Alger

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Alger connaît les difficultés propres à toute métropole des pays en développement et tente d'y repondre dans un contexte politique interieur riche en ruptures idéologiques. L'ouvrage rassemble les analyses de chercheurs algériens et français sur le devenir du grand Alger, la maîtrise de son étalement, son nécessaire renouvellement urbain et la recherche d'une gouvernance appropriée à tous ces besoins.
Publié le : jeudi 1 mai 2003
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EAN13 : 9782296323988
Nombre de pages : 303
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ALGER, LES NOUVEAUX DÉFIS DE L'URBANISATION

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4529-6

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Université des sciences et de la technologie Houari Boumediène FSTGA T - LGA T Université de Paris XlIV al-de- Marne Institut d'Urbanisme de Paris CRETEIL (LEDALOR)

ALGER, LES NOUVEAUX DE L'URBANISATION

DÉFIS

Sous la direction de : Ali HADJIEDJ, Université d'Alger, Bab-Ezzouar Claude CHALINE, Université Paris XII, Institut d'Urbanisme Jocelyne DUBOIS-MAURY, Université Paris XII, Institut d'Urbanisme Coordination Sahar DJEDOUANI

Cet ouvrage résulte d'une coopération franco-algérienne MDU 410 qui a bénéficié de l'aide de la commission mixte algéro-française de coopération scientifique, du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique algérien et des services de Coopération scientifique de l'ambassade de France à Alger. La mise au point du manuscrit a été réalisée par Maissoun ABOU WARDA et Sahar DJEDOUANI

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

INTRODUCTION
Les mutations urbaines accélérées et complexes que connaît l'agglomération algéroise suscitent, depuis le début des années 1990, un intérêt croissant. Cet intérêt s'explique par l'accentuation des problèmes d'urbanisation à Alger, au moment même où s'imposent les défis de la mondialisation. Ces changements et mutations nous offrent une opportunité pour une réflexion et un débat dont l'intérêt porterait sur la maîtrise du phénomène urbain dans l'agglomération d'Alger. Ces mutations génèrent de nouvelles réalités physiques et sociales qui constituent un défi. Celui-ci est à aborder par la description et l'explication du phénomène d'urbanisation durant la dernière décennie. En effet, depuis le début de la période de transition vers l'économie libérale, les espaces urbains algérois se recomposent et croissent à un rythme rapide et dans une pluralité des acteurs, des stratégies, des échelles et des formes urbaines. A la croissance urbaine et aux transformations spatiales de l'agglomération algéroise s' ajoutent des tensions socio-économiques que traduisent particulièrement les problèmes d'habitat, d'emploi, de fonctionnement et de gestion qui sont accentués par la crise multiforme que vit le pays. Dans une perspective de développement durable et de prévention des différents risques, la dimension environnementale est à prendre en considération dans la problématique de l'urbanisme sur le plan de la prise en charge pratique et de la recherche. Face à ces difficultés de l'urbanisation algéroise, de nouveaux instruments d'urbanisme et des stratégies d'action, à évaluer objectivement, tentent difficilement de prendre en charge une conjoncture complexe. L'urbanisation d'une ville comme Alger est à considérer comme un travail permanent et continu qui mérite qu'on lui accorde une attention particulière pour que l'on puisse lui tracer de nouvelles perspectives. Les échanges d'expériences avec le monde extérieur se révèlent à cet égard nécessaires en vue d'enrichir les approches d'aménagement urbain et d'en tirer profit pour orienter les actions d'urbanisation dans le sens d'un développement durable qui concrétisera réellement de bons rapports entre l'économie et le bien-être humain. La coopération scientifique entre l'équipe d'aménagement urbain du laboratoire de géographie et d'aménagement du territoire de l'université des sciences et de la technologie Houari Boumediène d'Alger et le laboratoire CRETEIL (Centre de Recherche sur l'Espace, les Transports, l'Environnement et les Institutions Locales) de l'Institut d'Urbanisme de Paris - Université de Paris XII est parfaitement inscrite dans ce contexte. Celle-ci a, en effet, permis aux chercheurs

