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Soft power et diplomatie culturelle

De
114 pages
Marginalisé sur la scène internationale depuis les années 1970 et la montée en puissance de la République populaire de Chine au niveau mondial, Taiwan maintient néanmoins des relations avec l'extérieur en utilisant tous les ressorts de la diplomatie informelle. C'est en mettant à profit les avantages dont l'île dispose, notamment sa situation de carrefour culturel et de passerelle entre les mondes occidental et asiatique, chinois et aborigène, chinois et japonais, etc., que ce "soft power" s'exprime.
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Marianne Hagelstein
Ce volume est la synthèse du séminaire donné Soft Power
en novembre 2012 par le Doyen du Bureau de et diplomatie culturelle
l’éducation internationale de l’Université Fu Jen,
Monsieur Yang Tzu-pao sur la politique culturelle, Le cas de Taiwan
la diplomatie et les relations internationales, plus Soft Power spéci quement centré sur le cas de Taiwan. Exclu
de la scène internationale depuis les années 1970 et diplomatie culturelleet la montée en puissance de la République
Après des études de génie civil Populaire de Chine au niveau mondial, Taiwan
en France, le doyen
maintient néanmoins des relations avec l’extérieur
Yang Tzu-pao a exercé des Le cas de Taiwanen utilisant tous les ressorts de la diplomatie fonctions diplomatiques
informelle. La synthèse de ces conférences montre comme responsable
que c’est notamment en mettant à pro t les du Bureau de représentation
de Taipei à Paris. Il a ensuite été avantages dont l’île dispose, par exemple sa
brièvement ministre des A aires situation de carrefour culturel et de passerelle entre
étrangères, avant de devenir les mondes occidental et asiatique, chinois et
doyen du Bureau de l’éducation aborigène, chinois et japonais, que ce “soft power”
internationale s’exprime. Et, au-delà de ces registres culturels,
de l’Université Fu Jen.
Taiwan mobilise également ses ressources
économiques, sportives, touristiques, artistiques, Marianne Hagelstein, qui
académiques et scienti ques pour retrouver une a synthétisé et ampli é les
place au sein de la communauté internationale.exposés du Séminaire, est
étudiante en langues romanes
et germaniques et inscrite
dans le cadre de la mineure en
« Langue et Société Collection dirigée par le Professeur Paul Servais,
chinoises » à l’Université avec la collaboration de Guillaume Gillard.
catholique de Louvain.
Illustration de couverture : © Sean3810 - Thinkstock
Séminaire d’études taiwanaises
Working papers
N°4
ISBN : 978-2-8061-0165-5
17 €
www.editions-academia.be
Soft Power et diplomatie culturelle
Marianne Hagelstein


Soft Power
et diplomatie culturelle
Le cas de Taiwan





Dans la même collection :


3. Civilisation chinoise et minorités ethniques. L’émancipation des
aborigènes de Taiwan. Un modèle ?, 2012
2. Réflexions sur les droits de l’homme développées à partir de
Taiwan, 2011
1. Les relations entre Taiwan et l’Union européenne. Apports d’une
diplomatie non-conventionnelle, 2011
Marianne Hagelstein


Soft Power
et diplomatie culturelle
Le cas de Taiwan
Synthèse des conférences données
par le doyen Yang Tzu-pao
(Université catholique de Fu Jen)



Séminaire d’études taiwanaises. Working papers, 4



Louvain-la-Neuve 2014



Séminaire d’études taiwanaises. Working papers, 4
Direction de collection : Professeur Paul Servais, avec la collaboration de Guillaume Gillard



Ce volume est issu des conférences données à l’Université catholique
de Louvain de Louvain-la-Neuve en novembre 2012 par Monsieur
Yang Tzu-pao, Doyen du Bureau de l’éducation internationale de
l’Université Fu Jen à Taiwan. Leur publication a été rendue possible
grâce au soutien du ministère de l’Éducation de Taiwan. La synthèse
des conférences et leur amplification ont été effectuées par
Mademoiselle Marianne Hagelstein. La bibliographie finale a été compilée
par Monsieur Guillaume Gillard. La relecture et la mise en page du
volume ont été assurées par Madame Françoise Mirguet.







