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Une introduction aux relations internationales africaines

De
209 pages
L'Afrique est un acteur subissant les relations internationales. Continuellement malade de ses impuissances : les amortisseurs de son économie sont cassés, les infrastructures socio-économiques sont délabrées, les conflits armés accompagnés de graves crises humanitaires se multiplient, les maladies endémiques refont surface, la sous-production agricole et industrielle la place au bas de l'échelle mondiale. Cette réflexion sur les relations internationales africaines s'avère nécessaire pour avancer.
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Une introduction
aux Relations Internationales africaines

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hannattanl @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-05386-1 EAN : 9782296053861

Nguway Kpalaingu KADONY

Une introduction
aux Relations Internationales africaines

Collection Comptes Rendus

L'Harmattan

A mon épouse Cathy M. KADONY
A ma progéniture A tous les africains épris de paix et de justice.

L'auteur
é à ISIRO, le 12 décembre 1953, dans le territoire de Rungu, district du Haut-Uélé, Province Orientale. Nguway Kpalaingu KADONY est le fils du pasteur Jacques NGUWAY et de Priscille NGBIZI. Il effectue ses études primaires à l'école protestante de Gamba à Isiro. Il obtient son brevet de Cycle d'orientation à l'école technique secondaire d'Isiro. C'est en 1974 qu'il décroche son diplôme d'Etat en section commerciale et administrative au Groupe scolaire des Frères Chrétiens à Mbandaka, chef-lieu de la Province de l'Equateur. A la fin de ses études secondaires, il entreprend des études supérieures à la Faculté des Sciences Sociales Administratives et Politiques, précisément au Département des Relations Internationales de l'Université de Lubumbashi. Il obtient sa Licence de Relations Internationales. Il débute sa carrière universitaire dans la même université en qualité d'assistant d'enseignement en octobre 1981. Avant la soutenance de sa thèse de doctorat, il assume plusieurs responsabilités dans la structure de l'université de Lubumbashi. Il est, tour à tour, secrétaire chargé de la recherche, secrétaire chargé de l'enseignement au Département des Relations Internationales, secrétaire de rédaction de la Revue zaïroise d'études politiques et sociales. Devenu professeur, il est nommé respectivement chef du Département des Relations Internationales, vice-doyen chargé de la recherche. Le révérend professeur Nguway Kpalaingu KADONY est actuellement secrétaire général académique de l'Institut Supérieur des Techniques Médicales de Lubumbashi. En sa qualité de serviteur de Dieu, il dirige le Ministère des Ambassadeurs pour Christ International en RDC, dont le siège international est situé aux Etats-Unis.

N

Avant-propos
'AFRIQUE est au tournant de l'Histoire. Elle est, par séquences historiques, acteur subissant les relations internationales. Parfois elle est présentée comme acteur actif. Elle est très souvent exposée aux aléas de la conjoncture internationale. Au lendemain des indépendances politiques africaines, les scientifiques ont commencé à s'interroger sur l'Afrique. Très tôt, Albert Meister s'est posé la question de savoir si l'Afrique pouvaitelle partir. Cette interrogation trouve une réponse catégorique chez René Dumont qui affirme que l'Afrique est mal partie. La publication de l'ouvrage de René Dumont a suscité de vives réactions de la part de certains chefs d'Etats africains qui estimaient que l'auteur avait une perception pessimiste de l'avenir du continent. Parmi les critiques les plus virulents, on peut citer celle du défunt président 1.S. Senghor. L'observation de la pratique sociale en Afrique, après un demisiècle des indépendances, semble confirmer la thèse centrale de René Dumont: l'Afrique n'est toujours pas partie. Au contraire, le continent est confronté à d'énormes difficultés qui se compliquent avec la mondialisation. L'Afrique est, de façon continuelle, malade de ses impuissances: les amortisseurs de son économie sont cassés, compromettant ainsi dangereusement sa croissance et son développement durable; les infrastructures socio-économiques de base sont en délabrement; les conflits armés accompagnés des graves crises humanitaires se multiplient; les maladies endémiques refont surface; la sousproduction agricole et industrielle place l'Afrique au bas de l'échelle mondiale des nations industrialisées et en émergence. Il découle de ce constat que l'approche segmentaire de recherche sur

