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Surréaliste et paradoxale Belgique

De
286 pages
La Belgique : un petit pays connu par ses institutions que certains disent surréalistes : trois régions et trois communautés non superposables, sept gouvernements, cinquante-quatre ministres... Pour comprendre cette réalité paradoxale d'un pays étrange, objet privilégié d'études pour ethnologues et juristes, voici un témoignage de première main. A partir de son expérience d'acteur politique, l'auteur, sociologue internationalement renommé, nous expose ses raisons de croire en la survie de cette nation, écartelée entre infra-nationalités et supra-nationalités.
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SURRÉALISTE ET PARADOXALE BELGIQUE
Mémoires politiques d'un sociologue engagé, immigré chez soi et malgré soi

2003 ISBN: 2-7475-4189-4

@ L'Harmattan,

Marcel BOLLE de BAL

SURRÉALISTE ET PARADOXALE BELGIQUE
Mémoires politiques d'un sociologue engagé, immigré chez soi et malgré soi
Préface de Patrice Kanozsai

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita tt :3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan UaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur
Aux Editions l'Harmattan, V tryages au t'œur des sdenœs d'un sodologue - Les adieux

Paris
humaines. heureux. De la Reliance (Ed.), 1999. 2 tomes, 1996. TraceJ d'un paSJage,

- Le sportif et le sodologue. .sport, f - La sodologie de A11Jgt#!ranf'aÙc.

individu et société (<:n collaboration), 2000. (J ltCnjeu, un cO/Nha!. S oUllcnit:r d'J./n adeur. 2001.

Aux Presses Interuniversitaires
_

Européennes,

Bruxelles
peiformance et culture, 1990 (traduit en anglais et en

Les doubles jeux

de la partidpation.

Rémunération,

slovène).
- Wegimont ou le château des relations humaines. Une expérience deformation p.rychosociologique à la gestion, 1998. - Les surnvants du Btryau de la Mort. Lettres de deux jeunes Wallons en 14-18 (Ed.), 1998. Aux Editions de l'Institut de Sociologic,
industrielles,

Bruxelles
1958 (traduit en espagnol).

-

Relations

humaines

et relations

- La structure des réIJ111nératiofls n Belgique (en collaboration), e 4 volumes, 1959-1963. - Le salaire à la produdiofl. Fonnes nouvelles etfonctions sociologiques (en collaboration), 1965. - La vie de l'entreprise. Suppléments d~ rémunération etpartici.Pation ouvrière, 1967 (traduit en portugais). - Problèmes de sociologie du travai~ 1969 (traduit en espagnol). - Image de l'homme et sociologie contemporaine (Ed.), 1969.

Aux E,ditions de l'Université de Bruxelles - Accroissement
de la produdivité et p.rychosociologie du travail (Ed.), 1976. 1985. travail, travail de jonnation (l=':d.), 1978. - Formation, Les paradoxes de la relianœ - La tentation comlnunalltaire.

et de la contre-culture,

Chez d'autres éditeurs

- Mode

de rémunération et collaboration dans l'entreprise, Bruxelles,
a/Ix résultats dans les sodétés industrialisées: tendances

Fédération
évolutives

des Industries

Belges,

1967.
Genève,

- Le salaire

et aspects psychosociologiques,

BIT, 1972. _ Les aspirations de reliancesociale.Reliancesociale,recherche sociale,action sadaie, Bruxelles, Programmation de la Politique Scientifique, 1978. _ La participation. Revue des études sur la participation (en collaboration), Dublin, Fondation pour l'Amélioration des Conditions de 'rravail, 1987 (traduit en anglais).
- La Franc-Maçonnerie, porte dll devenir. Un laboratoire de reliances, Paris, Detrad, 1998.

- La fraternité mOfonnique,Paris, Edimaf, 2000.

