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Tous prisonniers ?

De
121 pages
Le mal-être post-moderne se définit par la fracture entre liberté et sécurité : comment avoir une liberté sans limites et une sécurité absolue lorsque la seconde s'obtient en bridant la première ? Comprendre les différentes formes de sécurité, en retracer l'histoire, le présent et l'avenir, tel est le but de ce livre qui entrevoit, après le cancer sécuritaire qui nous étreint, un possible retour vers la vraie liberté et la sécurité : celle de l'âme et de l'esprit.
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Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Jean-Pierre BOISARD,Travail, on t’aime trop !, 2014. Roger BAILLET,De Gaulle et Machiavel, 2014. Alain JENNY et Hervé MAUROY (dir.),Évolution et Histoire. Les modèles du devenir, 2014. Gilbert ANDRIEU,Etre, paraître, disparaître, 2014. Gilbert ANDRIEU,A la rencontre de Dionysos, 2014. Angela BARGENDA,La communication visuelle dans le secteur bancaire européenne. L’esthétique de la finance, 2014. LUONG Cân-Liêm,Le réfugié climatique. Un défi politique et sanitaire, 2014. Gilbert CLAVEL,La gouvernance de l’insécurité, 2014. Djilali BENAMRANE,L’ONU : source ou frein au droit public international ?, 2014. Mario ZUNINO,Quand le JT de TF1 fait son cinéma, 2013. Delphine DELLA GASPERA,L’économie moderne au risque de la psychanalyse, pour un développement plus sain, 2013. Jean–Christophe TORRES,Quelle autonomie pour les établissements scolaires ?, Réflexions sur la liberté pédagogique dans les collèges et les lycées, 2013. Frédéric JONNET,Officiers : oser la diversité. Pour une recompositionsociale des armées françaises, 2013. Stéphane CHEVRIER, Gérard DARRIS,Les résidents secondaires à l’âge de la retraite, 2013.
Du mêmeauteur
La République ? Mon Dieu, quelle pagaille !Ed. Baudelaire, Paris, 2011
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr EAN Epub : 978-2-336-69616-4
« L’homme s’est baptisé « homo sapiens ». C’est-à-dire sachant. Connaissant la vérité. Un des problèmes de notre temps est qu’en fait l’homme moderne, comme ses ancêtres, ne se connaît pas. Il a même perdu confiance en ses propres capacités innées. Il se restreint volontairement et pleure ensuite sa liberté perdue. » Garry Davis, « Le monde est mon pays ».
Préface
Nos sociétés, dominées par la pensée unique, ont perdu la capacité de réfléchir en se libérant du moule des idées préconçues. On n’ose pas remettre en cause les affirmations péremptoires de gourous autoproclamés. Le roman, générateur de rêve et d’évasion, n’est généralement plus qu’un reportage romancé ou une introspection médiatisée. L’analyse technique devient le parangon des études en profondeur pour masquer l’indigence des bases de réflexion. Loin de penser l’avenir, les nouveaux philosophes se sont transformés en commentateurs instantanés de l’actualité. L’homme moderne se complait dans la caverne de Platon qui lui rappelle la sécurité du ventre maternel. Refusant d’affronter le monde réel, il ne sort pas de son antre et participe à la construction d’un monde virtuel dans lequel la guerre fait zéro mort et les cataclysmes naturels ou provoqués n’arrivent qu’aux autres. Convaincu que le progrès scientifique lui apportera sans effort particulier la solution qu’il est en droit d’attendre, le citoyen moderne abdique sa liberté pour minimiser les risques en implantant des systèmes sécuritaires qui l’entrainent loin des rives de la démocratie. Dans ce monde voulu sans aspérité, où tout contribue à nous éviter de regarder en face la froide réalité, il est heureux qu’un chercheur comme Hervé Pierre veuille sortir du carcan dans lequel notre aveuglement collectif nous cantonne pour affronter ce qui dérange et ce que l’on cache. La liberté, les risques et les sécurités qui leur sont rattachées sont au cœur de la période actuelle, qualifiée ici de postmodernité. Pour rendre compte du phénomène et comprendre sa dynamique, Hervé Pierre nous invite à relire l’histoire sous l’angle spécifique de la modernité qui l’a précédée. Liberté et sécurité sont deux concepts antinomiques puisque le développement de l’un suppose la réduction de l’autre. Pourtant on retrouve cette double exigence dans tous les États modernes, sans pour autant qu’ils soient prêts à en affronter les conséquences. Loin de rechercher, comme dans la Grèce antique, l’équilibre nécessaire entre ces deux antagonismes, on privilégie la sécurité à travers des lois dont il faut constater qu’elles perdent chaque jour leur caractère universel pour devenir de plus en plus particulières. Elles enferment les citoyens dans un univers considérablement rétréci par les normes et autres règles, censées conduire à une absence totale de risques. Dans ce domaine la France s’est particulièrement distinguée avec le principe de précaution dont le caractère liberticide est évident. Il refuse la capacité d’innovation, l’esprit entrepreneurial ou le goût de l’aventure pour éliminer le risque sous-jacent dans sa réalité et ses conséquences financières ou humaines. Il pénalise celui qui ose et paralyse celui qui est prêt à le faire, tel le chirurgien qui n’opère pas car aucune assurance ne veut en assumer le risque. Cet avatar issu de notre négation du monde réel est heureusement récent car que serait devenue l’humanité si cet étrange principe avait émergé il y a deux mille ans ? Il s’y ajoute dans les pays latins, et plus particulièrement