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les relations internationales africaines, dont la présente étude est l'introduction, mérite d'être retenue. Une telle segmentation permet d'approfondir les quatre axes de la recherche qui sont notamment l'étude des conflits en Afrique, les organisations internationales africaines, les questions liées au développement économique de l'Afrique et l'Afrique dans l'environnement international à l'ère de la mondialisation. Cet ouvrage a connu la contribution des personnalités de horizons divers envers lesquelles je suis redevable. Je remercie sincèrement mon assistant principal, le chef de Travaux ESAMBU MATENDA. Il est resté à mes côtés durant l'élaboration du manuscrit qu'il a lu à maintes reprises. Sa contribution en matière du commerce international a été appréciable. Mes remerciements s'adressent au professeur LABANA LASAY'ABAR qui, malgré sa charge académique de doyen de la Faculté des Sciences sociales, politiques et administratives de l'Université de Kinshasa, a bien voulu lire le manuscrit et préfacer ce livre. Ses remarques pertinentes m'ont été honorablement d'un grand intérêt. Je témoigne également mes sentiments de gratitude à ma secrétaire, Mademoiselle Thérèse BANZA WA BANZA qui a bien voulu dactylographier le manuscrit. Je ne peux pas laisser passer sous silence la contribution du professeur TSHIMPANGA MATALA. C'est après la lecture du manuscrit qu'il m'a mis en contact avec le professeur Eddie Tambwe, fondateur de la collection «Comptes Rendus» des éditions L'Harmattan. Je lui exprime toute ma reconnaissance. Mon épouse Cathy M. KADONY mérite les honneurs. Elle a consenti des sacrifices financiers inestimables à chaque étape, allant de la recherche jusqu'à la publication, en passant par la rédaction et les multiples corrections. Lubumbashi, le Il Février 2008 Nguway Kpalaingu KADONY 8

Préface de
Jean Berchmans LABANA LASAY'ABAR
ES OBSERVATEURS et

l'Afrique conviennent tous qu'il existe un système diplomatique africain qui se caractérise par le développement des relations bilatérales et multilatérales entre les différents acteurs africains. L'ouvrage du professeur Nguway Kpalaingu KADONY représente en effet, une contribution remarquable à une connaissance de l'histoire diplomatique africaine, des institutions (Organisations internationales africaines) qui interfèrent considérablement dans les relations africaines. A cet égard, l'initiative du professeur Nguway Kpalaingu KADONY est une entreprise porteuse d'espoir, elle vient combler, avec bonheur un vide jusqu'ici ressenti avec frustration par tous ceux que la vocation, la profession inciterait à aller au-delà des informations superficielles et partielles que les journaux d'actualités et les rares revues spécialisées distillaient par bribes et, parfois de façon tendancieuse. Désormais, enseignants, chercheurs, étudiants et journalistes Africanistes disposeront d'un référentiel documentaire de premier ordre, facteur d'économie du temps consacré à la documentation et instrument précieux d'une approche scientifique intérieure des relations internationales africaines. Mais c'est surtout au plan scientifique que l'ouvrage du professeur Nguway Kpalaingu KADONY constitue une contribution d'une intensité et d'une profondeur à tous égards remarquables. Armé d'une vaste connaissance des

