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Vietnam dragon en puissance

De
239 pages
Depuis 1975 et après 30 ans de guerre, le parti communiste dirige le Vietnam réunifié. Après avoir les dix premières années collectivisé tous les moyens de production, le parti communiste a changé de ligne en s'ouvrant à l'économie privée et à la mondialisation en 1986. Aujourd'hui, le parti est toujours là et la croissance est supérieure à 7.5% depuis 1991. Si il sait affronter avec succès les défis qui se présentent à lui, ce pays situé sur une voie maritime très fréquentée pourrait bientôt compter parmi les pays les plus importants du Sud-est asiatique.
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Achevé d'imprimer par Corlet Numérique - 14110 Condé-sur-Noireau en France 43689 - Dépôt légal: octobre 2007 - Imprimé N° d'Imprimeur:

VIETNAM DRAGON EN PUISSANCE

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fi

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-04217-9 EAN: 9782296042179

Philippe DELALANDE

VIETNAM DRAGON EN PUISSANCE
Facteurs politiques, économiques, sociaux

L'Harmattan

Points sur l'Asie

Collection dirigée par Philippe Delalande
La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d'un pays d'Asie, soit d'un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages s'apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s'efforcent, au-delà de l'analyse de l'actualité de prolonger la réflexion sur l'avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous une connaissance pratique de l'Asie. Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s'informer de l'actualité en Asie: investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d'ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation; où vit la majeure partie de la population du monde. Déjà parus Esmeralda LLADSER, Instantanés chinois, dans le nid du dragon, 2007. Antony TAO, Dieu et le Tao, 2007. Nilsy DESAINT, Mort du père et place de la femme au Japon, 2006. Asie 21 - Futuribles, La Chine à l 'horizon 2020, 2006. PROCREAS, Cambodge: Population et société d'aujourd'hui, 2005. Lucas DOMERGUE, La chine, puissance nucléaire, 2005 Dominique LUKEN-ROZE, Cambodge: vers de nouvelles tragédies? Actualité du génocide, 2005. Hervé COURA YB, L'alliance nippa-américaine à l'épreuve du Il septembre 2001, 2005.

Chris REYNS, Images du Japon en France et ailleurs: entre
japonisme et multiculturalisme, 2005. J.P. BEAUDOUIN, Zen, Ie torrent immobile, 2005. Sabine TRANNIN, Les ONG occidentales au Cambodge. derrière le mythe, 2005.

La réalité

StéphanieBESSIERE,La Chineà l'aube duXXIème siècle, 2005.

AVANT-PROPOS
D'un ouvrage du même auteur, publié en 2000, Le Viêt Nam face à l'avenir, certains développements historiques sont repris dans celui-ci. Ils n'avaient pas vieilli. Mais ce précédent ouvrage a été profondément remanié et complété sur de nombreux points. Même si le Vietnam est un pays stable, il est pris dans la marche du monde. Des problèmes nouveaux surgissent. Les rapports de forces se modifient. L'actualité suit son cours. Sept ans après la parution du premier livre, il devenait nécessaire d'en écrire un nouveau, bien qu'il soit sur le même sujet.

* * * *

Une prédiction optimiste, mais plausible
« Le Vietnam dépassera, en 2025, les Ils millions d'habitants; s'il sait réformer son système politique, bancaire et scolaire, s'il sait mettre en place des ilifrastructures routières et lutter contre la corruption, il deviendra la troisième économie de l'Asie. n en sera certainement un acteur majeur ». Jacques AITALI (Une brève histoire de l'avenir, p 176, Fayard 2006)

