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Un monde sans la City ni Wall Street

De
368 pages
Après avoir annoncé, lors de l'élection présidentielle de 1995, que nous allions connaître la crise, Jacques Cheminade est aujourd'hui convaincu qu'il existe une sortie par le haut de cette même crise. Alors que les politiques parlent de renflouer les banques et de rigueur, cet énarque dissident et HEC hors normes est de nouveau candidat. Un monde sans la City ni Wall Street est possible, à condition que l'argent soit remis au service du travail et de la création humaine, sans l'entrave du capital fictif.
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Un monde sans la City ni Wall Street
Un grand chantier
pour demain© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56017-8
EAN : 9782296560178 Jacques Cheminade
Candidat à l’élection présidentielle de 2012

Un monde sans la City ni Wall Street
Un grand chantier
pour demainSommaire
9 Préface
11 Un grand chantier pour demain
17 Mes repères
21 Les piliers de mon projet économique
41 L’euro est mort, vive l’Europe des patries et des projets
Un franc polytechnique, tremplin du grand chantier55
59 Ma politique étrangère pour le grand chantier de demain
65 Immigration et co-développement comme un tout :
un pari sur l’avenir
Pour une laïcité solidaire73
81 Une France archipel, l’inédit créole :
arrêter la pwofitasyon comprador
85 L'éducation, une nouvelle frontière
Contre l’arbitraire des émotions et le sommeil de la raison :107
l’enjeu d’une nouvelle culture classique
113 Utopie et jeunesse
117 Opération Lagrange-Malraux pour sauver les jeunes
et la culture, vite !
127 Une mobilisation générale pour la jeunesse
135 Exécutif - Législatif : combattre la mondialisation financière
par une participation citoyenne
151 Pour un pouvoir judiciaire citoyen
7Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
163 Mettre fin au scandale français
du financement de la vie politique
Collectivités territoriales 167
arrêter le démantèlement de la vie locale
et la contraction financière
181 Une révolution fiscale pour financer l’avenir
et revaloriser le travail
193 Droit au travail et à l’emploi qualifié
205 Formation professionnelle :
relever le défi des injustices sociales
et des mutations économiques
211 Retraites : justice face aux vrais sujets
217 Logement : un toit pour chacun
221 Non à la privatisation de la santé publique,
être malade ne doit pas devenir un luxe
239 Une politique d’épanouissement familial
et de lutte contre le sexisme
Le handicap, une chance pour la civilisation247
255 PME-PMI : susciter la croissance et l’innovation
261 Agriculture : organiser les marchés contre la mondialisation
Pour une sécurité publique sans angélisme ni Etat policier271
281 Une armée républicaine de citoyens
contre les armées impériales de mercenaires
299 Arrêter les excès de l’Etat sécuritaire et des réseaux internet
Abroger les lois Dadvsi et Hadopi305
pour soutenir la création artistique
311 La recherche pour voir avec les yeux du futur
317 Physique nucléaire :
droit à l’énergie, au développement et à la vie
327 L’espace, vecteur fondamental de mon engagement politique
349 Pour une écologie
respectant les capacités créatrices humaines
355 Annexe : Profession de foi de Jacques Cheminade
pour l’élection présidentielle de 1995
8Préface
« Il y a dans notre France, sur les problèmes vitaux, une inertie
de la pensée, une somnolence de l’esprit qui nous exposent à toutes
les surprises jusqu’au jour où se produisent ces lumineux réveils
qui viennent heureusement, quoique à de trop longs intervalles,
sauver notre pays. »
Jean Jaurès
pour un article intitulé « Défaillance cérébrale »
Les autres candidats à l’élection présidentielle s’expriment comme
si la météorologie politique était à peu près normale. Ils administrent
un système qui meurt. Le risque est que notre avenir et celui des
générations futures partent avec eux. Je monte sur la scène pour
répondre au tragique de la situation. Mon projet repose sur cinq
piliers qui forment ensemble cette réponse :
arrêter le césarisme par une mobilisation citoyenne : 1 mettre hors jeu les chefs d’Etat qui, à l’image du nôtre, nous
conduisent aveuglément au chaos et à la guerre de tous contre tous
en servant une oligarchie financière dévoyée ;
nettoyer les écuries d’Augias avec le principe de la loi 2 Glass-Steagall : tarir la source de l’oligarchie en séparant
banques de dépôt et de crédit d’une part et banque d’affaires de
l’autre. Renflouer les établissements financiers responsables de la
9Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
crise et livrer les victimes à une austérité destructrice, comme on le
fait aujourd’hui, est moralement et politiquement suicidaire ;
équiper l’homme et la nature sous inspiration et contrôle 3 publics : rétablir une économie physique au service de l’homme
en substituant au système monétaire privatisé actuel un système de
crédit public finançant de grands projets de développement mutuel.
Refonder ainsi l’Europe en substituant une alliance des peuples pour
le progrès à la banqueroute de l’euro ;
investir dans la créativité humaine : le critère doit être 4 la densité de flux d’énergie et la production par être
humain et par unité de surface. Sans ce critère, c’est une poli-
tique de dépopulation forcée et de guerre totale que nous imposera
l’oligarchie, par nature attachée à un monde de ressources limitées ;
créer une alliance de peuples suffisamment forte pour 5 briser le garrot de l’oligarchie : par-delà un monde atlan-
tique qui détruit lui-même sa substance, il n’est d’autre choix qu’une
alliance transpacifique et eurasiatique pour mettre en pièces
l’empire de la City et de Wall Street.
La France doit retrouver sa dimension mondiale pour jouer un
rôle de catalyseur dans ce projet. Autrement, nous ne resterons
que le pion d’une Union de faux monnayeurs, vouée à sa propre
destruction.
L’essentiel est là. J’ouvre par ailleurs de nombreuses pistes à explo-
rer pour découvrir l’horizon des possibles qui s’offrira à nous si nous
sortons du monde fini dans lequel on prétend enfermer notre liberté,
écraser notre égalité, moquer notre fraternité et en fin de comptes,
détruire notre capacité de continuer l’aventure humaine.
Les conditions d’un conflit mondial sont en train d’être réunies à
partir du Proche et Moyen-Orient dans un monde incapable de se
donner les moyens d’un futur. Nous sommes à la croisée des che-
mins. Voici venus les temps des hommes et des femmes de
caractère et de fraternité. C’est notre nature humaine de pou-
voir le devenir tous dans la tempête, pourvu que nous regar-
dions la réalité en face.
10Un monde sans la City ni Wall Street
Un grand chantier
pour demain
Nous sommes en guerre. Un conglomérat d’intérêts financiers opé-
rant depuis la City de Londres et Wall Street domine le monde. Sa
loi est le profit à court terme, la possession, la cupidité et le saccage
social.
J’avais dénoncé ces intérêts au cours de ma campagne présiden-
tielle de 1995 et annoncé la crise mondiale qu’ils allaient fatalement
provoquer. J’avais ouvert des pistes pour sortir du dilemme. Mon
compte de campagne a été alors rejeté de façon ignominieuse par le
Conseil constitutionnel, tandis qu’il approuvait ceux de MM. Chirac
et Balladur. Depuis, malgré les calomnies et les poursuites engagées
à mon égard par un Etat dévoyé, je n’ai cessé de me battre pour dire
la vérité et tenter d’inspirer un sursaut.
Aujourd’hui, la crise que j’annonçais s’est produite.
Le féodalisme financier que dénonçait et combattait le programme
du Conseil national de la Résistance est de retour. Notre crise dépasse
par ses dimensions celle de 1929 et portera avec elle, si nous n’y
mettons pas immédiatement un terme, des orages bien pires. Nous
sommes au bord du gouffre.
