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Approches critiques du plaisir (1450-1750)

De
256 pages
La quête du plaisir entreprise dans ces deux ouvrages concerne essentiellement le XVIe et le XVIIe siècles. Les plaisirs sont-ils les mêmes et sont-ils ressentis partout de la même façon et avec la même intensité et la même innocence ? Les plaisirs de l'esprit et du cœur sont-ils fondamentalement d'une autre nature que les plaisirs des sens ? Ce volume porte sur la France, l'Angleterre et l'Allemagne, analysant le moment où le besoin est transformé en art et en divertissement et où la vertu trouve sa récompense. Il est accompagné de De la satisfaction des besoins vitaux aux plaisirs des sens, aux délices de l'esprit et aux égarements de l'âme.
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HistoriquesHistoriques Historiques
série Travaux série Travaux
APPROCHES CRITIQUES DU PLAISIR
Sous la direction de
(1450-1750) Jean-Claude Colbus et Brigitte Hébert
La « quête du plaisir » entreprise dans cet ouvrage, qui concerne pour l’essentiel
e ele xvi et le xvii siècle, met au jour les articulations d’une évolution sémantique
révélatrice de l’évolution des idées caractérisant les siècles suivants. À la
lecture des articles réunis dans ce recueil, l’importance du contexte historique
et social, les divergences sémantiques singulier/pluriel, mais aussi l’évolution
des notions dans le temps s’éclairent progressivement, grâce notamment à APPROCHES CRITIQUES DU PLAISIR
une progression allant de la simple satisfaction des besoins vitaux jusqu’à la
lente conquête du droit au plaisir, en passant par la condamnation des plaisirs
(1450-1750)de ce monde et l’émergence des plaisirs sensuels. Si les contributions retenues
ne prétendent nullement épuiser ce vaste sujet, elles n’en donnent pas moins
une vision particulièrement éclairante de l’émergence du « plaisir » dans le
cadre spatial et temporel retenu, dévoilant quelques aspects fondamentaux de
cette « émotion agréable » qui apparaît comme un des moteurs de l’homme
en quête d’humanité.
Jean-Claude Colbus est maître de conférences à l’université de Paris-Sorbonne.
Auteur d’une thèse intitulée La Chronique de Sébastien Franck (1499-1542).
Vision de l’histoire et image de l’homme, il a publié plusieurs articles sur le
edébut du xvi siècle allemand, en particulier sur les mouvements spirituels en
marge de la Réforme.
Brigitte Hébert, agrégée d’allemand, co-directrice de cet ouvrage, était maître
de conférences à l’université de Lyon II. Médiéviste reconnue, elle est l’auteur de
plusieurs articles sur cette période qui révèlent sa passion pour la langue allemande
et pour les problèmes posés par la traduction/transposition de l’allemand en
français, son domaine de prédilection.
Cet ouvrage collectif résulte d’un séminaire de l’Institut d’histoire de la
pensée classique (CNRS UMR 5037), dont les recherches portent sur la pensée
scientifque, philosophique et religieuse à la Renaissance et à l’âge classique.
Collection « Historiques »
dirigée par Bruno Péquignot et Vincent Laniol
ISBN : 978-2-343-05266-3
25 e Historiques
Travaux
Sous la direction de
APPROCHES CRITIQUES DU PLAISIR
Jean-Claude Colbus
(1450-1750)
et Brigitte Hébert








Approches critiques du plaisir
(1450-1750)



Historiques
Dirigée par Bruno Péquignot et Vincent Laniol


La collection « Historiques » a pour vocation de présenter
les recherches les plus récentes en sciences historiques. La
collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des
périodes historiques.
Elle comprend trois séries : la première s’intitulant
« travaux » est ouverte aux études respectant une démarche
scientifique (l’accent est particulièrement mis sur la recherche
universitaire) tandis que la deuxième intitulée « sources » a
pour objectif d’éditer des témoignages de contemporains relatifs
à des événements d’ampleur historique ou de publier tout texte
dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de
l’historien ; enfin, la troisième, « essais », accueille des textes
ayant une forte dimension historique sans pour autant relever
d’une démarche académique.

Série Travaux

Maxime RENARD, L’Héritage du jacobinisme, 2015.
Christian BÉGIN, Tocqueville et ses amis (2 tomes), 2015.
Christian FEUCHER, Buchoz-Hilton. Ennemi-bouffon de
LouisPhilippe, 2015.
Bernard CAILLOT, Lafayette. De l’Auvergne à l’Amérique,
1757-1784, 2015.
Yann GUERRIN, La France après Napoléon, 2014.
Émilienne LEROUX, Histoire d’une ville et de ses habitants,
Nantes. De 1914 à 1939, Tome II, 2014.
ÉmHitants,
Nantes. Des origines à 1914, Tome I, 2014.
Eric AGBESSI, Ce qu’en disait le Sud. La loi sur les droits
civiques de 1964 : perspectives et arguments des opposants au
projet, 2014.
Annie BLETON-RUGET, La Bresse bourguignonne. Les
e edynamiques d’un territoire. XVIII -XXI siècle, 2014.

