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Volonté de changement au Zaïre

224 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 avril 1991
Lecture(s) : 254
EAN13 : 9782296218062
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Collection «Zaïre - Histoire & Société»

LE CONGO/ZAÏRE A L'HARMATTAN
BUANA KABUE: Citoyen Président, lettre ouverte au président Mobutu et aux autres, 280 p. Colloque Histoire: Rébellions/révolutions au Zaire, coll. «Racines du Présent», 2 tomes, 237 p. et 210 p. DEUS Ph. et SINARD Ch. (éd.): Economie de la construction à Kinshasa, 132p. KAMITATU Cléophas: Zaire - le pouvoir à la portée du peuple, 204 p. KASONGO NGOY M. M.: Capital scolaire et pouvoir social en Afrique-A quoi sert le diplôm£ universitaire au Zaire, préfacé par Benoît Verhaegen, 250 p. MBAYA M., STREIFFELER F.: Zaïre - village, ville et campagne, coll. «Alternatives Paysannes», 180 p. NGANDU NKASHAMA P.: Eglises nouvelles et mouvem£nts religieux en Afrique Noire, coll. «Médiations Religieuses», 260 p. TSHITENGE MUTEBA: Zaire - combat pour la deuxièm£ indépendanu, coll. «Points de vue», 124 p.
VERHAEGEN Benoît: L'enseignement universitaire au Zaire

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de Lovanium

à l'UNAZA 1958-1978, 200 p. VERHAEGEN Benoît: Femm£s Zairoises de Kisangani, préface de J.-F. Vellut, coll. «Zaïre - Histoire et Société», 300 p. WILLAME J-C: Zaire -l'épopée d'Inga ou la chronique d'une prédation industrielle, coll. <<Villes t Entreprises», 231 p. e MUBUMBILA MFIKA: Sur le sentier mystérieux des nombres noirs, 184 p. OTTEN RIK: Le cinéma au Zaire, Rwanda, Burundi, 122 p. BERPS!ZAIRE: Dictionnaire médical pour les régions tropicales, 858 p.
Infirmier

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cOmm£nt

bâtir la santé conununautaire,

684 p.

Notions de pharmacologie pour régions tropicales, 278 p. Littérature «Encres Noires» DJUNGU SIMBA K.: Cité 15,80 p. NGANDU NKASHAMA P.: La mortfaite hOmm£, 258 p. Le pacte de sang, 340 p. Vie et mœurs d'un primitif en Essonne-91, 196 p. MPOYI BUATU Th.: La re-production, 244 p. NZAU A. J.: Traite au Zaire, coll. «Polars Noirs», 255 p. KAMA KAMANDA: La sOmm£ du néant, coll. «Poètes des 5 continents», 131 p. Etc. et en diffusion de nombreux ouvrages. ..

A.GBABENDUENGUNDUKA E. EFOLO NGOBAASU

VOLONTÉ DE CHANGEMENT
AU ZAIRE
De la Consultation Populaire Vers la Conférence Nationale
(Volume 1 )

Préface de Bogumil JEWSIEWICKI

L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 - Paris

@L'Harmattan, 1991 ISBN: 2-7384-0762-5

PRÉFACE DE BOGUMIL JEWSIEWICKI
De la tiers-mondisation et de la destruction des corps sociaux

A l'aube de ce troisième millénaire, l'actualité s'empresse de dévoiler tous les dessous de la modernisation, ce processus global d'industrialisation et de commodification (marchandisation). La tiers-mondisation de l'humanité s'étend et s'approfondit, comme si l'on souhaitait corriger le rêve du village global par la réalité de l'île de Robinson Crusoé, à la dérive sur un océan de l'Enfer de Dante. L'Occident, déjà engagé dans la post-modernité, s'en détache par un tracé-frontière entre ceux qui ont un futur et ceux qui n'auraient qu'un passé. La fin de l'Histoire proclamée si fièrement par Fukuyama - symptomatiquement un Américain d'origine japonaise - a été bien accueillie à Washington(l). Cette intrusion hégélienne dans le rêve américain reflète largement la satisfaction, mêlée d'une crainte diffuse, de voir l'île devenir une forteresse assiégée. La fin de l'Histoire évoquée par cette image historiographique a déjà donné du relief aux bourgeois conquérants. L'empire romain agonisant, secoué brutalement par les vagues irrésistibles des migrations barbares, accouche de la chrétienté, monde d'avenir. Historiquement fausse(2), cette image est d'autant plus significative qu'elle traduit la peur qui hante la modernisation occidentale. Fukuyama l'exorcise en annonçant la fin de l'Histoire, la fermeture du passé et de ses hypothèques, une fusion du présent avec le futur.
1. F. Fukuyama, «The End of History?», The Nationallnterest, 16 (1989). Au moment de la publication de son article, Francis Fukuyama était membre de Policy Planning Staff, United States Department of State. 2. Les historiens, mais aussi les politologues, tireraient un grand bénéfice il n 'y a rien à voir avec une répétition de l'Histoire ni avec une idée d'un retard de l' Mrique - de la lecture des travaux de Peter Brown: La Société et le Sacré diJm l'Antiquité tardive (paris, Le Seuil, 1985), et Genèse de l'Antiquité tardive (paris, Gallimard, 1978); ce dernier ouvrage avec une excellente et, comme à l'accoutumée, excessive préface de P. Veyne. Tout comme lui, une autre célèbre historienne américaine, Natalie Zemon Davis, dont il faut absolument lire Fiction in Archives (Stanford University Press, 1987), boucle la boucle de l'échange entre l'anthropologie sociale et l'histoire des sociétés pour ouvrir une nouvelle perspective sur le social; non seulement dans ce livre, l'individuel et le collectif, le spirituel et le matériel ne sont plus des catégories de classement sinon des aspects souvent subjectifs