D/2014/4910/21 ISBN 978-2-8061-0165-5
© Academia-L’Harmattan s.a.
Grand-Place 29
B- 1348 Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé
que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants
droit.
www.editions-academia.be
1
Introduction
1Les pages qui suivent sont la synthèse du séminaire donné en
novembre 2012 par le Doyen du Bureau de l’éducation
internationale de l’Université Fu Jen, Monsieur Yang Tzu-pao ( 楊子葆) sur la
politique culturelle, la diplomatie et les relations internationales,
approchant le cas plus spécifique de Taiwan. La République de
Chine, exclue de la scène internationale depuis les années 1970 et la
montée en puissance de la République Populaire de Chine au niveau
mondial, maintient néanmoins des relations avec l’extérieur en
jouant avec les cordes de la diplomatie et en mettant à profit les
avantages dont elle dispose, et notamment son statut de carrefour culturel
entre les mondes occidental et asiatique, chinois et aborigène, sans
oublier la forte influence du Japon sur l’île. Cette synthèse fera donc
une mise au point sur les notions de diplomatie, de culture et de
diplomatie culturelle, avant de s’intéresser à Taiwan dans son
caractère multiculturel. La situation complexe de Taiwan au niveau
international, qui est encore actuellement une question polémique, sera
expliquée dans le point suivant, qui s’intéressera plus
particulièrement au destin de l’île après la Seconde Guerre et pendant la guerre
froide. Un certain nombre de figures ont par ailleurs été ajoutées
dans le but d’illustrer les concepts et notions expliquées par le Doyen
Yang dans ses conférences. Un certain nombre de cas en constituent
les dernières parties.

1 Cette synthèse s’appuie sur les rapports de Kourosh Afzalian, Aline Lahaye,
Mélodie Ruwet, Emilie Vandendunghen, Delphine Devaux, Jennifer Jockir et Aline
Gerard.
2
Mise au point conceptuelle
Il est, dans un premier temps, important de s’attarder sur le cadre
théorique entourant la notion de « diplomatie culturelle » qui sera
développée par la suite.
La diplomatie, ou l’art de mener des négociations entre des
représentants de groupes différents, renvoie dans bien des cas à ce qu’il serait
plus adéquat de nommer « diplomatie internationale ». Autrement
dit, la diplomatie est la branche de la politique concernant les
relations entre les États. Dès lors, le rôle du diplomate pourra être de
représenter les intérêts de son gouvernement à l’étranger,
d’administrer les affaires internationales ou de diriger et exécuter les
2négociations entre les différents États . Les notions de diplomatie et
de politique étrangère, quoique étroitement liées, ne renvoient en
réalité pas au même objet : la politique extérieure désigne
exclusivement les stratégies économiques, politiques et militaires mises en
place par un État. De ce fait, la diplomatie peut être considérée
comme un outil de la politique extérieure parmi d’autres. Ces outils
3de la politique étrangère se rangent, selon le professeur Joseph Nye ,
en deux catégories distinctes : le hard power et le soft power.
Nye, afin de définir la notion de hard power, utilise l’image du bâton
et de la carotte : là où la carotte est promesse de récompense, le
bâton est synonyme de sanction. Cette métaphore peut
correspondre aux relations qu’entretiennent certaines nations entre elles :
la carotte symbolise alors les avantages financiers, les alliances, et les

2 Petit Robert 2013.
3 Joseph NYE, Bound to Lead : The changing Nature of American Power, New York,
Basic books, 1991. 8 Marianne Hagelstein
protections militaires dont peuvent bénéficier les États impliqués et
le bâton représente l’usage de la menace d’une intervention militaire
ou de sanctions économiques, qui pénaliseraient forcément l’état
ciblé. Nye décrit ici la vision dure des relations internationales.
Par opposition, le soft power, ou puissance douce, est utilisé pour
décrire la capacité que possède un acteur politique d’influencer
indi4rectement le comportement d’un autre acteur . La diplomatie va
donc être utilisée comme outil d’influence. La diplomatie dite
5« d’influence », revêt, selon Nicolas Tenzer, président d’IDEFIE ,
quatre éléments essentiels : le but, la cible, la dimension temporelle
6et les acteurs de l’influence . Bien que le concept de puissance douce
n’ait été utilisé qu’en 1990 par Joseph Nye, ce genre de
comportement a déjà été adopté à de nombreuses reprises au cours de
el’Histoire. Ainsi, au 19 siècle, l’Empire Britannique, par la diffusion
de sa culture dans de très nombreux pays, s’est placé dans une
situation particulièrement avantageuse au niveau mondial et a pu exercer
son influence sur la scène internationale tout au long du siècle. Bien
eque l’action britannique au 19 siècle soit considérée comme
initiatrice de la politique de puissance douce, Joseph Nye remonte
ejusqu’au 6 siècle de notre ère, quand le général Sun Tzu, dans son
Art de la guerre, valorise les principes du Yin par rapport à ceux du
Yang, autrement dit, encourage le stratège à utiliser une méthode
indirecte afin d’influencer les esprits plutôt que d’avoir directement
7recours à la force .
Comme le dit le professeur François Chaubet, qui enseigne l’histoire
contemporaine à l’université de Nanterre Paris-Ouest, depuis la fin
de la guerre froide, dans un monde globalisé en proie au
changement, la diplomatie d’influence revêt une importance nouvelle. Il
semblerait en effet que la puissance symbolique d’une nation soit à