PREFACE

La Belgique'h

une beauté singulière mais domestiquée. Lord BYRON

La « belgitude » comme lien. Hendrik BRUGMANS

La Belgique« profonde» - titre initialement proposé par l'auteur - au cœur de laquelle celui-ci, professeur émérite de sociologie, veut et va nous entraîner, est par nature surréaliste et paradoxale. Surréaliste, non seulement par la renommée de certains de ses artistes, mais aussi par ses productions institutionnelles apparemment biscornues (aux yeux des étrangers) : 3 régions et 3 comn1unautés qui ne se superposent point, 7 gouvernements, 54 ministres. Mais surtout paradoxale, comme cela se découvre à la lecture de cette chronique d'un intellectuel engagé dans la politique locale. L'exemple le plus marquant de ces paradoxes qui parsèment la politique belge est celui des communes dites « à facilités» - «facilités» censées protéger des minorités linguistiques souvent majoritaires! - dont Marcel Bolle De Bal nous conte, à partir de son expérience personnelle, les difficultés de gestion et d'existence. Belge résident en France où, depuis plus de huit années, j'ai eu le plaisir de seconder le directeur des éditions l'Harmattan, je n'ai jamais cessé de m'intéresser au devenir chaotique de ma terre natale. C'est sans doute pourquoi l'auteur de ce témoignage de première main m'a fait l'honneur et l'amitié de me demander de rédiger cette préface, afm de situer son ouvrage pour notre public français et international. Il s'agit d'une gageure assurément. Comment en effet présenter en quelques lignes le thème si particulier des « communes à facilités» et , à travers lui, cet imbroglio institutionnel que constitue la Belgique? Sans entrer dans les dédales kafkaiens du fédéralisme belge, il apparaît surtout opportun d'expliquer sommairement cette notion, cet euphémisme de « communes à facilités », afm d'ensuite pouvoir en induire les enjeux cachés. Les « communes à facilités» comprennent un certain nombre d'entités qui, lors de la fixation (définitive ou non, selon les interprétations flamandes ou francophones) juridique de la frontière linguistique en 1963, se sont vues administrativement situées dans une région linguistiquement homogène ( de langue

néerlandaise en Flapdre et de langue française en Wallonie.. .que les quelques dizaines de milliers de germagnophones - dont la « communauté» a été intégrée à la région wallonne - me pardonnent). La difficulté provient du fait que ces entités comptaient - et comptent encore - en leur sein une part importante d'habitants originaires de l'autre communauté. En 1963,quelques Flamands sont supposés être devenus wallons, et surtout de nombreux francophones (Plus de 120.000) ont été décrétés flamands, sans avoir été le 1110insdu monde consultés à ce propos. La Constitution belge a entendu accorder des «facilités» aux deux composantes linguistiques de ces communes, c'e~t-à-dire leur permettre d'entretenir avec leur administration des rapports dans la langue de leur choix. Six de ces communes entourent géographiquement la troisième région composant aujourd'hui la Belgique fédérale, c'est-à-dire la région bilingue de Bruxelles-Capitale. Linkebeek, la commune dont Marcel Bolle De Bal a été à de nombreuses reprises un éminent conseiller communal (conseiller municipal, selon la terminologie française), en fait partie. Mais la fédéralisation définitive (?) de la Belgique en 1993 a rendu cette situation ubuesque et insupportable pour ces francophones vivant en ce qui a été décrété «terre de Flandre». De nombreux mouvements nationalistes, et le gouvernement flamand lui-même, n'hésitent pas à décrire cette présence francophone sur «leur sol» comme une olievlek, c'est-à-dire comme une « tache d'huile» qu'il faut nettoyer, effacer, éliminer. De petites et grandes pressions perverses de tous ordres vont alors s'abattre sur nos innocents et pacifiques francophones. A parfois quelques centaines de mètres d'un Bruxelles à 85% francophone ou de la Wallonie~ les usagers les plus septentrionaux de la langue de Voltaire, en Europe sinon dans le monde, reçoivent désormais leurs documents administratifs dans une langue dont ils sont loin de maîtriser toutes les subtilités~ Les autorités flamandes bloquent l'accès à certaines chaînes de télévision supposées être des chevaux de Troie de la langue française (TF1 et ARTE tout un temps, Télé-Bruxelles ou TVS, alors que cette dernière est accessible partout ailleurs dans le monde..).. i\insi il est impossible, dans ces communes, de visionner les prestations de l'équipe nationale belge de Eootballlorsque ses matches sont diffusés par la principale chaîne de télévision francophone privée, alors que l'on y capte sans problèmes des chaînes italiennes, portugaises, espagnoles ou turques... Ubuesque, disais-je. Ubuesque et surtout pathétique. Pathétique d'assister ainsi aux portes de la
capitale de l'Europe à la délitescence

-

temporaire?

définitive?