Sous la direction de
Jean-Claude Colbus et Brigitte Hébert











Approches critiques du plaisir
(1450-1750)






































































































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05266-3
EAN : 9782343052663





in memoriam Brigitte Hébert
(1944-2012)









Cet ouvrage est publié en mémoire d’une grand médiéviste
de la germanistique française, Madame Brigitte Hébert,
enseignante à l’Université de Lyon II, disparue le 6 février
2012, à l’âge de 67 ans. Pendant les deux années où nous
avons dirigé le séminaire de l’UMR 5037 intitulé « Le
Plaisir : De la satisfaction des besoins vitaux aux plaisirs
des sens, aux délices de l’esprit et aux égarements de
l’âme [1450-1750] », elle n’a cessé de porter ce projet qui
lui tenait particulièrement à cœur. Malgré ses problèmes
de santé, elle a travaillé jusqu’à la fin sur les diverses
contributions afin que cette quête de l’émergence du
plaisir puisse être publiée.

J.C. Colbus





Sommaire
9 Introduction

I – Se nourrir, se vêtir : du besoin au plaisir
29 Brigitte Hébert : Du plaisir du savoir-faire au plaisir du
faire savoir : Le livre de cuisine de Maître Marx
Rumpolt.
53 Stéphanie Chapuis-Després : Les Teufelsbücher, une
condamnation du plaisir ? L’exemple des
evêtements et parures au XVI siècle.

II – Une vie de plaisirs : plaisirs du monde, plaisir de
solitude
87 Danièle Berton-Charrière : Pleasure Reconciled to
Virtue (Ben Jonson, 1618)
113 Jacqueline Boucher : Plaisirs mondains à la cour des
derniers Valois
133 Michèle Clément : Le plaisir de la solitude dans
SAULSAYE. Eglogue, De la vie solitaire de
Maurice Scève (1547)

III – Divins plaisirs, malins plaisirs : une voie
d’humanité
165 Monique Vénuat : Le plaisir de l’étude dans The
Scholemaster de Roger Ascham (1570)
187 Christian Jérémie : Plaisir de l’esprit, plaisirs de la
chair : sainteté, sexualité, spiritualité.
Rhétorique et théologie du plaisir chez Thomas Becon,
(1512-1567) orateur et Réformateur.
217 Jean-Claude Colbus : Le Kegelspiel, ou l’analogie du
plaisir (1522)

245 Index

Jean-Claude Colbus 9

Introduction


plaisir [pleziY] n. m. État affectif fondamental
(affect), un des deux pôles de la vie affective;
sensation ou émotion agréable, liée à la satisfaction
d’une tendance, d’un besoin, à l’exercice
harmonieux des activités vitales.


N’en déplaise au Grand Robert de la Langue française,
qui a réponse à tout, les choses ne sont pas si simples et la
première difficulté à laquelle se trouvent confrontés les
auteurs d’un ouvrage sur le plaisir est bien celle de la
définition de leur objet. Cet obstacle initial se révèle
d’autant plus périlleux que les aires géographiques et
linguistiques concernées sont différentes et qu’il n’existe –
les traducteurs le savent bien − jamais de correspondance
terme à terme : aussi nous a-t-il paru intéressant, en guise
de préambule, d’interroger les langues auxquelles se
réfèrent les articles du présent recueil. Cet aperçu sans
prétention à l’exhaustivité n’apportera certes pas de
réponse définitive, mais il a le mérite de poser la question
de l’adéquation des concepts.
eNotre enquête concerne pour l’essentiel le XVI siècle,
qui pose les bases de l’évolution sémantique révélatrice de
l’évolution des idées caractérisant les siècles suivants. Si
le latin et le français nous fournissent les premiers
éléments de notre réflexion, nous tenterons également de
cerner cette notion de plaisir dans les trois autres langues
représentées dans le cadre de ce séminaire : anglais,
allemand et italien.
Introduction 10
Le « Plaisir » en latin et en français
En recoupant la terminologie donnée par Robert
1 2Estienne et par Gaffiot , on constate que le latin désigne
la notion de plaisir par des mots du genre féminin, sans
doute en raison du culte rendu à Voluptas, déesse du
plaisir, à Libentia, déesse de la joie et à Libentina, déesse
de la volupté. La dénomination de ces trois divinités
entretient une confusion sémantique que l’analyse des
noms communs permet de dissiper :
- Voluptas (-atis, f.) exprime la satisfaction, le
contentement : ce terme s’utilise pour désigner entre autres
le plaisir gastronomique. Employé au pluriel, il s’applique
aux spectacles, fêtes et jeux.
- Libido (-inis, f.) exprime le désir, le caprice : on peut
le rapprocher de l’expression française le bon plaisir. Dans
un contexte érotique, il est synonyme de sensualité. Au
pluriel, il revêt une connotation hyperbolique : libidines se
comprend comme les passions, les excès, les plaisirs
frelatés, voire la débauche. Le terme libentia (-ae, f.) est
peu usité ; en revanche l’adverbe libenter, plus fréquent,
signifie volontiers, de bon gré et suppose un plaisir auquel
on s’adonne de manière librement consentie.
- Delectatio (-onis, f.), enfin, évoque la source des
plaisirs, l’amusement, tandis que gratia (-ae, f.) équivaut à
faveur, complaisance : il s’agit du plaisir que l’on accorde
à autrui. Notons encore que la notion de plaisir se lit
également dans le verbe placere dont le sens premier est
calmer, apaiser la douleur, ce qui laisserait entendre que le
plaisir consiste d’abord à ne pas souffrir. Ce verbe prendra