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Le Tiers monde, un tenne descriptif, ne peut servir de concept en raison de son ambiguïté(3).Par contre, la tiers-mondisation conceptualise un processus socio-politique de destruction d'un corps social à l'aide de l'Etat-nation. Contrairement à la prolétarisation sous l'égide de l'Etat «moderne» qui se donne une légitimité à l'intérieur, la légitimation d'un Etat du Tiers monde est placée à l'extérieur de la société qu'il parasite. Les événements récents en Europe de l'Est ont pour l'analyste un heureux avantage. Les spasmes de ces corps sociaux agonisants pennettent de détacher du cadre racial le processus de tiers-mondisation. Avant l'éclatement du drame de l'Europe de l'Est, le Tiers monde était considéré comme non blanc, alors que l'Occident passait pour exclusivement blanc. Aujourd'hui, force nous est de constater que le Tiers monde gît au cœur de l'Europe, tandis que l'Occident se fait japonais, démentant ainsi un lien quelconque entre le processus politique et le mythe racial. Il y a huit ans, la revue Politique africaine a publié un numéro intitulé «Le pouvoir d'être riche» suivi d'un numéro portant sur la violence! L'élection présidentielle qui s'est déroulée en décembre 1990, en Pologne, confinne l'importance d'être riche dans une société où la pauvreté et l'exclusion sont deux tennes dialectiques définissant ceux que la Constitution nomme citoyens. La pratique les désigne plus prosaïquement comme «nous» distincts d' «elJX», lesquels gouvernent et auxquels l'Etat appartient(4).La politique est synonyme de prédation, et un prédadu réel, mais surtout, le temps y est, au même titre que le réel, construit par les acteurs dans l'échange qui précise mais aussi ouvre la frontière entre le moi et le nous, entre le corps et l'esprit, entre le dit (l'écrit) et le fait. Ce texte (est-ce à cause du moment historique où il a été autant écrit que lu) constitUe une preuve tangible de la pertinence - je voudrais dire de

l'exigence

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d'une approche régressive de l'Histoire, puique le passé permet de com-

prendre que le présent n'est pas un aboutissement nécessaire et unique, qu'il n'est en aucun cas la «fin de l'Histoire». Pour sortir de l'africanisme, il faut lire le livre magistral de N. Wachtel, Le Retour des ancêtres (Paris, Gallimard, 1990). 3. Le retour aux termes d'hier: Tiers monLk, modernisation, etc., doit sembler au lecteur très «rétro», comme un effort pour ressusciter quelque corps théorique enterré, une volonté de relancer quelque wmbie. Et pourtant, non pas malgré mais à cause de leur charge politique, idéologique voire émotionnelle, ces concepts historiquement datés méritent une vie nouvelle. Certes, en tant que concepts analytiques, ils sont peu utiles puisqu'il est difficile de leur attribuer un sens autre qu'historique, puisqu'ils discriminent mal dans la réalité empirique. Par contre, ils sont des notions historiques des plus utiles et il ne sert à rien de vouloir déguiser la réalité empirique que non seulement ils décrivent, mais dont ils font aussi partie, à l'aide de nouvelles banalités. La modernisation est un processus historique brutal, inégalitaire, destrUcteur des liens sociaux, permettant d'édifier des fortunes sur la misère générale, etc.; il est démagogique de durable. Appeler les phénola qualifier d' «ajustement structurel» ou de «développement» politique et pourquoi pas le conflit mènes sociaux par leur nom, rend la négociation plus évidente, voire l'appelle. N'est-ce pas l'objectif de ce texte? 4. I.-F. Bayart,L'Elal en Afrique (paris, Fayard, 1989). Voir aussi T. Toranska, Oni (Eux) (Londres, Aneks, 1985), dont la traduction anglaise est disponible.

