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A propos de la culture

299 pages
Dans un contexte de globalisation, l'histoire culturelle contemporaine est nécessairement plurielle. Nous sommes entrés de plain-pied dans la société du spectacle. Cet ouvrage, édité en deux tomes, interroge quelques aspects déterminants à propos de la culture. Ce tome aborde l'instrumentalisation de la culture, la transmission et la création, la culture et la ville.
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A propos de la culture
Tome2

Les Rendez- V ODSd'Archimède
Collection dirigée par Nabil EI-Haggar Université des Sciences et Technologies de Lille

" A propos de la culture

Tome2

Sous la direction de Nabil EI-Haggar
Jérôme André Alain Cambier Inès Champey Michel David Thierry De Duve Nayla Farouki Alain Fleischer Robert Gergondey Haifa Hajjar Najjar Jean-Marc Lachaud Gaëtane Lamarche- Vadel Taslima Nasreen Jordi Pascual Christian Ruby Henri Simons Daniel Vander Gucht Joëlle Zask L'HARMATTAN

<9 L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05219-2 EAN : 9782296052192

Remerciements à : - la Direction de l'Enseignement Supérieur, le Ministère de l'Éducation Nationale, le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche - la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Nord-Pas de Calais (DRAC), Ministère de la Culture et de la Communication - le Conseil Régional Nord-Pas de Calais - la Ville de Villeneuve d'Ascq qui subventionnent les activités organisées par l'Espace Culture. - L'agent comptable de l'Université des Sciences et Technologies de Lille l'équipe de l'Espace Culture de l'USTL : Nabil EI-Haggar, vice-président de l'USTL, chargé de la Culture, de la Communication et du Patrimoine Scientifique Françoise Pointard, directrice Communication/Éditions: Delphine Poirette, chargée de communication Edith Delbarge, chargée des éditions Julien Lapasset, infographiste Audrey Bosquette, assistante aux éditions Administration: Dominique Hache, responsable administratif Angebi Aluwanga, assistant administratif Johanne Waquet, secrétaire de direction Dominique Wartelle, accueil-secrétariat Relations jeunesse/étudiants: Mourad Sebbat, chargé des relations jeunesse/étudiants Martine Delattre, assistante projets étudiants Patrimoine scientifique: Antoine Matrion, chargé de mission Patrimoine Scientifique Régie technique: Jacques Signabou, régisseur Café culturel: Joëlle Mavet L'ensemble des textes a été rassemblé par Edith Delbarge, chargée des éditions et Audrey Bosquette, son assistante.

Collection
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Les Rendez- VODSd'Archimède
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Questions de développement:

nouvelles approches et enjeux» sous la direction d'André Guichaoua - 1996
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Le Géographe et les Frontières»

sous la direction de Jean-Pierre Renard - 1997 « Environnement: représentations et concepts de la nature» sous la direction de Jean-Marc Besse et Isabelle Roussel - 1998
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La Méditerranée

des femmes»

sous la direction de Nabil EI-Haggar - 1998
«

Altérités: entre visible et invisible»

sous la direction de Jean-François Rey - 1998 « Spiritualités du temps présent: fragments d'une analyse, jalons pour une recherche» sous la direction de Jean-François Rey - 1999 « Emploi et travail: regards croisés» sous la direction de Jean Gadrey - 2000 « L'École entre utopie et réalité» sous la direction de Rudolf Bkouche et Jacques Dufresnes - 2000
«

Le Temps et ses représentations»

sous la direction de Bernard Piettre - 2001

« Politique et responsabilité: enjeux partagés» sous la direction de Nabil EI-Haggar et Jean-François Rey - 2003

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Les Dons de l'image»

sous la direction d'Alain Cambier - 2003
« L'Infini dans les sciences, l'art et la philosophie» sous la direction de Mohamed Bouazaoui, lean-Paul Delahaye et Georges Wlodarczark - 2003
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La Ville en débat»

sous la direction de Nabil EI-Haggar, Didier Paris et Isam Shahrour - 2003
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Art et savoir,

de la connaissance à la connivence» sous la direction d'Isabelle Kustosz - 2004
«