1 Robert Estienne, Dictionnaire françois-latin, autrement dict les mots
françois, avec les manieres duser diceulx, tournez en latin, Paris,
1549.
2
Le Grand Gaffiot. Dictionnaire Latin-Français, édition complétée du
dictionnaire de Félix Gaffiot sous la direction d’Emmanuel Fouquet,
Paris, Hachette, 2000.
Jean-Claude Colbus 11
plus tard aussi bien le sens de plaire que celui de faire
plaisir.
Dans la France du Moyen Âge, le terme le plus courant
pour désigner la jouissance, l’agrément est le mot
plaisance. Peu à peu, il en vient à nommer le lieu où se vit
cet état : un lieu de plaisance. Si plaisier est l’étymon de
l’actuel plaisir, le verbe plaisir existe aussi avec la double
acception du placere latin tardif. En revanche, Soulas ou
solas, dérivé de solacium, soulagement, est souvent traduit
par joie bien qu’il n’en soit pas véritablement le
synonyme, comme le laisse entendre cette phrase citée par
3Godefroy : « En joye et en solas plus legier qu’oiselon ».
Il serait plus proche de la notion de gaieté retrouvée après
un chagrin, et de plaisir qui fait diversion. Il peut recevoir
aussi une valeur d’intensité, comme le marquent les
syntagmes a ses soulas (à son plaisir) et a soulas (à cœur
joie). Quant aux termes deduisement, deduiement ou
deduitement, ils dénotent simplement les effets d’un
amusement, d’un passe-temps agréable.
A la Renaissance, plaisance conserve son sens abstrait
d’agrément, de charme ressenti de façon subjective :
Aussi je treuve une plaisance exquise
A Dieu servir. (Bouchet, Ep. Mor., I, 14)

Mais au pluriel, ce terme revêt une connotation bien
plus concrète. Marot parle des plaisances mondaines
(Epistres, I) pour désigner les plaisirs et divertissements
4de la vie de cour . En fait, plaisir et plaisan ce à eux deux
recouvrent presque toutes les nuances possibles selon que
l’on en joue au singulier ou au pluriel, au propre ou au
figuré, au sens abstrait ou concret :

3 Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’Ancienne Langue Française et
e e
de tous les dialectes du IX au XV siècle, Paris, 1892.
4 Cf infra : Jacqueline Boucher, « Plaisirs mondains à la cour des
derniers Valois ».
Introduction 12
Je me plaisois en toute doleance
Me deplaisant en tout autre plaisir
Prenant en pleurs et souspirs ma plaisance.

Dans ce texte de Baïf (Div. Amours, I, 1, 291), plaisir
équivaut à « divertissement » et plaisance est synonyme
de « jouissance ». Mentionnons encore le verbe jouir
(disposer de) quand il est conjugué à la voix pronominale :
se jouir, en quelque sorte « disposer de soi-même »,
5signifie « éprouver du plaisir » .
Le Grand Siècle projette dans les définitions du
6dictionnaire l’évolution des mentalités, même si Nicot
dans sa définition se contente d’une synthèse des
acceptions en usage dans les périodes précédentes :
Plaisir en français se prend pour un bien-fait, pour une
chose fort agréable, et pour recréation, joyeuseté ou
passetemps.

