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Art fractaliste

De
270 pages
Il existe dans la nature des structures fractales très variées: les ramifications d'un végétal, un nuage, un cyclone ou un simple flocon de neige, par exemple. L'art contemporain international s'en inspire depuis les années 1980, donnant lieu à un véritable courant d'art "fractaliste". Ce livre constitue la première synthèse théorique, en France, de la pensée artistique fractaliste, dans ses rapports avec les sciences modernes de la complexité fractale.
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ART FRACTALISTE
La complexit du regard
Jean-Claude Chirollet
ART FRACTALISTE
La complexit du regard
DU MME AUTEUR
Esthtique du Photoroman, Edilig, 1983 Esthtique et Technoscience, Mardaga, 1994 Les Mmoires de l’art, P.U.F., 1998 Philosophie et Socit de l’information, Ellipses, 1999 Photo-Archasme du XX sicle, d. CY ditions, 2001 & 2003, rdition IDLIVRE, www.idlivre.com, 2005 Numriser, Reproduire, Archiver les images d’art, L’Harmattan, 2005
NOTE PRÉLIMINAIRE Ce livre connut une première version publiée en ligne et accessoirement sous forme imprimée et CDRom, en 2000, aux Éditions en ligne Zéro heure, Paris (anciennement 00h00.com). L’actuelle publication aux ÉditionsL’Harmattanconstitue en une version nouvelle, intégralement révisée et complétée. Lors de l’ancienne édition en ligne, des images d’œuvres en couleurs, fournies gracieusement par les artistes ou galeristes – Galerie Lina Davidov et Galerie des Archives, Paris –, étaient consultables sur l’exsite 00h00.com, dans le but d’apporter un complément illustratif au chapitre II (Pratiques artistiques). Dans l’actuelle édition, les photographies en « noir et blanc » du Dossier Photos(placé à la fin du livre) constituent une illustration très partielle des œuvres de certains seulement des artistes cités. Quelques livres ou revues et bien sûr les catalogues d’expositions évoqués en bibliographie, mais aussi – et surtout – de nombreux sites Web en toute langue, peuvent être consultés avec profit à titre de complément iconographique du chapitre II. La recherche d’images d’œuvres fractalistes en ligne au moyen des moteurs de recherche (Googlenotamment), de préférence par les noms d’artistes, produit d’excellents résultats, bien que parfois un peu aléatoires du fait de leur diversité. Les artistes contemporains disposent d’ailleurs fréquemment d’un site personnel pour la présentation de leurs oeuvres et de leurs recherches. Quant aux images fractales informatiques, elles sont légion sur Internet depuis de nombreuses années, y compris sur les forums de discussion spécialisés (newsgroups).
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AVANTPROPOS
Le Monde est une fractale… Depuis l’Antiquité, l’homme pensait que, dans son ensemble, le Monde était stable, homogène, symétrique, prévisible en toutes ses parties, en chacun de ses instants, sans faille, prévisible car déterministe. Une sorte de géométrie de la régularité absolue. Le coup de théâtre a été produit par les physiciens et les théoriciens du chaos qui nous ont enseigné, depuis les années 19601970, et bien avant eux, le mathématicien Henri POINCARÉ (18541912), la thèse inverse : le devenir du Monde est irréversible et essentiellement non déterministe. La « flèche du temps » popularisée par le chimiste Ilya PRIGOGINE, symbolise la créativité du hasard et de l’incertitude radicale, celle que nous avons du Monde, mais aussi celle que recèle le Monde en lui même. Le temps conduit irréversiblement aux confins de l’inconnu, sans que la connaissance humaine, si faible en définitive malgré les apports quasi quotidiens de la science, puisse être capable de percer les mystères de ce Monde complexe, hors de portée de l’intelligence purement déterministe. Certes, le philosophe grec présocratique HÉRACLITE d’Éphèse (sixième siècle avant J.C.), nous avait déjà « averti » que toutes choses naissent de la lutte, du contradictoire, et que nous ne nous baignons jamais deux fois dans le même fleuve, car le changement universel est la règle. Apparition et disparition sont concomitantes, et conditions l’une de l’autre. Le temps du Monde est comparable à celui de l’enfant, dit HÉRACLITE, car il demeure imprévisible et fait de ruptures irraisonnées, d’antagonismes et de contradictions. En fait, son message philosophique faisait
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référence à l’idée d’un monde mouvant en restructuration permanente, dont l’instabilité imprévisible, hasardeuse, constitue le moteur indomptable de toute création depuis l’origine de l’univers. La tradition pythagoricienne, reprise et assumée par les platoniciens, a recouvert cette pensée du chaos fondateur et de la complexité originaire dans laquelle le Monde s’enracine. Le Monde, c’est à la fois l’environnement naturel et artificiel des êtres vivants et la conscience floue, incertaine, voire erratique, qu’ils en ont ; c’est l’interaction des volontés et des consciences, des êtres collectifs – socialement et politiquement définis – et des êtres singuliers avec leur lignée, leurs origines ancestrales. Cette notion conjugue la finitude de l’existence des êtres pensants depuis l’origine des temps, et l’infinitude de leurs projections dans le futur, un futur mal dessiné, incertain, imprévisible, en dépit des estimations qu’en fournissent les « scientifiques » et les réputés experts (en économie, en histoire politique, en cosmologie, en sociologie, voire en humanité…). En vérité (le mot « vérité » est ici intentionnellement paradoxal !), rien ni personne ne sait comment tout cela fonctionne ; une suite de vies mises bout à bout jusqu’à la fin du Monde n’y suffiront pas, et l’enfant à cet égard en sait presque tout autant que le « savant ». Il en sait peutêtre plus, et l’animal aussi, car nous nous plaisons à recouvrir notre conscience floue de carapaces de savoirs qui font illusion, qui brillent de l’extérieur, mais qui nous laissent indigents en matière de « savoir ». Pour savoir quelque chose de fondamental, il faudrait tout d’abord avoir une notion, rudimentaire au moins, relative à la manière de s’orienter : toutes les directions de la pensée se valent, elles s’égalisent en quelque sorte au fil du temps, au fildestemps. Telle une fractale, belle ou seulement étrange, selon les goûts, le Monde se développe en se déconstruisant, en se reniant, en se niant. Nul point d’ancrage stable ou rassurant, que des mirages rationalistes très décevants ou dont on prétend se satisfaire provisoirement. Les échelles de temps, d’espace, de vie, de
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conscience, s’annulent en s’affirmant. Destin irréductible, la mort réduit tout à un fragment d’instant, depuis toujours et pour toujours. Le soleil viendra sûrement un jour s’écraser sur la Terre, disent les géophysiciens. L’univers s’étend, s’épand, s’étire, se contracte, se comprime… Toutes les hypothèses sont formulées, personne ne sait vraiment. Big bang ou implosion primitive ? Les ordinateurs calculent inlassablement, simulent et modélisent… pour l’éternité. C’est le doute fractal qui s’instaure et s’amplifie. Aucune certitude ne nous délivre du doute fractal, au contraire. Plus les hypothèses avancent, plus la relation intellectuelle et affective au Monde dans lequel nous vivons, bon gré, mal gré, se comprend comme une variante de la fractalité universelle des choses et des êtres – tous les êtres vivants, humains et non humains. Nous formons une fractale géante, incommensurable, incalculable, loin de toute harmonie géométrique, de toute régularité, de toute symétrie. Pour vivre, donc se donner des buts, des raisons d’agir et de théoriser le Monde, il est humain d’aplanir la difficulté d’appréhender le réel incertain en le modélisant avec des nombres et des tracés réguliers, aussi prédictibles que possibles… Je dois savoir de quoi demain sera fait, comment sera constitué mon Monde futur (au moins pour la génération à venir !). Mais cela vaut plus comme une illusion consentie qu’à titre de vérité authentique : sentie, ressentie, évidente pour mon cerveau « pensant » autant que pour ma sensibilité primaire. Justement, tout en moi comme « hors » de moi, demeure incertain, sans réponse à des questions forcément biaisées : l’avenir – personnel et collectif – autant que le présent qui ne signifie aucune stabilité mais un instant pris dans un flux, un tourbillon qui ne me laisse aucune prise sérieuse, car beaucoup trop complexe pour ma faible capacité à dominer l’incompréhensible fractalité du Monde. Le Monde est une fractale : comme les images fractales du mathématicien Benoît MANDELBROT et de ses émules (si nombreux aujourd’hui), créées avec le secours indispensable de l’ordinateur, le Monde s’étire, se dilate, se contracte, multiplie simultanément ses échelles d’organisation, se fragmente, se
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disperse, bifurque, change d’orientation, zigzague, entremêle le continu et le discontinu de ses contours flous, se pointillise, se brise, se reconstruit et même – paradoxe incompréhensible – se reconstitue avec originalité à mesure qu’il se brise et surtout… parce qu’il se détruit ! En fait, c’est le jeu même de la vie du Monde – éléments vivants, conscients ou inconscients, humains ou animaux, animés ou inertes – qui se fractalise en permanence. La vie y rejoint la mort dans une spirale sans fin, et d’ailleurs la mort – comble de l’étrangeté ! – s’impose comme la condition de la vie. Pour vivre, il faut mourir : la mort de nos ancêtres n’estelle pas la condition de la naissance de ceux qui les ont suivis ? La vie du Monde dans son ensemble, c’est, indissociablement, la rupturedans la continuité et la brisure irréversiblede la continuité. Impossible de dissocier continuité et rupture, homogénéité et cassure, construction et démantèlement des choses. L’un ne va pas sans l’autre ; la stabilité n’existe pour ainsi dire qu’à titre provisoire, l’harmonie qu’à titre précaire… Je suis censé être ceci ou comme ceci, et je deviens autre et autrement ; d’un bout à l’autre d’une existence humaine, de l’état primitif de l’univers à sa fin présumée, des origines d’un empire ou d’un Etat à la fin de cet empire ou de cet Etat, toute l’histoire du Monde révèle l’inévitable « loi » du jeu de la construction/déconstruction perpétuelle. Bien sûr, à courte vue, le nez sur l’événement, toute chose semble à peu près stable ; mais dès que l’intelligence prend du recul, mettant les choses en perspective distante, la seule et unique leçon offerte par le Monde, c’est son tremblement constant. Curieuse constance que celle de l’inconstance radicale du Monde ; pourtant, nous en vivons, chacun peut à loisir en tirer profit, ne seraitce que par l’exercice de ses capacités à (sur)vivre chaque jour renouvelées. Serionsnous encore en vie, si une certaine « symétrie » ou harmonie ne nous faisait tenir debout, individus et sociétés ? La fractalité du Monde, tout au moins à notre échelle
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