- d'un

Etat

riche,

doté d'une population exceptionnellement attachante et accueillante, abritant en son sein à la fois les cultures germanique et latine, leur rencontre et leur « reliance» (comme aime à dire Marcel Balle De Bal), Certes on nous rétorquera que la Belgique n'existe pas, qu'elle n'a jamais existé, que si elle est née, en 1830, ce ne fut que pour constituer un Etat-tampon, généré par la volonté auto-protectrice de puissants voisins. Il me semble tout de même que la Belgiclue a puisé dans cette 8

situation une culture philosophique

étonnante, celle de la modestie dans l'opulence.

La Belgique joue à se déchirer, mais elle vît encore Gusques à quand ?). Elle devient de plus en plus ce corps sans tête qui ne tente même plus de se promouvoir. Les talents et les valeurs humaines qu'elle héberge avec tant de densité tendent à se dissoudre dansee sentiment irréel et indéfinissable que seuls les Belges peuvent comprendre: la belgitude.D'une certaine manière, être Belge c'est se dénier, c'est ne pas vouloir exister, c'est hurler un sentiment de tendresse incomprise au milieu de tout ce qui sépare ou tend à séparer. La Belgique St~ cherche des malheurs dans son opulence. C'est par sa division qu'elle existe. Elle cultive le désordre comme la force de son ordre, comme le leitmotiv de son devenir. C'est son aveu face au Ciel.. .et face au rationalisme cartésien. A ce titre, elle est à l'institutionnel ce que la schizophrénie est à l'individuel, à la personne humaine. Les chroniques conmrunales de Marcel Bolle De Bal
pas hésité à « se salir les rnains »

sociologue (lui n'a
au quotidien, cette

-

nous montrent

comment,

absence d'identité (ou cette identité négative), ainsi communautaire qu'elle provoque, se mécomprennent sens. Elles nous font deviner que la Belgique cultive propre masochisme, et que le bon sens y a de moins en

que le retour de flan1me et s'étiolent dans le nonen elle les gern1es de son moins sa place.

Voici quelques années en Yougoslavie, à deux heures de Paris et de Bruxelles, nous avons été les témoins horrifiés et incrédules d'épurations ethniques que rien ne laissait présager. La Belgique n'en est pas là, heureusement. Mais à trop cultiver les anathèmes, le danger guette. Régionalisme et communautarisme (à la belge, sinon à la française) ne doivent pas signifier repli sur soi, mais plutôt occasion de s'affirmer, de se connaître pour s'ouvrir à l'autre. C'est ce que le tout jeune fédéralisme belge doit apprendre pour tout simplement survivre, et devenir un réel fédéralisme d'union, non un fédéralisme de séparation. Au sein ce cette commune si symptomatique qu'est Linkebeek, Marcel Bolle De Bal a toujours tenté de privilégier la raison et le respect de l'autre. L'occasion m'est donnée ici de le remercier de nous avoir offert ce témoignage ainsi que ces pistes de réflexion, et, plus largement, d'avoir consacré sa carrière et sa vie à mettre en œuvre ces valeurs si simples, trop souvent méconnues: le bon sens et la tolérance.

Patrice I<ANOZSAI

9

A la mémoire de En hommage à

Fried VANDEBROECI(, socialiste flamand Roger THIERY, démocrate-chrétien wallon Jean BaLLE DE BAL, libéral bruxellois
et

Val LORWIN , sociologue américain

Pourquoi cette quadruple dédicace? Parce que ces quatre personnes ont toutes, pour moi, été un modèle de probité, de générosité et d'intelligence citoyenne. Parce que les trois premières représentent bien symboliquement, yeux, les trois « piliers» du monde et de la vie politique belge. à mes

Parce que la quatrième est internationalement connue pour sa connaissance de la réalité belge et, précisément, pour le développement de cette théorie des « trois piliers ». Parce que toutes quatre, pour moi, ont été, d'une façon ou d'une autre, mes « maîtres» engagés et engageants, en politique et/ou en sociologie. Parce que, dès lors, ce livre leur doit beaucoup.

M.B.D.B.

