Tchad : l'Etat retrouvé

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EAN13 : 9782296406421
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LA CHINE
DU NOUVEAU DÉPARTGuy P. SCHULDERS
LA CHINE
DU NOUVEAU DÉPART
Quel développement pour quelle Chine?
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris@ L'Harmattan, 1987
ISBN: 2-85802-884-2SOMMAIRE
INTRODUcrI ON ; Il
Notes concernant le Chapitre introductif 26
CHAPITRE I - LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE DE LA CHINE.. 31
I - Les Hommes et leur milieu 33
II - Leur Histoire 47
III - Les activités économiques de la Chine 51
Notes concernant Ie CMpitre I 69
CHAPITRE II - DE LA DYNAMIQUE DES STRUCTURES A LA
DYNAMIQUE DES FLUX 75
l - La dynamique des principes 77
II - La du sect~ur agricole , 90
III - La réforme des secteurs de l'Industrie
et des services 100
Notes concernant le Chapitre II 118
CHAPITREIII - LA CHINE DE L'OUVERTURE 123
l - De la statique des flux internes à la dynamique
des flux externes 124
7II - Les zones économiques spéciales 142
m - Les organisations internationales 148
IV - Bilan d'une économie ouverte 152
Notes concernant le Chapitre m 158
CHAPITRE IV- LA CHINE DES NOUVELLES MÉTHODES... 163
I - Lestermes du changement 165
II - La dynamique de la croissance 171
m - La croissance et la technique 195
Notes concernant le Chapitre IV 212
CHAPITREV - LA CHINEDES NOUVEAUX SySTÈMES 217
I - Lechoixde société 218
II - La Chine, le Marché, le Plan 222
m - La Chine de la mi-temps: horizon 90 237
IV - Le calcul économique en Chine 251
Notes concernant le Chapitre V 263
CONCLUSI ON 267
BIBLIOGRAPHIE.. 287
8Nous tenons à exprimer nos sincères remerciements à tous
ceux, qui par leur aide, leurs encouragements, leurs conseils ou
leurs critiques, nous ont permis d'avancer dans la compréhen-
sion du phénomène chinois,
et particulièrement à
Messieurs Ji Jing Yu et Chen Baodiang, Premiers Secrétaires
d'ambassade auprès du Ministère chinois des Affaires Etrangè-
res, pour l'importante documentation qu'ils ont bien voulu nous
fournir,
Mesdames Ge Ji et Zhu Li, Monsieur Chen Zongde, membres
de l'Académie chinoise des Sciences Sociales, qui nous ont si ai-
mablement invité dans leur Institut, et permis de rencontrer un
grand nombre de collègues et de personnalités chinoises de haut
niveau culturel et scientifique,
Monsieur Kong Jin Guo, Directeur de l'Institut Economique
de l'Académie des Sciences Sociales de Shanghai, ainsi qu'aux
Professeurs qui nous ont fourni tant de précisions sur la nouvelle
situation économique de la Chine contemporaine,
Monsieur Chen Jiagui, Directeur de l'Office de Gestion de
l'Economie Industrielle,
Monsieur Zhang Baomin, Chef du Département de la Re-
cherche à l'Institut pour le Développement Rural,
Messieurs Wang 2hi Meng, Tien Kuo Pei et Yia Yang Guang
qui ont assuré à Pékin et à Shanghai l'interprétariat de nos confé-
rences, de nos interventions, ainsi que des réunions qui n'au-
raient pu avoir lieu sans leurs remarquables compétences lin-
guistiques,
Messieurs et Mesdames les Responsables des Bourgs Ruraux
de Chong Zhen, de Shuang Qiao et de Sijiqing, qui n'ont pas mé-
9nagé leur temps pour nous faire connaître le dynamisme de la
Paysannerie chinoise, ainsi que les réalités rurales nouvelles,
Monsieur Wang Yinqia, Vice-Directeur de l'Usine d'Habille-
ment de Chang Cheng, qui nous a fait comprendre dans les
moindres détails les principes d'organisation et de gestion d'une
entreprise chinoise moderne et active,
Monsieur Christian Thimonier, Attaché Culturel à l'Ambas-
sade de France à Pékin, pour la qualité de son accueil ainsi que
pour le temps précieux qu'il a bien voulu nous consacrer,
ainsi qu'à tous ceux, qui par modestie ont préféré de pas être
cités, mais dont les remarques nous ont efficacement guidé dans
la réalisation de ce travail.
10INTRODUCTION
Un milliard cent millions de Chinois
Le Monde est en perpétuelle mutation. Les continuelles
transformations qui le façonnent ne sont pas et ne seront jamais
d'une importance uniforme au sein de l'espace-temps dans le-
quel il se meut.
Depuis quelques années, ce monde dynamique comporte de
nouveaux éléments:
- La population a considérablement augmenté. Plus que le
nombre, c'est la pondération entre les différentes nations qui
s'est notablement modifiée; sur quatre milliards et demi d'habi-
tants, la Chine en compte à elle seule près du quart. Les Indes
dépassent les 760 millions, et l'Indonésie 155millions.
- Les écarts entre les revenus et les niveaux de vie se sont
fortement creusésentre lesNations dites « riches» et les Nations
dites « pauvres ».
- La crise économique mondiale, dont la crise du pétrole de
1973 marqua sinon le début, du moins la prise de conscience,
frappe durement les Nations Industrialisées, mais encore plus
intensément et profondément les Nations du Tiers Monde, plus
fragiles et moins stables politiquement. Le fossé se creuse entre
les niveaux de vie restant élevés des uns, et les conditions diffici-
les de survie des autres.