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teur riche devrait être moins avide qu'un pauvre parvenu; l'Etat est une entreprise qui exclut la morale au nom de l'efficacité de gestion; le monde des riches ferait plus confiance à celui qui partage ses succès quand il s'agit d'intercéder au nom des laissés-pour-compte. En Pologne, le score de Tyminski, un homme d'affaire canadien immigré de Pologne(5) que la rumeur a dit très riche, relève de la même logique que l'affirmation de Houphouët-Boigny présentant sa richesse «moderne» comme le meilleur atout pour demeurer président. Ce raisonnement clientéliste se généralise dans les sociétés où les capacités d'autogestion et de résistance à l'envahissement des appareils étatiques, tout ce qu'on désigne (historiquement à tort) comme «société civile», ont été annihilées. Le Zaïre et la Pologne constituent des exemples de ces sociétés en détresse capables d'un élan de résistance opiniâtre, mais que les traumatismes subis empêchent de se mobiliser autour d'un projet à long terme. Le marasme du présent constitue leur seule perspective, puisque l'application de toute médecine radicale risque de détruire ce qui leur reste de lien social, n'offrant comme perspective justement que ce marasme. Et il n'y a de meilleure mine d'or que la misère de ses concitoyens, ni de meilleur miroir aux alouettes que le marché libre proposé aux sociétés dont même le capital humain a été physiquement atteint. Le Zaïre en a offert la preuve que la Pologne confirme aujourd'hui. Plus on est démuni, plus on se réfugie dans le rêve et l'alcool pour oublier et s'accrocher à l'espoir d'une médecine miraculeuse, qu'elle s'appelle le Miracle de la Vierge, une potion magique ou l'avènement d'un Homme providentiel. Il Ya à peine un an, on fondait encore des espoirs sur une discrimination positive: l'Afrique réclamait une compensation pour l'exploitation coloniale passée et l'Europe de l'Est croyait y avoir droit du fait d'avoir grippé la machine soviétique. Aujourd'hui en Afrique, la compétition étatique vise à attirer celui qui viendrait exploiter ses ressources. Voir partir l'ancienne métropole qui conserve encore quelque intérêt prend l'allure d'un cauchemar. En Europe de l'Est,le maître d'hier,l'URSS, est le plus sérieux compétiteur face à la manne occidentale et signe ainsi l'arrêt de mort de nombreuses économies des pays satellites. Par suite de la libéralisation des ex-économies «coloniales» et grâce à l'aide occidentale, l'URSS se tourne vers le marché occidental des devises convertibles, entraînant ainsi la condamnation sans appel de plusieurs usines de l'ancien «Bloc». Leur production auparavant destinée à l'URSS n'est pas compétitive sur le marché libre, et leur modernisation n'est pas rentable. Les sociétés de l'Est tout comme celles de l'Afrique Noire, sont de plus
5. L'homme «providentiel», jusque-là strictement inconnu des Polonais, venu in extremis s'opposer au candidat Lech Walesa pour les élections présidentielles, fit un score remarquable: quelque 30 % des voix!

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en plus traitées en déchets dangereux de la modernité. Leur volume en fait une matière explosive, dont il est difficile de se débarrasser sans riquer de polluer l' «environnement» international. L'arme la plus efficace de ces tiers-mondes, c'est la menace d'implosion qui pourrait engendrer, par une réaction en chaîne, une explosion au propre et au figuré. Si généreux hier dans son appel à la liberté de circulation, si indigné par le refus de certains pays d'accorder à leur citoyens le droit de sortie, le monde occidental se défend aujourd'hui vigoureusement contre l'envahissement par ces papillons de nuit tiers-mondistes que la lumière des villes attire par millions. Ceux qui ont connu l'ancienne procédure vexatoire de demande de passeport en vigueur au Zaïre ou en Pologne, n'ont qu'à visiter l'un des consulats occidentaux de ces pays pour se rappeler le passé. Le libéralisme s'avère un autre miroir aux alouettes, puisque l'accès au «miracle occidental» n'est pas offert aux «plus aptes», mais à ceux qui savent le mieux ruser avec les bureaucraties, aujourd'hui occidentales. L'accès à la modernité, peu importe les coûts sociaux qu'il entraîne, est au cœur de la compétition politique entre les pays du Tiers monde; ses leaders se disputent le titre de l'apprenti sorcier le plus audacieux. La détresse sociale et économique des corps sociaux rescapés des régimes d'accumulation primitive se réclamant d'idéologies opposées - y compris l'arc-en-ciel du slogan mobutiste «ni à gauche. ni à droite» - les rend vulnérables à l'escroquerie politique. Les citoyens de ces pays, les bêtes de somme d'hier à qui l'on refusait toute personnalité, sont aujourd 'hui comme des sidatiques incapables d'opposer la moindre résistance aux idées qui détruisent le racisme, le populisme autoritaire et autres fondamentalismes. Alors, le jadis «nationalisme libérateur» se pare de tendance fasciste au fur et à mesure que l'appartenance classificatoire à un groupe devient le principe d'exclusion et que l'authenticité définit la politique d'un Etat.(6) En Afrique, on pourrait parler de la fin de l'ethnologie, alors qu'en Europe de l'Est, l'anthropologie marxiste de la transition s'est éteinte. L'indigène qui prenait pour modèle politique son image dans le miroir de l'ethnologue, comme le prolétaire des démocraties dites populaires, se sont brusquement découverts non seulement des ratés mais surtout des victimes d'expériences cyniques des apprentis ethnologues ou marxologues, docteurs ès luttes des races ou des classes.
6. Le Rwanda elle Burundi en offrent des exemples parliculièrement tragiques. et que dire de la renaissance de l'antisémitisme en Europe de l'Est? Là,la quasi-absence des Juifs donne à la notion même de juif un sens très particulier. En Pologne par exemple, il semble avoir pris la signification d'un ennemi sournois de la nation se détachant d'un support socioreligieux précis. La mutation ne le banalise nullement. TI devient ainsi la présence, dauns une culture politique qui se veut démocratique, d'un principie totalitaire par excellence.