SOMMAIRE

Préface Dédicace Sommaire Avertissemen t Remerciemen ts Exergue Prologue Présen tations Première partie, De la sociologie à la politique ou l'émergence d'un citoyen engagé Deuxième partie. Dans le tourbillon de la politique ou le combat d'un sociologue engagé Troisième partie, De la politique à la sociologie ou les réflexions d'un intellectuel engagé
Par delà le politique: renaissance du so{,iologue La Belgique so{,io-historique : unité et diversité, mythe et réalités La Belgique socio-politique : une existent'e jàite d'équilibres instables La Belgique socio-p.ryt'hologique: La Belgique su"éaliste identité, culture et belgitude {,'ontradictions et paradoxes {,'ommunautaire et communautariste duelle, Belgique plurielle : ambivalentes,

La Belgique européenne: fédérale et fédéraliste, Dans le miroir de la so{,iologie :Belgique

Et demain? Epilogue Repères bibliographiques Table des matières

Avec le vent de l'est écoutez-le tenir Le plat pays qui est le mien Avec le vent d'ouest écoutez-le vouloir Le plat pays qui est le mien Avec le vent du nord écoutez-le craquer Le plat pays qui est le mien Quand le vent est au sud écoutez-le chanter Le plat pays qui est le mien Jacques BREIJ

AVERTISSEMENT

Le projet de cet ouvrage est à la fois modeste et ambitieux. Modeste, de par la force des choses: que nul ne s~ytrompe, ce qui suit n'est pas un ouvrage d'historien. Il ne s'agit nullement de prétendre retracer ni l'histoire politique de la Belgique, ni celle de la commune de Linkebeek durant le dernier tiers du 20e siècle. Une telle œuvre aurait supposé un temps et des moyens hors de portée de l'auteur de ce livre. L'objectif est plus humble: à partir d'une masse de documents personnels, accumulés au fil des ans, plus ou moins précieusement conservés, retrouvés poussiéreux et jaunis au fond d'une armoire, tenter de faire revivre l'expérience unique, partielle, partiale, subjective, de l'engagement politique d'un citoyen-sociologue, au cours de près de quarante années de vie civique active. Et, moins humblement, d'en profiter pour proposer quelques pistes de réflexion et d'interprétation, dans une perspective sociologique, pour éclairer, à la fois de l'intérieur et de l'extérieur, une réalité psychologique, sociale, culturelle, politique et institutionnelle originale, à la rencontre de deux grandes cultures et au cœur de maints problèmes existentiels au sein d'un petit pays longtemps considéré comn1e celui où triomphe l'art du compromis. . . Ambitieux: car, toute modestie mise à part, ce projet se veut à la fois pragmatique et théorique, historique et sociologique. Sur le plan scientifique, il entend combiner les approches de l'historien, du sociologue, du psychologue, du politique. Quant aux publics visés, il souhaite intéresser une grande et diverse quantité de lecteurs potentiels: en tout premier lieu, les Linkebeekois, leurs mandataires politiques ainsi que ceux de la périphérie bruxelloise, en particulier les militan ts de la section locale du Parti Socialiste; plus généralement, tous les Belges concernés par le devenir de leur pays écartelé entre pressions infra-nationales (<< communautaires »,régionales) et contraintes supra-nationales Q'Europe en gestation) ; mais aussi nos voisins français et les citoyens de régions et pays francophones éprouvant des tensions du même ordre; le tout sans négliger mes enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, peut-être curieux, désireux d'en apprendre un peu plus sur leur aïeul depuis longtemps disparu. Il ,ne fait aucun doute que ces différents types de lecteurs ne seront pas également intéressés par les diverses parties de ce livre d,e souvenirs. La première partie - à forte tonalité personnelle - situe la genèse de mon engagement politique: elle pourra retenir l'attention de tous, mais surtout, assez logiquement, celle de mes descendants. La deuxième partie, elle, se veut un témoignage, également personnel

