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Une reddition en Algérie 1845

De
146 pages
Une nuit, en 1845, un officier de l'armée française et l'Emir Abd-El-Kader décident de rompre le pacte implicite qui régit les traditions guerrières : l'honneur commande l'affrontement. Or aucun coup de feu ne fut tiré, aucun mouvement offensif ne fut même amorcé, d'un côté comme de l'autre. Il est impensable que l'un ou l'autre ait, par lâcheté, renoncé à la violence ou reculé devant la mort. Comment interpréter alors cette brisure qui interrompt le mouvement de leur existence ? Quelle est l'énigme de cette reddition ?
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Une reddition

en Algérie 1845

@ L'Harmattan,

2009

5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07944-1 EAN : 9782296079441

Jean Lévêque

Une reddition en Algérie 1845
La nuit du partage

L'Harmattan

Histoire et Perspectives Méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.

Déjà parus

Chihab Mohammed HIMEUR, Le paradoxe de l'islamisation et de la sécularisation dans le Maroc contemporain, 2008. Najib MOUHTADI, Pouvoir et communication au Maroc. Monarchie, médias et acteurs politiques (1956-1999), 2008. Ahmed KHANEBOUBI, Les institutions gouvernementales sous les Mérinides (1258-1465), 2008. Yamina BENMAYOUF, Renouvellement social, renouvellement langagier dans l'Algérie d'aujourd'hui, 2008. Marcel BAUDIN Hommes voilés etfemmes libres: les Touareg, 2008. Belaïd ABANE, L'Algérie en guerre. Abane Ramdane et les fusils de la rébellion, 2008. Rabah NABLI, Les entrepreneurs tunisiens, 2008. Jilali CHABIH, Lesfinances de l'Etat au Maroc, 2007. Mustapha HOGGA, Souveraineté, concept et cO'!/lit en Occident, 2007. Mimoun HILLALI, La politique du tourisme au Maroc, 2007. Martin EVANS, Mémoires de la guerre d'Algérie, 2007. Tarik ZAIR, La gestion décentralisée du développement économique au Maroc,2007. Lahcen ACHY et Khalid SEKKAT, L'économie marocaine en questions: 1956-2006,2007. Jacqueline SUDAKA-BENAZERAF, D'un temps révolu: voix juives d'Algérie,2007. Valérie ESCLANGON-MORIN, Les rapatriés d'Afrique du Nord de 1956 à nos jours, 2007. Mourad MERDACI, Enfants abandonnés d'Algérie. Une clinique des origines, 2007. Ahmed MOATASSIME, Itinérances humaines et corifluences culturelles en Méditerranée, 2006. François CLÉMENT, Culture Arabe et Culture Européenne, 2006. Vincent STAUB, La Libye et les migrations subsahariennes, 2006. Ahmed MOATASSIME, Langages du Maghrebface aux enjeux culturels euro-méditerranéens, 2006.

Du même auteur aux éditions Osiris

Le fragment 1 - L'ontologie heideggérienne Le fragment 2 Heidegger -

- Essai

sur la proximité dans I 'œuvre de

Récit, désir, mathématique
Le jeu et le temps

Le terme des provenances La Trilogie: Parménide, Héraclite, Gorgias Le retrait et la nuit dans la tradition philosophique

La fêlure

Lorsque le ciel se fendra Que les étoiles seront dispersées Que les mers confondront leurs eaux Que les Tombeaux seront sens dessus dessous L'âme verra ses actions anciennes et récentes.

Sourate 82, « Le ciel qui sefend»

Table des chapitres

Avant-propos
Chapitre 1er

Il 15 29

La dépossession 1 Chapitre II L'exposition 1 (Damas) Chapitre III L'exposition 2 (Vannes)

...

.4 .4 67 95 113 117 123 139

Chapitre IV Le for intérieur 1 (Abd El-Kader) Chapitre V La dépossession 2 (L'insistance) Chapitre VI Le for intérieur 2 (Le Lieutenant Marin) Chapitre VII L'effacement Épilogue Annexe I Du verbe inconnu au sujet introuvable Annexe II La langue arabe et l'absence d'état

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Avant-propos

'est à un colloque sur Holderlin que je rencontrai un descendant du Lieutenant Marin, dont j'ignorais jusqu'alors l'existence et l'acte inqualifiable qui l'avait brisée.

C

Notre rapprochement prit forme quand un détour des propos académiques nous conduisit en Algérie. Nous découvrîmes que nous avions tous deux des attaches avec ce pays, fort différentes au demeurant. Et, du présent de cette salle surannée où se tenaient les débats, jaillit un improbable passé, celui d'un «héros perdu », au sens même que donne Holderlin à cette expressIOn. l'appris donc l'existence du Lieutenant Marin qui, en 1845, rejoignit l'Emir Abd El-Kader en d'étranges circonstances. Une nuit, entre Aïn-Temouchent et Tlemcen, une compagnie de soldats français fut cernée par plusieurs centaines de cavaliers de l'Emir. Les archives militaires ne nous livrent que l'infamie d'une absence de combat et la nécessaire condamnation à mort, par le tribunal militaire, du Lieutenant qui commandait le détachement: «Reddition sans coup férir », dit l'acte d'accusation. L'officier français n'était certes pas un pleutre: son dossier militaire relate méticuleusement des actes de bravoure, d'héroïsme même. Quant à l'Emir, nous savons qu'il avait manifesté un total mépris du danger en maints

engagements. Aucun des deux hommes ne craignait de donner ou de recevoir la mort. Or, leur attitude, en cette nuit, brise tous les codes de l'honneur militaire et plus encore tous les rituels qui accompagnent la mort sous les armes. C'est pourquoi un tel épisode de la « conquête de l'Algérie» brise toutes les conventions littéraires et historiques: aucune épopée ne peut être célébrée. La notion même de « guerre coloniale» opposant, selon un schéma trop simple, une culture dominante à une culture dominée, s'effondre radicalement. Abd El-Kader n'a rien d'un « partisan» illettré, battant la campagne au gré d'incertains coups de mains. Certes, c'est un guerrier, mais comme pouvait l'être René Char, commandant en 1944 les maquis de Haute Provence (nous conservons de l'Emir de précieux textes philosophiques). Quant au Lieutenant Marin, il n'avait rien d'un soudard inconscient et lui aussi manifestait de rares qualités d'écriture. Nous devons donc, pour approcher ce qui s'est passé en cette nuit, accepter cet étrange partage qui affecte la vie des deux hommes. Il est impensable que l'un ou l'autre ait, par lâcheté, renoncé à la violence ou reculé devant la mort - donnée ou reçue. Comment interpréter alors cette brisure qui interrompt le mouvement de leur existence? Quel autre danger leur apparaît plus noble et plus désirable que les épreuves trop familières du combat? « Au moment de la plus haute conscience, l'âme s'esquive de la conscience », pressent Holderlin. Est-ce une telle esquive qui conduit les deux hommes en un autre lieu, vers un autre danger? Ni le Lieutenant Marin, ni l'Emir Abd El-Kader ne se remettront de ce départ. Mais je tiens à souligner que nous

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sommes ici très loin des débats sur la « colonisation ». Il s'agit d'un temps où le vainqueur s'honorait de reconnaître l'honneur du vaincu.

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