4 Conférence du 13 novembre 2012 du Doyen Yang sur : Le cadre analytique et les
théories relatives sur la diplomatie culturelle.
5 Initiative pour le développement de l’expertise française à l’international et en
Europe.
6 Nicolas TENZER, « La diplomatie d’influence sert-elle à quelque chose ? », dans
o Revue internationale et stratégique, 2013/1, n 89, pp. 77-82.
7 Joseph NYE, The powers to lead, New York, Oxford University Press, 2008. SOFT POWER ET DIPLOMATIE CULTURELLE. LE CAS DE TAIWAN 9
présent un facteur important dans le succès et l’influence de cette
même nation. Le principe du soft power s’appuie sur différents
éléments qui peuvent être « doux » au sens propre, comme la
réputation d’une nation, ou le charme véhiculé par sa culture ou ses idées,
mais certains éléments peuvent également être associés à la notion
de hard power, comme les performances économiques ou militaires
d’un État, ou bien sa place au sein des institutions internationales.
Cela souligne en outre le fait que les notions de soft power et de hard
power ne sont en réalité pas tout à fait antagonistes, comme on a
tendance à le croire et que, bien souvent, ces deux dimensions se
complètent.
La diplomatie est rendue possible par l’intervention du diplomate
dont on peut dire qu’il s’agit d’un officiel mandaté par un
gouvernement. Le rôle du diplomate est à la fois celui de messager et de guide
pour son camp : il est dès lors essentiel qu’il puisse connaître et
surtout comprendre l’autre entité impliquée dans la négociation. De ce
fait, « le diplomate est celui qui est capable de parler deux langues,
8au sens propre comme au figuré » . Si, au premier abord, on a
tendance à penser que la diplomatie s’inscrit dans le volet « doux » des
relations internationales, on s’aperçoit rapidement que cette image
peut s’avérer trompeuse, notamment à la lumière des différents types
de négociations existants. On distingue la négociation sur position de
la négociation raisonnée. La première consiste à faire plier son
adversaire par tous le moyens et aboutira le plus souvent à une
détérioration des relations. La diplomatie peut donc être au service d’une
politique « douce » ou « dure » en fonction de l’orientation prise
par les négociateurs. Il est intéressant de constater que cette
orientation sera bien souvent affectée par l’enjeu et le contexte des
négociations : si l’enjeu est important, les deux partis auront tendance à
maintenir leurs positions respectives. Au contraire, lorsque les
négociations concernent des sujets moins vifs, la négociation aura
tendance à être raisonnée. Les échanges culturels semblent répondre à
ces critères.

8 Expression utilisée par Antonin Baudry, professeur à la filière diplomatique de
l’École Normale Supérieure de Paris, dans son séminaire : Puissance de l’autre. À
quoi sert la diplomatie culturelle ? 10 Marianne Hagelstein
La diplomatie n’implique pas forcément la présence de diplomates :
elle peut effectivement mettre en jeu des éléments des sociétés civiles
des États dont il est question et, de là, déborder du cadre strictement
politique pour créer des relations plus profondes et durables. Dès
lors, même si l’État est effectivement l’instance qui prend la décision
de mener une diplomatie culturelle, celle-ci sera susceptible d’élargir
son champ d’action et de prendre une certaine indépendance
vis-àvis des gouvernements.
À ce point, il est nécessaire de revenir sur la définition de la culture,
qui est au cœur même de ce qu’on appelle échanges culturels. La
sociologie définit la culture comme ce qui est commun à un groupe
d’individu et qui joue un rôle unificateur pour ce groupe. Elle
englobe l’ensemble des productions matérielles et immatérielles
d’une société et touche donc à de très nombreux domaines tels celui
de l’art et des lettres, des modes de vies, des systèmes de valeurs, des
traditions et des croyances… La culture est également conçue
comme une réalité évoluant dans le temps et qui peut être acquise,
enseignée, partagée.
La culture se manifeste tout d’abord par l’intermédiaire de
symboles : des mots, des gestes, des images ou des objets portant une
signification particulière reconnue par ceux qui partagent une même
culture. La deuxième manifestation de la culture se retrouve en la
personne du héros, qui incarne une série de valeurs propres à la
culture dont il est issu. Par exemple, Ulysse, le héros de l’Odyssée de
Homère, se présente comme le modèle par excellence du stratège
grec. Les rituels, quant à eux, sont les activités collectives considérées
comme socialement indispensables. Enfin, il y a le noyau de la
culture, noyau formé par des valeurs collectives. Les valeurs
représentent des principes auxquels se conforme une collectivité car elle
considère ces principes comme étant des idéaux. Ces valeurs orientent
l’action des individus.
Edward T. Hall, un des piliers de ce qu’on appelle en communication
9l’école de Palo Alto , met en place dès les années 1960, les bases de la

9 Voir <http://fr.wikipedia.org/wiki/École_de_Palo_Alto>