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Analyser l'identité

De
152 pages
L'identité est dorénavant un thème central dans les sciences humaines et sociales à travers le monde. Celle-ci pose de nombreux obstacles aux chercheurs qui s'y intéressent, notamment au niveau méthodologique. En effet, comment analyser et traduire la fluidité de l'identité en évitant de figer ses composantes ? Cet ouvrage propose de partir des focus groups pour travailler la question des identités de façon dynamique, réflexive et complexe.
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Sous la direction de Fred Dervin
Analyser l’identité
Les apports desfocus groups
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Analyser l’identité Les apports desfocus groups
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Jean-Louis PARISIS,Sociologue à Marseille, 2015. Yannick BRUN-PICARD,La praxéologie. Au cœur de la structuration des interfaces sociétales, 2015. Simon DULMAGE,Mutations et déterminisme chez Bourdieu, Epistémologie de la sociologie de l’art de Bourdieu, 2014. Béatrice JEANNOT-FOURCAUD, Antoine DELCROIX, Marie-Paule POGGI (dir.),Contextes, effets de contextes et didactique des langues, 2014. Yannick BRUN-PICARD,Plus loin que le développement durable : la durabilité, 2014. Jean-Michel LE BOT,Eléments d’écologie humaine, 2014. Claude GIRAUD,Qu’est-ce qui fait société ?, 2014. Nicole ROELENS,Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle. Tome 4 : poussées d’émancipation et violences colonisatrices, 2014. Khosro MALEKI,Introduction à la sociologie du mécontentement social, 2014. Jean PENEFF,Howard S. Becker. Sociologue et musicien dans l’école de Chicago, 2014. Jean-Michel BESSETTE, Être socio-anthropologue aujourd’hui ?,2014. Alexandre DAFFLON, Il faut bien que jeunesse se fasse !Ethnographie d’une société de jeunesse campagnarde,2014. Jean PENEFF,Howard S. Becker. Sociologue et musicien dans l’école de Chicago, 2014. Dominique MARTIN,Relations de travail et changement social,2014. Thomas PIERRE,L’action en force et les forces en action. Sociologie pragmatique des forces, 2014. Jean FERRETTE (dir.),Souffrances hiérarchiques au travail. L’exemple du secteur public, 2014. Sous la direction de Sandrine GAYMARD et Angel EGIDO,Mobilités et transports durables : des enjeux sécuritaires et de santé,2014.
Sous la direction de Fred Dervin
Analyser l’identité Les apports desfocus groups
Auteurs Bruno Bourassa, Centre de recherche et d’intervention sur l’éducation et la vie au travail,Université Laval, Québec (Québec) Andrés Davila Legerén, Université du Pays Basque (UPV/EHU) Fred Dervin, Université d’Helsinki, Finlande Sophie Duchesne, Institut des sciences sociales du politique, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense Chantal Leclerc,Centre de recherche et d’intervention sur l’éducation et la vie au travail,Université Laval, Québec (Québec)Christian Macé, École de psychologie, Université Laval, Québec (Québec)Ivana Marková, Département de psychologie, University of Stirling (G.-B.) France Picard, Centre de recherche et d’intervention sur l’éducation et la vie au travail,Université Laval, Québec (Québec) Enrique Santamaría, Université Autonome de Barcelone (UAB) Catherine Sellenet, Cren Université de Nantes, Gref, Université Paris Ouest Nanterre Fred Dervin remercie David Ortsman d’avoir autorisé la reproduction de son œuvreHeadless Man sur la couverture de cet ouvrage (http://www.david-ortsman.com/).
