Sport et politique en Méditerranée

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L'étude des relations entre sport et politique dans le bassin méditerranéen reste encore largement une terra incognita, peu étudiée par les chercheurs et les journalistes. Le sport moderne, sorti des universités et des formations militaires nationalistes, a changé de dimension à la fin du XXè siècle. il a changé de dimension en entrant dans le monde de l'argent: dopage, violence, mafia... Mais il reste aussi un puissant levier d'intégration entre les deux rives de la Méditerranée.
Publié le : samedi 1 janvier 2005
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EAN13 : 9782296382367
Nombre de pages : 244
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Sport et politique en Médi terranée

En couverture: Victor Louys, athlète grec, premier vainqueur du nlarathon en 1896.

Editions L'Hamattan, 2004 ISBN: 2-7475-7566-7

sous la direction de

Christophe Chiclet et Kolë Gjeloshaj

Sport et politique en Méditerranée

L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris - France

Les Cahiers de Confluences
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Les Cahiers de Confluences constituent le prolongement de la revue Confluences Méditerranée, revue trimestrielle, dont l'ambition est de contri buer à la réflexion sur les grandes questions politiques et culturelles concer nant le bassin méditerranéen.
Déjà parus dans cette collection: - Méditerranée, l'impossible mur, de Bernard Ravenel (1995) - Algérie, les islamistes à l'assaut du pouvoir, d'Amine Touati (1995) - Israéliens-Palestiniens, la longue marche vers la paix, de Doris Bensimon (1995) - Les cultures du Maghreb, sous la direction de Maria-Angels Roque (1996) - Le partenariat euro-méditerranéen après la Conférence de Barcelone, de Bichara Khader (1997) - Regarde, voici Tanger, de Boubkeur EI-Kouche (1997) - Jérusalem, Ville ouverte, sous la direction de Régine Dhoquois-Cohen, Shlomo Elbaz et Georges Hintlian - La République de Macédoine, nouvelle venue dans le concert européen, sous la direction de Christophe Chiclet et Bernard Lory (1998) - L'Europeet laMéditerranée,stratégiespolitiqueset culturelles(XIXe et XXe siècles),sous la direction de Gilbert Meynier (1999) - Kosovo: le pIège, sous la direction de Christophe Chic let et Bernard Ravenel (2000) - Méditerranée, défis et enjeux, de Paul Balta (2000) - Palestiniens et Israéliens, le moment de vérité, sous la direction de Jean-Paul Chagnolaud, Régine Dhoquois-Cohen et Bernard Ravenel (2000) - La Tunisie de Ben Ali, sous la direction d'Olfa Lamloum et de Bernard Ravenel (2002) - Chronique d'un pacifiste israélien pendant l'Intifada (octobre 2000 - septembre 2002), d'Uri Avnery (2002)

(2003)

- Les langues de la Méditerranée, sous la direction de Robert Bistolfi (2003) - Irak, le Moyen-Orient sous le choc, sous la direction de Jean-Christop he

Ploquin

A la mémoire de Tsaki Kokolo

Avant-propos
Les li1t1ites du sport
Christophe Chiclet, Kolë Gjeloshaj En août 2004, les Jeux olympiques sont revenus dans leur berceau, antique comme moderne. Pour un petit pays, même riche, c'était un énorme défi qui fut finalement relevé. Mais à quel prix? Ces Olympiades, comme certainement les prochaines à Pékin, montrent les limites des manifestations sportives à tous les niveaux. L'étude des relations entre sport et politique dans le bassin méditerranéen reste encore largement une terra incognita, peu étudiée par les chercheurs et les journalistes. Dans cet ouvrage collectif, nous avons donc tenté, modestement, de pallier ce manque. A la fin du XIXème siècle et au début du XXème, les premiers balbutiements du sport moderne, outre l'idéaliste Pierre de Coubertin et les universités anglaises, intéressaient surtout les militaires. L'esprit de compétition se rapprochait de l'esprit guerrier et de bons athlètes ne peuvent faire que de bons soldats. La politique a vite pris le relais. Avec la montée des totalitarismes, le sport a été instrumentalisé à des fins nationalistes et autoritaires. Hitler, Mussolini et Staline s'y sont intéressés dans des buts de contrôle des masses. Mais c'est aussi à cette époque que le Front populaire français avec, entre autres, Léo Lagrange, inaugure le sport pour tous, pour la jeunesse et les travailleurs. Il devient un instrument d'épanouissement, de socialisation, mais aussi un vecteur de santé public. Après la Deuxième Guerre mondiale et le mouvement de décolonisation, le sport devient le porte-drapeau des nouveaux nationalismes, en particulier dans le monde arabe, tout comme il devient le champ clos pacifique de la guerre froide entre les deux grands. Le sport est aussi l'objet d'attaques répétées de la part des islamistes qui y voient un dangereux concurrent et qui en plus pratique la mixité: bref, le diable en short dans les stades et les terrains de jeux. A la fin du XXème siècle et avec la mondialisation, le sport va changer de dimension en entrant dans le monde de l'argent. Avec le

