Vers un profil convergent des fascismes ?

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Le "nouveau consensus" dégage depuis une vingtaine d'années les grands traits d'un "fascisme générique" commun à tous les radicalismes nationalistes autour de leur quadruple dimension de syncrétisme idéologique et social droite-gauche et interclasse, d'exacerbation de la religiosité politique, de révolution globale et de promesse de régénération nationale... Ces analyses ont trouvé un large écho parmi les jeunes historiens roumains, pionniers dans un espace centre-européen riche en mouvements de droite radicaux.
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
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EAN13 : 9782296266988
Nombre de pages : 275
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Vers un profil convergent des fascismes ? « Nouveau consensus » et religion politique en Europe centrale
Cahiers de la Nouvelle Europe 2005 Série publiée par le Centre Interuniversitaire d’Etudes Hongroises Directeur de la publication Patrick Renaud Secrétariat de Rédaction Peter Balogh, Judit Maár, Martine Mathieu, Traian Sandu, Adresse 1, rue Censier 75005 Paris Tél : 01 45 87 41 83 Fax : 01 43 37 10 01 © L’Harmattan, 2010 57, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296130982 EAN : 9782296130982
Sous la direction de Traian SANDU Vers un profil convergent des fascismes ? « Nouveau consensus » et religion politique en Europe centrale Cahiers de la Nouvelle Europe Collection du Centre Interuniversitaire d’Études Hongroises N°11
L’Harmattan
Judit MAÁR, Traian SANDU,
Traian SANDU,
Judit MAÁR,
János SZÁVAI,
Élisabeth du RÉAU, Christine MANIGAND, Traian SANDU Catherine HOREL, Traian SANDU, Fritz TAUBERT Jean BESSIÈRE, Judit MAÁR Jean BESSIÈRE, Judit MAÁR Eva HAVU
Catherine MAYAUX, János SZÁVAI
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Stanley G. PAYNE Université du Wisconsin Préface Investigation of the “varieties of fascism” has advanced a great deal since it first became a field of study in the 1960s. The first generation of research had been devoted to case studies of aspects of the movements and regimes in Germany and Italy, giving only the briefest attention to other countries. When the pioneering work of Ernst Nolte, Eugen Weber, George L. Mosse and others opened the broader field of fascist studies for a second generation of scholars, much interesting new work appeared, but there was little consensus regarding many of the key issues of conceptualization and interpretation. Only a limited consensus finally emerged in the third generation of fascist studies toward the latter part of the century. Among a few scholars, at least, there still remained some doubt even about the appropriateness of the concept of generic fascism itself. A broader understanding of fascism as a generic phenomenon was – and is – inherently more difficult than in the case of, for example, communism, because of the absence of a single clearcut theory and sacred writings universally accepted by diverse movements, and because of the crucial role of nationalism, which led to an emphasis on national singularities. Certainly broader or generic fascism was not a “thing” in itself, and Mussolini’s effort to create a kind of fascist international failed completely. When the Hitler regime sought to evoke a broader identity in the middle of the war, this was not done in the name of Fascism or National Socialism, but of a poorly defined European civilization and antiBolshevism. Generic fascism must always therefore be understood simply as a heuristic model or an ideal type, for purposes of research, analysis and definition. Different communist parties differed among themselves, at least by the 1950s, but in an earlier phase the various fascisttype movements differed among themselves even more, even though a kind of German hegemony of an extremely loose sort began to develop by the late 1930s. At no time were the various fascist movements reduced to a single, simple common denominator. By the twentyfirst century the breadth of studies on fascism has expanded greatly, and there is now much more attention to movements in other countries. The bibliography dealing with fascisttype parties in Western and Northern Europe has grown greatly, but outside of the German – and Italian – speaking worlds fascist politics was more significant in EastCentral Europe than in the aforementioned regions. Research on these countries has always been restricted by the languages involved, for few Western specialists possess fluency in these areas. Yet that has been only the first and most obvious limitation. EastCentral Europe is not a clearly defined region, and its boundaries are drawn by various scholars in different ways, though its core area is clear enough. Neither is it a single unified region in historic, political, economic or cultural terms,
since it included lands of quite different religion and, to some extent, of cultural orientation, living in the early twentieth century at different levels of modernization and industrial development. A Lutheran and largely Scandinavian country like Finland, with a stable parliamentary system, is obviously a different kind of political and cultural entity from Bulgaria or Romania. Given this diversity, it is important to treat fascism in this region in terms of concrete case studies, the approach taken by this symposium. These are rich and diverse studies in their content, but the most common denominators have to do with culture and religion. Fascist studies have come a long way since the days in which it was commonly believed that fascism had no culture or ideology. Moreover, the relationship of fascist movements to religion has been a problem that in most cases was relatively neglected, whether in terms of traditional religion or modern secular religion, and some of the studies that follow help to fill parts of this gap. Though never reduced to a single common denominator, fascism was an important epochal phenomenon, represented by a transnational set of movements that played roles of varying importance in many different European countries. This volume constitutes an important step forward in explaining the extent and diversity of the phenomenon within the full European context.