11- De nouvelles zones économiques naissent en de nouveaux
points du Globe, bouleversant ainsi de nombreux équilibres éta-
blis depuis des décennies, déplaçant le centre de gravité du
monde des affaires, et des flux financiers et commerciaux inter-
nationaux. L'Asie du Sud-Est s'ouvre aux nouvelles technolo-
gies conduisant à l'utilisation d'un capital extérieur par des po-
pulations laborieuses et conscientes des intérêts nationaux.
L'Amérique Latine se transforme également, en particulier le
Brésil colosse du continent sud-américain, voisin des Etàts-Unis
lesquels voient en cette Nation une clientèle relativement sol-
vable qui pourrait à terme servir de débouché à des produits qui
se commercialisent difficilement sur leurs propres marchés.
- Mais surtout, le Monde voit s'ouvrir la Chine, qui se dote
de nouvelles structures, modifiant les rapports traditionnels
entre ses villes et sa campagne, ses ouvriers et ses paysans, ac-
ceptant les capitaux étrangers, ne refusant plus a priori les nor-
mes d'une économie marchande, comprenant que le bien-être
matériel de son peuple et le respect des valeurs fondamentales
qu'elle a toujours su honorer ne sont nullement en contradiction
avec la technologie moderne, la rentabilité, l'échange, ni même
avec l'enrichissement personnel de ceux qui s'adonnent au la-
beur.
Les réalités du développement s'accommodent mal des ex-
plications et des démarches exclusivement théoriques, élaborées
en d'autres lieux et en d'autres époques, pour résoudre d'autres
problèmes rencontrés par d'autres peuples.
Les Chinois sont conduits à définir eux-mêmes avec précision
et en toute indépendance, le système de coordonnées dans lequel
s'inscriront leurs évolutions économiques, politiques et sociales,
mais aussi leur avenir culturel et historique.
Dans ce contexte, la Chine connaît de nos jours une extraordi-
naire mutation. Ce bouleversement tout particulier de par son
ampleur, concerne un peuple lié à une Histoire fort ancienne, un
territoire caractérisé par une géographie très variée, des travail-
leurs habiles, courageux, mais surtout fort nombreux, des entre-
prises qui se développent à la campagne, où les activités« secon-
daires» donnent aux paysans des aptitudes artisanales et
industrielles. Les unités de production de base deviennent renta-
bles. La révolution économique sans précédent que connaît la
Chine actuellement, est assurément tributaire d'ajustements éco-
12nomiques, politiques et sociaux, dont la mise en œuvre implique
précisément une dynamique nouvelle.
Dans la mesure où elles concernent un milliard cent millions
de Chinois, de tellés mutations impliquent une redéfinition de
la géographie économique mondiale. Une question intrigue
alors nos contemporains, qui considèrent en observateurs atten-
tifs ceux qui naguère oubliés, méconnus, incompris, ou margina-
lisés, sont désormais en passe de devenir leurs fournisseurs,
leurs clients, leurs partenaires:
Quel sera le développement de cette Chine du .nouveau dé-
part?
A cette question pertinente s'en ajoute une seconde, hier sou-
levée presque uniquement au sein des amphithéâtres parfois
tourmentés des Universités Occidentales par des étudiants pers-
picaces, et dont la réponse est sollicitée et attendue aujourd'hui
par une multitude de sociologues, d'économistes, de politiciens
et d'hommes d'affaires: la Chine est-elle un pays sous-
développé, et à quel « clan» appartient-elle ?
S'il s'agissait par cette question, de se demander si la Chine
a vraiment utilisé au mieux (sinon au maximum), l'ensemble des
facteurs humains et techniques, ainsi que les extraordinaires res-
sources naturelles dont elle est dotée, la réponse orientée vers la
négative serait évidente, et n'apporterait rien au débat, dans la
mesure, où toute la nation chinoise s'inscrit dans une dynamique
nouvelle, non seulement d'amélioration, mais également de dé-
passement.
L'importance-même du concept de développement impose
une terminologie précise, des critères sérieux. Le désir, fort
louable par ailleurs, de certains experts de ménager les suscepti-
bilités des populations concernées par le problème du sous-
développement, conduit trop souvent à brouiller les cartes par
l'utilisation d'un vocabulaire vague, mal défini. Ainsi emploie+
on indéfiniment les termes de pays non développés, de pays en
voie de développement, de pays du Tiers Monde, de pays du dé-
veloppement, de pays pauvres, de pays du Sud, etc..
Toute analyse réaliste du modèle évolutif de l'Economie chi-
noise impose que l'on sache établir la différence,
- entre un pays (ou une zone), dont la pauvreté s'accroît, se
13trouvant dans l'incapacité actuelle de constituer un capital, des
investissements, une épargne, sans richesses naturelles commer-
cialisables, et dont aucun expert ne peut trouver de solution pré-
sente au cercle vicieux de sa pauvreté,
- et un pays (ou une zone) qui, bien qu'encore pauvre et in-
suffisament équipé, est en train d'accumuler des éléments de ri-
chesses, de mettre en œuvre des industries« industrialisantes»,
des pôles de croissance, et peut donc espérer dans un futur pro-
che, une croissance régulière et cumulative qui le conduira à un
niveau de richesse compatible avec son indépendance économi-
que, puis politique (la première nous paraissant constituer le
préalable indispensable à la réalisation de la seconde).