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développement des retransmissions télé et la multiplication des chaînes, tous les contrats ont explosé. Dans le sillage de cette manne financière, on trouve le dopage, la violence, les mafias. Et les deux rives de la Méditerranée sont touchées. Ce n'est pas un hasard si la plupart des chapitres de cet ouvrage collectif parlent du football. Etant le sport le plus populaire, il agrège autour de lui toutes les dérives du sport-business avec sa cascade de scandales, de Madrid à Marseille, de Naples à Belgrade. Pourtant tout n'est pas noir dans le monde sportif. TIpermet des rencontres, des échanges, parfois même dans des situations politiquement bouchées comme pour les conflits israélo-palestinien et albanoserbe. Même si les deux cas présentés ici sont bien peu de choses par rapport à l'étendue des problèmes, ils ont au moins le mérite d'exister et de montrer une voie différente à la confrontation. Par ailleurs, le sport est aussi un puissant levier d'intégration dans les échanges méditerranéens nord-sud, donnant une nouvelle chance à l'immigration, et la médiatisation du sport permet aussi d'attirer l'attention sur certains problèmes, tels que la place des femmes dans certaines sociétés méditerranéennes. Dans ce sport-business, les sommes mises en jeu ont tellement été énormes que les acteurs de ce système risquent bien d'avoir tué la poule aux œufs d'or. La «bulle sportive» pourrait bien à son tour éclater.

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1ère partie:

De l'olytnpistne au palais de justice

Chapitre 1 :

Les enjeux des JO d'Athènes
Christophe Chiclet
108 ans après leur création, les JO modernes sont revenus dans leur berceau, en Grèce. Pour ce pays, il s'agit d'une victoire plus politique que sportive. Les enjeux sont
énormes, économiques, politiques, mais aussi un enjeu de crédibilité pour un pays de seulement dix millions d'habi -

tants. Et la première des crédibilités, surtout après le 11 septembre 2001 et le 11 mars 2004, c'était la sécurité des jeux, comme durant la trêve olympique des jeux antiques.

A la clôture des jeux le 29 août, Jacques Rogge, président du CIO, a déclaré qu'Athènes avait gagné la médaille d' or de l'organisation. Mais à quel prix? Le chemin fut long depuis les premiers jeux de Pierre de Coubertin en 1896 à Athènes. La Grèce avait souhaité obtenir les jeux du centenaire de 1996, mais à l'époque la délégation n'était pas prête et s'était crêpé le chignon devant le CIO, à Lausanne. Athènes a alors tout misé sur les jeux du millénaire. Malgré une meilleure préparation, les Australiens lui ont soufflé la palme. A partir de 2001, la Grèce s'est donc préparée plus sérieusement. Les querelles de chapelles et de partis ont été gommées. La belle et redoutable Gianna Anguelopoulos-Daskalaki fut nommée présidente de l'ATHOC (Athens organisation committee), obtenant le soutien du gouvernement socialiste du PASOK, de l'ensemble de la classe politique et des décideurs économiques. Le changement politique intervenu lors des législatives du 7 mars 2004, avec la victoire de la Nouvelle Démocratie (ND), de Kostas Karamanlis, n'a rien changé. Les JO de 2004 étaient devenus une cause nationale et, dans un pays où le patriotisme n'est pas un vain mot, ce fut l'union sacrée. Gouvernement, opposition, presse et syndicats ont fait bloc pour que

