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Un nouvel élan socialiste

De
209 pages
Cet essai n'est pas le simple témoignage d'un militant engagé mais une réflexion de fond qui encourage la France à redécouvrir le socialisme. A l'heure où s'élabore le projet du Parti Socialiste pour les présidentielles de 2007, cet ouvrage se veut résolument optimiste et tourné vers l'avenir. "Un avenir où la volonté politique fera triompher les choix collectifs au détriment des choix individuels et autres discriminations."
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UN NOUVEL

ELAN

SOCIALISTE

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation.. . Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Marie-Carmen GARCIA, William GENIEYS, L'invention du pays cathare, 2005. Daniel CUISINIER, Energie et transport, 2005. Cyril LE TALLEC, Les Sectes ufologiques 1950-1980, 2005. Henri GUNSBERG, L'Ogre pédagogique. Les coupeurs de têtes de l'enseignement, 2005. Michel ADAM, L'association image de la société, 2005. J.P. SAUZET, La personne en fin de vie. Essai philosophique sur l'accompagnement et les soins palliatifs, 2005; Victor COLLET, Canicule 2003. Origines sociales et ressorts contemporains d'une mort solitaire, 2005. Nicole PERUISSET-FACHE, La modernisation de l'Ecole, 2005. A. Léon COL Y, Vérité de l'histoire et destin de la personne humaine,2005. Bernard SERGENT, La Guerre à la culture, 2005. Frédéric CODSTON, L'écologisme est-il un humanisme ?,2005. Harold BERNAT -WINTER, Prométhée déchaîné. Qui a peur de l'individu ?, 2005. Stéphane RULLAC, Et si les SDF n'étaient pas des exclus ? Essai ethnologique pour une définition positive, 2004. Thierry DEBARD et François ROBBE (sous la dir.), Le caractère équitable de la représentation politique, 2004. Jacky CHATELAIN, Pourquoi nous sommes européens, 2004. Bonnie CAMPBELL (dir.), Qu'allons-nous faire des pauvres?, 2004.

Gaspard-Hubert

Lonsi Koko

UN NOUVEL ELAN SOCIALISTE

L' Harmattan

~L'Hannattan,2005 ISBN: 2-7475-8050-4 EAN : 9782747580502

Pour les militants soucieux de l'égalité des chances, ces vaillants soldats qui ne cessent de croire à la morale du socialisme. Ils incarnent la solidité de la base en dépit des tourments qui, au sommet, font paifois courber les cimes des arbres.

«

Nous comprenons la complexité de la vie, et nous poursuivons notre

œuvre de justice non dans le vide mais au travers des réalités. » Jean Jaurès

« Toute classe dirigeante qui ne peut maintenir sa cohésion qu'à condition de ne pas agir, qui ne peut durer qu'à condition de ne pas changer, est condamnée à disparaître. »

LéonBlum

« Le devoir d'un responsable ne consiste pas à louvoyer, à ménager sans cesse les uns et les autres, en sacrifiant ainsi l'intérêt de la collectivité tout entière. TIexige des choix, des déterminations claires, avec la volonté de s'y tenir, dans l'opposition comme au pouvoit: Ainsi seulement mûrissent les réformes qui commandent l'avenir, vers les progrès et la justice. » Pierre Mendès France

«Il n'y a qu'un vainqueur [.. .], c'est l'espoir. Puisse-t-il devenir la chose de France la mieux partagée. Pour cela, j'avancerai sans jamais me lasser sur le chemin du pluralisme, confrontation de différences dans le respect d'autrui. Président de tous les Français, je veux les rassembler pour les grandes causes qui nous attendent et créer en toutes circonstances les conditions d'une véritable communauté nationale... » François Mitterrand - Mai 1981