Le Vivant

enjeux: éthique et développement» Sous la direction de Nabil EI-Haggar et Maurice Porchet - 2005 « Le Hasard: une idée, un concept, un outil» Sous la direction de lean-Paul Delahaye - 2005 « Que cachent nos émotions? » Sous la direction de lean-Marie Breuvart - 2007

À paraître prochainement:
« La Laïcité» « L'Enfant»

SOMMAIRE

SOMMAIRE

Avant-propos
Par Nabil EI-Haggar

p. 17

Introduction Par Nabil EI-Haggar Chapitre I Instrumentalisation

p. 19

de la culture

Instrumentalisée... et instrumentalisante ? Quelques interrogations à propos de la culture Par Nayla Farouki Le nouvel état de la culture Par Christian Ruby De la culture aux arts et retour Par Christian Ruby La valeur« art» Par Inès Champey De la culture et de l'art aujourd'hui Par Jean-Marc Lachaud Résister comme inventer Par Gaëtane Lamarche- Vadel Résistance ou responsabilité culturelle? Par Daniel Vander Gucht

p.33

p.47

p. 53

p. 69

p. 103

p. 115

p. 125

13

Chapitre II Transmission

et création
p. 137

Comment l'art se transmet-il d'une génération d'artistes à l'autre ? Par Thierry De Ouve Transmission et création Par Alain Cambier Deux cultures - et deux barbaries Par Robert Gergondey Transmission, culture et liberté Par Joëlle Zask La transformation de l'école pour filles Ahliyyah en une organisation basée sur l'esprit et l'âme Par Haifa Hajjar Najjar Ensemble et séparés Par Alain Fleischer

p. 147

p. 159

p. 167

p. 177

p. 189

Chapitre III Culture et ville
La ville: objet culturel par excellence Par Alain Cambier Politiques culturelles, développement humain et innovation institutionnelle Par Jordi Pascual p. 199

p. 223

14

Création émergente et culture urbaine: un exemple bruxellois Par Henri Simons Culture et développement local: le cas de Roubaix Par Michel David Le musée n~est pas une cathédrale Par Jérôme André

p. 245

p. 255

p.267

Épilogue
« A little bit of me » Par Taslima Nasreen
p. 279

Bibliographie

des auteurs

p.291

15

Avaut-propos

Par Nabil EI-Haggar
Vice-président de l'Université des Sciences et Technologies de Lille, chargé de la Culture, de la Communication et du Patrimoine Scientifique

Ce livre est le dix-huitième titre de la collection Les Rendez-vous d'Archimède. Il occupe sans nul doute une place particulière dans cette collection car il questionne un postulat fondateur de notre projet: la culture en tant que figure symbolique de l'ambition démocratique. Étant donné le très vaste champ de réflexion autour de la culture, nous avons retenu quelques thèmes qui nous semblent centraux pour poser un regard critique sur la problématique culture et démocratie. Au fil de la lecture des textes proposés, réunis en deux tomes, cet ouvrage met en évidence la complexité de l'accès à la culture et la place qu'elle occupe dans une société de consommation, d'image et de médiatisation à outrance. C'est certainement une illusion que de prétendre, à travers un colloque et des conférences, cerner cette question si complexe, qui passionne depuis toujours, et continue à susciter un intense débat. Néanmoins, la multiplicité des intervenants et des champs disciplinaires donne une grande richesse à cet ouvrage. Grand merci aux auteurs qui ont bien voulu s'associer à cette démarche dans son intégralité et tout particulièrement aux membres du comité scientifique grâce auxquels ce travail a été rendu possible. Je profite de cet avant-propos pour signaler aux lecteurs qui découvrent cette collection que nous travaillons depuis 17

quinze ans pour que Les Rendez-vous d'Archimède restent un espace de réflexion, de pensée, de rigueur et de liberté. La pensée a besoin d'espaces de liberté où échanges et rencontres trouvent vie en dehors de toute logique utilitaire. Les savoirs et les connaissances, fruits d'une construction lente et complexe des rapports que l'on peut avoir au monde, fondent l'ensemble des rencontres proposées lors de ces rendez-vous. Cet espace multiforme se veut un lien indissociable entre la culture et l'éducation. Je rappelle également aux lecteurs qu'ils peuvent découvrir sur notre site la revue culturelle Les Nouvelles d'Archimède, trimestriel gratuit qui traite de questions diverses à travers des approches multidisciplinaires. Vous pourrez y lire des articles relatifs aux thèmes de l'année et y retrouver régulièrement les rubriques Paradoxes, Mémoires de science, Humeurs, Repenser la politique, Jeux littéraires, Vivre les sciences, vivre le droit, À lire, L'art et la manière... Alors, si notre démarche et nos publications vous intéressent, n'hésitez pas à nous contacter et à en parler autour de vous. Le public est notre meilleur média !