INTRODUCTION

Il est difficile de parler du Vietnam. On se heurte chez bien des interlocuteurs à des grilles de lecture, des préjugés malaisés à surmonter. Pour l'un, c'est un pays totalitaire répressif qui bafoue les droits de l'homme. Si on propose d'aller au-delà de ce jugement, on se fait taxer immédiatement de suppôt du régime communiste. Pour un autre, ce pays se prétend communiste mais mise sur un capitalisme sauvage pour accélérer sa croissance. Il n'est donc qu'hypocrisie: un régime dépourvu d'idéal, simple structure de pouvoir pour ceux qui le détiennent et veulent le garder. Là encore toute tentative pour franchir cette grille de lecture se heurte à des dénégations parfois violentes. Enfm pour un autre qui, en France, a milité vainement pour une société plus juste, le Vietnam est un modèle qui concilie une forte croissance économique et une démarche constante vers plus de justice sociale. Si on tente de montrer que la réalité vietnamienne n'est peut-être pas ce modèle idéal, on se heurte là encore à de forts démentis. En effet, le Vietnam est un pays qui, jusqu'à maintenant, suscite des passions. Son histoire en est cause. Les guerres du peuple vietnamien, pendant trois décennies, pour recouvrer son indépendance nationale et restaurer l'unité du pays sont connues et forcent le respect. Mais la guerre d'Indochine puis la guerre du Vietnam avivèrent les oppositions entre communistes et anticommunistes. L'opinion mondiale au cours de cette guerre s'est divisée. Des manifestations, à travers le monde, ont protesté contre les bombardements américains sur le Vietnam. Les diplomaties des pays membres de l'ONU ont pris parti. Le Vietnam fut au centre de «la guerre froide» en Asie. La victoire

du Nord sur le Sud en 1975, la nouvelle vague d'émigration de Vietnamiens qu'elle a déclenchée, en majeure partie vers les EtatsUnis, ont encore accentué les divisions. Ensuite il y eut les images des «boat people» qu'ont retransmises toutes les télévisions du monde et qui sanctionnaient l'échec du régime à maintenir la paix civile et à développer le pays puisque les citoyens s'enfuyaient. Il y eut encore à partir de 1979 cette intervention militaire de dix ans au Cambodge qui montrait les résistants d'hier devenus occupants. Elle fmit de troubler les partisans du régime vietnamien qui avaient naguère manifesté contre la guerre américaine. Ainsi, le Vietnam demeure, jusqu'à maintenant, un pays symbole des drames qu'a connus le 2üèmesiècle: les luttes de décolonisation, la guerre froide, l'hostilité durable entre adeptes et adversaires du communisme, entre pays nantis et pays pauvres. Ces drames ont laissé des séquelles vivaces jusqu'à ce jour car le Parti communiste vietnamien est toujours au pouvoir à Hanoi. Il cristallise sur lui les vieilles hostilités, les anciennes rancœurs. Les chercheurs, les journalistes, les diplomates, les hommes d'affaires sont encore rarement objectifs dans leurs jugements sur le Vietnam. Les cinquante dernières années de l'histoire mondiale semblent toujours peser sur les esprits. La difficulté d'accès aux sources d'information rend plus malaisée encore la sérénité des appréciations. Alors que dans presque tous les pays du Sud-Est asiatique la langue anglaise est devenue une seconde langue de travail, peu de Vietnamiens pratiquent véritablement une langue étrangère et très peu l'anglais ou le français. La documentation de base est en vietnamien. Les journaux asiatiques en langue anglaise sont abondamment cités comme sources d'information alors qu'ils ne publient en général que des informations filtrées orientées vers les milieux d'affaires ou des commentaires. L'information sur le Vietnam est ainsi trop souvent une information par procuration. Les études économiques publiées sur le Sud-Est asiatique ne traitent généralement que des pays les plus puissants aujourd'hui, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et Singapour. Le Vietnam est alors omis. Et les derniers chiffres illustrant les rares études sur le Vietnam datent souvent de deux ou trois ans. Pourtant, l'information statistique est de plus en plus fiable. La Banque mondiale est habituellement associée à l'élaboration des 10