Le fond du problème est là: si un pays est dans un état d'ac-
croissement de sa pauvreté ou dans l'impossibilité d'améliorer
sa situation, il est sous-développé; si par contre, il possède ou
peut mettre en œuvre les éléments d'une amélioration de sa si-
tuation économique, même s'il est encore pauvre, il est engagé
dans un processus cumulatif de développement, il est en voie de
développement. La relativité de ces termes ainsi que l'impossibi-
lité de prétendre à une typologie objective ne nous échappent
certes pas. Mais elles n'excluent pas la nécessité d'une approche
réaliste de la pauvreté, ni la recherche scientifique de ses solu-
tions.
Avoir méconnu cette différence, et mis dans un même grou-
pe, inconsidérément tous les pays non industrialisés qui n'é-
taient pas «du Nord» ou qui n'étaient pas «riches», avoir évo-
qué indistinctement pays en voie de développement, pays
sous-développés, pays les moins avancés, a entrainé des confu-
sions méthodologiques qui ont considérablement retardé cer-
tains Economistes Occidentaux à sensibilité libérale, comme de
nombreux Economistes« tiers-mondistes» à orientation socia-
liste-progressiste (ou subjectivement imbus d'a priori pro-
soviétiques), dans leur compréhension du phénomène asiatique
des « pays nouvellement industrialisés », qui eux, échappaient
de façon inattendue au cadre imprécis dans lequel on les consi-
dérait.
Les vocations historiques qui établissent des liens à l'inté-
rieur des fuseaux géographiques (entre l'Europe et l'Afrique, les
Etats-Unis et l'Amérique Latine) ne doivent pas faire oublier
qu'à l'Est comme à l'Ouest, des partenaires nouveaux peuvent
14se présenter, et qu'en aucun cas, l'Asie ne doit être la « chasse
gardée» et prédestinée du seul Japon.
Le cas de la Chine et de son spectaculaire réveil économique
pourrait à ce sujet impulser régionalement un mouvement de
turbulence, et l'on peut prêter à cette nation et à ses hommes les
aptitudes à ne pas devenir « la Chine du Japon ». Aux Japonais
d'espérer qu'une de ces ironies parfois engendrées par l'Histoi-
re, ne fasse pas de ce voisin actuellement dominant « le Japon de
la Chine» !
Ces éléments de réponse fournissent ainsi des éclaircisse-
ments et des hypothèses de travail pour appréhender le « mo-
dèle chinois». Personne ne s'offensera, de ce que l'on admette
que la Chine est un pays encore sous-développé, et que le fabu-
leux phénomène que nous essayons précisément d'observer, de
comprendre, et peut-être modestement d'expliquer, est celui de
l'organisation de son développement,de son « décollage», de sa
mise en orbite sur la voie du développement.
Mais ici encore, le descriptif et le qualitatif ne doivent pas ex-
clure la précision des concepts. Il nous faut admettre des repères
et en mesurer la valeur et l'évolution. Le développement étant
conditionné à la fois par des facteurs techniques, mais aussi (si-
non surtout) par des facteurs humains, nos critères d'analyse de-
vront être simultanément axés tant sur le plan de la sociologie,
que sur celui de la statistique, sur le plan des mécanismes comme
sur celui des comportements.
Outre notre approche économique et politique des problèmes
de la Chine actuelle, il nous faudra par conséquent étudier la po-
pulation, ses aptitudes etses habitudes qui conditionnent, il va
sans dire le déroulement des activités économiques dans leur en-
semble. L'évolution soudainement accélérée de l'Economie chi-
noise incite l'ensemble des experts à orienter leurs recherches
dans un grand nombre de domaines à la fois humains et techni-
ques : approches démographique, sanitaire, alimentaire, cultu-
relle, mais également analyses du marché du travail, de la forma-
tion des richesses, de la distribution des revenus, etc.
Sur un plan plus global, le Monde se demande (car il a grand
intérêt à le savoir) : quel taux de croissance la Chine peut-elle
supporter? Pendant combien de temps? Quel sera le niveau de
15son économie en l'An 2000 ? Peut elle rattraper les nations au-
jourd'hui riches et industrialisées?
La réponse à l'ensemble de ces questions n'est certes pas ai-
sée. Mais les poser nous permet d'approcher de façon concrète
et précise le problème que nous soulevons, de savoir si la Chine
est ou non un pays figé dans le sous-développement, et de quels
éléments elle dispose pour mettre en œuvre la mutation qu'elle
s'est assignée.
On peut penser, que les critères dont nous disposons pour ré-
fléchir à l'économie de la Chine caractérisent des appareils éco-
nomiques et politiques occidentaux capitalistes, des pays mar-
xistes du bloc soviétique, ou des nations du Tiers Monde
assistées. Gardons- nous de nous enfermer dans une méthodolo-
gie inutilement rigide, et avançons au contraire, que l'expérience
d'autres Etats peut en la matière, fournir des enseignements uti-
les. La relativité des circonstances doit bien entendu être res-
pectée, et requiert une démarche d'adaptation; l'application
aveugle d'expériences étrangères ne viendra certes à l'esprit
d'aucun économiste sérieux. Les techniques de calcul économi-
que n'ont pas à être intégralement réinventées par une nation en
retard de croissance. Ceci dit, un pays comme la Chine, qui cana-
lise les activités du quart de la population du Globe peut fort
bien élaborer un ensemble de critères qui lui soit spécifique.
