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Tshisekedi ou le combat pertinent pour libérer le Congo-Zaïre ?

De
105 pages
A la suite de Patrice-Emery Lumumba, le Congo ex-Zaïre connaît un second héros d'envergure nationale dont la personne et l'itinéraire politique se confondent avec l'histoire dramatique du pays : Etienne Tshisekedi, co-fondateur et président de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UPDS). Pourtant beaucoup en Occident notamment, en Afrique et même en R-D Congo, n'en retiennent que les dires de ses détracteurs, acharnés depuis toujours à réduire son impact.
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Collection « Points de Vue»

Evariste TSHIMANGA BAKADIABABU

TSHISEKEDI OU LE COMBAT PERTINENT POUR LIBÉRER LE CONGO-ZAÏRE?
Questions à l'UDPS

L'HARMATT AN 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique F -75005 - PARIS

L.auteur
L'auteur est licencié en Administration des Mfaires de l'Université d'Ottawa (Canada), Maître en Administration et Gestion et Docteur en Economie Appliquée de l'Université Catholique de Louvain (Belgique). Professeur universitaire et conseiller en organisation et en gestion d'entreprises, il a publié divers articles et ouvrages, dont:
Le commerce et la traite des footballeurs africains et sudaméricains en Europe, L'Harmattan, 2001, Paris. La démocratie et ses blocages au Congo-Kinshasa de 1958 à nos jours, L'Harmattan, 2004, Paris. L'Occident pour ou contre la démocratie en Afrique - Le cas du Congo-Zaïre, L'Harmattan, 2005, Paris.

Photo de couverture 1 : EtÎelU1eTSHISEKEDI WA MULUMBA s'adresse à la foule dans un meeting de son parti, l'UDPS (in Nigrizia, Avri12006)

copyright L'HARMATTAN, 2006 site internet: http://www.editions-harmattan.fr www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 2-296-00989-1 EAN : 978 2296 00989 9

INTRODUCTION
Le Congo-Zaïre est dans la tounnente depuis 1990, soit à la fin de la Guerre Froide. Ce vaste pays au cœur de l'Afrique est très gravement atteint car privé de sa tête, en l'occurrence l'absence d'Etat et de dirigeants nationalistes respectables. Cette condition affligeante est certes due à 4 décennies de régime autoritaire depuis l'indépendance intervenue le 30 Juin 1960, mais surtout à l'ingérence directe et 'non-stop' des puissances occidentales avides de s'approprier à faible coût les immenses richesses locales. En septembre 1960, l'éviction du Premier ministre élu Patrice-Emery Lumumba a aussitôt enclenché la prise du pouvoir réel par le colonel putschiste Mobutu. Le 24 Novembre 1965, la dictature débute par le second Coup d'Etat de Mobutu «officialisé» celui-là. Le futur Maréchal-Président a donc soumis à ses propres fins «la volonté du peuple congolais ». Le 20 Mai 1970, est créé le MPR-Parti Unique qui sera tout-puissant jusqu'au fameux discours présidentiel du 24 Avril 1990. La voix populaire, baillonnée depuis un quart de siècle, va pouvoir se faire entendre à nouveau à travers le processus de la Conférence Nationale Souveraine (1991-1992). Comme ailleurs dans le monde, la démocratie est alors supposée être LE remède-miracle qui sortira le géant moribond - grand comme 80 fois la Belgique et 5 fois la France - de son coma profond. Du coup, tout homme politique congolais, tout parti se proclament « démocrates», capables de sauver le Pays! Mais avant ceux-là, à la [m même des années 1970, en pleine répression mobutiste, il y a eu un petit groupe d'hommes politiques congolais qui s'est courageusement résolu à dire NON à l'étau dictatorial, aux méfaits internes du mobutisme, à la vente du pays aux intérêts étrangers. L'Union pour la Démocratie et le Progrès Social UDPS était née. De ce noyau primordial va émerger un homme, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, qui marquera son pays tout comme Lumumba le premier héros national. Aujourd'hui, 25 ans plus tard, l'itinéraire de Tshisekedi se confond avec l'histoire du Congo-Zaïre. Le combat politique prolongé, sans compromission, pour l'avènement d'un Etat de droit indépendant des pressions de l'Occident, est la raison d'être du patriote Tshisekedi. De ce fait, Etienne Tshisekedi co-fondateur et dirigeant incontestable du parti UDPS dont il est le Président National, est un homme très controversé. Nombreux sont ceux, compatriotes et étrangers, jeunes et moins jeunes, qui ne le connaissant pas, ignorant les tenants et aboutissants de la scène politique congolaise et surtout de ses coulisses! ne retiennent de lui que les dires de ses détracteurs désireux de réduire son impact, son influence. Beaucoup dans le monde occidental, en Afrique mais aussi au Congo, se posent des questions sur les