Avant-propos

À l'instar de beaucoup de socialistes censés être hllbilités à prêcher la bonne parole, j'essaie à ma manière et avec mon tempérament, par le biais de cette modeste contribution, de participer au rayonnement du socialisme en présentant aux instances nationales du Parti Socialiste, à la société civile et aux forces vives de la nation, cette réflexion sur la France du XXle siècle. L'essai que je me permets de livrer aux lecteurs comporte des réflexions de fond sur les aspects qui, à n'en pas douter; détermineront le résultat des diverses consultations politiques à venÎ1: Afin de restituer pleinement l'état d'esprit qui était le mien avant de m'atteler à cette tâche, j'ai en effet pris la résolution d'aller plus loin dans mon raisonnement, avec tous les risques que génère une démarche audacieuse, voire utopiste. Mais le véritable défi politique, n'est-ce pas de transfonner un jour l'utopie en réalité? Cet essai couvre tous les grands domaines d'une réflexion pour lesquels elle contient des propositions d'axes politiques, économiques et sociaux assortis de pistes précises pour d'éventuels débats. Cette initiative volontariste a été confrontée à différents points de vue, car plus d'une trentaine de camarades et de sympathisants du Parti Socialiste, mais aussi des non encartés dans un parti politique, ont échangé avec moi et entre eux en vue de son mûrissement. Ce projet de société s'inscrit à la fois dans la perspective ambitieuse d'une projection vers l'avenir par des lignes directrices fortes. Les réussites de l'action menée depuis quelques années s'étendent au fond et à la méthode,. les grands axes ici esquissés reprennent la même exigence

de cohérence entre quelques engagements, quelques réalisations, et la fidélité à certaines
convictions. J'ai choisi volontairement d'ouvrir cet apport par les thèmes de la justice et de la sécurité, convaincu que la France se trouve dans la nécessité de répondre à la demande de sécurité des résidents, tout en redoublant d'imagination pour apporter des solutions novatrices au malaise social qui alimente, sans toutefois les excuser, les manifestations de violence et d'incivilité. La volonté de tendre vers le plein-emploi et un emploi de qualité reste la colonne vertébrale du volet économique et social du futur projet de cette France du XXle siècle. La fluctuation du chômage - amplifiée ou enrayée par le retournement conjoncturela tendance à accentuer ou à atténuer une persistance de problèmes lourds d'exclusion sociale et professionnelle chez ceux de nos concitoyens qui sont les plus fragiles. Leur situation requiert des politiques d'accompagnement social renforcé et l'effort de formation en vue de leur insertion, ou réinsertion, dans l'espace social et dans l'emploi. Cette réflexion insiste également sur plusieurs dimensions incontournables des enjeux en cours. C'est le cas tout d'abord de l'éducation initiale, dont le rôle est réévalué dans une société de plus en plus mobile où le jeune adulte doit avoir reçu une formation générale suffisamment poussée pour être capable d'évoluer par la suite.

Un nouvel élan socialiste
C'est aussi la réforme de l'État et des services publics, attente essentielle de nos concitoyens et défi redoutable dans la mesure où il touche au cœur même du politique et à ses relations avec les administrations, les agents publics, les partenaires publics et privés. Le projet pour la France, me semble-t-i~ doit être offensif sur toutes ces questions. La poursuite du renouveau du dialogue social participe de l'ambition de modernisation, dans le respect de l'égalité devant la loi républicaine, expression de la volonté générale, qui fonde notre démocratie. En ce qui concerne l'autonomie des jeunes, je me suis efforcé d'en clarifier les termes et le contexte afin de dégager quelques principes directeurs d'une politique dynamique envers les jeunes adultes. La problématique des citoyens d'origine non européenne et des DOM-TOM nécessite une véritable volonté politique en vue de la promotion de tous les citoyens sans aucune distinction. Les préoccupations environnementales - dans toutes leurs composantes et notamment en
matière de réchauffement climatique, de gestion de l'eau ou d'assainissement

- doivent être plei-

assumées. Je dégage donc des pistes détaillées Cet essai a pour finalité, dans le prolongement des péenne et la mondialisation, d'autant plus que la France nomique, sociale et politique dont rêvent les partisans de prendre une part déterminante dans la construction

nement

en ce sens.

enjeux nationaux, la construction eurose situe au cœur de cette puissance écod'un grand marché. Telle est sa volonté européenne, son message au monde

- empreint

de Liberté, d'Égalité et de Fraternité, voire de Solidarité et de Justice sociale