données essentielles sur l'évolution de l'économie vietnamienne. Ce fut son exigence pour l'octroi de ses concours fmanciers. Mais que valent dans un pays en développement encore très pauvre des statistiques même sincères? Comment mesurer sans erreurs les éléments du Produit Intérieur Brut, PIB, lorsque près de la moitié de la richesse nationale est produite par le secteur rural ou informel difficile à saisir ? Il faut reconnaître que l'opacité dont s'entoure le régime politique n'améliore pas l'information sereine, fiable, et véridique. Le « centralisme démocratique» est toujours en vigueur au sein du parti communiste vietnamien. Seule la décision majoritaire est rendue publique. La minorité a l'obligation de s'y soumettre et de la défendre. Toute infraction à cette règle et au secret des délibérations internes est un motif de sanction. Les supputations vont donc bon train. Le milieu diplomatique de Hanoi est tout bruissant de rumeurs. Il se prête au jeu risqué de décrypter les moindres signes de changement ou de divergences au sein des organes du pouvoir. Heureusement le régime est devenu beaucoup moins policier. Les conversations particulières isolées avec un étranger comportent peu de risques. Certains membres du parti, même de rang élevé, se confient, sous réserve de discrétion, à un ami étranger. Mais on s'interroge toujours sur la valeur de ces témoignages. Il n'y a, à ce jour, guère d'autres sources d'information sur le fonctionnement du pouvoir. La presse laisse parfois transparaître des informations que des témoignages individuels peuvent venir corroborer. Les rapports du gouvernement sur la situation du pays ou sur ses objectifs sont de plus en plus sincères. L'époque est heureusement révolue où toute critique publique était assimilée à du sabotage. Pour conserver le soutien populaire et la confiance des investisseurs les autorités politiques ne peuvent rester durablement silencieuses sur les difficultés que rencontre le pays. Les difficultés avouées et commentées sont donc exactes. Mais la liste des difficultés est-elle complète? C'est toujours la question que l'on doit se poser. Pourtant le Vietnam est un pays attachant, peut-être parce que son peuple discret, laborieux et toujours digne exprime une très ancienne culture, originale mais pétrie de tradition chinoise. Peutêtre enfm parce qu'on saisit vite, lorsqu'on y séjourne, que ce pays 11

encore très pauvre qui aura cent millions d'habitants d'ici vingt ans bénéficie d'atouts considérables dans le Sud-Est asiatique. Ses atouts encore masqués par sa pauvreté en feront sans doute un pays important de l'Asie orientale. Encore doit-il parvenir à exploiter judicieusement ses atouts. A quelles conditions pourront-ils l'être? Esquisser des réponses à ces questions est le propos de ce livre. Toutes les ressources d'un pays comptent face aux défis futurs. Une approche étroitement technique dans le cadre d'une seule discipline n'éclairerait pas l'avenir. Il faut tenter de tout embrasser, la géographie, l'histoire, la politique, l'économie, la culture, la société dans son entier. Il faut pondérer les facteurs, déceler les synergies ou les contradictions. Bref nous tenterons une approche globale du Vietnam. Même si cette démarche paraît manquer de modestie, elle semble la seule capable de suggérer les voies que ce pays pourrait suivre et d'apprécier les charices qui lui sont offertes.

12

CHAPITRE I

L'ASIE DU SUD-EST DISPARATE, , EN QUETE DE COHESION
A

On ne peut extraire le Vietnam de son environnement Sud Asiatique qui lui offre des opportunités mais lui impose des contraintes. C'est pour sa politique étrangère un champ d'action privilégié. Longtemps isolé, le Vietnam a réussi à s'intégrer dans son environnement régional pour bénéficier de son dynamisme économique. Le Vietnam apparaît le pays le plus stable du Sud-Est asiatique. Depuis 1990, il poursuit une croissance économique forte et régulière alors que la région a été secouée par la crise financière et économique de 1997-98. Son régime politique est stable et suit une ligne politique constante depuis la même date, alors que la plupart des pays voisins ont connu des troubles souvent graves. Le Vietnam est-il une exception durable dans le Sud-Est asiatique peu enclin, jusqu'à maintenant, à la stabilité et à une réelle cohésion? Cohésion accrue ou non de la région? L'enjeu est d'importance pour l'équilibre mondial car cette région charnière entre l'Inde et la Chine inclut une des mers les plus naviguées du monde, la Mer de Chine méridionale et recèle un fort potentiel de croissance économique. Les onze pays du Sud-Est asiatique tentent d'assurer la cohésion de leur région naturellement disparate et divisée. L'ASEAN, (association des nations du Sud-est asiatique), est le produit de cet effort. Mais la faiblesse interne des Etats qui la composent compromet la portée de cette entreprise collective. Si la

cohésion économique et politique l'emportait, le Sud-Est asiatique pourrait devenir un des foyers majeurs de l'organisation de l'Asie. Mais la cohésion est loin d'être acquise. Des tendances lourdes, des facteurs de fragilité exercent des pressions contraires.

