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Telecel-Congo

De
114 pages
Télécel-Congo, société privée de téléphonie mobile, est accusée en août 1998 de "haute trahison" par le Chef de l'Etat. La position privilégiée de l'auteur va le mettre en contact direct avec le mal qui gangrène depuis 1960 la Nation et l'Etat congolais: une classe politicienne prédatrice, lâche, corrompue, irresponsable, dépourvue de patriotisme, incompétente et prête à toutes les compromissions pour servir une dictature sanguinaire. L'auteur décortique ici un exemple de la prédation nationale dont l'enrichissement individuel illicite est l'incitatif et l'absence d'Etat la cause favorable.
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Collection 'Points de Vue Concrets'

Frédéric BOLA KI-KHUABI

TELECEL-CONGO
La prédation en République Démocratique du Congo

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'auteur, M. Frédéric Bola Ki-Khuabi, est licencié en droit de l'Université ex-Lovanium de Kinshasa. Il a commencé son parcours comme juge au tribunal et au parquet d'Uvira dans le Sud-Kivu. En 1996, à 37 ans, il a pris un virage politique sous l'égide de l'AFDL et combattra le régime de M. Mobutu. Le 28 mai 1997, il est devenu conseiller juridique du ministre des Postes et Laurent Kabila qu'il finit par quitter en 1999. A cause de ses convictions politiques nationalistes, M. Bola s'est retrouvé à deux reprises, en 1997 et 1999, arrêté et détenu durant de longs mois par les services spéciaux de renseignements de messieurs Mobutu et Kabila. L'auteur vit aujourd'hui en exil aux Pays-Bas dans la ville de Maastricht où, à côté des études de droit encore entreprises à l'Université de Liège, il ne cesse de mener une activité politique intense pour la libération et le développement de la République démocratique du Congo.

Télécommunications dans le 1er gouvernement de

Copyright L'HARMATTAN, 2004 ISBN: 2-7475-7024-X EAN : 978 2747 570 244

A Thérèse Padiani, morte à Kinshasa le 28 mai 2000, à cause de son immense amour

INTRODUCTION

Il est six heures du matin. Ce samedi 17 mai 1997, la cohue habituelle que l'on observe dès cinq heures dans cette mégalopole de l'Afrique centrale dépourvue de transports publics a curieusement disparu. Kinshasa, capitale de la République du Zaïre que son président le Maréchal Mobutu Sese Seko avait quittée la veille sur la pointe des pieds, vient de se réveiller atterrée par une effroyable nouvelle. Toutes les stations étrangères de radiodiffusion annonçaient depuis bientôt quatre heures l'assassinat du Général Mayele, Chef d'état-major général des Forces armées zaïroises et Ministre de la défense du Gouvernement dirigé par le Premier Ministre, le Général Likulia Bolongo. Il avait été tué vers 1 heure du matin au Camp Tshatshi par des éléments de la Division spéciale présidentielle. Des coups de feu d'armes automatiques retentissent dans la ville par-ci par-là. Les véhicules automobiles ont disparu des artères défoncées, des attroupements se forment dans les coins de rues, et personne ne prend le risque d'aller à son travail. Récepteurs de radio distillant les informations de RFI et BBC collés aux oreilles, les Kinois sont avertis de l'approche des rebelles de l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila. Vers Il heures, les troupes de l'AFDL entrent dans la Ville par le quartier populeux de Kingasani, vers l'aéroport de N'djili. C'est dans une liesse populaire générale que sont accueillis ces combattants de la liberté. Certains à pied, d'autres juchés sur de gros camions récupérés auprès des commerçants de la Région du Bandundu, les Kinois voient 7

défiler une armée hétéroclite de jeunes zaïrois encadrés par un millier de militaires de l'Armée patriotique rwandaise. Aux applaudissements délirants de la population, les vainqueurs de la mythique armée de Mobutu manifestent au contraire une inquiétante attitude dédaigneuse. Ils se pavanent dans les artères de Kinshasa en abattant ça et là sans sommation quelques militaires des FAZ dénoncés dans leurs quartiers par la population vindicative. Le CICR annoncera 177 morts pour les seules journées du 17 et 18 mai 1997. Dans la soirée, la ville est sous le contrôle des combattants de l'AFDL. L'armée de Mobutu, pourtant totalement repliée sur Kinshasa et qui pouvait compter alors près de trente mille hommes, est complètement liquéfiée. Seul le camp Tshatshi qui abritait les troupes d'élite de la DSP reste encore sous le contrôle des FAZ. La prise du camp Tshatshi a lieu le matin du dimanche 18 mai 1997. Partis du Palais de la Nation, siège du Parlement, près de mille hommes longent le fleuve en file indienne. Des j oumalistes étrangers présents à Kinshasa, parmi lesquels Christophe Simon (AFP), Frédéric Carbone (France Inter), Anne Chaon (AFP), Enrique Serbeto (ABC Espagne), Patrick de Saint-Exupéry (Le Figaro), Laurent Chaffard (RFI), ont pu avoir l'honneur de suivre l'avancée de cette troupe jusqu'à l'intérieur du camp Tshatshi. Je me retrouve aussi dans cette cohorte qui se dirige vers le dernier front du régime de Mobutu. L'affrontement tant redouté n'aura pas lieu. La fameuse DSP était réduite à quelque cent cinquante hommes braillards commandés par un jeune homme arrogant, le Major Samba. Ce dernier tente de négocier la reddition de ses hommes en posant certaines conditions, mais la capitulation leur est imposée sans autre forme de procès. Ainsi, cette guerre que l'Armée patriotique rwandaise avait subrepticement préparée et qui avait pour premier objectif la 8