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La tentation de faire une analyse marxiste est grande, surtout qu'elle pennettrait un dépassement dialectique de la «fm de l'Histoire». Les capacités excédentaires de production du monde développé le pousseraient à détruire le capital industriel de sa périphérie. Lever les barrières protectrices, c'est effectivement balayer les industries locales, hausser les taux de chômage, baisser le niveau de vie et se préparer une main-d'œuvre très bon marché. Pourtant, la réalité est à cent lieues de ce schéma. Contrairement à ce qui se passait au XIX. siècle, une société pauvre, même nombreuse, ne constitue plus un marché pour les industries hautement développées, et sa main-d'œuvre n'est plus d'aucune utilité. Avant que les entreprises internationales puissent pénétrer un marché du travail et de la consommation, il faut qu'une industrialisation «indigène» prépare le terrain. La pauvreté n'attire plus d'investissements, faute de solvabilité à long tenne. Les bénéfices marginaux qu'apporte le nouveau marché des produits de luxe destinés aux riches des sociétés pauvres ne justifient aucune expansion, interne à ces sociétés. Le processus politique actuel rend transparents les mécanismes d'exploitation sociale et économique. L'Europe de l'Est partage brusquement avec l'Afrique le spectacle de la dépense ostentatoire(7). L'écroulement du mur de Berlin universalise la condition d'exploitation, déchire le voile de la démagogie politique qui permettait de la déguiser en «mission historique». Le conflit social n'y emprunte plus le langage politique en tennes de lutte des classes, parce que le marxisme n'a pas réussi à offrir un cadre de gestion économique efficace. Les pauvres des tiers mondes croient aujourd'hui que le capitalisme produit un morceau de gâteau plus substantiel que le socialisme scientifique n'a jamais pu le faire. Malgré l'exploitation, chacun espère pour demain une part plus grande de ce «gâteau». Dans ce retour à l'économisme, on réduit la politique à un phénomène maximal de la vie économique, mais on oublie que le partage du gâteau relève surtout de la politique. Malgré le dénuement matériel et la misère sociale qui les restreignent, les sociétés africaines semblent actuellement mieux préparées que celles de l'Europe de l'Est pour amorcer une reconstrution politique. D'abord, elles ont conscience d'avoir déjà touché le fond du tonneau et ne se font plus guère d'illusions. Elles sont en train de revaloriser la politique locale, l'étatique par contre se jouant toujours devant les spectateurs des grandes capitales. Tel le prolétaire de Marx, elles n'ont plus rien à perdre et tout à gagner à condition que le gendarme, uniquement occidental désormais. leur en laisse la liberté. Cette présence étrangère est toujours un facteur de «stabilité» en faveur des régimes en place. Les interlocuteurs occidentaux des régimes africains, les fonctionnaires internationaux et nationaux ont vu d'un bon œil que plus
7. Voir «Polen "Versucht, reich zu werdens"», Der Spiegel, 42/44, 1990, pp 2a7-216.

