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politique européenne
Vers une européanisation
des partis politiques ?
Dossier spécial sous la direction de
Céline Belot et Bruno Cautrès
n°16, printemps 2005
Revue publiée avec le concours du
Centre national du livre et de la Fondation nationale des sciences politiques
Politique européenne
Centre européen de Sciences Po
Nouvelle adresse
117 Bd Saint-Germain
F-75006 PARIS
Tel : (+33 1) 45 49 83 37
Fax: (+33 1) 45 49 83 60
politique-europeennesciences-po.fr
http://www.portedeuropc.org/pole/index.htm
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L'Harmattan
I Iargita u. 3 Via Bava, 37
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
II-1026 BUDAPEST I-10214 TORINO
75005 PARIS -France DIRECTRICE DE LA REVUE
Sabine Saurugger, IEP de Grenoble
COMITE DE REDACTION
Céline Belot, CIDSP (PACTE), IEP de Grenoble
Didier Chabanet, INRETS, Paris
Dorota Dakowska, IEP de Paris - CERI, Université de Paris X
Frédéric Depétris, IEP de Paris - CEVIPOF
Patrick Hassenteufel, Université de Rennes I-CRAPE (responsable
rubrique " Recherches en cours ")
IEP de Paris - CERI Bastien Irondelle,
Sabine Saurugger, IEP de Grenoble
Andy Smith, CERVL - IEP de Bordeaux
Yves Surel, IEP de Grenoble (responsable rubrique " Lectures
critiques ")
CONSEIL SCIENTIFIQUE
Pierre Allan, Université de Genève
Richard Balme, IEP Paris
Stefano Bartolini, Institut universitaire européen, Florence
University of Manchester Simon Bulmer,
Renaud Dehousse, IEP Paris
Guillaume Devin,
Reinhard Heinisch, University of Pittsburgh
Markus Jachtenfuchs, Internationale Universitàt Bremen
Leca, IEP Paris Jean
Patrick Le Galès, CEVIPOF, CNRS
Christian Lequesne, CERI, IEP Paris
Paul Magnette, Université Libre de Bruxelles
Anand Menon, University of Birmingham
Yves Mény, Institut universitaire européen, Florence
Pierre Muller, CEVIPOF, IEP Paris
Claudio N. Radaelli, University of Essex
Ezra Suleiman, Princeton University
www.librairieharmattan.com
harmattan 1 @wanadoo . fr
© L'Harmattan, 2005
ISBN : 2-7475-8859-9
EAN : 9782747588591 SOMMAIRE
VERS UNE EUROPEANISATION DES PARTIS POLITIQUES ?
Céline Belot et Bruno Cautrès
Introduction : Redéfinitions et recompositions des partis
et systèmes partisans autour de l'enjeu européen :
Premiers sillons sur un terrain en friche 5
Sylvia Kritzinger et Irina Michalowitz
Party Position Changes through EU Membership ?
The (non-)Europeanisation of Austrian, Finish,
and Swedish Political Parties 21
Robert Andersen et Jocelyn Evans
Identifying Europe ?
The Role and Dynamics of a European Cleavage 55
Pascal Delwit, Erol Kulahci, Benoit Hellings,
Jean-Benoit Pilet et Emilie Van Haute
L'Européanisation de la représentation communautaire :
Le cas des partis francophones belges 83
Nicolas Sauger
Sur la mutation contemporaine des structures
de la compétition partisane en France :
Les partis de droite face à l'intégration européenne 103
Marcel T om as e k
Metamorphosis of the Civic Democratic Party's
Attitudes to European Integration;
On the New Cleavage in the Czech Party System 127
Laurent Olivier
Le parti socialiste et l'européanisation de l'espace
de confrontation politique : Le clivage national
à l'épreuve du clivage sur l'intégration européenne 157
Julia Speht
Party Networks at the EU Level
and the Emerging Added Value for Members' 185
4
SOMMAIRE
LECTURES CRITIQUES
Michel Mangenot
Jean Joana, Andy Smith, Les commissaires européens. Technocrates,
diplomates ou politiques ?, Paris,
Presses de Sciences Po, 2002, 260 pages 215
Jacques Gerstlé
Dominique Marquetti (dir), En quête d'Europe.
