Violences envers les femmes

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L'ensemble de ces diverses contributions se réfèrent à une problématique de genre selon laquelle les violences contre les femmes résultent, en premier lieu, de la hiérarchisation des rapports sociaux de sexe. Ces textes témoignent de la volonté de poursuivre le combat de la reconnaissance scientifique et politique des violences contre les femmes. Le titre incline à vision optimiste des transformations: un pas de plus dans la marche vers l'égalité et la lutte contre les violences sexistes.
Publié le : dimanche 1 avril 2007
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EAN13 : 9782336267869
Nombre de pages : 321
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VIOLENCES ENVERS LES FEMMES
Trois pas en avant deux pas en arrière

Bibliothèque du féminisme
Collection dirigée par Gristelle Bonis, Dominique Fougeyrollas, Hélène Rouch

l'Association

publiée avec le soutien de nationale des études féministes

(ANEF)

Les essais publiés dans la collection Bibliothèque du féminisme questiolUlent le rapport entre différence biologique et inégalité des sexes, entre sexe et genre. Il s'agit ici de poursuivre le débat politique ouvert par le féminisme, en privilégiant la démarche scientifique et critique dans une approche interdisciplinaire. L'orientation de la collection se fait selon trois axes: la réédition de textes qui ont inspiré la réflexion féministe et le redéploiement des sciences sociales; la publication de recherches, essais, thèses, textes de séminaires, qui témoignent du renouvellement des problématiques; la traduction d'ouvrages qui manifestent la vitalité des recherches :teministes à l'étranger.

Natacha

Sous la direction de CHETCUTI et Maryse JASP ARD

VIOLENCES ENVERS LES FEMMES
Trois pas en avant deux pas en arrière

L' Harmattan

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-02849-4 EAN : 9782296028494

Sommaire

Présentation générale Natacha Chetcuti, Maryse Jaspard
PRÉLIMINAIRES L'enquête nationale sur les violences

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femmes en France (Enveff) ,. historique
Maryse Jaspard

envers les et contextes

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Du BON ET MAUVAIS USAGE DES CHIFFRES ET DES MOTS « Chiffres noirs» contre « chiffres ronds» : l'enquête Enveff dans la presse quotidienne française (2000-2004) Florence Maillochon Recherches qualitatives et quantitatives l'étude des violences envers les femmes Patrizia Romito dans

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Enquêter sur le viol: entre sexualité et violence Alice Debauche Un exemple du traitement des violences conjugales: La Fédération Nationale Solidarité Femmes Sibylle Schweier ESPACE PUBLIC ESPACE PRIVÉ, ENTRE AUTONOMIE ET DÉPENDANCE Violences contre les femmes et orientation sexuelle Brigitte Lhomond et Marie-Josèphe SaurelCubizolles

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L'intolérable indépendance de la femme publique Marie-Ange Schiltz

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Violences physiques, sexuelles faites aux femmes et crimes contre I 'humanité Natacha Chetcuti et Maria-Teresa Amaral
Le harcèlement sexuel, une violence un débat subversif Sylvie Cromer méconnue,

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Quand les faits « anodins» se font menace: à propos du harcèlement ordinaire dans les espaces publics Marylène Lieber
VIOLENCES ET DIVERSITÉS CULTURELLES: RUPTURE ET CONVERGENCE Contrôle social et violences subies parmi les descendantes d'immigrés maghrébins Stéphanie Condon et Christelle Hamel Violences envers les femmes en métropole et outre-mer: continuités et différences Elizabeth Brown et Isabelle Widmer Paroles et sexualité dans le couple à la Réunion et en Polynésie française Dolorès Pourette Violences et familles en Nouvelle-Calédonie. Perspectives ethnographique et statistique Christine Hamelin et Christine Salomon AUTOUR DES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE: LES RAPPORTS DE GENRE EN QUESTION Un nouveau regard sur genre et violences inter personnelles : l'enquête Enveff Michel Bozon Une enquête qui dérange Éric Fassin

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Références bibliographiques Les auteurs

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Présentation

Natacha Chetcuti et Maryse Jaspard

Ce livre est né d'une rencontre rendant nécessaire la poursuite au-delà du rapport final de l'enquête Enveff, du travail collectif commencé quelque sept ans auparavant. Hasard de la rencontre, lors d'une soutenance de thèse, de la responsable de l'enquête (Maryse Jaspard), épuisée par le matraquage antiféministe de certains médias, et d'une jeune chercheuse (Natacha Chetcuti), dynamique, fière d'être féministe, et enthousiasmée par l'approche de l'enquête Enveff. Ce hasard a révélé la nécessité de poursuivre le combat de la reconnaissance scientifique et politique des violences contre les femmes, en particulier dans le cadre des études féministes. L'ensemble des chercheures de l'équipe Enveffl toutes très engagées dans cette aventure scientifique et humaine, se trouvaient à ce moment là dans un même état d'épuisement; elles avaient tenu bon contre vents et marées afin de mener au bout cette recherche dont le parcours était semé d'obstacles à chaque étape de la démarche (cf. Jaspard infra). La synergie qui a produit cet ouvrage s'est construite autour d'un échange d'idées: sursaut d'une universitaire lassée des polémiques, stimulation d'une chercheuse de la génération montante. La plupart des membres de l'équipe Enveff avaient produit des analyses complémentaires, non publiées dans l'ouvrage collectif (Jaspard et al. 2003), ou en avaient le projet. D'autres chercheur-e-s ayant accompagné ou soutenu cette recherche sur les violences, avaient écrit des textes autour de l'enquête et de ses contextes. Nous disposions ainsi

