Réconciliez-vous !

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" Dites, mes amis juifs, musulmans, chrétiens, voulez-vous vivre ainsi dans la haine longtemps ?

Dans notre pays, vous habitez souvent la même rue, le même quartier. Vos enfants fréquentent la même école... Pour que l'aversion de leurs parents n'assombrisse pas leurs lendemains : réconciliez-vous !
Mes amis juifs, musulmans, chrétiens, réveillez-vous !
Aucune chance de voir disparaître le racisme et l'antisémitisme, les conflits entre communautés, ou surgir une solution au conflit israélo-palestinien dans les flots de haine qui coulent le long de nos trottoirs. Se déchirer entre citoyens d'un même pays au nom de croyances ou de valeurs opposées, se battre entre Français juifs, Français musulmans, Français chrétiens ne servira personne et encore moins Israël ou la Palestine. Seule la paix peut assurer leur avenir, notre avenir.
Il est temps ! Réconciliez-vous ! "





Publié le : jeudi 5 février 2015
Lecture(s) : 24
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221159149
Nombre de pages : 32
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Dis.

Mon frère, mon voisin, mon ami.

Pourquoi me hais-tu ? Pourquoi avoir crié « Mort aux Juifs ! » ? J’en suis un, le sais-tu ?

Pour t’affirmer ? Ou parce que là-bas, en Israël, d’autres Juifs sont en guerre avec les Palestiniens de Gaza ?

Ce serait donc par solidarité. Or, les Juifs d’Israël sont israéliens, et ceux de France sont français. De même qu’un musulman de France n’est pas un Marocain, un Tunisien ou un Algérien, mais un Français. Il est par conséquent absurde de croire qu’en détruisant la boutique d’un Juif à Sarcelles on aiderait un Palestinien à Gaza.

Ah, la solidarité ! Solidaires, nous le sommes tous à un moment donné. Mais la solidarité est-elle toujours du côté de la justice ? Comme Camus avait raison ! Souvent, entre la mère et la justice, c’est la mère que nous choisissons.

Communautariste ? Et alors ? Quand les protestants américains se solidarisaient avec les protestants de Belfast lors de cette guerre fratricide avec les catholiques qui dura cent ans, étaient-ils pour autant de mauvais Américains ? Se sont-ils attaqués aux Américains catholiques de leurs États ?

Shakespeare fait dire à Jules César : « Tout ce qui se ressemble n’est pas identique. » En effet, nous sommes tous égaux, mais nous ne sommes pas tous pareils. C’est ainsi : à chacun sa mémoire. Et heureusement. Sans cela, pas de littérature : un seul livre suffirait.

Mais la différence justifie-t-elle la haine ? Ne devrait-elle pas au contraire susciter la curiosité, l’intérêt pour l’autre ?

Sarcelles, 20 juillet 2014 : une ville de soixante mille habitants, l’élu François Pupponi, assis dans sa mairie comme Abraham sous sa tente, la porte ouverte au tout-venant. Ils sont nombreux et différents, les habitants de sa ville, à une demi-heure de Paris, mais ils vivent en parfaite entente : Tamouls, Turcs, Kurdes, Pakistanais, Sri-Lankais, Comoriens, Roumains, coptes, chaldéens, chrétiens bien sûr, juifs, musulmans… Juifs et musulmans, chacun a son quartier. Tous se rencontrent, se croisent, sur la place du Souvenir-Français, un nom prédestiné, et sur le marché de l’avenue Frédéric-Joliot-Curie.

Ce dimanche-là, le 20 juillet 2014, une manifestation pro-palestinienne dégénère… Eh oui… Ce jour-là, j’assiste à une sorte de pogrom. Le pogrom, issu, comme son nom l’indique, de la Russie tsariste dont ma Pologne natale a connu les ravages, débarque chez nous, en France ! Qui l’eût cru ?

J’ai envie de crier « Réveillez-vous ! ». À ceux qui ne connaissent pas les Textes, j’ai envie de citer le Prophète : « Celui qui pille ou usurpe ou incite au pillage n’est pas considéré comme l’un des nôtres. »

Maintenant, après quelques mois, rien n’est plus pareil. Les gens se parlent, mais avec méfiance. On croise des regards pleins d’hostilité.

 

Dis.

Mon frère, mon voisin, mon ami.

Vas-tu vivre ainsi dans la haine longtemps ?

À présent, certains de mes frères juifs partent. C’est leur droit. Ceux qui restent, j’imagine, se trouvent bien en France. Tout comme vous, musulmans. Dans notre pays, vous habitez souvent la même rue, le même quartier. Vos enfants fréquentent la même école. Et pour qu’ils ne risquent pas leur avenir à cause de la haine de leurs parents : réconciliez-vous !

 

 

Juifs, musulmans.

Vous vous demandez si je suis le mieux placé pour vous appeler à la réconciliation ?

Né à Varsovie juste avant la Seconde Guerre mondiale, lors de laquelle la haine ôta la vie à près de cinquante millions d’hommes, de femmes et d’enfants comme vous et moi, je sais à quoi une seule insulte, un seul geste de violence peut aboutir. Et l’histoire n’a pas fini de nous le rappeler. Aussi, depuis mon enfance, je me tiens sur le qui-vive. Je suis devenu un intermédiaire, une passerelle entre les hommes qui se détestent tout en étant condamnés à vivre côte à côte. J’ai essayé de leur insuffler le goût du « vivre en paix ».

Le destin a voulu que je rencontre l’islam très tôt, à l’âge de cinq ans. Ce fut en Asie centrale, où, après notre fuite devant les nazis vers la Russie, Staline nous envoya.