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les personnes qui s'intéressent à

réalités sociales africaines et des conditions politiques et économiques du fonctionnement des organisations internationales africains, l'auteur procède par l'analyse des fondements et des cadres de déroulement des relations internationales africaines. Avec un sens aigu de responsabilité, d'intellectuel africain et de spécialiste des relations internationales, il fait une étude critique du bilan de plus de quarante ans des relations internationales africaines. Ce livre lumineux, écrit par le professeur KADONY, inaugurant un nouveau débat et faisant autorité dans le monde académique, sera sans doute, un outil précieux et une référence sûre entre les mains des chercheurs en droit, en sciences politiques, en sciences des relations internationales. Je suis persuadé que les acteurs politiques actifs trouveront également un trésor appréciable dans cet ouvrage. e' est avec joie que je félicite vivement le professeur KADONY d'avoir réalisé cette introduction aux relations internationales africaines. Mon souhait est de voir cet ouvrage porter «beaucoup de fruits, et des fruits qui demeurent» On 15,16).
Jean Berchmans LABANA LASAY'ABAR Professeur des Universités, Doyen de la Faculté des sciences sociales, administratives et politiques de l'Université de Kinshasa.

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Introduction
ES ETATS africains sont membres de la société internationale. Ils entretiennent entre eux des rapports de natures différentes. Ils entrent également en interaction avec les Etats situés en dehors du continent. Ces rapports sont régis par le droit international. Contrairement à l'Europe, l'Afrique est un continent ayant des caractéristiques spécifiques. L'histoire du continent africain est dominée par les maux qui lui sont propres: l'esclavage doublé de la colonisation. Les principaux activistes de l'esclavage en Afrique furent les Européens qui utilisaient les Arabes comme intermédiaires. Bien que la colonisation soit considérée comme une atténuation de l'esclavage, son caractère nocif a continué à influencer négativement les relations internationales africaines. L'ombre de domination des anciennes puissances colonisatrices continue à s'étendre sur ces relations. On est donc souvent tenté de se poser la question de savoir si effectivement les relations internationales africaines existent. Ces réalités spécifiques font que, scientifiquement, une bonne manière de comprendre l'essence des interactions entre les acteurs africains revient à observer le phénomène de « relationnement» externe des sociétés de ce continent en trois axes essentiels: il convient de noter que les relations internationales africaines ont existé avant la colonisation; il convient en outre de relever que pendant la colonisation les peuples coloniaux ne vivaient pas en vase clos; grâce à l'intégration primaire, ces peuples entretenaient entre eux des relations en dépit de la puissance du colonisateur; il convient de souligner qu'après les indépendances, les relations

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internationales africaines sont devenues l'attribut des acteurs africains. Depuis cette époque, elles ont évolué vers une complexité plurielle et amalgamée. Il est vrai qu'avant la domination coloniale, l'Afrique était aussi avancée sur le plan d'organisation sociopolitique. On pouvait déjà signaler dès le xvnr siècle l'existence des grands ensembles politiques tels que l'empire Lunda, l'empire du Ghana, le royaume Kongo, etc. Ces empires et royaumes constituent une preuve tangible que ces unités politiques entretenaient des relations entre elles. Ces rapports, dominés par d'intenses activités politiques et commerciales, pouvaient être pacifiques ou conflictuels. Certains chercheurs tels que R. Numelin e), G. Balandier e), 1. Beltran C), J.L. Amselle (4), N.K. Kadonye) ont étudié la question sous cette perspective. Ces grands ensembles politiques étaient pratiquement des Etats dans le sens moderne du terme. En dehors de ces unités politiques, certaines entités n'étaient pas considérées comme des Etats. Ce qui affecte souvent la compréhension du phénomène «Etat» en Afrique est l'analyse subjective et réductionnelle menée pendant longtemps par les ethnologues et anthropologues de l'école coloniale. Avec la vision de l'assiette du pouvoir en Europe, les entités politiques
Numelin, R., The beginnings of Diplomacy. A Sociological of Intertribal and International Relations, New York, Philosophical Library, 1950. 2 Balandier, G., Anthropologie politique, Paris, Presses Universitaires de France, 1967. 3 Beltran, L., Anthropologie diplomatique, inédit.
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Amselle, J.L., «Ethnies et espace: pour une Anthropologie
tautologique », in Au cœur de l'ethnie. Ethnies, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, éd. de la Découverte, 1985. Kadony, N.K., «Le rôle de la femme dans la pratique diplomatique au Zaïre précolonial », in Cahiers zaïrois d'études politiques et sociales, n09, Octobre 1988. 12