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tout se passe bien et qu'il n'y ait aucune note dissonante. Plus pragmatiques, les Athéniens ont comme chaque année pris leurs vacances en août, évitant les embarras d'Athènes. Quant aux règlements de comptes politiques, ils n'interviendront qu'après la fin septembre et la clôture des Jeux paralympiques. fi faut dire que la Grèce avait été sérieusement critiquée par la presse occidentale: les Grecs ne seraient jamais prêts à temps, puisqu'il faut six ans pour réaliser les travaux nécessaires et que la Grèce avait pris trois ans de retard en d'inutiles chamailleries. Derrière ces critiques, se cachait un certain racisme anti-mé diterrané en. Ces Athéniens, tout comme les Marseillais ou les Napolitains, sont juste bons à siroter des boissons anisées, à faire la sieste et à traîner dans les tavernes... Paniqué, le 27 avril 2004, le CIO avait même pris une assurance d'un montant de 170 millions de dollars et pensé à un rapatriement en urgence des Jeux sur Munich. C'était sans compter sur la fierté nationale des Grecs qui sont capables de déplacer des montagnes quand leur honneur est foulé au pied. La vieille de l'ouverture des JO, le président de la République grecque, Kostis Stéphanopoulos, s'était plaint officiellement de ces critiques injustes, offensantes et blessantes. Les Cassandre sont restées sur leur faim. Le 13 août, il ne manquait pas un bouton de guêtre. La peinture était à peine sèche, mais jamais JO n'ont été aussi bien organisés, sans la moindre anicroche. En revanche, aucune critique n'a vu le jour sur le coût économique et social de cette folie des grandeurs sportives, une folie dont on aperçoit aujourd'hui les limites et qui devrait faire réfléchir tous les supporteurs enfiévrés des JO de Paris pour 2012. Les enjeux politiques Début 1996, le social-démocrate Kostas Simitis, fervent européen, remplace le vieux socialo-populiste Andréas Papandréou. Le nouveau Premier ministre n'aura de cesse de montrer à Bruxelles que son pays n'est plus le mouton noir de l'Europe, mais au contraire le meilleur élève de l'UE. L'organisation des JO fait partie de ce plan. D'autant qu'il s'agit de montrer que le nouveau bon élève est capable de faire aussi bien que de grands pays: les Etats-Unis à Atlanta, l'Australie à Sydney. Kostas Simitis tient à une bonne organisation, d'autant qu'au premier semestre 2003 son pays préside l'UE et c'est au palais du
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Zappeion à Athènes que, le 17 avril 2003, les dix nouveaux membres signent leur adhésion à l'UE, devant les dirigeants des Quinze, le Secrétaire général de l'ONU et les dirigeants des autres postulants à l'entrée dans l'UE (Turquie, Bulgarie, Roumanie, Albanie, Macédoine, Serbie, Croatie, Bosnie). Bref, la Grèce veut montrer qu'elle fait partie des grands de l'Europe. Les enjeux ne sont pas seulement européens, ils sont aussi internationaux. Grâce aux JO, Athènes veut promouvoir sa diplomatie via l'organisation des Olympiades culturelles, sorte d'UNESCO-bis, pendant trois mois et surtout grâce à la mise en avant de la fameuse trêve olympique à la mode antique. Athènes a pu ainsi faire voter cette trêve à l'unanimité moins une voix à l'ONU. Enfin, ces jeux ont permis à la Grèce d'échapper malicieusement aux sirènes américaines qui souhaitaient que les Grecs participent à la coalition contre Saddam Hussein. Giorgos Papandréou, le ministre des Affaires étrangères de Kostas Simitis, a décliné «l'invitation», sous prétexte que toutes les forces grecques étaient mobilisées pour la sécurité des jeux et la lutte contre le terrorisme dans le pays. il y avait aussi un enjeu de politique intérieure. En effet, le 7 mars 2004, les législatives grecques s'annonçaient serrées et les socialistes du PASOK ont voulu montrer qu'ils avaient su gagner les jeux, sousentendant que les conservateurs de la ND auraient été incapables d'en faire autant. Ces derniers, honneur national oblige, n'ont pas fait des JO un enjeu de campagne, ils ont simplement souligné le retard dans les travaux, les dépassements de budgets et la corruption de l'administration socialiste. D'ailleurs une blague s'est alors répandue dans Athènes: «Comment appelle-t-on désormais les deux mascottes des JO, Phivos et Athina; réponse: phovos (peur) et diafthora (corruption)>>. 7 Le mars, les socialistes ont été largement battus et la ND a aussitôt fait part des dépassements de budgets. Les enjeux sécuritaires Entre politique et économie, les problèmes de sécurité sont venus s'immiscer dans les enjeux. Après les attentats du Il septembre, puis du Il mars, la pression a été énorme sur Athènes. La Grèce a voulu se charger toute seule des problèmes de sécurité, mais les pressions américaines, tant pour des raisons politiques qu'économiques, ont été telles que le nouveau gouvernement a dû accepter l'aide étrangère. Pour assurer la sécurité des jeux et des sites, dont le village olympique
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et les grands hôtels, 80 000 hommes ont été mobilisés (armée, police, gardes-côtes, services de renseignement, pompiers, sécurité civile). Plus de 1 000 caméras de surveillance ont été installées, dont 239 sur les sites sportifs, ce qui a fait grincer des dents le Parti communiste de Grèce et Amnesty international qui ont des craintes pour les libertés individuelles, d'autant qu'au nom de la lutte contre le terrorisme, le gouvernement ne songe pas à démanteler ce système de surveillance. Quant au budget Sécurité, il a explosé. Il était au moins dix fois plus important qu'à Atlanta et quatre fois plus qu'à Sydney. De 650 millions d'euros, il est passé à 1,2 milliard. Athènes a du être obligée d'accepter de l'aide: 500 commandos américains et plusieurs dizaines de super-policiers français du RAID ont entraîné les forces grecques. Les 550 athlètes américains étaient accompagnés de 300 agents de sécurité et de 100 membres du FBI. Des hommes du RAID français étaient aussi sur place, comme on peut l'imaginer aux côtés d'agents israéliens, anglais... Un organisme spécial de sécurité a été mis en place avec des experts grecs, allemands, espagnols, français, britanniques, mais aussi américains, australiens et israéliens. Par ailleurs, le 12 mars, au lendemain des attentats de Madrid, Athènes a demandé officiellement l'aide de l'OTAN. Cette dernière a assuré la couverture radar aérienne grâce à ses avions Awacs, la couverture maritime via le Stavaformed (force navale de l'OTAN en Méditerranée) et l'envoi sur place d'un bataillon de 100 hommes spécialisés en NBC (nucléaire, bactériologique, chimique). Le QG des forces de l'OTAN s'est installé le 1er août dans l'île d'Eubée proche de la capitale, avec comme nom de code «Opération Jeux Prestigieux». Enfin, la Grèce a passé des accords avec l'Albanie, la Macédoine et la Bulgarie pour un contrôle multilatéral des frontières nord qui sont redevenues zone militaire. 6 000 policiers albanais ont été mobilisés pour surveiller la frontière albano-grecque où d'habitude transitent immigrants illégaux et trafiquants de drogue. Idem avec Israël, la Turquie et l'Italie pour la surveillance des frontières maritimes. Mais derrière la lutte anti-terroriste se cache aussi un enjeu économique que les Américains ont gagné. Il s'agit d'un système de communication très sophistiqué. En clair, il faut que tous les protagonistes de la sécurité des jeux (agents de sécurité grecs et étrangers, soldats, policiers, douaniers, gardes-côtes, pompiers, médecins, chefs de délégations...) soient reliés en temps réel entre eux par des communications cryptées. C'est le fameux système «C4I» (Command