Car les fondements mêmes de notre vouloir vivre en commun,
entre nations et au sein de chacune d’entre elles, sont en train d’être
ravagés. Non pas par des armées constituées ou des milices s’effor-
çant de conquérir des territoires, mais par un empire monétariste
mondial qui avilit et contraint les esprits. L’Europe qu’on nous fait
edepuis les années soixante-dix du XX siècle constitue le relais de cet
empire, dont la France est devenue un pion.
Aujourd’hui, la pyramide de capital fictif accumulé au sein du
11Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
système s’effondre. Ceux qui ont émis de l’argent sans contrepartie
productive et au détriment de la justice sociale sont comme l’équi-
page d’un bateau ivre cinglant vers les récifs. Ils détruisent le fonde-
ment même sur lequel reposent leurs intérêts, car pour eux, le gain
à court terme fait dans l’ombre prime sur tout, aux dépens de tout.
Cet effondrement est un terrible risque si l’on demeure passif, une
occasion unique de rendre le monde meilleur si l’on mobilise ses
énergies pour combattre.
Un projet ou un programme politique, s’il doit avoir un sens, doit
partir de ce diagnostic. Or aucun parti ou responsable politique de
notre pays ne le fait, du moins clairement. La plupart sont insérés
dans ce système où s’est déroulée leur carrière, dans la France des
réseaux et des carnets d’adresse. La minorité qui s’y oppose le fait
négativement, sans présenter d’alternative. Car le « repli national »,
la « démondialisation » ou « rendre le pouvoir au peuple » sont
autant de réactions aux effets du système, sans vision claire du bien
commun et sans projet réel pour reconstruire. Les droites gèrent
les peurs comme s’il était impossible de changer de système, les
gauches cultivent les humiliations en donnant l’illusion qu’on peut
changer la vie en le corrigeant et l’extrême gauche se complaît dans
l’idée seule de l’anéantir. Je me bats au contraire pour l’alternative,
qui est de bâtir une économie physique au service de l’homme, inspi-
rée par une culture de la découverte et de la vie, sans asservissement
monétariste ou chauvinisme autodestructeur.
C’est un grand chantier pour le futur qu’il faut ouvrir, fondé sur les
capacités créatrices de l’homme, et non sur le désir d’être reconnu
par le système existant ou la tentation d’une haine aveugle envers
ceux qui simplement le représentent. Un monde où ces capacités
créatrices seront respectées est un monde radicalement incompa-
tible avec la loi financière de la City et Wall Street, avec la tradition
des empires romain, byzantin, vénitien, britannique et anglo-améri-
cain. Les valeurs vitales ne peuvent se réaliser que contre cette oli-
garchie, mais au-delà d’une révolte, pour un travail en commun de
recherche, d’innovation et d’équipement de l’homme et de la nature,
en mettant en œuvre des technologies toujours plus productives par
unité de surface et par individu. Assurer ainsi au monde un avenir
est la seule voie pour retrouver le respect d’autrui et l’estime de soi.
C’est cette porte que nous devons ouvrir pour notre jeunesse, avec
la réalisation en commun de grands projets de développement et la
joie partagée d’un enseignement aux frontières de la connaissance.
Il n’est pas, il ne peut y avoir de justice sociale dans une société où
12Un grand chantier pour demain
la science ne fournit pas les moyens de faire vivre davantage d’êtres
humains, où la société d’aujourd’hui ne sert pas les générations de
demain.
Nos ennemis, qui sont les ennemis du genre humain, ne s’y trompent
pas. Ils promeuvent une politique malthusienne de dépopulation par
tous les moyens, par l’incitation et par la force, car ils savent que leur
système monétariste ne peut faire vivre la population mondiale, même
au niveau actuel. C’est pourquoi leur politique est criminelle. C’est
pourquoi, aussi, ceux qui refusent l’essor et l’application des capacités
créatrices de l’homme se font leurs complices ou leurs idiots utiles.
Sortir du monde de la City et de Wall Street ne signifie pas sortir du
nucléaire, mais au contraire, le développer en le réinsérant dans une
progression continue vers des formes de production d’énergie de plus
en plus denses, permettant d’aménager la nature pour nourrir plus
d’êtres humains, parvenir à un développement mutuel à l’échelle de
la planète et ouvrir la porte des voyages dans l’espace. L’oligarchie
de la Renaissance était opposée à la création de Républiques sur un
continent nouveau et elle s’efforça de les anéantir ; de même, celle
d’aujourd’hui s’oppose à une politique de l’espace impliquant un
développement des connaissances humaines qui aboutirait au rejet
de sa domination destructrice et irrationnelle.
Affirmer cette cohérence entre une politique de justice sociale et
une ardente obligation de développement culturel, scientifique et
technologique est la raison de mon engagement dans la campagne
présidentielle.
Le modèle ultra-libéral que nous subissons aboutit à créer un ordre
social à deux vitesses, avec une minorité d’emplois bien payés dans
les activités financières et une masse d’emplois très faiblement rému-
nérés, en particulier dans les services à la personne et la grande dis-
tribution. Le retour du féodalisme financier a ainsi conduit au retour
e d’une forme nouvelle de domesticité comme au XIX siècle, accom-
pagnée d’un asservissement par le chantage à la dette. C’est de cela
qu’on doit sortir si l’on veut rétablir une société voyant et agissant
avec les yeux du futur et créant des emplois qualifiés et motivants en
vue de ce futur.
Les atouts de notre pays sont notre natalité plus élevée qu’ailleurs
en Europe, notre politique de santé publique, des systèmes de trans-
port et de télécommunications avancés, des enseignants et des cher-
cheurs de premier plan, le nucléaire, l’aérospatiale et l’automobile.
Sachons jouer sans complexe ces atouts des Trente Glorieuses. Le
service public sera au cœur de ma campagne pour les défendre, en
13Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
animant une éducation dès les maternelles et le primaire qui offre
à chacun les moyens réels d’être le meilleur pour participer à la
société de l’avenir, où tous pourront trouver un emploi à la hauteur
d’une exigeante qualification.
Pensons par-delà l’Europe et le monde transatlantique au monde
Pacifique qui vient, dans lequel nous pouvons jouer un rôle avec l’Al-
lemagne, à condition de mener une politique de co-développement
de l’Atlantique à la mer de Chine en y faisant participer le monde
africain et méditerranéen. C’est ce que nous avons appelé un Pont
terrestre eurasiatique, avec une Europe de l’Atlantique à l’Oural et
une Eurasie de l’Atlantique à la mer de Chine.
Il serait désastreux que nous abandonnions le printemps des
peuples sans lui fournir les moyens d’arriver en été, et que nous-
mêmes, en Europe, passions de l’automne à l’hiver.
Ma campagne vise donc à être un défi et un réveil, préparant dès
aujourd’hui une relève de la garde.
La nouvelle présidence pour laquelle je me bats impose en effet un
nouveau gouvernement, composé de femmes et d’hommes dont les
convictions soient cohérentes avec ce que je viens de dire. On ne fait
pas une politique nouvelle avec des personnes ayant appliqué une
politique ancienne, surtout lorsque cette dernière a fait faillite. On
ne fait pas la guerre avec les généraux qui ont vécu et commandé
dans le confort douteux d’une mauvaise paix. On ne remotive pas la
jeunesse (80 % des 18-24 ans n’ont pas participé aux dernières élec-
tions locales) avec des « bourgeois bohèmes » blasés. On ne bâtit
pas l’avenir avec ceux qui ont prospéré dans une société de conni-
vences et de privilèges, dévoyée par le corporatisme et la corruption
des élites. On ne dirige pas une France qui a manqué à ses valeurs
avec les responsables de ces manquements.