Un jour, au Kazakhstan, le ventre gonflé par la faim, je humais les odeurs du vieux marché d’Almaty. Le malheur se lit-il sur le visage ? Un Kazakh m’a tendu une galette de blé toute fraîche, une lepiochka. Ce geste m’a réconcilié avec la vie. Et avec l’humanité.

J’ai passé le reste de mon enfance en Ouzbékistan, où mon père avait trouvé du travail. Petit voleur à Kokand, dans la vallée de Ferghana, je fus jusqu’à l’âge de dix ans bercé par les chansons yiddish et les appels du muezzin.

La bataille pour la paix au Proche-Orient, des années plus tard, m’a fait reprendre contact avec la langue, la culture et les odeurs qui ne m’avaient jamais quitté. Il y a peu, en commençant l’écriture de ma trilogie consacrée aux femmes de l’islam, je me suis plongé à la source de cette troisième religion monothéiste, dans l’ordre d’apparition.

Bien sûr, le judaïsme fait partie de ma mémoire. C’est le rosebud, ce dernier mot que prononce le citoyen Kane dans le film d’Orson Welles. Mais l’islam en fait partie aussi. Quant au christianisme, il se rappelle constamment à moi, à coups de cloche et à travers une multitude de livres. Ah, le Génie du christianisme, de Chateaubriand, que j’ai lu en arrivant en France ! Sans compter mon amitié avec le pape Jean-Paul II !

Finalement, je suis un laïc, l’enfant des trois monothéismes. Comment pourrais-je détester ceux qui ne marchent pas sur le même chemin que moi ? Une chose est sûre, c’est que nous nous retrouvons tous au sommet d’une même montagne, celle que l’on appelle la vie. Oh, comme j’aimerais que cet horizon soit désiré par tous !

 

 

Dis.

Ami musulman.

Tu te demandes pourquoi un Juif comme moi s’intéresse à la vie de Khadija, la première épouse de Mahomet, ou à celle de Fatima, sa fille, ou encore à celle d’Aïcha, sa bien-aimée.

Tu te demandes si je suis habilité à donner vie aux personnages clefs d’une religion qui n’est pas la mienne ? De toucher à ce qui te paraît le plus sacré ?

Un jour, à la Fnac, après une conférence sur Khadija, quelques personnes m’ont tendu leurs exemplaires pour que je les dédicace.

« Quel est votre prénom ? ai-je demandé à la première.

— Khadija, a répondu la jeune femme. »

Elle m’a raconté que ses parents lui avaient donné, là-bas, en Algérie, le prénom de la première épouse du Prophète.

« Maintenant, m’a-t-elle dit, grâce à vous, je connaîtrai sa vie. »

Cette simple remarque, que j’ai entendue par la suite à plusieurs reprises, au Maroc par exemple, où je suis allé présenter mon livre, justifie à elle seule ma démarche.

 

 

Dis.

Frère juif.

Il est vrai que personne, ni toi ni d’autres, ne m’a reproché directement ce détour par la religion musulmane, mais beaucoup ne m’ont pas suivi pour autant dans cette aventure. Il y avait là pourtant une occasion de mieux comprendre l’autre, celui d’en face. Ami ou ennemi selon les circonstances. Je comptais sur ton amour légendaire du savoir. Et sur ton attachement au Livre.

Mais tu es comme tous les humains. La peur de l’autre t’aveugle. « Tu aimeras ton prochain », disent les Écritures. Difficile, n’est-ce pas, quand il s’agit de quelqu’un qui n’est pas de notre famille ? Jésus nous enjoint même d’aimer notre ennemi. Il exagère. Freud reconnaît, dans Malaise dans la civilisation, avoir essayé, mais il n’a pas réussi. Et moi, fou, j’aimerais tant que vous vous donniez tous la main.

Du moins… que vous vous réconciliez.

 

 

Oh, mes amis, mes frères.

Je sais que vous êtes tous aujourd’hui les enfants de la République. Mais je sais aussi que votre histoire en France n’est pas identique. Rassurez-vous. Celle des Bretons et des Alsaciens non plus. Chacun d’entre nous vient de quelque part. Autant savoir d’où. J’ai toujours dit que celui qui ne sait pas d’où il vient ne sait où il va.

 

 

La France découvre les Arabes islamisés vers le début du VIIIe siècle, lors de leurs premières conquêtes. Dans la région de Toulouse, notamment, puis en Septimanie, où ils s’installent pour un demi-siècle (711-759). La bataille que tout le monde connaît et qui enraye partiellement la progression des musulmans en France est celle de Poitiers, en 732. C’est là que Charles Martel, futur grand-père de Charlemagne, a gagné la guerre contre le calife Abd al-Rahmân. Ce qui n’empêchera pas Charlemagne de chercher plus tard un accord avec l’islam. Pour préserver les chrétiens d’Orient et le Saint-Sépulcre de Jérusalem, principalement.

Charlemagne dépêche donc, en 797, auprès de Hâroun ar-Rachîd, le grand calife de Bagdad (786-809), une ambassade guidée par le Juif Isaac d’Arles. Celui-ci revient, cinq années plus tard, avec les accords signés et, comme cadeau pour l’Empereur, un éléphant blanc d’Asie. Le premier éléphant d’Europe.

C’est avec la colonisation du Maghreb au XIXe siècle qu’apparaissent les communautés musulmanes de France. Mais la première mosquée n’y est construite qu’après la Première Guerre mondiale, pour rendre hommage aux soixante-dix mille morts de confession musulmane qui ont combattu pour la France. Devenus citoyens français à partir de 1947, les musulmans algériens s’installent en nombre dans les métropoles, avec les mêmes droits que les Basques et les Corses.

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