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Survivre au traumatisme

De
165 pages
De retour d'Afghanistan, dans le cadre d'une mission de l'OTAN, un officier français est victime d'un très grave accident au cours des manoeuvres. Ayant frôlé de très près la mort, cet homme devra trouver en lui la force de se reconstruire physiquement. Ce livre relate ce combat acharné, avec l'espoir de pouvoir aider par son exemple ceux qui cherchent aussi à sortir d'une situation en apparence désespérée.
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SURVIVRE AU TRAUMATISME
Témoignage d’une reconstruction

d’un

Jean-Yves Boyer

SURVIVRE AU TRAUMATISME
Témoignage d’une reconstruction

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11220-9 EAN : 9782296112209

À mon épouse Delphine, infirmière, et aussi mère de trois enfants, bien seule durant plus de deux années.

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Un grand merci à mes conseillers en rédaction et aux acteurs impliqués dans ce renouveau : Yves Auroy, Jean-Pierre Bosser, Jean-Marc Chatillon, Bruno Desbien, Laure d’Hautefeuille, Yves Kossowski, Chouquette Leclercq, Christian Touraille, et mes amis « aixois ». Tous cités de manière anonyme, ils font partie de ce milieu familial, médical ou professionnel que je cite souvent en exemple.

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PROLOGUE Le témoignage que vous allez parcourir est un ensemble de ficelles simples et utiles qui peuvent faciliter le passage d’un cap difficile et long, toujours trop long, celui de la reconstruction. Il a été rédigé en toute sincérité, sans prétention et en toute honnêteté, selon mes propres interprétations des évènements qui se sont produits. Avant de commencer le récit de mon histoire, je tenais à souligner que le texte recèle de précisions qui paraîtront pour certains un peu trop médicales. J’ai, dans mes nombreux défauts, celui de la curiosité. Cela se traduit par une volonté obstinée d’obtenir une explication à chacune des questions que je me suis posées durant mon hospitalisation. En effet, bien que respectant, encore plus maintenant, le corps médical, il faut admettre que les spécialistes ont parfois tendance à ne rien vous préciser. Ils doivent considérer que des explications trop techniques ne vous concernent pas ou peuvent se révéler nuisibles pour votre équilibre psychologique. Peut-être aussi n’y pensent-ils pas, nous considérant comme un patient parmi tant d’autres. C’est pour cela que j’ai tenu à vous préciser quelques particularités de notre corps qui m’ont été révélées à force de questions, détails intéressants et nécessaires pour comprendre les situations présentées. Enfin, je demande au lecteur de s’investir personnellement dans la lecture de ce texte comme il aurait pu le faire dans un « jeu de rôle », un jeu de simulation dans lequel vous devenez un autre personnage. Imaginez pendant quelques heures que vous êtes un officier de l’armée de terre (compliqué, je le comprends…), que vous êtes marié à une infirmière prénommée Delphine, que vous êtes père de trois filles et que l’histoire qui va suivre aurait pu vous arriver…