- est

plus que jamais d'actualité. Mais à condition qu'elle le traduise en actes à l'égard des pays en développement et ceux en voie de développement. Il m'a paru aussi de bon sens de rappeler que, à l'heure où s'élabore le futur projet socialiste pour la France du futur, les moyens matériels et humains alloués à la mise en œuvre d'une politique réformiste doivent être à la hauteur des principes vers lesquels le Parti Socialiste a toujours voulu se projeter. Une bonne part des difficultés rencontrées ces derniers temps dans la gestion de la France tient à des problèmes d'application. Si l'on n 'y prend garde, ils risquent de jeter le discrédit sur des réformes de progrès, votées au regard de principes de droit mais sans toujours s'accompagner des moyens humains, financiers, organisationnels et matériels nécessaires à leur entrée en vigueur dans de bonnes, voire meilleures, conditions. Cette réflexion n'est pas qu'une habituelle tâche politique préparatoire aux élections nationales. Elle revêt une dimension d'échange et de débat d'autant plus précieuse et originale qu'elle transcende les sensibilités politiques existant es et en gestation. Plus encore, elle constitue un cadre privilégié pour développer une propédeutique de l'action publique en permettant à chacun de partager ses informations pour mieux se familiariser avec nos institutions. Je forme le vœu que cette pie"e à l'édifice conforte la démarche socialiste au-delà du Parti Socialiste et que les idées que je lance soient reprises au bond et développées par la majorité des Français. Bien entendu, ce vœu ne se réalisera que si les forces vives de la nation se prononcent en faveur de ce projet de société en se l'appropriant par l'apport, éventuellement, de leurs propres amendements.

Paris, le 14 septembre 2004 Gaspard-Hubert Banacek Lonsi Koko

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Première partie: Les enjeux nationaux

CHAPITRE PREMIER Justice et Sécurité: veiller au respect des règles
Devrait-on nécessairement repenser la justice et la sécurité - à chaque changement de gouvernement, à chaque alternance politique à une époque où la délinquance urbaine divise l'opinion nationale française au point de remettre presque en cause la cohésion sociale? Comment concilier de la manière la plus efficace ces deux domaines à plus forte raison indissociables? Pour ce qui relève de la Justice et de la Sécurité, les éventuelles mesures à préconiser devront ternir absolument compte du vécu concret des acteurs de terrain. Tout comme les hypothétiques sanctions devront être compensées par la prévention.

-

1. Comment aborder dorénavant les choses?
Les fortes attentes de la société française exigent de la part de l'autorité publique des mesures à court et long tenne. L'Éducation nationale peut, en matière de prévention, jouer un rôle déterminant. La prise en compte différenciée des personnes concernées peut aussi susciter, vu l'accroissement galopant des inégalités, quelques actions positives. Enfin, une coopération efficace avec les pays d'où partent certains délinquants, et ceux qui sont à l'origine de réseaux de prostitution, peut se révéler très utile pour démasquer certaines filières, ou alors pour les neutraliser à la source. 1.1 Les fortes attentes de la société française Le thème de la sécurité, c'est-à-dire très précisément celui de la protection contre les agressions visant les personnes et les biens, reste, sans nul doute, l'une des préoccupations majeures et peut-être la question principale qui hante l'esprit de beaucoup de Français. Cela n'est pas surprenant, le problème étant, en effet, réel. Il est normal, en un sens, que les partis politiques de droite n'aient jamais cessé de monter cette question en épingle... Cette problématique représente, pour la droite française, un terrain propice où, a priori, elle se sent forte
et solide, alors que la gauche

-

à qui l'on reproche

à plus ou moins juste titre d'osciller

à cet

égard entre angélisme et fermeté - n'a jamais bénéficié dans ce domaine d'un préjugé favorable auprès de l'opinion. Il est donc impératif de s'y pencher, sans pour autant attiser la haine en jetant l'opprobre sur une partie de la population qui - faute d'une meilleure insertion ou réinsertion,
voire promotion professionnelle

- est

contrainte

d'agir

illicitement

pour pouvoir

subvenir

à ses

besoins. Il revient donc à la gauche de proposer des solutions fortes et claires ainsi qu'un programme de fond, à long terme, qui soit susceptible de faire contrepoids aux recettes d'aspect séduisant proposées par la droite française mais qui ne sont, en réalité, que des leurres. C'est le cas, par exemple, de l'idée qui consiste à placer les services de police sous l'autorité du maire ou bien