La démondialisation dont parlent certains est ambiguë car nous
sommes entrés dans une économie-monde dont nous ne pouvons
sortir. Il faut redéfinir la mondialisation en la définanciarisant, en
revenant à un esprit de grands projets réalisés en commun par les
Etats et en rétablissant la souveraineté nationale de chacun en vue
de l’émission de crédits en faveur de ces projets communs. Un sys-
tème de crédit productif public pour des investissements à long
terme doit ainsi prendre la place du monétarisme fondé sur le profit
à court terme. L’Etat républicain doit revenir aux commandes pour
l’imposer contre l’oligarchie et retrouver son rôle inspirateur, anima-
teur et instigateur en nous faisant jouer la partition du progrès. C’est
cela le grand chantier pour le futur.
14Un grand chantier pour demain
Faute de l’ouvrir, nous nous détruirions nous-mêmes.
La France ne peut, bien entendu, parvenir seule à le lancer. Elle
peut cependant en être un catalyseur, à condition de combattre sans
compromissions les oligarchies et, au besoin, en pratiquant la poli-
tique de la chaise vide. Il ne faut pas craindre d’avoir raison tout seul,
si les autres ont tort ensemble. Notre chance est grande, d’autant
plus qu’il se constitue en Russie, en Chine et aux Etats-Unis, autour
du rejet de la présidence d’Obama et de ses tuteurs britanniques,
une alliance du Pacifique qui peut aller dans cette direction. Qu’elle
aboutisse dépend du travail de mes amis dans ces pays, et tout parti-
culièrement aux Etats-Unis. La France, avec l’Allemagne et quelques
autres nations européennes, doit peser dans ce sens, vers un accord
anti-financier d’Etats-nations ayant suffisamment de poids pour reje-
ter la tutelle monétariste et les menaces de l’Empire.
La France n’appartient pas qu’aux Français. La France appartient
au patrimoine de l’humanité, elle en est un point de référence. Sa
grandeur et son rayonnement sont aujourd’hui tombés bien bas
depuis que la droite a trahi l’esprit du gaullisme et la gauche l’héritage
de Jaurès. A nous de la relever, pas seulement pour nous-mêmes,
mais pour le bien commun des vivants et des générations à naître.
Nous n’avons pas le choix car nous sommes en guerre et, comme
dans toute guerre, la survie de l’idée que nous nous faisons de
l’homme dépend de notre victoire.
Ma campagne vise à organiser cette victoire en éveillant les forces
latentes de notre pays. Elles sont là, je le sais, nous le savons.
Nous devons à la France cet éveil. Nous devons au monde un projet
de civilisation.
15Mes repères
Il existe en France une élite de l’élite qui entretient une connivence
malsaine entre la grande banque, le monde des affaires et des inter-
médiaires affairistes, la haute administration, la politique, la justice,
le journalisme, les arts et les lettres et l’édition. Il s’agit d’un milieu
qui est imprégné par un culte de l’avoir, de l’instinct et de l’instant
que propagent ceux qui opèrent sur le court terme des marchés.
Cette élite de l’élite est l’émanation directe de la mondialisation
financière ; elle dégrade les êtres humains en flattant leur désir de
posséder et en tourmentant leurs anxiétés.
Son univers « d’en haut » est rejeté par la majorité des Français.
Ils veulent « autre chose », mais ils ne savent pas dire quoi ou en ont
perdu l’espérance. Face à une oligarchie qui promeut les images et les
illusions, ils se sentent joués mais ont perdu l’estime de soi et le sens
des solidarités collectives qui leur permettraient de rompre avec la
règle du jeu. Ils savent que les Etats renflouent les casinos financiers
qui ont fraudé et fauté, imposent l’austérité aux peuples, s’efforcent
de piller leur épargne et sabotent l’économie productive. Ils sont
cependant dépourvus et s’ils rejettent le système des partis établis,
ils ne disposent pas des ressources pour monter eux-mêmes sur la
scène. Ils sont indignés, atterrés ou passifs, mais ne conçoivent pas
l’alternative. Ma candidature vise à leur redonner force et confiance,
en leur inspirant un sursaut vers une dynamique de développement
économique réel et de justice sociale qui refondera cette alternative.
Un nouveau Serment du jeu de paume et une nouvelle Nuit
du 4 août sont nécessaires pour organiser leur participation à ce
projet collectif. L’enjeu est le vouloir vivre en commun. Le défi est
17Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
de rouvrir le champ politique aux classes populaires qui en ont été
progressivement exclues, en abolissant passe-droits et privilèges.
A la croisée des chemins, nous devons redonner vie à nos
repères fondateurs :
Le Préambule de notre Constitution du 27 octobre 1946,
voté « au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres
sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne
ehumaine ». Repris dans la Constitution de la V République du 4
octobre 1958, il reste lettre morte dans tout son contenu social.
Le Programme d’action du Conseil national de la Résistance,
établi le 15 mars 1944 afin d’instaurer « une véritable démocratie
économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodali-
tés économiques et financières de la direction de l’économie ». Une
austérité de droite et une rigueur de gauche, associées à l’aventu-
risme sans projet des extrêmes, ont permis le retour de ces féodaux
qui ont déchiré le tissu économique de notre pays.
La Déclaration de Philadelphie du 10 mai 1944, concernant
les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail. Elle
proclame que « le travail n’est pas une marchandise » et que « la
pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité
de tous ». Il reste à soumettre la finance à ces principes, comme
le voulait la Déclaration, alors que nous vivons au contraire dans
un monde de réseaux, de vassaux et de suzerains, de plus en plus
dépourvu de principes.
La Déclaration universelle des droits de l’homme, votée par
l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948.
Ces textes et l’esprit de ces textes, dans lesquels nous sommes
censés puiser notre inspiration et qui sont tous le résultat d’une
longue histoire par laquelle l’homme a découvert en lui-même sa part
de responsabilité humaine, sont aujourd’hui trahis. Mon objectif est
de les faire revivre en ouvrant des pistes pour « élever à la dignité
d’homme tous les individus de l’espèce humaine », comme le vou-
lait Lazare Carnot.
C’est possible si l’on est convaincu que la France est « une certaine
idée » qui s’accomplit dans l’histoire, pour le bien commun non pas
seulement d’elle-même mais de tous les peuples. C’est possible si
l’on croit réellement à la devise de notre République, « Liberté,
Egalité et Fraternité », qui est toujours à réinventer. C’est possible
si l’on croit au principe de notre Constitution, « le gouvernement
du peuple, par le peuple et pour le peuple ». C’est possible si l’on
devient capable d’alimenter notre République avec la contribution
18Mes repères
toujours recommencée de nouveaux républicains, car le squelette
d’une République sans républicains, où les voyous de toute
nature se glissent jusqu’aux bureaux de la présidence, est
déjà une dictature.
Ma candidature à l’élection présidentielle vise à redonner substance
à ces repères, pour qu’ils ne restent pas le décor d’une farce politique,
au moment où le monde sombrerait dans le chaos d’une guerre de
tous contre tous s’ils continuaient à n’être plus respectés.
Les élites de notre pays méprisent le peuple et le tiennent à
l’écart des questions fondamentales, lui mentent ou jouent sur son
pessimisme pour le démobiliser. Convaincu que le sommeil de la
raison engendre des monstres et que dans les tempêtes, le peuple
devient plus que jamais capable de comprendre son intérêt si
quelqu’un le lui explique, je m’efforcerai de faire un effort constant
de pédagogie, comme Jaurès, de Gaulle et Mendès-France en leur
temps, car le respect de la dignité d’autrui est notre meilleure arme.