des deux parties, algérienne et française, d'échanger leurs connaissances des stratégies d'aménagement et d'urbanisme dans les deux pays. Cette coopération a permis aux chercheurs algériens de bénéficier du soutien scientifique et logistique du LEDALOR et de suivre les débats scientifiques actuellement menés en France, concernant notamment les mutations sociourbaines, l'intégration des ensembles périphériques, la régénération urbaine et les questions de l'environnement et du développement durable. Les travaux de recherche de la partie algérienne suscitent un intérêt scientifique certain pour le partenaire français. Ces travaux axés essentiellement sur l'aménagement urbain de l'Algérois ont révélé plusieurs enjeux d'urbanisation générés par les mutations récentes et influant sur l'espace, l'économie et la qualité de vie des habitants. La prédominance d'une "urbanisation démographique", la montée de la précarité socio-urbaine, l'étalement de l'agglomération dans tous les sens sans logique d'urbanisation, les problèmes de déplacement à Alger, l'inadéquation de la centralité par rapport à l'ampleur de la structure urbaine ainsi que le sous-équipement et la sous-intégration des grands ensembles périphériques, montrent que les enjeux pervers sont incontestablement dominants. De ce constat, les chercheurs suggèrent de nouveaux mécanismes pour maîtriser la gestion et la croissance urbaine d'Alger, afin que celle-ci soit conforme à son statut de ville stratégique ayant une vocation internationale et apte à devenir un réel vecteur de développement. Avec un regard croisé, les partenaires français révèlent une autre réalité de l'urbanisation, ce qui renforce et enrichit davantage le débat mené par les deux partenaires sur l'aménagement urbain en Algérie et en France. Les contributions qui suivent synthétisent les œuvres d'une longue période de coopération scientifique entre l'USTHB et l'université de Paris XII durant laquelle diverses actions ont été réalisées: encadrement, soutenances de thèses, publications d'articles et organisation de manifestations scientifiques. . .

Ali HADJIEDJ

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LES GRANDES METROPOLES SUD-MEDITERRANEENNES FACE AUX DEFIS D'UN DEVELOPPEMENT DURABLE
Claude CHALINE Professeurà l'Institut d'urbanisme de Paris Universitéde Paris XII

Depuis deux décennies, à la suite de conférences internationales, de nouvelles orientations sont souhaitées et attendues, en matière d'aménagement, de fonctionnement et de gestion des villes. Il s'agit de l'ensemble des objectifs et des démarches s'inscrivant dans la notion - certains disent le concept - de développement durable ou encore de développement soutenable, expression équivalente à l'anglais "sustainable development". La focalisation du développement durable sur l'urbain s'est affirmée, en 1992, lors du sommet de Rio, avec notamment l'invitation pressante, faite à chaque municipalité, d'élaborer un agenda 21, c'est-à-dire une charte définissant, pour chaque ville, des objectifs à réaliser pour améliorer les conditions de vie des habitants, mais aussi pour éviter le gaspillage des ressources peu ou non renouvelables dont auront besoin les futures générations. La démarche du développement durable a été approfondie et renforcée lors de conférences ultérieures comme à Curitiba, puis à Aalborg. En pratique, il va vite apparaître que, par delà des situations partagées entre toutes les villes dans le monde, s'imposaient des spécificités propres à chaque aire culturelle, à chaque ensemble géographique ou socio-économique. Dès lors, l'ensemble méditerranéen va retenir l'attention par sa profonde spécificité, due tant aux conditions imposées par la nature, qu'aux nombreux legs accumulés à travers plusieurs millénaires et plus encore aux innombrables liens contemporains, tissés entre pays riverains. Il va s'ensuivre, à l'initiative du Plan Bleu, de la Commission méditerranéenne du développement durable, de l'Union européenne, de nombreux travaux de recherche, alimentant la réflexion de réunions interméditerranéennes, afin de définir une approche du développement durable, appliquée à la ville méditerranéenne. Mais, à l'expérience, on va observer que s'il existe nombre de singularités partagées entre ces villes, elles sont aussi différenciées par d'importantes disparités qui résultent de formes de croissance, de stades d'évolution socio-économique, de régimes institutionnels très contrastés, entre villes de rive du Nord et villes de rive du Sud. Tout ouvrage de réflexion sur l'état et le devenir de l'agglomération d'Alger doit donc prendre en compte ce nouveau contexte, dynamique et comparatif, encouragé par l'action de différentes instances internationales. C'est le sens de cette contribution qui, après un essai de définition du développement durable appliqué aux villes du Sud méditerranéen, introduira à des analyses appliquées de ce concept au grand Alger. 3