18

INTRODUCTION
Par Nabil EI-Haggar

Introduction

Par N abil El. Haggar Vice-président de l'Université des Sciences et Technologies de Lille, chargé de la Culture, de la Communication et du Patrimoine Scientifique

«

La culture, c'est aussi ce qui désadapte l'homme,
le tient prêt pour l'ouvert, pour le lointain, pour l'autre, pour le tout. (...) L'éducation, au sens fort du mot, n'est peut-être que le juste mais difficile équilibre entre l'exigence d' objectivation, c'est-à-dire d'adaptation et l'exigence de réflexion et de désadaptation. C'est cet équilibre tendu

qui tient l'homme debout. »
Paul Ri cœur Histoire et vérité

Depuis 1992, l'Université des Sciences et Technologies de Lille développe une politique culturelle qui articule les relations entre éducation, art, science et culture en affirmant sa spécificité universitaire dans un véritable engagement intellectuel. Cette politique se traduit notamment par la mise en place d'un lieu de réflexion, d'échange et de débat, un soutien à la pratique artistique en amateur, la valorisation de la culture scientifique, une sensibilisation aux formes d'art les plus contemporaines et un accompagnement à la réalisation de projets étudiants et associatifs. Après plus de quinze ans de travaux menés au sein de l'Espace Culture de l'Université des Sciences et Technologie de Lille, il nous a semblé important de questionner et de porter un 21

regard critique sur la culture en tant que figure symbolique de l'ambition démocratique. C'est par un colloque international de trois jours, organisé à Lille, que nous avons choisi de contribuer à cette réflexion.
I. De l'université

La société de masse, écrit Edward Shies, «advient clairement quand la masse de la population se trouve incorporée à la société ». L'université française s'insère dans cette problématique. Elle est dans une phase de transformation importante sous la pression d'exigences diverses. Elle s'interroge sur sa raison d'être et son développement futur. Elle fait son bilan et réévalue ses missions face aux défis de la société, tant au niveau local que global. La culture qu'elle propose de transmettre à la société est aussi concernée par le rapport, aussi complexe que conflictuel, de la société à la culture. Les savoirs et les connaissances sont, aujourd'hui, une exigence sociale pour le développement et le bien-être des sociétés. Cela engendre non seulement une demande croissante de formation supérieure, mais aussi la nécessité d'une coopération importante entre les différentes disciplines, les divers centres de production de culture et de connaissance, entre les différents savoirs (scientifique, artistique, technique). L'enseignement ne peut plus s'organiser selon le principe de l'apprentissage passif de notions établies, mais selon la nécessité d'apprendre à apprendre de façon globale et contextuelle. Rappelons que «I 'hyperspécialisation» et la compartimentation disciplinaire défavorisent l'accès aux connaissances majeures. L'université est appelée de toute part, en interne et en externe, à l'efficience et à l'efficacité. Face aux défis et aux difficultés d'une réforme de cette institution pluriséculaire, alors que les réponses ne peuvent venir que d'une réflexion 22

plus globale, la tendance générale est aux réponses adaptatives morcelées, éparpillées et principalement soucieuses des exigencesdu « marché ». Dans un pays où un étudiant d'université ne coûte que 7210 € à l'État contre 10 000 € pour un lycéen et 13 560 € pour un élève de classe préparatoire, nombreux sont les universitaires qui ne doutent pas de la nécessité de réformer l'Université française. Il est vrai que l'État n'incite pas à une réflexion collective efficace qui pourrait enrichir ladite réforme.