19Les piliers
de mon projet
économique
« Chacun reconnaît aujourd’hui que l’Etat est responsable de
l’évolution économique, qu’il lui appartient de lutter contre les
crises et le sous-emploi, d’orienter, de stimuler et de coordonner
les efforts en vue de l’expansion et du progrès communs. Personne
ne peut plus défendre sincèrement le libéralisme du dernier siècle,
personne ne croit plus à la valeur de la vieille formule :
« Laissez faire, laissez passer. »
Pierre Mendès-France
La République moderne, chap. VI,
« l’Etat et la planification économique »
Sortir de l’économie casino et arrêter la dégradation de notre
vie publique sont les deux premières conditions nécessaires à la
refondation de nos repères.
Je veux ainsi redonner à la politique le temps long des projets
mobilisateurs car sans lui, l’on ne peut rompre avec la règle du jeu
de la cupidité destructrice qui règne depuis plus de quarante ans.
C’est un pari sur l’avenir pour retrouver l’estime de soi et nous
réapproprier notre pays.
Pour ne pas promettre de tenir ce qui ne peut être tenu, je com-
mencerai par les initiatives à prendre pour faire sauter les ver-
rous financiers qui, aux niveaux international, européen et
national, empêchent le progrès économique, la solidarité et la
sécurité sociales et la paix par le développement mutuel.
Puisque nous sommes en guerre et qu’il faut arrêter la machine
21Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
infernale qui nous dégrade et nous détruit, nous devons définir une
stratégie de combat et de victoire, libérer d’abord pour construire
ensuite.
Le temps des guerres n’est pas le temps des colmatages.
Sauvegarder notre système de santé, promouvoir la qualité et
l’égalité des chances dans notre éducation, lutter contre le chômage
en créant des emplois réellement qualifiés, relever les salaires et le
pouvoir d’achat, maintenir un système de retraites juste, combattre
réellement la délinquance et assurer la sécurité, tous ces objectifs
légitimes d’une société digne de ce nom ne peuvent être atteints que
si l’on s’en donne les moyens, par une mutation révolutionnaire
de notre système financier.
Passer de l’ordre actuel de domination monétaire et financière, qui
fait toujours prévaloir le profit à court terme d’une minorité au détri-
ment du bien commun et des générations à naître, à une dynamique
de crédit public productif est la seule manière d’ouvrir les portes
du futur sur autre chose qu’une destruction mutuelle assurée.
La séparation des banques d’affaires et des sociétés d’as-
surance d’une part, qui agissent sur les marchés financiers, des
banques de dépôt et de crédit aux particuliers et aux entre-
prises, d’autre part, est la clef permettant d’ouvrir la porte à ce
système de crédit public et de fermer celle de l’économie casino
dominante, qui nous conduit à l’émission d’une orgie de capital fictif
associé au jeu, et non à l’indispensable équipement de l’homme et
de la nature et à la production. Que ceux qui veulent faire des paris
très risqués le fassent avec leur propre épargne, au risque de faire
faillite sans l’assurance de pouvoir soumettre l’Etat à un chantage
au renflouement, et pas avec du crédit bancaire ou en mobilisant les
fonds venant des dépôts.
Prétendre continuer à aller avec le système actuel ou tout boulever-
ser sans projet positif aboutirait à lancer le Titanic contre l’iceberg. Il
faut revenir au Glass Stegall Act de Franklin Roosevelt et au système
que nous avions chez nous à la Libération, conformément aux repères
de fond qui étaient alors les nôtres et sont aujourd’hui les miens. Tout
le reste revient à imprimer de la monnaie de singe pour sauver les spé-
culateurs, en détruisant l’économie physique et créant les conditions
d’une hyperinflation financière après la déflation actuelle du secteur
productif, ou bien à détruire pour le plaisir de détruire.
Je mets en garde contre toute poursuite de la politique actuelle. Les
Etats, qui se sont pratiquement ruinés pour sauver une première fois
le système financier, ne peuvent plus avoir recours qu’à une monnaie
22Les piliers de mon projet économique
de singe électronique. C’est un gouffre dans lequel l’économie mon-
diale tombe en chute libre. Il faut en finir avec cette dynamique per-
verse entre Etats et marchés et avec ce système financier parasite.
Aujourd’hui, les solutions proposées à l’échelle européenne ne font
qu’aggraver le mal faute de remettre en cause sa source. Le rachat
massif de titres souverains (c’est-à-dire d’obligations émises par les
Etats) des pays européens les plus fragiles par le Fonds européen
de stabilité financière (FESF) ne fait que sauver provisoirement les
banques. C’est en effet à elles qu’on achète ces obligations, tout en
imposant l’austérité aux peuples. De même pour les nouvelles liquidi-
tés mises à la disposition des établissements financiers par la Banque
centrale européenne (BCE). Pire encore, comme il y a urgence et
que les 440 milliards du FESF ne suffiront pas à renflouer les joueurs,
on prévoit des systèmes par lesquels le FESF, les banques et la BCE
s’arrangeraient entre eux pour plus que quintupler cette somme,
dans une sorte d’orgie financière organisée par les « experts » de
la City de Londres. Notons que le FESF est une société à respon-
sabilité limitée de droit luxembourgeois, qui aura pour principaux
conseillers, dans les nouvelles émissions d’obligations, des experts
du Magic circle de la City. Le recours au Mécanisme européen de sta-
bilité (MES), prévu par l’accord Sarkozy-Merkel du 5 décembre 2011,
ne pourra entrer en vigueur qu’en 2012, soit aux calendes grecques
selon le jugement des marchés, que par ailleurs on laisse opérer
sans réelles contraintes. Quant à l’éventuelle émission d’obligations
européennes, ou eurobonds, elle ne ferait que créer à son tour un
réseau encore plus vaste de contamination monétariste, une pompe
à finances toujours branchée sur le jeu financier faute de sépara-
tion des banques (Glass-Steagall) et de système de crédit productif
public, les deux piliers d’une autre orientation d’ensemble.
Aujourd’hui, à Bruxelles, il n’existe pas de pouvoir face aux
très grandes banques : le projet européen de « régulation » de la
finance est un sujet en cogestion entre les banques et l’administration
de la Commission, sous la tutelle, ou si l’on préfère, le protectorat, des
hommes de Londres, c’est-à-dire les experts financiers de la City. En
ce sens, l’euro est devenu la « bad bank » de la City, le réservoir
à effets toxiques de la grande lessiveuse financière mondiale.
Dans ce système, de proche en proche tous les Etats européens
seront touchés, et si le vent du boulet n’est pas loin de la France,
même l’Allemagne ne pourra être épargnée. Bill Clinton gagna sa pre-
mière campagne présidentielle contre Georges Bush sur le thème de
l’économie. C’est alors que son principal conseiller, James Carville,
23Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
inventa le slogan : « C’est l’économie, imbécile ! » L’on pourrait dire
aujourd’hui en Europe : « C’est la gouvernance, imbécile » ou bien :
« C’est la City, c’est pas du belge ! » Sauf que nous sommes au bord
du gouffre bien plus qu’il y a vingt ans.
C’est donc de système qu’il faut changer, de toute urgence,
ce qu’aucun des autres candidats à la présidentielle ne propose de
manière cohérente. Pour construire, il faut d’abord nettoyer les
écuries d’Augias.
Voici donc les initiatives de principe et les étapes pour les mettre en
œuvre, constituant une stratégie de combat et non une somme
de mesures tactiques.