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control communication computer intelligence), qui fin juillet n'était opérationnel qu'à 80%. Pour installer ce système très complexe, un consortium a été mis en place: le SAIC avec les Américains General Dynamics et Honeywell, l'Allemand Siemens et le français EADS1, pour le hardware. Au niveau du software et des télécoms, Nokia, Thomson et Motorola se sont battus comme des chiffonniers. Au niveau du logiciel, Microsoft a su parfaitement se positionner. Ce marché, dont les Américains contrôlent la majorité, est en effet juteux car, s'il fonctionne bien, il pourra être vendu ailleurs à l'avenir dans d'autres grandes manifestations internationales. D'un coût prévu de 259 millions d'euros, il est passé à 300 millions, aux frais des contribuables grecs. Cette frénésie sécuritaire a été mise à mal, le 5 mai 2004, à exactement cent jours de l'ouverture des jeux, par une petite bande de gauchistes jouant aux apprentis terroristes. Alors que le ministre de l'Ordre public grec, Giorgos Voulgarakis, était aux Etats-Unis, une bombe explose à l'arrière non gardé du commissariat de Kallithéa, dans la banlieue sud-ouest d'Athènes. La bombinette ne fait que des dégâts mineurs, mais toutes les télés du monde en parlent. L'attentat est revendiqué par un nouveau groupuscule de jeunes exaltés: Lutte Révolutionnaire qui s'était fait remarquer en posant deux bombes contre le palais de justice d'Athènes le 5 septembre 2003 et une à la City Bank le 14mars 2004.Il s'agit en réalité d'une nébuleuse d'amateurs2, comparée aux véritables groupes terroristes comme «17 Novembre», «ELA», «1er Mai» démantelés ou dissous depuis quelques années. Mais ils ont gagné leur première bataille médiatique. Les enjeux économiques et sociaux Pour l'Etat grec, ces JO sont l'occasion de moderniser l'agglomération d'Athènes, l'Attique et le pays en général. En effet, des travaux colossaux dans le domaine des infrastructures ont été entrepris: autoroutes, routes, échangeurs, ponts, trains, RER, trams, modernisation des hôpitaux, des hôtels, des musées, des télécommunications, des aéroports et des postes-frontières, ravalement des façades de la capitale, construction de trottoirs... Au départ, ce budget était de l'ordre de 4,6 milliards d'euros, dont 1,8 milliard uniquement pour l'ATHOC (construction des installations sportives, du village olympique, location de paquebots-hôtels...). Mais comme souvent dans ces projets pharaoniques, le budget a explosé. En mai, il était de l'ordre de 6,7
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milliards d'euros. Le 5 avril, le nouveau gouvernement de la ND a débloqué en urgence 559 millions d'euros pour payer les fournisseurs qui menaçaient d'arrêter les chantiers déjà bien en retard, et annoncé un dépassement de budget de l'ordre de 37%. Le budget final avoisinerait les 9 milliards d'euros, sachant que tout ce qui dépend de près ou de loin des JO est financé à 100% par l'Etat grec, alors que les travaux des grandes infrastructures sont cofinancés par l'VE, de 10 à 40% suivant les chantiers. L'aide européenne se monterait à 2,9 milliards d'euros (en comptant les travaux plus anciens du métro et de l'aéroport de Spata-Athènes). Le budget a explosé pour deux grandes raisons: le coût des programmes de sécurité et les retards des chantiers. Le budget sécuritaire a doublé car le «C4I» n'était pas au point et surtout parce qu'il a fallu mobiliser le double de fonctionnaires qu'il a bien fallu payer et parfois en heures supplémentaires. Quant aux chantiers, le retard a entraîné un appel systématique à la sous-traitance qui, étant donné les délais, a surfacturé ses offres, faisant de beaux bénéfices au passage en sous-payant ses employés. Par ailleurs, il a fallu louer en urgence des centaines de machines de BTP en Europe occidentale (grues, pelleteuses, excavatrices, foreuses...). Enfin, l'appel à la sous-traitance entraîne immanquablement des problèmes de sécurité pour les ouvriers et des malfaçons, comme on l'a vu pour le terminal E de l'aéroport de Roissy et les chantiers navals de Saint-Nazaire, d'autant qu'en Grèce les maîtres d'œuvres, quand ils ne sont pas surveillés de très près par les architectes et les ingénieurs civils, ont tendance à gratter sur la qualité des bétons et sur le ferraillage. Près de 100 000 emplois ont été créés et le taux de chômage a baissé de 2% au premier semestre 2004. Mais il ne s'agit que de mesures temporaires. En octobre la plupart des CDD étaient terminés. Les chantiers manquaient de main-d'œuvre et les Grecs ont employé massivement des Albanais et des Kurdes. Mais face aux retards, il a fallu faire venir des bras d'Asie du Sud-Est et d'Afrique noire. Cela n'a pas amélioré la sécurité du travail sur les chantiers, d'autant qu'en Grèce il n'existe toujours pas de culture de la sécurité sur les lieux de travail et en particulier dans le BTp3.Pour tenir les délais, les ouvriers ont travaillé en 3x8, 24 heures sur 24. A Sydney, deux ouvriers avaient trouvé la mort. A Athènes, début août, alors que la presse parlait d'une quarantaine de morts, un haut fonctionnaire de l'EKAV (le Samu grec), annonçait sous couvert d'anonymat qu'en un an 108