Spécificité d'un méditerranéen

développement

durable

pour

les villes du Sud

Les objectifs généraux du développement durable Le développement durable se prête, d'une façon générale, à de nombreuses définitions. Il s'ensuit qu'au plan pratique il donne lieu à diverses interprétations; ce qui relève d'un pragmatisme bienvenu, car, ainsi, il peut être adapté aux circonstances de chaque situation particulière. Le développement durable a d'abord concerné l'environnement, soit les questions d'énergie, de pollution, puis il s'est élargi vers le cadre de vie, vers le fonctionnement urbain et il imprègne aujourd'hui tous les domaines de la vie urbaine et ceux des sociétés contemporaines, notamment le logement, le plein emploi, l'équité face aux services, les transports. Dès lors le développement durable a pu être inscrit dans un " triangle vertueux" dont les trois sommets étaient le social, l'économique et l'environnement. Une forte tendance récente, qui fait, peu à peu, l'objet d'un large consensus tend à ajouter un sommet, donc à passer à une assise quadrilatérale avec la prise en compte du domaine culturel. En conséquence, il appartient désormais au développement durable d'inscrire dans son champ de préoccupations tant la préservation et la valorisation des patrimoines, que l'entretien des identités propres aux populations et à chacun des territoires urbains. Les méthodes de mise en œuvre Sur un plan général, la mise en œuvre du développement durable associe nécessairement deux modes d'intervention et d'action dont le dosage reste à la discrétion des autorités locales. Il s'agit d'associer les deux méthodes suivantes: La méthode réglementaire au contenu normatif et qui se fonde sur l'application des textes existants notamment en matière de qualité de l'air, de l'eau, du sol, mais aussi de ceux qui traitent des nuisances concernant le bruit, le paysage, l'affichage publicitaire. Dans chaque cas, le législateur notifie le seuil à ne pas dépasser, au nom de l'intérêt général. Les pouvoirs publics peuvent intervenir pour se substituer à la négligence des entrepreneurs ou des particuliers. Les domaines concernés ne cessent de croître avec, par exemple, l'attention portée dans certains pays aux risques sanitaires dus à la présence d'amiante, de plomb. La méthode globale, non écrite, s'efforce d'ajouter à des réponses sectorielles une approche transversale dans la conception des projets, dans leur réalisation et leur maintenance. Cette méthode suppose de profondes réorganisations des organismes municipaux, afin de modifier les pratiques cloisonnées et de favoriser des démarches plus globales et plus intégrées. Elles peut se concrétiser aussi par l'appel à des outils pragmatiques et flexibles comme les chartes, les codes de bonne conduite, les Agendas 21. Sur le strict terrain de l'architecture et de l'urbanisme, l'intégration 4

d'objectifs de développement durable peut passer par la recherche de labels internationaux comme ISO 14001 ou en France les programmes d'architecture HQE. (Haute qualité environnementale). Les principes et les problèmes pratiques Au niveau de ses applications, le développement durable, afin d'atteindre un maximum d'efficacité, conduit à opérer des choix dans un large panel de moyens et d'options. On a retenu les suivants: territoires d'intervention sont initialement, en général, une commune ou le domaine d'un opérateur responsable, par exemple, de la collecte des déchets ou de l'approvisionnement en eau. Mais il apparaît que la logique d'un développement durable conduit à agir dans des territoires plus vastes comme une agglomération, un bassin fluvial, une sous-région géographique. Ce qui implique des formules d'intercommunalité qui auront l'avantage d'éviter, par exemple, de simplement transférer vers la périphérie les problèmes ou les nuisances d'une ville-centre. Cette recherche de l'espace pertinent conduit à gérer les contradictions bien connues entre territoires vécus, pratiqués et territoires administratifs. - Le choix du mode de gestion des services publics concourant au développement durable (ex. eau, déchets...) conditionne souvent leur efficacité et leur coût. Ce peut être la gestion directe, la régie, la concession, la gestion déléguée, le choix relevant souvent des particularismes nationaux. Mais à l'expérience il convient que l'opérateur responsable, tout en s'acquittant de sa tâche, ne verse pas dans le suréquipement technologique. La loi des rendements décroissants montre que cette tendance perfectionniste met en danger l'équilibre des finances locales. - Le nombre des acteurs contribuant au processus de développement durable tend à se multiplier, notamment avec les évolutions vers plus de décentralisation administrative, de dévolution aux pouvoirs locaux, de libéralisation économique donnant plus de poids au secteur privé. A un urbanisme autoritaire et centralisé tend à se substituer un urbanisme négocié, qui s'inscrit sur les thèmes de la gouvernance urbaine. Mais partout, à des degrés encore divers, des principes de démocratie locale sont en voie de prise en compte, notamment dans la décision en matière d'aménagement. Cet urbanisme participatif peut émaner de l'ensemble des habitants par le référendum, d'associations ou encore dans certains pays en développement de l'intervention d'ONG. Mais, quel que soit le pays, il importe d'apprécier la marge de manœuvre financière des collectivités locales vers le développent durable. Très rarement ces collectivités disposent des ressources nécessaires. Elles sont donc dans la dépendance des versements de l'Etat qui peut en conditionner l'usage, notamment par des engagements contractuels. - Une contradiction récurrente alimente les débats entre développement durable et développement urbain et économique qu'est venue renforcer dans certains pays la reconnaissance officielle d'un principe de précaution. A la limite de sa logique, ce principe peut conduire, en l'absence de certitudes scientifiques concernant un 5

