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Transidentités : ordre & panique de Genre

De
268 pages
Engagée dans une recherche sur le terrain transidentitaire, la chercheuse s'attache à croiser état des lieux du terrain associatif et militant trans avec l'histoire des définitions de la médecine légale, mettant à jour la politisation des groupes, les apports des nouveaux médias et les effets de la médiatisation sur les personnes transgenres. Cet ouvrage est complémentaire du titre Médiacultures: la transidentité en télévision, édité simultanément.
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Karine Espineira
TransidentitésOrdre & panique de Genre
Le réel et ses interprétations
Préface de MarieJoseph Bertini
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Série Sociologie du genre
TRANSIDENTITES: ORDRE ET PANIQUE DE GENRE
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1LFROH 52(/(16Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle, Tome 3, Le système de recolonisation perpétuelle  1LFROH 52(/(16 Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle, Tome 2, L’enfantement des humains ou L’accouchement existentiel d’une nouvelle existence, 1LFROH 52(/(16Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle, Tome 1, La Femellité et le réel prosaïque de la vie des humains, $XUpOLH '$0$00(Genre, action collective et développement. Discours et pratiques au Maroc 6DEULQD '$+$&+(La féminisation de l’enseignement agricole  6RSKLH '(9,1($8Le genre à l’école des enseignantes. Embûches de la mixité et leviers de la parité 
Karine ESPINEIRA
Transidentités : ordre & panique de Genre
*
Le réel et ses interprétations
Préface de Marie-Joseph Bertini
L’HARMATTAN
Du même auteur
Karine ESPINEIRA,La transidentité, de l’espace médiatique à l’espace public, Paris : L’Harmattan, 2008, 198 p.
Coordinations Avec Maud-Yeuse THOMAS, Arnaud ALESSANDRIN,La Transyclopédie, Paris : éditions « Des Ailes sur un tracteur », 2012, 350 p. Avec Maud-Yeuse THOMAS, Arnaud ALESSANDRIN,Transidentités : histoire d’une dépathologisation, Cahiers de la Transidentité, vol. 1, Paris : L’Harmattan, 2013, collection Questions de genre, 134 p. Avec Maud-Yeuse THOMAS, Arnaud ALESSANDRIN,Identités Intersexes : Identités en débat,Cahiers de la Transidentité, vol. 2, Paris : L’Harmattan, 2013, collection Questions de genre, 170 p. Arnaud ALESSANDRIN, Maud-Yeuse THOMAS,Corps queer, corps trans, Cahiers de la Transidentité, vol. 3, Paris : L’Harmattan, 2014, 133 p. Avec Maud-Yeuse THOMAS, Arnaud ALESSANDRIN,Tableau noir : les transidentités et l’école, Cahiers de la transidentité, vol. 4, Paris : L’Harmattan, 2014, collection Questions de genre, 122 p. Avec Laetitia BISCARRAT, Maud-Yeuse THOMAS, Arnaud ALESSANDRIN,Quand la médiatisation fait genre. Médias, transgressions et négociations de genre, Cahiers de la transidentité, hors-série, Paris : L’Harmattan, 2014, 250 p.
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05477-3 EAN : 9782343054773
À Maud-Yeuse Thomas
Le colonialisme a été un obscurantisme terrible, prétendant apporter les Lumières par le biais de la violence physique et symbolique. Celui-ci ne procédait pas par exclusion de « l’autre » mais plutôt par une inclusion ne supportant pas l’altérité.
1 Jean Zaganiaris
1 Penser l’obscurantisme aujourd’hui, Par-delà Ombres et lumières, Casablanca : éditions Afrique Orient, 2009, p. 84.
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Préface
2 Par Marie-Joseph Bertini
L'ouvrage en deux volumes de Karine Espineira, dont le lecteur est sur le point de prendre connaissance, est tiré de sa thèse de Doctorat que j'ai eu l'avantage et la responsabilité de diriger il y a quelque temps de cela. Si je dis l'avantage, c'est parce que par ce moyen, les travaux de l'auteure ont acquis une reconnaissance universitaire tardive et pourtant urgente dont les enjeux me paraissent revêtir trois dimensions importantes.
Celle d'abord d'une légitimation au sein de l'Université française de ce type de travaux appelés à renouveler profondément les champs épistémiques qui arcaturent les sciences humaines et sociales. Celle ensuite d'une légitimation, au sein même des sciences de l'information et de la communication, de problématiques radicalement innovantes qui ont pour fonction notable d'ouvrir de nouveaux fronts d’interdisciplinarité permettant de conjuguer la qualité de la recherche avec la créativité et la liberté fondamentale du chercheur. Celle enfin qui repose sur la mise en évidence des effets symboliques et transformateurs de la recherche scientifique contemporaine, de sa posture critique et politique au sens où elle porte son attention sur les relations de pouvoir qui structurent individus et sociétés.
C'est tout d'abord sur les recommandations de Françoise Bernard (qui l'avait dirigée dans le cadre de travaux universitaires antérieurs) que j'ai rencontré Karine Espineira et accepté de la suivre au long de son parcours doctoral. Le deuxième moment fort de notre collaboration remonte aux travaux de recherche du CCOMS (Centre Collaborateur de l'Organisation Mondiale de la Santé), travaux auxquels j'ai été associée et qui portaient sur l'analyse des représentations de la santé mentale et sur la stigmatisation comparée des malades mentaux dans différents pays du globe.
