Terrorisme regards croisés dans l'après-11 septembre

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Le 11 septembre constitue-t-il une césure fondamentale ? Interrogé à travers une prospective interdisciplinaire, à travers des grilles régionales et locales, cet événement est aussi éclairé par un témoignage d'un praticien américain de la lutte anti-terroriste, ayant vécu l'événement et ayant travaillé dans la sphère de sécurité dans le post-11 septembre. Fruit de croisements de perspectives, voici une réflexion politologique particulière sur le 11 septembre, ses prolongements, ses retentissements.
Publié le : vendredi 1 juillet 2011
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EAN13 : 9782296466982
Nombre de pages : 192
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TERRORISME
Regards croisés dans l’après 11 Septembre

Sous la direction de
Mourad Chabbi et Taoufik Bourgou





TERRORISME
Regards croisés dans l’après 11 Septembre


























































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55462-7
EAN : 9782296554627
6


1On est toujours le terroriste de quelqu’un

Anouar al-Sadate

1 Eugène Mannoni dans Le Point, 12 octobre 1981.
7 SOMMAIRE

Avant-propos ....................................................................... p. 13
Introduction ........................................................................ p. 15
Témoignage : La nouvelle doctrine américaine face à
l’hyperterrorisme (Léo Michel) ....................................... p. 19


Du terrorisme comme risque majeur dans le Post-11
Septembre 2001 (Bourgou Taoufik) ................................. p. 33

Un évènement saillant annonciateur d’un « nouveau » risque
qui impose une révision des cadres d'analyse ? .................. p. 36

Un nouveau risque global : croisement de regards et tentatives
de construction d’un cadre inédit entre compréhension et action
.............................................................................................. p. 46

La classification disciplinaire entre domaines « traditionnels »
et « domaines transversaux » ............................................... p. 57

Conclusion ........................................................................... p. 58


Pour une définition objective du terrorisme à l’aide des
critères de la polémologie et du droit des conflits armés
(David Cumin) .................................................................... p. 63

L’insuffisance de la sémantique .......................................... p. 65

Le processus de la lutte politique à la lutte armée .............. p. 70

La délimitation du phénomène ............................................ p. 75

Paix et guerre ...................................................................... p. 75
Actes d’Etat et actes d’individus ......................................... p. 82
9Actes d’individus et actes de foule ....................................... p. 84
Sélectivité et non-sélectivité ................................................. p. 84
Interne et international ........................................................ p. 85
Criminalité ordinaire et criminalité politique ..................... p. 85
Pathologie et responsabilité personnelle ............................ p. 90
Du conflit subjectif de légitimité à la définition objective du
terrorisme ............................................................................ p. 90

La lutte symbolique .............................................................. p. 91
La problématique de la qualification des faits .................... p. 91
Sources juridiques ............................................................... p. 96

Légitimer la violence terroriste : de la pratique discursive
pour capturer la mémoire confessionnelle (Florin Udrescu) ..
............................................................................................ p. 103

Stratégies discursives pour capturer la mémoire .............. p. 105

Cadre virtuel et espace discursif ....................................... p. 105

De l’image scénographie et des mises en récit .................. p. 109

De la mémoire collective et de ses instrumentalisations ... p. 111

Nommer pour qualifier l’action radicale .......................... p. 112

De la promesse de victoire et de ses possibles .................. p. 116


Cas d’étude 1 - La Bosnie-Herzégovine : entre attracteurs
occidental et islamique (Emmanuel Vianès) .................. p. 123

Tentative de réislamisation de la société bosniaque lors du
conflit de 1992 à 1995 ....................................................... p. 126
10Les volontaires étrangers .................................................. p. 127
L’implication des Etats étrangers ...................................... p. 130

Les acteurs locaux : entre nationalisme musulman et
panislamisme ..................................................................... p. 132

Les réactions suite à l’Accord de Dayton .......................... p. 135
La fonction de police : maintien de l’ordre et renseignement ......
............................................................................................. p.135

Le volet sociopolitique ........................................................ p.139
De l’européanisation au désenchantement ......................... p.143

Cas d’étude 2 - Entre terrorisme et négociation : l’instabilité
du contexte américano-iranien post-11 Septembre (Mourad
Chabbi) ............................................................................... p.151