1. Liste des chercheures : cf . article Jaspard infra.

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d'un ensemble d'articles susceptibles de prolonger la réflexion sur des aspects supplémentaires, et aussi sur des questionnements inédits. Cet ouvrage s'articule autour de trois grands axes d' investigation. Le premier ouvre, au-delà des données de l'Enveff, des perspectives sur les enjeux de la conceptualisation et du comptage de certaines formes de violences. Le deuxième questionne la relation entre violences publiques et violences « privées» et les stratégies d'autonomie des femmes. Le troisième axe présente, à partir des données des enquêtes Enveff en métropole et outre-mer, des études complémentaires, sur des questions de société sensibles ou des populations particulières. Le dernier volet entend analyser la réception et l' impact qu'ont produit la diffusion des résultats de l'enquête Enveff, de la réception consensuelle des premiers résultats, fin 2000, à la polémique qui s'est fait jour trois ans plus tard, avant même la publication du livre présentant l'ensemble des résultats de l'enquête. Cette initiative peut s'entendre comme une forme de réaction au contexte antiféministe latent; antiféminisme véhiculé par les médias et qui s'exacerbe parfois de façon inattendue, voire inappropriée, comme ce fut le cas en 2003, lors de la publication hyper médiatisée du pamphlet très virulent d'Élisabeth Badinter à l'encontre des «féministes », sorte d'entité indéfinie, nébuleuse allant des guérillères sexuellement frustrées aux non moins frustrées ringardes bigotes. La versatilité des médias ne fait pas mystère, et en 2006, les mêmes s'émeuvent des crimes conjugaux, et déplorent le manque de statistiques sur ces décès de femmes mortes sous les coups d'un conjoint violent, ce que nous déplorons aussi. Ou encore ces mêmes médias font la part belle à l'ouvrage collectif: Le Livre noir de la condition des femmes (Ockrent (dir.), 2006), qui justement dénonce les violences faites aux femmes. Mais là, la cible est mondiale et il est opportun de mettre en avant les exactions perpétrées contre les femmes dans les pays du sud afin de conforter l'image rassurante et protectrice des sociétés occidentales. Par ailleurs, dans la balance de la notoriété et du pouvoir médiatique,

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Christine Ockrent pèse au moins autant, sinon plus qu'Élisabeth Badinter - ironie du sort, des chercheures féministes vilipendées par Élisabeth Badinter, sont auteures de ce livre. La puissance médiatique des « livre noir» quelqu'en soit le sujet est inégalée, il est clair que notre ouvrage se situe dans un tout autre créneau, puisqu'il s'agit d'approfondir une thématique. Regroupant des auteur-e-s appartenant à différentes institutions de recherche, cet ouvrage se situe résolument dans une optique féministe pluraliste. Même si les approches proposées peuvent diverger, toutes les contributions se réfèrent à une problématique de genre selon laquelle les violences contre les femmes résultent, en premier lieu, de la hiérarchisation des rapports sociaux de sexe, notamment de la domination masculine. Au moment où l'on assiste à une institutionnalisation de la mesure et de la prise en charge des violences contre les femmes, il est plus que jamais indispensable de prolonger, voire reprendre la réflexion scientifique et politique sur ces questions. Rien n'est jamais acquis, tout peut être repris. Le titre de ce livre « trois pas en avant deux pas en arrière », slogan des manifestations féministes des années 1970-1980 se veut plus optimiste: un pas de plus dans la marche vers l'égalité et la régression des violences sexistes. Si, indéniablement, les violences que subissent les femmes sont de moins en moins occultées, elles sont dans le même temps, de moins en moins tenues pour des manifestations d'un sexisme récurrent. La prise en charge de ces violences par les pouvoirs publics apparaît comme une victoire à double tranchant. En atteste la montée en puissance des explications psychologisantes attribuant les comportements violents à des facteurs individuels - au détriment des approches féministes, avec pour corollaire, l'insistance sur la prise en charge des hommes violents; par ailleurs, la mise en avant de la symétrie des violences contre les hommes gagne du terrain. Le succès d'ouvrages qui décrivent, cliniquement, le harcèlement moral et, à l'opposé, les polémiques frappant les résultats, à peine

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énoncés, des enquêtes sociologiques nationales2, en sont une illustration. Le modèle psychopathologique perçoit les violences comme résultant de comportements déviants d'individus dont l'histoire personnelle est gravement perturbée. Cette approche désigne un autre, «malade» ou « délinquant », pouvant être, après examen, puni ou traité médicalement. L'approche féministe représente une analyse socio-politique plus embarrassante pour une société démocratique. En analysant la violence masculine comme un mécanisme de contrôle social maintenant la subordination des femmes envers les hommes (Hanmer, 1977), elle critique explicitement l'ordre social. En préliminaire de l'ouvrage Maryse Jaspard, présente un historique de l'enquête Enveff: de 1989 où la première campagne de lutte contre les violences conjugales sera menée à l'initiative du feu secrétariat d'État aux Droits des femmes, à l'année 1997 où à la demande du service des Droits des femmes l'enquête a pu être conçue. L'objectif principal était de rendre compte d'un phénomène jusqu'alors que partiellement cernée par les statistiques administratives. L'équipe Enveff composé de chercheur-e-s de disciplines variées, va alors s'atteler à évaluer la fréquence des divers types de violences interpersonnelles exercées envers les femmes et à en analyser les conséquences sur la santé physique et mentale, la vie familiale et sociale et l'usage de l'espace privé/public. Avec quelques rappels méthodologiques, Jaspard présente les divers contextes institutionnels, politiques et scientifiques dans lesquels cette recherche a évolué de sa conception à la publication des résultats et de leur réception dans la presse, auprès des travailleurs sociaux, dans le milieu scientifique et universitaire. Aujourd'hui, la question des violences va être davantage du ressort des ministères de la Santé, de la Justice voire de l'Intérieur, ce qui est selon Jaspard un recul dans le sens où la dimension socio-politique du
2. Dans nombre de pays occidentaux, les enquêtes nationales spécifiques sur les violences contre les femmes ont fait l'objet de vives polémiques (cf Canada, Suède, France, etc.).