Médias européens et médiatisation de l'Europe,
Presses de l'Université de Rennes, 2004 222
Nicolas Sauger
Agnès Alexandre Collier, Xavier Jardin
[Préface de Pascal Perrineau], Anatomie des
droites européennes, Paris, Armand Colin, 2004. 225
AUTEURS 229
Céline BELOT & Bruno CAUTRES 1
REDEFINITIONS ET RECOMPOSITIONS DES PARTIS ET
SYSTEMES PARTISANS
AUTOUR DE L'ENJEU EUROPEEN :
PREMIERS SILLONS SUR UN TERRAIN EN FRICHE
Les partis politiques et les systèmes de partis européens sont-ils
affectés de manière forte et significative par les enjeux de l'intégration
européenne au point de pouvoir parler d'une recomposition de ces
systèmes autour de ce thème ? Peut-on également parler
« d'européanisation » des partis et des systèmes de partis européens ?
Ce numéro propose des éléments de réponse à ces deux questions.
L'ambition est ici de faire connaître, en réunissant un ensemble de
travaux empiriques et souvent comparatifs, les hypothèses, outils
intellectuels et données que la sociologie politique européenne a
développé depuis peu pour avancer des réponses à ces questions.
Ce numéro part d'un constat. Le terme « d'européanisation » a ces
dernières années donné lieu à une très abondante littérature qui
recouvre des champs de recherche variés dont certains ont été bien
plus sillonnés que d'autres. Ses applications au processus de mise en
oeuvre de politiques publiques au niveau communautaire et surtout au
rapprochement, à travers la définition de normes européennes, des
politiques publiques nationales, sont en particulier bien connues (voir
notamment, Cowles et alii, 2001 ; Featherstone & Radaelli, 2002).
Dans le champ de la sociologie politique, le terme
« d'européanisation » a été moins sollicité et les applications de ce
cadre d'analyse moins développées que pour l'analyse des politiques
publiques et de l'impact du processus d'intégration européenne sur
les contours de l'Etat national. L'analyse des transformations des
partis politiques et des systèmes de partis sous l'influence de ce
processus a donc connu des développements plus tardifs. Plus
précisément, jusqu'au début des années 2000, la question de
l'européanisation des partis politiques et des systèmes de partis n'a été
posée qu'au niveau européen. Il s'agissait alors de comprendre si, et
Nous tenons à remercier Patricia Gandon pour son aide précieuse dans le travail de
mise en forme de ce numéro.
Politique européenne, n°16, printemps 2005, p.5-19 6
dans quelles conditions, des partis politiques, et plus encore un
système de partis, étaient en voie d'émergence au niveau
communautaire (Bardi, 1996). Plus rares, sont les travaux qui se sont
intéressés alors à la manière dont l'enjeu européen faisait son entrée
sur la scène partisane nationale. Lorsqu'ils existent, ces travaux sont
consacrés le plus souvent à la manière dont un parti politique national
particulier, plus rarement deux partis ou plus, a été confronté à
l'irruption de l'enjeu européen dans son agenda politique et à quels
types de phénomènes ce changement à donné lieu : de la lecture des
enjeux européens à travers les cadres de lectures structurant du parti à
la mise en évidence, à travers les enjeux européens, de fissures au sein
de la ligne directrice du parti pouvant éventuellement conduire à une
scission (cf. notamment : Haahr, 1992 ; Ladrech, 1993 ; Garry, 1995
Aylott, 1997).
Cette première génération de travaux a sans aucun doute
contribué à poser la question de l'impact de l'intégration européenne
sur les partis, voire sur l'apparition d'un système de partis européen.
Mais ces travaux ont été la plupart du temps limités, dans le temps ou
l'espace, ne portant que sur un parti politique et de fait n'affichant pas
encore d'ambition sociologique forte. Ils décrivent davantage les
effets de l'intégration européenne sur la vie des partis qu'ils ne
proposent de cadre d'analyse général. De fait à l'exception de
quelques articles, c'est seulement à partir du début des années 2000
qu'un tel agenda de recherche se met en place au niveau national. Des
articles fondateurs sont alors publiés et constituent encore
aujourd'hui les bases fondamentales de la discussion scientifique sur
l'impact de l'intégration européenne sur les partis politiques au plan
national, leurs programmes et plateformes électorales et leurs
positions idéologiques. Ces articles fondateurs partagent tous deux
préoccupations majeures : les choix exprimés par les partis politiques
quant aux enjeux de l'intégration européenne et leurs positions sur les
enjeux socio-économiques se contredisent-ils ? Quelles évolutions ces
éventuelles contradictions manifestent quant aux positions relatives
occupées par les partis politiques dans l'espace idéologique national ?
S'ajoute bien entendu, la question des articulations possibles entre
partis politiques nationaux et partis européens et de l'apparition d'un
système de partis à niveaux multiples.
