (...), la Défiance la fait employer pour se défendre; la Gloire pour des riens (...). Il est donc ainsi manifeste que, tant que les hommes vivent sans une Puissance commune qui les maintienne tous en crainte, ils sont dans cette condition que l'on appelle Guerre, et qui est la guerre de chacun contre chacun. La GUERRE ne consiste pas seulement en effet dans la Bataille ou dans le fait d'en venir aux mains, mais elle existe tout le temps que la volonté de se battre est suffisamment avérée; la notion de Temps est donc à considérer dans la nature de la Guerre (...). De même que la nature du mauvais temps ne réside pas seulement dans une ou deux averses, mais dans une tendance à la pluie pendant plusieurs jours consécutifs, de même la nature de la Guerre ne consiste pas seulement dans le fait actuel de se battre, mais dans une disposition reconnue à se battre pendant tout le temps qu'il n'y a pas assurance du contraire.2 »
2 Thomas Hobbes, Léviathan, 1651, I, chap. XIIl, trad. Anthony, Librairie générale de Droit, 1921, pp. 203-204. 9

Les ombres de la compétition, de la défiance ou de la soif de gloire planent-t-elles sur la stratégie chinoise? Si cela est le cas, s'achemine-t-on inexorablement vers un affrontement armé? L'explication que donnent les réalistes de cette situation conflictuelle ne tient pas seulement à l'image qu'ils se font de la nature humaine; elle convoque également le fonctionnement structurel de la vie internationale. Le chaos de la scène internationale est lié, selon eux, à l'absence d'une autorité supérieure qui serait capable d'empêcher le recours à la violence armée des acteurs internationaux. Dans une optique néo-réaliste, l'ONU n'assure pas un tel rôle. Le deuxième point clé de la pensée réaliste est la domination du modèle étatique. Les acteurs principaux des relations internationales sont les Etats-nations avec leur souveraineté, leur territoire, leur population et leurs conflits d'intérêts. Ce système est marqué par l'histoire du Traité de Westphalie, sujet de prédilection d'un des pères de l'école réaliste, Henry Kissinger. Dans cette pensée, les Etats se comportent comme des acteurs rationnels et unifiés dont le seul but est de maximiser leur utilité, c'est-à-dire de faire triompher l'intérêt national contre les autres. Dans ce grand jeu d'échecs - c'est la métaphore employée par Zbigniew Brzezinskice qui compte est l'équilibre des puissances. Seule cette régulation, cette balance entre Etats, ce choix de l'un contre l'autre pour faire contre-poids, permet de parvenir à une certaine stabilité ou à un ordre temporaire, fût-il fragile. Dans ce cadre de pensée politique et stratégique, la guerre est un instrument privilégié de la puissance et elle est légitime pour faire triompher les intérêts de l'Etat, quel que soit le prix de la victoire. Les organisations multinationales et plus encore les organisations non-gouvernementales et autres entités non-étatiques n'ont pas la même autorité. Ce sont les Etats qui déterminent la légitimité d'une action et les autres acteurs ne sont pas autonomes, ils dépendent à des degrés divers des Etats. Les schémas réalistes font de la politique étrangère la reine et ils ne tiennent pas vraiment compte des opinions publiques, si ce n'est pour les influencer afin de parvenir à leurs fins. La réaction d'Henry Kissinger aux événements de la Place Tiananmen en 1989 est par antonomase la réaction réaliste. Enfin, conformément aux éléments que nous venons d'évoquer, le droit international et les institutions de coopération ne constituent point un élément «sacré», une panacée. Pour les 10