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morts ont été enregistrés par l'IKA (la sécurité sociale grecque), pour le versement des pensions aux veuves et aux orphelins. Or les morts enregistrés à l'IKA sont des ouvriers grecs et albanais qui avaient des papiers en règle. Sachant que le décès des travailleurs au noir n'est pas déclaré et que les grands coups de feu sur les chantiers pour rattraper les retards ont eu lieu en juin-juillet, on peut facilement imaginer le pire. Fin mai, près de 4 500 ouvriers ont déjà été blessés (surtout aux doigts, mains et bras), essentiellement des 25-40 ans. A noter que 10% des blessés n'ont pas d'âge connu dans les statistiques de l'EKA~ autre preuve du travail au noir généralisé. Les ouvriers étrangers avaient des contrats prévoyant une paie de 35 euros pour huit heures de travail journalier. En réalité, ils ont été payés 24 euros pour dix à douze heures par jour. Début 2004, le syndicat unique, la GSEE (Confédération générale du travail de Grèce), dirigée par Christos Polyzogopoulos, avait annoncé qu'elle veillerait à ce que tous les travailleurs des chantiers aient des contrats en bonne et due forme. Mais participant à l'union sacrée autour des JO, la Confédération n'a rien fait, à tel point, fait rare dans les annales du syndicalisme grec, qu'un syndicat indépendant a été fondé au printemps 2004, «Ikodoma», regroupant les ouvriers «dissidents» du BTP. En échange de son silence, la GSEE a pu signer en catimini nombre de conventions collectives avec le patronat dans d'autres branches. il n'y a pas que les forçats des chantiers qui ont été eÀ'Ploités.Idem pour les bénévoles venus de l'étranger (placiers, hôtesses d'accueil, traducteurs.. .). Rien n'a été prévu pour leur hébergement et ils ont dû parfois débourser jusqu'à 500 euros par jour pour des chambres sans confort. Cet énorme coût financier est totalement à la charge de l'Etat et non du privé, comme ce fut en grande partie le cas à Atlanta. A l'automne 2004, tous les indicateurs économiques passaient au rouge, après une embellie de 1996 à 2000. D'après les critères de convergence de l'DE/la dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB. En janvier 2004, la Grèce était à 103%, en septembre à 112%. Quant au déficit budgétaire qui ne doit pas dépasser la barre fatidique des 3% (seuil dépassé par l'Allemagne et la France depuis 2002), il était de 2,8% en janvier 2004, 3,3% en juin et 5,3% en septembre. En juillet, les experts de Bruxelles avaient d'ailleurs lancé une procédure de déficit excessif, démontrant qu'Athènes avait trafiqué ses chiffres dès 2000. Le déficit de la balance
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commerciale grecque a augmenté de 22% au premier semestre 2004. Quant aux dépenses publiques, elles auraient dû être en augmentation de 4,5%. Elles ont atteint 11%, avec comme cause une baisse prévue de 7% des dépenses dans le budget 2005, touchant directement les services publics et l'armée. Dès aujourd'hui, les Grecs s'inquiètent. Qui va payer? Les contribuables à l'évidence. il faudra bien payer les prêts et les intérêts de la dette, le pays étant endetté pour 20 à 25 ans. La Fédération générale des associations de consommateurs de Grèce (INKA) craint déjà une reprise de l'inflation dès l'automne. Officiellement l'inflation est de 45%. D'après la GSEE, elle est de 12%. Cette dernière avait bien demandé une trêve olympique de l'inflation, sans succès. La hausse des prix a touché les bars-restaurants, l'habillement, la viande et les produits laitiers. L'industrie du tourisme a aussi trop tiré sur la corde. D'après Richard Soméritis, un des plus grands éditorialistes du pays: «Ils ont voulu gagner en un mois ce qu'ils n'ont pas pu gagner en un an». Bref, la Grèce était à la 50ème place des pays les plus chers du monde. Elle est désormais passée à la 30ème. Cette inflation dans le domaine touristique s'est traduite cet été par une baisse de la fréquentation de 10% à 20%, quand la Croatie voisine voyait une augmentation de 300%. D'après une note de l'ITEP grec (Institut de recherches et de prévisions touristiques) en date du 2 septembre 2004, le tourisme devrait gravement chuter dès 2006. Athènes pense pourtant s'en sortir. Au niveau de la billetterie, cela sera dur. L'ATHOC est fier d'avoir vendu 3,5 millions de billets contre 3,2 à Sydney. Mais il en escomptait 5. Par ailleurs les billets ont été en partie bradés. Des billets à 100 euros ont fini à 10. Des billets à 20 euros pour une épreuve sont devenus des billets ouverts pour deux épreuves. Enfin, pour les Jeux paralympiques, les billets étaient vendus 10 euros pour toutes les épreuves d'une journée, d'où les stades pleins pendant ces compétitions. Les Athéniens ne sont pas venus pour voir les compétitions de handicapés, mais pour profiter des bas prix, occasion unique de visiter l'architecture futuriste des sites olympiques. Quant aux retours sur investissements, cela ne sera pas facile. Certes, les infrastructures de transports vont accélérer le développement de l'Attique. Mais le secteur du tourisme est très fragile. La moindre bombe terroriste gâche une saison et, rappelons-le, les prix ont flambé dans un pays habitué depuis les années 70 à un tourisme de masse à bas prix.
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Par ailleurs, il va falloir gérer les sites sportifs. Ce n'est pas l'équipe de football d'Athènes qui va rentabiliser le grand stade olympique. Pour rentabiliser les dizaines d'installations sportives, il faudrait chaque année des compétitions à l'échelon européen et mondial. Le bassin de kayak est trop beau et trop cher pour pas grand-chose et risque vite de «rouiller». Quant aux villages olympique et de presse, ils seront transformés en cités HLM et universitaire, au pied du Parnasse et du Pendeli. Les frais d'entretien de ces sites sont évalués à 140 millions d'euros par an. Sachant qu'il y a eu nombre de malfaçons et que nous sommes en zone sismique importante, tout peut arriver: effondrements, travaux de renforcement coûteux... Enfin, ces JO n'ont pas été exempts de certaines dérives. Pour ravir les VIP venus aux jeux, l'ATHOC aurait «mobilisé» nombre de callgirls venues de l'Europe centrale et orientale comme le pense un député grec, les délégations et les diplomates étrangers n'étant pas en reste, profitant des jeux pour faire venir amants et amantes aux frais de la princesse. Le prude baron de Coubertin doit se retourner dans sa tombe. Bref, à court terme, l'aventure olympique risque d'être amère pour les citoyens de ce pays. Dès la fin septembre, l'union sacrée droitegauche a explosé. Gianna Anguelopoulos-Daskalaki a refusé de rendre public le rapport de la gestion financière d' «Athens 2004». Le ministre de l'Economie et des Finances, Giorgos Alogoskoufis, a révélé les chiffres truqués de l'économie grecque, accusant l'héritage socialiste. Il ne l'a pas fait par bonté d'âme, mais parce qu'il a fait ses comptes. L'endettement dû aux JO ne permet plus au gouvernement de la ND d'honorer ses promesses électorales d'un montant de Il milliards d'euros, d'autant que le Premier ministre souhaite continuer sa politique libérale en baissant les charges des entreprises4. Réforme de la fonction publique, de l'assurance maladie, de l'assurance chômage, augmentation des impôts directs et indirects sont officieusement à l'étude et la privatisation des services publics (électricité, téléphone, poste, Olympic Airline) va être accélérée. Le patriotisme olympique va coûter cher à la Grèce, au moment même où les aides de l'VE vont partir vers l'Europe centrale. Athènes 2004 pourrait bien dévoiler les limites du couple «pain et jeux».
Christophe Chiclet