Dans les réflexions autour de la difficile émergence d'un espace
public européen, l'absence d'évolution de l'offre politique et le 7
conservatisme des systèmes partisans au niveau national apparaissent
souvent cités comme preuve à charge de l'incapacité des structures
politiques nationales à s'adapter à un environnement politique
changeant. Pour autant, les partis et les systèmes de partis
d'aujourd'hui ne sont pas exactement ceux d'hier et les effets de
l'intégration européenne dans les redéfinitions en cours loin d'être
négligeables. Plus précisément, l'influence de l'intégration européenne
peut s'observer à un triple niveau :
- à travers son existence même, l'Union européenne apparaît
comme la source d'un nouveau clivage au sein de l'espace
partisan, clivage qui oppose les partis les plus favorables à
l'intégration européenne aux partis les plus eurosceptiques, voire
même europhobes ;
- l'intégration européenne contribue ensuite à l'émergence de
nouveaux enjeux structurants de l'espace idéologique des Etats
membres dont les partis se trouvent, qu'ils le souhaitent ou pas,
obligés de se saisir ;
- l'Union européenne offre enfin un cadre institutionnel aux
relations et rapprochements entre partis de divers Etats membres
et invite ainsi à la recomposition des systèmes partisans autour de
lignes de fracture renouvelées.
Ce numéro thématique propose d'offrir un état des lieux des
redéfinitions et recompositions en cours, en prenant notamment
comme grille de lecture les agendas de recherche proposés par
Stephano Bartolini et Peter Mair (Bartolini, 2001 ; Mair, 2000). Ces
auteurs, parmi d'autres mais de manière très étayée et
intellectuellement étoffée, ont posé tout un ensemble de questions
relatives au jeu de « cross-cut » entre les clivages nés de l'intégration
européenne et ceux nés de l'édification nationale puis de celle de
l'Etat providence, en particulier la dimension gauche/droite.
Il a longtemps semblé que ces deux dimensions étaient croisées et
produisaient une carte en quatre quarts des systèmes de partis
européens, les partis de gauche et de droite se divisant sur les enjeux
européens : une partie de la gauche apparaissant fédéraliste (tradition
d'internationalisme), une autre étant inquiète des effets produits par
les politiques publiques européennes sur les acquis nationaux de
l'Etat providence ; une partie de la droite se déclarant également
fédéraliste, une autre s'affirmant souverainiste pour des raisons 8
d'attachement idéologique aux valeurs nationales. Si cette lecture
pouvait être opérante dans la phase d'édification du système politique
des Communautés européennes, les avancées de l'intégration
européenne à partir de la fin des années quatre-vingt ne la confirme
qu'en partie. En France, par exemple, le PS a homogénéisé ses
positions sur l'Europe au cours des deux mandats de François
Mitterrand, tandis que les fortes divergences entre droite gaulliste et
droite non gaulliste ont tendu également à s'atténuer. Mais de
nouvelles contradictions sont apparues dans de nombreux pays
européens, exprimées en particulier à travers l'émergence de partis
politiques « eurosceptiques », souvent issus de la famille politique des
partis de droite, mais également parfois de gauche. Les avancées de
l'intégration européenne auxquelles on a assisté depuis cette époque,
sont en fait contradictoires dans leurs effets sur la stabilité ou la
recomposition des systèmes de partis. Pour expliquer ces effets
enchevêtrés, plusieurs hypothèses ont été proposées.
Celles-ci interrogent la possibilité de continuer à lire les systèmes
de partis européens à l'aune des hypothèses de Lipset et Rokkan. Une
première vague de travaux avaient déjà très largement interrogé ce
cadre d'analyse dès la fin des années soixante-dix, lorsqu'il était
apparu que de nouvelles valeurs politiques se développaient (new
politics), que l'on assistait à un effritement des allégeances partisanes
et sociologiques (thème du « déclin du vote de classe » par exemple)
et que de nouveaux enjeux, plus sectoriels, s'inscrivaient sur l'agenda
politique des gouvernants. On se demanda alors si les clivages
politiques, au sens rokkanien du terme, étaient en train de connaître
une forme de « dégel » permettant l'expression politique, voire
partisane, de ces nouvelles valeurs et nouveaux enjeux politiques.