L’après-11 Septembre 2001 : De la collaboration… à l’axe du
mal ...................................................................................... p.155

Le “Moment prussien” iranien ........................................... p.158
Nouvelle donne régionale majeure : une présence américaine
imposante ............................................................................ p.161

Nucléaire iranien : …objectif temps ................................... p.165
Ahmadinejad : fermeté, dialogues... et menaces ................ p.168
Obama et l'Iran : entre négociations et sanctions .............. p.173
L'Iran à la croisée des chemins .......................................... p.177
Conclusion ......................................................................... p. 180
Conclusion générale .......................................................... p.185
Les Auteurs ....................................................................... p.189
11
Avant-propos

CENTRE D’ETUDES DE LA POLITIQUE
ET DES INSTITUTIONS AMERICAINES
(CEPIA)

Le Centre d'Etudes de la Politique et des Institutions
Américaines se veut l'héritier d'une longue tradition de
recherche sur la politique, les institutions et le droit américain
au sein de l'Université Jean Moulin, Lyon 3, tradition qu'on peut
remonter à la fin du XIXe siècle au sein de l'Université de
Lyon.

Les institutions des Etats-Unis ont constitué un objet de
recherche permanent dans le cadre des parcours Droit - science
politique au sein de la Faculté de Droit de l'Université Jean
Moulin, Lyon 3. Le Professeur Jean-Pierre Lassalle a été une
des figures marquantes de l'étude des institutions et de la
politique américaine au sein de l'Université Jean Moulin, Lyon
3. Le Professeur Pierre Vialle a lui aussi contribué au maintien
et au développement de cette tradition d'ouverture sur l'étude de
la politique américaine. Le CEPIA se veut l'héritier et le
continuateur de cette tradition au bénéfice des chercheurs et des
étudiants de l'Université Jean Moulin.
Taoufik Bourgou a sollicité et obtenu un don de l’Ambassade
des Etats-Unis à Paris en vue de la création du premier noyau
d'une bibliothèque anglophone dédiée aux institutions et à la
politique américaine. Le don a été remis en décembre 2005 par
Craig. R. Stapleton, Ambassadeur des Etats-Unis à Paris, lors
de sa visite de l'Université Jean Moulin, Lyon 3.
Le CEPIA est né officiellement le 21 juin 2006 de l’initiative de
Taoufik Bourgou, Maître de Conférences en Science Politique à
la Faculté de Droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3.

STRATEGIE SCIENTIFIQUE DU CEPIA

Le point de départ :

1. Notant les carences en matière de recherche sur les
13Etats-Unis, notamment les politiques publiques locales
et fédérales.
2. Notant la faiblesse du flux d’échanges entre chercheurs
dans ces domaines et notamment dans les thématiques
concernant les méthodes d’évaluation des politiques
publiques.
3. Notant l’intérêt croissant à l’exploration de thématiques
nouvelles notamment les politiques publiques
internationales.

L’étude des institutions et de la politique américaines constitue
le cadre général de l’activité du centre. Cependant, le CEPIA
ambitionne et projette de couvrir principalement les domaines
thématiques suivants :

4. La question du leadership, de la politique de défense et
de la diplomatie américaine et leur transformation.
5. La question environnementale, celle des risques
majeurs, des politiques de gestion des risques tant au
niveau de l’Etat fédéral que des Etats fédérés.
6. La nouvelle politique scientifique, de recherche en lien
avec les problématiques de défense, de sécurité, de
leadership.
7. La question de l’expertise, le jeu des groupes d’intérêt
dans le cadre des politiques fédérales ainsi que dans le
cadre de la politique judiciaire.


Directeur & Fondateur : Taoufik Bourgou
Maître de Conférences HDR en Science Politique à la Faculté
de Droit de l’Université Jean Moulin, Lyon 3
14INTRODUCTION