Mais la polyvalence du terme n’exclut pas sa
classification dans la catégorie des émotions par
opposition aux sentiments. Ainsi trouve-t-on dans
7l’ouvrage de Richelet :
C’est une aimable émotion de l’ame. C’est un
changement qui arrive tout à coup, qui rend sensible et
qui met la nature en l’état qu’elle demande…

et l’auteur de donner comme exemple le plaisir de la chair,
satisfaction qu’on a des privautez amoureuses.
Subsistent néanmoins les sens de faveur, de
divertissement à côté d’occurrences plus spécifiques, telles

5 Edmond Huguet, Dictionnaire de la langue du seizième siècle, Paris,
Champion, 1925.
6 Jean Nicot, Thrésor de la Langue Française…, Paris, D. Douceur,
1606.
7 Pierre Richelet, Dictionnaire françois, Genève, J. H. Widerhold,
1680.
Jean-Claude Colbus 13
celles d’à plaisir (de dessein formé) et de par plaisir (pour
rire, sans sérieux). Mais vers la fin du siècle, l’Académie
8Française range le plaisir au nombre des sentiments :
sentiment agréable excité dans l’ame par la présence ou
par l’image d’un bien, tout en mentionnant deux usages
plus concrets, l’expression car tel est nostre plaisir,
clausule des lettres de chancellerie par laquelle le roi
marque sa volonté (le mot plaisir en est alors
l’euphémisme convenu) ainsi que la formule Menus
Plaisirs qui désigne « les petites dépenses extraordinaires
que l’on fait pour son divertissement », autre euphémisme
s’il en est… Quelques années plus tard seulement,
9Furetière distingue deux sens du substantif plaisir. Le
premier reprend en les mêlant les définitions de ses
prédécesseurs :
[…] émotion ; joye que sent l’ame, ou le corps, étant
excitez par quelque objet agréable ; contentement,
mouvement, sentiment agréable excité dans l’ame par la
présence ou par l’image d’un bien.

Le second présente une connotation moraliste : le terme
plaisir devient synonyme de volupté, de dérèglement des
passions sensuelles. A l’appui de cette définition, on peut
citer Saint-Evremond, qui classe les plaisirs en deux
catégories, plaisirs physiques et spirituels,
s’excluant mutuellement :
Les plaisirs de la chair sont sales et brutaux. Les plaisirs
des sens font mepriser ceux de l’esprit comme trop
subtils, et trop nuds ; et les plaisirs des esprits delicats et
rafinez font mepriser à leur tour les voluptez des sens,
comme trop grossieres.

8
Dictionnaire de l’Académie Française, Première édition, Paris,
1694.
9
Antoine Furetière, Dictionnaire universel contenant generalement
tous les mots françois tant vieux que modernes et les termes des
sciences et des arts, La Haye, A. et R. Leers, 1701.
Introduction 14

On constate ainsi une évolution constante de ce terme,
qui révèle tout à la fois le changement progressif des
mentalités et la difficulté de définir une notion aussi
mouvante, tributaire non seulement du temps mais aussi
de l’espace.
La langue anglaise nous fournit de ce point de vue un
autre champ d’investigation.

Le plaisir en anglais
eAu XVI siècle, il semble qu’il existe trois grandes
valeurs du terme signifiant plaisir et de ses dérivés en
anglais : une valeur spirituelle, celle du caractère licite du
plaisir, une concrète, celle du jardin d’agrément, et
une valeur qu’on pourrait qualifier d’anthropologique,
celle de l’expression corporelle.
A cet égard, le Dialogue entre le chevalier chrétien et
10Satan, de Thomas Becon, offre un passage révélateur ,
bonne illustration de ces trois acceptions, qui mérite qu’on
s’y attarde. Il s’agit d’une passe d’armes verbale entre les
deux protagonistes sur les notions, tacites, de tentation et
de tribulation, où les plaisirs apparaissent dans une double
lumière, celle du licite et de l’illicite. La perspective n’est
pas celle de la morale, mais elle confine à la
métaphysique, c’est-à-dire à la raison d’être de la création

10 Thomas Becon, A Dialogue between the Christian Knight and
Satan, dans The Catechism of Thomas Becon, Parker Society ed.,
Cambridge, University Press, 1844, Johnson Reprint, London, New
York, 1968, p.633 : « Certes I know right well that thou art the author
of all evils and mischances, and that thou dost labour and imagine in
every place none other thing than to hurt good men and vex them. And
I know that I, being a wretched vessel, cannot enjoy continual
pleasures in this life, in this ungracious world, thy most perilous and
bloody inn, but that I must be vexed divers ways; yet will I not despair
and cast away all hope. »
Jean-Claude Colbus 15
et de la vie. On y trouve d’ailleurs sans surprise des échos
de la pensée de Calvin.
Si le chevalier met en garde contre le danger que
peuvent représenter les plaisirs de ce monde, il énonce
également une autre vérité, selon laquelle les plaisirs sont
aussi faits pour qu’on en jouisse. Cela n’a rien d’original.
C’est une manière d’exprimer le principe du bon usage des
choses : il faut savoir faire preuve de mesure et de
discernement, user sans abuser. Les plaisirs sont une des
manières dont l’homme est confronté à sa finitude, à sa
nature, à sa place et sans doute à sa responsabilité dans le
monde. L’exemple du jardinier responsable de son jardin
est particulièrement instructif : s’il est bien de sa
responsabilité d’entretenir les fleurs qui y poussent, cela
ne doit pas se faire au détriment d’autres fonctions du
jardin, celle de produire des aliments notamment. Et ce
n’est pas parce que Satan fait pousser les mauvaises
herbes et détourne l’attention du jardinier de sa
responsabilité en le concentrant sur l’abondance des belles
fleurs, que les fleurs seraient en soi illicites. En résumé,
l’homme ne doit pas se laisser détourner par Satan de la
vraie jouissance des plaisirs de ce monde. Il conserve
l’espérance, voire la certitude, de leur caractère licite,
comme le montrent ces paroles du chevalier à Satan :
Certes je sais parfaitement bien que tu es l’auteur de tous
les maux et de toutes les infortunes, et que tu n’œuvres à
rien d’autre en nul lieu et place qu’au préjudice et au
tourment des hommes de bien. Et je sais que, moi qui ne
suis qu’un réceptacle de misères, je ne puis jouir
continûment des plaisirs de cette vie, dans ce monde
ingrat, ton auberge périlleuse et sanglante, sans que je ne
sois tourmenté de diverses manières ; mais je ne
désespèrerai point ni ne rejetterai toute espérance. […]