réalistes, tout va dépendre de la confonnité ou non de ce droit et de ces institutions aux intérêts ponctuels de l'Etat le plus puissant dans le rapport de forces. On peut trouver certains éléments qui ont inspiré l'école réaliste chez Thucydide (dans le dialogue mélien de « La Guerre du Péloponnèse»), chez Machiavel (Le Prince), chez Hobbes ou chez Clausewitz mais aussi chez Joseph de Maistre qui écrivait « L'histoire prouve malheureusement que la guerre est l'état habituel du genre humain dans un certain sens; c'est-à-dire que le sang humain doit couler sans interruption sur le globe, ici ou là, et que la paix, pour chaque nation, n'est qu'un répie ». Panni les contemporains qui les avaient marqués dans leur conviction que les relations internationales sont toujours une tension entre politiques de puissance, on cite aussi parfois le théologien protestant américain Reinhold Niebuhr ou la philosophie politique et juridique de Carl Schmitt. Dans l'ensemble des figures fondatrices du réalisme, on dénombre George Kennan, concepteur du «containment» (doctrine américaine d'endiguement des communistes pendant la guerre froide) et surtout Hans Morgenthau, auteur de Politics Among Nations. The struggle for Power and Peace en 1948 et de In Defense of the National Interest en 1951. Outre Morgenthau et Kissinger, citons également Kenneth Waltz, auteur de la Theory of International Politics, et en France, le sociologue Raymond Aron avec ses commentaires de Clausewitz ainsi que son ouvrage majeur Paix et Guerre entre les Nations, même si la riche pensée d'Aron n'est pas réductible à l'école Réaliste4. A partir des années quatre-vingt, on a vu surgir des néoréalistes, théoriciens qui, comme les réalistes classiques, croyaient au jeu et équilibres de puissances, au risque du conflit pennanent
3 Joseph de Maistre, Considérations sur la France, chap. III « De la destruction violente de l'espèce humaine », in Ecrits sur la Révolution, Paris, Quadrige, PUF, 1989. 4 Sur ce point, voir « Raymond Aron, penseur des relations internationales. Un penseur "à la française" » ? article de Bertrand Badie paru en novembre 2005, au Centre Français de Recherche en Sciences Sociales, dans lequel il écrit sur Aron: « cette interdisciplinarité rend dès lors sa vision beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît et tranche très fortement avec la théorie réaliste à laquelIe on l'assimile trop facilement. Il s'inscrit en outre dans une filiation qui mène de Hobbes à Weber, donc résolument européenne, mais qui n'aboutit vraiment ni à Morgenthau, ni à Kenneth Waltz auxquels il s'est opposé plus qu'on ne le dit. ». 11

(soit inhérent à la nature humaine soit à la structure du système international), mais qui insistaient aussi sur les dimensions économiques ou idéologiques de la puissance. On pourrait mentionner à cet endroit Robert Keohane et Joseph S. Nye jr., ce dernier ayant élaboré le concept central de « soft power» (séduction d'un Etat par sa culture et d'autres moyens que la puissance militaire brute) dont nous verrons la pertinence à l'égard des stratégies chinoises et américaines. Entre les différentes nuances de réalistes, la question qui se pose est celle de l'architecture optimale du système mondial pour maintenir un ordre précaire. Certains, comme Charles Kindleberger et Robert Keohane, pensent que la meilleure garantie d'équilibre et de stabilité temporaire réside dans la « stabilité hégémonique » et l'unipolarité, car il faut une puissance dominante qui s'impose aux autres pour la paix. Kennèth Waltz et d'autres semblent penser qu'une multiplicité d'acteurs dans le système international augmente le degré d'incertitude et d'erreurs de jugement menant aux guerres, par conséquent, ils préfèrent une bipolarité. Mais d'autres réalistes comme J. David Singer et Karl Deutsch suggèrent au contraire que l'incertitude liée à la multiplicité des acteurs incite ceux-ci à la prudence et soutiennent donc la multipolarité. Si réalisme signifie conscience des rapports de force, cela ne veut donc pas nécessairement dire choix de l'unilatéralisme ou unipolarité. L'école réaliste pose les bonnes questions et a le mérite d'être au plus proche de la réalité des relations internationales mais ses concepts (comme celui d'intérêt national ou de puissance) sont parfois trop vagues et surtout ils sous-estiment l'importance des sociétés, de la culture stratégique d'un pays (puisque dans leur logique, tous les Etats sont des acteurs rationnels qui agissent et pensent de la même façon pour atteindre leurs objectifs stratégiques) et de la politique intérieure par rapport à la politique extérieure. Pour le modèle Réaliste, la Chine apparaît sous les traits du Dragon et dans la zoo-politique, elle fait toujours l'objet de méfiance, mélange de fascination et de répulsion. Elle est perçue comme une puissance Impériale (animal symbolique de l'Empereur), toujours prête à conquérir et à étendre son emprise, sans partage.