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cela changeait, plus c'était la même chose. Le continent africain n'a jamais paru assez important, ni à l'Est, ni à l'Ouest, pour que les politiciens dignes de ce nom s'occupent des affaires africaines. Quand, en 1988, l'idée m'est venue d'une comparaison entre l'Europe de l'Est et l'Afrique Noire, je cherchais à comprendre pourquoi leur marche vers l'industrialisation secrétait des sociétés autoritaires où se côtoyaient la violence interne, la corruption et la fuite du réel dans la drogue, dans des expériences religieuses, etc. Il en résulta une conférence internationale co-organisée avec Prosser Gifford, que la Fondation Rockefeller a généreusement accueilli en son centre de Bellagio, en février 1990. La pression des événements de l'Europe de l'Est et de l'Afrique Noire partagea les participants entre ceux qui croyaient le vent de l'Est porteur de la vraie liberté et ceux qui, échaudés dans les années 1960, ne croyaient pas en la décolonisation porteuse de liberté. En 1988, la réflexion s'amorça dans l'atmosphère du missionnariat laïc occidental(8),se fixant comme but d'éviter à l'élève les erreurs historiques du maître. En février 1990, la déroute roumaine et une belle caricature de l'hebdomadaire polonais Polityka présentant un maître d'une école de brousse recommandant à ses élèves d'apporter chacun une banane pour ces pauvres Polonais, ont bouleversé ce rapport maître/élève. Les collègues africains offraient des leçons de prudence politique à l'Europe de l'Est, soulignant qu'il est bien plus facile de faire tomber un régime que de transformer une culture politique; les participants ont alors cru assister à la naissance d'une post-modernité planétaire. En cette fin de l'année 1990, la fascination de l'Occident est plus grande que jamais. La croissance du potentiel économique de l'Allemagne constitue .à moyen terme le seul espoir de l'Europe de l'Est pour imiter un jour les «petits tigres» de l'Extrême-Orient. La survie politique de la République d'Afrique du Sud en ferait une Allemagne unie de la grande Afrique australe. Et nous voilà engagés dans la remise à jour du modèle d'Immanuel Wallerstein, dont l'idée centrale baigne dans l'expérience malheureuse de la décolonisation africaine.(9) Le présent essai sur la consultation populaire participe de cette logique d'éclairage historique implicite. Vieux seulement de quelques mois, ce texte semblait à l'origine si radical qu'il risquait de mettre en danger la vie de ses co-auteurs. Aujourd'hui, il est devenu presque banal düns le climat virulent des critiques de la presse kinoise. Et pourtant, ne s'agit-il pas d'une nouvelle concession de Mobutu dont cet essai décrit si bien le mécanisme d'action? Le prix d'un journal, sans parler d'un livre
8. B. Iewsiewicki, «African historical studies, academic knowledge radical scholarship», African Sludies Review, 3213 (1989), pp 1-76. 9. B. Iewsiewicki, «The African Prism of Immanuel Wallerstein», view, 39 (1987), pp 50-68. as "Î1sable past" and . Radical Hislory Re-

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publié en Occident, exclut du débat politique les personnes ordinaires. Le français, non seulement en limite l'audience, mais surtout impose une «normalisation» (dans le sens de M. Foucault) modernisatrice qui exclut plus qu'elle n'embrasse. Très clairement, le régime a opéré une nouvelle volte-face dont le maréchal possède le secret. Il lâche la zone politique d'existence(lO) à partir de laquelle il a érigé la Deuxième République et s'est maintenu durant un quart de siècle. L'option coloniale de «modernisation à la charge des zones rurales» en a fait un pays d'inexistence politique, une contrée de mort civique laissée en pâture aux fonctionnaires sans solde. Maître des villes d'hier, expert en dosages savants des prix de la bière et de «l'animation» politique des discours et des visites officielles, Mobutu abandonne les villes à leur fièvre démocratique, à cent partis et à la misère sans remède. Le monopole de la radio, la fidélité de la bureaucratie territoriale et l'achat de la complicité des autorités obstinément dites «traditionnelles», amorcent une transition. Dans son optique, le populisme rural combattrait les idées dangereuses des villes et présenterait l'opposition comme un complot fomenté à l'étranger. La grande inconnue de cette opération, c'est la position de l'Eglise zaïroise, débordée qu'elle est par le syncrétisme dans les grands centres. Alors que Mobutu prépare de l'intérieur la Troisième République, l'opposition poursuit sa campagne de charme et d'assurances de stabilité auprès des chancelleries occidentales. Pauvres, sans racines en dehors de quelques grandes villes, incapables d'atteindre l'intérieur sans recourir à la solidarité ethnique dont tous craignent les conséquences, les partis d'opposition sont condamnés à jouer le jeu que Mobutu impose. Débordé par la consultation, incapable d'accentuer la répression urbaine, celui-ci change de terrain, déplace les priorités pour rendre le coup de palais et la révolte urbaine peu probables. Le maître de Kinshasa d'hier partage son existence entre Gbadolité et Goma, tous deux dotés d'un aéroport moderne et voisins d'une frontière internationale. Le filtrage des candidats en vue d'un voyage d'exploration politique en Occident est révélateur: Nguza Karl-i Bond part mais Nendaka reste. Il en est de même pour le choix d'éventuels partenaires dans le gouvernement de transition de Lunda Bululu. On a pressenti l'UDPS qui n'arrive pas à se défaire de l'étiquette luba que la rumeur savamment manipulée lui accole. Le séparatisme katangais hypothèque Karl-i-Bond qui, par ailleurs, après deux retournements successifs de veste, a aussi un problème personnel de crédibilité. D'où ses déclarations fracassantes, comme «Je dénonce» du 18 juin 1990, sur le modèle du «J'accuse» de Zola. La démarche n'est pas exceptionnelle pour les politiciens zaïrois, dont la vi10. Dunga Kabongo, «Déroutante Afrique ou la syncope d'un discours» in B. Je\/siewicki Céd.), «Etat Indépendant du Congo, Congo belge, République Démocratique du Congo, Ré. publique du Zaii-e?», Québec, Safi, 1984, pp 13.22.

