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Vers une Europe vaticane?

De
227 pages
L'Union européenne s'élargit. Depuis le Traité de Rome, ce processus a fait passer successivement les communautés de six à vingt-cinq Etats membres. Dès demain, ce seront vingt-sept membres qui formeront cet objet politique encore en quête de son identité. Derrière cette persévérance, on peut voir la volonté affirmée de certains acteurs de voir l'Europe totalement unifiée. Parmi ces acteurs, le Saint-Siège occupe une place à part. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on trouve de nombreuses preuves de l'implication des réseaux vaticans dans l'unification progressive du continent.
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Vers une Europe vaticane?
L'influence du Saint-Siège sur l'élargissement de l'Union européenne

Questions Contemporaines Collection dirigée par JP. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions David MATHEWS, Politique par les citoyens, 2005. Bernard LA V ARINI, La grande muraille du Ille Millénaire, 2005 Patrick BRAIBANT, Lettres aux «anticapitalistes» (et aux autres) sur la démocratie, 2005. Marion PEYRE (Sous la dir.), Le livre noir de l'animation socioculturelle, 2005. Catherine LEGUA Y, Respecter la vie, disposer de sa mort! Pour une loi Vincent Humbert, 2005. Iviu BOURDIEC, L'aliénation corse, 2005. Gérard PLUMIER, Chômage senior, abécédaire de l'indifférence, 2005. Max FERRERO, Nicole CLERC, L'école et les nouvelles technologies en question, 2005. Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, En marche vers un idéal social. Homme, Individu, Citoyen,2005. Richard GAUDET, Etre patron aujourd'hui en France, 2005. Christian SIMEON, Faire face à la pauvreté et à l'uniformisation mondialiste, 2005. Gérard NAMER, D'un socialisme de redistribution à un socialisme de création, 2005. Pierre GRaU, Impératif technologique ou déclin économique, 2005. Philippe POITOU, Souffrances, le coût du travail humain, 2005. Dominique PELBOIS, Pour un communisme libéral. Projet de démocratie économique, 2005.

Laurent

SALIN

Vers une Europe vaticane?
L'influence du Saint-Siège sur l'élargissement de l'Union européenne

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
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Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa RDC

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1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

-

www.librairieharrnattan.com harmattan 1@wanadoo .fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9475-0 EAN : 9782747594752

« Je serais ici conduit par la logique du raisonnement comme par l'association des idées, à envisager, au sein du corps international, l'opportunité d'une autre présence. C'est à la Cour de Rome que je pense, au Saint-Siège apostolique. Sa participation au même titre que celle des Etats serait par elle-même le signe le plus éclatant que, dans l'univers de demain, d'autres puissances compteront que les puissances temporelles. Sa coopération active permettrait de hausser sur un plan supérieur et de régler par des « concordats» généraux toutes ces catégories de litiges avec les Etats qui, à l'intérieur du cadre national, altèrent la vie politique et conduisent à d'insupportables conflits. Le rôle conviendrait assurément à une Eglise qui est pacifique par essence, puisqu'elle incarne une religion de paix, et qui l'est aussi par fonction, si je puis dire, puisque sa constitution est d'ordre international. L'influence pontificale s'est toujours exercée et s'exerce encore en faveur d'une paix organique fondée sur la justice, sur l'égalité des peuples et des hommes, sur la sainteté des contrats... La paix est nécessaire à l'Eglise, et il n'est pas moins certain que le concours de l'Eglise serait infiniment profitable à l'œuvre d'organisation pacifique. » Léon BLUM A l'échelle humaine, Gallimard, 1945.

Table des matières

Introduction. ....

..

......

.........

..........

.......13

Première partie: La vision européenne de Jean-Paul II...19 Chapitre 1. L'Europe comme unité culturelle. .21 Section communs. Section 2. La primauté de l'homme. Section 3. L'Europe des Nations. Chapitre 2. L'Europe monde. Section 1. Le rôle historique de l'Europe Section 2. Une solidarité nécessaire. Section 3. Engagement pour la paix et la démocratie. 1. Pas d'unité sans fondements culturels .21 27 33 doit rayonner sur le 39 39 43 49

Chapitre 3. L'unification de l'Europe sert les
intérêts de l' Eglise. ... . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . .53

Section 1. La nouvelle évangélisation Section 2. La reconquête de l'Ouest. Section 3. Enjeux liés au discours contre

55 59 la .65 71

mondialisation libérale. . Conclusion de la première partie 9

Deuxième partie:

75

Les moyens mis en œuvre par le Saint-Siège pour œuvrer à l'unité de l'Europe 75

Chapitre 1. Un réseau influent acquis à la cause.

