Théorie et pratique de la politique internationale

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Cet ouvrage offre une nouvelle lecture des relations internationales et s'attache aux grands problèmes contemporains : la gouvernance, la globalisation et les clivages nord/sud. Depuis 1989, des changements drastiques ont atteint la sphère internationale. Cet ouvrage expose les principales théories des relations internationales afin de les confronter à la réalité de la politique internationale.
Publié le : vendredi 1 septembre 2006
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EAN13 : 9782296154285
Nombre de pages : 206
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Théorie et pratique de la politique internationale

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

2006 ISBN: 2-296-01225-6 EAN : 9782296012257

@ L'Harmattan,

Alice LANDAU

Théorie et pratique de la politique internationale

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
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Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. ChagnolIa ud, B.PéquignotetD.Rolland
Chômage, exclusion, globalisation.. . Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

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Les théories ont la vertu de rendre compréhensible une réalité qui est complexe. Les relations internationales ont besoin d'être captées au travers de lentilles réductrices car la réalité internationale est mouvante et souvent insaisissable. Comme l'affirme Aron, les théories sont une conceptualisation de la réalité perçue et observée, un ensemble de propositions. Elles retranscrivent les idées et l'ordre du monde. Les théories réduisent la réalité immanquablement et la représentent de manière simplifiée. C'est un modèle idéal-type visant à une reconstruction rationalisée et simplifiée du réell . Cet ouvrage expose donc les principales théories des relations internationales afin de les confronter à la réalité de la politique internationale. Il a pour objectif d'apporter aux lecteurs une vision théorique et pratique de la réalité internationale. Depuis 1989, des changements drastiques ont atteint la sphère internationale et nul n'aurait su prédire quel chemin elle prendrait, ni quelles organisations en sortiraient renforcées: l'Union européenne (DE), l'Alliance atlantique (OTAN) ou encore l'Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe (OSCE). Le système international est en pleine mutation. Personne n'aurait pu prédire en 1989 quelle serait la configuration du système international et quels réseaux d'institutions survivraient. Ces changements sont encore plus sensibles depuis la fin de la guerre froide, avec la fin de l'antagonisme entre les USA et l'URSS et la fin du communisme. L'attention qui se concentrait sur les
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Aron, Raymond. 1967. "Qu'est-ce qu'une théorie des Relations internationales» ? Revue française de science politique. 27(5). 837861. 7

questions militaires et politiques, s'est de plus en plus reportée sur les questions économiques sous la pression de la globalisation. Cependant, un nombre croissant de citoyens et de non-gouvernementales critique ce phénomène incontournable de l'économie mondiale. La sécurité nationale s'applique désormais aux relations économiques et commerciales entre les nations. La sécurité ne concerne plus le seul champ politique et militaire, mais devient plus global, il y a une sécurité économique qui concerne l'accès aux ressources; une sécurité civile qui concerne la capacité des Etats de contrôler les flux migratoires et les drogues, la sécurité environnementale qui concerne le maintien de la biosphère, le réchauffement de la planète ou la couche d'ozone. Depuis la fin de la guerre froide, la situation de confrontation idéologique a fait place à une situation de monopole idéologique où les traits qui caractérisaient déjà le premier monde, le monde capitaliste, deviennent plus saillants. En même temps, la position de la périphérie s'est affaiblie, car elle n'est plus le terrain d'affrontements idéologiques. Mais il reste toujours une périphérie qui est de plus en plus marginalisée, tandis que certains pays se rapprochent du premier monde. Le décalage entre les pays du nord et du sud n'a cessé de s'agrandir. Les efforts menés au niveau international et national ne parviennent pas à corriger les graves déséquilibres qui marquent le système international. Les conflits ethniques ont remplacé le carcan de glace qui enserrait les nationalités. Les conflits intraétatiques ont explosé en Afrique mais se retrouvent aussi au cœur du système en Europe. La scène internationale 8