D'importantes controverses ont nourri, dans la foulée de ces
interrogations, la sociologie politique européenne. L'un des points
clefs a porté sur la capacité d'absorption par les systèmes de partis,
organisés selon une spatialisation gauche/droite, de ces nouvelles
valeurs ou enjeux. De nombreux travaux ont en fait confirmé que la
dimension gauche-droite structurait toujours les vies politiques
européennes (Barnes et Kaase, 1979 ; Hix, 1999 ; Mc Donald,
Listhaug et Rabinowitz, 1991) mais que l'importance de nouvelles
dimensions idéologiques telles que « libéralisme/autoritarisme » ou
« universalisme/anti-universalisme » s'était également confirmée ou
accrue (Kitschelt, 1994 ; Franklin, 1992). Les acquis en ce domaine 9
sont assez clairs : on ne peut plus lire les systèmes de partis et les
comportements politiques des électeurs avec la seule dimension
gauche/droite; celle-ci a été travaillée, mise en question ou
recomposée sous l'effet de nouvelles fractures ou clivages politiques;
elle reste néanmoins une dimension structurante et fait preuve d'une
bonne capacité d'absorption des nouvelles valeurs et enjeux
politiques.
Sans aller plus loin sur cette question, on peut faire deux
remarques. Tout d'abord, plusieurs lectures sont possibles de ces
phénomènes : des explications en terme de « path dependence »
peuvent rendre compte des raisons pour lesquelles le passé (clivage
gauche/droite) s'exprime dans le présent (nouveaux clivages nés par
exemple de l'intégration européenne), pour reprendre l'expression de
Marks et Wilson (2000) ; d'autres modèles explicatifs peuvent être
mobilisés, notamment ceux du choix rationnel car on peut faire
l'hypothèse que lorsque un équilibre politique stable existe, organisé
par l'alignement des acteurs sur une dimension (effets du théorème
de l'électeur médian), il est très coûteux de le remettre en cause. Des
équilibres politiques dans un espace multidimensionnel sont en effet
plus difficiles à stabiliser qu'un équilibre politique global dans un
espace à une dimension. Une deuxième remarque doit être faite : la
capacité d'absorption du clivage gauche/droite se traduit néanmoins
par tout un ensemble de phénomènes que l'on pourrait qualifier de
« pathologies » : problèmes d'ajustement de l'offre et de la demande
politiques, distance entre les élites politiques et les citoyens,
développements possibles de forces politiques qui vont se situer aux
marges, voire en dehors, du jeu.
Les hypothèses qui sont apparues pour rendre compte des effets
de l'intégration européenne sur les partis et systèmes de partis se
situent pleinement dans le prolongement et le cadre de toutes ces
interrogations. Elles ont suggéré que les partis occupant des positions
stables au sein des systèmes de partis et qui ont su capter des
segments de leurs électorats sont incités à incorporer les enjeux
européens dans leurs positionnements gauche/droite. Les travaux
conduits dans ce cadre divergent néanmoins sur la capacité des partis
politiques à réussir cette incorporation. Trois grands types de
réponses ont été apportés par la littérature. 10
Des auteurs comme Tsebelis et Garett (2000) ou Scharpf (2000),
indiquent que le clivage entre partis pro et anti-européens constitue
une dimension colinéaire avec leurs positions le long de l'axe
gauche/droite. Ils établissent que l'espace politique européen reflète
largement les espaces politiques nationaux car la compétition
électorale dominante se situe bien au niveau de la politique
domestique. Selon ces auteurs, les positions des partis sur les enjeux
de la régulation économique définissent un espace de conflictualité
idéologique au plan européen dont les pôles opposés font partie
intégrante du clivage gauche/droite. Ce clivage constituerait ainsi
toujours la dimension latente structurant les espaces politiques
nationaux et, de fait, l'espace politique européen.
Les travaux de Simon Hix et Chris Lord (1997), ont pris le contre-
pied de cette approche. Ils montrent que l'homogénéité idéologique
des partis politiques en Europe, sur la dimension gauche/droite, ne
doit pas être surestimée et qu'en tous les cas elle est souvent remise
en cause par le clivage sur l'intégration européenne. Les enjeux de
cette intégration produisent des divisions internes au sein des partis ;
les systèmes de partis ne peuvent en fait incorporer les positions pro
et anti-européennes par alignement sur l'axe gauche/droite et
l'Europe apparaît de plus en plus comme une dimension orthogonale,
séparée et indépendante vis-à-vis des « vieux » clivages politiques.
Enfin, Liesbeth Hoogh et Gary Marks (1998 et 2000) ont adopté
une position intermédiaire Ils s'accordent, avec Chris Lord et Sin-ion
Hix, à reconnaître que les enjeux de l'intégration européenne
constituent une dimension idéologique distincte de la dimension
gauche/droite. En revanche, leurs travaux ne valident pas
empiriquement l'orthogonalité (c'est-à-dire l'indépendance totale) des
deux types de clivages : certains aspects de l'intégration européenne et
des débats qui lui sont liés se sont progressivement incorporés aux
positions idéologiques des partis en termes de gauche ou de droite.