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Notes: 1. D'autres entreprises françaises ont bénéficié des marchés grecs: Vinci pour le pont Rio-Antirio, Hydrostadium (filiale EDF) pour le bassin de kayak, Gregori International pour le centre équestre, Atos OrIgin pour la transmission des données, Thales Engineering pour l'extension du métro, GL Events pour les tribunes mobiles, Alstom pour l'équIpement des rails, Gras Savoye pour l'assurance et Groupe F pour les feux d'artifice. 2. Les groupes terroristes d'envergure n'ont plus frappé depuis janvier 2000. En revanche il subsiste une nébuleuse de petits groupes qui fraEpent deux ou trois fois et disparaissent. Il s'agit de groupes de moins dune demi-aouzaine de personnes, composés d'adolescents attardés en rupture de ban, posant de petites bombes artisanales. De 2000 à 2004 sont apparus: Action populaire révolutionnaire, les Combattants de la liberté, Défense anti-Etat, les Enfants de Novembre, Etoile noire, Groupe anarchiste, Incendiaires enragés, Lutte anarchiste, Lutte anti-pouvoir, Résistance populaire, Solidarité révolutionnaire... 3. Dans la construction, la plupart des ouvriers sont des étrangers employés au noir: Polonais dans les années 80, puis Albanais et Kurdes dans les années 90. 4. L'imposition sur les SA passera de 35 à 25%, sur les SARL de 25 à 20%.