I

UNE REGION DISPARATE

1- Morcellement géographique. La géographie explique bien des choses. Elle fournit des éléments stables qui conditionnent l'activité des hommes. Aussi commande-t-elle souvent l'histoire. Compulser une carte physique du Sud-Est asiatique est riche d'enseignements. D'ouest en est que voit-on? Une partie continentale cernée par deux mers, la mer d'Andaman et la Mer de Chine méridionale où se succèdent des chaînes de montagnes et de grands fleuves orientés nord sud. Les fleuves descendent de l'Himalaya ou de ses contreforts. La chaîne des Chin Hills et de l'Arakan qui culmine à 3070 mètres, isole les Indes de l'Asie du Sud-Est. A l'est de cette chaîne, un grand fleuve, l'axe de la Birmanie aujourd'hui Myanmar, l'Irrawaddy. Plus à l'Est, les monts du Chiang Mai culminant à 2570 mètres et leurs prolongements collinaires au sud séparent la Birmanie de la Thai1ande. Là encore un grand fleuve orienté nord sud, le Menam Chao Phraya et ses affluents qui constituent le bassin central de la Thai1ande. Des collines le séparent du fleuve Mékong, frontière du Laos puis axe vital du Cambodge. A l'est encore, la cordillère annamitique fait frontière avec le Vietnam. Enfm le Vietnam irrigué au nord par le Fleuve Rouge qui descend aussi des contreforts himalayens, une étroite plaine côtière centrale qui s'achève au sud par le delta du Mékong. Cette configuration physique a toujours empêché une unification politique durable de la région. Les chaînes montagneuses nord sud que le climat tropical humide couvrait de forêts denses, infestées d'animaux sauvages et de maladies furent toujours difficiles à franchir et isolaient les bassins fluviaux. La géographie montre encore au sud une partie péninsulaire et insulaire où prédomine la mer qui constitue plus de la moitié de la superficie de la région. La Mer de Chine méridionale est une sorte 14

de Méditerranée équatoriale fermée par la péninsule malaise et les archipels indonésiens et philippins qui la bordent au sud et à l'est. Le contrôle des détroits de cette mer intérieure, détroits de Malacca et de la Sonde, fut et est encore un etljeu stratégique majeur entre pays de la région. Bornant cet ensemble, deux grandes masses, l'Inde à l'ouest, la Chine au nord. Faute de voies terrestres aisées d'est en ouest, peu de conquêtes vinrent de l'Inde, mais des influences culturelles suivant la voie de mer. Par contre, par les couloirs des grands fleuves nord sud, tout au cours de l'histoire, des peuples sont descendus du nord, vaincus ou conquérants, bouleversant les royaumes établis.

Les pays du Sud-Est asiatique

Au dix pays qui figurent sur cette carte, tous membres de l'ASEAN, il convient d'ajouter le« Timor Leste)} qui n'en est pas encore membre.