Un nouvel élan socialiste
des fonnules creuses comme la tolérance zéro et dont il ne faut pas se cacher qu'elles ont fait florès auprès de l'opinion. Dans cette perspective, il convient de faire très minutieusement un état des lieux, en tentant une analyse des causes de la montée chronique de l'insécurité: c'est-à-dire de la délinquance et des incivilités qui empoisonnent la vie quotidienne au point de malmener la sacro-sainte unité du peuple français, à laquelle les principes républicains ne cessent de se référer. On est confronté tout d'abord à l'explosion du chômage, à la banalisation de la pauvreté, aux frustrations et parfois au désespoir qui en sont la conséquence, notamment chez les jeunes, dans une société dominée par l'argent; une société où tout est à vendre et donc à acheter pour ceux qui le peuvent et, pour ceux qui ne peuvent pas, à prendre au besoin par la violence. L'illusion serait de croire que les choses rentreront peu à peu dans l'ordre à mesure que la situation économique ira en s'améliorant, et le chômage en diminuant, même s'il s'agit là d'un facteur favorable. Le pragmatisme veut que l'on soigne le mal sur-le-champ, plutôt que de prendre le risque de laisser le temps au temps comme avait tendance à préconiser dans certaines circonstances un grand monsieur du socialisme français(l). Il faut rechercher aussi les origines du phénomène dans l'urbanisation que l'on a connue depuis le début des années 60. C'est à cette période, effectivement, puis au cours des années 70, qu'ont été édifiés ce que l'on appelait à l'époque les grnnds ensembles, dans le but de répondre aux besoins de logement d'une population en constante augmentation et à ceux des immigrés de la première génération. Ces ensembles ont donné naissance aux cités, habituellement gigantesques, et quartiers difficHes que l'on connaît aujourd'hui et dans lesquels, la crise économique aidant, se sont repliées des catégories de population dites défavorisées, déjà marginalisées pour la plupart par un manque d'intégration dans la société française (illettrisme, traditions...) et souvent exclues plus encore par le chômage. Parmi elles, les immigrés des deuxième et troisième générations figurent en bonne part, si bien qu'aux difficultés sociales auxquelles sont confrontées les populations qui y vivent s'ajoutent celles provenant d'une intégration plus ou moins laborieuse et mal vécue. L'accumulation des problèmes n'a jamais contribué à leur résolution. Les véritables causes sont à rechercher dans la crise économique des années 1990, les frustrations nées d'une société dominée par l'argent qui co"ompf2), le comportement délinquant un certain nombre de fois impuni de quelques politiques, l'importance et la possibilité de revenus plus sûrement générés par les différents trafics (drogue, revente des produits de petits larcins. . .) que par un improbable travail mal rémunéré. Le sentiment d'être laissé pour compte et méprisé par le reste de la société, l'influence des matias, y compris de certains jeux vidéos dans la banalisation de la violence, une politique de sanctions inadaptée et des délais de décision de justice trop longs, participent de cette situation dégradante. Ces cités et quartiers, pour la plupart situés en banlieues défavorisées, sont ainsi devenus de vrais ghettos, des zones de non-droit géographiquement et socialement isolées. Abandonnés à eux-mêmes, ces presque no mans lands se sont transformés en foyers de misère, notamment momIe, d'incivilité et de violence où les notions de (manque de) dignité et de respect sont à coup sûr devenues de véritables clés de lecture des comportements.

-

-

(1)

Le dirigeant socialiste, François Mitterrand, n'a fait que populariser une phrase d'Edgar Faure - ce dernier l'ayant empruntée à l' écrivain malien Amadou Hampâté Bâ. (2) Célèbre formule mitterrandienne.