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Traian SANDU Paris 3Sorbonne Nouvelle Introduction : Lenew consensussur le fascisme estil adapté à l’Europe centreorientale ? Les voies du populisme révolutionnaire dans les sociétés traditionnelles « Je suis contre la démocratie. Tout comme je suis contre la dictature. A l’aube du matin, prend naissance un autre système, nouveau, jamais rencontré auparavant. 1 C’est pour lui que je suis. »(Corneliu Codreanu, conférence de presse du 29 novembre 1937) « D’un point de vue historique on peut dire, sur la base d’une vaste expérience, que tout régime doit s’appuyer sur le peuple. L’histoire a montré que là où manque ce fondement et le régime s’appuie seulement sur la force, dans le meilleur des 2 cas il ne survit pas à la personnalité exceptionnelle qui l’a établi. »(Avis d’Hitler à Ion Antonescu à la veille de la répression de la Garde de fer) La perméabilité du débat historiographique français au phénomène fasciste semble refléter l’état de l’acceptation d’un « fascisme français », ce qui est encore loin 3 d’être le cas. Or, alors que les historiographies des pays où les fascismes se sont transformés en régimes durables ont approfondi leurs cas nationaux, avec notamment la spécificité nazie du génocide juif, les pays anglophones ont développé une vue englobante donnant lieu à une approche comparative, voire à une synthèse « générique » du fascisme et à des efforts consécutifs pour le définir. Cette aptitude procède probablement de leur relative distance par rapport aux fascismes majeurs, de la certitude d’appartenir clairement au camp des vainqueurs – alors que l’historiographie française doit composer avec le « passé qui ne passe pas » des définitions des droites (et pas seulement !) ayant participé aux diverses phases du régime de Vichy, mais là 4 encore, à la suite des travaux de l’Américain Robert Paxton – et du caractère plus extraverti de la recherche britannique et américaine par rapport à la recherche française. Cet effort se situe toutefois en dehors des conceptions d’ensemble du fascisme issues du
1 e  Corneliu Zelea Codreanu,Circulării manifeste 19271938éd.,(Circulaires et manifestes 19271938), 5 Munich, coll. Europa, 1981, 294pp., conférence de presse du 29 novembre 1937, pp.220223, ici p.222. 2 Propos tenus par Hitler à Antonescu lors de l’entrevue d’Obersalzburg du 14 janvier 1941,AntonescuHitler,CorespondenŃăi întîlniri inedite (19401944)correspondance et rencontres inédites (AntonescuHitler, (19401944), édités par Ion Ardeleanu, Vasile Arimia ettefan Lache, Bucarest, Ed. Cozia, 1991, vol. I, 216pp., p.67. 3  Voir le débat entre le Canadien Robert Soucy – « La Rocque et le fascisme français »,Vingtième Siècle, n°95, juilletseptembre 2007, pp.219236 –, Michel Winock – « En lisant Robert Soucy. La Rocque et les Croix de feu »,ibidPour en finir avec un dialogue de sourds »,., pp.237242 – et Serge Berstein – « ibid., pp.243246. 4  Robert Paxton,La France de Vichy, 19401944, Paris, Ed. du Seuil, 1973. C’est également lui qui est l’auteur en France d’un des rares articles comparatistes sur le fascisme : « Les fascismes, essai d’histoire comparée »,Vingtième Siècle, n°45, 1995, pp.313.