S'il est permis de douter de la conclusion scientifique que l'on
peut tirer de la connaissance isolée de chacun de ces critères, leur
considération d'ensemble permet déjà la détermination d'un
profil économique précis, et de dépasser la simple approche en
termes de« nations riches» et de «nations pauvres ».
L'on observera alors, que sur environ 170 pays que compte
notre Planète, vivent quatre milliards et demi d'habitants, qui
par leur activité créatrice génèrent chaque année une valeur éco-
nomique nouvelle d'environ quinze milliards de dollars US (12,8
pour l'année 1984). Il suffit de remarquer que les seuls pays de
la Communauté Economique Européenne, les Etats-Unis
d'Amérique, l'Union Soviétique et le Japon dont la population
atteint à peine 940 millions d'habitants (20% de la
mondiale) se partagent à eux seuls 9.150milliards de dollars, soit
73%du résultat en valeur de la valeur ajoutée mondiale de l'an-
née 1984. La Chine dont il est encore actuellement difficile de
connaître avec précision les résultats chiffrés, et de les comparer
16avec ceux des autres pays étant donné la différence des niveaux
des prix des produits commercialisés sur les divers territoires,
serait classée par la Banque Mondiale au neuvième rang mon-
dial par ordre de Produit Intérieur brut (306milliards de dollars
US) (1).
En fait, cette analyse dichotomique de la répartition mondiale
entre riches et pauvres, 73% pour 20%contre 27% pour 80%, n'a
d'intérêt que si elle débouche sur une stratégie dynamique d'en-
diguement de ce fossé qui semble vouloir se creuser inexorable-
ment. Chacun comprend que le déséquilibre dynamique ainsi
mis en évidence peut déboucher sur une tension mondiale Nord-
Sud, et constituer un ferment éventuel de conflits graves, entre
une quantité croissante d'affamés, contre une masse toujours
moins nombreuse de nantis.
***
A cette dynamique explosive et contradictoire, l'Histoire
contemporaine semble répondre par le phénomène de la Chine.
Difficilement classifiable dans l'une ou l'autre des différentes ca-
tégories des typologies évoquées plus haut, classant les nations
suivant leurs paramètres économiques ou sociaux, en Pays Sous-
Développés, en Pays Industrialisés ou Pays Moins Avancés, ce
pays dont la population évoque selon les époques de son His-
toire tantôt une dynamique de bras au travail, tantôt une paraly-
sie de surpopulation, propose désormais une redéfinition du ba-
rycentre de la pauvreté et de la richesse de l'Humanité,
en faisant peser sa dynamique grandissante au milieu du fléau
de la balance mondiale des forces et des influences.
25 % de la population mondiale vont à contre-courant du dé-
séquilibre tant dénoncé. S'ouvrant au Reste du Monde, c'est plus
d'un milliard d'habitants qui bouleverse les marchés mondiaux,
par leur aptitude à être à la fois des fournisseurs nouveaux, ayant
le sens de la qualité et du commerce, et des clients avertis d'un
Monde qui est actuellement bloqué par l'insolvabilité des Na-
tions du Tiers Monde, et par la stagnation des Pays Industriali-
sés.
Les problèmes de la Chine intéressent et passionnent; mais
ils gardent encore beaucoup de leurs mystères. Il faut recon-
17naître, en effet, que peu de spécialistes parviennent à déchiffrer
les éléments constitutifs du phénomène Chinois.
LaCHINEpassionne, mais elle inquiète.
Entre l'Homme de Zhoukoudian et l'homme d'affaire de Pé-
kin ou de Shenzhen de 1986, les groupements humains se sont
organisés selon une évolution discontinue, jalonnée d'étapes
plus ou moins longues, plus ou moins performantes. L'Econo-
miste, du reste, ne verra pas de différence fondamentale dans
l'ordre de succession de ces étapes de l'évolution chinoise, par
rapport à celles qu'ont connues les autres civilisations du mon-
de.
Sur le plan des échanges, la Chine est passée du trocà l'utilisa-
tion progressive de la monnaie, pour développer dans sa
conception moderne, le crédit.Enfin, elle est dès à présent enga-
gée dans le concert des flux financiers internationaux, corollaires
enrichissants des flux commerciaux, dont les réseaux sont déjà
largement installés dans toutes les zones géographiques du
monde. Le non refus des capitaux des autres, et leur canalisation
vers la réalisation des projets que cette Nation sélectionne elle-
même, fournit aux observateurs la preuve supplémentaire que
la Chine est engagée sur la voie de la maturité, même si l'on a
cantonné les nouvelles expériences d'ouverture dans le cadre
territorial privilégié de quelques zones économiques « spécia-
les ».
.
Pour ce qui est de ses activités, la Chine, après avoir été,
comme bien d'autres civilisations, le berceau d'une Economie
pastorale, puis longtemps d'une Economie agricole (qu'elle reste
encore en grande partie), est devenue une puissance industrielle
en expansion, tout en développant rapidement une Economie de
services, orientée vers des activités modernes, complémentaires
de son agriculture et de son industrie.
La connaissance et la pratique qu'ont les Chinois de la
Doctrine Socialiste, peut les orienter vers l'analyse d'une
conception historique de l'Economie, sinon économique de
l'Histoire. Ils ne repousseront certainement pas dans ses grandes
lignes l'approche typologique évolutive de W.W. Rostow, qui
considère que toutes Sociétés humaines passent successivement,
18mais immanquablement par des étapes précises au cours de son
Histoire (2).