destruction des camps des réfugiés rwandais hutus installés le long de ses frontières, s'était-elle étendue à la faveur des complicités internationales et des trahisons internes sur l'ensemble du territoire de la République du Zaïre. Le Rwanda en était sorti grand vainqueur, car non seulement il avait réussi à décimer dans les forêts du Zaïre des.milliers de rwandais hutus, mais encore il contrôlait désormais les rouages du pouvoir et toute l'armée d'un pays cent fois plus vaste que son propre territoire. Dans la nuit du 17 mai 1997, Laurent-Désiré Kabila s'autoproclame Chef de l'Etat de la République démocratique du Congo. Au même moment, il annoncera la formation, dans les soixante-douze heures, d'un gouvernement de Salut Public et l'institution, dans les deux mois, d'une Assemblée constituante. Le 22 mai 1997, le Chef de l'Etat nomme le premier gouvernement de la troisième République composé de treize Ministres. L'arrivée de Kabila au pouvoir à Kinshasa avait alors soulevé de grandes espérances aussi bien auprès des masses populaires et des intellectuels au Congo qu'auprès de la Communauté internationale. Le Gouvernement qu'il venait de nommer et qu'il dirigeait personnellement allait certainement rétablir l'ordre et la justice dans le pays. Paré de cette auréole, le gouvernement va bénéficier du concours de plusieurs conseillers et experts étrangers qui vont, avec l'appui de quelques congolais de la diaspora, préparer et élaborer un plan de reconstruction ambitieux, nommé « le Plan Triennal ». Cependant, la réalité de l'exercice du pouvoir n'était pas aussi malléable que prévu. Non seulement le gouvernement de Kinshasa était obligé de tenir compte des intérêts de tous ceux qui avaient financé la guerre contre le régime du Maréchal Mobutu, mais aussi le Président et son gouvernement avaient sous-estimé les difficultés économiques à résoudre. N'ayant pas de base populaire, le 9

Président Kabila devait se constituer un pouvoir en s'appuyant, voire en pactisant avec des réseaux personnalisés, nouveaux et anciens, étrangers et congolais, qui allaient désormais se mettre à corrompre le nouveau régime. Ces nouveaux réseaux personnalisés autour de Kabila se sont très vite révélés peu expérimentés, peu subtils et tribalistes ; malheureusement, ce sont eux qui contrôlent désormais les structures officielles de l'Etat. Ils tiennent en otages les ministres du gouvernement, les hommes politiques, les religieux, les intellectuels et les hommes de science qui ne peuvent critiquer les décisions parfois fantaisistes et irréalistes du pouvoir. Des erreurs tactiques, des incohérences et des hérésies dans la manière de conduire les affaires de l'Etat se sont alors accumulées sans la moindre volonté de correction ou de revirement. Le nouveau pouvoir est surtout victime de son amateurisme étalé sans gêne dans des dossiers importants de l'Etat qu'il traite régulièrement avec certains de ses nouveaux alliés étrangers. Ceux-ci sont pourtant rusés, subtils, fins calculateurs, expérimentés, parfois véreux et tous récupérés parmi les anciens réseaux personnalisés du régime de Mobutu. Tous les secteurs de la vie économique de la Nation sont accaparés par la voracité de monsieur Kabila et de ses hommes qui cherchent à s'enrichir le plus rapidement possible, comme poussés dans une compétition où l'adversaire doit obligatoirement être mis hors d'état de nuire, même lorsqu'il se découvre faible et sans défense, pourvu qu'il constitue le moindre obstacle sur le chemin des piliers du régime. Grâce à la position que j'ai occupée pendant près de deux ans dans le gouvernement de monsieur Kabila au Ministère des Postes et Télécommunications, je suis en mesure de témoigner sur le danger que représente la grande majorité de la classe politique congolaise, sans conteste incompétente, 10

ignorante, égoïste, traître, dépourvUe d'idéal politique et prête à toutes les compromissions. Victime d'une cabale montée de toutes pièces grâce à la collusion de certains grands piliers du régime, j'ai été arrêté et détenu pendant près de trois mois par l'Agence Nationale des Renseignements (ANR). Ces quelques mois de souffrances, d'humiliations et de frustrations m'ont aidé à ouvrir les yeux sur un régime que j'avais cherché comme beaucoup d'autres à soutenir avec la ferme conviction d'aider le pays à sortir de la crise économique, politique et sociale. Le témoignage que je rends dans cet ouvrage n'est peutêtre qu'un petit maillon de la longue chaîne des déboires dans l'histoire triste et révoltante du Congo; il pourrait cependant aider le peuple congolais ainsi que la Communauté internationale à ne pas retomber chaque fois dans la mystification et à se défaire de l'illusion que donnent les hommes politiques congolais qui, par leur incompétence dans la gestion de la chose publique, par leur culture du lucre, de la haine et du sang, constituent un danger pour la paix et pour la survie de la Nation congolaise.

Il