Si le chevalier met bien en garde contre le danger que
peuvent représenter les plaisirs, il n’en affirme pas moins
Introduction 16
simultanément la possibilité pour l’homme de jouir des
beautés de la création. Indépendamment du contenu
idéologique du passage, le sémantisme du terme pleasures
est similaire à celui que nous connaissons. Il s’oppose aux
notions de vexation, d’infortune, de tourment (hurt, vex,
mischance, misfortune) et recoupe celle de jouissance, au
sens où l’on jouit d’un droit, d’une bonne santé, ou d’une
propriété (enjoy). Un mot apparenté, récurrent sous la
eplume de Becon et courant au XVI siècle, est
commodities. Le terme a évolué dans un sens commercial
11et financier . Au temps de Becon, ce mot est encore pris
dans une acception beaucoup plus générale, celle des biens
de ce monde, profitables à l’homme. Plaisirs et bienfaits
de la vie vont de pair.
On peut ainsi constater que plaisirs et bienfaits
s’accordent sur un plan : celui de l’existence, de la vie. Il
s’agit bien dans les deux cas des plaisirs de ce monde. Le
plaisir qui nous attend au Paradis, avec son cortège de
délices, ou le plaisir qui s’empare de l’âme ou de l’esprit
de l’homme qui fait sur terre l’expérience spirituelle de
son salut accompli par le Sauveur, parmi d’autres
expériences du même genre, est plus souvent désigné dans
le lexique par des termes courants comme rejoice ou joy.
De manière significative, le terme étymologiquement le
plus proche de pleasure qui apparaît parfois dans ce
contexte est pleasance. Il s’apparente bien sûr au français
12plaisance , même s’il se réfère moins aux plaisirs de ce
monde qu’à la dilection qui emplit l’âme des rachetés en
présence de Dieu. Notons à ce propos qu’une de ses
eacceptions dès le XVI siècle est assez proche du

11
Ainsi par exemple commodity market désigne aujourd’hui la bourse
de commerce, et commodity research bureau index, l’indice des
marchés commerciaux, aux États Unis. Dans un sens plus général,
commodity signifie articles, produits, marchandises.
12
Voir supra les commentaires concernant le français.
Jean-Claude Colbus 17
sémantisme du repos, du calme, de la nonchalance, car le
terme désignait aussi ce qu’on appelle un jardin
d’agrément. Ainsi, dans dans Nicholay’s Nauigations into
13Turkie , traduit en anglais en 1585, Thomas Washington
parle de « divers jardins et plaisances, plantés
14d’orangers » .
Thomas Becon pensait-il à une orangeraie lorsqu’il
faisait dire à l’Archange Gabriel, au tout début du traité
intitulé Les Nouvelles du Ciel :
Pourquoi vous attristez-vous, O mortels ? […] Pourquoi
ne vous ressaisissez-vous pas, afin que votre corps
déclare d’un seul mouvement, avec franchise, force et
courage, votre joie, votre gaieté, votre allégresse, votre
15félicité, et votre plaisir ?

L’homme exprime ainsi corporellement, corporaliter,
le plaisir dont il jouit dans la connaissance du Dieu