n'est pas seulement en proie à un scénario de fragmentation. Des forces d'intégration y sont également à l'œuvre. Jusqu'à présent, les diverses tentatives en vue de dégager un consensus sur les différents enjeux internationaux se sont révélées décevantes. Le "concert des nations", semblable à celui qui a régi l'architecture européenne au début du XIXème siècle et l'architecture mondiale après les deux guerres mondiales, ne parvient pas à se dégager à la fin du XXème siècle. La fin de la guerre froide impose pourtant aux grandes puissances qu'elles repensent l'ordre international économique et politique. Les forums de discussion existent et se sont multipliés au gré des bouleversements internationaux et de l'interdépendance croissante. Ils sont autant de canaux au travers desquels les intérêts des pays s'articulent et s'agrègent. Ils servent à structurer leurs positions. Cela ne signifie pas pour autant que la coopération internationale soit possible. Au moment où les institutions de Bretton Woods, frappées par la dévaluation du dollar et les chocs pétroliers déclinent, le groupe des sept (G 7) tente de reprendre le gouvernail international. Mais le processus de consultation ne parviendra pas à s'institutionnaliser en dehors de périodes où l'ampleur de la crise impose la mobilisation des gouvernements. Le G 7 ne dépasse pas le cadre ad hoc qui lui a été prescrit. Les sommets font un constat des désordres internationaux; ils n'expriment aucune vision nouvelle. Les Etats éprouvent des réticences à entreprendre les changements qu'implique la coordination des politiques macro-économiques. Ils éprouvent également des difficultés à repenser les rouages économiques et les problèmes de sécurité et à répartir les tâches entre les différentes organisations internationales 9

chargées de les mettre en pratique. D'où les propositions de créer, parallèlement au Conseil de sécurité, un Conseil de sécurité économique dans le cadre du système des Nations-unies ou d'ouvrir le G 7 aux nouvelles puissances, fussent-elles politiques ou économiques. Aux côtés du G 7 existe maintenant un G 8 qui englobe la Russie qui ne peut être tenue à l'écart de la politique internationale ou un G20, qui fort des pays en développement les plus puissants, agit au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce. Pourtant, le multilatéralisme a fait une percée spectaculaire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les Etats-Unis et les puissances occidentales l'ont utilisé pour régler tous les problèmes internationaux. Ils trouvent un intérêt dans un système qui renforce la coopération et la crédibilité des principaux pays. Le multilatéralisme contraint les Etats et limite leur liberté d'action. Il leur offre la possibilité d'influencer la politique étrangère des Etats et leur ouvre la voie à des alliances. Le multilatéralisme pousse les Etats à assumer le fardeau pour garantir les biens publics. Il serait difficile pour les Etats d'agir seuls dans les domaines militaires de la santé ou du commerce international. Mais les Etats ont toujours la possibilité de ne pas agir multilatéralement si cela ne leur convient pas et ils peuvent recourir à l'unilatéralisme2 . La notion de puissance est au centre des Relations internationales. Autour d'elle se construisent les différentes catégories de systèmes: multi ou bicentrés. Selon Robert Keohane, la puissance se définit comme la "capacité de modifier la volonté d'autrui". Elle présuppose la détention
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Nye, Joseph. International herald Tribune. 13juin 2002.

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de ressources économiques ou politiques3. Mais un certain nombre d'auteurs soulignent que le pouvoir des Etats dépend de ressources non fongibles, non matérielles, fussent-elles le prestige, l'habilité ou l'autorité morale qui compensent le manque de ressources et mobilisent si ce n'est la communauté internationale, du moins des pays qui partagent des intérêts similaires, des" like-minded". Ce phénomène est particulièrement saillant au sein des organisations et des négociations internationales, notamment économiques. L'inégalité y règne encore: les contribuables les plus importants restent les puissances majeures: les Etats-Unis, le Japon, la France, la GrandeBretagne et l'Allemagne. Mais de plus en plus, l'Inde et le Brésil s'approchent du cercle des puissants; d'autres pourraient s'y joindre. Les ennemis d'hier sont devenus des alliés d'aujourd'hui et ils partagent les mêmes objectifs: la maximisation des gains. Cependant les considérations sur la notion de puissance ont perdu de leur pertinence en raison du changement du système international, notamment les problèmes de mondialisation des échanges. Les préoccupations économiques ont supplanté les préoccupations politiques ou militaires. L'Organisation mondiale du Commerce (OMC) en est venue à prendre une place de plus en plus importante dans le système international. Le mécanisme de règlement des différends est devenu le seul mécanisme de correction des pratiques discriminatoires des Etats. Les Etats ne sont plus les seuls acteurs du système international. Des analyses plus fines sont indispensables