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phénomène risque d'être évacuée au profit d'une prise en compte relevant seulement de la santé publique ou de la sécurité intérieure. Du bon et mauvais usage des chiffres et des mots Dès sa première publication le 6 décembre 2000, l'enquête Enveff a été l'objet dans la presse française d'un traitement qui questionne la relation entre science et politique. Florence Maillochon s'intéresse à la manière dont sont traités les résultats d'une enquête sociologique quand ils croisent la presse. Alors que l'objectif de la production «scientifique» est de comprendre la complexité d'un phénomène, ici, les violences faites aux femmes, la presse va en érigeant un chiffre : le fameux « 10 % de femmes victimes de violences conjugales» globaliser plusieurs types de violences et restreindre l'étendue de l'enquête sur l'ensemble des violences faites aux femmes. Cet indicateur statistique, devenant ainsi un «chiffre-fait social », va synthétiser de manière emblématique la question des violences conjugales et devenir en quelque sorte un sigle fonctionnant comme un «label de caution scientifique» qui va permettre une prise en considération politique et juridique de la question. L'auteur démontre comment la presse en s'emparant seulement d'un chiffre a permis la remise en cause de lieux communs sur la violence conjugale, mais sans aller jusqu'au bout de sa déconstruction, faute de précisions sur la nature des informations transmises. Comme le rappelle Patrizia Romito, le manque de données dans un domaine traduit toujours une option politique révélatrice d'un système. Romito soulève le fait que c'est grâce aux espaces politiques créés par le mouvement des femmes et grâce aux pressions exercées au niveau national et international qu'il a été possible pour les chercheur-e-s d'entreprendre des travaux dans ce domaine et par là même de rompre, avec ce qu'elle nomme « la politique de la donnée absente ». Le secret et le silence confortant jusqu'alors la défense des agresseurs et leur impunité. Ainsi, les premières diffusions des données statistiques sur les violences faites aux femmes dans les années 1980 ont permis de mieux compren-

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dre et reconnaître les processus de violence. L'auteure analyse les différents apports méthodologiques des approches quantitatives et qualitatives et leur articulation nécessaire. Les premières permettent de mesurer les phénomènes et la fréquence des violences faites aux femmes avec l'objectivité souhaitée, les secondes en décrivant les expériences des femmes sont un outil d'appréhension et de compréhension des résistances à nommer les actes de violence. Ces réticences pouvant entraver les processus de changement et de libération au niveau personnel et collectif. Dès l'origine une question taraude le mouvement féministe : est-ce que le viol relève de la sexualité ou de la violence. Susan Brownmiller (1976) considère ainsi que le viol n'est pas sexuel, qu'il s'agit uniquement de violence. Le viol ne se distinguerait pas des autres violences envers les femmes et le pénis serait une arme comme les autres. Alice Debauche rappelle que cette construction théorique, ne peut occulter le fait que pour nombre de victimes leur agression est d'ordre sexuel, qu'une grande partie d'entre elles souffrent de problèmes sexuels et relationnels après un viol. En France, la première enquête quantitative incluant des questions sur le viol fut l'enquête ACSF menée en 1992. Debauche tente de cerner l'impact méthodologique de l'estimation du nombre de viols dans le cas des enquêtes sur la sexualité ou des enquêtes sur les violences en rapprochant les enquêtes ACSF et Enveff. Dans l'évolution du traitement des violences faites aux femmes par leur ex-conjoint de la Fédération Nationale Solidarité Femmes, apparaît un glissement de terminologie de « femmes battues» à «violences conjugales ». Changement de mots, significatif pour l'intégration négociée d'un engagement féministe dans le travail social qui semblait être la seule possibilité d'instaurer l'aide aux femmes victimes avec des financements publics. Pour Sibylle Schweier, les femmes victimes sont ainsi devenues une nouvelle catégorie du travail social et ces violences un problème de femmes, femmes victimes et femmes travaillant contre ces violences. En effet, les hommes, auteurs des violences conjugales ont été pratiquement absents de la problématisation et du traitement de

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ces violences. La plupart des initiatives d'un traitement antiviolence de ces hommes sont restées ponctuelles du fait de manque de partenaires institutionnels et surtout de financeurs. L'absence de la prise en compte des hommes, auteurs de ces violences révèlent les résistances au changement dans les rapports entre femmes et hommes et donc la difficulté de l'instauration d'un traitement global des violences conjugales. Espace public Espace privé, entre autonomie et dépendance Témoignant d'un désintérêt certain des sciences sociales, rares sont, en population générale, les études quantitatives s'adressant aux femmes homosexuelles. Brigitte Lhomond et Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles montrent comment les dimensions de I'homosexualité, telles que considérées dans l'enquête Enveff, sont associées à des parcours biographiques différenciés, parcours au long desquels les expériences de violences se révèlent plus fréquemment Plusieurs tentatives d'explication sont envisageables. L 'hypothèse centrale de l'article est que le contrôle social s'exerce de manière plus forte sur celles qui dérogent plus largement aux obligations faites à leur sexe social, et que la conjugaison d'attitudes ou de comportements « déviants », dont l'échappée, même temporaire, hors de l'hétérosexualité commune, est alors sanctionnée par des violences plus fréquentes, tant dans la sphère publique que privée. Les violences seraient une tentative de remise au pas. On peut penser aussi que la perception des violences subies est plus aiguë chez les femmes qui adhèrent moins aux normes liées à leur statut social de femmes. Ainsi, elles pourraient être plus conscientes qu'il s'agit bien de violences, de l'inacceptable de ces agressions, ce qui a permis aux enquêtées d'en témoigner dans le cadre de l'enquête Enveff. Marie-Ange Schiltz s'interroge sur les liens entre les niveaux de violences exercées à l'encontre des femmes dans leur vie publique et leur vulnérabilité à travers des indicateurs qui rendent compte de situations de fragilité. Il ressort une corrélation significative entre l'affirmation du droit à l'autonomie des femmes et les violences physiques ou verbales su-

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bies par les femmes. Les risques d'agressions verbales répétées, d'atteintes et d'avances sexuelles sont d'autant plus importants que les femmes sont jeunes et qu'elles affirment leur liberté de mouvements nocturnes dans l'espace public; à ces facteurs s'ajoute l'exposition spécifique des migrantes originaires des pays « non-occidentaux ». Les femmes les plus exposées aux agressions physiques et sexuelles, sont celles qui se trouvent dans une certaine précarité économique ou celles qui vivent des rencontres sexuelles nombreuses. Le couple étant le lieu privilégié de la sexualité dans la société française, les femmes au-delà de la trentaine qui vont à l'encontre de cet idéal de la sexualité féminine se trouvent confrontées à des risques accrus d'agressions verbales par la famille ou dans l'espace public qui se caractérisent par des expressions verbales leur notifiant une mauvaise maîtrise des risques liés à la sexualité. Une autre question soulevée par l'auteur est celle du contrôle de la sexualité: celles qui dérogent à la règle hétérosexuelle par des pratiques homosexuelles, ou des pratiques de multipartenariat, se trouvent confrontées à des violences de toutes natures. Cette contribution permet de relativiser la notion d'autonomie des femmes et Schiltz démontre que, pour les femmes, les limites de l'indépendance sont vite franchies et sont de plus très variables selon les normes en vigueur dans chaque sphère d'activité. Natacha Chetcuti et Maria Teresa Amaral dans une perspective socio-politique cherchent à établir des relations entre les violences physiques et sexuelles faites aux femmes et les crimes contre l'humanité. Elles montrent que malgré le fait que les juridictions pénales internationales intègrent le viol comme crime contre l'humanité - car il porte atteinte à des valeurs jugées universelles, touchant à la dignité humaine -, les violences faites aux femmes ne sont pas toutes considérées comme crimes contre l'humanité car, elles ne sont pas pensées en tant que système: l'androsocialité. Bien souvent l'argument du relativisme culturel est utilisé comme forme d'acquittement social et juridique, alors que les violences physiques et sexuelles perpétuées contre les femmes sont présentes dans toutes les cultures et les groupes sociaux. Ins-