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rulence des propos anti-Mobutu semblait souvent hausser le prix du retour au bercail présidentiel. La présente carrière de Ngalula ne dément pas ce modèle. La transition politique, au moins en août et septembre 1990, semblait être orchestrée autour d'une option à court terme que serait la révélation subite d'un complot luba. La manière dont le président Mobutu a jonglé avec Ngalula en tant qu'éventuel Premier ministre d'un gouvernement où l'UDPS aurait de nombreux sièges, laissait songeur un observateur de la politique zaïroise. Une telle «découverte» permettrait d'un seul coup de mettre la transition en veilleuse, de discréditer les milieux intellectuels urbains et la moyenne-bourgeoisie vus largement comme «kasaïens», donc présumés luba, et peut-être même d'impliquer la hiérarchie catholique. La grande préoçcupation des auteurs de cet essai, à savoir la métamorphose de Mobutu en politicien «nouveau style» lui permettant de reprendre le contrôle, est largement partagée. On appréhende les effets de la manœuvre électorale qui place les élections territoriales en tête du processus de démocratisation. Dans cette optique, la description de la consultation populaire et de ses conséquences répondait à une urgence politique. Vaincu par sa propre astuce de «consultation populaire», le président semble vouloir revenir à la charge. Les succès de ses hommes aux élections locales permettraient d'y «découvrir» une volonté populaire le plébiscitant comme «homme providentiel». Il serait alors possible d'opposer le multipartisme urbain à la voix des vrais Zaïrois soucieux de préserver «la paix retrouvée», rejetant le tribalisme sans pour autant désobéir aux chefs coutumiers, etc. Comme personne ne connaît les réactions politiques de ces millions de personnes repoussées dans les zones d'inexistence pOlitique, on nage en plein suspense. Depuis le mois d'août 1990, Mobutu a commencé à combler les chefs coutumiers de ses largesses; ceux du Shaba auraient reçu 30 millions de zaïres, et il peut compter sur l'appui de la bureaucratie territoriale de la Deuxième Répu-" blique, qui sans jamais avoir été choyée par lui, avait quand même les mains libres pour piller. Elle craint le pire d'un changement politique radical sans disposer d'une solution de rechange. Le grand défi de l'opposition serait de placer les jeux politiques sur le terrain de son choix et d'élargir le débat politique hors des grandes villes. Elle n'en a pas les moyens, ni financiers, ni intellectuels, et, sur ce plan, le présent essai apporte peu. La personnalisation extrême de la politique (qui s'avère aussi subitement le mécanisme politique en Pologne), à laquelle l'opposition participe aujourd'hui, joue le jeu de Mobutu. La concentration du débat sur le départ du président, au lieu de l'effort politique pour le marginaliser, pour lui opposer un projet politique, pour mobiliser contre ses tours de passe-passe un vaste soutien national conscient que l'alternative est politique et non personnalisée, favorise la reproduction simple du régime. Les premières réactions au discours du 24 avril

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semblaient emprunter la voie d'un projet politique face auquel la figure autocratique perdrait de son importance; le scénario béninois en somme. Ses tours de prestidigitation du mois de mai 1990 ont restauré la place centrale de Mobutu et les partis d'opposition ont mordu à l'appât. Le dépassement de la culture politique de la «mobutocratie» comme l'appellent les auteurs de cet essai, exige tout d'abord une nouvelle analyse des forces sociales et de la possibilité de leur mobilisation politique. Elle imposerait un tournant radical par rapport aux orientations actuelles qui tendent à mettre le dernier quart de siècle entre parenthèses, le réduisant à la seule manipulation maléfique de Mobutu soutenu par l'impérialisme international. Et l'on s'efforce de donner l'impression qu'il est possible de redémarrer là où l'histoire congolaise «authentique» se serait arrêtée, en 1959/1960 ou en 1964/1965. N'est-ce pas précisément le grand tour de magie du régime combattu que de mettre entre parenthèses le passé colonial qui l'a socialement et politiquement engendré et d'ancrer sa légitimité dans un passé lointain qui échappe au temps des acteurs? Spécificité africaine? wapi Gamais)! dirait un Zaïrois. Les parenthèses dont on voudrait entourer la démocratie populaire ou le socialisme défunts, et la fixation sur la personnalisation de la politique sonnent familier à un acteur politique de l'Europe de l'Est; là aussi, plusieurs démagogues promettent de reprendre la marche au point où elle s'est arrêtée en 1945, 1949, voire même en 1918! Il y a six ans, j'écrivais dans l'introduction d'un volume collectif: «C'est lorsque le contrôle du présent se relâche qu'apparaît une chance. mince peut-être. que les acteurs sociaux élaborent les moyens pour contrôler le présent !utur»(ll). J'insistais alors sur la nécessité urgente d'analyser les intérêts politiques de deux acteurs; la grande-bourgeoisie cherchant à asseoir une autonomie par rapport à l'Etat et l'Eglise catholique. A cette liste, il faut ajouter aujourd'hui les chefs «coutumiers» transformés au cours des 25 ans de la Deuxième République en une sorte de bourgeoisie «rurale», plutôt commerciale qu'agraire et largement engagée dans les «activités» transfrontalières. Comment ont-ils restructuré leur pouvoir local par rapport aux activités caritatives des Eglises, par rapport à la croissance de la coopération internationale non gouvernementale; que signifient les investissements de certains dans le secteur social: enseignement, santé? Par ailleurs, que veut dire aujourd'hui ce concept fourre-tout de «masses populaires», alors que Kinshasa, et dans une moindre mesure, Lubumbashi, ont de plus en plus des cultures spécifiques au sein d'une