chez nous, le développement d’un hyper individualisme refusant toute contrainte au nom du respect de ses droits. Il amène le politique à voter des lois catégorielles répondant aux intérêts ou aux pressions de quelques-uns. La conséquence directe en est une perte de l’intérêt général allant jusqu’à l’oubli de l’exigence d’universalité qui devrait en être le socle puisque c’est elle qui nous garantit la liberté. Ainsi le monde moderne nous éloigne chaque jour un peu plus de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Pour analyser notre situation, Hervé Pierre, à travers un survol historique inédit, identifie quatre concepts de sécurité qu’il classe en deux familles qui en contiennent les éléments constitutifs. Orientées vers l’extérieur, la sécurité contre les ennemis et la sécurité ontologique contre les angoisses individuelles existent depuis les origines et ont accompagné l’homme dans sa vie en groupe social. Par contre, la sécurité contre la tyrannie et la sécurité juridique contre les risques sont issues des idées philosophiques du siècle des lumières. Elles relèvent de l’interne et prennent une importance croissante. Parallèlement à la gestion de l’économie, l’État a toujours assuré la sécurité d’ordre externe. L’évolution du monde et l’entrée dans cette postmodernité, que l’auteur date de 1989, avec la chute du mur de Berlin, l’a amené à intégrer dans son champ la sécurité interne pour assurer ce qu’on attendait de lui mais aussi étendre son pouvoir. Sous la pression de l’hyper individualisme de nos concitoyens et de leur attirance sans limite pour la sécurité sous toutes ses formes, on entre dans le cycle infernal du paradoxe de Tocqueville : plus les risques sont garantis, grâce principalement à l’action des gouvernements, moins on en accepte de nouveaux alors que la gestion sécuritaire des premiers en fait émerger d’autres. Sorte de cancer sécuritaire. Comme le rappelle Hervé Pierre, il ne faut donc pas s’étonner que les libertés disparaissent un peu plus chaque jour. Avec raison, il met en exergue quatre conséquences essentielles de cette funeste marche en avant vers un totalitarisme légal : le fossé grandissant entre les Constitutions politiques et le mode de gestion des États ;
la montée de la violence, consécutive à l’oubli des devoirs et la disparition de la contrainte ; la marginalisation du fait religieux sous la pression d’une laïcité mal comprise ; l’aspect systémique de la gestion des risques. Le mélange des quatre formes de sécurité et la confusion qui en résulte provoquent par capillarité une pénétration de l’ensemble de notre société. L’État-providence et protecteur est tiraillé entre les exigences des citoyens et l’impopularité des mesures sécuritaires à mettre en place dans la mesure où elles impliquent une contrainte humaine insupportable pour les prosélytes du tout pour soi. Liberté et sécurité ne s’équilibrent plus : elles s’additionnent, se superposent dans un paradoxe au cœur de la postmodernité. Face à cette contradiction interne on assiste à l’arrivée massive de machines électroniques anonymes de plus en plus redoutables. Elles remplacent peu à peu les policiers qui se militarisent ou les militaires qui se policent et sont chargées de missions de sécurité de plus en plus complexes et de plus en plus préventives. En déléguant à des drones, automates et autres outils du cyberespace, le rôle des moyens institutionnels traditionnels, on évite toute confrontation humaine entre l’État et ses citoyens, en dépit d’une surveillance globalisée de chacun de nous. On résout ainsi le paradoxe. Pour faire oublier l’illégalité éthique de cette pratique dans laquelle, selon Snowden, la NSA fait la course en tête, on aseptise la relation sociale jusqu’à la transparence absolue. On permet ainsi à des personnes ou des groupes à la clarté très relative, comme Assange ou les Anonymous, de devenir des références pour une part non négligeable de la population. Face à la déshumanisation des procédures, des outils et des prescripteurs dans une socialisation sécuritaire paraissant sans limite, l’auteur s’interroge sur les moyens d’échapper à cet environnement liberticide. En cherchant les dernières résistances au collectivisme, il découvre que la religion et la spiritualité pourraient bien être les recours possibles. L’une comme l’autre sont porteuses d’un renouveau des vraies valeurs au nom de la liberté qui ouvre sur l’acceptation du risque et le refus de la sécurité à tout prix. Va-t-on voir leur retour dans une sphère politique désemparée par la perte de ses repères ? Vont-elles permettre de donner un coup d’arrêt à la dégradation ambiante ? Le citoyen écrasé par les contraintes de tout ordre, conscient qu’il est totalement environné par la machine sécuritaire, cherche des espaces de liberté que la vie sociétale moderne ne peut lui apporter. L’attrait croissant de nos jeunes concitoyens pour les associations philosophiques et les religions donnant toute sa place à l’individu sont le témoignage que l’on est sans doute à l’aube d’un changement profond. Dans ce cadre, l’hypothèse d’un retour de l’exigence de spiritualité dans la sphère politique pour répondre au besoin émergent de liberté ne doit pas être écartée car elle est porteuse d’espérance et d’avenir. Cela risque de ne pas se faire sans chocs. Alain JUILLET Président de l’Académie de l’Intelligence Economique Président du Club des Directeurs de Sécurité d’Entreprise