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Tomber la frontière !

De
199 pages

"Tomber la frontière" n'a pas le même sens selon qu'on se trouve en Espagne, en France, en Algérie, en Bosnie, au Liban, en Turquie, au Sénégal. Comment l'homme se débrouille-t-il avec ses frontières ? Comment aller à la rencontre de l'autre ?

Publié par :
Ajouté le : 01 octobre 2007
Lecture(s) : 109
EAN13 : 9782336257518
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Tom ber
la fro n

tière !

Joël Isselé & Salah Oudahar
(sous la direction)

Y. Balangier, Velibor Čolić, Bassidiki Coulibaly, Ahmed Dahmani, Fatou Diome, Christophe Fourvel, Yves Frey, Jean-Marie Furt, Lionel Grob, Mohamed Guellati, Nedim Gürsel, Alain Jund, Amin Maalouf, Franck Michel, Pierre Zeidler

Tomber la frontière !

L’Harmattan

Nous fréquentons les frontières, non pas comme signes et facteurs de l’impossible, mais comme lieux de passage et de la transformation. C’est pourquoi nous avons besoin de frontières, non plus pour nous arrêter, mais pour exercer ce libre passage du même à l’autre, pour souligner la merveille d’ici-là… Il n’est de frontières qu’on outrepasse.

ÉDOUARD GLISSANT

Le danger pour l’Europe ne peut pas venir du dehors. Pour la simple raison qu’elle ne peut pas se concevoir comme un “dedans”. Le danger réside justement dans une telle façon de voir : une fois que l’on se considère comme un espace fermé, séparé des autres, ce qui est à l’extérieur ne peut plus apparaître que comme une menace.

Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont.

JEAN-PIERRE VERNANT

RÉMI BRAGUE

SOMMAIRE

Avant-propos par Hélène Haslé

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Présentation par Joël Isselé et Salah Oudahar

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Brève incursion dans le paradoxe de la frontière-carrefour
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Bassidiki Coulibaly Yves Frey

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À la recherche de la frontière Tamis

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Fatou Diome
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Strasbourg la Méditerranéenne ¡ No pasarán !

Alain Jund

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Jean-Marie Furt
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Court métrage

Pierre Zeidler
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Tomber un certain ordre du monde

Y. Balangier

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« L’homme est fait pour bouger » « L’invitation au voyage » Juke-Box Memories

Entretien avec Amin Maalouf
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Entretien avec Nedim Gürsel
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Velibor Čolić

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Europe-Méditerranée. Dépasser le libre-échange, bâtir le partenariat

Ahmed Dahmani

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Cinq regards qui tournent le dos à la ville Mémoire de papillon

Christophe Fourvel

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Mohamed Guellati
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Du bon usage de la frontière 421, cimetière des clandestins
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Franck Michel Lionel Grob

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À propos des auteurs À propos du festival Strasbourg-Méditerranée
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AVANT-PROPOS PAR HÉLÈNE HASLÉ, PRÉSIDENTE DU FESTIVAL STRASBOURG-MÉDITERRANÉE

Tomber la frontière !, portée par ce leitmotiv, l’édition 2007 du festival Strasbourg-Méditerranée poursuit son œuvre à contrecourant du cloisonnement des identités, des esprits et des genres. La différence est à l’honneur ! Acteurs culturels, socioculturels, associatifs, artistes, chercheurs…, mettent en lumière, chacun à leur manière, les cultures méditerranéennes, sources d’inspiration et d’enrichissement de notre société. Le pari d’une organisation collective, atypique dans le paysage culturel actuel, contribue largement à la diversité et à la convivialité du festival. Au-delà d’un festival, Strasbourg-Méditerranée est devenu un projet en soi : s’inscrire durablement dans la cité, en région, comme un repère, un centre de ressources, un stimulateur d’échanges entre les citoyens. Riche de ses différences, Strasbourg-Méditerranée n’aura de cesse d’élargir ses horizons, de faire tomber les frontières. À l’occasion de cette édition, le projet de cet ouvrage proposé par l’association Déroutes & Détours témoigne, par la richesse et la pertinence de ses contenus, de la qualité et de l’ambition de notre démarche. Il est une contribution majeure à la réussite de l’édition 2007 de notre festival et, au-delà, au projet StrasbourgMéditerranée dans son ensemble.
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PRÉSENTATION PAR JOËL ISSELÉ, ASSOCIATION DÉROUTES & DÉTOURS www.deroutes.com & PAR SALAH OUDAHAR, ASSOCIATION STRASBOURG-MÉDITERRANÉE www.strasmed.com