culture nationale encore mal articulée? Etre kinois signifie à presque tous
les niveaux autre chose que vivre à l'intérieur du pays, même si l'on est kinois d'origine kongo, luba, etc. Dans les pages que les auteurs consacrent aux «masses populaires», ils posent des questions justes, en com11. B. Jewsiewicki, Préface, id., p. 12.

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mençant par <<La liberté se mange-t-elle?». Personne ne doute au Zaïre que le pouvoir se mange et on sait qu'il «se mange entier»(12). Aujourd'hui, nous disent les auteurs, la question centrale porte sur le parti à choisir et on devine qu'ils parlent de Kinshasa. Mais ne s'agit-il pas, dans ces discussions autour d'un verre, d'un pouvoir à «manger» plutôt qu'à partager? C'est là où se trouve le grand danger de la mise entre parenthèses du dernier quart de siècle. De nombreux partis se réclament du fédéralisme sans prévoir la façon dont le pouvoir qui se mange entier pourrait être négocié et partagé. Pour définir ce fédéralisme, il faudrait s'écarter autant du concept libéral de masses populaires que du concept marxiste de prolétariat. Les hommes et les femmes ordinaires du Zaïre ne s'identifient à aucun de ces concepts, leur conscience s'élabore face aux acteurs politiques qui s'affIrment Il s'agit de la grande-bourgeoisie - plus préoccupée aujourd'hui par sa reproduction que par sa survie, qui paraît inébranlable - les Eglises établies, l'Eglise catholique surtout., qui voit son immense succès sur le plan spirituel compromis par une fragilité structurelle, et enfIn l'Etat ou, plus prosaïquement., la violence institutionnalisée. Un vent favorable semble souffler du côté des intellectuels zaïrois, contrairement à ce qui se passe en Europe de l'Est où la suprématie des intellectuels, vieille de presque un siècle, est en train de s'estomper. Les réactions courageuses et trompeuses, dont certains paient encore le prix, face au massacre du 11 Mai 1990 à Lubumbashi, constituent une sorte d'«affaire Dreyfus» zaïroise. Pour la première fois depuis plus d'un quart de siècle, l'urgence morale et politique a poussé de nombreux intellectuels à réagir publiquement. Cette prise de parole qui fut aussi celle de l'Eglise catholique et du prolétariat urbain - grèves de Lubumbashi se situe dans le nouveau climat politique qu'ont institué les réactions à la consultation populaire. Elle les dépasse cependant: il ne s'agit plus de défendre un intérêt spécifIque, mais d'exprimer la conscience de la nation. Avant le mois de mai 1990, le pouvoir réussissait toujours à repousser les intellectuels dans une des trois catégories suivantes: 1. - les émigrés fuyant la politique et la persécution, ne laissant derrière eux que la fIerté des fils et des fIlles ayant réussi ailleurs; 2. - les serviteurs idéologiques intégrés dans les structures politiques et impatients de rejoindre la bourgeoisie; 3. - et enfIn les marginalisés, presque lumpen-intellectuels, trop démunis de moyens d'expression pour devenir dissidents. C'est au milieu de ces derniers, ayant pleinement vécu la condition zaïroise ordinaire, que s'est exprimée la nouvelle conscience. Ils ont aussi participé activement à l'élaboration de la nouvelle culture nationale plus petite-bourgeoise que populaire au sens usuel du terme. Ils partagent avec les citadins ordinaires la nouvelle solidarité et les nouvelles cultures
12. J. Fabian, Power and Performance, Madison, Wisconsin University Press, 1990.

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religieuses des églises évangéliques syncrétiques dont certains prennent la direction. Pour le moment, ils ne sont pas encore activement entrés dans la politique qu'ils craignent et dont ils se méfient pour en avoir été si souvent les victimes. Puisque leur participation risque de modifier profondément le paysage politique zaïrois, il faut lire attentivement cet essai politique, et malgré sa franchise, le lire surtout entre les lignes. BOGUMIL JEWSIEWlCKI Professeur d'Histoire Université Laval du Québec décembre 1990.

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Aux deux amis que nous avons rencontrés dans La Rue zaïroise:

L.W., pour nous avoir ouvert les yeux sur l'éloge du désordre D.DL.,
pour sa convivialité intellectuelle

et A notre Peuple vivant dans la même Rue.