........

........

..

.............

.

77
77 85 93 99

Section 1. Une diplomatie secrète mais active Section 2. Une grande influence sur la société civile. Section 3. Un grand pouvoir de mobilisation. Chapitre 2. Un travail de longue haleine. Section 1. L'apport

des papes aux débuts de la 99

construction européenne

Section 2. Un message cohérent et inlassablement répété.

......

.

.

...

...

. ....107
..113

Section 3. L'outil œcuménique

Chapitre 3. Un précédent exemplaire: la chute du communisme. 119

Section 1. Une action inscrite dans la continuité: de Pie XII à Jean-Paul 1er. Section 2. L'apport précieux du Pape venu de l'Est .119 127

Section 3. Les suites de la chute du Mur de Berlin et le synode de 1991. Conclusion de la deuxième partie 133 137

10

Troisième partie: Les limites de l'influence vaticane ...139 Chapitre sécularisées. Section 1. Un message peu audible à l'Ouest Section 2. Des sources documentaires à sens unique 1. L'Eglise face aux sociétés .143 143 149

Section 3. Un manque d'adhésion au message de l'Eglise. 155 Chapitre 2 - Une influence remise en cause. .163 Section 1. Une théocratie qui prône la démocratie. Section 2. Les limites de l' œcuménisme. 163 171

Section 3. Le centre de gravité de l'Eglise se déplace. .177 Chapitre 3. La question l'Europe. Section 1. Le conflit avec le Patriarcat de Moscou Section 2. La question de la Turquie Conclusion de la troisième partie
Conclusion.

des frontières de .183 183 189 195

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 197

Table des an.nexes
Bibliographie.

.205

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221

Il

Introduction
La signification du drapeau de l'Union européenne fait débat: pourquoi douze étoiles alors que nous sommes vingt-cinq Etats membres? Le 26 mai 1986, le drapeau bleu aux douze étoiles, adopté en 1955 par le Conseil de l'Europe, devient officiellement le drapeau de la Communauté européenne. À l'époque, cette communauté ne compte que douze membres, et les douze étoiles y sont identifiées à tort. A tort car dès les années 1950, le Conseil de l'Europe comptait déjà plus de douze membres; à tort car suite aux élargissements de 1995 et 2004, ce nombre est resté bloqué à douze, comme il le restera après l'élargissement actuellement en cours de négociation. Alors, que représentent ces douze étoiles en rond symbolisant l'Union? Et pourquoi douze? Ce chiffre est hautement symbolique dans l'héritage judéo-chrétien de l'Europe. En effet, le peuple élu, Israël, se divisait en douze tribus, le Christ a choisi douze apôtres. Il s'agit donc d'un chiffre symbolique, marquant l'unité et la plénitude. De plus, ce chiffre est chargé de symbolique mariale. En effet, l'iconographie mariale représente la Vierge lors de l'Assomption avec douze étoiles disposées en auréole autour de la tête. A titre d'exemple, j'ai reproduit ici la face arrière de la médaille miraculeuse de la rue du Bac à Paris (fill du 13

XIXO siècle). Sur la face avant figure l'Immaculée Conception. L'arrière représente les douze étoiles et le signe de Marie (le M entrelacé avec la Croix). Si on ajoute à cela le fait que dans la tradition catholique le bleu est la couleur de Marie, et le mois de mai celui qui lui est traditionnellement dédié - les jourssymboles de l'Union sont au nombre de deux: les 5 et 9 mai - on obtient un faisceau de coïncidences assez troublant. Par ailleurs, le drapeau de l'Union a définitivement été choisi sous la présidence de Jacques Delors, chrétien affirmé, et conscient de la valeur de tels symboles. On peut donc voir dans le drapeau de l'Union européenne un hommage direct à l'héritage judéo-chrétien du continent. L'Eglise catholique a réussi à influencer les décideurs jusque dans le choix du drapeau. Il est donc tout à fait primordial d'étudier le rôle que le Vatican a pu jouer dans cette construction, et plus près de nous, son influence dans les processus actuels d'élargissement. Ces phénomènes sont certes discrets, mais ont des résultats indéniables. D'autre part, la diplomatie vaticane est réputée tant pour son efficacité que pour sa discrétion. Ainsi, il est communément admis que le Pape Jean-Paul II a joué un rôle fondamental dans la chute du bloc soviétique, nous montrerons en quoi au cours de l'étude. Comme toute structure combinant à la fois mystère et efficacité, le Vatican suscite des interrogations. Il est donc intéressant de lever un coin du voile pour appréhender le rôle réel des diplomates vaticans et de l'ensemble de l'Eglise, et voir ce en quoi cette efficacité est idéalisée. Avant toute chose, j'aimerais procéder à une distinction entre les termes Eglise, Saint-Siège et Vatican. 14