13
The nauigations, peregrinations and voyages, made into Turkie by
Nicholas Nicholay Daulphinois, Lord of Arfeuile, chamberlaine and
geographer ordinarie to the King of Fraunce : conteining sundry
singularities which the author hath there seene and obserued: deuided
into foure bookes, with threescore figures, naturally set forth as well
of men as women, according to the diuersitie of nations, their port,
intreatie, apparrell, lawes, religion and maner of liuing, aswel in time
of warre as peace : with diuers faire and memorable histories,
happened in our time. Translated out of the French by T. Washington
the younger. London 1585.
14
« Diuers gardens and pleasaunces, planted with Orange trees. », in
T. Washington, (tr.) Nicholay’s Nauigations into Turkie, IV, xxiii,
139, dans Oxford English Dictionary, « Pleasance », Oxford,
Clarendon Press, 1933.
15
« Wherefore are ye sad, O ye men mortal ? [...] Why do ye not
compose and set yourselves, that all the gesture of your body may
frankly and with a lusty courage declare your joy, mirth, gladness,
felicity, and pleasance ? », T. Becon, The News out of Heaven dans
The Early Works of Thomas Becon, Parker Society, Cambridge,
University Press, 1843, Johnson Reprint C., New York, London, 1968,
p.45.
Introduction 18
d’amour, de pardon, de miséricorde. La connaissance
spirituelle conduit à une expression corporelle de plaisir.
La réjouissance conduit salutairement à la jouissance.
Becon n’a pourtant rien d’un épicurien.
En conclusion, il apparaît donc que les termes anglais
recouvrent à cette époque trois sens nettement distincts : la
lutte, spirituelle ou métaphysique, contre Satan, dans
laquelle les bienfaits de ce monde, commodities, sont
licites ; le jardin d’agrément, planté d’orangers par
exemple, pleasance ; et la manifestation anthropologique
de la connaissance de Dieu.
On ne sera pas surpris de voir d’autres langues
privilégier des sens différents, qui vont à leur tour
influencer la manière de concevoir et de penser le plaisir.

16Le plaisir en allemand
Pour désigner cette idée, le terme le plus fréquent dans
les textes de cette époque est celui de Lust. Il s’agit alors
d’un substantif masculin désignant à la fois le désir et le
plaisir. Dans son dictionnaire publié en 1561, Josua
Maaler lui associe les termes allemands fröud (joie),
Kurtzweyl (divertissement) et Begird (désir) avant de le
gloser par le latin Oblectamentum, Appententia,
Desyderium, delectamentum, Cupido, Deliciae,

16
Josua Maaler, Die teutsch Spraach. Alle Wörter, Namen und Arten
zu reden in Hochteutscher Spraach, dem ABC nach ordenlich gestellt,
und mit gutem Latein gantz fleissig und eigentlich vertolmetscht
dergleychen bishär nie gesähen durch Josua Maaler… Dictionarium
germanico-latinum novum, hoc est linguae teutonicae, superioris
praesertim, thesaurus: in quo omnes fere germanicae dictiones atque
locutiones ordine alphabeti enumerantur, et latine ex probatissimis
authoribus, quam propriissime parissimeque redduntur, a Josua
Pictorio Tigurino confectus. Tiguri, C. Froschoverus, 1561.
Dasypodius, Peter (1490-1559), Dictionarium latino-germanicum et
vice versa germanico-latinum, Argentorati, T. Rihelius, s. d.
Deutsches Wörterbuch von Jakob und Wilhelm Grimm (abrév : DWB.
Disponible sur internet).
Jean-Claude Colbus 19
17Iucunditas, voluptas, Concupiscentia, oblectatio . Soit un
large spectre de significations, illustré au folio suivant par
l’exemple : Grosser Lust und fröud in göttlichen dingen
(force plaisir et joie puisés dans les choses célestes), qu’il
traduit par Divina voluptas, et la locution Den lust büssen
(assouvir son désir) traduit en latin par Exsaturare,
18Explere animum . Dans son dictionnaire publié quelques
19années auparavant, Dasypodius , mentionne en premier
20lieu à l’entrée Lust , le sens de désir (verlangen nach
etwas) et renvoie au terme Begird, qui désigne l’appétence
et même la concupiscence, avant de citer l’expression au
pluriel böse Lüste glosée par Libidines (on rejoint ce qui a
été dit plus haut à propos du pluriel de libido), pravae
voluptates, alors qu’au singulier le terme est connoté
positivement, donné pour synonyme de freud et traduit,
comme chez Maaler, par oblectatio et delectamentum. On
constate ainsi une différence sensible de signification
selon que le mot est employé au singulier ou au pluriel, ce
que confirment les nombreuses références auxquelles
renvoie le dictionnaire de Grimm. Au pluriel, il désigne
les jouissances charnelles et se voit souvent assorti
d’adjectifs condamnant ces plaisirs ainsi que ceux qui s’y
adonnent. Le singulier est parfois employé pour désigner
21la pulsion sexuelle, ainsi dans Ezechiel 23, 9 où le mot
22Lust correspond au libido de la Vulgate , que Lefèvre