Sommaire Introduction Fred Dervin L’entretien collectif comme méthode expérimentale d’objectivation de l’identification nationale Sophie Duchesne L’ouverture d’un espace de parole sur le travail professoral et la santé psychologique Chantal Leclerc, Christian Macé, Bruno Bourassa & France Picard Les groupes de soutien à la parentalité : une scène pour tester lesbrouillons de Soiet faire entendre une demande de reconnaissance Catherine Sellenet La métaphorisation : une des forces des focus groups ? Andrés Davila Legerén & Enrique Santamaría Entretien avec Ivana Marková Fred Dervin
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Introduction Fred Dervin «I got to try out a focus group. What fun, although I was conscious of how groups think may have influenced some responses... so I would throw in a question now and then to cause cognitive dissonance to see what the reactions may be. I interviewed all of the students prior to the focus group, and while there certainly was data saturation of the themes, the focus group brought some deeper insights that the interview data did not. » Je voyage à travers le monde et rencontre des centaines d’étudiants et de chercheurs chaque année. Lors d’un séjour en Australie, on m’a proposé d’assister à un séminaire doctoral durant lequel la plupart des étudiants inscrits en thèse devaient présenter leurs travaux. Malgré la diversité et l’intérêt des recherches proposées, j’ai été surpris par une chose : tous les étudiants avaient recours à l’entretien pour collecter leurs données. J’ai été d’autant plus étonné qu’un bon nombre d’entre eux travaillaient sur la thématique de l’identité. Je faisais remarquer à certains d’entre eux que la méthode de l’entretien était un peu statique pour tenter d’ « attraper » un élément aussi liquide que l’identité. Je leur expliquais également que j’avais moi aussi opté pour des entretiens dans mes travaux antérieurs et qu’actuellement, je portais un regard très critique sur la manière dont j’avais mené ces études. La citation en exergue provient d’un message d’un de ces étudiants avec lequel je m’étais longtemps entretenu. Je lui avais suggéré d’essayer lesfocus groupsson pour « complexifier » travail. Il avait décidé d’essayer – même si ses directeurs de thèse n’approuvaient pas ce choix. Depuis, il est devenu un adepte de cette méthode, qui, à mon avis, peut
révolutionner le travail du chercheur dans la plupart des domaines. Travailler sur la thématique de l’identité en recherche est un véritable défi. L’utilisation du concept a souvent été critiquée dans son versant solide, réifié et essentialiste car l’individu disparait au profit d’éléments extérieurs qui sont dits « gouverner » ses pensées et ses actes (la culture, la langue, le genre, la communauté, etc.). En réaction à cette vision réductrice du personnel et du social, de nombreux domaines de recherche ont recours au concept pour décrire la dynamique interactive qui se met en place quand on parle de soi et interagit avec un autre (Brubaker, 2004 ; Gillespie & Cornish, 2009 ; Howarth, 2002). C’est le cas notamment de la psychologie sociale à travers le développement des études dites dialogiques (Linell, 2009 ; Hermans & Hermans-Konopka, 2010), des sciences du langage avec les théories de l’énonciation et la pragmatique (Marnette, 2005) et de l’anthropologie (Bensa, 2010 ; Chauvier, 2010) où les chercheurs se positionnent dans des démarches théoriques et méthodologiques issues du constructionnisme social et du poststructuralisme (Piller, 2010 ; Pavlenko & Blackledge, 2004 ; Dervin, 2012). Pour citer un exemple issu de l’anthropologie, Alban Bensa (2010 : 48) appelle les chercheurs à travailler sur les « logiques » qui sont « politiques plutôt que structurales » car selon lui « tout est appris, réinterprété, réévalué. Nous n’avons accès qu’à [c]es processus de transformation ». Par contre, si ces aspects sont dorénavant acceptés par une majorité de chercheurs (y compris les doctorants australiens mentionnés plus haut), de nombreux obstacles méthodologiques demeurent : comment collecter des données qui « facilitent » un travail d’analyse qui prenne en compte l’instabilité des pratiques discursives sur le soi et l’autre, sur le trait d’union entre ces deux entités ?
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Quels outils d’analyse permettent de jouer le jeu des processus plutôt que du figement ? Il semble aussi pertinent de poser la question proposée par Salazar Orvig et Grossen (2004) : « Qu’est que donner une réponse à une question ? ». Pour les deux chercheuses, cette interrogation revient à expliquer comment on conceptualise le langage. En effet, nous plaçons-nous dans une vision « transparente » de celui-ci où ce que l’on exprime correspond à une sorte de vérité intérieure des participants que le chercheur peut simplement reprendre dans ses analyses en guise de « preuves » ou bien suivons-nous une approche qu’elles intitulent « dialogique » pour laquelle les mots ne prennent sens que dans un contexte et avec un interlocuteur spécifiques et qui ne correspondent en aucun cas à une réalité fixe voire figée que l’on pourrait faire émerger mais à des co-constructions ? Le choix de l’un ou l’autre de ces points de vue a des conséquences importantes sur la manière dont on interprétera l’instabilité des discours des sujets sur le soi et l’autre : « si dans le premier cas elle apparaît comme une incohérence interne ou le résultat d’une influence, dans le second elle apparaît comme une manifestation du caractère fondamentalement intersubjectif de l’être humain » (Salazar Orvig & Grossen, 2004 : 267). Cet ouvrage propose de partir desfocus groups,une méthode de recherche qui n’est pas forcément nouvelle (Marková et al., 2007). Pourtant, les auteurs de cet ouvrage s’entendent sur le fait qu’elle permet de travailler la question des identités de façon dynamique et complexe. Même si la méthode est assez connue dans les mondes universitaires francophones, peu d’écrits, surtout en liaison avec les pratiques discursives et sociales, lui ont été consacrés en français. Notons d’ailleurs que la dénomination de cette méthode n’est pas figée dans cette langue :groupe focalisé, groupe centré, entretien (ou
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