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2- Diversité des aires culturelles et religieuses Les legs culturels et religieux ne favorisent pas l'intégration régionale. Aujourd'hui la région se divise en quatre aires distinctes. La majeure partie du continent du Sud-Est asiatique, la Birmanie, la Thai1ande, le Laos, le Cambodge constituent l'aire bouddhiste, bouddhisme du petit véhicule, hinayana, venu directement des Indes. Le Vietnam, ancienne province chinoise ressortit de l'aire culturelle chinoise donc bouddhique du grand véhicule, mahayana, venu certes des Indes mais à travers la Chine. Il a également importé de Chine le taoïsme et le confucianisme La Malaisie, l'Indonésie sont presque entièrement islamisées, une islamisation venue par mer de la côte occidentale de l'Inde, siècle. surtout à partir du ISeme Enfm les Philippines, sauf le Sud, ont été christianisées par les Espagnols et Timor par les Portugais. Une minorité chrétienne prospère au Vietnam. Mais il n'en fut pas toujours ainsi. L'aire continentale actuelle du bouddhisme hinayana (ou theravada) recela des foyers hindouistes et de bouddhisme mahayana. Bouddhisme et hindouisme préexistèrent dans la zone aujourd'hui islamisée. Des cultes liés à la terre survivent en de nombreux endroits. Les quatre aires culturelles sont l'aboutissement d'une évolution séculaire qui a vu des influences jadis prédominantes disparaître. Le Vietnam fait figure d'exception dans sa région. Seul pays de l'aire culturelle chinoise, avec la ville Etat de Singapour, il hérite d'une autre culture que ses voisins. Ce qui évidemment ne facilite pas son intégration dans la région. Même après son indépendance au Weme siècle, et sans doute plus encore après qu'avant, le Vietnam s'est imprégné de culture chinoise. C'est le seul pays de la région qui ait subi cette profonde influence chinoise alors que partout ailleurs, c'est des Indes que sont venues les influences culturelles et religieuses majeures. L'ambition de l'organisation commune régionale, l'ASEAN, est de surmonter les obstacles à la cohésion légués par la géographie et I'histoire.

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L'EXPANSION DE L'ISLAM DANS LE SUD EST ASIATIQUE

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ISLAM
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CHRISTIANISME

Le royaume du Champa a disparu. définitivement conquis par le Vietnam au lSémesiècle. Il ne reste que quelques milliers de Chams musulmans. Le bouddhisme Mahayana a envahi le delta du Mékong, également conquis par le Vietnam au lSëmesiècle,

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3- Divisions héritées des périodes coloniales Les conquêtes coloniales ont fIxé jusqu'à maintenant les frontières des Etats. Tous les pays de la région furent des colonies ou des protectorats de puissances européennes. La Thaïlande, naguère Siam, est fIère de n'avoir jamais été colonisée. Mais si les voitures roulent à gauche à Bangkok, c'est au moins le signe d'une forte présence britannique, même si celle-ci ne s'est jamais formellement traduite par un protectorat. Dans les différends frontaliers actuels entre Etats du Sud-Est asiatique ce sont toujours les traités coloniaux qui servent de référence au tracé des frontières. Sage prudence sans doute, ou aveu de faiblesse. Les ambitions territoriales des uns et des autres, antérieures à l'époque coloniale, ont-elles défmitivement disparu? Eviter qu'elles ne se réveillent en menaçant la sécurité de la région est une des justifications de l'ASEAN. Cette région du monde fut entraînée dans les grands conflits du siècle, et bien malgré elle. Il en reste une hantise de la sécurité collective. La seconde guerre mondiale a totalement impliqué le Sud-Est asiatique. Lors de leur avance extrême au début 1943, les Japonais avaient conquis la totalité de la région, archipels et continent. Les alliés les en chasseront à partir de trois bases: la Birmanie libérée par les britanniques, les Philippines par les Américains et secondairement la Nouvelle-Guinée reconquise dès juin 1943 au prix de milliers de morts. En quoi les populations locales de ces pays étaient-elles concernées par ce conflit mondial qui leur a souvent causé de grandes souffrances? La décolonisation en causa d'autres. Les Britanniques furent les plus habiles. Ils avaient compris que la seconde guerre mondiale sanctionnait la fm de l'époque coloniale. Sans trop de heurts, ils négocièrent leur départ de Birmanie en octobre 1947, de Malaisie plus progressivement. La fédération de Malaisie créée en 1948 obtint d'abord l'autonomie interne avant d'accéder à l'indépendance en 1957. Singapour s'en détachera en 1965. Les Hollandais furent moins habiles. Nostalgiques de leur grandeur passée, ils prétendaient conserver leur patrimoine. Ils ne purent éviter des troubles et durent concéder l'indépendance à Java et Sumatra en 1946, puis fmalement à l'ensemble de l'Archipel indonésien réunifié en 1950. Les Philippines où les Américains 18