17
Maaler, fol.276r° b. L’orthographe de l’original a été respectée,
notamment ce qui concerne l’usage, encore indécis, des majuscules.
18
Ibid., fol.276v a.
19 Peter Dasypodius (1490-1559), Dictionarium latino-germanicum et
vice versa germanico-latinum, Argentorati, T. Rihelius, s. d.
20 Dasyposius, p.153.
21
Luthers Bibelübersetzung nach der letzten Original-Ausgabe,
kritisch bearbeitet von Dr. Heinrich Ernst Bindseil und Dr. Hermann
Agathon Niemeyer, Halle 1850, vol. 4.
22 […] propterea tradidi eam in manu amatorum suorum in manus
filiorum Assur super quorum insanivit libidinem.
Introduction 20
d’Etaples, dans sa traduction de 1530, avait rendu par
23concupiscence . Mais il peut avoir aussi un sens plus
abstrait, voire spirituel, ce qui n’est jamais le cas du
pluriel, voué à la désignation de plaisirs charnels
majoritairement condamnables. On notera que dans ce
contexte il n’est nullement question de la satisfaction des
besoins vitaux, car c’est précisément le dépassement de
ces besoins qui constitue une transgression : manger ou
boire au-delà de la satiété, forniquer sans but procréatif, en
un mot, la recherche du plaisir comme but en soi. Pour
résumer, on retiendra que le mot Lust, surtout quand il est
employé au pluriel (Lüste), sent le soufre ; la notion de
Lust n’est jamais éloignée de l’idée du péché. A l’appui de
cette affirmation, on trouvera dans le DWB un grand
nombre de formules dans lesquelles le substantif Lust est
assorti d’une épithète dépréciative. L’association la plus
fréquente est böse Lüste, désirs ou plaisirs illicites, mais
on trouve aussi unreine Lust (désir impur), fleischliche
Lust (désir charnel), etc. Ces rapprochements
systématiques impliquent bien entendu l’existence
d’autres formes de plaisir : licites, purs, spirituels…
L’opposition ainsi soulignée naît d’une représentation
duelle du monde. Il est intéressant de remarquer que les
exemples de connotation peccamineuse fournis par le
eDWB ne remontent pas au-delà du XV siècle et se
emultiplient à partir du milieu du XVI . Au moyen âge,
l’expression binaire allitérative lust unde liebe, qu’on
pourrait rendre à peu près par plaisir et plaisance,
n’implique aucun jugement de valeur négatif. De là à
imputer ce glissement sémantique à une Réforme
soucieuse d’épurer les mœurs chrétiennes, il n’y a qu’un
pas… qu’il nous semble cependant prudent de ne pas
franchir, d’autres critères – notamment le rapprochement

23
Grimm utilise l’édition Bindseil/Niemeyer.
Jean-Claude Colbus 21
systématique avec le latin libido et son pluriel libidines –
ayant pu jouer un rôle important, voire prépondérant.
L’analyse de certaines expressions – dérivés ou
composés – permet de compléter cette première approche.
On retiendra notamment l’expression nach Lust, qui
correspond au français à plaisir, ainsi que le composé
Wollust, la volupté, où l’on reconnaît dans le premier
élément la racine indo-européenne (latin velle) désignant
la volonté, le bon vouloir, le bon plaisir. A côté de
l’adjectif lustig (gai, d’humeur joyeuse) et de son dérivé le
verbe sich erlustigen (prendre son plaisir, s’ébattre), on
trouve lustbar (qui procure du plaisir, d’où le substantif
Lustbarkeiten, les agréments, les divertissements). Enfin
Lust entre dans un si grand nombre de noms composés
(comme Lustgarten, jardin d’agrément) qu’il serait
impossible de prétendre tous les répertorier, la langue
allemande autorisant toutes sortes de créations inédites qui
débordent largement le cadre des dictionnaires.
Le second terme, encore en usage dans cette même
acception, est Vergnügen, infinitif substantivé d’un verbe
qui signifie d’abord contenter, et qui remplacera
progressivement le dérivé vergnügung. La racine est
commune avec l’adjectif moyen haut-allemand genuoc,
suffisant ; notons au passage qu’on y retrouve la même
évolution sémantique que pour le latin satis. Il n’est pas
impossible que la prédilection du moyen âge allemand
pour la litote ait influencé cette évolution ; en effet, les
exemples abondent dans les textes littéraires médiévaux
où genuoc signifie non seulement en quantité suffisante,
mais en abondance, voire en excès. Dasypodius, dans la
partie latin-allemand de son dictionnaire, traduit satis par
24genüge, überdruß . A l’entrée genuß, jouissance, il
25renvoie à niessung qu’il traduit par commodum, utilitas,