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crire toutes les violences physiques et sexuelles faites aux femmes dans un rapport politique généralisé, permet d'en saisir les phénomènes et de sortir des analyses individualisantes. Cela permet également, aux femmes de se transformer en sujet autonome et non pas en sujet relatif. Pour Chetcuti et Amaral, les résultats de l'enquête Enveff sont un outil supplémentaire de compréhension des relations de pouvoir dans lesquels s'inscrivent les relations sociales de genre. Le harcèlement sexuel est une des violences faites aux femmes, tout à la fois moins connue et la plus contestée. Les études et les publications le concernant sont rarissimes en France. Après une période d'intérêt allant de 1985 à 1992 on constate une faible prise en compte de ce phénomène. Aujourd'hui elle réapparaît partiellement sur le plan juridique mais s'invisibilise sous la notion de harcèlement moral. Le harcèlement sexuel est défini comme une agression sexuelle, qui affecte la personne par des remarques sexistes, des plaisanteries obscènes, des affichages pornographiques. Il englobe aussi un chantage sexuel sous formes de sollicitations sexuelles implicites ou explicites, accompagnés de promesses ou de menaces sur l'emploi, un service ou sur la sécurité de la personne. Ces agressions peuvent se manifester dans tous les lieux de vie, au-delà même de tout rapport d'activité professionnelle. En comparant les conceptualisations sociologiques, historiques et juridiques du harcèlement sexuel Sylvie Cromer dénote le flou qui entoure cette notion qui, cantonnée aux rapports de travail, inscrite dans le continuum de la séduction, ne permet pas aux victimes d'en reconnaître les faits. L'interrogation sur l'impact du harcèlement sexuel et le sens du dispositif concurrentiel du harcèlement moral, est selon l'auteure subversif car il menace de questionner les rapports inégalitaires entre hommes et femmes. L'enquête Enveff l'a montré, la sphère privée est le lieu le plus dangereux en termes de violences physiques, sexuelles et verbales. Cependant les violences sexuées dans l'espace public concernent près d'une femme sur cinq. Marylène Lieber en s'appuyant sur 35 entretiens auprès d'hommes et de femmes, effectués entre 2002 et 2003 à Paris et dans sa petite cou-

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ronne, cherche à comprendre les peurs exprimées par les femmes lorsqu'elles sortent de chez elles. Son analyse porte sur les discours qui construisent les femmes comme vulnérables et comme physiquement impuissantes face à la violence masculine dans l'espace public. Elle montre que les femmes mettent en place des stratégies dans l'espace urbain et dans la présentation de soi pour contourner ce qui semble « naturel », intimement liée au fait d'être femme: l'espace public étant perçu comme un lieu hostile pour elles. Les propos recueillis montrent que les femmes anticipent constamment leur sortie, par exemple en faisant attention à leur tenue vestimentaire, en élaborant des diagnostics, calculer, avancer, scruter l'environnement afin de juger du risque potentiel d'une situation. Bien plus que dans les propos des hommes, Lieber constate une tension chez les femmes entre la volonté de se présenter comme autonome et la nécessité, jamais mise en doute, de se protéger physiquement à travers une régulation de leurs mouvements et de leurs comportements dans les espaces urbains. Pour l'auteur, ces faits « anodins» contribuent à perpétuer une forme prégnante de contrôle social et participent à la reproduction des identités sexuées et des stéréotypes qui vont de pair. Violences et diversités culturelles: rupture et convergence À en croire les rumeurs orageuses des grands médias télévisés le sexisme œuvrerait à la débâcle des banlieues, calcinant les quartiers pauvres des grandes agglomérations où se concentrent les familles immigrées. Stéphanie Condon et Christine Hamel montrent le danger de cette interprétation simpliste, voire dédaigneuse, de la violence sexiste qui stigmatisant la culture des uns, population socialement et géographiquement exilée, exonère, benoîtement, celle des autres de toute véhémence sexiste. Si la lutte contre les simplismes racistes ne peut occulter les violences sexistes fermentant dans des groupes d'immigrés, leur dénonciation ne saurait renforcer les préjugés accablant ces minorités. La nécessité de la virginité au mariage dans les familles maghrébi-

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nes est, par définition, une norme sexiste puisque ne s'appliquant qu'aux filles; mais se réappropriant cette contrainte normative, certaines jeunes filles l'utilisent comme sauvegarde, étendard de protection, en l'opposant aux menaces masculines, aux spoliations phallocratiques. En prenant comme axe l'âge du premier rapport sexuel, les auteurs montrent qu'il s'avère être un indicateur assez imparfait du contrôle parental sur la sexualité de leurs enfants. En revanche il est un indicateur pertinent de la diversité des normes sexuelles auxquelles les individus se réfèrent et un bon indicateur de l'asymétrie des normes sexuelles dans les familles maghrébines. Condom et Hamel pensent que le contrôle parental, lorsqu'il existe n'est pas forcément suffisant pour interdire une sexualité prémaritale, et enfin que les filles peuvent aussi se réapproprier cette norme et en faire un instrument de protection face à certaines autres pratiques de sexisme dans la sexualité. Elizabeth Brown et Isabelle Widmer présentent une comparaison des principaux résultats des enquêtes Enveff menées en Métropole et dans les départements et territoires d'Outre-Mer, (Réunion, Polynésie, Nouvelle-Calédonie) entre 2000 et 2002. Dans tous les cas, il en ressort, que c'est dans la sphère conjugale que s'exercent le plus de violences. Cependant, les auteures relatent un rapport de contrôle et de domination exercé dans le couple plus important en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française: les taux de violences physiques et sexuelles dans le cadre conjugal y sont au moins sept fois plus élevés que dans I'Hexagone. Les situations de précarité économique, l'absence de qualification professionnelle entraînant un retrait important des femmes du marché du travail, sont des facteurs d'accentuation des violences intra-individuelles, à cela il faut ajouter l'étroitesse des espaces de vie, la proximité immédiate de la famille et la rapide publicité des événements violents faits par les media locaux. La dénonciation des violences conjugales s'avère d'autant plus difficile que les femmes ont peur de représailles possibles de la part de l'agresseur, qui est le plus souvent le conjoint. Concernant les lieux publics, la présence masculine