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Chapitre 2 :

1896 : la renaissance Jeux olympiques
Alexis Krauss

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Mythe grec ou légende de Coubertin

Aujourd'hui, on ne peut nier le succès considérable de l'entreprise du baron Pierre de Coubertin qui, malgré des critiques souvent justifiées, s'est imposée comme l'événe ment sportif majeur de la planète, consacrant les nouvelles divinités féminines et masculines. L'envergure mondiale de l'événement en fait aussi nécessairement une extraordinaire entreprise économique, sujet de convoitise et jusque-fa réservée aux pays riches. Troublante manifes tation du monde moderne, occasion de faire des affaires, voire de promouvoir de bonnes causes, les JO, aux bilans contradictoires, mettent en avant l'égalité des sexes et des

races. Le monde de l'olympisme est bien connu pour être fermé. il possède, entre autres, ses historiens et son histoire officielle. Cette histoire est particulièrement sensible au rôle exclusif du baron Pierre de Coubertin, présenté comme l'apôtre des JO par qui tout a commencé, tout a existé. Le mythe du baron reste encore très solidement ancré. Au sein de la famille olympique, les historiens, anglosaxons et allemands d'un côté et français de l'autre, s'opposent depuis cent ans. Cette situation particulière pousse le Comité olympique français à demeurer sur la défensive, ankylosé par le poids de son baron. Le nouveau modèle sportif olympique fait la synthèse entre la référence à l'antiquité grecque et les traditions sportives contemporaines. Cette référence à l'antiquité relie l'olympisme aux Lumières européennes.
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En effet, les premiers efforts pour reconstituer des fêtes et des célébrations antiques remontent à la Révolution française. Dans le contexte romantique et nationaliste du milieu et de la seconde moitié du XIXème siècle, la référence humaniste à l'athlétisme antique vient s'intégrer dans le modèle d'Etat-nation en émergence en Europe. L'origine militaire du sport serait difficile à nier. L'exemple spartiate de l'Allemagne le prouve. Le site d'Olympie fut au départ l'objet de l'intérêt de la France qui fut la première à envoyer une mission archéologique en Grèce et qui créa l'école d'Athènes dès 1846; il suscita rapidement d'autres convoitises. Les Allemands finissent par imposer leurs vues à l'Etat grec qui est ainsi obligé d'en écarter les Français, en leur offrant Delphes en contrepartie en 1893. Zones d'influence, diplomatie, concurrence internationale, prestige scientifique, tout est déjà là. Renaissance des JO et épanouissement national grec

La Grèce moderne, fruit du nouvel équilibre international dans la question d'Orient autant que des aspirations des Grecs à former leur propre foyer national, possède dès 1830 toutes les caractéristiques du nouvel Etat-nation auquel l'éclatement des Empires allait donner naissance. C'est un homme politique grec d'influence française, Ioannis Koletis, Premier ministre de 1844 à 1847, qui le premier propose l'idée de la reconstitution des jeux antiques, dans un projet de loi écrit de sa main en français, dès 1835. La formidable durée, malgré son évolution, de la langue grecque ainsi que l'importance géographique de l'hellénisme donnent à cette nouvelle nation le droit de faire référence au passé culturel prestigieux de la Grèce antique. Le philhellénisme européen de cette époque fut bien un mélange d'érudition humaniste, de christianisme, d'esprit libéral et même révolutionnaire, s'opposant aux tyrans de l'ancien régime dont le sultan ottoman était l'archétype. L'hellénisme moderne se développe sous le premier roi de la Grèce moderne (Othon 1er, 1832-1862) puis le second (Georges 1er, 18631913). La superficie du pays double presque tous les 35 ans. Toute son énergie est tendue vers cette expansion, soutenue par l'importante diaspora commerçante qui s'affirme avec l'épanouissement des échanges entre l'Europe occidentale, la Méditerranée orientale et la
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Chapitre 2 : 1896, la renaissance