Cet ouvrage s’inscrit dans le prolongement de
réflexions inspirées par une conférence organisée le 9
Septembre 2009 à l'université Jean Moulin Lyon 3 et portant sur
l'après 11-Septembre 2001. En complément des propos
rapportés par certains intervenants, notamment ceux de Léo
2Michel , les autres contributions de cet ouvrage sont issues de
travaux connexes mais indépendants de cette conférence. Ces
différents regards viennent éclairer et enrichir la réflexion
académique concernant différents enjeux dans le monde d’après
11-Septembre. Si en début d’ouvrage des notions juridiques,
définitionnelles et de risques sont évoqués, d’autres aspects
apparaissent par la suite au travers de cas d’études.
Ainsi, Taoufik Bourgou à partir d’une perspective inédite tente
de réfléchir sur l’évènement qu’a représenté le 11- Septembre
comme illustration de ce que d’aucuns désignent déjà par « un
risque géopolitique ». Il s’agit donc d’une interrogation de la
sociologie des risques aux prises avec les évènements
fulgurants et plus largement le « risque terroriste ». Au travers
d’une interrogation, Sommes-nous face à des évènements de
nature telle qu’on puisse mobiliser à leur endroit des grilles
nouvelles et leur appliquer, sans une logique de transferts
notionnels et de transferts de paradigmes, des outils et des
techniques forgés pour des évènements qui jusqu’alors ne
ressortaient pas de la catégorie des évènements politiques ?
L’auteur ambitionne de répondre à ces interrogations.
Selon David Cumin, le terrorisme est la violence politique
armée du temps de paix. Pour l’auteur, il est non seulement
possible de délimiter le phénomène à l’aide d’une série de
distinctions (paix/guerre, actes d’Etat/actes d’individus, actes
d’individus/ actes de foule, sélectivité/ non-sélectivité,
criminalité ordinaire/criminalité politique, pathologie/responsa-
bilité personnelle) et de l’identifier à l’aide d’une série de

2 Senior Research Fellow, Institute for National Strategic Studies, the “think
tank” component of the National Defense University, Washington, DC. These
are his personal views and do not necessarily reflect the views of the
Department of Defense or any other agency of the U.S. Government.
15critères (association clandestine, intention politique, usage
délibéré de la violence armée, rivalité de légitimité avec les
pouvoirs publics, recherche de la notoriété à travers les médias,
adresse à une « mouvance potentielle »), mais encore de le
définir en utilisant les concepts du droit des conflits armés. Tel
est à la fois le paradoxe et le pari (alors même que la lutte
contre le terrorisme, concernant essentiellement la police
judiciaire, est peu militari sable). Au-delà de la cause invoquée
par les associations clandestines et de leur représentativité
revendiquée, la modalité d’action pourrait permettre une
définition objective, qui sortirait de la tautologie des textes
conventionnels ou législatifs. Est terroriste l’acte politique de
violence armée perpétré d’une manière à la fois clandestine et
publicitaire, en temps de paix, contre toute personne inoffensive
ou tout bien mettant en danger la vie ou la santé de personnes
inoffensives. Quelles que soient la cause ou la représentativité,
celles-ci se trouvent dégradées par la modalité suivie : nulle
cause ou nulle représentativité ne justifie l’attaque d’innocents.
Le refus de toute considération morale sur l’innocence,
autrement dit, admettre que l’attaque préméditée de n’importe
quelle personne ou de n’importe quel bien mettant en danger la
vie ou la santé des personnes est permise, serait la quintessence
du terrorisme.
Florin Udrescu quant à lui analyse le discours radical
développé après les attentats du 11-Septembre 2001 par les
figures centrales d’Al-Qaïda qui constitue un puissant vecteur
d’action performative. Il s’agira dans cet article de questionner
les fonctionnements rhétoriques des discours et les usages
dénotatifs des images vidéo diffusées dans l’espace Internet,
commué en territoire de combat. Composante de ces pratiques
discursives et visuelles, la mémoire collective est
instrumentalisée afin d’imposer un régime univoque
d’interprétation. On assiste ainsi à une capture sélective de la
mémoire qui est détournée au profit d’un bricolage conceptuel
qui s’organise autour de l’idée de djihad. Les procédés mis en
œuvre par les acteurs radicaux visent à légitimer l’action
violente, en l’inscrivant dans un continuum d’affrontement,
idéologiquement construit.
Au travers de deux cas d’études, les deux auteurs qui suivent
tentent à partir d’éléments sociologiques et empiriques
16d’examiner respectivement le cas Bosniaque et Iranien, deux
cas qui n’ont dans le fond aucun lien mais qui sont révélateurs
de l’évolution, au sein de la communauté internationale, de cet
après 11 Septembre.
Pour Emmanuel Vianés, il est question d’analyser dans cet
article les tentatives de réislamisation radicale autour d’un
évènement, le 11-Septembre 2001, en Bosnie-Herzégovine.
Dans un premier temps, il s’agit de mettre en lumière les
tentatives par les volontaires étrangers, par des Etats ou encore
par des acteurs locaux, fers de lance du nationalisme musulman
et/ou du panislamisme, de propager une forme particulière
d’islamisme radical dans un pays fort peu tourné vers la
religion. Cet essai est vain dans la mesure où la population
locale a du mal à accepter le rigorisme nécessaire à ce
changement ainsi que les dérives mafieuses ou terroristes
(originellement fondées sur la terreur). Puis, dans un second
temps, l’accent est mis sur les réactions de la communauté
internationale et des structures euro-atlantiques pour rendre
viable cet Etat, carrefour entre les mondes occidental,
orthodoxe et oriental. Pour ce faire, dans l’après Dayton, les
acteurs internationaux en charge de la reconstruction de l’Etat
bosnien insistent avant tout sur la sécurité, notamment le
maintien de l’ordre et le renseignement afin que cet Etat ne soit
pas victime de déliquescence, et sur le volet sociopolitique,
surtout après les attentats du 11-Septembre 2001 qui ont des
répercussions importantes sur la Bosnie-Herzégovine aux
niveaux politique et sécuritaire. Enfin, l’européanisation
progressive de l’administration internationale tend à montrer le
rapprochement souhaité vers l’Union européenne, à condition
que la chance d’accrocher le wagon européen ne soit pas
chimérique et ne contribue pas à renforcer le radicalisme
islamique sous ses différentes formes (acteurs politiques et
religieux ou encore terroristes) à cause d’un probable
désenchantement qui engendrerait une phase de refus.
Mourad Chabbi examine par son article, les relations
américano-iraniennes depuis les attentats du 11-Septembre
2001. Il juxtapose les efforts et limites des deux parties, malgré,
un dialogue qui ne pourrait être que bénéfique à la stabilité de la
région et du monde. Cependant, pour l’auteur, une analyse plus
approfondie des relations bilatérales de la politique du
17containment en passant par les rogues states et par l'axe du mal,
apparait indispensable pour comprendre les attentes et
perceptions de chacun. Taxés de grand satan et accusés
d'ingérence régionale par les iraniens, les américains en sont à
un tournant de leur ère qui sera selon l’auteur soit "douce" ou
soit "destructrice", notamment pour la région. Au final, l’auteur
conclut en démontrant que les relations américano-iraniennes
n'ont été que rarement constructives.
18TEMOIGNAGES