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s'exprime d'une manière encore plus violente qu'en métropole. Malgré ce constat, Brown et Widmer notent que les femmes arrivent de plus en plus à dénoncer la jalousie excessive des conjoints, leurs violences psychologiques, physiques et sexuelles, ce qui permettrait d'envisager une remise en cause des rapports de domination à long terme. Les enquêtes menées en Polynésie française et à l'lIe de la Réunion prévoyaient chacune deux volets complémentaires quantitatif et qualitatif. Ces enquêtes ont permis de dégager qu'au-delà des divergences contextuelles, les paroles recueillies auprès de femmes réunionnaises et polynésiennes se rejoignent pour dénoncer d'une part l'absence ou le manque de communication dans le couple, et d'autre part leur expérience décevante de la sexualité, voire les abus sexuels que certains conjoints leur infligent. Dolorès Pourette souligne que la défaillance du dialogue dans le couple est associée aux violences conjugales qui s'aggravent lorsque la situation économique et sociale de l'homme est menacée ou détériorée. Lorsque la compagne, par ses mots ou ses questions essaie de tendre vers un nouveau mode de relation, alors le conjoint, étant remis en question dans son rôle de garant de chef de famille et dans sa virilité, répond par la brutalité. Ces situations de violences conjugales sont généralement associées à des pratiques sexuelles contraintes par le bon vouloir du conjoint. L'absence de communication favorise les viols conjugaux. Pour l'auteure, l'environnement familial ne permettant pas une éducation à la sexualité à la Réunion et en Polynésie, l'institution scolaire a un rôle fondamental à jouer afin d'harmoniser les relations entre femmes et hommes dans le couple, dans la sexualité et dans toutes les autres sphères de la VIe. En articulant l'outil statistique et ethnographique Christine Hamelin et Christine Salomon ont mené une enquête en 2002/2003 en Nouvelle-Calédonie. Elles centrent ici leur analyse sur la sphère familiale, où les taux de violences sont très élevés. Parmi les facteurs d'accroissement des violences, l'âge, le statut matrimonial, le rapport de genre et le partage du logement avec la famille (du conjoint générale-

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ment) jouent un rôle prépondérant. Dans une société où I'histoire coloniale est très pesante, où les institutions de socialisation et les réseaux de soutien sociaux alternatifs à la famille restent peu connus, la famille constitue un espace fortement investi comme source de protection et de solidarité, mais aussi propice à la fabrique et à la reproduction des violences contre les femmes. Les auteures pensent que si le niveau des violences est très élevé c'est qu'il s'inscrit à la fois dans la continuité d'une légitimation de rapports sociaux de sexe très inégalitaires, mais aussi dans une brutalisation coloniale des relations intercommunautaires qui ont pour effet d'augmenter à l'intérieur de chaque communauté les violences interpersonnelles et notamment celles qui atteignent les plus dominées: les femmes. Autour des résultats de l'enquête: les rapports de genre en question Compte rendu de l'ouvrage final présentant les résultats de l'enquête Enveff (Jaspard et al., 2003), le texte de Michel Bozon analyse l'élaboration théorique minutieuse et la démarche scientifique de l'enquête Enveff, tout en soulignant ses effets politiques. Obligeant à la prise en compte par des acteurs sociaux, militants et politiques d'un phénomène longtemps passé sous silence, la publication des analyses d'Enveff laisse entrevoir un déplacement historique de la sensibilité vis-à-vis des phénomènes de contrôle et d'emprise interpersonnels, et une prise de conscience du caractère socialement construit et inacceptable de la contrainte psychologique. De plus l'enquête a permis de créer un cadre dans lequel les faits, et même les plus douloureux, ont pu être dits et parfois pour la première fois par les déclarantes. En répondant aux critiques faites par Iacub et Le Bras (2003) Bozon rappelle les principaux résultats de l'enquête. Il montre que dans la continuité du féminisme des années 1970 qui a déclaré que le privé était politique, l'enquête Enveff a fait bouger les limites de ce qui allait de soi dans les rapports entre hommes et femmes, et permis de repousser le double écueil de « l' essentialisation »

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et de la « psychologisation» souvent utilisé pour parler des violences sexuées. Éric Fassin répond à la tempête polémique lancée par certains intellectuels de gauche et notamment Élisabeth Badinter et Hervé Le Bras qui ont voulut réduire l'Enveff à n'être qu'une enquête insignifiante et faussement scientifique. Hystérisant les relations sociales, l'enquête a été accusée, avant même sa publication en juin 2003, de victimiser les femmes. Pour Fassin, s'il y a eu tant de controverses à la réception des résultats présentés par l'Enveff, c'est que cette recherche soulève le fait que la sexualité doit être pensée comme un des registres dans lesquels s'exprime la domination de genre, s'opposant en cela à la rhétorique républicaine française qui refuse toute politisation de la sexualité. De plus, l'Enveff montrant que les violences sont le fait majoritairement de personnes proches et qu'elles traversent l'ensemble des classes sociales, elle rompt avec l'idée que les auteurs de violence sont le fait des « autres». En plein débat, sur les « tournantes» et les jeunes des cités les résultats de l'Enveff soulèvent les enjeux de classe qui se mêlent aux enjeux ethnico-raciaux où la violence sexuelle ne peut que s'opposer au schéma: archaïsme et anti-civilisation d'un côté et modernité sexuelle incompatible avec la domination masculine de l'autre.