considérées comme des simples unités linguistiques et culturelles n'étaient que de minuscules assiettes du pouvoir. Elles étaient dénommées «tribus ». Il s'agissait des entités acéphales où l'exercice de pouvoir était difficilement perceptible. Toutefois, ces unités politiques étaient en interaction entre elles. Ces interactions étaient de nature pacifique ou conflictuelle. Cependant, un facteur externe nouveau vient déstructurer les mécanismes de relationnements externes de ces entités politiques. C'est la colonisation. Pendant la période coloniale, les relations internationales africaines deviennent une nouvelle réalité. Elles sont dites indirectes. Les acteurs principaux de ces interactions dans le contexte de globalisation relationnelle sont les forces de domination. Les puissances coloniales entretiennent entre elles des relations pour le développement des colonies sans s'éloigner du leitmotiv déterminant qu'est le mercantilisme. Elles agissent, pour leur compte, à la place des peuples colonisés. Ces puissances décident du sort des Africains dans le concert des nations sans les consulter. A titre indicatif, les Européens ont décidé de se partager les possessions coloniales en Afrique à la Conférence de Berlin sans consulter au préalable les propriétaires des terres; les Français ont créé les regroupements régionaux coloniaux en Afrique de l'Ouest (AOF) et en Afrique centrale (AEF) sans consulter les habitants de ces régions; les Belges ont placé les Congolais, les Rwandais et les Burundais dans une communauté d'intérêt sans se soucier de consulter les peuples concernés. Bien que les Africains soient représentés dans les assises internationales consacrées à la question de l'indépendance du 13

continent - conférences panafricaines et conférence de Bandoeng notamment - ils y étaient, du moins les représentants des pays colonisés, des acteurs n'exerçant quasiment pas de pouvoir effectif sur la population. Dès l'accession des pays africains à la souveraineté nationale et internationale, commence un tournant décisif dans les relations internationales africaines. Les Africains, à l'instar de la période précoloniale, redeviennent les principaux acteurs de leurs interactions. Ils établissent des relations diplomatiques avec les autres Etats indépendants de notre planète; ils adhèrent volontairement dans les organisations internationales; ils participent dans le mouvement des pays non-alignés; ils signent des traités d'amitié avec les puissances extra-africaines dans différents domaines de la coopération; ils créent les organisations internationales de coopération politique et d'intégration économique. A cause de la dynamique dans laquelle ils sont engagés depuis les indépendances politiques, les pays africains semblent flottés comme des pendules dans les mouvements incontrôlés des événements internationaux, faisant ainsi fi de leur propre identité. Le premier bilan élaboré par les scientifiques après les premières années des indépendances est négatif. Albert Meister s'interroge si l'Afrique peut partir (6). Sa question suscite des réactions différentes. Après observation des comportements des acteurs politiques et des opérateurs économiques, René Dumont est catégorique dans sa réponse. Il ne berce pas les nouveaux dirigeants africains. De son point de vue, l'Afrique noire est

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Meister. A.. L'Afrique noire peut-elle partir? Paris. éd. du Seuil. 1966. 14

mal partie Cet ouvrage avait mis mal à l'aise la plupart de chefs d'Etat africains qui réagirent presque tous dans le sens d'une condamnation du propos de René Dumont. Vingt ans après, en collaboration avec Marie-France Mottin, René Dumont revient en charge. Ces deux auteurs affirment sans complaisance que l'Afrique est « étranglée» (8). Au cours de la première décennie de développement, Jacques Giri ne ménage pas les Africains. Sa sonnette d'alarme connote le drame: l'Afrique est en panne C). Du point de vue de la superstructure systémique, le professeur congolais Mononi Asuka Ngongo et Koli Elombe Motukua constatent avec amertume que l'Organisation de l'Unité Africaine a déçu les espoirs des Africains qui, au lendemain de sa création, s'attendaient à la prospérité du continent. Mais, hélas, au fur et à mesure que les années passent les maux des Africains se multiplient considérablement eO). Aujourd'hui, les points de vue des Africains et de la communauté internationale convergent pour reconnaître que plusieurs maux, forts en intensité, rongent l'Afrique. L'Afrique est ainsi plongée sans commune mesure dans des impasses de développement. Ce continent devient, par conséquent, vulnérable aux aléas des conjonctures internationales. Le néo-colonialisme qui caractérise les
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n.