des Jeux olympiques

mer Noire. La fameuse «Grande Idée» (mégali idéa), expression idéologique développée durant la seconde moitié du XIXème siècle, consistait à réunir tous les Grecs dans un large espace national encore mal défini. Des territoires considérés comme grecs (Crète et Macédoine) allaient bientôt rejoindre le jeune Etat. Le proverbe antique «est considéré commegrec celui qui est éduqué en tant que tel» était gravé sur le fronton de la bibliothèque privée la plus prestigieuse d'Athènes. L'hellénisation pacifique croissante d'une partie des populations chrétiennes orthodoxes des Balkans et de l'Asie Mineure, par la multiplication des écoles grecques et des associations littéraires et pédagogiques, est un des plus grands succès de l'hellénisme de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Ainsi, à l'intérieur et à l'extérieur des frontières de la Grèce, l'éducation et l'apprentissage de la langue deviennent les premières valeurs nationales. Dans ce contexte particulier de l'affirmation de l'identité nationale, la référence à l'Antiquité a une valeur très importante pour Athènes, nouvelle capitale. L'histoire officielle du Comité International Olympique (CIO) et celle de la Grèce jusqu'en 1994 se sont peu occupées du rôle du premier président du CIO, le Grec Dimitri Vikélas, écrivain, grand intellectuel, helléniste membre des cercles spécialisés de Paris. Dans l'histoire officielle ol)'lnpique, les manifestations «proto-olympiques» ou «pré-coubertiennes» sont traitées d'une manière succincte. Pourtant entre 1856 et 1888, furent organisées à Athènes quatre manifestations sportives appelées Olympia, c'est-à-dire Jeux olympiques, grâce au mécène Evanguelos Zappas, riche grec de la diaspora. Cette période, dite Olympiades de Zappas, réunissait des Grecs des quatre coins du nouveau royaume, de la diaspora et des terres irrédentistes. Pour ces Grecs, il s'agissait d'intégrer la renaissance des JO à la résurgence de leur identité nationale. Malgré des débuts difficiles, les Olympiades de 1888 ont réuni 70 000 personnes à Athènes, chiffre très important pour l'époque. Cette identification du nationalisme grec à l'olympisme est à l'origine du choix d'Athènes, capitale du nouvel Etat, comme site des manifestations sportives depuis 1856, plutôt que le site antique d'Olympie. La recherche d'un lieu approprié pour la réalisation des épreuves sportives a amené les organisateurs, après avoir essayé les grandes places d'Athènes, à choisir le stade antique abandonné situé sur la
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colline Ardittos, aux abords du jardin royal. Ce stade avait été reconstruit et embelli au IIIème siècle après J.-C. sans avoir jamais accueilli les JO antiques. La logique néo-hellénique de la renaissance des Jeux a donc trouvé là un élément fonctionnel prestigieux. L'architecte Ziller avait déjà commencé à fouiller ce stade où, en 1870, eurent lieu les troisièmes Olympiades de Zappas. Les spectateurs étaient installés sur les pentes de la colline. A noter que le donateur Evanguélos Zappas semble avoir couvert les frais de la pose des parties en marbre dès cette époque, comme il a aussi financé la construction du palais d'exposition du Zappeion qui porte son nom. En 1894, au congrès de la Sorbonne, Dimitri Vikélas dut convaincre le Comité Olympique que la première Olympiade de la renaissance pouvait se dérouler à Athènes. TIavait déjà en tête son projet grec avec un site prestigieux en chantier. Devenu premier président du CIO, Vikélas fut assez rapidement effacé par Coubertin et sa légende. Au congrès de la Sorbonne, Vikélas était le représentant du Gub Sportif Panhellénique. Le président de ce club, Dimitrios Fokianos, avait été invité au congrès par Coubertin car le Panhellinios était inscrit au catalogue international des clubs sportifs depuis 1891. Par ailleurs, il avait organisé les dernières Olympiades de Zappas en 1888. Bon connaisseur du milieu sportif, il manquait d'expérience internationale et maniait malles langues étrangères. Il se fit donc remplacer par Vikélas, brillant homme de lettres grec installé à Paris et connu des milieux philhellènes français. Les trois puissances (France, Angleterre, Allemagne) ne voulant pas faire cadeau des JO à l'une d'elles, le congrès de la Sorbonne proposa la Roumanie, mais Vikélas réussit à imposer Athènes. Malgré les réticences des politiciens grecs, Coubertin et Vikélas réussirent à mobiliser l'opinion publique grecque qui réunit l'argent nécessaire. Le mécène Evanguelos Averoff offrit une somme énorme pour remarbrer le stade antique. Certains marbriers travaillèrent même gratuitement. Un enthousiasme national pour les Jeux saisit le pays, d'autant que la Grèce venait de récupérer la Thessalie en 1882. En plein élan nationaliste, les Grecs étaient donc très sensibles à tout ce qui touchait à l'affirmation de leur identité. L'enjeu des JO servait à démontrer la justesse de la référence à l'Antiquité. L'initiative de Coubertin offre donc aux Grecs cette chance.

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