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AVANT-PROPOS

Ce livre est le fruit d'une rencontre et d'un pari pris avec nousmêmes. Vivant tous deux en France depuis plus de six ans, nous nous sommes retrouvés au Zaire, notre pays natal, pour une recherche sur le terrain, en sociologie et en science politique. Notre premier séjour, quoique court (mars-juin 1990) a correspondu ave,c la période des grands bouleversements sociaux et politiques. D'abord, les grèves et manifestations estudiantines suivies des répressions militaires, la «consultation populaire» s'achevant. Puis, le mécontentement populaire qui va en croissant, les réformes pseudo-démocratiques du 24 avril proposées par Mobutu suivies du revirement du 3 mai, un «gouvernement de transition» (vers la IIIe République) décrié parce que désigné et impuissant, un réveil politique évident (près de 40 partis politiques réclamant à la fois leur légalisation et une «Conférence Nationale» pour mettre fin aux tromperies du MPR), une grève généralisée des enseignants, des médecins, des fonctionnaires d'Etat, des travailleurs et, dans la nuit du 11 au 12 mai 1990, le massacre des étudiants de l'Université de Lubumbashi ordonné par des «autorités supérieures» avec la brûlante question d'une commission d'enquête nationale et internationale... A la fin de l'été 1990, d'un commun accord, nous avons tous les deux décidé de retourner au pays. Car si les choses semblaient stagner au Zaire, dans ce marais de confusion et de coups fourrés, de violence généralisée, des avancées se produisaient malgré tout. En tous cas, un fait certain: Mobutu Sese Seko n'allait pas céder son siège et sa classe politique était décidée à tout pour conserver ses privilèges. De mois en mois, notre second séjour s'est prolongé jusqu'à la fin février 1991... Durant cette période d'effervescence politique de Mobutu»

«la saison chaude
discuté avec

-

nous avons côtoyé les milieux populaires,

des gens du commun, des étudiants et des intellectuels, rencontré des membres des cercles politiques, du pouvoir, de la presse nationale. Une seule réalité transparaissait: la volonté de changement. Mais quel chan-

gement?

.

De cette rencontre avec le Zaïre majoritaire, une nouvelle image est sortie, différente de celle que l'on a en France et en Occident où la réalité de notre pays est ignorée, dissimulée voire maquillée. Nos discussions avec les forces vives nous ont décidés à transcrire cette expérience enthousiasmante sitôt de retour en France. Nous avons

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donc rédigé ce livre - en 2 séquences-parties - à partir de notes personnelles rassemblées à Kinshasa et dans d'autres villes. Nous nous étions promis de l'achever avant le 3lème anniversaire de notre indépendance, soit le 30 juin 1991, en hommage à notre peuple. Pari tenu(.). * * * Cette étude socio-politique sur une période très récente procède de «l'histoire immédiate» et en aura les limites et défauts. Son complément indispensable est constitué par la soixantaine d'annexes, dont certains inédits, s'attachant à illustrer la position des deux camps: d'un côté, le peuple de la rue qui s'exprime à travers tracts clandestins, journaux et partis reconnus depuis avriI1990; de l'autre côté, textes et discours officiels du pouvoir mobutiste. Entre les lignes, on pourra percevoir les vraies et fausses rumeurs de «Radio-Trottoir», prémisse de la démocratie (quelquefois pervertie il est vrai, par la Sécurité d'Etat). Ont été ajoutées des coupures de presse et des lettres d'individus, très suggestives de l'état d'esprit en vigueur au Zaïre ces derniers temps. Notre souhait est que ce livre (en 2 volumes) serve de témoignage à charge contre le régime de Mobutu honni par tout un peuple; qu'il rende compte enrm au monde des «turbulences» possiblement dangereuses d'une société en mal de changement.
Les auteurs

(fin juin 1991)

Quelques * en France.

notes d'actualisation

et quelques annexes ont été rajoutées

après notre retour

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«Dès lors qu'un individu prend conscience que les lois qui régissent sa société sont injustes et arbitraires, il a le devoir de se révolter et de les combattre»

Gandhi
«Quand je désespère, je me souviens que tout au long de l'histoire la voie de la vérité et de l'amour a toujours triomphé. Il y a dans le monde des tyrans et des assassins et, pendant un temps, ils peuvent nous sembler invincibles mais, à la fin, ils tombent toujours» . Gandhi

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Prière du Zaïrois au 30 juin 1990 (0)
«Notre voleur!

Notre voleur Qui est à Gbadolité Que ton nom soit bafoué Que ton règne cesse Que ta volonté soit annihilée Au Zaïre comme à l'étranger Donne-nous aujourd'hui nos richesses que tu as toujours volées Pardonne-nous notre patience Comme nous pardonnons aussi aux moustiques Et ne nous soumets plus à la misère Mais disparais définitivement de nos yeux. Amen!»

*
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Paru sur un tract local.