mais dépassant à plûs d'un titre ma petite personne, sur les difficultés vécues par Linkebeek, commune dite «à facilités»: selon moi, elle devrait constituer une contribution de première main à l'histoire de ma commune durant le dernier tiers du 20e siècle; à ce titre, captiver plus particulièrement les Linkebeekois d'hier, d'aujourd'hui et de demain. La troisième partie, elle, entend proposer des pistes de réflexion d'ordre historique, sociologique, culturel et politique sur la Belgique divisée, écartelée et toujours vivante: les sociologues et les spécialis~es de la science politique devraient y trouver matière à interprétations et discussions. Idéalement, on pourrait espérer que chacun lise la totalité de ce témoignage. Mais nous devons demeurer réalistes. A l'ère de la société de l'éphén1ère, de la communication multi-médiatique et de la lecture rapide, la plupart des lecteurs n'auront guère de temps à consacrer à une telle lecture. D'aucuns estimeront fastidieuse, car à bien des égards répétitive, la deuxième partie. D'autres trouveront ardues certaines analyses de la troisième partie. Alors, que faire? Peut-être suivre quelques conseils de lecture rédigés à l'attention des lecteurs stressés et pressés. Pour ceux-ci, la consultation de la deuxième partie peut être facilitée et accélérée car le texte des motions et discours a volontairement été présenté en italiques et en petits caractères1 : cela permet au lecteur pressé de ne point s'y attarder, de ne pas être énervé par d'inévitables redondances - pour les Linkebeekois, en revanche, cette récurrence de revendications jamais entendues, ni soutenues par les partis politiques nationaux au pouvoir Ge ne parle pas de leurs discours lorsqu'ils sont dans l'opposition !) constitue le cœur même de leurs frustrations accumulées - et de suivre plus aisément le cheminement de cette expérience décevante, symbolique des contradictions de la Belgique profonde, à la fois surréaliste et paraxodale. Pour ceux qui seraient rebutés par la présentation des hypothèses théoriques, épistémologiques et méthodologiques défmies comme le cadre de référence pour les analyses sociologiques de la troisième partie, îlleu! es t tout à fait loisible de sauter le chapitre consacré à cette présentation et de réserver leurs forces pour apprécier les interprétations proposées afm de comprendre les réalités de la Belgique en devenir. proportionnellement nombreux - qui ne seraient point familiers de mes écrits sociologiques. Vous serez peut-être surpris ou désorientés par l'usage fréquent que
I

Un mot encore, à l'intention de ceux d'entre vous

-.-

sans doute

J'ai songé un moment à rejeter ces textes dans une série d'annexes.t\ la réflexion il m'a paru préférable de les laisser dans le corps du texte, à leur place chronologique, en étroite relation avec le contexte qui leur donne tout leur sens: cela devrait rendre plus aisée leur consultation. . .par ceux qui souhaitent vivre ou revivre la suite des événetnents et actions politic.]ues, Je les ai conscrvés dans leur <.Juasi-intégralité, car ce sont à mes yeux des documents originaux susceptibles de rUJurrir les travaux futurs des historiens, 18

je fais, surtout dans la troisième partie, de delJx notions qui nle sont chères et qui me paraissent essentielles pour comprendre la dynamique des sociétés contemporaines: déliant'cet rcliant'c.Elles seront explicitées et illustrées dans le chapitre consacré à «la Belgique socio-psychologique », mais déjà abondamment utilisées pour évoquer « la Belgique socio-politique». Il n'est dès lors pas inutile, me semble-t-il, que je précise dès à présent le sens que je leur donne. Par« délian(;c )), j'entends le phénomène de rupture des liens humains fondamentaux

-

sociaux, psychologiques, culturels, politiques, voire même scientifiques - qui caractérise notre système social (socio-scientifique) fondé sur la division (Descartes: diviser pour comprendre; Taylor: diviser pour produire; Machiavel: diviser pour régner), la séparation et l'émiettement (le travail en miettes, la famille )), en lambeaux, etc.). Par« re-liant'c je définis le désir éprouvé par nombre de nos concitoyens de recréer les liens détruits, de réunir les morceaux épars de la réalité ou de leur vie, de lutter contre les forces de dislocation, de rassembler les êtres séparés, de vaincre la solitude ou l'isolement, de retrouver ourefonder les unités
perdues. Ainsi que nous le verrons, ces notions sont très utiles - tel est en tout cas pour rendre compte des réalités de la Belgique d'aujourd'hui, n10n sentiment
~