Si l'on admet pour la Chine ce type d'approche historique de
son Economie (mais aussi de sa civilisation), rien ne s'oppose à
ce que l'on considère que les étapes de son Economie aient été
franchies en même temps que se déroulaient des événements
historiques marquants. Sans être marxiste, tout économiste peut
admettre, que l'Action de l'Homme est mue par son désir d'af-
fronter des problèmes qui menacent la civilisation dans laquelle
il évolue, et reconnaître ainsi 'que les luttes peuvent engendrer
l'Histoire.
Les Responsables de la Chine actuelle semblent avoir entre-
pris de recenser des états et des forces contradictoires auxquels
il s'agit de mettre fin, dans la mesure où celles-ci ne peuvent de-
meurer dans l'intérêt général bien compris de la Nation. Que les
forces contradictoires :- ou opposées- engendrent l'I-iistoire
est une proposition hégelienne d'une forme de dialectique que
bien d'autres que Marx ont reconnue et développée. Le point de
savoir si ces seules forces contradictoires ont le pouvoir de géné-
rer l'Histoire, est un débat théorique que nous laisserons aux his-.
toriens et aux philosophes.
Les déclarations des Officiels chinois, ainsi que le comporte-
ment nouveau du Peuple, nous permettent de découvrir depuis
les années quatre-vingt, que le phénomène chinois actuel s'ac-
compagne d'une conception moderne et pertinente de la notion
de Progrès,telle que l'évoque F. Perroux, selon laquelle, pour que
l'évolution par la croissance et le développement s'accompagne
d'un progrès, il faut qu'elle se fasse en harmonie avec une cer-
taine idée commune que le peuple se fait de cette évolution, et
que sa vitesse de propagation ne soit pas trop rapide pour que
chacun puisse en ressentir les effets positifs, sans que de trop
lourds coû'\ humains en paient le tribut (3).La finalité de la crois-
sance à laquelle est liée l'idée de progrès, comporte donc des élé-
ments d'ordre humain et techniques dont tout doit être fait pour
qu'ils ne s'excluent pas mutuellement.
La Chine se donne pour objectif visible de passer rapidement
d'une Economie à prédominance agricole, animée par une méca-
nisation très peu élaborée, à une économie modernisée, axée sur
la technique, le bon rendement des sols et la productivité des
moyens mis en œuvre. Pour cela, une orientation vers la double
19vocation de la classe paysanne, est encouragée, faisant de ceux-ci
à la fois des paysans et des artisans, voire des industriels. Ne pas
prendre cette orientation de garde-fou, entraînerait la Chine vers
de hauts risques de chômage dans ses campagnes, inexorable-
ment aggravé d'un exode rural et donc d'un grossissement des
villes, avec toutes les nuisances qui se rattachent d'ordinaire à
un tel processus.
Cette notion de double vocation des paysans est un moyen
excellent, non seulement d'enrayer l'urbanisation galopante que
connaissent de nombreux pays du Tiers Monde imbriqués dans
une modernisation peu contrôlée, mais également, de décentra-
liser les pôles industriels, en les installant là, où la main d' œuvre
se trouve. Personne ne se trouvant «déraciné », les coûts hu-
mains de ce progrès s'en trouvent minimisés, et les Responsables
Chinois n'ont pas de difficulté à « universaliser» le sens de cette
évolution, condition pour qu'elle soit synonyme de progrès.
Les mêmes remarques pourraient découler de la prise en
considération du passage à l'Economie de Marché, et à l'utilisa-
tion de capitaux étrangers, pour une Chine, dont la mentalité et
la vocation commerciales sont traditionnellement reconnues.
Dans de nombreux pays du Tiers Monde, « le Chinois» est de-
venu synonyme de commerçant dans le langage populaire.
Même si ce mouvement a lieu d'être tempéré, et ses résultats dé-
montrés, (les tentatives n'ont guère que cinq ans), les impulsions
du changement sont en elles-mêmes significatives.
Le Monde n'a plus le caractère bicéphale des années soixante,
où son devenir était lié au bon vouloir des Américains et des So-
viétiques. L'influence des premiers a diminué avec la renais-
sance et le renforcement de l'Europe, alors que celle des seconds
se ternissait dans des difficultés relevant de leur politique in-
terne - autant que des dissensions croissantes se développant
dans le bloc qu'ils animaient -, et aggravée par une situation
économique rendue très médiocre par un système de gestion
centralisé et planifié à l'excès, bloquant toutes initiatives indivi-
duelles. Sur ce point également, c'est vers une voie originale que
s'oriente la Chine actuelle.
La naissance des Nations indépendantes du Tiers Monde, dès
1958,modifia la morphologie des marchés et des relations écono-
miques et financières internationales, et servit de nouvel enjeu
à une nouvelle lutte d'influence. Ce que l'on appelait «désali-
20gnement» n'était en fait que de la poudre aux yeux, car chacun
savait pertinemment, qu'on se désalignait vis-à-vis d'un bloc,
pour s'aligner immanquablement sur l'autre. Aucune illusion ne
devait se faire, quant au réalisme d'une indépendance politique
pour des pays de plus en plus imbriqués dans une dépendance
économique souvent totale. L'ère de Tito, de Nasser, de
Nkrûhma, de Neru passa bien vite. Cette situation contradictoire
entre les ambitions politiques et les besoins économiques des
Nations du Tiers Monde, parvint le plus souvent à maintenir
dans une situation d'état stationnaire des pays à résultats écono-
miques catastrophiques, permettant à peine la survie. Rares sont
les exemples de décollage économique effectifs et irréversibles,
qui pourraient servir de tremplin à un processus de développe-
ment sur des bases démocratiques, sans maintien d'un soutien
extérieur économique ou militaire, perpétuant parfois des systè-
mes fragiles qui ne sont liés qu'à la personnalité d'un dirigeant.