Cette incorporation incomplète se traduit par une situation hybride :
des morceaux de clivages sur l'Europe sont liés, d'autres sont
indépendants, vis-à-vis du clivage gauche/droite. 11
Les différentes facettes de l'impact de l'intégration européenne
Reprenant les propositions de Ladrech (1993) et Radaelli (2000)
sur l'européanisation, les auteurs réunis ici s'interrogent chacun à leur
tour sur les effets de l'intégration européenne vis-à-vis des partis et
systèmes de partis. Le tableau général qui en ressort est composite,
apportant des réponses souvent plus nuancées que tranchées. Ils
offrent à voir différentes facettes du phénomène et s'inscrivent en
cela dans le tableau général de la littérature qui n'apporte pas encore
de réponses définitives, le processus d'intégration européenne n'étant
lui-même pas achevé. Il nous semble important de dire ici en quoi les
différents textes réunis apportent chacun, selon les concepts, les
objets d'analyse et les données mobilisées, une part de réponse.
L'impact de l'intégration européenne est attesté pour certains
partis politiques (en République tchèque comme le montrent les
analyses de Marcel Tomasek à propos des évolutions au cours de la
période de transition démocratique de partis comme le CDP) ou pour
certains pays plus que pour d'autres (comme le montrent Robert
Andersen et Jocelyn Evans pour la France ou encore Irina
Michalowitz et Sylvia Kritzinger pour l'Autriche). La France, à cet
égard, connaît des divisions intra-partisanes ou infra-blocs partisans
qui peuvent révéler une certaine perméabilité du système de partis à
l'enjeu européen. Selon l'analyse qu'en fait Laurent Olivier, le Parti
socialiste connaît une situation complexe ou s'entremêlent
européanisation du clivage gauche/droite et maintien de lignes de
fracture sur l'intégration européenne. Appliquant à ce parti les
catégories d'analyse proposées par Stefano Bartolini, ces analyses se
révèlent particulièrement utiles à un moment où des divisions
internes au PS se manifestent sur la Constitution européenne.
Si l'impact de l'enjeu européen est bien réel dans les vies politiques
nationales, implique t'il pour autant des recompositions et
réalignements? Plus fondamentalement encore, a t'il comme
conséquence une européanisation des vies politiques et des systèmes
de partis ? Plusieurs articles de ce numéro corroborent en fait la thèse
avancée par Peter Mair d'un « impact limité » des enjeux européens
sur les systèmes de partis. La capacité de résistance des clivages
politiques nationaux pour absorber l'enjeu européen lorsqu'il est
traduit en termes de « politique domestique », le peu de variance de
l'offre politique nationale dans bien des pays où les principaux partis 12
de gouvernement présentent des visions homogènes de l'intégration
européenne (comme le montre l'article de Pascal Delwitt, Erol
Kulahci, Benoit Hellings, Jean-Benoit Pilet et Emilie Van Haute à
propos des partis belges francophones), aboutiraient à une situation
de « dépolitisation » des enjeux européens et à des formes seulement
indirectes de lien entre ces enjeux et les systèmes de partis. Sans être
aussi « pessimistes » sur l'impact réel et direct de l'Europe sur les
systèmes de partis, plusieurs auteurs réunis ici concluent de manière
réaliste à la thèse d'un « impact limité ». Nicolas Sauger montre, par
exemple, d'une manière particulièrement étayée que si l'enjeu
européen a bien contribué à faire émerger, au sein de la droite
modérée française, de nouveaux partis souverainistes, l'hypothèse du
réalignement du système de partis en fonction de cet enjeu ne peut
être empiriquement validée. En centrant son analyse sur les partis de
droite en France, il démontre l'existence d'un lien (de forme
quadratique) entre clivage sur l'intégration européenne et clivage
gauche-droite. Prenant une perspective d'analyse plus large (plusieurs
pays et l'ensemble du spectre électoral), Robert Andersen et Jocelyn
Evans, apportent une réponse plus nuancée sur le cas de la France,
mais concluent néanmoins que « les conditions d'émergence d'un
clivage [sur l'Europe] sont encore non réunies » en Italie, aux Pays-
Bas, en Belgique ou au Luxembourg.