écartelée entre des forces cen trifuges (de déliance) et des forces cen tripètes (de reliance) qui marquent le quotidien de son existence à la fois fragile et solide, plus
siolide en tout cas que d'aucuns ne le pensent (ou le souhaitent)
,

Sur ce, bonne lecture: puisse celle-ci inciter ceux d'entre vous' qui en auront les moyens et la volonté, à œuvrer au dépassement des conflits médiocres et à la bonne entente des communautés dans le respect des différences culturelles. Comme l'a écrit Alain Maskens : « Cc qui mc motivc, au moment 0JlJ"'écris ccs ligncs, ce n 'cstpas la sauvegarde de telle entité ou t'ont"cpt olitique. C'cst d'aaToître la probabilité que nos p enfants etpetits-enjànts bénéjÙieront dcs meilleures (;ondition.rde vie et de bonheur )1 .

Alain MASKENS, !Y/ana-Flamands et mono-Wallons. Errances et dangers des idéologies mono-identitaires, Paris..Bruxelles, La Longue Vue,2000, p. 16. 19

)

REMERCIEMENTS

Rassembler ses souvenirs pour tenter de rédiger un livre de «mémoires politiques» est une entreprise pleine d'aléas. Œuvre par essence subjective, un ouvrage de ce type doit pouvoir se targuer d'un indispensable minimum d'objectivité scientifique et humaine. Telle a été ma constante préoccupation. Pour atteindre - ne fût-ce que partiellement - cet objectif, le concours de nombreux amis m'a été d'un grand secours. Au premier rang de ceux-ci, je citerai mes compagnons de lutte du Conseil Communal ou de la majorité politique locale: Jean Cooremans, Cllristlan Liétar, Marco Schetgen et Philippe Thiéry m'ont fait l'amitié de lire la première version de mon manuscrit, d'en apprécier le contenu global, de le corriger ou de le compléter sur un certain nombre de points (importants, mais généralement de détail). J'ai évidemment tenu compte de leurs pertinentes remarques. J'ai également soumis mon texte à Christian Van Eyken, dont l'expérience politique aurait pu utilement éclairer les événements constituant la trame de ces mémoires. Malheureusement, les lourdes charges de mandataire qui sont les siennes en tant que bourgmestre de Linkebeek et seul élu francophone au Parlement flamand (Vlaamse Raad) ne lui ont pas laissé le loisir de consacrer le temps nécessaire à cette lecture. Néanmoins, il a bien voulu m'accorder un entretien pour me mettre au courant des événements les plus marquants de l'histoire récente de Linkebeek. Certains amis proches ont également pris le temps et la peine de se plonger dans cette histoire de vie d'un sociologue «aux mains sales », et dans l'essai d'interprétation de celle-ci par référence aux réalités paradoxales d'un pays célébré pour sa contribution au mouvement surréaliste. Les sages conseils de mes éminents collègues Gabriel Fragnière du Collège d'Europe à Bruges et Vincent Hanssens de l'Université Catholique de I"ouvain m'ont été précieux à cet égard. Pierre Blaise du CRISP (Centre de Recherches et d'Informations SocioPolitiques) m'a fourni un grand nombre de rensiegnements qui me manquaient. Il l'a fait avec une disponibilité, une conscience professionnelle, une ouverture d'esprit et une volonté de service public auxquelles je tiens à rendre publiquement hommage. Je ne peux non plus passer sous silence l'aide efficace que m'a apportée Lily Clerens, la compétente, serviable et sytnpathique secrétaire communale, pourtant