Tomber la frontière ! à la recherche de l’Autre
Ramenés aux objectifs et aux enjeux du festival StrasbourgMéditerranée – construire un espace dédié à l’ouverture et à la reconnaissance, à la diversité dans l’universalité, la diversalité, pour reprendre l’expression d’Édouard Glissant – les textes présentés ici expriment la condition de l’altérité et ses multiples figures : l’indigène, le colonisé, l’immigré, l’exilé, le réfugié, le clandestin, le sanspapiers…, telles qu’elles résultent de l’histoire euro-méditerranéenne, récente et ancienne, et de ses représentations. Cet ouvrage collectif invite à dresser un état des lieux des nombreuses frontières, physiques et symboliques, qui enferment et excluent par opposition à celles qui, fondées sur la reconnaissance de l’autre et sur le respect des diversités, permettent la circulation des hommes, des biens et des idées. Tomber la frontière !, cette invocation a pour but de faire tomber les frontières identitaires, raciales et sexuelles qui, sous l’argument fallacieux du choc des civilisations et du différentialisme radical, nient l’idée même d’un héritage et d’un devenir commun et prétextent l’origine, la couleur, la condition, le genre,
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la religion, pour justifier les rapports d’aliénation, les inégalités, les discriminations. Il en va de même des frontières dues à la pauvreté et au sous-développement, à l’insécurité et à la régression, de plus en plus rigides et violentes, sous l’effet de la mondialisation, des murs, des grillages, des barbelés, des nouvelles lignes Maginot, entre l’Europe et le Sud de la Méditerranée, entre les pays riches et les pays pauvres ou, celles, intérieures, de la ségrégation sociale et urbaine, politique et culturelle, qui n’épargnent pas les pays riches. Tomber la frontière !, s’adresse également aux domaines de la culture, des arts, des savoirs qu’il convient d’explorer et de décliner, comme s’y sont employés les auteurs conviés à la réalisation de cet ouvrage, chacun à sa manière et selon ses préoccupations, son style, son langage, sa sensibilité, son domaine de compétence ou de prédilection. La frontière est un sujet autour duquel les débats et les discussions sont aussi intenses que récurrents, aussi passionnels qu’obsessionnels. Loin d’être minimes, ces débats sont de vrais débats de société aux implications avant tout politiques et éthiques. Les acteurs principaux en sont les publicistes et les hommes politiques, les journalistes et les écrivains, les acteurs et les témoins, et si les
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spécialistes de la spécialité ou les politologues y ont également part, ils ne représentent qu’une voix parmi d’autres, et pas nécessairement la plus importante. Car les lieux où l’on débat de ces questions existentielles pour la société ne sont pas tant les salles de séminaires ou l’Assemblée nationale que les journaux et les revues, les chaînes de radio et de télévision, les cafés et les coins de cheminée, les congrès des partis, les parlements et les tribunaux. C’est pour cette raison que nous avons renoncé à la forme du texte (trop) détaillé et érudit, écrit en langue absconse et nourri de références bibliographiques trop abondantes, pour donner notre préférence à d’autres formes, moins usuelles, mais mieux à même d’apporter une contribution à un débat de société débordant le cercle des habitués : point de vue bienvenu, recherche originale, poésie, fictions, juke-box mémoriel, observations pertinentes, coup de gueule salvateur… Notre démarche repose sur une approche originale et approfondie, mais débarrassée autant que possible des pesanteurs académiques et n’ayant pas d’autre prétention que d’apporter des éléments d’information, de discussion et d’imagination – pour mieux inciter les lecteurs à poursuivre par eux-mêmes la réflexion et l’approfondissement.
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C’est pour cette même raison, du reste, que nous avons cherché à diversifier autant que possible, et dans la mesure de nos moyens, les origines de nos contributeurs : ces derniers, en effet, ne représentent pas seulement une large ouverture à cette génération que l’on a dit “dépolitisée”, mais aussi une variété d’horizons puisqu’ils associent aux historiens de métier, des écrivains, un anthropologue, un philosophe, un juriste, un homme de théâtre, un économiste, tout en y adjoignant des entretiens, l’un avec Amin Maalouf, l’autre avec Nedim Gürsel. L’objectif de ces approches multiples n’est pas de mettre en œuvre une interprétation unique de ce concept, mais bien d’en mesurer les diverses dimensions et de mettre en lumière les points de convergences ainsi que les contradictions. Ces frontières qu’il faut davantage ouvrir ou nécessairement renforcer affectent aussi bien le discours politique que l’enseignement et la recherche, les médias que le cinéma et les musées, la littérature et la philosophie. Omniprésentes et obsessionnelles, elles rendent compte de la vivacité des débats qui, à intervalles réguliers, agitent l’opinion publique.
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Débarquant au Caire, Flaubert écrit à un ami : « J’ai acquis la certitude que les choses prévues arrivent rarement ». Lorsqu’on franchit une frontière, il en est souvent ainsi. L’on ne trouve jamais, exactement, ce que l’on était venu chercher. Sans doute parce que cette frontière, les rêves que l’on porte en soi, les espoirs qui poussent l’homme à prendre la route ou la mer, rendent la vérité inséparable d’un bonheur d’une autre vie, d’un nouveau départ. Il serait bon de ne pas l’oublier. Frontières des bonheurs possibles. Ailleurs en fragments. Oui, toujours. Parce que même au plus fort des drames et des guerres, on comprendra ce droit de bouger sans mesure.