Ce type de conclusion s'appuie en règle générale sur l'analyse des
positions des partis sur les enjeux européens et sur les enjeux de
politique nationale. Mais ce type d'analyse repose sur des
comparaisons horizontales entre partis et systèmes de partis
nationaux. Peu de travaux réalisent des comparaisons verticales entre
les niveaux nationaux et européens des partis. L'émergence d'un
système de partis européen, notamment depuis la fin des années
quatre-vingt puis la reconnaissance du rôle des partis européens dans
le Traité de Maastricht, est pourtant un fait important. S'il est
incontestable, comme l'indique Paul Magnette, que « les partis
européens n'exercent pratiquement aucune des fonctions centrales
des partis politiques en régime parlementaire » (Magnette, 2004,
p.226), il n'en demeure pas moins que leur rôle s'est accru et qu'ils
remplissent, très partiellement, des fonctions programmatiques
(manifestes électoraux élaborés dans la perspective des élections
européennes). Par ailleurs, on constate une tendance à une plus forte
polarisation idéologique gauche/droite de ces manifestes électoraux. 13
L'article de Julia Speth propose précisément une comparaison
verticale entre attitudes politiques des membres, individuels ou
« corporate », du PSE et les électeurs nationaux. Ses analyses
montrent que, pour ceux des membres du PSE qui militent au plan
européen, les activités en réseaux, la participation à des activités
communes au niveau européen, le double engagement politique,
produisent un véritable « party network » transnational : ces membres
du PSE sont à la fois plus informés, plus mobilisés, plus actifs dans
leurs comportements militants et plus favorables à l'intégration
européenne. Ces analyses ouvrent un champ de réflexion
considérable pour l'avenir, notamment si l'adhésion directe au PSE
devient possible. Les articulations entre niveau national et niveau
européen, les éventuelles tensions entre les choix idéologiques à ces
deux niveaux, pourraient alors faire l'objet d'analyses du type
« multilevel governance » ou d'analyses en termes de réseaux d'acteurs
transnationaux.
Diversité des objets et des concepts
Les articles réunis ici présentent une gamme variée d'objets de
recherche, saisis avec différents outils intellectuels. On peut souligner
ici l'intérêt de certains de ces outils, pour partie peu connus en
France. Certains des articles développent leurs analyses à partir de
monographies de partis, étudiant en profondeur l'impact dans le
temps de l'intégration européenne sur les programmes ou « l'idéologie
partisane ». C'est le cas de l'article de Pascal Delwitt et de ses
collègues, qui, à partir d'une étude de cas sur les partis politiques
belges francophones, expliquent les stratégies d'adaptation de ces
partis aux effets de l'intégration européenne. Les auteurs proposent
d'appréhender ces stratégies dans deux dimensions d'analyse : selon
que les propositions des partis concernent l'Union européenne et ses
institutions ou les politiques publiques socio-économiques et selon
que l'évolution de leurs positions en ces deux domaines se sont
réalisées en situation de « fit » ou de « misfit » vis-à-vis des choix
européens. Dans le premier cas (fit), il n'y aurait pas réellement
« européanisation », les programmes des partis et l'agenda européen
étant convergents et les partis utilisant cette convergence comme
mode de légitimation de leurs positions politiques nationales (en
matière, par exemple, de politique économique et budgétaire).
L'européanisation s'exprimerait en revanche pleinement en situation 14
de « misfit », les développements des politiques européennes venant
« faire pression » sur les partis et les contraignant à une alternative : le
changement programmatique ou le refus de la contrainte européenne.
Cette distinction (« fit/misfit »), empruntée à Bèrzel et Risse,
mériterait d'être appliquée à d'autres situations nationales que la
Belgique francophone et d'être, le cas échéant, interrogée : les
situations de « fit » ne sont-elles pas le produit de « mis fit » qui se
sont produits au cours du temps ? Quelle dialectique unit les deux
types de situation ? Car après tout, on peut, sur une longue période de
temps, assister à des évolutions parallèles des partis nationaux et des
politiques européennes conduisant à des réajustements
programmatiques des premiers.
