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Vol au-dessus des bidonvilles

De
176 pages
"Voici le journal d'une femme d'aujourd'hui, riche d'une expérience peu commune, ayant traversé plusieurs vies contrastées. C'est l'histoire d'une petite fille algérienne de 6 ans née sous le signe de la baraka, dont l'enfance insouciante fut brutalement interrompue par une guerre cruelle et un exil déboussolant" (Extrait de la préface de Catherine Serrurier).
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« Voici le journal d’une femme d’aujourd’hui, riche d’une Akila Hadjadj
expérience peu commune, ayant traversé plusieurs vies
contrastées. C’est l’histoire d’une petite fi lle algérienne de
6 ans née sous le signe de la baraka, dont l’enfance insouciante
fut brutalement interrompue par une guerre cruelle et un exil
déboussolant. Vol au-dessus Elle raconte ici son ascension extraordinaire des Aurès d’où
venait sa famille, aux bidonvilles de Nanterre, ainsi que le
chemin parcouru au cours des di érentes étapes de sa vie, des bidonvilleset enfi n, son combat contre les multiples écueils de l’exil. »
— Extrait de la préface de Catherine Serrurier
Parcours d’une femme des Aurès à Paris
(1957-2010)
Akila Hadjadj, ethnologue, formatrice et directrice d’association,
membre d’une troupe de théâtre « La Kahina », membre
fondatrice de l’ANGI et militante au sein de l’immigration.
ISBN : 978-2-343-03962-6
17 €
Rue des Écoles / Récits
Akila Hadjadj
Vol au-dessus des bidonvilles
Rue des Écoles / Récits







Vol au-dessus des bidonvilles



















Rue des Écoles

Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux
personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique,
politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction
(romans) et des textes autobiographiques.


Déjà parus

Benoit (Jean-Louis), Le petit chemin de Saint-Cloud ou L’année de
l’agreg, 2014.
Sanchez (Patricia), Le Kaléidoscope d’Orphée, 2014.
Hirigoyen (Galatée Dominique), Entre deux longs silences, 2014.
Lévy (Jean), Ce qu’il reste de l’oubli, 2014.
Basquiast (Paul), Les Cerisiers de la Commune, 2014.
Coste (Jean-Guillaume), Pourquoi on jette les oranges à la mer comme
ça ?, 2014.
Leonetti (Xavier) et Lejeune (Gontran), Réformer la France et
l’économie territoriale, 2014.
Lemeyre (Cécile), Les mots de ma psy, 2014.
Gordon (Gino), Ça fait deux jours, 2014.
Beaumont (François Jean), La Consigne, 2014.
Faribault (Thierry), Le Bal des muets, 2014.





Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr Akila HADJADJ
Vol au-dessus des bidonvilles
Parcours d’une femme des Aurès à Paris
(1957-2010)


