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« méandres» supposés de son parcours politique, sur ses postures ressenties comme jusqu'auboutistes du genre « ça passe ou ça casse». Est-ce bien une lutte « durable» et quelle est son efficacité? Vu les multiples revers subis au cours du combat politique pour un réel changement de fond et de forme au Congo-Kinshasa, on peut s'interroger sur la capacité de l'UDPS et de son dirigeant de tenir malgré tout jusqu'au bout. Etienne Tshisekedi, âgé aujourd'hui de presque 75 ans, n'a pas cessé d'étonner par son abnégation, son courage, sa détermination voire son entêtement à affronter la répression des dictatures successives. Son existence est émaillée d'arrestations, de tortures, de brimades, d'humiliations, de pressions, de bannissements, de relégations et de résidences smveillées, mais également de victoires ponctuelles indéniables même fugaces notanunent lors des deux rendez-vous historiques dévoyés à dix années de distance par la classe politicienne: la Conférence Nationale Souveraine ou CNS (1992) et le Dialogue Inter Congolais ou DIC (2002). La particularité et la pertinence du combat non-violent de Tshisekedi détonnent particulièrement dans le paysage politique congolais où beaucoup - politiciens avoués ou masqués derrière une société civile ou religieuse qui a bon dos - n'ont guère hésité à servir ou se servir des années d'Etats voisins pour décrocher le gros lot d'un pouvoir circonvenu et éphémère. Cette infâmie a été préférée au passage des citoyens devant les urnes, c'est-à-dire à la légitimation du pouvoir national, régional, local, par un vote démocratique et libre. Nous n'évoquerons pas les dommages irréparables qu'ont causé et causent encore à notre peuple et au pays tout entier les guerres successives engendrées par l'appétit insatiable de nos politiciens. 2006 est l'année des «premières élections libres au Congo depuis 1960» clame la Communauté Internationale et son représentant à Kinshasa, le Comité International d'Accompagnement de la Transition (CIAT). Les élections présidentielles et législatives auraient pourtant dû se tenir AVANT le 30 Juin 2005 - soit une année auparavant. Mais, par la double prolongation des 6 mois de grâce prévus effectivement dans les textes régissant la Transition, la « date-limite)} du scrutin a été repoussée au 30 Juin 2006. TIfaut dire que tout le « personnel)} de la Transition traîne les pieds pour aller aux élections, car nombre de «députés)} autoproclamés et mutuellement investis lors du DIC, ainsi que les plus hauts dirigeants de l'Etat comateux, savent que leur heure de gloire s'achèvera dans les urnes... Légaliste comme toujours, Etienne Tshisekedi a décidé de ne pas présenter sa candidature à l'élection présidentielle où vont s'affronter pas moins de 33 concurrents! Selon sa directive, les militants de l'UDPS ont refusé de se faire « enrôler» (enregistrer comme votants) dans les limites de temps du recensement électoral et l'UDPS ne peut donc pas se

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présenter

au scrutin dont le démarrage

a encore été reculé

- cette

fois au

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30 juillet 2006. La raison officielle de ce « second retard», c'est qu'il faut absolument - selon le CIAT - prendre le temps de faire pression sur l'UDPS pour qu'elle décide de participer au vote national, qu'on peut qualifier sans grand risque de se tromper de mascarade électorale. Pourquoi la « Communauté Internationale », qui n'a jamais apprécié l'autonomie ombrageuse du patriote Etienne Tshisekedi, désire-t-elle soudain la participation électorale de son parti l'UDPS et, accessoirement, celle du Président National? Parce que nul n'ignore le poids de l'UDPS dans le cœur et la tête des citoyens et futurs électeurs. Les derniers sondages locaux ou occidentaux le prouvent: l'UDPS est capable d'engranger plus du 1/4 des voix du corps électoral estimé à 25 millions de Congolais. Ce qui n'est pas rien chez les démocraties occidentales! Des élections «incomplètes», faisant l'impasse sur cette masse de citoyens - souvent les plus conscients et les plus actifs -, pourraient
s'avérer illégitimes voire dangereuses pour 1' après-Transition. ..