I. L’assainissement :
Glass-Steagall et ses corollaires
Une loi Glass-Steagall pour faire sauter le verrou finan-1 cier qui bloque les grands projets économiques, en détour-
nant l’argent vers les spéculations et les investissements à court
terme. Pour cela, je ferai voter par l’Assemblée nationale la sépara-
tion entre les banques opérant sur les marchés financiers, d’une part,
et les banques de dépôt et de crédit, d’autre part. Il doit bien s’agir
de séparer les banques et non simplement leurs activités, car si on
séparait les activités sous un même toit, une muraille de feu théo-
rique ne pourrait empêcher les relations incestueuses. C’est donc
une mesure politique fondamentale, permettant de sortir du
système actuel, et non un aménagement technique au sein du
système. Les sociétés d’assurance devraient également être sépa-
rées des banques.
Une commission parlementaire d’enquête dotée de pou-2 voirs d’instruction et de réquisition pour séparer, au
sein de nos « banques universelles », les secteurs d’investis-
sement ou de spéculation sur les marchés de ceux de dépôt et
de crédit. Cette commission ne doit pas être l’occasion de discus-
sions courtoises entre gens du même monde, mais avoir pour objet
de repérer les établissements ou les secteurs d’établissements qui
se sont livrés à des activités spéculatives en mobilisant, avec des
effets de levier leur permettant de jouer plusieurs fois leur mise, des
montants ayant une relation comptable anormale avec ceux de leurs
capitaux propres, et se trouvant de fait dans une situation de défaut.
24Les piliers de mon projet économique
Une procédure de faillite ordonnée doit dans ce cas être 3 prévue en fonction des conclusions de la commission, cet
engagement constituant le corollaire à un retour à une loi
de type Glass-Steagall. L’Etat protègera les fonctions néces-
saires des banques de dépôt et de crédit, qui sont de servir les
déposants et d’alimenter l’économie productive, afin qu’elles
puissent continuer et s’étendre sans être stérilisées ou dévoyées
par des activités spéculatives sur les marchés. Le principe est que
l’Etat cesse de renflouer les joueurs de l’économie virtuelle parasite
et soutienne les participants à l’économie réelle. L’Etat ne doit pas
faire payer les citoyens en absorbant les créances douteuses de ceux
qui se sont égarés, mais en faire constater l’absence de valeur et en
laisser aux banques de marché la responsabilité. Si elles parviennent
à contrôler la situation, tant mieux pour elles, sinon elles doivent
comme tout le monde payer le prix de leurs erreurs.
La commission d’enquête devra fonctionner « toutes 4 portes ouvertes », avec un relais permanent dans notre télévi-
sion nationale, afin que les Français soient informés des causes de la
crise financière et des responsabilités de chacun. Le précédent est la
Commission Pecora, la commission bancaire et monétaire du Sénat
des Etats-Unis dans les années 1933-1934, qui créa la base politique
pour les mesures de redressement et de relance de l’administration
Roosevelt en faisant connaître au peuple américain les pratiques de
ses banquiers et l’étendue de leurs pouvoirs. Cette pédagogie de la
crise est un élément fondamental du respect dû au peuple, en démys-
tifiant et discréditant les manœuvres des délinquants en costume de
ville. Il faut ainsi créer une base populaire de soutien à un change-
ment politique.
Des mesures complémentaires devront être simultanément 5 prises :
l’interdiction d’acheter et de vendre tous produits dérivés
« virtuels », n’ayant pas pour objet la livraison réelle de biens.
Ceux-ci seront d’ailleurs destinés à disparaître dans la logique d’une
politique substituant à l’achat/vente à tout moment, un ordre repo-
sant sur des contrats à long terme sur le prix et les conditions de
livraison de matières premières entre Etats, ainsi que d’une politique
de stockage, notamment pour les matières premières agricoles, à la
fois dans les pays exportateurs et dans les pays importateurs. Il faut
arrêter de jouer avec ce qu’on mange, ce que l’on respire (les droits
25
XJacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
à polluer) et avec la vie elle-même (la titrisation de contrats d’assu-
rance-vie comme de vulgaires subprimes).
l’interdiction d’émettre des produits d’assurance sur les
dettes souveraines des Etats (CDS) ou du moins de les négocier
sur les marchés.
l’interdiction de la cotation en continu sur les marchés
financiers et le retour à une cotation journalière, pour éviter les
spéculations incessantes, en particulier en fin de marché ou avant
son ouverture. C’est ainsi qu’on pourra combattre, en combinant
cette mesure avec le Glass-Steagall, la prolifération de « produits
financiers exotiques », comme les ETF (exchange traded funds), qui
contribuent fortement à alimenter les bulles spéculatives. Depuis
quelques années, les marchés financiers sous influence ne jouent
plus du tout leur rôle principal de collecte de l’épargne et sont
devenus des tables de jeu. Le principe de cotation journalière devra
donc s’insérer dans une réorganisation de la Bourse pour la faire
retrouver un rôle utile à l’économie et si cela s’avère impossible, en
fermer les portes électroniques.
Sans doute le combat à la fois le plus déterminant et 6 le plus difficile devra être mené contre les opérations
opaques et les marchés de l’ombre. Actuellement, si seulement
8 % des transactions en Europe et 15 % aux Etats-Unis sont menées
sur ces marchés entièrement déréglementés, en valeur c’est 40 % des
opérations en Europe et environ 70 % aux Etats-Unis qui sont ainsi
effectuées, intéressant la quasi totalité des transactions importantes.
Les opérations sont aujourd’hui organisées de gré à gré, direc-
tement entre les banques et leurs clients, par des établissements
opérant dans l’ombre (shadow banking), sur des plateformes alter-
natives (dark pools) avec des chambres de compensation entière-
ment déréglementées et des réseaux électroniques de négociations
(crossing networks). Les opérations en Bourse et hors Bourse sont
faites à la microseconde par les ordinateurs les plus puissants : c’est
le high-frequency ou flash trading. Là, les délits d’initiés deviennent
indétectables et sont donc la loi du milieu, puisqu’on peut y opérer
de façon anonyme et en gardant le secret. Les manipulations des
cours et le blanchiment d’argent y deviennent également très faciles.
Il est clair qu’un seul pays ne peut faire face à l’assaut de cette pyra-
mide spéculative, mais du moins il ne doit pas se montrer complai-
sant. Or en Europe, un texte a été adopté en 2004, la directive MIF
(marché d’instruments financiers), et appliqué en France en novembre
26
XXLes piliers de mon projet économique
2007, après validation par le Conseil des ministres le 11 avril 2007, dix
jours avant l’élection présidentielle. Cette directive, au nom de la libre
concurrence, a permis de créer chez nous des places boursières pri-
vées, sans régulation, sans contrôle et absolument opaques, ce qui a
donné lieu, comme partout ailleurs, à tous les excès. A ce niveau, c’est
un Glass-Steagall global, partant des Etats-Unis, où une proposi-
tion de loi dans ce sens a été déposée à la Chambre des représentants,
qu’il faudrait voir adopter. La France ne pourra pas agir seule,
mais doit jouer un rôle de catalyseur, du moins au niveau euro-
péen, en exigeant, malgré le lobby des grandes banques, l’abro-
gation de la directive MIF et en cas de refus de nos partenaires,
annuler chez nous sa validation au nom de la souveraineté nationale.
Il n’en reste pas moins qu’agir au cas par cas est très difficile et que
la vraie solution est un Glass-Steagall mondial, ôtant toute
base d’opérations aux délinquants. On ne peut bâtir en effet un
système financier sain sans résorber les poches d’opacité, car tous
les produits toxiques s’y concentrent.