Les évolutions programmatiques de la famille social-démocrate
apportent à cet égard des exemples très riches pour l'analyse. C'est
tout l'intérêt des deux articles de ce numéro qui analysent d'une part
le Parti socialiste français (Laurent Olivier) et d'autre part le PSE
(Julia Speth). Dans son analyse des évolutions des lignes de clivages
internes au PS français sur l'Europe, Laurent Olivier montre à quel
point ces évolutions perturbent les habituelles lignes d'action
politique en termes gauche/droite. L'analyse n'est pas faite en termes
de « fit/misfit », bien qu'une application de ce cadre d'interprétation,
eut été possible et pertinente. Il emprunte en fait le cadre conceptuel
proposé par Stefano Bartolini et montre que le PS français utilise
simultanément ou séquentiellement, selon les cas, deux grandes
stratégies d'adaptation dont l'objectif est de réduire les dissonances
nées des visions contrastées de l'Europe au sein de la famille
socialiste. Le PS français s'efforcerait ainsi de jouer dans le registre
politique de l'européanisation du clivage gauche/droite (participant
ainsi à dessiner les contours d'une social-démocratie européenne
réduisant ses clivages sur l'intégration européenne pour proposer une
vision spécifiquement « de gauche » de l'Europe), par
« externalisation » (on pourrait presque dire par « exportation ») du
clivage gauche/droite au niveau européen, tout en restant marqué par
une segmentation interne qui le divise sur l'Europe et ses
conséquences en matière de politiques publiques. Les analyses de
Laurent Olivier s'inscrivent dans les travaux qui tendent à montrer
que l'orthogonalité des dimensions gauche/droite et
« intégration/indépendance » s'estompe. Dans le cas des évolutions
programmatiques du PS français, il discerne en particulier une
tendance à ce que la seconde de ces deux dimensions se « rabatte » 15
sur la première. Ce processus n'est pas achevé, il est susceptible de
connaître des mouvements de sens contraire (si l'on en juge par les
actuels débats au sein du PS sur le référendum pour l'adoption de la
Constitution européenne) et il place au coeur de l'analyse la question
de l'articulation entre niveau national et niveau européen des partis.
Des données et des méthodes
Les textes réunis ici utilisent enfin, pour la plupart, des sources
empiriques encore peu connues et diffusées en France. Alors que
l'analyse des électeurs européens dispose de sources à présent bien
répertoriées et connues (enquêtes et baromètres d'opinions réalisées à
l'échelle européenne par les grands instituts de sondages,
Eurobaromètres réalisés par la Commission européenne, enquêtes
académiques réalisées dans le cadre de programmes de recherche
comme European Values Studies ou European Social Survey),
l'analyse des positions partisanes et de leurs évolutions sur l'enjeu
européen n'est que faiblement basée empiriquement la plupart du
temps. Les textes réunis ici permettent de faire le point sur les sources
existantes, d'en apprécier la portée et les limites. Ils se situent, pour la
plupart, dans une gamme de recherche qui s'est affirmée en une
décennie par l'utilisation d'enquêtes, l'exploitation statistique de
sources (manifestes des partis) et l'emploi de techniques d'analyse des
données visant à démontrer si les clivages sur l'intégration
européenne prenaient place parmi les facteurs structurant les espaces
partisans, voire les recomposant.
Plusieurs articles présentent pour la première fois à un public
francophone les données utilisées de manière aujourd'hui
standardisée dans cette gamme de recherche européenne. Les travaux
de Peter Mair, Gary Marks, Simon Hix font en effet régulièrement
usage des données mobilisées par plusieurs des auteurs réunis ici : les
enquêtes auprès d'experts (réalisées sur le principe méthodologique
de « juges », les experts, qui codent sur des échelles de mesure les
positions des partis politiques sur des batteries d'items et d'échelle de
mesure « spatialisées »), les manifestes des partis (réunis, stockés et
codés par des groupes de chercheurs, par exemple le « Party
Manifesto Group » du MZES de Mannheim , le programme
« Comparative Manifesto Research » dirigé par Ian Budge ou encore
le codage des manifestes des partis lors des élections européennes 16
réalisé par Matthew Gabel et Simon Hix (2002)) les enquêtes
Eurobaromètres qui permettent de saisir, lorsqu'on agrège les
réponses données individuellement, les positions idéologiques des
partis (si l'on accepte l'hypothèse qu'en agrégeant les réponses
individuelles et en changeant d'unité d'observation on obtient les
positions des partis).
L'utilisation de différentes sources et de différentes données induit
des points de vue et des résultats divers. Les analyses et les
conclusions de nos auteurs sont ainsi différentes selon qu'ils basent
leurs recherches sur les codages d'experts ou sur des matériaux plus
« objectifs » comme les textes des manifestes de partis (bien que le
codage de ceux-ci traduise également des choix d'experts). Chacun de
ces matériaux présentent ses avantages et ses limites, comme l'a
montré Michael Laver (2000 et 2001). Dans le premier cas, les
positions des partis sur de grandes dimensions politiques (par
exemple, pro et anti-européens, favorables ou opposés à une
régulation du marché économique, adhérant ou pas aux valeurs du
type « new politics ») sont au coeur de l'analyse et permettent
l'utilisation de méthodes d'analyse des données qui testent
l'orthogonalité ou le degré de superposition entre clivages politiques
traditionnels (gauche/droite) et nouveaux clivages liés à l'intégration
européenne. Le texte de Nicolas Sauger s'inscrit dans ce courant de
recherche. Dans le second cas, c'est en particulier le décompte
fréquentiel (nombre d'occurrences) du thème européen qui permet de
repérer dans le texte sa prégnance et son effet de cadrage sur les
positions socio-économiques défendues par les partis. Ce type
d'approches permet alors d'analyser le degré d'ajustement des
positions et stratégies des partis au thème européen (les effets de
« fit » et de « misfit » visés par le texte de Pascal Delwitt et de ses
collègues). L'article de Sylvia Kritzinger et Irina Michalowitz
représente également bien cette gamme de recherche. Certains de nos
auteurs jouent sur les deux tableaux et utilisent les deux types de
matériaux comme on le verra.