Le Vatican est un Etat souverain de 44 hectares situés en plein cœur de Rome, créé par les accords du Latran, signés par Pie XII et Mussolini en 1929. Le Saint-Siège est quant à lui le sujet de droit international qui dispose de la souveraineté sur le Vatican; à sa tête, le pape. Ainsi, quand le pape signe par exemple un concordat, ce n'est pas en tant que chef d'Etat du Vatican, mais bien au nom du Saint-Siège. Enfin, l'Eglise est une structure transnationale regroupant plus d'un milliard de fidèles dans le monde entier. Le Saint-Siège et l'Eglise catholique sont donc deux personnalités juridiques distinctes mais imbriquées l'une dans l'autre car le premier est le gouvernement de la seconde. Ces trois notions sont donc fondamentalement distinctes. Il convient de ne pas faire la confusion. Cette distinction est importante, même si pour des raisons de commodité, et ainsi qu'il est d'usage à peu près partout, je vais employer les trois termes de manière à peu près interchangeable dans cette étude. Il m'a néanmoins paru important de bien pointer ces différences dès le départ afin garder un maximum de rigueur à mon propos. La personnalité même du pape a accru l'intérêt porté par la hiérarchie catholique à l'élargissement. Jean-Paul II est le premier pape slave, convaincu de la force de ses racines polonaises. Ainsi, il appuie les efforts de ses compatriotes comme ceux des peuples des autres pays en vue de leur entrée et de leur intégration dans l'Union. Comme il le rappelle lors d'un de ses pèlerinages dans sa terre natale: « Nous ne devons pas entrer dans l'Europe car nous en faisons déjà partie (...), nous avons toujours été et nous sommes toujours en Europe. Nous n'avons pas besoin d'y entrer puisque nous l'avons construite et que nous la construisons au prix de plus grands efforts que d'autres 15

auxquels on attribue, ou qui s'attribuent tout seuls, ce brevet européen.)}l Une Europe qui ne s'élargirait pas n'est donc même pas imaginable pour le Saint-Siège. De nombreuses interventions pontificales, tout aussi peu équivoques, tendent à prouver que le Vatican a une doctrine arrêtée sur la question européenne. C'est ce que j'aimerais démontrer dans cette étude: le Saint-Siège, et c'est peut-être le seul protagoniste dans ce cas, sait très précisément quelle Europe élargie il veut, et dans quelles conditions. Selon lui, il faudrait revenir au temps où un artiste ou un intellectuel se sentait chez lui « aussi bien en Flandre qu'en Italie, au Portugal qu'en Suède, sur les rives du Rhin aussi bien que sur celles du Danube »2. L'unité européenne doit être une unité culturelle avant d'être une réalité économique. Les conditions d'exercice de son autorité spirituelle lui ont permis la formulation d'une stratégie de très long terme en faveur de l'Europe unie. Cette cohérence donne un véritable impact au message pontifical qui parvient à évoluer légèrement sans jamais se contredire. Cette stratégie a eu par le passé des résultats tangibles, comme par exemple la chute du Mur de Berlin. Comme ce travail de fond se fait en majeure partie dans l'ombre, on peut se demander quels jalons ont été posés en vue des élargissements à venir. Quinze ans après la chute du rideau de fer, quels résultats pour la diplomatie vaticane? Ce terme de diplomatie vaticane peut lui aussi
1 Homélie du 7 juin 1991, Osservatore Romano, édition en langue française, 23 juillet 1991, p. 8. Voir aussi, dans un style plus direct, Le Monde des 9-10 juin 1991). Deux jours après, à Varsovie, Jean-Paul II reviendra sur cet «argument humiliant selon lequel seulement maintenant nous devons entrer dans l'Europe» (ORLF du 6 août 1991, p.7). 2 Jean-Paul II, voyage en France (8-11 octobre 1988), D.C., n01971, 6 novembre 1988, p. 1002. 16