Mais il est aussi vrai que la « Communautéuniversitaire» ne se
donne pas les moyens nécessaires pour mener une réflexion profonde et durable autour des questions essentielles pour une réforme qui permettrait à l'Université française d'avancer. Dès lors, une question s'impose: pourquoi la communauté universitaire est-elle souvent bien plus dans le réagir que dans l'agir? Cette communauté d'élite sait pourtant qu'être dans «le réagir» est une autre manière de subir. Une université qui se respecte n'a d'autre choix que de préserver son âme en tant que lieu libre de réflexion, de recherche, de création, d'éducation et de diffusion des savoirs. C'est dans ce lieu que les diverses approches de la connaissance et les différentes cultures peuvent exister librement en dehors de toute logique de rentabilité. L'université devrait donc être un lieu privilégié capable de mettre à disposition de l'intelligence du public, de tous les publics, les possibilités d'apprendre à regarder, écouter, apprécier, critiquer, évaluer les sciences et les techniques, la qualité d'un texte, d'une mise en scène, d'une interprétation, d'une œuvre artistique, etc. Ce sont des outils nécessaires pour accéder à l'intelligibilité et partager, dans la différence et la pluralité, la vision des autres. En plus de son rôle de production et de diffusion de savoir, il lui est demandé de préserver la place de la pensée et du débat d'idées, de ne pas négliger le rapport entre savoirs, arts, recherche, création et éducation et d'occuper la place qui lui revient dans la Cité, d'assumer son rôle social, culturel,

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éthique et politique. À l'image de la démarche sélective face à l'ensemble des disciplines culturelles, une part non négligeable d'universitaires ne s'intéresse, dans les savoirs et les connaissances, qu'à la partie qui lui est nécessaire pour exceller dans sa spécialité. C'est ainsi que la recherche et l'enseignement risquent de ne garder de leurs missions que l'aspect «formateur» qui sait répondre aux critères de l'efficacité technique et de la rentabilité économique sans se soucier du culturel, c'est-à-dire de l'éducation d'un regard critique sur les savoirs, condition sine qua none pour une prise de recul nécessaire et pour donner un sens à l'entreprise de la connaissance. Or, nous savons que «ce culturel qui met de la distance entre I'homme et le vital

indispensable à la survie humaine» 1 est en conflit avec
« l'utile» et l'immédiateté. « D'une culture adaptée au temps présent, on passe à cet extrême, la culture adaptée à l'instant présent, c'est-à-dire une façon grossière de s'emparer de l'utilité momentanée. Si l'on croit que la culture a une utilité, on confondra rapidement ce qui est utile avec la culture. La culture généralisée se confondra avec la haine de la vraie culture »2.

Bien que la spécialisation soit indispensable pour qu'un travail de recherche universitaire ou de création artistique aboutisse, et que les cloisonnements disciplinaires soient parfois nécessaires, il nous appartient de mesurer les enjeux des savoirs et des connaissances et de pouvoir leur accorder un regard critique malgré la pression sociale et les contraintes internes et externes nées de la rentabilité et de l'efficacité. Il faut comprendre les enjeux des cloisonnements disciplinaires aussi bien que ceux des ouvertures, des décloisonnements et de la transdisci plinari té. Organiser le débat et la rencontre est essentiel au développement de la culture dans toutes ses dimensions. C'est
1 Hannah Arendt, La Crise de la culture, éd. Gallimard, collection Idées, Paris, 1985. 2 Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, tome II. 24