Dumont, R., L'Afrique noire est mal partie, Paris, éd. du Seuil, 1973. Dumont, R. et Mottin, M.-F., L'Afrique étranglée, Paris, éd. du Seuil, 1982.

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Giri, J.,L'Afriqueenpanne. Vingt-cinqans de développement,Paris, éd.

Karthala, 1986. 10 Mononi, A.N. et Koli, E.M., L'Organisation de l'Unité Africaine vingtcinq ans après. Des espoirs déçus ?, Kinshasa, Presses Universitaires du Zaïre, 1988. 15

rapports économiques et politiques des pays africains avec les anciennes métropoles exerce un effet centripète de polarisation externe. De la sorte) les rapports verticaux NordSud se développent au détriment des rapports horizontaux Sud-Sud. Dès lors) les efforts qui tendent à internaliser les relations internationales africaines sont annihilés par la prédominance d'externalisation de ces relations. Les relations internationales africaines se fondent sur des éléments objectifs infrastructurels et superstructurels. Du point de vue de l'infrastructure, les déterminants de ces relations sont notamment les structures économiques extraverties) réfractaires) lézardées, dualistes) dépendantes) dominées par un endettement excessif. C'est exactement par ce créneau que les organismes financiers internationaux étouffent et étranglent l'Afrique. Au point de vue de la superstructure, les relations internationales africaines se déroulent dans les cadres bilatéraux et multilatéraux intra et extra africains. Dans tous les cas, l'idéologie joue par moment un rôle intégrateur et/ou désintégrateur. Pour preuve) depuis que l'Afrique s'est engagée dans le processus de démocratisation pluraliste au début des années 1990, les relations internationales africaines paraissent sclérosées: l'Organisation de l'Unité Africaine a souffert de paralysie et elle en est morte; certaines organisations sous-régionales telles que la CEDEAO en Afrique de l'Ouest et la CEMAC en Afrique centrale ont connu des avancées significatives sur la voie de l'intégration malgré les guerres civiles au Liberia et Sierra Léone; d'autres, par contre) telles que la CEPGL et la CEEAC sont restées pendant longtemps inopérantes. La solidarité africaine a revêtu un autre contenu. 16

Certains Etats s'affrontent entre eux sur une terre africaine. La crise congolaise a offert ce spectacle au monde, quand le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie se sont groupés pour affronter le Rwanda et l'Ouganda sur le territoire congolais. Tous ces intervenants se sont livrés, sans pitié, au pillage des ressources naturelles de la République Démocratique du Congo! L'Afrique est un sous-système du système international. A

ce titre, elle est en interaction avec les autres sous-systèmeset
leurs acteurs. Ces acteurs exercent une influence considérable sur les relations internationales africaines. Il s'agit des groupes de pression internationaux, des puissances étrangères, des entreprises multinationales et des grandes églises. Pour mieux appréhender les relations internationales africaines, complexes par nature, l'utilisation de l'approche d'analyse éclectique est indispensable. Son étude nous impose et postule le recours à plusieurs disciplines scientifiques des sciences humaines. Ce propos sur les relations internationales africaines poursuit un double objectif: scientifique et pédagogique. Du point de vue scientifique, nous nous proposons d'abord de tracer les cadres dans lesquels se déroulent les interactions entre les Acteurs Unitaristes du Pouvoir (AUP) en Afrique. Une fois ces cadres tracés, nous situerons ensuite ces interactions dans le schéma classique de la théorie générale des relations internationales. Enfin, nous nous efforcerons de circonscrire le rôle joué par les acteurs extra-africains dans le déroulement de ces interactions afin de suggérer, si cela est possible, de nouvelles propositions pour un meilleur déroulement de ces interactions. Sur le plan pédagogique, ce livre se propose d'apprendre aux chercheurs, et aux étudiants, l'effectivité du déroulement 17