Nul au Congo n'ignore que l'UDPS authentique est le plus ancien et le seul parti congolais nationalement implanté, les autres étant soit minuscules, soit ethniques ou régionaux, soit purement factices ou
alimentaires. Le processus électoral est prévu

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espère-t -on - pour relever

enfin le pays de sa ruine en tous domaines. Il s'agit donc là d'un enjeu crucial pour tous les Congolais. Voilà pourquoi en tant qu'auteur de ces lignes, nous nous sommes intéressé à dresser le « portrait» de l'UDPS et de son leader Tshisekedi, mais d'une façon particulière: en les faisant parler eux-mêmes d'euxmêmes, en les faisant réagir à ce qu'on dit d'eux, en les amenant à répondre aux questions «sensibles». Egalement, en recherchant la «vérité de l'UDPS» dans les discours prononcés par son Président National lors de nombreux meetings tenus à Kinshasa notamment, ou dans les positions officielles et textes d'orientation du parti. Les 47 questions-réponses couvrent plusieurs thèmes: la vie d'Etienne Tshisekedi et les premiers pas de l'UDPS ~ les critiques que l'UDPS adresse aux régimes mobutiste et kabilistes considérés comme responsables de la détérioration du pays ~ l'Occident pour ou contre une démocratie réelle au Congo-Zaïre et ses rapports avec Tshisekedi ~ l'ingérence étrangère partisane ou non dans le processus électoral ~ la gestion de la transition et du processus électoral par les organes issus de l'Accord Global et Inclusif (AGI) du DIC: le CIAT et la Commission Electorale Indépendante (CEI) ~ la position de l'UDPS face au processus électoral ~ le jugement de l'UDPS sur les deux périodes de transition qu'a connues le pays: post-CNS et post-DIC ~ l'électorat de l'UDPS et I'héritage politique de Tshisekedi ~ 7

le combat d'Etienne Tshisekedi tel qu'apprécié par ses compatriotes, par les Occidentaux, par quelques dirigeants africains... Dans notre démarche, nous avions souhaité une interview directe avec Etienne Tshisekedi et d'autres hauts dirigeants de l'UDPS. Cela n'a pas été possible dans la mesure où ils ont été échaudés dans le passé par maintes déformations de leurs dires, et ont donc préféré répondre par écrit au questionnaire leur adressé (cas des réponses aux questions 1 à Il, 18, 23, 40, 41, 42, 43, 44 obtenues d'Etienne Tshisekedi lui-même, et aux questions 16, 17,19,20,21,22,24,25,26,27,28,29,30,31,32,33,36, 38, 39 obtenues d'autres hauts responsables de l'UDPS). L'UDPS a jugé utile, pour certaines questions, de nous référer directement aux allocutions publiées de son Président (cas de la question 12 dont la réponse est tirée du meeting d'Etienne Tshisekedi à Kisangani, dans le cadre de l'Alliance pour la Sauvegarde du Dialogue intercongolais, ASD), ainsi qu'aux rencontres avec les média (cas des questions 13 et 14, dont les réponses sont tirées de la conférence de presse d'Etienne Tshisekedi tenue à Bruxelles le 15 septembre 1987, et cas des questions 22, 34 et 35 dont les réponses sont tirées de la conférence de presse tenue le 2 avril 2006 par d'autres dirigeants de l'UDPS). Nous avons eu aussi accès aux vidéos-cassettes des allocutions prononcées par Tshisekedi (cas des questions 15 et 37 dont les réponses sont tirées de son discours du 5 avril 2005 à Kinshasa, à l'occasion de l'ouverture de la session extraordinaire du Comité National de l'UDPS). Les réponses aux questions 45, 46, 47 proviennent d'une rencontre avec quelques spécialistes congolais et occidentaux. Concernant l'Afrique, nous nous sommes référé aux propos tenus devant la presse congolaise par Alpha Oumar Konaré, ancien Président du Mali et actuel Président de la Commission de l'Union Africaine, après qu'il ait rencontré le Président de l'UDPS, lors d'une récente visite en R-D Congo. Nous nous en sommes tenu scrupuleusement aux réponses écrites de l'UDPS et à celles induites ou contenues expressément dans les divers documents cités ci-dessus, sans nous autoriser de commentaire, jugement ou appréciation quelconque sur les «informations» recueillies. Nous avons voulu ainsi éviter de polluer l'image qu'a de lui-même le premier parti de R-D Congo, incarné à juste titre par son Président National, Etienne Tshisekedi.