avaient remplacé les Espagnols en 1898, obtinrent enfm leur indépendance en 1946. La décolonisation française fut catastrophique. En refusant l'indépendance au Vietnam en 1945 et en soutenant une guerre coloniale de 9 ans les Français allaient entraîner ce pays, puis la région, dans la guerre froide entre l'Est et l'Ouest. Les Américains y affronteront les Soviétiques par l'entremise des peuples locaux. Pour la seconde fois dans le siècle, la région s'est ainsi trouvée au cœur d'un conflit qui en dépassait largement les limites, un conflit quasi-mondial. Cette malédiction a traumatisé durablement les pays de la région. Elle place la sécurité collective au centre des préoccupations de l'ASEAN. L'ambition de l'organisation commune régionale, est de surmonter les obstacles à la cohésion légués par la géographie et l'histoire.

4- Des économies extraverties au développement inégal L'extraversion des économies, qui toutes ont fondé leur essor sur les exportations est une entrave supplémentaire à l'intégration régionale. Chaque pays se soucie plus de ce qui se passe en Amérique, en Europe ou en Asie du nord que chez ses voisins. L'éclatement de la bulle internet aux Etats-Unis avait entraîné une crise chez les producteurs de produits informatiques en 2001, à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande, aux Philippines. Et ce n'est pas un hasard si toutes les grandes villes du Sud-Est asiatique sont des ports. C'est par là qu'on exporte et importe. Le développement de l'arrière pays demeure encore une préoccupation secondaire. Les écarts de niveaux de développement, évalués ci-après par l'indicateur du PNB par habitant, sont un élément supplémentaire de disparité entre pays. Ces écarts sont énormes. Il est plus difficile pour un Indonésien d'entrer clandestinement à Singapour que pour un Africain en Europe. L'émigration clandestine est cause de tensions entre pays riches et pays pauvres, mais aussi entre pays très denses et pays peu peuplés. Après chaque cyclone dévastateur au centre du Vietnam des villageois vietnamiens franchissent la frontière pour tenter leur chance au Laos, pays le moins densément peuplé de l'Asie du Sud-Est. Un contentieux récurrent entre les deux gouvernements en découle. 19

Les écarts de niveaux Pays Population Ms d'hab 2006 0,4 14 222 6 27 57 87 4,5 65 84 566.9

de vie en Asie du Sud-est PNB 2006 Mds$
volume, prix

Brunei Cambodge Indonésie Laos Malaisie Myanmar Philippines Singapour Thaïlande Vietnam TOTAL

Tx croiss PNB 2006 Prix constants 5,1 10,8 5,6 8,3 5,9 7 5,3 7,9 5 8,2 6*

courants 11,5 7,2 364 3,5 156,9 11,9 117,5 132,2 206,6 60,9 1072,8

PNB I Ha en $ 2006 30200 512 1640 574 5880 208 1351 29500 3167 723 1890 *

Source: secrétariat ASEAN, * = moyenne pondérée

ll.

UNE TENTATIVE D'ORGANISATION

REGIONALE.

C'est la première fois que cette zone de confluences, disparate, tente de s'organiser pacifiquement, de régler en son sein les questions de sécurité collective, ses relations économiques internes et externes. Si elle y parvenait, elle réussirait peut-être, au moins partiellement, à se soustraire aux influences extérieures qui ont souvent déterminé son histoire.

20

1- L'ASEAN,

organisation

régionale de l'Asie du Sud-est.