5 marxisme, comme défense extrémiste de la bourgeoisie agressée , ou du libéralisme, comme parenthèse monstrueuse dans la voie ouverte par la révolution française vers la démocratisation et le progrès. Cette tendance à la généralisation rompt avec le refus des historiens des années quatrevingts à reconnaître une existence propre à l’idéologie fasciste, au profit d’une simple description de cas nationaux et même d’une prolifération intranationale sans effort comparatiste, donc sans généralisation des traits caractéristiques d’une définition du fascisme : « For several decades fascist studies in the parallel universe of Anglophone human sciences directly mirrored the chaotic situation prevalent in France, generating profound scepticism among historians about the utility of attempting to define generic fascism. In 1979 the culdesac in the search for a consensual definition situation led the American historian Gilbert Allardyce to adopt a fundamentalist nominalism on the issue. In an article in the prestigiousAmerican History Reviewhe argued that the term ‘fascism’ (or as he put it somewhat tautologically ‘fascismo’)should be banished from the political lexicon as a term that has ‘no meaning beyond Italy’ (despite the fact that the leaders of movements such as Le Faisceau, the British Union of Fascism, the Faisceaux Nationaux Européens, and Maurice Bardèche, the author ofQu’estce que le 6 fascisme?», obviously thought it did). Cette tentative de rafraîchir scientifiquement un comparativisme définitionnel 7 qui remonte, sous une forme empirique, à l’entredeuxguerres , a fini par attirer partiellement certains historiens des fascismes majeurs, qui se sont ouverts à un prolongement européen, voire mondial, de leurs analyses nationales spécifiques, acceptant même, dans certains cas, que les traits généraux dégagés pour définir le fascisme servent endehors de la période « de référence » 19191945. Les cas les plus 8 connus en France sont ceux de George Mosse , à l’origine spécialiste de l’Allemagne, et d’Emilio Gentile, spécialiste du fascisme nominal italien, dont les travaux ont été
5 Voir l’article liminaire de Roger Griffin dans ce recueil.  Gilbert Allardyce, “What fascism is not: thoughts on the deflation of a concept”,American Historical Review, 84.2 (1979): p. 367. Note de l’auteur. 6 Roger Griffin, “‘Consensus? What consensus?’ The Prospects for greater Entente between Francophone and Anglophone Fascist Studies”, à paraître en traduction française dansVingtième Siècle. Signalons que par cet article, Roger Griffin jette pour la première fois un pont solide entre recherches « fascistologiques » anglophone et francophone. 7  Voir par exemple, pour ce qui est de l’aire géographique qui nous concerne, l’ouvrage des frères Jean et Jérôme Tharaud,L’Envoyé de l’Archange: le légionarisme comme religion, Paris, Plon, 1939, 243pp. politique proche du nazisme et destiné à survivre comme idéologie à la défaite politique affleure tout au long de l’ouvrage, mais particulièrement dans le discours fictif que les Tharaud attribuent à Codreanu pour sa défense lors du procès final de mai 1938 : « J’ai soulevé autour de la Garde un enthousiasme national et mystique comme on n’en avait jamais vu. Pourquoi ? Parce que j’ai dit tout haut ce que chacun sentait obscurément, que nos partis étaient pourris, nos politiciens vendus aux Juifs, et qu’une poignée d’étrangers sans foi ni loi exploitaient indignement un des pays les plus sains, les plus nobles du monde… J’ai réveillé l’idéal, j’ai voulu former un homme nouveau, j’ai inspiré à beaucoup ce désir : par là, mon œuvre me survivra. » Parmi les nonspécialistes éclairés, voir par exemple la dépêche n°413 du 4 décembre 1933 du ministre de France à Bucarest, d'Ormesson : « Le programme de la ‘Garde de fer’ se rapproche singulièrement, sembletil, de celui d'Hitler. …[Les] principaux points … sont inspirés … par les principes d'autorité, de régénération religieuse et morale, de purification de la race, de nationalisme, d'une part, par un souci d'unification nationale et de centralisation du pouvoir, d'autre part, enfin par des idées d'une démagogie extrême. » (Archives du Ministère des Affaires étrangères, série Z Europe, Roumanie, vol. 171, folios 8789) 8 George Mosse,La Révolution fasciste, Paris, Seuil, 2003, 269pp.
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