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Théories de l'économie politique internationale

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380 pages
"Née au début des années 1970 aux États-Unis, au Royaume-Uniet au Canada, l’économie politique internationale (EPI) éclaire notre compréhension des transformations de la scène internationale en mettant l’accent sur leur dimension économique. Elle s’intéresse aux interventions entre le monde des États et les marchés et à leurs effets sur la politique mondiale.
Devenue aujourd’hui, avec les questions de sécurité, l’une des plus importantes disciplines du champ plus vaste des relations internationales, l’EPI a procuré à ce dernier certains de ses concepts les plus novateurs : mondialisation, interdépendance complexe, stabilité hégémonique, puissance structurelle, gouvernance mondiale, etc. Elle a donné naissance à diverses théories, dont les principales sont défendues par deux écoles largement incompatibles : l’école orthodoxe, ancrée aux États-Unis, et l’école hétérodoxe, dominante au Royaume-Uni et très présente au Canada et un peu partout dans le monde.
Synthèse critique à destination des internationalistes francophones,ce livre présente les principaux auteurs, paradigmes et débats fondateurs de la discipline.
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Théories de l’économie politiqueinternationale:Cultures scientifiques et hégémonie américaine / Stéphane Paquin. - Paris : Presses de Sciences Po, 2013. ISBN papier 978-2-7246-1315-5 ISBN epub 978-2-7246-1317-9 ISBN PDF web 978-2-7246-1316-2 ISBN XML 978-2-7246-1318-6 RAMEAU : – Relations économiques internationales DEWEY : – 337 : Économie internationale © Presses de la fondation nationale des sciences politiques 2013.
5Remerciements 10Avant-propos
Tabledesmatières ?
TTories del’économie
politique internationale
Cultures scientifiquesethégémonieaméricaine
Stéphane Paquin
Avant-propos
À l’été 2010, Bertrand Badie et Dario Battistella ont eu la gentillesse de m’inviter à présenter l’économie politique internationale en France lors d’une université d’été portant sur laFrench Touch en relations internationales. Cette université d’été réunissait de nombreux chercheurs de haut niveau tels que Frédéric Charillon, Ariel Colonomos, Frédéric Ramel, Pascal Vennesson, John Groom et Wolf-Dieter Eberwein. Pendant les discussions, plusieurs étudiants et professeurs déploraient le déclin de l’influence dans le monde de la recherche produite en France dans le domaine des relations internationales. D’aucuns expliquaient ce déclin par le fait que peu de travaux français étaient disponibles en langue anglaise. Certains sont même allés jusqu’à souhaiter que les étudiants français rédigent leur thèse de doctorat en anglais afin de favoriser la diffusion des travaux « made in France ». Il s’agit bien sûr d’une très grande partie de l’explication. Les chercheurs français de haut niveau publient peu en anglais et négligent souvent de participer aux rencontres de l’International Studies Association (ISA), la plus grande association d’internationalistes au monde, ou de publier dans les revues d’importance qui sont pratiquement toutes américaines. Pour avoir fait des études supérieures au Québec, en France et aux États-Unis, l’explication axée uniquement sur la langue ne m’est jamais apparue complètement satisfaisante. Il y a plus. La culture scientifique en France fait également partie de l’équation. Elle contraste trop avec celle qui domine aux États-Unis dans le domaine des relations internationales et encore plus dans celui de l’économie politique internationale. Pour le dire plus clairement, la majorité des travaux produits en France, même traduits en langue anglaise, seraient probablement perçus comme en marge des travaux dominants aux États-Unis. Contrairement à la majorité des auteurs américains, la plupart des internationalistes français n’inscrivent pas leurs recherches dans le cadre de paradigmes constitués ; ils rejettent l’approche en termes de choix rationnels, n’utilisent pas les méthodes quantitatives et sont généralement très critiques des approches dominantes aux États-Unis. De plus, selon Nicolas Jabko, du CERI, contrairement aux auteurs américains, les auteurs français sont réticents à développer des théories, même de moyenne portée, et à débattre d’enjeux théoriques. Marie-Claude Smouts a déjà exprimé son scepticisme vis-à-vis des théories des relations internationales : « S’il y en avait