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ETIENNE L'UDPS

TSHISEKEDI

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1. Qui est Etienne Tshisekedi wa Mulumba ?
Etienne Tshisekedi wa Mulumba est né le 14 décembre 1932 à Luluabourg (Kananga aujourd'hui) au Kasaï occidental. Fils de Mulumba Alexis et de Kabena Mwauka Agnès, tous les deux décédés. Il est marié à Kasalu Marthe. Il est originaire du territoire de Kabeya-Kamwanga, du district de Tshilenge, de la province du Kasaï Oriental au Congo-Zaïre. Il a fait ses études primaires à la mission catholique des Pères de Scheut à Kabuluanda et ses études sécondaires au collège Saint JeanBerchmans de Kamponde au Kasaï Occidental, où il a suivi les humanités gréco-latines de 1948 à 1955. Il a poursuivi ses études universitaires à la faculté de Droit de l'université Lovanium de Léopoldville. Il fut le tout premier congolais à obtenir dans cette université le diplôme de Docteur en Droit en 1961.

2. Après avoir travaillé pendant plus de dix ans aux côtés de Mobutu, pourquoi Etienne Tshisekedi s'est-il opposé au système politique mis en place?
Etienne Tshisekedi précise à ce sujet que ce n'est pas le Président Mobutu qui l'avait lancé en politique comme cela a été le cas de nombreux hommes politiques après 1965. Il souligne cependant que, tout en étant étudiant à la faculté de Droit de l'université Lovanium à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) avant l'indépendance du Congo, il était «Conseiller» au Mouvement National Congolais (MNC) de P.E. Lumumba, l'un des plus grands partis politiques congolais de l'époque où l.D.Mobutu était aussi membre proche de P. Lumumba. Autrement dit, pour avoir milité ensemble au sein du MNC, ils se connaissaient bien avant la prise de pouvoir par de dernier en novembre 1965. C'est ainsi qu'après que Mobutu ait mis en place le Collège des Commissaires généraux, il l'avait nommé Commissaire général adjoint à la Justice. Toutefois, en 1964, Moïse Tshombe, naguère Chef de la 9

sécession katangaise, devient Premier ministre du Congo. C'est lui qui, avec ses «gendarmes Katangais » rappelés de l'Angola, et ses mercenaires, avait renforcé l'armée congolaise et pacifié le pays. Fidèle à la tradition démocratique du pays, le Premier ministre Moïse Tshombe organisa des élections législatives en mars 1965 et dota ainsi le Parlement des hommes démocratiquement élus (Députés et Sénateurs). C'est lors de ces élections de mars 1965 qu'Etienne Tshisekedi fut élu député national (PANACO/CONACO) dans la circonscription de Kabinda au Kasaï Oriental. Contrairement aux affirmations de la propagande officielle qui attribuait au pays 44 partis politiques, la classe politique congolaise assagie, avait décidé de former librement deux partis politiques en RD Congo: la Convention Nationale Congolaise (CONACO), présidée par Moïse Tshombe et le Front Démocratique Congolais (F.D.C.) d'Evariste Kimba. A la prise de pouvoir par Mobutu à la suite d'un coup d'Etat militaire le 24 novembre 1965, il est nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement mis en place par le Haut Commandement Militaire que dirigeait le général Léonard Mulamba Nyunyi en tant que Premier ministre. C'est donc en tant que ministre de l'Intérieur qu'il contribua à l'organisation du référendum constitutionnel et à la promulgation par le Président Mobutu le 24 juin 1967 de la Constitution de la 2èmeRépublique. Un an après ce référendum, il passe du ministère de l'Intérieur à celui de la Justice en mai 1968. De février 1969 à septembre 1969, il est élevé au rang de ministre d'Etat chargé du Plan, de la Recherche Scientifique, de l'Aménagement du Territoire et de la Coordination de la Planification. En mai 1969, de sérieuses divergences d'options politiques opposèrent Etienne Tshisekedi au Président Mobutu. Ce dernier avait amorcé un revirement vers un monolithisme et avait, de ce fait, fait preuve d'intolérance face aux manifestations pacifiques des citoyens en ordonnant notamment le massacre des étudiants de Lovanium le 4 juin 1969. Ces actes odieux ne pouvaient laisser Etienne Tshisekedi sans réactions d'autant plus que ces massacres venaient s'ajouter à ceux de la Pentecôte 1966 où l'ancien Premier ministre Evariste Kimba, et ses anciens trois ministres, Jérôme 10