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PREAMBULE

14 octobre 2005 ! Cette date restera ancrée dans ma mémoire, comme le début et presque la fin d’une expérience très difficile. Le début d’une aventure que je ne souhaite à personne, même à mon pire ennemi que je n’ai jamais eu au demeurant. La fin d’un âge non pas immature, car à 44 ans chaque homme peut se prévaloir d’une expérience et de connaissances solides, mais la fin d’une méconnaissance de ce qu’est la véritable souffrance psychologique et physique. Le terme presque est volontairement ajouté, car l’accident aurait pu, ou aurait dû achever mon existence. Si cette fin était annoncée dans les premiers jours, elle aurait aussi pu se produire dans les mois qui suivirent ma reconstruction physique hélas doublée d’une déstructuration psychique. Dans mon métier de militaire, comme dans d’autres évidemment, une phase de l’action est déterminante pour la suite des opérations : celle du RETEX, un acronyme connu chez les militaires et qui signifie REtour d’EXpériences. Ce bilan postopérationnel (ou dans mon cas postévènementiel) est considéré être comme l’étape la plus importante d’une situation connue ou rencontrée. Elle demeure encore parfois la moins travaillée naturellement. Pourquoi ? Tout simplement en raison d’une démotivation chez certains de chercher à améliorer des situations futures qui ne les concerneront pas directement… Après tout, chacun son métier… chacun ses problèmes. Aussi est-il nécessaire que cette volonté soit ordonnée et coordonnée par toute structure de management, dont une des fonctions est la recherche de solutions innovantes à moindre coût. Et cela passe par l’exploitation des expériences vécues, car les conclusions
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apportées doivent permettre d’éviter de produire à nouveau les mêmes erreurs dans des conditions de « température et de pression » identiques. Aussi, ce livre décrit-il l’accident avec ses conséquences physiques et morales vécues durant ces quatre dernières années, depuis précisément le 14 octobre 2005. Ce témoignage poursuit quatre objectifs. En premier lieu, il m’a permis d’emblée ou presque de rédiger mes pensées suite aux premières opérations et s’est avéré devenir mon réservoir d’expansion. Il est toujours plus aisé d’écrire que de raconter des expériences déstabilisantes vécues… Il est ensuite destiné à ceux qui connaissent ou qui, hélas, pourraient connaître des souffrances physiques et morales fortes. Il se veut être une aide avec des propositions concrètes et ainsi permettre de mieux comprendre des situations médicales ou psychologiques jugées difficiles. Mais, surtout, ce livre s’adresse aux proches d’un blessé grave. Leur attitude et leur comportement conditionnent en premier lieu son rétablissement moral dans des moments critiques où les idées sombres émergent et peuvent se concrétiser plus vite qu’on ne le croit… Enfin, il développe des réflexions personnelles, plus profondes sur ce que j’appelle le sens de la vie… Je suis aujourd’hui pratiquement complètement rétabli, mais j’ai dû patienter presque quatre années durant lesquelles j’aurai connu souffrances, espoirs et surtout frustrations. Vous allez vite comprendre pourquoi.

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23 février 2008 Jacqueline, une des tantes de Delphine, nous a invités à Moutherot, un petit village situé à quelques kilomètres de Besançon. Elle souhaite nous faire participer à l’anniversaire des 70 ans de son compagnon, René. Avant de nous rendre chez eux, nous décidons d’effectuer une courte pause au centre hospitalier de cette ville au passé historique si prégnant. Il fait un temps magnifique. Les quelques immeubles qui constituent cette immense infrastructure dédiée aux soins sont heureusement noyés dans une intense verdure qui renforce un sentiment de paix qui m’habite depuis peu. Nous nous dirigeons d’emblée vers le service de réanimation chirurgicale, vers les bureaux dans lesquels nous sommes susceptibles de rencontrer du personnel connu de mon épouse et d’elle seule. Tout à coup, nous croisons trois personnes, dont deux sont immédiatement reconnues par elle. - Ah ! Bonjour madame, s’exclame l’une d’elles, l’ayant visiblement identifiée. Bonjour monsieur, finirent-elles par dire, après m’avoir scruté avec un regard étonné et souriant. - Bonjour mesdames. Répondit Delphine. Vous vous souvenez de nous ? Je tenais à amener mon mari dans votre service. - Oui, bien entendu annonça-t-elle. Elle me fixa longuement puis continua d’un ton plus bas. Vous êtes celui qui a eu un grave accident de char, celui dont le scanner montrait des tâches importantes…. Quelques minutes après les avoir quittées, la question fuse : - Que voulait-elle dire par des tâches sur ce scanner, et puis de quel scanner parlait-elle ? J’avouais aussi que j’avais été quelque peu tendu par cet entretien… - Du scanner de ton cerveau, elle faisait allusion aux lésions cérébrales qui auraient pu t’être au pire fatales, au mieux te transformer à terme en plante verte…

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DOCTEUR JEKYLL ET MISTER HIDE

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