© L’Harmattan, 2014

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03962-6
EAN : 9782343039626 À ma mère,
À mon père,
À mes frères et sœurs.Préface
Voici le journal d’une femme d’aujourd’hui, riche
d’une expérience peu commune, ayant traversé plusieurs
vies contrastées.
C’est l’histoire d’une petite flle algérienne née sous le
signe de la baraka, dont l’enfance insouciante fut brutalement
interrompue par une guerre cruelle et un exil déboussolant.
C’est l’histoire d’une adolescente pleine d’énergie,
ballottée en France d’un bidonville crasseux à une banlieue
reculée et incertaine, surmontant toutes les misères
matérielles et morales au sein d’une famille expatriée
et méprisée par la France ; c’est l’histoire d’une jeune
flle responsable et volontaire promue, du fait de ses
compétences rares, chef de famille avant l’âge, cumulant
à 15 ans deux séries contradictoires de devoirs : d’un côté,
orpheline de mère, elle ne transige pas sur l’obligation de
s’occuper de la maisonnée, tâches ménagères et éducatives
comprises ; de l’autre, bonne élève, servant d’interprète et
d’écrivain public pour sa communauté algérienne, obligée
de travailler pour se payer ses études, ayant par-dessus tout
le désir de « s’en sortir », de devenir quelqu’un, de devenir
elle-même malgré son handicap de femme musulmane.
C’est l’histoire d’une jeune femme diplômée qui devra
payer son tribut à la tradition, de retour en Algérie après
son mariage, en passant les dix premières années de sa vie
conjugale confnée à la maison, à s’occuper de ses enfants
et de la famille comme toute jeune femme musulmane,
7un véritable plongeon en arrière de toutes ces années
d’instruction et d’émancipation.
Puis au moment de la guerre civile, la jeune mère qui
se retrouve seule en France avec quatre petits enfants,
consacrant toute son énergie à travailler pour les « élever »,
sans oublier son objectif de toujours qui est d’aider les
femmes immigrées à se sortir de leur condition précaire et
à devenir autonomes.
Elle raconte ici son ascension extraordinaire, partant du
douar où vivait sa famille pour arriver lauréate d’une faculté
parisienne à la fn des années 1980. En lisant ce livre, on
constatera la différence de destin entre celui de sa mère et le
sien, gap social et moral qui nous semble à peine croyable.
Et l’on mesurera non seulement le chemin parcouru mais
aussi la chance rencontrée par l’auteure au cours des
différentes étapes de sa vie et surtout son persévérant
courage pour devenir elle-même une femme libre et travailler
sans cesse à promouvoir la liberté des autres femmes.
Selon la devise de la fondation France Libertés, « Le véritable
homme libre est celui qui aide les autres à le devenir ».
*Catherine Serrurier
*. Auteure de Cinq essais de psychologie parus chez DDB et La Martinière.
8« Comme chaque instrument dans un orchestre
Comme chaque couleur sur la palette du peintre
Chaque culture apporte à l’humanité
Une contribution irremplaçable
Et qui lui est propre. »
Poème touareg,
Théodore MonodPrologue
Sans le coup d’éventail donné au visage de Pierre Deval,
Consul de France, par HUSSEIN DEY en avril 1827 à Alger,
l’Algérie n’aurait peut-être jamais été française et moi je
n’aurais jamais connu l’émigration ni les bidonvilles…
mais le destin en a voulu ainsi.
Très jeune en France, sans que personne autour de moi
ne me l’ait enseigné, j’ai ressenti en moi une communion
avec les êtres, spécialement avec les gens qui souffrent.
Tout m’intéressait, me touchait, me révoltait. Après la mort
de ma mère, cette sensibilité a encore augmenté et cela
m’a toujours donné un élan pour m’en sortir, pour réussir,
et donc du courage pour me former, étudier, travailler.
Cette énergie, j’ai voulu la transmettre à mes enfants et aux
personnes autour de moi, qui ont souffert comme moi et qui
veulent aussi s’en sortir.
Sans le savoir, ma mère a orienté ma vie. Inconsciemment,
j’ai toujours voulu la restaurer, réparer les dégâts de
sa courte vie : mariée trop jeune, dépendante, inculte,
exilée, souffrante, elle n’a presque connu que des misères.
Je m’aperçois maintenant que je n’ai jamais cessé de lutter
contre l’obscurantisme de certaines traditions, contre
l’ignorance, contre l’inégalité homme-femme et contre les
multiples écueils de l’exil. N’ayant pas eu la chance ni le
temps d’aider ma propre mère, que j’aimais, j’ai sans doute
voulu, après m’être émancipée moi-même, accompagner
le plus de femmes possible dans leur cheminement vers
11l’autonomie. Auprès des nombreuses femmes immigrées
que j’ai côtoyées, j’ai éprouvé intensément ce besoin vital de
l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, cette nécessité