Préliminaires

L'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveft) : Historique et contextes

Maryse Jaspard

Dans l'effervescence du prologue des années 1970, les militantes féministes ont dénoncé les violences contre les femmes. Avec des degrés de mobilisation divers, la lutte s'est organisée pour aboutir à des avancées législatives telles que la qualification juridique du viol en tant que crime en 1980 et du harcèlement sexuel au travail en 1992; en revanche la reconnaissance et la prise en compte au plan juridique des violences conjugales ne sont pas encore achevées en 2005.

Un contexte politique favorable L'arrivée, en 1981, de la gauche au pouvoir a provoqué une institutionnalisation des revendications pour les droits des femmes. Sans doute parce que la dénonciation des violences contre les femmes est marquée du sceau du féminisme militant, cette question des violences a émergé seulement lors des travaux préparatoires de la Conférence internationale de l'ONU sur les femmes, tenue à Nairobi en 1985. La première campagne de lutte contre les violences conjugales sera menée en 1989, à l'initiative de Michèle André, secrétaire d'État aux Droits des femmes; consécutivement l'aide aux victimes est institutionnalisée et des commissions départementales d'action contre les violences faites aux femmes sont créées. Ces commissions doivent, sous la responsabilité du préfet, assurer la coordination entre les différents acteurs locaux

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institutionnels et associatifs: police, justice, santé, aide sociale; l'impact de ces instances sera très inégal selon les départements. Les associations de lutte contre les violences contre les femmes - Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, Collectif féministe contre le viol, Fédération nationale solidarité femmes - sont pérennisées et subventionnées par l'État. En 1995, la mission française de coordination de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes de Pékin, a retenu le thème des violences parmi les axes prioritaires de la contribution française. Écrit par Claire Aubin et Hélène Gisserot, le rapport pour l'ONU - Les femmes en France (1994) - insistait sur la demande de «statistiques précises concernant les violences faites aux femmes ». Profitant de l'élan suscité par l'engagement formel des États en matière de lutte contre les violences faites aux femmes lors de la Conférence, des membres de la commission française (institutionnel-le-s, militantes associatives et expert-e-s), ont entamé une réflexion sur la mise en œuvre des recommandations édictées à Pékin, notamment en matière de mesure du phénomène. En 1996, les responsables du bureau des droits propres du service des Droits des femmes, après consultation des experts de la commission « Violences à l'encontre des femmes », ont envisagé la mise en œuvre d'un projet d'enquête statistique sur le sujet. Cette initiative trouvera un écho favorable, du fait des actions engagées au niveau européen, puisque dès 1997, le Conseil de l'Europe et le Parlement européen démarrent une campagne pour faire de 1999, l'année de « tolérance zéro» des violences envers les femmes. En France, au départ, seul le service des Droits des femmes, petite structure sise dans le grand ministère de l'Emploi et de la Solidarité, porte la démarche. Démarche que l'État, désireux de se conformer aux recommandations internationales, fera sienne par la suite. Par comparaison aux pays d'Europe du nord de la France avait pris du retard vis-à-vis du traitement social des violences faites aux femmes, moins sans doute en termes d'aide aux victimes qu'en termes de prévention (Jaspard,

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2005). Bien que très actives les associations de lutte contre les violences restaient peu visibles, et souhaitant rendre public l'ampleur du phénomène elles apporteront tout leur soutien à ce projet d'enquête. Le projet d'enquête est conçu début 1997 au sein du service des Droits des femmes, avec le concours de la délégation régionale des droits des femmes d'Ile-de-France, de responsables associatives et de scientifiques spécialistes d'enquêtes quantitatives sur les questions de genre. L'équipe de recherche est constituée, ainsi que le comité de pilotage et le conseil scientifique. Répondant à la demande sociale, le comité de pilotage rassemble l'ensemble des acteurs sociaux en charge de la question des violences envers les femmes: délégation régionale aux droits des femmes d'Ile-de-France, associations de lutte contre les violences faites aux femmes (la Fédération nationale solidarité femmes, le Collectif féministe contre le viol, l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail), représentants des différents ministères concernés, services de police, gendarmerie et justice, autres personnalités de la société civile. L'équipe de recherche pluridisciplinaire est composée de neuf chercheur-e-s appartenant aux grands organismes publics de recherche1. À l'époque aucune de ces instances scientifiques (Institut national de la statistique et des études économiques, Insee, Institut national d'études démographiques, Ined, Institut national de la santé et recherche médicale Inserm...) n'a montré d'intérêt pour ce thème. Aussi, la coordination du projet a été confiée à un centre de recherche universitaire, l'Institut de démographie

1. Maryse Jaspard, socio-démographe, responsable de l'enquête, Institut de démographie de l'université Paris 1 (IDUP); Elizabeth Brown, démographe, Institut de démographie de l'université Paris 1 (IDUP); Stéphanie Condon, Jean-Marie Firdion, démographes, Institut national d'études démographiques (INED); Annik HoueI, psychologue, Université Lumière- Lyon II; Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Brigitte Lhomond, Florence Maillochon, Marie-Ange Schiltz, sociologues au Centre national de la recherche scientifique (CNRS); Marie-Josèphe Saurel-Olbizolles, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM).

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de l'université Paris 1 (Idup), qui n'avait pas pour vocation première de réaliser une opération d'aussi grande envergure.

Unfinanœment

complexe

L'enquête-pilote a pu être réalisée en 1998 avec un financement du service des Droits des femmes, mais le coût de la grande enquête a nécessité la collecte de fonds complémentaires. Pour la moitié du budget un partenariat financier a été instauré avec divers organismes2. La création de la délégation interministérielle aux Droits des femmes en 1997 a donné une visibilité plus grande au projet et permis d'obtenir des soutiens institutionnels et monétaires supplémentaires. En revanche, la restructuration du service de la recherche et des études du ministère de l'Emploi et de la Solidarité a retardé le plan de financement de l'État. La création, fin 1998, du secrétariat d'État aux Droits des femmes et à la formation professionnelle et la nomination de la secrétaire d'État aux Droits des femmes, Nicole Péry, ont permis d'accélérer le déblocage des crédits nécessaires à la réalisation de la collecte des données, et assurer le bon fonctionnement institutionnel de l'enquête. Par ailleurs, la conjugaison de deux étapes a joué dans l'implication de l'État: en 2000, soit cinq ans après la Conférence de Pékin, les pouvoirs publics français, comme l'ensemble des États signataires, devaient présenter un bilan des mesures prises en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, de plus, la France allant assumer la présidence de l'Union européenne, elle devait montrer le bon exemple. Il faut ajouter que l'Université Paris 1 PanthéonSorbonne, et notamment ses services financiers, a accepté de gérer un plan de financement complexe et de procéder à des
2. L'Agence nationale de recherche sur le sida ANRS, la Caisse nationale d'allocations familiales CNAF, le Fond d'action sociale pour les travailleurs immigrés et leur famille FAS, l'Institut des hautes études de la sécurité intérieure IHESI, l'Observatoire français des drogues et toxicomanies OFDT, le Conseil régional d' Ile-de-France, le Conseil régional PACA, la mission de recherche Droit et Justice.