être trompeur car il est très réducteur. Le Saint-Siège dispose de moyens d'action puissants, bien au-delà de son seul personnel diplomatique. Il est donc intéressant de les détailler afm de voir en quoi ces réseaux sont mobilisés pour l'élargissement, notamment. Pour appréhender ces phénomènes de la manière la plus globale possible, il est nécessaire de commencer par aborder les aspects doctrinaux. L'Eglise est avant tout une autorité spirituelle, donc tout découle de ses prises de position idéologiques. Il faut donc analyser les fondements de la vision européenne du Saint-Siège. Cela permettra de mettre en évidence la nécessité pour l'Eglise d'œuvrer en faveur de l'unité de l'Europe, et donc dans un premier temps agir en faveur de l'élargissement de l'Union. De plus, ces aspects doctrinaux cachent certainement des intérêts inavoués, que nous tenterons de décrypter. Quand la théorie sera clairement définie, nous nous intéresserons aux moyens mis en œuvre pour parvenir à ces fms. Nous verrons ce en quoi ces moyens sont considérables, et ont abouti à des résultats concrets que nous détaillerons. Cependant, on ne peut pas dire qu'au jour d'aujourd'hui, les objectifs pontificaux soient atteints. Nous verrons pourquoi, et quelles sont les limites de l'influence pontificale sur l'élargissement de l'Union. «Le Saint-Siège a conscience, aujourd'hui plus que jamais, de son antique vocation d'être non seulement maître de vérité transcendant l'horizon du temps et de 1'histoire, mais aussi compagnon de route des nations, et participant des responsabilités de leurs gouvernements: un peu comme porte-drapeau et porte-parole privilégié de ces valeurs spirituelles et morales communes sans lesquelles il s'avère impossible de bâtir une société authentique

17

digne. »3 Se posant ainsi, l'Eglise se donne pour mission de guider le monde vers une plus grande justice et une paix durable, deux des raisons pour lesquelles elle s'implique pour l'Europe.

3 Mgr CASAROLI, Conférence «Le Saint-Siège et la communauté internationale », 10 décembre 1974, cité par VALLIN, Pierre, Le Saint-Siège dans les relations internationales, in Etudes n° 3853, septembre 1996, p. 226. 18

Première partie: La vision européenne de Jean-Paul1l4
« De l'Europe, Jean-Paul II n'a cessé de parler, sans jamais se contredire ni varier ». 5 Ce jugement peut sembler péremptoire, mais il est intéressant car il permet de dégager une doctrine papale tout à fait claire sur l'unification de l'Europe et sur ce que cela implique du point de vue du Vatican. A première vue, il n'est pas évident que l'Eglise ait un intérêt dans l'unification de l'Europe, et plus précisément dans le débat actuel sur l'élargissement. En effet, les grandes nations chrétiennes appartiennent déjà à l'Union européenne (la France, «fille aînée de l'Eglise », l'Espagne, et bien sûr l'Italie), et on pourrait penser que l'élargissement à l'Est s'adresse uniquement, Pologne mise à part, à des pays orthodoxes. Cet a priori est faux. En effet, sur les douze pays candidats ou nouvellement intégrés - on traitera le cas bien spécifique de la Turquie à

part - les seuls pays majoritairement orthodoxes sont
Chypre, la Bulfarie et la Roumanie, soit seulement trois pays sur douze, et pas forcément les plus avancés dans le
4