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Justice et Sécurité: veiller au respect des règles
Face à cette situation, deux mesures peuvent être envisagées: celles à long terme. 1.2 Mesures à court terme Une première observation est à faire à propos de la violence et de l'incivilité. TIfaut avoir le courage de dénoncer les dysfonctionnements et d'inciter l'autorité compétente, dont c'est le devoir, à s'en occuper. Les violences et les agressions auxquelles les citoyens français sont confrontés tirent, pour la plupart des cas, leur origine du rejet d'une certaine jeunesse(3) par une fraction de l'opinion. Cette situation est le résultat malheureux d'une incompréhension réciproque, elle-même fruit d'une absence totale de dialogue. Une société qui ne comprend pas sa jeunesse - celle-ci étant censée représenter l'avenir d'une nation - et qui finit par la rejeter s'expose, à n'en pas douter, à un grand danger. Le déficit de communication, voire l'ignorance dans une certaine mesure, favorise de part et d'autre le développement d'idées fausses. À cet égard, on pourrait bien parler de fantasme, ou de psychose. Il faut donc trouver le moyen de donner la parole de manière permanente et quasi institutionnelle à ceux qui, notamment dans les cités, ne sont pas dans l'immense majorité des délinquants. Un autre point est le fait que la délinquance permet au jeune, d'une part d'acquérir une notoriété, un prestige dans sa cité (cf. les titres tels que caïd, parrnin, chef de tribu...) et, d'autre part, de gagner plus d'argent par la vente de drogues et la revente d'objets volés que par tout autre travail auquel il pourrait prétendre. On peut ainsi imaginer, dans le cadre de la démocratie participative, des comités de quartier ou de cité qui semient les interlocuteurs naturels des autorités nationales et locales (surtout de la police). À ce titre, ils devraient être consultés sur un bon nombre de questions, pourraient formuler des propositions et demandes, et disposemient d'un budget pour mener certaines actions ou conduire des projets. Il faut bien aussi, c'est l'objet de la deuxième mesure proposée, évoquer la question des sanctions. La tolérance dite zéro et l'esbroufe constituent non seulement un leurre, mais surtout une position intenable étant donné que la pression policière qu'elles impliquent serait subie par tous, coupables ou innocents. Cela suscite une répression tous azimuts avec pour seule réponse l'emprisonnement ou l'enferrnement Une telle politique, à l'évidence à courte vue et obsolète, est impossible sauf à décider de construire des milliers de places supplémentaires dans les prisons et des centaines de nouveaux centres d'éducation forcée. Il est d'ailleurs impensable d'enfermer les auteurs de petits délits, surtout lorsqu'il s'agit de mineurs. Chacun sait que ce serait le meilleur moyen pour en faire, à brève échéance, des délinquants confirmés, d'autant plus que l'expérience a largement montré la fai blesse, voire l'absence de la vertu éducative de l'incarcération. N'oublions pas que la prison, telle qu'elle existe aujourd'hui, est trop souvent une école de la délinquance. Le projet préconisant l'abaissement de la majorité pénale relève, pour cette raison, de la démagogie pure et simple. Il est dangereux d'enfermer sans cesse les délinquants davantage dans la délinquance et de désigner une catégorie de la population comme coupable non rachetable. L'impunité est à l'évidence inadrnissi ble, d'autant moins qu'elle correspond à la voie ouverte à la récidive et à la délinquance professionnelle. C'est là que réside toute la difficulté, plus grande encore lorsqu'il est question de mineurs. Certaines réformes de l'ordonnance de 1945 envisagées
(3)

des mesures à court terme et

Cela concerne, en premier lieu, les jeunes issus de l'immigration non européenne.

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Un nouvel élan socialiste par la droite avaient consisté à effacer le volet prise en charge sociale qui y figurait Elles fi'avaient fait qu'aggraver la situation par soucis de protectionnisme. La solution qui pourrait être proposée consiste dans la mise sous contrôle, ou alors soustutelle, et le suivi rapproché des jeunes délinquants auteurs d'infractions considérées comme légères - et qui n'en sont souvent pas à leurs premiers agissements. Dans un tel système, sur simple demande du parquet, l'auteur du délit serait tenu de se présenter selon une périodicité à déterminer, auprès d'un centre de contrôle réunissant policiers, éducateurs et travailleurs sociaux, qui le suivrait et pourrait ainsi vérifier ses conditions de vie, et, le cas échéant s'il poursuit bien sa scolarité, prendre les mesures d'assistance ou d'orientation nécessaires, l'aideréventuellement à trouver un emploi. Bref, faire en sorte, si possible, qu'il ne retombe pas dans la récidive.. .
L'auteur du délit aurait la possibilité de refuser cette mise sous contrôle. Dans cette hypothèse, il serait alors aussitôt traduit devant le juge et encourrait le risque d'être soumis à des mesures plus contraignantes. Il en serait de même pour celui qui ne se présenterait pas aux dates prévues au centre de contrôle. La surveillance exercée pourrait donner lieu à l'établissement de rapports destinés à alimenter les bases de données des autorités de police et à être versés au dossier en cas de comparution ultérieure du délinquant devant le juge. La mise en place de cette organisation suppose la création d'un important réseau de centres aussi proches que possible des lieux de résidence des intéressés, ainsi que l'embauche durable de travailleurs sociaux et l'affectation de policiers spécialement formés. Elle nécessite l'ouverture de crédits supplémentaires tant de l'État que des collectivités locales. Par ailleurs, il faut aussi pouvoir organiser, si cela s'avère nécessaire, l'éloignement du jeune de son milieu. Selon Jean-Pierre Rosenczweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, le délit juvénile est l'affaire de tout le monde:
« Si 21 % des délits sont imputables aux mineurs, c'est qu'il en reste 79 % à la charge des adultes. »