3 James ROSENAU, Turbulence in World Politics. Princeton: Princeton Univetsity Press, p. 191.

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et des approches multidimensionnelles sont nécessaires qui rendent compte de la multiplication des acteurs. De nouveaux enjeux s'imposent sur l'agenda international et appellent des réponses différentes de la part des Etats. Mais ceux-ci s'avèrent souvent impuissants à les résoudre seuls. L'apprentissage de nouveaux modes de règlement international constitue un véritable défi pour des Etats qui affrontent, selon James Rosenau, une situation de turbulence internationale dont la source réside dans la multiplicité et la rapidité des interactions entre les groupes et les sociétés4. Le paysage international est maillé par tout un ensemble d'organisations internationales qui ont un impact sur la conduite des Etats. Ce réseau est particulièrement dense en Europe, lieu de conflits et de turbulences pendant la Guerre froide. Derrière l'ordre occidental démocratique se profile l'idée que le monde doit être maillé d'organisations et d'institutions qui contrôlent la conduite des Etats et assurent la coopération. L'architecture institutionnelle de l'après-guerre est le témoin d'une véritable prolifération d'organisations internationales qui ont transformé le paysage institutionnel de l'Europe. Il y a trois institutions centrales l'Union européenne, l'organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et l'Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe (OSCE) - qui s'allient à d'autres: la Commission des Nations-unies pour l'Europe (UNECE), le Conseil de l'Europe, l'Union de l'Europe Occidentale (DEO), l'Association européenne de Libre Echange (AELE) qui ne
4James ROSENAU, Turbulence in World Politics, A Theory of Change and Continuity, Princeton, Princeton University Press 1990, 480 p. 12

compte plus que trois pays après l'adhésion de l'Autriche, de la Suède et de la Finlande à l'UE en 1995. L'OTAN est partie intégrante de la construction européenne. Elle n'est pas seulement une alliance militaire. Comme le disait Foster Dulles: «elle est un cadre de coopération pour quelque chose et non pas seulement contre quelque chose ». L'OTAN a enchaîné l'Allemagne dans son filet sécuritaire en même temps qu'elle a contenu les Soviétiques. L'ordre du jour de l'OTAN s'est d'ailleurs aussi transformé sous la pression de nouveaux problèmes régionaux: prévention et gestion des crises, stabilisation régionale, conflits ethniques. Mais la dépendance de l'Europe vis-à-vis des EtatsUnis s'est peu à peu distendue depuis près de cinquante ans et les frictions ont été nombreuses dans des domaines aussi divers que le commerce, le militaire ou le politique. Il y a ainsi une divergence croissante entre les intérêts américains et européens. Il y a plus de trente domaines dans lesquels l'Europe s'oppose aux Etats-Unis, de la guerre de la banane, aux bœufs aux hormones ou aux OOM. La tension est devenue plus intense encore après que la France et l'Allemagne aient refusé de se rallier aux thèses américaines et à la guerre en Irak. Les préoccupations des Etats-Unis eux-mêmes ne se concentrent plus sur l'Europe, mais se tournent vers l'Asie et vers le continent émergent, la Chine. L'Europe a connu une ère de stabilité, en complète opposition avec les siècles passés de guerres et de conflits incessants. Stabilité qui a été assurée par la présence bienfaitrice des Etats-Unis et grâce à l'environnement structuré dans lequel elle s'est immergée. 13