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L'école Idéaliste ou Internationalisme

Libéral

L'école Idéaliste (ou internationalisme libéral) met au contraire l'accent sur les institutions internationales et les mécanismes de contrôle qu'elles permettent. Cet Idéalisme ou « libéralisme républicain », marqué par Kant, considère que la paix internationale dépend de la diffusion de la démocratie et, dans le sillage du Montesquieu de l'Esprit des Lois, cette école de pensée affirmerait volontiers que: «l'effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Elle ne tient pas plus compte que l'école Réaliste du rôle des cultures dans les décisions stratégiques. Dans le courant de l'école Idéaliste, la Chine apparaît sous les traits d'un Panda, animal blanc et noir (qui a ses dualités), mais qui est en fin de compte profondément pacifique et positif dans l'équilibre de la nature, dans l'écosystème. Importance des données anthropologiques, tout sociologiques et économico-tinancières historiques et sur-

On ne peut en réalité construire de doctrine militaire d'emploi de la force ou de stratégie que si l'on comprend le rapport particulier que chaque groupe entretient conceptuellement et pratiquement avec le conflit, la violence, la vie et la mort. Ce sont là autant de données anthropologiques, comme le rapport à l'Autre, à la religion (Alain Joxe parlait par exemple de «théostratégie» à propos des EtatsUnis), au temps et à l'espace (où anthropologie et géographie se nouent), à l'information et au calcul, ainsi que des données historiques (expérience passée réelle ou mythifiée et reconstruite, voire instrumentalisée). Mais surtout, nous monterons que le facteur prédominant est devenu aujourd'hui d'ordre sociologique, c'est-àdire que les axiologies, l'habitus, le degré de reproduction dans une société et l'évolution de cette société (par exemple la place de la femme dans une société et dans ses forces armées, ainsi que Tsahal l'illustre bien) déterminent lourdement la construction ou non d'une stratégie et d'une doctrine d'emploi des forces. La prédominance des facteurs sociologiques (au sens large du terme) dans l'analyse stratégique nous permet de dépasser les modèles du Dragon et du Panda car la Chine ne correspond ni vraiment à l'un ni à l'autre. Tout notre ouvrage nous conduira à découvrir la diversité dans l'unité, modèle que nous symbolisons 13

par le mythique Qilin. Cet animal mythique chinois est un mélange de cerf, de bœuf, de girafe ou cheval, de lion, de poisson... Il possède des attributs de tous ces animaux variés et mêle le mâle et la femelle, il est symbole d'harmonie et de paix. On raconte qu'un Qilin serait apparu à la mère de Confucius et dans la tradition Confucéenne, on le surnomme« Bête Bienveillante» (rén shou) du nom de la principale vertu confucéenne, celle qui fait un homme. D'ailleurs c'est l'animal qui domine sur les animaux qui marchent (donc il est intimement lié au destin de l'humanité) et si paisible soit-il, il peut cracher des flammes comme le Dragon et rugir comme le tonnerre, assourdissant ses ennemis. On ne peut en tout cas faire un portrait-robot de la stratégie chinoise qu'en comparant rigoureusement cet étrange animal à ses concurrents zoopolitiques, en particulier à l'Aigle américain.

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CHAPITRE I COMMENT CERNER LA DOCTRINE CHINOISE ACTUELLE? POURQUOI LE POINT/CONTREPOINT ETATS-UNIS /CHINE ?

Penser la doctrine et la stratégie chinoises actuelles exige de passer par leur histoire et par des données anthropologiques et sociologiques mais plus encore, cela exige de les mettre en regard de la pensée militaire américaine. Pourquoi une dissociation des deux ensembles est-elle impossible? Ce n'est pas que la stratégie chinoise actuelle soit une copie de la stratégie américaine, loin de là, mais il s'agit plutôt, depuis la réforme et l'ouverture de Deng Xiaoping, d'un processus permanent de dialogue et de dialectique entre les deux géants que sont la Chine et les Etats-Unis. Ils se façonnent mutuellement par leurs actions, leurs réactions et leurs représentations stratégiques. Ainsi, comprendre la pensée stratégique chinoise actuelle demande comme prolégomène indispensable que l'on resitue celle-ci dans le contexte de la diabolisation qui est faite par certains acteurs politico-militaires américains de l'Empire du Milieu. Quelle est donc cette image négative de la Chine aux Etats-Unis et sur quoi repose-t-elle ? Pourquoi trouve-t-on comme représentation stratégique dominante aux Etats-Unis l'image d'une Chine menace stratégique ou au mieux d'un « peer competitor» caractérisé par son « inquiétante étrangeté » ? Les représentations stratégiques de la Chine aux Etats-Unis sont en partie fondées, cependant, elles sont souvent très politisées et elles sont toujours hyperboliques au point de relever de la paranoïa telle que la définit Freud, et qui consiste, selon lui, « à exagérer à l'excès l'importance d'une personne déterminée, à lui attribuer une puissance incroyablement illimitée, afin de pouvoir avec d'autant plus de droit et de raison lui attribuer la responsabilité de

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