La rupture avec le milieu d'origine peut très bien devenir la base d'une reconstruction, si les conditions nécessaires sont réunies dans la perspective d'un retour à la vie sociale. Cet objectif ne pourra être atteint que grâce à : - un séjour encadré par du personnel compétent et en nombre suffisant;

-

- un lien pennanent
-

un retour adapté

aux apprentissages

scolaires;

avec le monde extérieur; un soutien aux parents qui sont censés accompagner la réinsertion de l'enfant.

Les autres mesures d'application immédiate, auxquelles on peut songer, ne sont pas tout à fait nouvelles. Chacun sait que l'un des points à améliorer de toute urgence est le délai de réponse de la justice aux infractions. Les maisons de la justice et du droit sont encore trop peu nombreuses. Le progmmme actuel d'ouverture n'est pas assez ambitieux. De même, en ce qui concerne la création des CER(4) et des CPI(5) dans une moindre mesure. On peut penser aussi à la spécialisation de certains centres de détention ou de sections à l'intérieur du même centre en vue de l'accueil des délinquants mineurs ou des primo-délinquants majeurs.
(4)

(5) Centres de Placement

Centres Éducatifs Renforcés.
Immédiat.

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Justice et Sécurité: veiller au respect des règles
Il en est de même de la réforme du statut du détenu, statut aujourd 'hui inexistant, afin de prévoir les divers outils pour faire face à la vie à l'issue de sa peine, notamment par le développement d'une véritable préparation à la réinsertion dès la prison. Il est à noter l'importance de la mise en œuvre progressive de la police de proximité, du renforcement des moyens de la police et de lajustice, des mesures éducatives pour les enfants et les parents, etc. Ces orientations sont bien détaillées dans les propositions Précocité, intensité, continuité : mieux prévenir, mieux punir que le député socialiste de l'Essonne, Julien Dray, à l'époque Secrétaire national du Parti Socialiste chargé de la Sécurité, avait présentées lors des Rencontres Nationales sur la Sécurité qui se sont tenues à Évry le 27 octobre 2001. 1.3 Mesures à long terme Ces ghettos sont trop souvent des zones de non-droit. Ils constituent un frein redoutable à l'intégration des résidents, seule voie susceptible de ramener à un semblant de paix sociale. Il faut, cela est évident, les supprimer totalement et en répartir les habitants dans le tissu urbain. L'expérience montre qu'il ne suffit pas de repeindre les cages d'escalier, de blinder les issues menant aux caves et de faire fonctionner les ascenseurs pour que la paix et la légalité soient rétablies dans les cités défavorisées. Un grand chantier concernant l'habitat de ces cités doit être lancé, par un programme ambitieux de construction d'un logement convenable ou - pourquoi pas ? - par des espaces de loisir. Le confort ne doit pas être le privilège des seuls nantis. Les actions qui ont déjà été menées, dans le sens du bien-être et du mieux vivre, doivent être considérablement amplifiées et systématisées. Un premier pas a déjà été accompli par les engagements du gouvernement de Lionel Jospin (cf. Conseil Interministériel de la Ville d'octobre 200 1). Ds préconisaient de détruire 30000 logements par an contre 3 500 en 1998 et 10000 en 2001. Une évaluation nationale doit être menée et ses résultats largement exploités. Une telle ambition ne peut être satisfaisante que sur une très longue durée: quinze ou vingt ans. C'est pourquoi il ne faudrait pas négliger, pendant le temps que dure ce programme de destruction, le fait qu'un effort significatif d'amélioration des habitats existants doit être fourni, cela d'autant plus qu'une programmation de la démolition de ces grands ensembles et de relogement ne peut être impulsée que sur plusieurs années. Cet effort doit être chaque fois mené en association avec les habitants, en mettant en place des groupes de type Conseil syndical chargés de faire des propositions et de relayer les actions similaires auprès d'autres personnes qui sont confrontées aux mêmes problèmes. Ce programme de destruction ou de réhabilitation, pour plus d'efficacité,doit bénéficier d'une dotation financière exceptionnelle. Certes, il faudra consentir un effort budgétaire - celui fourni dans le passé ayant souvent été faible. D faut donc augmenter plus encore ces crédits idoines, surtout si on prend en compte l'impact des mesures sur la baisse de l'insécurité. Le rôle de l'ANAH(6) doit également être renforcé. Un bilan annuel de ce programme, sur tous ces aspects (destruction, rénovation, relogement), doit être rendu public et son évaluation concomitante menée. Le choix de ce programme aurait, en outre, le grand mérite de montrer à l'opinion que, face aux formules péremptoires et creuses de la droite, la gauche entend, elle, s'attaquer sérieusement aux causes premières et se donner les moyens de parvenir, à terme, sinon à une éradication com(6)