Deux autres types de données sont enfin utilisés ici. D'une part,
les données de l'Eurobaromètre, dans une perspective de
comparaison entre les positions des partis et celles des électeurs.
L'entrecroisement de ces deux niveaux d'analyse est en effet un
élément clef du problème : les électeurs peuvent-ils se reconnaître
dans l'offre programmatique de leurs partis en ce qui concerne 17
l'Europe ? D'autre part, des enquêtes spécifiques comme l'enquête
réalisée en 2001 auprès des membres du PSE, matériau original de
recherche.
Pour finir, les méthodes d'analyse de données utilisées par les
auteurs manifestent également quelques différences. Plusieurs textes
font appel à des techniques d'analyse des données quantitatives :
certains comparent des moyennes (au sein des partis et au sein des
électeurs comme le fait Julia Speth), d'autres analysent des évolutions
temporelles, de manière quantitative (comme le font Sylvia Kritzinger
et Irina Michalowitz ou Robert Andersen et Jocelyn Evans), d'autres
encore utilisent les techniques de l'analyse factorielle pour découvrir
les structures latentes de positions des partis ou des électeurs (texte
de Nicolas Sauger). D'autres textes opèrent par des analyses
qualitatives, plus basées sur les évolutions idéologiques des partis
(textes de Pascal Delwitt et ses collègues, de Marcel Tomasek et de
Laurent Olivier).
Ce faisant, l'ensemble des textes ainsi réunis permet de dresser un
état des lieux à la fois des données disponibles et des résultats des
travaux produits ces dernières années, et d'en montrer la richesse. Il
permet également de souligner l'intérêt du développement de telles
études ces prochaines années afin de généraliser l'analyse à d'autres
partis et d'autres pays que ceux sur lesquels portent les études
présentées ici afin de pouvoir appréhender plus globalement l'effet de
l'enjeu européen dans les espaces politiques nationaux et ses
conséquences sur la relation gouvernants/gouvernés.
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Irina MICHALOWITZ
PARTY POSITION CHANGES THROUGH EU
MEMBERSHIP?
THE (NON-)EUROPEANISATION OF AUSTRIAN, FINISH
AND SWEDISH POLITICAL PARTIES 1
Abstract
The article seeks to analyse whether a Europeanisation of national parties has
taken place amongst the EU-newcomers of 1995 — Austria, Finland and Sweden —
studyingEuro-manifestos. Europeanisation is measured based on two characteristics: first,
salience a party attributes to the European level and second, polig positions a party holds
towards European issues. Moreover, we assume that Europeanisation may result in an
impact on the traditional national cleavage /Mes changing the dominant L,eft-RIght
dimension. Our results show that Europeanisation in terms of salience has indeed taken
place; Europeanisation in terms of policy position change however, could only be observed
in Sweden and Austria. Regarding the cleavage structure, we noticed a reinforcement of the
Left-Right divide by the European issue in Sweden and in Finland, white in Austria a
new cleavage line could be identified: Green/ Alternative/ Libertarian versus
Traditional/ Authoritarian/Nationalism. The Europeanisation process has therefore
progressed mort strongly in Austria. Overall, we conclude that the European integration
process does have an influence on national political parties.
Introduction
The Europeanisation of parties within the EU member states has
become a topic of increasing interest to scholars of European
politics. Previous studies looked at the Europeanisation processes of
European Union public policies (Cowles et al., 2001; Bôrzel and
Risse, 2003) or at the change of party structures within the European
political space (Hix and Lord, 1997; Gabel and Hix, 2002). Only
recently has more research been directed at the Europeanisation
I Special thanks go to Lisa Hunt for language-editing the text, to Hermann Schmitt,
Andreas Wüst and the rest of the F.uro-Manifesto Research Group for having made
available the data on Austria, Finland and Sweden, and to the two editors of the
special issue for their helpful comments.
Politique européenne, n°16, printemps 2005, p.21-53