une, cela se saurait 1 . » Pour Dario Battistella : « En France […], la théorie des relations internationales au sens de production d’approches savantes compétitives désireuses de rendre compte en termes abstraits des principes conducteurs des interactions politiques qui se déroulent au-delà des territoires nationaux » reste minoritaire par rapport à ce qu’il est convenu d’appeler la sociologie des relations internationales 2 . Une caractéristique de la science politique française, selon Jabko, est d’analyser des enjeux empiriques particuliers alors que les Américains souhaitent très majoritairement développer des théories de moyenne portée. L’absence de tradition de recherche importante en France dans le domaine de l’économie politique internationale (EPI) tend à confirmer la grande différence entre la recherche produite en France et celle menée aux États-Unis. L’EPI est le champ de recherche qui a le plus évolué au sein du champ plus large des relations internationales depuis quarante ans aux États-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne et un peu partout dans le monde. Difficile d’avoir de l’influence dans les débats internationaux sur les questions internationales lorsque le sous-champ le plus dynamique en relations internationales est ignoré par les internationalistes français. Tandis que cette nouvelle discipline s’est fortement et rapidement institutionnalisée aux États-Unis et ailleurs, elle demeure étonnamment marginale en France. Peu d’auteurs français s’en réclament alors qu’elle est devenue la seconde en importance aux États-Unis après les questions de sécurité. Selon un sondage conduit par Daniel Maliniak, Susan Peterson et Michael J. Tierney, du projet Teaching, Research, and International Policy (TRIP), seulement 5 % des internationalistes français affirment 3 avoir pour premier champ de recherche l’EPI et ils sont 18 % à choisir l’EPI comme premier et second champs de recherche. C’est beaucoup moins qu’aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne, trois pays d’où proviennent la majorité des théories en EPI. Les théories de l’EPI ont procuré au champ des relations internationales certains de ses concepts et de
ses théories les plus importants : les théories de la mondialisation et de l’interdépendance complexe, la théorie de la stabilité hégémonique, le concept de puissance structurelle, la théorie de l’hégémonie néogramscienne, celle des régimes, celle de la gouvernance mondiale ou celle dutwo-level games. Un individu qui choisirait délibérément d’ignorer ces débats éprouverait bien de la difficulté à publier dans une revue scientifique de calibre international. Pourtant, selon Cornelia Woll, il n’existe que peu
4 de livres portant sur l’EPI en France . Pour Nicolas Jabko, il est étrange que l’EPI soit sous-développée dans un pays qui critique tant l’hégémonie américaine et le néolibéralisme en général. Ce phénomène est d’autant plus surprenant que la France a été un incubateur d’idées formidables en économie politique, des physiocrates à l’école de la régulation en économie, jusqu’à l’école des Annales en histoire. Selon Jabko, dans les années 1970, la forte influence des théories marxistes aurait empêché le développement de l’EPI dans l’Hexagone. Le déclin de la pensée marxiste, depuis les années 1980, aurait conduit à un déclin plus général de la tradition française en économie politique et aurait contribué à la réticence des
5 internationalistes à se spécialiser en EPI . Selon Christian Chavagneux, la France conjugue deux particularités en ce qui concerne l’EPI : « D’une part, plus de quarante années de littérature en EPI ont à peine pénétré l’Université française. D’autre part, dans les pays anglo-saxons où elle est fortement développée […], l’EPI est d’abord une approche 6 de politologues spécialistes des relations internationales . » En France, les quelques chercheurs qui se réclament de la discipline de l’économie politique internationale se présentent généralement également comme des économistes hétérodoxes (Mehdi Abbas, Christian Chavagneux, Jean Coussy, Gérard Kébabdjian). Les auteurs français produisent des recherches enéconomie politique internationale et non pas en économiepolitiqueinternationale. La différence est plus que sémantique. En France, la séparation entre la science économique et les autres sciences sociales est plus nette qu’aux États-Unis, au Canada ou même en Grande-Bretagne. Selon Jabko, en France, ce sont plus les écoles d’ingénieurs que les universités qui forment les économistes. De plus, parmi les internationalistes français, l’influence des théories économiques et de la culture scientifique des économistes est moins présente qu’aux États-Unis. À l’inverse de ce qui se produit aux États-Unis, les