3Intervention de Léo Michel
Atelier restreint “Après le 11- Septembre” organisé par le
Centre d'études de la politique et des institutions américaines et
l’Ambassade des Etats-Unis
9 septembre 2009

LA NOUVELLE DOCTRINE AMERICAINE FACE A
L'HYPERTERRORISME….

Au cours de mes 29 ans comme haut fonctionnaire de carrière
au gouvernement, dont la moitié concernait la gestion de la
relation transatlantique en matière de défense et de sécurité, j’ai
vu notre coopération ou, parfois, notre manque de cohérence
dans la lutte contre le terrorisme prendre une place de plus en
plus importante.
C’est vrai que les Etats-Unis et l’Europe ont dû faire face au
terrorisme bien avant les attaques du 11 septembre. Mais à
quelques exceptions importantes près par exemple, les attaques
suicides qui ont tué près de 300 US Marines américains et
soldats français à Beyrouth en 1983, la destruction d’une
caserne américaine, Khobar Towers, en Arabie Saoudite en
1996, et l’attaque contre le navire de guerre américain Cole à
Aden en 2000 nos militaires n’étaient pas les cibles principales
des terroristes.
Et en général, la lutte contre le terrorisme était l’affaire de nos
services de renseignements et de sécurité interne; elle ne
figurait pas parmi les toutes premières préoccupations de nos
militaires.

3 Senior Research Fellow, Institute for National Strategic Studies, the
“think tank” component of the National Defense University,
Washington, DC. These are his personal views and do not necessarily
reflect the views of the Department of Defense or any other agency of
the U.S. Government.
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