des interactions du point de vue des théories fondamentales et de leur montrer en même temps comment, en pratique, les acteurs entrent en interaction et quels en sont les canaux et les mécanismes. Il est évident que dans sa vie professionnelle, les hommes de culture ainsi que les professionnels de la politique sont appelés à subir les effets de ces interactions. C est pourquoi, ils ont l'obligation de les comprendre. Ce livre est divisé en quatre chapitres. Le premier analyse les théories, et présente l'aperçu historique des relations internationales africaines. Le deuxième explique les fondements de ces relations. Le troisième chapitre définit les cadres dans lesquels se déroulent les relations internationales africaines. Le quatrième étudie l'influence que les forces transnationales exercent sur ces relations.

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1. Théories et Aperçu historique des relations internationales africaines
'étude des relations internationales africaines n'est pas aisée à cerner. Elle nécessite que l'effort de la saisie du phénomène soit placé dans le schéma classique de la théorie générale des relations internationales. Une fois cette étape franchie, il sera indispensable de voir comment se déroulaient et se déroulent aujourd'hui les interactions entre les acteurs en présence. Une telle démarche exige que le problème soit abordé en trois axes: période précoloniale, période coloniale et période postcoloniale.

L

1.1. Les RIA et le schéma classique de la théorie générale desRIll Avant de placer les relations internationales africaines dans le schéma classique de la théorie générale des relations internationales, il est intéressant d'en dégager la philosophie de l'Etat-acteur. 1.1.1. La philosophie de l'Etat-acteur dans les RIA En droit constitutionnel, l'Etat est défini en rapport avec ses trois éléments matériels constitutifs: le territoire, la population, le pouvoir ou mieux: le gouvernement légitime. Ces trois éléments ne rendent pas compte de l'essence de l'Etat de manière intrinsèque et extrinsèque. Cette définition est, à notre avis, minirnaliste. Elle est à la base de la prolifération des définitions du concept Etat, de sorte que les

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RIA : Relations Internationales africaines. RI : Relations Internationales.

auteurs ne se mettent pas d'accord sur une acception unique de ce terme. Le souci de comprendre cette réalité nous conduit à la placer au seuil de la pensée et au niveau d'abstraction. Dans ce cas, l'Etat est considéré comme une idée qui se place audessus des hommes qui respectent l'abstrait. La pensée humaine se sert de cette puissance abstraite en vue de la rendre concrète sous la forme d'institutions (constitution, lois). Ces institutions ne peuvent être utiles dans la société que si les individus chargés d'y veiller revêtent les prérogatives de cette puissance abstraite et agissent en son nom. Ce faisant, il est plus aisé de comprendre comment et pourquoi les Etats africains sont tributaires de background de ceux qui revêtent les prérogatives de la puissance abstraite instituée par les membres de la collectivité nationale au moyen du contrat social. L'incapacité de ces hommes revêtus des prérogatives de la puissance publique de dissocier leur rôle, émanant de la volonté de la collectivité, de leur mode de vie individuel est la cause fondamentale du désastre africain. Les officiels se confondent à l'Etat. Ils ont tendance à devenir eux-mêmes l'Etat. En conséquence, l'Etat-acteur des RIA est un Etatindividu de la société primitive. La disparition de l'individu entraîne inévitablement la faillite de l'Etat. L'observation de la pratique sociale en Afrique révèle que l'individu au pouvoir incarne l'Etat. Toute la vie de l'Etat et sa survie dépendent de son humeur, de son bon vouloir. Quelques exemples illustrent cette approche d'explication philosophique de l'Etat en Afrique. L'Etat Libyen est un EtatKadhafi: toute la vie en Libye dépend des attributs humains de Kadhafi-Etat. L'Etat Togolais est un Etat-Eyadema. La 20

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