Les pays non développés durent rapidement se rendre à l'é-
vidence, qu'il n'y avait pas d'indépendance politique conceva-
ble, dans la dépendance économique totale.
Nous avons déjà évoqué combien la Chine apportait d'es-
poirs de changement dans cette organisation du Monde qui ne
convient plus à nos contemporains.
Sortie depuis peu d'une étape de son Histoire comparable à
une ère de féodalisme semi-colonial, la Chine effectue presque
simultanément son décollageéconomiqueet sa « marchevers la
maturité» dans le sens rostowien que nous avons mentionné
plus haut. Le contexte culturel et humain permet en effet, que
les éléments de dynamique mis en œuvre par les Chinois, corres-
pondent précisément aux critères de fiabilité admis par les hom-
tnes d'affaire des grands pays marchands du reste du monde,
pour que la Chine devienne, non pas « réservoir et déversoir»
de Nations riches recherchant leurs équilibres internes et exter-
nes par le biais de nouveaux flux commerciaux sécurisants, mais
un véritable partenaire à part entière dans la conduite d'un
monde qui changera bientôt de millénaire. La Chine ne sera pas
une «périphérie» dominée par les intérêts d'un «centre» qui
en impulserait le devenir (4).
La Chine consolide sa solvabilité; elle réorganise ses banques
et tout son système de crédit afin de pouvoir brasser d'impor-
tants capitaux étrangers qui viennent de plus en plus nombreux
21animer ses secteurs industriels et ses services. Le Chinois dé-
couvre la Micro-économie, l'initiative privée s'inscrivant désor-
mais dans le sens de son Histoire socialiste. Les théories
complexes des relations économiques internationales et des or-
ganisations - monétaires individuelles ou par zones - du reste
du monde sont rapidement assimilées par ses hommes d'affaires
et par ses théoriciens. Le contexte de la croissance et du dévelop-
pement sert déjà de base de départ à toutes discussions et débats
au niveau local, régional, comme national.
***
Comment peut-on, à la suite des développements intro-
ductifs précédents, analyser l'Economie de la Chine et la straté-
gie que ses Responsables esquissent pour sa croissance et son dé-
veloppement ?
La dynamique chinoise contemporaine, est essentiellement
liée à un contexte très diversifié en ce qui concerne sa géogra-
phie, ses populations, son histoire, et ses structures politiques et
économiques.
L'analyse ne peut donc rester sur le terrain de la statique
comparative, mais doit être désormais menée en termes de ma-
cro-dynamique. Les Economistes Chinois qui l'impulsent, et
ceux des autres pays du monde qui l'observent, doivent donner
de l'Economie de la Chine une nouvelle approche où la micro-
économie et la macro-économie seront étudiées de front, sans ne
jamais s'exclure mutuellement, où l'analyse monétaire et finan-
cière, avec ses règles particulières viendra compléter les deux ap-
proches précédentes, et par laquelle croissance et développe-
ment seront appréhendés en «économie ouverte» et non
plus en« état commercial fermé », le tout basé sur les indications
objectives d'un calcul économique précis, et d'un système de
prix réaliste. L'analyse de la Croissance et des Relations Econo-
miques Internationales sont techniquement indissociables. Leur
promotion sera assurée par un nouveau plan quinquennal, très
ambitieux quant à ses objectifs, mais qui en s'inscrivant dans la
continuité logique du précédent, s'appuie sur une situation for-
tement consolidée depuis 1979.
Ce contexte précis ne contredit en rien les points de vue
contemporains d'auteurs très ouverts aux problèmes de la dyna-
22mique des systèmes, tels Joseph Schumpeter (5) pour lesquels
l'évolution économique est strictement et directement liée aux
innovations. Bien que ne le précisant point, cet auteur n'est pas
en fait éloigné des raisonnements de Karl Marx, lorsqu'il précise
que le « circuit» serait dépassé par une « évolution ». Pour Ma-
rx, ce passage s'effectuede la « reproduction simple» à la «re-
production élargie », alors que pour Schumpeter il sera tribu-
taire des « innovations ».
La Chine d'aujourd'hui est très empreinte de cette probléma-
tique: fabrication de produits nouveaux, nouvelles méthodes de
production, nouveaux débouchés, nouvelles sources de matières
premières et d'énergie, nouvelle organisation (micro comme ma-
cro-économique) ...Mais pour cela, les technologies de pointe et
les capitaux font défaut à l'intérieur; il faut par conséquent les
importer. .
Enfin, une question majeure devra être évoquée dans le
contexte tout particulier du phénomène chinois, celle du sys-
tème économico-politique, lié obligatoirement aux mentalités et
aux idéologies des peuples: comment effectuer une relecturedes
lois de l'Economie de Marché qui n'excluera pas le Socialisme,
et une relecture des thèses socialistes, qui ne refusera pas le dy-
namisme de la productivité de l'intérêt et du profit au niveau in-
dividuel ?