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avances budgétaires audacieuses, avances qui ont permis la réalisation de la recherche dans des délais scientifiquement acceptables. Par la suite, l'extension de l'opération aux départements et territoires d'Outre-Mer a été plus hasardeuse. Les services ministériels métropolitains (Outre-Mer et Droits des femmes)3 ont bien financé les enquêtes pilotes dans les DOM en 2001, - sous la pression des associations de femmes antillaises. Mais les services métropolitains se sont ensuite désengagés: en 2005 aucune enquête n'a été menée aux Antilles et en Guyane; dans les autres départements et territoires, les enquêtes ont été menées en 2002 et 2003, grâce à la pugnacité des équipes de recherche4, à partir d'initiatives et de financements locaux (cf. article Brown et Widmer infra).

Éclairer le chiffre noir des violences contre les femmes En 1997, lorsque la demande sociale se faisait jour, un chiffre noir, de source inconnue, circulait: «deux millions de femmes battues ». En réalité, la connaissance du phénomène était très partiellement cernée par les statistiques administratives (police, justice, associations). Pour les deux sexes, on comptait en milliers les cas les plus graves (viols, homicides), en dizaines de milliers les cas un peu moins graves (agressions sexuelles, coups et blessures), le total ne dépassant pas la centaine de milliers. Par ailleurs, si les associations d'aide aux victimes connaissaient bien les situations de violence vécues par les personnes qui les sollicitaient, le phénomène restait méconnu pour l'ensemble de la population. L'enjeu autour du chiffrage des violences se focalisait sur l'écart, plutôt le fossé observé entre les statistiques des sources administratives et les évaluations avancées par les acteurs de terrain, les ONG et les militantes. La polémique était d'autant plus aisée que les statistiques publiées par les ministè3. L' ANRS a également apporté un soutien financier, et l'Ined un soutien logistique. 4. L'Ined a coordonné et soutenu financièrement l'enquête à La Réunion et l' Ofdt a apporté un soutien financier.

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res de l'Intérieur et de la Défense ne sont pas sexuées, et que celles de la Justice portent uniquement sur les auteurs d'infractions. Autrement dit, le chiffrage des violences faites aux femmes était quasiment impossible à partir de ces sources. En conséquence la réalisation d'une enquête en population générale s'avérait indispensable pour saisir la mesure réelle du phénomène et obtenir une information nécessaire à un meilleur traitement social, d'autant que le débat se nourrissait de nombreux préjugés. Ainsi, l'objectif de l'enquête Enveff était-il la production de statistiques sur l'ensemble de la population. Il s'agissait en priorité d'évaluer la fréquence des divers types de violences interpersonnelles exercées envers les femmes, à l'âge adulte, dans leurs différents cadres de vie (couple, famille, travail, lieux collectifs), quels que soient le(s) auteur(e)s des violences; tous les types de violences, verbales, psychologiques, physiques et sexuelles, devaient être pris en compte. Le décryptage statistique du phénomène a été resitué dans le contexte familial, social, culturel et économique des situations de violence; ont également été analysées les réactions des femmes aux violences subies, leurs recours auprès des membres de leur entourage et des institutions spécialisées ainsi que les conséquences de la violence sur la santé physique et mentale, la vie familiale et sociale, et l'usage de l'espace privé/public.

Un contexte scientifique réservé Bien que bénéficiant de l'expérience des enquêtes sur la sexualité menées dans les années 1990 (enquête ACSF, ACSJ)5 et des avancées des enquêtes sur les violences réalisées au Canada, en Finlande et en Suisse6, l'enquête Enveff - pre5. ACSF : Analyse des comportements sexuels en France, 1992, sous la direction de Alfred Spira et Nathalie Bajos; ACSJ: Analyse des comportements sexuels des jeunes, 1994, sous la direction de Hugues Lagrange et Brigitte Lhomond. 6. Rodgers K. (1994): «Résultats d'une enquête canadienne sur l'agression contre la conjointe », Juristat, vol. 14, n° 9, pp. 1-22. (1993) :

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mière enquête statistique sur ce thème en France - a vu le jour dans un contexte scientifique relativement hostile. La réalisation d'une recherche quantitative en termes de rapports sociaux de sexe apparaissait comme une gageure. « Non seulement il fallait faire reconnaître la pertinence du sujet et des méthodes, mais également se confronter aux positions antagonistes de quelques chercheurs. À savoir, aux remarques classiques émanant soit de sociologues hostiles aux approches féministes trop marquées, soit à l'opposé de chercheuses féministes qui ont tendance à rejeter en bloc les approches quantitatives. Il s'agissait de relever le défi méthodologique de la mesure d'un phénomène aux contours flous, en quelque sorte de construire un objet sociologique quantifiable: les violences envers les femmes» (Fougeyrollas-Schwebel et Jaspard, 2003 p. 64). Après la réalisation de l'enquête-pilote en 1998, des partenariats établis avec des statisticiens de l'Insee et de l'Ined ont fait' évoluer la perception de cette recherche dans le milieu scientifique. Sa présentation au Conseil national de l'information statistique (CNIS) et la saisine de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) ont permis la validation de sa méthodologie. Ayant reçu le label du Cnis, cette recherche fut intégrée au programme d'enquêtes statistiques des services publics publié par le Cnis pour l'année 2000 (J.O. du 23 janvier 2000). Ainsi, le problème des violences contre les femmes était reconnu comme une question légitime de la statistique française.

« L'enquête sur la violence envers les femmes. Faits saillants », dien, n° 11-00IF, lOp. Gillioz Lucienne., De Puy Jacqueline, Ducret Véronique (1997), tion et violence envers la femme dans le couple, Lausanne, Payot Lausanne. Heiskanen M., Piispa M. (1998): Fai/h, hope, battering. A men's violence in Finland, Helsinki: Statistics Finland, 64 p.