2 Professeure des Universités, université de Nice-Sophia Antipolis.
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Dès le début de ce parcours intellectuel convergent, ce qui m'a frappée était la nécessité évidente d'articuler les savoirs implicites et explicites considérables que Karine Espineira avait constitués par sa longue fréquentation duterrain transidentitaire, avec une théorisation critique et réflexive d'autant plus nécessaire qu'elle n'existait pas encore, du moins sous cette forme. La dimension majoritairement inductive de sa recherche provient ainsi de cette urgence de théoriser une pratique spécifique, rendant ainsi plus vivace encore la définition foucaldienne de tout discours : "une théorie articulée sur une pratique".
Si l'ouvrage de Karine Espineira prend aujourd'hui une part importante au cœur de la production scientifique la plus récente, il le doit aux qualités d'une recherche singulière, foisonnante et extrêmement détaillée à la fois, dont l'un des mérites tout particulier est d'être parvenue à interroger de manière originale et singulière les fondements même de toute recherche scientifique parmi lesquels : la question de l'accommodation du chercheur, selon l'expression de Nietzsche, autrement dit de la distance du chercheur avec son objet, la question de l'objectivité postulée de la recherche scientifique, ou encore la question du statut instable de nos savoirs toujours situés.
Si ce travail mérite toute notre attention, c'est aussi parce qu'il restitue avec intelligence et clarté une recherche-en-train-de-se-faire qui, en ne dissimulant rien de ses échafaudages et de ses constructions raisonnées, constitue une sorte de leçon d'épistémologie en acte, exosquelette de l'anatomie cachée de toute recherche prise entre le ravissement de sa cohérence fabriquée et l'exigence de restitution des étapes de son cheminement, c'est-à-dire de sa méthode.
C'est donc aussi parce qu'il mobilise avec talentle hors-champ tumultueux et conflictuel de sa propre recherche que le travail de Karine Espineira est précieux et original. À la fois recherche et réflexion continue sur les conditions de possibilité de la recherche, il interroge sans concession, comme peu de travaux de recherche que je connais, la posture de son auteure, sa connaissance intime du champ inventorié, sa difficulté de s'extraire d'un vécu dont la thèse est le moyen de s'affranchir tout en questionnant les formes et les limites de cet affranchissement.
Autant de raisons pour lesquelles cet ouvrage relève en tout point d'une approcheCultural Studieset parvient à en relever les nombreux défis : comment parler de l'intérieur, être un insider quand on est en même temps un outsider ? Comment prendre la parole depuis une position dominée, car minoritaire et disqualifiée socialement, pour élaborer un discours qui a le devoir paradoxal de tenir à distance les normes discursives dominantes, de
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les déconstruire,et en même tempsde s'inscrire dans le champ de ces normes : le champ social et culturel d'abord, celui de l'Université et de la Science ensuite. À la fois traité savant et journal de l'étude en train de se faire,Les identités trans'croise et multiplie les matériaux : notes, courriers reçus et envoyés, fiches techniques, questionnaires, propos échangés, situations observées et vécues, récits et auto-récits,… formant par moments une sorte descrap-bookde la recherche. Ce pourrait être fastidieux et artificiel : c'est au contraire vivant et passionnant parce que l'auteure y donne ainsi à voir la structure historicisée et socialement déterminée de toute recherche, comme les Science Studiesnous ont habitués à les voir, il y a plus de trente ans déjà, et comme l'un de leurs représentants en France, Bruno Latour, a pu nous le donner lui-même à voir dans son ouvrage bien connu :La vie de laboratoire. L'étude de la production des faits scientifiques, montre Latour, appelle une ethnographie des milieux et des acteurs de la recherche, une mise en lumière du processus de contextualisation des savoirs, dévoilés comme produits d'une construction sociale et culturelle aussitôt réticente à se reconnaître pour telle. En rendant tangible la porosité de la frontière entre théorie et pratique, sujet/objet, acteur/agi, discours/terrain, terrain/corpus, dans le cadre d'une analyse de la nature et de la fonction de la catégorie deTransGenre, en questionnant les conditions de l'émergence d'unparadigme transidentitaire dont les médias seraient co-constructeurs et co-producteurs, ces travaux mettent en lumière le statut ambiguë des médias dans la définition et le maintien de la norme : ils sont en effet à la fois co-producteurs de la stigmatisation (qu'ils mettent en scène et donnent à voir selon une représentation figée qu'Espineira appelleune modélisation sociale et médiaculturelle, mais aussi le moyen par lequel ces représentations peuvent évoluer dans la mesure où les médias familiarisent les esprits avec les questions transidentitaires, les acclimatent à la culture médiatique française et partant, atténuent leur radicale étrangeté.
L'un des mérites de cette étude tient aussi sans doute à la manière dont elle choisit de ne pas éluder une redoutable question que je résumerais ainsi : "Est-il possible de nommer sans normer ?". Il me semble que les sciences de l'information et de la communication ont toute leur place, par les objets et les processus même qu'elles étudient, dans la tentative de résolution de cette question. Peut-on parler de liens dissociables (ou indissociables) entre langage et norme, entre ce que Georges Pérec appelait Penser/Classer ? Se saisir d'un objet, le faire ex-ister (étymologiquement le faire se manifester) dans la pensée et dans la langue, c'est toujours aussi le placer sur l'échelle
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