S’attaquer aux paradis fiscaux7 Le G 20, là comme ailleurs, s’est contenté d’une mesure sym-
bolique, en prévoyant une autorégulation qui n’en est pas une du
tout. Ainsi, la City, qui opère avec un réseau particulièrement dense
à l’échelle du monde, a non seulement gardé mais étendu ses privi-
lèges avec les banques de l’ombre installées dans des adresses prati-
quement invisibles. L’on peut cependant prendre immédiatement un
certain nombre de mesures simples pour réduire la part des zones
de non droit et de non coopération. Tout d’abord, fermer l’accès aux
plans de sauvetage et de garantie aux banques domiciliées dans des
paradis fiscaux et exiger des banques cotées une information sur
leurs filiales basées dans les paradis fiscaux. Enfin et surtout, pour
étayer le Glass-Steagall global, il faudra instaurer une liste noire des
Etats non coopératifs en matière fiscale et judiciaire, sans complai-
sances ni exceptions.
Prendre des mesures significatives8 contre l’opacité financière
exiger que les multinationales tiennent des comptes transparents
pays par pays, pour rétablir la vérité comptable de leurs activités et
lutter contre l’évasion fiscale ;
exiger de même la tenue de registres publics pour identifier les
bénéficiaires réels des trusts ;
27
XXJacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
organiser une coopération fiscale et judiciaire effective entre les
Etats, notamment avec les pays du Sud.

Ce sont là les initiatives indispensables pour lancer la nécessaire
révolution. Rappelons que dans son Livre de ma mémoire, Danielle
Mitterrand mentionnait une conversation très révélatrice avec son
mari. « Je disais à François, puisque tu as le pouvoir, pourquoi tu
ne t’en sers pas pour changer le pays. Il répondit : «Je n’ai pas
le pouvoir, la France comme le reste du monde est assujet-
tie à une dictature financière qui gère tout». » La démarche
que je viens ici d’élaborer est une réponse au cynisme désabusé
de François Mitterrand et de tous les présidents de la République
à partir de Georges Pompidou. Elle demande, il est vrai, une autre
qualité de courage.
II. La mutation :
Un système de crédit productif public
L’Etat doit alors pouvoir lancer de grands projets d’équipement,
créant l’environnement propice à l’essor d’entreprises ayant recours
à des technologies de production avancées. C’est la solution pour
éliminer le chômage en suscitant la création d’emplois qualifiés dans
la recherche, le développement et la production. Cet enchaînement
vertueux est indispensable à une véritable reprise économique.
Cependant, l’Etat ne peut lancer ces grands projets dans le cadre
du système européen actuel, qui est une camisole de force, et il ne
pourra pas non plus le faire après l’application de la nouvelle loi
Glass-Steagall, si l’on en reste là. En effet, après l’application du
principe, il ne restera pas suffisamment d’institutions bancaires sol-
vables ni de liquidités disponibles pour enclencher cette autre poli-
tique. La mise hors jeu des spéculateurs ne sera pas mécaniquement
remplacée par des producteurs.
Il est donc nécessaire de mettre en place un autre système,
fondé sur le crédit productif public.
La forme en est simple : la Banque de France doit renouer avec la
possibilité de faire des avances au Trésor public pour financer de
grands projets sur le long terme, à un horizon de dix à cinquante ans.
Ainsi, avant 1973, la Banque de France créait de l’argent à partir de
rien et sans intérêt, pour permettre à l’Etat d’investir dans des infras-
tructures d’intérêt général (écoles, hôpitaux, transports publics…).
28
XLes piliers de mon projet économique
L’argent était remboursé par l’Etat au fur et à mesure de la réalisation
du projet, et détruit alors par la Banque : il ne circulait que pendant le
temps de l’avance ou de l’emprunt. L’Etat pouvait ainsi anticiper les
besoins futurs d’équipement du pays sans augmenter les taxes ou les
emprunts. A condition que l’argent ne dérive pas vers des dépenses
de fonctionnement, ce système est par nature anti-inflationniste, car
il est anticipateur de production de richesse physique accrue par
tête, par unité de surface et par ménage.
La réalité est, elle, beaucoup moins simple.
Tout d’abord, le système de crédit productif public exige 1 un changement de manière de penser. Il ne peut être com-
pris dans la matrice monétariste libérale actuelle. Celle-ci suppose en
effet un être humain défini par sa possession d’objets, l’accumulation
de données et de statistiques dans un univers linéaire, établi dans le
présent, sans mutations culturelles ou technologiques, à l’exception
du secteur manipulateur de la communication. Un tel univers, celui
dans lequel nous sommes, se condamne lui-même à l’attrition faute
de découvrir de nouveaux principes et de les appliquer sous forme
de technologies plus productives par unité de surface et par indi-
vidu. Il parie sur le présent et consume.
Le système de crédit productif public est au contraire un pari sur
l’avenir, c’est-à-dire sur le propre de l’homme, qui est de créer.
Il est intrinsèquement anti-oligarchique et anti-impérial car
il respecte la personne humaine. En mettant un vecteur scien-
tifique au poste de commande, il parie que l’homme découvrira des
principes universels nouveaux qui, appliqués sous forme de techno-
logies, permettront de peupler davantage l’univers d’êtres plus créa-
teurs et participant tous à sa transformation pour le bien commun.
Création et justice sociale sont ici les deux faces d’une même chose.
Il s’agit donc d’une conception à l’opposé du monétaire et du finan-
cier, car le crédit s’insère par nature dans un processus de
développement portant sur plusieurs générations. Il protège,
en l’étendant, une capacité créatrice qui nous a été donnée. Il
est le garant du développement humain.
La culture du crédit public est ainsi à l’opposé de celle de la pos-
session arbitraire de l’argent. Il est l’arme du « gouvernement du
peuple, par le peuple et pour le peuple », qui sans lui n’est qu’une
formule vide.
29Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
Ensuite, ce crédit doit servir à transformer et améliorer 2 activement l’environnement humain. La création n’a pas d’is-
sue qui ramène au passé. Ce sont donc des formes d’intervention
de l’homme sur l’univers de plus en plus denses, de plus en plus
efficientes qu’il doit nourrir. Ce sont elles qui permettent de peu-
pler davantage l’univers et de protéger l’humanité contre des risques
futurs, qu’ils soient de nature humaine ou relevant de la situation de
la Terre dans le système solaire et galactique. L’alternative, c’est-à-
dire l’investissement dans des énergies ou des technologies douces
ou vertes, n’est que l’organisation d’un dépérissement anti-égalitaire,
anti-démocratique et, en fin de comptes, destructeur de l’homme.
La notion de densité est ici essentielle : une technologie et une
forme d’énergie plus denses, plus productives par unité de surface
et par tête, correspondent à une densité de travail mental plus élevé
mis au service des générations futures. Au contraire, des formes
moins denses ne seront pas capables d’assurer des conditions de vie
dignes à plus d’êtres humains ou même au nombre d’êtres humains
vivant actuellement sur terre, en raison de l’usure des ressources
correspondant à tout mode technologique donné et à toute paresse
mentale. C’est pourquoi l’oligarchie financière promeut une idéo-
logie « verte », associée à un pessimisme culturel et considérant
l’homme comme un animal domestiqué qui doit s’adapter à son
environnement et non en devenir le créateur responsable. La consé-
quence qu’elle en tire est la promotion de la dépopulation, car pour
tout mode technologique et mental donné, les ressources deviennent
fatalement insuffisantes.
Le crédit doit donc servir la création scientifique permettant de
créer des ressources nouvelles ou même de transformer des déchets
des technologies passées en ressources nouvelles. S’il sert la cause
contraire, il se rend complice de criminels dont le projet avoué par
certains d’entre eux est de réduire la population mondiale à moins de
2 milliards d’êtres humains. Ceux qui croient que sortir du nucléaire
constitue un acte moral devraient réfléchir à deux fois sur ce qu’est
la morale et sur les conséquences qu’aurait leur décision.