ainsi que, par son rôle de diffusion de la culture et du savoir, l'université permet la réflexion sur l'art, la recherche, le savoir et la connaissance qui sont dépositaires d'un pouvoir qui n'est ni neutre, ni objectif. L'université et les universitaires ne peuvent donc se soustraire à la responsabilité éthique et civile de l'œuvre artistique, scientifique et technique. Parce que nous sommes toujours appelés à porter un regard critique sur ce que nous étudions, cherchons, inventons et créons, une condition s'impose donc à nous: une prise de recul nécessaire. Tant que cette démarche fait défaut, la « rencontre» résultante de la confrontation, et partie intégrante du processus de créativité et d'intelligibilité, est un leurre. C'est pourquoi il est urgent qu'une refondation des politiques publiques de la culture soit opérée. Il est indispensable de mettre fin aux cloisonnements disciplinaires, de reconsidérer sérieusement la place de la pensée, des savoirs et des connaissances dans notre approche de la culture. Il faut veiller à la permanence du rapport entre éducation et culture. II. De l'ouvrage Si la culture est bien ce qui découvre un sens commun, quelle relation entretient-elle avec le politique? Si 1'histoire contemporaine peut faire passer l'association de la culture et de la barbarie pour un tragique lieu commun, que reste-t-il de l'idéal de la modernité issu des Lumières? Dans quelles conditions la culture peut-elle encore faire l'objet d'un bien commun? Pourquoi et comment peut-elle permettre au genre humain de poser un regard critique sur le monde et donc sur soi-même?
Nous avons choisi d'aborder ces interrogations complexes à travers les problématiques suivantes: - La construction européenne au risque de ses cultures?, - Universalité et particularité, - Culture et barbarie, - InstrumentaIisation de la culture,

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- Transmission et création, - Culture et ville. Ce colloque a donné lieu à trois jours de réflexion et de débat entre les intervenants, avec un public aussi nombreux que divers, dont bon nombre de lycéens et d'étudiants. La restitution de ces travaux, présentés dans le cadre du colloque À propos de la culture et lors des conférences préliminaires sur le thème Culture et Ville, a permis l'édition de cet ouvrage collectif, édité en deux tomes. Le premier tome rend compte des interventions relatives aux trois premiers thèmes: La construction européenne au risque de ses cultures, Universalité et particularité et Culture et barbarie. On retrouve, dans ce deuxième tome, les réflexions autour de: L'instrumentalisation de la culture, Transmission et création et Culture et ville.
À propos de la culture, tome 1

Bien que la culture soit un enjeu fondamental de la démocratie, la question culturelle reste trop souvent absente des débats sur la construction européenne. Nous partageons pourtant une histoire commune faite d'apports culturels très divers. La construction européenne doit-elle se faire au risque de ses cultures? Le culte de la particularité conduit souvent à l'autisme culturel. Mais la prétention à l'universalité peut aussi bien vider une culture de sa richesse spécifique que l'amener à soumettre le monde à l'aune de ses valeurs... La culture ne nous met pas nécessairement à l'abri de la barbarie. Les millénaires de culture qui ont produit ce que nous sommes aujourd'hui ont été portés par ce que l'on pourrait appeler «la violence barbare» de la vie. Il n'y a pas aujourd'hui un retour de la barbarie, elle a toujours existé. Face aux violences actuelles de tous ordres, faut-il interpréter la culture comme une capacité nouvelle de vivre ouvertement à la fois avec, pour et contre la barbarie?

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À propos de la culture, tome 2
L'instrumentalisation de la culture

La culture a longtemps été identifiée à la formation des femmes et des hommes. Depuis qu'elle est convertie en communication esthétique ou en sacralisation de résultats, elle est devenue un enjeu des pouvoirs économiques et politiques. Loin d'être une fin en soi, elle peut aussi être un moyen de normalisation de l'homme et prendre aujourd'hui des formes aliénantes. Il est nécessaire de poser la question de l' instrumentalisation de la culture. La définition de la culture renvoie-t-elle à une réalité ou à une utopie? Après une étude des rapports entre culture et politique, Nayla Farouki parle d'une «culture instrumentalisante» et d'une « culture instrumentalisée ». L'instrumentalisation de la culture nous permet-elle de comprendre les phénomènes contemporains? La question est posée par Christian Ruby qui évoque un nouvel état de la culture et s'interroge alors sur l'émergence de nouvelles relations de pouvoir. Ne doit-on pas aussi soulever la question de l'instrumentalisation de l'art? Parler de culture, n'est-ce pas aussi nécessairement parler d'art? Avec la fin de l'âge esthétique est apparue une politique de la culture et des arts. Il faut convoquer, sur ce point, le regard de spécialistes. Inès Champey nous livre ainsi une réflexion sur la valeur « art », la question de la croyance étant inséparable de celle de la valeur. Elle aborde le phénomène de spécialisation dans le champ artistique. Jean-Marc Lachaud insiste sur l'indispensable refondation d'une théorie critique de la culture à l'ère de la mondialisation néo-libérale. Il note néanmoins la singularité de l'art qui perpétue la quête de liberté. L'uniformisation de la société de masse, la globalisation marchande ont indéniablement appauvri les différences et les pluralités. Mais peut-on résister à l'instrumentalisation de la culture et que cela suppose-t-il ? Gaëtane Lamarche- Vadel et Daniel Vander Gucht nous livrent leurs points de vue sur cette question et nous éclairent sur cette responsabilité, voire cet enjeu démocratique. 27