Le QuotiDominaÉditions survey of

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ENVERS

LES FEMMES

Rappels méthodologiques L'enquête-pilote, réalisée en novembre 1998 auprès d'un échantillon de 484 femmes de deux régions (Ile-deFrance et Bretagne), a permis de tester l'acceptabilité du sujet par les répondantes, la pertinence de la collecte par téléphone sur ce sujet sensible. Il s'agissait aussi de mettre au point l'interrogation des personnes inscrites sur la liste rouge de France Télécom, procédure totalement novatrice en 1998. La collecte des données de la grande enquête a été menée du 3 mars au 17 juillet 2000 auprès d'un échantillon représentatif de 6970 femmes âgées de 20 à 59 ans et résidant, hors institution, en métropole. Elle a été effectuée par téléphone, selon la méthode Cati (Collecte assistée par téléphone et informatique), par l'institut de sondage MV2/Maxiphone, en étroite collaboration avec l'équipe de recherche qui a assuré le suivi complet du terrain. La base de sondage utilisée était l'ensemble des ménages? résidant en France métropolitaine, abonnés au téléphone (94 % des ménages): la procédure de tirage d'échantillon a pris en compte les ménages sur liste rouge. Les procédures d'appel des enquêtées et la gestion des fichiers de numéros de téléphone assuraient le respect de l'anonymat total, la confidentialité et la sécurité des personnes interrogées. En raison de la sensibilité du sujet et afin de prévenir d'éventuels risques pour les répondantes, le protocole de collecte prévoyait de nombreuses précautions; un dispositif de relais associatif a été mis en place. Seules des enquêtrices ont été recrutées pour travailler explicitement sur ce sujet; elles ont reçu une formation intensive, spécifique. Enfin, le numéro d'appel des associations était communiqué systématiquement à la fin de l'entretien. Dans la continuité, les enquêtes analogues ont été réalisées en Polynésie (en face à face) et à l'lIe de la Réunion (par téléphone) en 2002, en Nouvelle-Calédonie (en face à face)
7. Ménage: ensemble des personnes habitant un même logement, quel que soit leur lien de parenté.

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en 2003 sur des échantillons de 1000 femmes (cf. articles Brown et Widmer, Pourrette, Hamelin et Salomon, infra). Le questionnaire8 d'une durée de 45 minutes reposait sur une approche particulière: l'évocation progressive des actes de violence facilitait la mise en confiance de l'interviewée et favorisait la remémoration d'événements parfois très anciens. Afin d'établir une relation de confiance, les questions sur les actes de violence ne viennent qu'à l'issue d'un module recueillant des données contextuelles (caractéristiques familiales, économiques, sociales, résidentielles...), des éléments biographiques et d'état de santé. Les modules suivants appréhendent les faits de violence subis pendant les 12 derniers mois dans les différents cadres de vie: espaces publics, sphère professionnelle, couple, famille. Dans les questions, les mots «violence» ou « agression» ne sont pas utilisés, seuls des « faits» sont évoqués, ils sont décrits avec le plus de précision possible afin de limiter la subjectivité des réponses. Ces modules sont introduits par une définition détaillée du cadre de vie, et les questions sur les actes de violence se répètent à l'identique - dans la mesure du possible - dans chaque contexte. L'investigation porte également sur les circonstances, réactions et recours des femmes auprès de l'entourage ou des institutions, ceci pour le fait le plus grave selon l'avis de l'enquêtée. La dernière partie du questionnaire mesure les agressions physiques endurées depuis l'âge de 18 ans et les agressions sexuelles subies au cours de la vie. L'âge, les auteurs, les circonstances, et les recours judiciaires sont enregistrés. Un point fort de l'enquête Enveff était de pouvoir distinguer, en particulier dans le cadre conjugal, les violences des conflits. Pour cela, des questions sur les disputes entre conjoints situées dans la première partie du questionnaire permettent de cerner les climats conjugaux conflictuels, alors que les situations de violence sont appréhendées dans le module relatif au couple.
8. Le questionnaire de l'enquête Enveff est disponible sur le site de l'Idup (http//idup.univ-paris1.fr) et de l'Ined dans la collection « Documents de travail », nOl16 (www.ined.fr:publications/collections/).

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Les fréquences des divers types de violences au cours des 12 derniers mois ont été estimées par cadre de vie: espaces publics9, travail, couple et famille; à l'exception des agressions verbales, il a été nécessaire de construire des indicateurs regroupant plusieurs questions. Les différents types de violences se décomposent en : - agressions verbales; - agressions physiques: donner des gifles, des coups avec ou sans objet contondant, menacer avec une arme, tenter d'étrangler ou de tuer, exercer d'autres brutalités physiques; plus, enfermer ou empêcher de sortir, abandonner sur la route (en voiture), empêcher de rentrer chez soi, pour le conjugal; plus, vol avec violences dans l'espace public; - atteintes et avances sexuelles: «pelotage»; plus, dans le cadre du travail, faire des avances sexuelles déplaisantes, imposer des images pornographiques; - agressions sexuelles: attouchement, tentative de rapport forcé, rapport forcé; pour le conjugal, imposer des rapports sexuels par la force, imposer des gestes sexuels refusés; - pressions psychologiques: pour le conjugal, menacer de s'en prendre aux enfants, contrôler les sorties, les relations; imposer des comportements; dévaloriser, dénigrer; refuser de parler, empêcher d'avoir accès aux ressources. Au travail, brimades, dénigrement, mise à l'écart ; - harcèlement psychologique: plusieurs formes de pressions psychologiques répétées; Les fréquences des violences physiques depuis l'âge de 18 ans couvrent l'ensemble des sphères de vie; il en est de même des agressions sexuelles au cours de la vie. Dans le cadre conjugal en particulier, la perception de la violence n'est pas toujours immédiate, tant pour les auteurs que pour les victimes ou leur entourage. Par-delà les actes violents caractérisés (brutalités physiques et sexuelles),
9. L'espace public a été considéré comme un environnement « extérieur », par opposition au couple, à la famille, au foyer, au cercle d'amis. Il exclut aussi le lieu du travail et recouvre des lieux aussi divers que les grands magasins, les clubs de sport, les restaurants, les transports en commun etc.

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