Enfin, nous devons sortir des textes qui nous contraignent, 3 bloquant tout recours à l’initiative de l’Etat et au crédit
productif public. Il s’en trouve trois fondamentaux, deux au niveau
français, l’autre au niveau de l’Union européenne, mais tous trois
inspirés par le même esprit de libéralisme financier et d’opposition
aux souverainetés nationales. Il faut tous trois les abroger.
30Les piliers de mon projet économique
Le premier est la loi n° 93-980 du 4 août 1993, qui abroge
la loi n° 73-7 du 3 janvier 1973 en aggravant ses effets. Déjà,
par son article 25, la loi Pompidou-Messmer-Giscard d’Es-
taing du 3 janvier 1973 contraignait le Trésor public à ne plus
être « présentateur de ses propres effets à l’escompte de la
Banque de France », le condamnant ainsi à emprunter sur les
marchés auprès d’établissements financiers privés moyen-
nant le versement d’intérêts, alors qu’auparavant la Banque de
France ne lui en faisait pas payer car elle appartenait à l’Etat. L’Etat
s’est ainsi privé du droit de créer de la monnaie, le transférant aux
banques privées qui se sont enrichies à ses dépens car, dans les faits,
les banques empruntaient de l’argent à des taux d’intérêt inférieurs
à ceux auxquels elles prêtaient à l’Etat ! L’accroissement de notre
dette publique vient de là, en raison de ces intérêts que nous avons
dû payer, et non d’un supposé gaspillage de fonds, qui n’a joué qu’un
rôle secondaire. De plus, des banques de plus en plus grandes se sont
constituées (par ses actifs, la BNP-Paribas est la première banque
du monde) et leurs dirigeants ont exercé une véritable tutelle sur les
gouvernements successifs, de droite ou de gauche. L’aboutissement
de ce système est précisément la loi no 93-980 du 4 août 1993,
relative au statut de la Banque de France, qui lui interdit
« d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type
de crédit au Trésor Public ou tout autre organisme ou entre-
prise publics. L’acquisition directe par la Banque de France
de titres de leur dette est également interdite ». L’on mesure
l’effet scandaleux de ce texte, qui justifie son abrogation.
Le second texte est la loi du 12 mai 1998, qui intègre la
Banque de France au Système européen de banques centrales
(SEBC), institué par le Traité de Maastricht, et garantit son
indépendance. Tout le texte doit être abrogé en raison de
sa logique d’ensemble, qu’exprime l’alinéa 3 de son article
e1 faisant interdiction « au Gouverneur et aux membres du
Conseil de solliciter ou d’accepter des instructions du gou-
vernement ou de toute autre personne ». Ainsi la Banque de
France est devenue un organisme indépendant qui, dans le cadre
de la priorité définie pour le SEBC, doit assurer la stabilité moné-
taire et non le développement économique et la justice sociale. Je
me battrai pour rétablir le contrôle démocratique de l’Etat, repré-
sentant les citoyens, sur une institution vitale, qui devra devenir une
vraie Banque nationale émettant du crédit productif public
pour l’équipement de l’homme et de la nature, et non une
31
XXJacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
institution nominalement indépendante mais pratiquement
au service du monétarisme, comme elle l’est aujourd’hui. Au
niveau européen, une association de banques nationales devra finan-
cer les grands projets à l’échelle européenne et eurasiatique incom-
patibles avec le système actuel, qui les a étouffés.
Le troisième texte est l’article 123 du Traité sur le fonction-
nement de l’Union européenne (TFUE), qui lui aussi interdit
aux Banques centrales de prêter de l’argent aux Etats sans
intérêt, ce qui les contraint à emprunter cet argent, avec inté-
rêts, aux acteurs privés ayant de l’argent à placer. La dette
publique, gonflée artificiellement par les intérêts rendus pratique-
ment obligatoires au nom de la concurrence libre, verrouille ainsi
au plus haut niveau du droit l’impuissance de nos représentants
politiques. De plus, la priorité à la lutte contre l’inflation assignée à
une Banque centrale européenne (BCE) sans contrôle des représen-
tants du peuple (articles 119, 130 et 282 du TFUE), a conduit dans
ces conditions à faire des salaires une « variable d’ajustement » et à
répandre un chômage de masse en Europe.

Il est évident que ces trois textes relevant d’une même idéologie,
tant au niveau français qu’au niveau européen, doivent être abrogés
pour pouvoir rétablir un système de crédit productif public.
C’est ainsi et ainsi seulement que pourront être financés les grands
projets donnant une autre dimension à l’Europe, de l’Atlantique à
l’Oural, jusqu’à une étendue eurasiatique, de l’Atlantique à la mer de
Chine.
III. L’horizon :
une planification participative
La suppression du Commissariat du Plan et de la Mission ministé-
rielle sur les mutations économiques (MIME) est allée à l’inverse des
nécessités d’un Etat soucieux d’éclairer son avenir et d’y faire parti-
ciper les Français et les Françaises. Il s’est agi d’une double soumis-
sion à une idéologie libérale : le Plan visait à élaborer un projet avec
les forces vives de la nation et à se donner les moyens de le mettre
en œuvre, la MIME réfléchissait au moyen de passer des emplois
d’aujourd’hui à ceux de demain. Le gouvernement Villepin a donné
le coup de pied de l’âne à ces dispositifs publics, montrant bien dans
quelle tradition de démantèlement lui aussi se situait.
32
XLes piliers de mon projet économique
Elu, je redonnerai à l’Etat des yeux pour voir et des oreilles pour
entendre en créant un ministre délégué au Plan, soit auprès
du ministre de l’Economie, soit préférablement auprès du
Premier ministre. Ce ministre sera l’inspirateur et le soutien
des grands projets d’équipement financés par le crédit pro-
ductif public, et disposera d’une équipe indépendante d’une cen-
taine de hauts fonctionnaires et représentants des divers courants
économiques de la nation, qui aura un pouvoir permanent d’enquête
et dont il choisira lui-même les titulaires. Il sera assisté par un Conseil
national du crédit reconstitué.
Le Plan, comme les précédents, se fixera des clignotants en cas
d’écarts par rapport aux objectifs fixés en commun entre forces
vives de la nation. Il sera désormais débattu au sein du Sénat renou-
velé et économiquement renforcé que je conçois.
Cependant, il prendra en compte en cours de route les mutations
politiques ou technologiques justifiant un éventuel changement de
direction. C’est en ce sens qu’il sera participatif. Les écarts constatés
ne conduiront plus nécessairement à rétablir de façon linéaire la tra-
jectoire fixée à l’avance, mais à réorienter l’économie vers des objec-
tifs plus ambitieux apparus en cours de route, en recueillant l’avis et
l’accord des représentants des forces vives de la nation.
Indicatif, flexible mais éclaireur, il fixera les emplois qualifiés
de l’avenir correspondant aux grands projets auxquels par-
ticipera la France, sur son territoire ou au-delà, et prévoira
les moyens de les former et d’en fixer la répartition dans les
entreprises intéressées.
Une des principales conséquences d’une administration du Plan
forte et souple sera de permettre le retour à un aménagement
du territoire et en particulier à l’accompagnement et à l’aide des
territoires en difficulté ou en détresse. Ainsi, le principe de péré-
quation, qui repose sur la solidarité nationale, pourra être réta-
bli. Il est, au même titre que le service public, essentiel pour expri-
mer concrètement l’égalité entre citoyens, avec un effet intégrateur
concret qui est la meilleure arme pour éviter les communautarismes.
Au niveau européen et mondial, le Pont terrestre eurasiatique et les
grands projets Nord-Sud et Est-Ouest, et au niveau national, le Plan
de développement : ces deux ambitions à long terme seront naturel-
lement complémentaires en se fondant toutes deux sur l’essor des
pouvoirs créateurs de l’être humain et la transformation volontaire
de la nature et de la biosphère, en rejetant le profit à court terme, le
pillage financier et l’économie casino.
33Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
IV. L’arme :
la nationalisation des établissements financiers
La santé de nos banques pose très vite le double problème de
leur solvabilité et de leur liquidité. Selon la Banque des règlements
internationaux, leurs prêts aux cinq pays européens les plus fragiles
représentent trois fois leur capitalisation boursière. Les engage-
ments de nos quatre principaux établissements bancaires atteignent
plus de 2,5 fois notre Produit intérieur brut, alors que leurs fonds
propres sont faibles. En tous cas, il est clair que le mode de fonc-
tionnement de nos grandes banques, qui ont fait beaucoup de
profits dans les métiers de spéculation pour compte propre et
sur l’achat de dettes publiques d’Etats fragiles à taux d’inté-
rêt très élevés, n’est plus durable.
Le principe d’une nationalisation est applicable1 Même dans le cadre d’une application de la procédure Glass-
Steagall, la décision de leur nationalisation éventuelle se posera
donc très vite.
Je n’en suis a priori pas un partisan déterminé, car je suis convaincu
que c’est plus l’intention guidant l’activité des banquiers que le statut
sous lequel ils opèrent qui est décisif. Ainsi, les banques nationalisées
en 1981-1982 ont continué, avec les mêmes dirigeants ou des diri-
geants issus du même milieu, à pratiquer une certaine continuité poli-
tique. On vit même certains de ces dirigeants participer à la nationali-
sation socialiste, puis organiser les noyaux durs de M. Balladur pour
enfin tirer les marrons du feu de la grande privatisation. De même, les
banques britanniques nationalisées ne l’ont pas été pour pratiquer des
politiques différentes, mais pour sauvegarder les existantes.
Les nationalisations me paraissent cependant inéluctables dans
l’après Glass-Steagall pour des raisons défensives, à condition
qu’elles soient guidées par un autre état d’esprit, qui est celui du sys-
tème de crédit productif public. Les faillites ordonnées du secteur
d’affaires des banques universelles devront en effet sauvegarder les
intérêts de l’épargne populaire et permettre de continuer à alimenter
l’économie. Or, dans un premier temps, les activités de marché
ont été tellement imbriquées avec celles de dépôt et de crédit
qu’il faudra nationaliser ces dernières pour les préserver de
l’inéluctable effondrement des premières au cours de l’explo-
sion systémique à venir.
34Les piliers de mon projet économique
Cette nationalisation est non seulement légitime mais légalement
possible, contrairement à l’avis de ceux qui évoquent le droit de pro-
priété pour s’y opposer. Le précédent est constitué par les décisions
du Conseil constitutionnel du 16 janvier et du 11 février 1982.
Trois conditions majeures y sont cependant mises : le constat légal
d’une nécessité publique justifiant la nationalisation, le respect du
principe d’égalité imposant que la non identité de traitement éven-
tuel soit compatible avec la finalité de la loi et l’application d’une
indemnité juste et préalable en faveur des expropriés. Sur ce dernier
point, il est clair que la nationalisation devrait se faire aux cours de
bourse constatés dans les séances qui la précèdent, car la chute des
cours est imputable à la loi du marché, et rien ne justifierait donc
que l’Etat paie une indemnité couvrant ce risque de marché. Il ne
saurait être davantage question d’un éventuel préjudice moral ; le
Conseil constitutionnel en a d’ailleurs décidé ainsi dans la réponse à
une question prioritaire de constitutionnalité du 21 janvier 2011 en
matière d’expropriation de biens.
Je considère enfin qu’une nationalisation, temporaire ou définitive,
est une meilleure solution que de mobiliser notre Fonds de garantie
et de dépôt, qui est doté d’une trésorerie de seulement 2 milliards
d’euros pour couvrir chaque compte à hauteur de 100 000 euros,
ce qui le rend incapable de faire face à la faillite éventuelle d’une
banque française. Dans un cas on continue avec la garantie d’une
responsabilité publique, dans l’autre on couvre, le fonds devant fata-
lement contracter un prêt pour remplir sa mission, ce qui revient à
ajouter de la dette à la dette.
L’organisation d’une banque publique d’investissement 2 ou d’un pôle financier public doit soutenir la politique du
Plan et orienter avec lui le crédit productif public. Il regroupera
les moyens de la Caisse des dépôts, du Fonds stratégique d’investis-
sement, de la Banque postale, d’Oséo, de la BPCE, du Crédit foncier
et de représentants des banques éventuellement nationalisées, en y
incluant ceux de l’Agence des participations de l’Etat.
Pour éviter l’effet d’usine à gaz, l’on procèdera, en éliminant systé-
matiquement les doublons, à la constitution de pôles par branches
économiques, avec un secteur spécialisé dans les PME innovantes.
L’idée est d’organiser une mobilisation générale pour une stratégie
industrielle nationale liée à une mobilisation européenne et
eurasiatique. A la base, et suivant le principe de subsidiarité, des
fonds régionaux organiseront la montée en puissance des PME de
35Jacques Cheminade | Un grand chantier pour demain
50 à 300 salariés dont nous avons besoin – des mittelstand à la fran-
çaise – pour redonner vigueur à notre politique d’innovation, sou-
tenue en même temps par une fiscalité active (cf. ma section Une
révolution fiscale pour financer l’avenir et revaloriser le travail).
Les banques doivent cesser d’imposer aux citoyens une 3 dictature financière et de tenter de compenser à leurs
dépens leurs pertes de jeu sur les marchés. Aujourd’hui, en
effet, elles taxent leur clientèle par tous les moyens et, comme l’a
montré l’affaire Dexia, leurs chargés de clientèle vendent à leurs
clients des produits qui pour eux s’avéreront inutiles mais coûteux,
ou bien placent des produits dérivés sophistiqués aux conséquences
incalculables sur les taux d’intérêt à verser, tant pour des particuliers
victimes de ces prêts toxiques que pour des collectivités publiques.
Les employés des banques doivent eux-mêmes faire du chiffre en
plaçant ces produits, sous peine de s’attirer des ennuis profession-
nels. Aujourd’hui, 36 % des employés de banques françaises se disent
« stressés » et 13 % en situation d’« hyperstress », selon une étude
menée en février 2010 par la Société générale.
Plus banalement, les banques opèrent des prélèvements sur les
comptes de leurs clients, pour frais d’intervention, commissions
de mouvement ou frais de refus, sans leur autorisation expresse ni
l’autorité d’une décision de justice, c’est-à-dire de manière illégale.
Ces prélèvements illégaux se font surtout au détriment de petits
comptes, dont les titulaires ont des difficultés, sont peu informés et
disposent de faibles moyens pour se défendre.
Je propose :
que les collectivités et particuliers victimes de prêts toxiques
refusent de payer des intérêts extravagants et ne règlent que des inté-
rêts raisonnables. Certains ou certaines ont d’ores et déjà poursuivi
les établissements financiers pour escroquerie en bande organisée
ou tromperie sur la nature de l’objet vendu. Je soutiens ces actions
et ferai établir un projet de loi pour interdire à l’avenir ces montages
abusifs qui relèvent du jeu et non du commerce normal de biens.
que l’on applique aux banques l’article 544 du Code civil sur le
droit à la propriété et les articles 311-7 et 313-1 du Code de la consom-
mation, qui interdisent de prélever des sommes sur les comptes de
leurs clients sans disposer de leur accord formel ou d’une injonction
de justice. Les banques sont les seules entreprises qui se permettent
de le faire. Elles disposent de la possibilité d’inscrire les résistants
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