Transmission

et création

Thierry de Duve introduit le thème Transmission et création et aborde la question de la transmission artistique entre les générations d'artistes. Il est vrai que la culture ne peut se concevoir sans transmission de ses acquis, condition nécessaire à la continuité de I'histoire. Si I'homme avance culturellement, c'est parce qu'il bénéficie des acquis du passé. C'est en ce sens qu'Alain Cambier rappelle que 1'homme ne peut jamais créer ex nihilo. Ainsi, commencer équivaut toujours à recommencer. Toute culture vivante est une tradition qui favorise en même temps la créativité. C'est par l'éducation que se fait la transmission. D'où l'absolue nécessité, comme le note Robert Gergondey, d'une culture humaniste qui intègre le travail du savoir. Il ne peut exister, d'une part, une culture des Humanités et, d'autre part, une culture des Sciences et des Techniques. Se basant sur la philosophie du pragmatisme selon John Dewey, Joëlle Zask expose les raisons pour lesquelles former ne peut se réduire à conformer. Elle rejoint l'idée selon laquelle il n'existe aucune contradiction entre connaissance du passé et invention, et insiste sur la différenciation entre diffusion culturelle et processus d'acculturation ou d'assimilation. Paradoxalement, c'est l'exemple d'une école pilote à Amman-Jordanie qui illustre dans un premier temps ces propos. Une expérience rare et significative au Moyen-Orient présentée par Haifa Hajjar Najjar. Cette école de filles, fondée en 1929, est devenue une organisation intellectuelle d'apprentissage qui repose sur trois piliers - l'indépendance, la crédibilité et la personnalité - permettant l'enrichissement des capacités indi viduelles. Dans un deuxième temps, aux antipodes de cette expérience: l'exemple du Fresnoy - Studio national des arts contemporains. Alain Fleischer expose le projet pédagogique et artistique du Fresnoy qui permet de passer en continu des anciens aux nouveaux gestes, de transmettre de 1'histoire et d'émettre du présent.

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Culture et ville

À I'heure de la mondialisation, la question de la relation entre la ville et la culture se pose forcément. D'une part, la ville a toujours été le lieu d'épanouissement des individus et des cultures et, d'autre part, la culture est parfois à l'origine de transformations urbaines. La ville est à la fois affaire de technique et d'éthique, deux dimensions du milieu urbain qui ne sont pas nécessairement en harmonie selon Alain Cambier: la relation étroite entre crise de la culture et crise du monde urbain se cristallise surtout avec le développement de la ville industrielle. Plusieurs forces menacent l'autonomie de la culture et son contenu critique. Jordi Pascual cite, par exemple, le fondamentalisme et l'instrumentalisation très influents dans les villes, les pays et les États européens. En ce qui concerne le rapport entre culture et développement local, Bruxelles, Roubaix et le site du GrandHornu en Belgique, présentent des cas particulièrement intéressants. Henri Simons signale la réhabilitation d'une gare en centre ville de Bruxelles, devenue à la fois laboratoire artistique, lieu de création, centre de formation pour chômeurs, de confrontation et de diffusion culturelle. Michel David renvoie à la désindustrialisation et aux crises économique, urbaine et sociale qu'elle a produites pour expliquer le contexte dans lequel s'est construite une politique culturelle originale à Roubaix. Enfin, Jérôme André évoque l'impact d'un projet muséal sur son environnement, un site qui symbolise l'urbanisme industriel et utopique du début du XIXème siècle. En guise d'épilogue de cet ouvrage, nous avons choisi le témoignage poignant que Taslima Nasreen nous a livré.

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