Deux constatations s'imposent à ce sujet:
- d'une part, le problème fondamental de la Chine est un
problème de développement;
- d'autre part, il s'avère, que les nombreuses théories écono-
miques concernant le développement et la croissance, à partir
desquelles ont été élaborés tant de modèles, se sont jusqu'à pré-
sent révélées inefficaces, et inaptes à résoudre les problèmes ma-
jeurs que rencontraient les pays pauvres dans la conception, le
démarrage, la promotion du processus d'amélioration de leurs
économies.
TollS les Economistes chinois que nous avons rencontrés en
sont parfaitement conscients: ils cherchent en vain, en Afrique
comme en Asie, ou en Amérique Latine, des exemples de pays
sous développés qui soient parvenus à édifier un développe-
ment non ambigu et durable sur la voie de l'indépendance réelle,
du renforcement de leur autonomie, et de la maîtrise souveraine
23de leurs grandes orientations nationales, à partir d'un modèle
spécifique. Les cas des Nations nouvellement industrialisées
d'Asie sont à ce sujet controversés.
Les voies libérales, conseillant l'ouverture ainsi que la substi-
tution des importations par les productions locales, ont éliminé
certaines contraintes pour en imposer d'autres: les pays pauvres
n'ont certes plus à chercher les moyens de financer les produits
jadis importés, mais ils deviennent tributaires de marchés mon-
diaux, dont l'évolution leur est le plus généralement défavora-
ble, et dont ils doivent subir les données sans pouvoir agir sur
elles.
Les voies collectivistes, qui constituent encore auprès de cer-
tains milieux chinois un sujet tabou, ont été bien souvent em-
pruntées par des pays qui y ont successivement englouti leurs
espoirs et leurs ardeurs. Le marxisme-léninisme n'était connu
dans la plupart des pays sous-développés qui l'adoptaient, que
dans l'interprétation que les Soviétiques voulaient bien en don-
ner.
La Chine, qui est encore un pays à bas revenus, possède la
plus grande population du Monde, installée sur un territoire im-
mense, ainsi qu'un contexte culturel vieux de plus de cinq mille
ans. Ses caractéristiques en font un pays insuffisament déve-
loppé « pas comme les autres», et incitent à recourir à un modèle
qui lui soit propre.
Dès 1840, alors que l'Occident menait sa Révolution In-
dustrielle,la Chine subissait le «dépècement» et l'étouffement
consécutifs à l'invasion extérieure, corollaire du développement
du Capitalisme Libéral.
De 1949 à 1979, ce pays s'impose une orientation fortement
planifiée, à l'image, à peine adaptée, de l'Union Soviétique. Blo-
cages et lourdeurs en découlent pour l'Economie chinoise. Les
tensions sont nombreuses. La Paysannerie et la ville se méfient
l'une de l'autre. Au cours de la Révolution Culturelle, cette ten-
sion est à son comble. Mao Tsê Toung disparaît au moment où
le mécontentement populaire rend un réajustement nécessaire.
Celui-ci sera concevable dès 1979.
Les Chinois réfléchissent alors à une solution souveraine, au-
tonome et efficace de développement économique, quitte à
admettre quelques accrocs dans l'édifice idéologique.
24Ils tentent une pondération judicieuse entre une Economie
Planifiée, qui permet de concentrer les forces humaines et maté-
rielles sur des projets importants ou fondamentaux, qui ne peu-
vent être du ressort de l'individuel, et un système d'Economie
de Marché, dont les aptitudes à la régulation des flux réels et fi-
nanciers ne leur échappent pas. Certes, l'Economie Planifiée gé-
nère l'enlisement et tue initiatives et ardeurs; par contre, le
marché éparpille les efforts et les rend difficilement canalisables
et contrôlables par l'administration.
A elle-seule, la Chine constitue un Monde à part: outre ses
régions actives et organisées de la côte orientale, elle possède des
zones pauvres, arriérées, peu sensibles au discours économique
de la productivité et de l'intérêt. Un Expert chinois nous expli-
que qu'il existedes ethnies à l'Ouest, qui « en dehors du thé, de
la casserole, et de l'édification des lieux de prière» n'attendent
rien de la production chinoise. L'efficacité et le progrès sont donc
des notions fort difficiles à traduire dans les dialectes de toutes
les régions de la Chine.
L'orientation socialiste et l'insuffisance de richesse sont les
données fondamentales de la Chine surpeuplée de cette fin de
vingtième siècle.
L'amélioration du bien-être et le respect de l'autonomie re-
présentent les conditions impératives de son développement.
La Réforme Economique, menée parallèlement à des aména-
gements politiques et administratifs fournit à la Chine les
moyens de réaliser les objectifs de croissance intensive qu'elle
.s'assigne.
***
Lenouveau départ de la Chine implique un double enjeu:
SUR LE PLAN INTERNE, l'Economie chinoise doit se définir
un cadre juridico-politique qui, tout en préservant l'extraordi-
naire acquit culturel et historique de son peuple, axé sur des va-
leurs ancestrales et parfois immuables, permettra d'associer le
traditionnel et le moderne, le civisme et les affaires, l'intérêt gé-
néral et l'intérêt particulier, le Socialisme et le Marché.
SUR LE PLAN EXTERNE,la Chine a l'obligation de s'ouvrir
sans que les innombrables différences, dans les habitudes, les
25goûts, les niveaux de vie et les niveaux de prix, accumulées au
cours des siècles, et qui distinguent sa population par rapport à
celle de ses nouveaux partenaires, viennent perturber ses équili-
bres internes, et ne conduisent à une situation de désarticulation,
voire de blocage.