Créée en 1967 à Bangkok, «l'Association des nations du SudEst asiatique» comprenait cinq membres fondateurs, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et Singapour. Si on se réfère à la date de sa création en pleine guerre du Vietnam et à la liste des pays fondateurs, on décèle vite que l'objectif de sécurité collective proclamé était en fait de contenir le communisme vietnamien et ses protecteurs extérieurs à la région. Les Etats-Unis ne restèrent évidemment pas indifférents à sa création. Jusqu'à la fin de la décennie 80 le principal ciment de l'ASEAN fut sa constante opposition au communisme et à l'intervention militaire du Vietnam au Cambodge. La déclaration fondatrice de Bangkok, en 1967, énonce trois objectifs: assurer la stabilité politique et économique de la région, servir de lieu de conciliation pour les conflits entre pays membres, accélérer le développement économique et social de la région. La guerre du Vietnam achevée, l'ASEAN en a rapidement tiré les conséquences. Elle participe à l'accord de paix de Paris sur le Cambodge en 1991. Elle admet en son sein le Vietnam en 1995. Elle s'était déjà élargie à Brunei en 1984. Peu regardante sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, elle l'admet en 1997 ainsi que le Laos. Enfm après quelques atermoiements, elle admet le Cambodge en avril 1999 sur décision du «sommet» de Hanoi de 1998. Désormais tous les pays de la région en sont membres. La procédure d'adhésion de Timor Leste est en cours. L'admission est assez facile car l'ASEAN s'apparente plus à un club qu'à une organisation contraignante et structurée. Mais l'ASEAN a plusieurs faiblesses. Elle n'a pas d'exécutif fort capable de gérer les problèmes qui la traversent. Le secrétaire général ne peut rien faire sans l'aval de tous les membres. Si les décisions d'un «sommet» sont freinées par la mauvaise volonté d'un membre, c'est souvent l'impasse ou l'inaction. C'est pourquoi nombre de décisions unanimes sont restées lettres mortes. L'ASEAN a érigé en principe la «non ingérence dans les affaires intérieures de ses membres» estimant sans doute que les Etats qui la composaient étaient encore trop faibles pour risquer d'être ébranlés par des critiques extérieures publiques. C'est en vertu de ce principe que l'ASEAN est restée muette sur les crises 21

qu'ont connues ses membres. L'intervention internationale au Timor fut décidée hors de l'ASEAN et l'a laissée désemparée. Elle reste encore pratiquement muette sur les dérives tyranniques de la junte du Myanmar. Ce principe de non ingérence entraîne l'impuissance de l'Organisation collective quand surgit une crise locale. Mais le « sommet informel» de Manille en Novembre 1999 a marqué, peut-être, un assouplissement dans le respect de ce principe. Face à la crise fmancière asiatique de juillet 1997 qui a surpris tout le monde par sa brutalité, l'ASEAN n'a pas servi à grand-chose. Les pays membres ont paré au plus pressé en ordre dispersé. Ils ont arrêté des politiques différentes. Ils se sont présentés individuellement devant le FMI pour négocier des concours financiers. La 'Charte' destinée à gérer les défis majeurs de l'intégration régionale, proposée au sommet de Kuala Lumpur fm 2005, sera peut-être approuvée, après amendements, à celui de Singapour en Novembre 2007. Cette charte vise à améliorer l'application des décisions prises et à mieux assumer les questions collectives. Le nouveau Secrétaire général, Surin Pitsuwan, est bien décidé à renforcer l'intégration politique et économique régionale. L'ASEAN n'est donc pas en soi un gage de cohésion régionale. Mais ses efforts sont dignes d'estime. Et son bilan reste positif. 2- Le renforcement de la sécurité collective. L'ASEAN a évité tout conflit armé entre ses membres. Les contestations de frontières sont pourtant nombreuses. Le seul conflit grave dans la région fut celui entre l'Indonésie et le Timor oriental. Mais comme l'ASEAN avait, sous pression indonésienne, reconnu la souveraineté de l'Indonésie sur cette ancienne colonie portugaise, le problème était devenu, par la même, une question intérieure indonésienne. Entre le Vietnam et le Cambodge, à l'extrême sud, en partie off shore, le tracé de la ITontière détermine à qui appartiendra le pétrole. Le différend a été géré pacifiquement. Dans l'archipel des Spratly, les contestations de souveraineté n'impliquent pas seulement la Chine, les pays de l'ASEAN se disputent entre eux certains îlots, sans recours à la force. Il y eut bien quelques violences à la ITontière de la Thaïlande et du Myanmar. Elles sont dues aux ethnies limitrophes au Myanmar qui 22