L'Europe ne peut plus compter sur les Etats-Unis pour sa défense et doit essayer de se bâtir une politique commune de défense et de sécurité et une armée commune qui seront également positives pour le continent américain. Car, comme le rappelle David Calleo, la domination américaine pose une menace contre les autres Etats si elle s'exerce de manière arbitraire et exploitatrices. Il faut se rappeler la loi Helmes Burton contre laquelle le Canada et l'Europe se sont battus avec acharnement et la loi 301 qui menace de rétorsion tout partenaire commercial qui ne respecterait pas les règles américaines de droits de propriété intellectuelle. Les Etats-Unis n'assument plus certaines de ses obligations. Ils n'ont pas ratifié un certain nombre d'accords multilatéraux dont celui sur les mines personnelles, le changement climatique et la cour internationale de justice. Les Etats-Unis ne sont pas dénués d'une certaine ambiguïté, satisfaits que l'Europe se prenne en mains, mais en même temps jaloux et préoccupés par ses désirs d'indépendance. Jamais autant qu'au moment de la crise yougoslave, ces ambiguïtés n'ont autant transparu. Les Européens étaient partagés entre l'heure européenne et la tendance naturelle à suivre les Etats-Unis. Les Européens restent les partenaires de second plan de l'Alliance transatlantique, suivant les mots de Stefanova6. L'Italie et l'Allemagne ont été tirés vers une guerre qu'ils ne voulaient pas mener mais pensaient qu'ils devaient la faire tandis que la France et la Grande-Bretagne étaient attirés
5 Calleo, David P, Gordon, Philip. 1992. From the Atlantic to the Urals: national perspectives on the new Europe. Arlington: Seven Locks Press.
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Gardner, Hall, Stefanova, Radislova 2001. The New Transatlantic

Agenda. Aldershot : Ashgate.

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vers une guerre qu'ils auraient menée différemment. Il reste qu'il existe des clivages idéologiques et stratégiques fondamentaux entre les Etats-Unis et l'Europe qui se sont manifestés au moment de la guerre yougoslave et dans le conflit du Moyen orient. L'Alliance souffre d'une distribution inégale des ressources: les Etats-Unis mènent les combats militaires et les Européens assument le budget financier. Une distribution plus équilibrée de la gestion des crises serait salutaire et serait la clé de la préservation d'une Alliance robuste dans le futur. Une des premières conséquences de ce monde en proie à la turbulence est d'intensifier le rythme et le rôle des négociations internationales, fussent-elles économiques ou politiques. La structure actuelle du système international est propice à l'émergence de puissances moyennes qui, sans empiéter sur le pouvoir des puissances majeures, défendent leurs intérêts, imposent leurs idées et influencent les décisions. Ces puissances moyennes sont consultées pour leur savoir. Elles génèrent de nouvelles alliances, des coalitions avec des pays qui partagent des intérêts communs. Cette diplomatie, basée sur la formation de coalitions, constitue une originalité des négociations de l'Uruguay Round. Elle est d'autant plus nécessaire que les négociations multilatérales, qui se sont substituées en grande partie aux négociations bilatérales, deviennent plus complexes à gérer. Dans ce sens, ces coalitions ont humanisé les négociations du cycle de l'Uruguay et les ont abrégées. Eussent-elles été laissées aux nombreux pays participants -plus d'une centaine- huit ans de négociations n'auraient pas suffi. 15

Chapitre

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Le paradigme réaliste

Les réalistes ont dominé les relations internationales depuis la Deuxième guerre mondiale. L'approche réaliste considère l'univers politique mondial comme anarchique. La nature et le cadre de la fragmentation politique sont au centre de l'idée d'anarchie. Lorsque les Etats sont forts, le cadre est clair et fournit une base ferme pour les relations entre les Etats. Lorsqu'ils sont faibles, le cadre est moins clair et les relations moins solides. Pour les réalistes, l'anarchie propulse la concurrence et le conflit entre les nations et inhibe leur volonté de coopérer même lorsque celles-ci partagent des intérêts communs. Ils ont une vision pessimiste et conservatrice du système international7. L'anarchie est la principale force qui façonne les motivations et les actions des Etats8. Dans un état d'anarchie, ceux-ci sont préoccupés par le pouvoir et la sécurité, prédisposés au conflit et à la concurrence et échouent souvent dans leur tentative de coopérer même lorsque leurs intérêts sont communs. Les institutions internationales ne parviennent pas à assurer la coopération entre les Etats9.