Ce travail a été réalisé en majeure partie durant la fm du

pontificat de Jean-Paul II, et au tout début de celui de Benoît XVI. L'auteur manque donc de recul pour juger de l'action du Souverain Pontife nouvellement élu. Cependant, étant donné la forte proximité intellectuelle des deux papes, il est permis de penser que la doctrine pontificale sur l'Europe n'est pas vouée à évoluer de manière significative. 5 DECORNOY, Jacques, L'Europe sanctifiée de Jean-Paul II: quelle Europe veut le Pape? , in Manière de voir n048, novembre 1999, pp. 10-12. 6 La Lettonie et l'Estonie sont pour leur part de tradition protestante. Il reste donc sept pays candidats sur douze, les plus 19

processus d'adhésion, donc pas directement ceux qui patientent actuellement à la porte de l'Union. Les pays les plus directement concernés par le processus actuel d'intégration sont donc bien des pays de tradition catholique, dont l'Eglise de Rome doit prendre soin. On connaît l'attachement très fort de Jean Paul II à sa Pologne natale. Il est également important de voir que cette volonté d'étendre les frontières d'un bloc européen unifié s'applique à l'ensemble des nations de l'ancien Bloc de l'Est. Pourquoi et à quelles conditions, c'est ce que nous allons étudier dans cette première partie. On a postulé que le Vatican est la seule partie du débat actuel à savoir exactement ce qu'elle veut pour l'avenir d'une Europe élargie. Nous allons maintenant essayer de définir cela avec précision.

importants démographiquement majoritairement catholiques.

et 20

économiquement,

qui

sont

Chapitre 1. culturelle.7

L'Europe

comme

unité

« L'Europe a besoin du Christ et de l'Evangile, car c'est là que se trouvent les racines de tous ses peuples. »8 Cette phrase de Jean-Paul II résume la place centrale que doit prendre à ses yeux la chrétienté dans la construction européenne. Cela renverse le postulat de base sur lequel on aurait pu partir, à savoir que l'Eglise a plus besoin de l'Europe que l'Europe n'a besoin d'elle.

Section 1. Pas d'unité culturels communs.

sans

fondements

A la base de la culture européenne, comme à la base de chacune de ses nations, il y a un point de départ chrétien. Ainsi les grandes dates de fondation de nombreuses nations européennes se confondent avec celles de leur baptême: la Pologne en 966, la Hongrie en 972, la Lituanie en 1387, et plus anciennement la France en 496

Dans cette partie, pour des raisons de simplification rhétorique, je vais m'exprimer comme si je reprenais à mon compte la doctrine papale. Cela m'évitera de multiples circonlocutions qui ne feraient qu'alourdir le texte. Cela n'implique cependant pas l'abandon de toute distance critique. Pour pouvoir analyser une thèse, il faut d'abord l'avoir exposée le plus clairement possible. S Jean-Paul II, discours du 6 novembre 1981 au colloque sur« Les Racines chrétiennes des nations européennes », la Documentation Catholique (D.C.), n01819, 1981, p. 1056. 21

7

avec le baptême de Clovis, premier roi barbare à devenir chrétien9. C'est dans cette même optique que le pape a élevé les deux saints Cyrille et Méthode, évangélisateurs de toute l'Europe orientale, au rang de co-patrons de l'Europe, au même niveau que Saint Benoît qui lui a rayonné sur toute l'Europe occidentale. On voit donc dans ce simple fait l'ambition de rééquilibrer le christianisme européen, déjà exprimée dans un discours prononcé le 25 janvier 1988 : «L'Europe existe parce qu'elle est chrétienne dans ses racines. Les deux formes de la grande tradition de l'Eglise, occidentale et orientale, les deux formes de culture s'intègrent mutuellement comme les deux poumons d'un même organisme ».10 Cette rhétorique des deux poumons, a été employée par le pape avec une grande constance tout au long de son pontificat, et montre bien que dans son esprit, la division de l'Europe est une aberration de 1'Histoire. Ainsi, les deux lignes de fracture Nord-Sud et EstOuest qui séparent le continent sont avant tout des fractures religieuses. Il y eut d'abord le Grand Schisme d'Orient qui, en 1054, sépara les Eglises latine et byzantine, donnant naissance aux Eglises catholique romaine d'une part, et orthodoxe d'autre part. La fracture Nord-Sud est quant à elle une résultante de la Réforme lancée par le moine allemand Martin Luther qui a fait basculer de nombreuses nations d'Europe du Nord loin de l'autorité du Saint-Siège. Cela a eu par exemple pour le Nord protestant les conséquences décrites par Max Weber dans sa fameuse étude sur l'essence du
D'ONORIO, Joël-Benoît, Le projet européen de Jean-Paul II, in Le Vatican et la politique européenne, Editions Marne, Paris, 1994, p.9. 10 Cité par MINNERATH, Roland, Les papes et l'Europe, in Géopolitique n058, Eté 1997, p.96. 22 9