très surchargée par l'a gestion d'une commune dite « à facilités» qui, pOlIr elle, tend à accumuler les « difficultés ». J'aurais souhaité me plonger plus profondément dans les écrits de mes collègues néerlandophones, afm de rendre plus équilibrée encore mon analyse de ces fameuses «difficultés». Le temps, la place et la san té m'ont fait défaut pour concrétiser cette intention. J'espère seulen1ent que n10n texte - qui ne se cache pas d'être partial et partiel, malgré mes efforts en sens contraire - suscitera de courtoises critiques, lesquelles pourront ouvrir la voie - soyons optimistes - à un dialogue fécond, serein et démocratique.. Alex G-eysels, flis de l'échevin à cÔté de qui j'ai débuté ma «carrière» politique locale, m'a aimablement fourni quelques références bibliographiques que j'ai reprises en fm de volume. Je ne peux qu'y renvoyer le lecteur intéressé. Belge de cœur, d'esprit et de conviction, j'avais imaginé que ma prose pourrait intéresser certains éditeurs de mon pays. Jusqu'à présent leur éventuel enthousiasme tarde à se l11anifester. En revanche, l'Harn1attan, éditeur parisien, tn'a encouragé et soutenu dans mon entreprise. Les questions soulevées lui ont paru mériter de retenir l'attention d'un public plus vaste, français, francophone et international. Ceci grâce à l'action concrète de Patrice IZanozsai, membre de la conviviale équipe qui gère cette dynamique maison d'édition. Au point que ce jeune Belge enthousiaste, expatrié, patriote en un temps où cette valeur tend à se diluer, a tenu à rédiger lui-même la quatrième de couverture.. .et à accepter, dans la foulée, d'exposer dans une préface personnelle, à l'intention des lecteurs étrangers, quelques éléments de la réalité surréaliste et paradoxale, biscornue et (apparemment) farfelue de ce pays qu'il aime et estime injustement méconnu. Merci aussi, pour leur amical concours dans la recherche de documents iconographiques, à Olivier Gobert et Isabelle Revelard, de la photothèque du journal Le Soir, à Marcelle Donay et Jean-Claude Raes, mandataires communaux, à Simone Liétar épouse de l'ancien bourgmestre, à Christian Dercq et J\tfichel Maziers du magazine Carrefour. J'avais cru, au p_rix d'un dur labeur, avoir réussi à produire un «prêt-àclicher» conforme aux exigences de mon éditeur. Mes compétences se sont révélées insuffisantes à cet égard. J'ai dû déchanter.. ~ ce qui tue permet de reconnaître l'aide essentielle que m'a apportée, en ce domaine, Jocelyne Brahy, experte en déchiffrement de mes repentirs. Last but not least, je ne peux manquer d'évoquer l'apport fondamental qui a été celui de Françoise Leclercq. Françoise, mon épouse, qui n'a jamais cessé malgré mes absences trop longues et trop fréquentes (servitude de la fonction de sociologue militant) - de comprendre, accepter et encourager lTIOn engagelncnt politique. .. puis, au terme de celui-ci, mon engagement dans l'écriture. 22

A tous ceux et celles que je viens de citer, en leurs CODlpétences et qualités, à tous ceux et celles que je n'ai pu citer mais que je n'oublie pa$, je tiens à exprimer, au terme d'une expérience humaine parfois décevante, toujours riche et initiatique, ma très vive, profonde et sincère gratitude. Etant entendu, selon la formule consacrée, qu'ils ne peuvent nullement être considérés comme engagés par des propos dont j'assume bien évidemment l'entière responsabilité. M. B.D.B.

Si la Belgique, genre humain

ne fût-ce que par un courant intel/er.-tlle/, pan/iflnt des mouvements natinalistes et at/monde. sur base de leurs iTitères, alors ce pays,

el oppoJe.r une réJiJtance

à la pensée et aux agissements

et racistes qui sttbdÙJi.rent le

avec le soutien de la population

pai?fiste, aura rendu un fier servÙ:e à l'Europe

Ludo DIERICI<X
Ce qui exige notre vigilulttf!, al n'est PilS la jÙite rapide du passé, c'est j'assemblage progressij'des conditions d'un (( non-vou/oir vivre ensflnble )). Charles 'PICQUE

La Belgique peut continuer d'être, si les Belges le veulent Mais le veulent-ils? Et s'ils ne le veulent pas? La Belgiqllc vivra en nous comme Alexandrie, Et tant de rqyauJJJc disJOUSpar la jolie des hommes.

Jacques FRAN CI<

Les J"eux sont rationnels en surface: guidés par l'opportunisme Et irrationnels en prqfondeur : dominés par les passions

et le il1ltul d'intérêt.

et les enjeux rymboliques.

Alain ERAL Y

Il importe que la Belgique se recentre enjin sur la vraie bataille: non le ivmbat des monojlamands l'ontre les monowallons, mais la promotion par tous des valeurs humanistes.