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Roche, Jean-JacquesLes théoriesde relations internationalesParis:

éditions Montchrestien. p. 29. 8 Waltz, Kenneth 1979. Theory of International politics. Reading: Addison-Wesley. pp. 224-238. 9 Grieco, Joseph 1993. "Anarchy and the Limits of Cooperation: A realist Critique of the Newest Liberal Institutionalism" 116-140. In : David A. Baldwin. ed. op. cit. p. 119.

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La politique est un lieu de conflits dans lequel un acteur doit démontrer sa force. Dans ce jeu, l'Etat dispose d'atouts géographiques, politiques, économiques et socioculturels. La puissance se calcule par des éléments matériels (ressources, espace, armement, hommes) ou immatériels (qualité du gouvernement, diplomatie), très proche donc de la définition qu'en donna Braudel: "la capacité d'un acteur pour créer une conjoncture qui lui soit favorable". Les pouvoirs forts jouent un rôle de premier plan; les Etats faibles doivent se replier dans une sphère dominée par les plus forts en s'isolant ou en s'alliant aux plus puissants. Les grandes puissances sont actives et peuvent démontrer leur prestige, voire s'aventurer dans des entreprises impérialistes. La puissance est l'objectif premier de la politique internationale. Les Etats luttent pour leur survie et leur expansion. Les Etats s'en tiennent à une politique rationnelle basée sur la seule poursuite de l'intérêt national. L'approche est rationnelle. L'analyse réaliste repose sur la place centrale qu'occupent les Etats dans les relations internationales. Seuls les Etats peuvent concentrer assez de pouvoirs dans leurs mains pour mener une action conséquente. Ce sont des acteurs unitaires, motivés par les coûts. Les réalistes placent l'Etat au centre de leur théorie mais n'ignorent pas les autres acteurs, individuels ou collectifs; les acteurs non nationaux sont dépourvus de tout intérêt. Les Nations-unies reflètent simplement les relations entre Etats et la lutte pour le pOUVOIr. Le conflit est inhérent aux relations entre les Etats, cela constitue leur milieu existentiel. La survie est le but fondamental des nations, elle dépend de la possession de plus de capacités que les concurrents. Certaines de ces capacités sont mesurables, d'autres ne le sont pas 18

(cohésion nationale, moral national d'après Clausewitz). D'après Aron, les acteurs du jeu politique sont animés par un désir de puissance qui s'accompagne de la quête de la gloireIo. La puissance dépend du prestige du chef. La politique est la recherche d'un ordre équitable en même temps qu'une lutte entre les individus et les groupes pour l'accession aux postes de commande pour le partage de biens rares. L'hégémonie intellectuelle du paradigme réaliste (ensemble cohérent de propositions et de valeurs) est finalement celle de l'hégémonie idéologique de l'Amérique. Comme les capacités sont inégales, le système fonctionne par le jeu des coalitions et des alliances. Les coalitions permettent d'ajouter des capacités à ceux qui n'en n'ont pas suffisamment et de maintenir l'équilibre entre les principaux rivaux du système international. Le rôle de la guerre La puissance qu'un Etat possède sur un autre ne se traduira pas nécessairement par des gains dans tous les domaines fonctionnels. La puissance militaire ne procure pas forcément aux Etats des règlements avantageux dans tous les domaines fonctionnels: l'exemple d'Israël est illustratif à cet égard. Ses gains militaires ne se traduisent pas forcément par des avantages politiques. Le pouvoir se calcule par rapport à la qualité et à l'efficacité de l'équipement militaireII. Les causes de la guerre sont à
10 Aron, Raymond 1984. Paix et guerre entre les nations. Paris: Calmann-Levy. p. 62. llWaltz, Kenneth 1959. Man, the state, and war; a theoretical analysis. New York, Columbia University Press. Niebuhr, Reinhold 1960. an and Immoral Society, study in ethics and politics. New York, Scribner 1960