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« Malgré une histoire chaotique et guerrière, les mythes fondateurs des États européens renvoient à l’idée d’une continuité d’apports culturels, d’une sédimentation des cultures depuis l’Antiquité, et les nationaux “de souche” ne sont en aucune manière… des “autochtones”. »1

JACQUELINE COSTA-LASCOUX

Brève incursion dans le paradoxe de la frontière-carrefour

Bassidiki Coulibaly

Les frontières ont mauvaise presse. Qui n’a pas entendu parler des associations ou ONG (organismes non gouvernementaux) Médecins sans frontières, Pharmaciens sans frontières, Secouristes sans frontières, Agronomes et vétérinaires sans frontières, Reporters sans frontières, Ingénieurs sans frontières, Réseau éducation sans frontières, Juristes sans frontières, Architectes sans frontières, SOS enfants sans frontières, Clowns sans frontières, Marins sans frontières ? Et la liste est loin d’être exhaustive. Les frontières ? Personne n’en veut ! Du moins c’est ce qu’on pourrait croire, avec tous ces “sans frontières”. Des “sans-frontières” aux “sans-papiers”, une mer ! Oui, une mer bordée de terre, de cette terre qui porte les “sans-frontières” et les “sans-papiers”, qui nous porte tous. Semblable à la raie d’une médaille dont l’avers serait occupé par les “sansfrontières” et l’envers par les “sans-papiers”, cette mer lie et sépare à la fois ses bords. Mer à naviguer, à explorer, à exploiter pour les uns (ceux qui ont les papiers qu’il faut), mer à boire pour les autres (ceux qui ne sont pas à l’intérieur des frontières qu’il faut), donc lieu de tous les risques, de tous les dangers, de tous les fantasmes, de toutes les angoisses. Des papiers, tout le monde en veut ! Ou plus exactement, il faut des papiers en Occident pour exister dans les fichiers
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