L'Agence Nationale pour l'Amélioration de l'Habitat.

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Un nouvel élan socialiste
plète de la violence - ce qui serait utopique - mais du moins à contenir le phénomène en agissant sur ses origines.. fi est nécessaire de considérer cette action comme un véritable devoir national de réhabilitation par la reconstruction.. Bâtisseur, c'est le métier qu'il faut pour participer de manière pérenne à la construction d'une nation et léguer un patrimoine à la prospérité. L'autre avantage de l'orientation que l'on peut recommander consiste à mettre en relief le fait que, quelle que soit la volonté affichée, la lutte contre la violence et l'incivilité est une affaire de temps.. En effet, c'est là un facteur sur lequel il convient d'insister pour disqualifier la politique que préconise la droite et qui tend à faire croire que le phénomène pourrait être maîtrisé seulement à coup de mesures répressives: allusion au principe de la tolérance zéro. Il est fondamental de rappeler que les mesures répressives, quelles qu'elles soient, sont limitées dans le temps. Elles ne visent qu'à soustraire momentanément de la société les délinquants ou criminels condamnés. Le plus redoutable, ce n'est pas forcément l'incarcération mais ce qui se passe après avoir purgé sa peine. Un travail nécessaire sur la réinsertion doit être encouragé, voire renforcé. En résumé, l'objectif consiste à éviter qu'un individu soit en telle rupture avec la collectivité qu'il en arrive à banaliser la délinquance, ou à la considérer comme sa seule issue pour s'en sortir. On ne peut cependant se contenter d'un programme qui repousse, en quelque sorte, la solution du problème à une quinzaine ou une vingtaine d'années et au-delà, même si la voie choisie est la bonne. Voilà pourquoi des mesures à court terme sont proposées supra, ne serait-ce que pour répondre à l'attente légitime de l'opinion. 1.4 Quelques orientations complémentaires

Il va de soi que des orientations complémentaires sont nécessaires dans l'espoir de résoudre les problèmes liés à la prostitution et à la délinquance. Tous les éléments susceptibles de contribuer à une meilleure prévention pour éviter d'éventuelles sanctions ne peuvent qu'être examinés.. 1.5 Intervention de l'Éducation nationale dans la prévention

L'institution que représente l'Éducation nationale, nul ne le conteste, est de plus en plus appelée à jouer un rôle important en matière de lutte contre la violence et la criminalité. Il lui appartient, en effet, non seulement de transmettre le savoir mais aussi de former les jeunes au respect de la loi. À cet égard, il est indispensable de s'interroger sur le système de la carte scolaire et ses avantages, ainsi que sur les inconvénients du brassage qu'il est censé instituer. fi n'est pas certain, effectivement, qu'il puisse contribuer à l'intégration des enfants d'immigrés et ceux des familles françaises défavorisées, car dans un autre contexte il a été, semble-t-il, à l'origine d'une relative détérioration du niveau général des élèves..

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