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chercher dans la nature et le comportement des hommes. "La guerre est dans la psychologie inconsciente et sombre de la nature humaine,,12 Il y a toujours une opportunité de faire la guerre dans un monde dans lequel un ou deux Etats cherchent à promouvoir leurs intérêts et dans lequel il n'y a pas d'autorité supérieure sur laquelle ils puissent s'appuyer pour obtenir une protection. L'anarchie est donc une des causes de la guerre. La politique interne trouve son chemin dans cette analyse. Waltz prend bien soin de dire que l'organisation interne des Etats est la clé pour comprendre la paix et la guerre. Kéohane et Nye démontrent que la distribution de la puissance entre les Etats ne peut aider à prédire les résultats des négociations et des situations de marchandage parce que la puissance n'est pas une ressource fongible. Certains Etats ont des capacités dans certains domaines mais dans d'autres, ils n'en n'ont pas. Mitrany montre que les Etats ne sont plus les plus aptes à maintenir la paix. D'autre part, les Etats n'aspirent plus seulement au bien-être mais également à la paix. Il donnera la clé des théories fonctionnalistes et néofonctionnalistes (Haas, Lindberg). Dans l'analyse réaliste, la guerre joue un rôle centrall3 Tous les actes des Etats sont dirigés vers la guerre. Les guerres sont menées pour rendre les Etats plus forts ou pour éviter que les autres Etats ne deviennent trop forts. La guerre, selon Aron, est un instrument de la politique, une caractéristique normale

. 12 W a 1 , op. Clt. tz 13 Baks, Michael 1993. "The Inter-Paradigm Debate 7-26 In Margot Light and John Groom, eds. International Relations. A Handbook of Current Theory. London: Pinter Publishers. p. 14 20

des relations internationales. Elle fait partie du fonctionnement du système international, elle n'est pas pathologique bien qu'elle soit regrettable. Aron reprend la formule de Clausewitz selon laquelle: "la guerre n'est pas un acte politique, mais un véritable instrument de la politique, une poursuite de relations politiques, une réalisation de celles-ci par d'autres moyens". La guerre n'est pas l'expression d'une philosophie belliciste, mais la constatation d'une évidence. Seule la guerre permet aux Etats de définir leur comportement les uns vis-à-vis des autres, en fonction du droit de recourir à la violence qu'ils se reconnaissent mutuellement. Même en temps de guerre, la politique ne donne pas congé à la diplomatie. Cependant, les idées et sentiments influent sur les décisions des acteurs. Il faut donc saisir les déterminants de leur conduite. Waltz donne trois explications à la guerre. La première tient à la nature humaine; la deuxième tient à la nature des sociétés et la troisième au système internationallui-même14. Aron établit la distinction entre systèmes homogènes et systèmes hétérogènes qui est fondamentale. Les systèmes homogènes sont ceux dans lesquels les Etats appartiennent au même type, obéissent à la même conception de la politique. Les systèmes hétérogènes, au contraire, sont ceux dans lesquels les Etats sont organisés selon des principes autres et se réclament de valeurs contradictoires. Les systèmes homogènes sont porteurs d'une grande stabilité et favorisent la limitation de la violence. Ils sont prévisibles. Les régimes sont identiques. Leur destin est d'être le "théâtre de grandes guerres,,15.
14Waltz, Kenneth 1959. op. cit. 15Aron, Raymond 1984. op. cit. p. 108. 21

Dans les systèmes hétérogènes, l'ennemi apparaît aussi en adversaire avec lequel il est impossible de dialoguer et de faire la paix. L'entrecroisement des luttes civiles et des conflits inter-étatiques aggrave l'instabilité du système. Le système international est hétérogène. Les Etats ne partagent pas les mêmes valeurs, les vaincus ne peuvent traiter avec les vainqueurs sans être traités de traîtres. Après 1945, le système international tend vers l'homogénéité juridique malgré des hétérogénéités internes. L'émergence d'une société internationale réunissant des Etats entre eux est l'expression d'une homogénéité. Cependant, cette société d'Etats n'est pas à même d'assurer la paix; le droit international, selon Aron, demeure par trop embryonnaire. Pour lui, l'explication de la conduite des acteurs du jeu international n'est pas la simple recherche de la puissance maximale ni même la quête de la sécurité absolue, mais au contraire le risque permanent d'une guerre légitimée par les prérogatives partagées de la souveraineté et amplifiée par le péril nucléaire.

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