24 p.608.
25
p.196.
Introduction 22
usum, emolumentum : le seul sens qu’il prend en compte
est donc celui d’usage et même, ressortissant au
vocabulaire du droit, d’usufruit. Il faudra attendre le
eXVIII siècle pour que ce terme désigne un plaisir où entre
toujours une part de sensualité.
Il existe bien des plaisirs dont la recherche est permise
et même recommandée mais ils sont le plus souvent
désignés par un autre terme : freud ou freude (joie), au
pluriel freuden, d’ailleurs seul employé pour désigner les
joies célestes. Comme équivalents latins de Freude,
26Dasypodius propose delectatio et oblectatio déjà
rencontrés pour traduire Lust, mais aussi laetitia et
27gaudium. Maaler y ajoute exultatio . Le DWB prend en
compte l’intensité du sentiment éprouvé et range Freude
entre Vergnügen, qualifié de plus faible, et Lust, plus fort
selon lui. Il est remarquable que les frères Grimm ne
citent, pour accompagner ce terme, que des épithètes
élogieuses, comme si la joie ne pouvait être inspirée que
28par un noble mouvement. On a déjà vu plus haut qu’elle
seule pouvait être qualifiée de céleste. Quant au mot glück
(bonheur), dont le pluriel est inusité, il s’applique plutôt à
la félicité éternelle (ewiges glück).
Après cette évocation des nuances que peut revêtir dans
la langue allemande ce premier pôle de la vie affective, il
reste à mentionner rapidement quelques sens plus
matériels. Certes, les termes étudiés plus haut peuvent tous
être affectés d’un sens concret. Nous n’évoquerons qu’un
seul mot spécifique qui ne se réfère jamais à un sens
29abstrait. Il est mentionné par Maaler sous la forme
Kurtzweyl, donné comme synonyme de Belustigung et
traduit entre autres par ludus et delicie. On trouve aussi

26 p.35.
27
144r a.
28 Cf Supra.
29
259r a.
Jean-Claude Colbus 23
30l’infinitif substantivé Kurtzweylen , pour lequel sont
proposés les équivalents latins collodium et collusio.
31Kurtzweyl s’oppose à Langeweile : c’est la distraction,
qui fait paraître le temps plus court alors que l’ennui le fait
paraître long. Dans le même ordre d’idée, Dasypodius,
dans la partie allemand-latin de son ouvrage, mentionne
l’expression Zeit vertreiben, Tempus transmittere,
traducere. C’est l’origine du composé Zeitvertreib,
32« passe-temps », attesté dès le moyen âge .
Cette grande complexité de l’évolution historique de la
terminologie du plaisir en allemand se retrouve également
dans la langue italienne où nous pouvons relever quelques
éléments similaires, notamment dans la condamnation
morale.

eEn italien du XVI siècle, le mot le plus courant pour
exprimer le plaisir est diletto (contento sì d’animo come di
corpo) et non piacere comme le veut l’usage
contemporain. Dante employait l’archaïque dilettanza
avec un sens de forte condamnation morale et on trouve
e echez Boccace et les écrivains des XIV et XV siècles
dilettament.
Par ailleurs, ce mot de piacere (qui ne vient pas du
substantif placor, oris mais du verbe latin classique
placere, plaire, être agréable, avec certainement une
contamination du verbe placare, apaiser, calmer, adoucir)
est grammaticalement un verbe substantivé ce qui lui
donne un sens nettement plus actif et moins lascif. Les
piacevolezze sont de menus plaisirs, très concrets.
Dans un sens très proche du plaisir, il y a les mots gusto
et appetito qui, par leur référence évidente aux fonctions
sensorielles, sont d’un registre plus bas.

30
Maaler, 259r b.
31 Weile = instant ; kurz = bref ; lang = long.
32
DWB 31, col. 577.
Introduction 24
Pour la lascivité, il y a l’adjectif voluttuoso et la voluttà
dont l’étymologie – fondée sur la verbe de volonté volere
– exprime la recherche volontaire des satisfactions et des
plaisirs.
33Selon le dictionnaire de la Crusca , il existe également
le substantif piacimento qui n’est cependant pas très
employé.

Tableau récapitulatif
A l’analyse, il apparaît ainsi peu à peu que les résultats
obtenus pour chacune des langues considérées montrent à
la fois la complexité de cette notion mais aussi des
constantes valables d’un espace à l’autre : l’importance du
contexte historique et social, les divergences sémantiques
singulier/pluriel mais aussi l’évolution des notions dans le
temps sont autant d’éléments qui s’éclairent
progressivement à la lecture des articles réunis dans ce
recueil.
Afin de préparer à cette lecture, nous avons voulu
donner, à la fin de cette introduction, une vision
synchronique et diachronique des résultats de nos travaux
consacrés à la traque de cette notion si difficile à saisir
dans le temps et l’espace. Le tableau suivant propose pour
chacune des six langues considérées un ou plusieurs
termes en usage à la Renaissance et/ou à l’âge classique
ainsi que leur équivalent (forcément approximatif !) en
français moderne.
On remarquera notamment que ce tableau permet de
repérer des constantes : départ entre plaisirs charnels et
plaisirs spirituels, entre plaisirs solitaires et plaisir sociaux
et/ou sociabilité des plaisirs, entre singulier et pluriel…
sans oublier une possible évolution au fil des siècles
considérés.

33 La première édition voit le jour en 1612. A l’instar du Dictionnaire
de l’Académie française, il est, depuis, constamment réédité.