Vive la crise ! ou l'art de répéter (inlassablemen

De
Publié par

Au début des années 1980, de dévoués journalistes se sont donné pour mission de faciliter l'" entrée du capitalisme dans la gauche ". Par une heureuse coïncidence, cette aspiration correspondait très exactement avec celles des " socialistes " de gouvernement, qui ambitionnaient alors de rompre avec... le socialisme. Ce reniement requérait un solide travail de " pédagogie ", où le quotidien Libération prit par exemple toute sa part en confectionnant dès 1984, avec la complicité de l'ancien communiste Yves Montand et pour accompagner la stupéfiante émission " Vive la crise ! ", un hors-série d'anthologie où se trouvait l'essentiel de ce qui allait fonder, pour trente ans, le discours de la presse dominante.


Trois décennies plus tard, l'édifice idéologique ainsi construit n'en finit plus de s'effondrer dans la crise. Cette dislocation aurait pu inciter ces (obstinés) forgerons du consentement à plus de modestie. Mais les pontifes du temps ont ceci de particulier qu'ils ne connaissent pas la honte. Confrontés aux effets concrets de leurs prédications, ils concèdent parfois (mieux vaut tard que jamais) qu'il conviendrait d'" humaniser " un peu les marchés, mais c'est pour mieux répéter que l'unique façon de remédier à la crise du capitalisme est d'opter pour toujours plus... de capitalisme.



Sébastien Fontenelle est journaliste. Derniers ouvrages parus : Les Éditocrates ou Comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi (collectif, La Découverte, 2009), Même pas drôle. Philippe Val de Charlie Hebdo à Sarkozy (Libertalia, 2010).



Publié le : lundi 19 mars 2012
Lecture(s) : 32
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021078992
Nombre de pages : 190
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
VIVE LA CRISE !
Extrait de la publication
Extrait de la publication
SÉBASTIEN FONTENELLE
VIVE LA CRISE ! Ou l’art de répéter (inlassablement) dans les médias qu’il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d’assistés qui vit (vraiment) audessus de ses moyens
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
ISBN9782021079005
©ÉDITIONSDUSEUIL,MARS2012
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
La plupart du temps, les éléments de langage sont si élémentaires, qu’ils finissent par tuer le langage.
Laurent Joffrin, Le Nouvel Observateur, 20 octobre 2011.
Extrait de la publication
Extrait de la publication
LEBONHEUREN SIX PETITES LETTRES
Extrait de la publication
Extrait de la publication
er Le 1 janvier 2012, l’éditocrate Caroline Fourest explique, dansLe Monde, où elle dispose d’un rond de serviette sous la forme d’une chronique heb domadaire, que la Corée du Nord est une sorte de « laboratoire où un groupe humain se trouve […] soumis à une immense expérience de condition nement » qui « rappelle combien l’esprit critique est fragile » et « combien l’humain peut être pro grammé, déprogrammé, manipulé. Toujours avec la même recette : un ennemi, un récit, et la peur en guise de chien de garde ». Et ce n’est – assurément – pas faux. Mais ces considérations pourraient tout aussi jus tement s’appliquer à la France des années 2000, où la presse dominante procède, jour après jour, et sans jamais désemparer, à ce que le fameux intellectuel américain Noam Chomsky appelle « la fabrication
11
Extrait de la publication
VIVE LA CRISE !
du consentement » : une mise en condition de l’opinion, où l’objectif n’est bien sûr pas, comme à Pyongyang, de l’asservir à une tyrannie « com muniste », mais de la contenir, sous le commode sceau de la démocratie et par l’emploi constant d’un vocabulaire totémique, dans une totale sou mission au dogme libéral. Ainsi, et de façon très typique, quelques jours à peine avant que Caroline Fourest ne dénonce dans Le Mondeles pratiques propagandaires du régime nordcoréen, cette même publication, nimbée de sa très honorifique auréole de « quotidien de réfé rence », a rendu à Nicolas Sarkozy, chef de l’État français, de signalés hommages d’où ressort qu’il a (nonobstant qu’il a pu se montrer des fois plus maladroit) « négocié avec pragmatisme la loi sur le service minimum dans les transports, puis la réforme des régimes spéciaux de retraite », qu’il a « ensuite eu le courage de réformer les règles archaïques de la représentativité, afin de rendre les syndicats plus légitimes et de faire progresser la démocratie sociale », et qu’« on ne peut pas » lui « faire grief d’avoir éludé les réformes pour lesquelles il a été élu », puisque « la révision générale des politiques publiques, le nonremplacement d’un fonction naire sur deux, l’allongement de la retraite à 62 ans,
12
Extrait de la publication
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.