7 politologues français n’ont pas de complexe d’infériorité à l’égard des économistes . Conséquemment, les économistes français participent peu aux interactions avec les internationalistes en France. Cette situation est d’autant plus décevante que plusieurs auteurs français ont eu de l’influence dans les débats en EPI. On pense par exemple à l’influence de François Perroux sur Charles
8 Kindleberger ou à celle de Fernand Braudel sur Robert Cox et l’école néogramscienne. L’objectif de cet ouvrage est d’introduire auprès de la communauté des internationalistes du monde francophone une synthèse des théories et des débats fondamentaux en EPI depuis les balbutiements de la discipline au début des années 1970 aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne. La culture scientifique est, de nos jours, le meilleur prédicteur du type de travaux réalisés en EPI. Or, les travaux en EPI sont partagés par des cultures scientifiques très différentes et incompatibles, celle de l’école orthodoxe, massivement concentrée aux États-Unis, et celle de l’école hétérodoxe, prédominante en Grande-Bretagne et très présente au Canada et un peu partout dans le monde. Les caractéristiques fondamentales de l’école orthodoxe reposent sur une culture scientifique très proche de celle des économistes néoclassiques. Cette école est massivement positiviste et valorise l’élaboration de théories causales. Le style est réductionniste et la plupart des auteurs adoptent, dans leurs recherches, l’individualisme méthodologique, voire la théorie du choix rationnel. Les orthodoxes possèdent une vision matérialiste du monde. Dans leurs analyses, les idées, l’identité et les valeurs sont secondaires. L’école orthodoxe met également en valeur l’utilisation des méthodes quantitatives et de plus en plus la modélisation formelle. L’essentiel des débats au sein de cette école en EPI se produit entre le paradigme réaliste, le libéral et celui axé sur la politique intérieure. L’école hétérodoxe, qui est dominante en Grande-Bretagne et très présente au Canada, est caractérisée par son approche très critique à l’égard des théories orthodoxes dominantes. Elle est partagée entre l’école britannique, notamment autour des travaux de Susan Strange, et l’école néogramscienne, dont le fondateur est Robert Cox. Malgré les différences substantielles entre ces deux écoles, les hétérodoxes ont plusieurs points communs : leurs approches sont plus explicitement normatives, elles n’acceptent pas le monde tel qu’il est comme cadre pour l’action. Les hétérodoxes intègrent dans leurs travaux des
enjeux éthiques, de justice et d’équité. Ils sont également très critiques à l’égard de la culture scientifique des théoriciens orthodoxes. Les hétérodoxes sont majoritairement non positivistes ou postpositivistes, ils rejettent les méthodes quantitatives, la modélisation formelle, la théorie des jeux, l’approche en termes de choix rationnels et sont beaucoup plus multidisciplinaires. Ces auteurs sont plus sensibles au rôle des idées et de l’identité. Leurs travaux, généralement de très grande portée, sont tout sauf réductionnistes.
1. Citée dans Dario Battistella,Théories des relations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, e 2012 [4 éd.], p. 689. 2. Ibid. 3. Daniel Maliniak, Susan Peterson et Michael J. Tierney,Around the World : Teaching, TRIP Research, and Policy Views of International Relations Faculty in 20 Countries,Williamsburg (Va.), Teaching, Research, and International Policy (TRIP) Project, 2012, p. 27-28. 4. Cornelia Woll, « Lectures »,Critique internationale, 1 (38), 2008. 5. Nicolas Jabko, « Why IPE is Underdeveloped in Continental Europe. A Case Study of France », dans Mark Blyth (ed.),Routledge Handbook of International Political Economy (IPE) : IPE as a Global Conversation, Londres, Routledge, 2009, p. 231. e 6. Christian Chavagneux,Économie politique internationaleéd.]., Paris, La Découverte, 2010 [2 7. Nicolas Jabko,op. cit., p. 235. 8. Pierre Berthaud, « Présentation », dans Pierre Berthaud et Gérard Kébabdjian (dir.),La Question politique en économie internationale, Paris, La Découverte, 2006, p. 26-27.
Domaine Économiepolitique
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