Qu'elle parvienne à concilier l'ensemble de ces données entre
lesquelles le Monde a toujours préféré tergiverser, et la Chine
des nouvelles méthodes et des nouveaux systèmes aura inventé
un nouveau Monde: celui d'un Libéralisme sans aliénation et
sans oppression, et celui d'un Socialisme où les valeurs humai-
nes, axées sur la liberté de chacun s'épanouiront dans l'intérêt
de tous, sans être découragées par les priorités d'une administra-
tion tentaculaire et étouffante.
NOTES CONCERNANT LE CHAPITRE INTRODUCTIF
(1) après les Etats-Unis (3308 mds $), l'URSS (1500 mds $), le Japon (1207 mds
$), la République Fédérale Allemande (702 mds de $), la France (574 mds $), le
$),Royaume Uni (518 mds statisti-l'Italie (364 mds $), et le Canada (307 mds $) -
ques du « Rapport annuel de la Banque Mondiale, 1985 ».et du Rapport sur le
développement dans le Monde, 1985.(Banque Mondiale)-.
(2) W.W. Rostow, « The stages of Economic Growth» (1960) traduit en Fran-
çais « Les Etapes de la Croissance économique », édtions du Seuil, collection
Points Economie, Paris 1%2.
a) L'étape de la société traditionnelle, la plus longue et peut-être la plus
composite, peut regrouper l'économie pastorale et l'économie agricole de base,
jusqu'à ce que celle-ci permette une accumulation d'éléments de croissance; sur
le plan des échanges, troc et monnaie divisionnaire et fiduciaire caractérisent
cette étape pr!!mière.
b) L'étape de la société préalable au take off, est celIe où l'ensemble des éner-
gies nationales convergent vers l'édification non ambiguë d'un processus de
croissance, avec accumulation de capitaux, développement de nouvelles menta-
lités économiques d'épargne, etc...
c) L'étape du décollage économique comprend une dynamique d'améliora-
tion régulière, continue, et cumulative des agrégats nationaux, grandeurs écono-
miques significatives de l'Economie.
d) Les Economies alors engagées dans un réel processus de croissance entre-
tenue, se donnent des structures modernes pour l'encadrer et le maintenir. C'est
le passage du concept de la croissance à celui du développement qui mesurera
davantage des indicateurs de qualité et de morphologie que des indicateurs de
26dimension et de quantités. Rostow a choisi d'appeler cette étape« drive to matu"
rit y » (marche vers la maturité) ; le terme de dynamique du développement eut
pu tout aussi bien convenir à cette quatrième étape).
e) L'ère de consommation de masse concernerait alors ces nations, qui voient
leurs aptitudes à produire se développer plus rapidement que les besoins nou"
veaux de leurs populations. Le trend de croissance s'infléchit alors pour tendre
vers un mouvement amorti évoquant pour les uns un pallier, pour' les autres un
plafond, selon l'idée optimiste ou pessimiste que l'on a de l'avenir.
(3) « Le PROGRES, c'est la propagation de la nouveauté aux moindres coûts
humains, et à la vitesse optimum dans un niveau de relations dont le sens s'uni-
versatise ». in L'Economie du XXèmesiècle, François Perroux, Paris 1969, Edition
PUF.
(4) Pour employer une terminologie chère à Samir Amin.
(5) Joseph Schumpeter, « Théorie de l'Evolution Economique », Wien 1912.
« Capitalisme, Socialisme et Démocratie »,1951. Pour cetauteur, l'Innovation est
en fait une liste des occasions d'investir, qui se ramène au progrès technique et
à l'élargissement des débouchés. Chaque cycle économique, et chaque crise,
pourraient alors découler des vagues discontinues d'innovations.
27L'Economie de la Chine d'aujourd'hui ne peut pas être disso-
ciée des données culturelles et historiques de cette gigantesque
Nation, dont les traditions ancestrales sont inséparables des
comportements, des motivations, des succès, des heurs et mal-
heurs de ce peuple tout au long de sariche Histoire. Bien enten-
du, l'Histoire de la Chine est trop riche en péripéties et en détails,
pour que nous puissions envisager d'être complet dans le bref
rappel que nous en ferons dans le seul but d'aider à comprendre,
à expliquer, sinon à prévoir l'évolution de l'Economie chinoise.
Ce sera donc notre première hypothèse de travail, que d'affir-
mer combien les possibilités économiques de la Chine actuelle
sont tributaires de sa géographie et de son Histoire.
L'environnement économique de ce pays impose, par consé-
quent, deux sortes de considérations:
I - Le contexte économique est lié de façon indissociable aux
Hommes, à leur Histoire, à leurs activités.
Cette première conceptionconduit à décrire une « photogra-
phie » instantannée de l'économiechinoise,tellequ'elle apparaît
présentement. Les populations, leurs habitudes, leurs coutumes,
la démographie, le contexte historique et culturel de la Chine,
mais aussi les activités des hommes, au champ, à la mine, à l'usi-
ne, au bureau (6).
II - Mais l'analyse de ce contexte économique chinois prend
depuis quelques années un aspect particulièrement dynamique:
C'est le fait marquant de cette décennie: la dynamisation de
l'Economie de la Chine.
Une restructuration fondamentale se fait pressante à tous ni-
veaux: au niveau de l'appareil économique et de ses diverses
structures, mais également, au niveau politique et social. La So-
ciété chinoise toute entière est conduite sur la voie d'une pro-
29

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