d’être autonome pour les plus simples gestes de la vie.
J’ai essayé d’œuvrer pour que les femmes n’aient plus
besoin de demander à leurs enfants ou à des étrangers ce
que signife un titre de journal ou simplement un panneau
de rue. Pour qu’elles puissent retrouver leur intimité et
leur dignité.
Par ce livre, je voudrais témoigner du bonheur que j’ai
connu à vivre ma propre transformation, l’éducation de mes
enfants et l’évolution des femmes que j’ai accompagnées.
Le soleil luit pour tout le monde, dit un proverbe latin : mon
parcours m’en a convaincue.
Je souhaite aussi que la mémoire demeure de la terre
où je suis née, cette région des Aurès si riche en culture.
Que les enfants de l’émigration, au-delà de l’indifférence
générale et de l’amnésie qui semble toucher les jeunes
Beurs, sachent que leurs parents ou grands-parents ont
vécu une expérience humaine diffcile, sous des contraintes
énormes et dans des conditions plus que précaires. Et que
mes enfants connaissent la vraie vie de leur mère, cette vie
qui nous a rendus forts ma génération et moi-même.
12Les Aurès
Le pays d’où je viens, le pays de mes ancêtres
La région d’où je viens se nomme « Les Aurès », vaste
territoire de l’Est de l’Algérie dont Khenchela est la grande
ville. « Macula » était son nom romain.
Les Aurès comprennent une chaîne de montagnes : les
monts du Chélia, le Mont Mahmel et quelques vallées
fertiles. Cette région rude et austère de l’Algérie fut habitée
epar les Berbères bien avant la conquête arabe (VII siècle)
et même avant la conquête romaine. Jamais l’histoire ne fut
plus intimement liée à la géographie que dans cette citadelle
montagneuse des Aurès, peuplée de Berbères ichawiyen
(ou chaouï), c’est-à-dire pâtre de moutons en arabe. Mes
grands-parents, mes arrière-grands-parents et toute ma
famille appartiennent à la tribu des Berbères Nememchas
et viennent du douar Mahmel, un village situé à 40 km
de Khenchela.
Selon l’historien Ibn Khaldoun, les différentes tribus des
Aurès – entre autres les Nememchas – sont des descendants
de la civilisation captienne, ancêtres des Berbères. Le nom
de « berbère » est hérité du qualifcatif « barbare » par
lequel les Romains désignaient entre eux les populations
autochtones des pays conquis. Les Berbères se nomment
eux-mêmes Imazighen, ce qui signife « hommes libres ».
Cette région des Aurès qui, au cours de l’histoire, avait
déjà dû lutter contre les différents envahisseurs étrangers –
Romains, Byzantins, Vandales, Omeyyades – connut aussi
13les premiers sursauts de la Révolution algérienne et fut le
siège de beaucoup d’événements extrêmement douloureux
pour ces populations. C’est dans ma région d’origine, en
ereffet, que la Révolution se déclencha le 1 novembre 1954.
erDans la nuit du 1 novembre 1954, la caserne de la ville
de Batna fut attaquée par les moudjahidine. Cette nuit, que
les historiens appelèrent plus tard « Toussaint Rouge », a été
marquée par l’assassinat d’un caïd et de deux enseignants
français ; elle fut surtout le premier événement déclencheur
de la Révolution et de la guerre d’Algérie.
Après cette révolte de la « Toussaint » 54 et sa répression
tragique, une vraie machine de guerre se mit en route dans
la région. Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, donna
l’ordre de ratisser les Aurès, « zone N° 1 » connue pour ses
montagnes et ses forêts permettant aux moudjahidine de s’y
cacher facilement ou de fuir vers la frontière tunisienne qui
était proche. Cette région fut le lieu de passage des armes
vers l’intérieur du pays, mais également l’une des régions
où il y eut le plus de morts. Tous les actes criminels de
guerre y étaient employés : bombardements massifs, tueries,
destruction des villages, tortures et exécutions sommaires.
La cruauté des actes qui ont été commis dans cette
région contraste avec sa beauté, son histoire et la richesse
culturelle de chacun de ses habitants.
Les habitants des Aurès, éleveurs et cultivateurs, parlent
le chaouï et sont souvent bilingues arabe-chaouï, même
si la langue offcielle, l’arabe, est moins familière aux
femmes puisqu’elles n’ont guère l’occasion de l’utiliser.
Le commerce est pratiqué exclusivement à cette époque par
les hommes. Les femmes ne sortent pas ou alors presque
jamais. La végétation des Aurès est essentiellement
forestière et la culture des céréales constitue, avec l’élevage
de moutons, la base de l’économie de la région. Toutefois,
quelques familles possèdent des vergers où poussent
abricotiers, pommiers, poiriers et cultures maraîchères.
Les Chaouïs étaient semi-nomades dans le passé, vivant
de leurs terres et de leurs troupeaux. Avec le temps et les
14