Alain MASIŒNS

Il n~'ya rien depluJ antagoniJtes que deux sotiétés mono-culturelleJ qui Je côtoient et qui J'opposent en raison de l'irréductibilité des printipes au nom desquels elles J'aifir7J1ent. LeJ guerres nationaliJteJ en Europe sont souvent nées de te/J antagoniJmes intolérants. Les lultures partÙulières ne sauvent pas leur originalité en se protégeant lvntre toute
tvnfro ntatio n.

Gabriel FRAGNIERE

25

PROLOGUE

Linkebeek, 21 décembre 2000. 36 ans après nla première élection au Conseil Communal de ma petite C0111munede la périphérie bruxelloise, j'assiste à ma dernière réunion dudit Conseil. J'ai l'intention d'y prononcer un discours d'adieu, en forme de bilan sur cette longue période de notre histoire locale. Je suis amené à y renoncer, "'11l'obstruction de nos co.llègues de la minorité flamande, opposés à toute expression dans la langue de Voltaire au sein de cette instance, symbole et manifestation de la démocratie. En réponse au sympathique discours du Bourgmestre, je me contente d'annoncer mon projet d'entreprendre dès le lendemain la rédaction d'un livre relatant mon expérience de conseiller communal sociologue, linkebeekois de longue date. Il s'agit là, en effet, d'un très ancien projet, caressé depuis plus d'un tiers de siècle. C'était ce que m'avait vivement recommandé mon professeur américain de l'Université de Chicago, Val Lorwin, lorsque je lui avais conté les clochemerlesques péripéties de la constitution de notre première coalition majoritaire en 1965.

Linkebeek, 22 décembre 2000. Puisque je l'ai annoncé publiquement hier soir, je me dois de passer à l'acte. Ce que je fais: je prends une feuille blanche,
esquisse le plan du livre, et jette sur le papier les premières

-

et les plus difficiles

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lignes de mes « mémoires» de citoyen engagé dans la vie sociale et politique de sa communauté. Je me rends compte, soudain, que nous sommes au cœur du solstice d'hiver. A tort ou à raison, je saisis cette « illumination» - métaphore paradoxale alors que nous vivons le jour le plus court de l'année! dans toute sa valeur symbolique, en relation avec ce qui constitue l'essence même de mon expérience personnelle, en ce moment précis (<<ci et maintenant» comme disent mes amis i psychosociologues) : le soleil a diminué d'intensité, il a réduit son activité mais il va réagir, ne pas disparaître, seredéployer~ Je me sens comme le soleil fêté au solstice d'hiver: le temps de la retraite a sonné au cadran de l'institution académique, mais ce ne sera pas celui du retrait, plutôt celui du redéploiement... ce que marque symboliquement mon engagement dans l'écriture de ces « mémoires ». Et puisque nous ne sommes pas à un paradoxe près, je songe en cet instant à une image que j'aime beaucoup et qu'il m'arrive souvent de choisir lorsque, dans une séance de « photo-langage », des participants à mes séminaires de communication me demandent, à mon tour, de choisir la photo qui exprime le mieux ma personnalité telle que je la perçois: c'est l'image d'un lac scandinave, calme et paisible, éclairé au soleil de minuit... ou du n10ins grâce à un montage, photographié vingt-quatre heures de suite, de midi à midi ; l'on y voit le soleil suivre une courbe descendante, frôler la surface du lac, puis repartir en une courbe ascendante... probablement avant que ne s'approche, irrésistiblement, la nuit polaire. Aujourd'hui je m'éprouve, à bien des égards, un peu com.me ce lac du Grand Nord et comme ce soleil toujours en éveil: serein, apaisé, ressourcé, prêt à tailler de nouvelles pierres (ce livre... et d'autres) avant de laisser définitivement tomber les outils. Et je suis tenté de voir dans cette image, en plus, le sytnbole du devenir de ce pays qui est le mien et que j'aime, la Belgique: attaquée de l'extérieur dans ma jeunesse, menacée 29

d'Ullplosion depuis quatre décennies, toujours présente et bien vivante, je lui souhaite de se révéler, dans les années à venir, pacifiée comme le lac, revitalisée comme le soleil... et que le sombre présage de sa dislocation ne se réalise, s'il doit intervenir, que dans le cadre d'une Europe fédérale au sein de laquelle se seraient fondus les Etats Nations générateurs de guerre.

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