- Les

risque, notamment naturel, technologique, sanitaire, à geler un projet ou toute perspective de dynamisme urbain. Il s'ensuit généralement d'âpres négociations entre pouvoirs publics en charge de la sécurité et collectivités locales sensibles aux demandes des entreprises et des particuliers. Dans ces contextes, il appartient à chaque collectivité locale d'apprécier les demandes sociales, les perspectives et les besoins de croissance, de les croiser avec des objectifs et un échéancier établis entre le court et le long terme.

Les caractères originaux d'un développement Sud méditerranéen

urbain durable dans le

La mise en œuvre d'un développement durable, au sud de la Méditerranée et notamment dans les villes du Maghreb, se heurte à un ensemble de facteurs qui, pour les uns, conduisent à sélectionner, à hiérarchiser dans le temps les objectifs, pour les autres, peuvent constituer de véritables contraintes. On a mis l'accent sur les principaux déterminants qui sont: - La permanence d'une forte croissance des populations urbaines, même si les trois Etats du Maghreb sont entrés dans la phase de transition démographique, surtout la Tunisie, à un moindre degré l'Algérie et surtout le Maroc. Les rythmes de croissance des populations urbaines sont passés de 4% par an dans les années 1970 à environ 3,5% par an dans les années 1990 et les récents recensements montrent un certain essoufflement de la croissance des grandes métropoles et le passage des rythmes maximaux vers les villes moyennes. Tout aussi bien, des perspectives fiables indiquent qu'entre 2000 et 2025, les villes du Maghreb devront accueillir un effectif supplémentaire de l'ordre de 25 millions d'habitants, dont 12 millions pour les villes algériennes. Si de vigoureuses politiques d'aménagement du territoire et de développement des villes de province ne sont pas entreprises, il est clair que la ou les grandes métropoles seront soumises à d'intenses pressions; - Le basculement en cours et plus ou moins avancé de régimes à forte connotation socialiste, vers le libéralisme et l'économie de marché, avec la privatisation d'importants secteurs de vie urbaine, comme les services. Le secteur privé est ainsi amené à intervenir dans l'élaboration des décisions en aménagement et la gouvernance, avec ou à la place des organismes étatiques jouissant de situation de monopole; Les tendances encore limitées vers une déconcentration des pouvoirs en aménagement de l'Etat central vers les collectivités locales. Mais on se heurte, ici, à la faiblesse des ressources fiscales de ces dernières, tout comme à un manque de personnels techniques aptes à avoir l'approche solide et pertinente nécessaire aux démarches imaginatives d'un développement durable dont une des vertus doit être l'encouragement et la valorisation des identités et des ressources locales.

-

- L'effectivité très aléatoire de la participation des habitants aux décisions d'aménagement. Ce thème, inscrit dans les fondements du développement durable, se heurte souvent aux caractères encore récents et incertains de la démocratie
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locale, des associations de quartiers et de leurs capacités de négociations, face aux administrati ons. Dans la plupart des villes du Maghreb, la demande sociale est donc dominée par des préoccupations immédiates, concernant le logement, les services et infrastructures urbaines de base. Les pouvoirs publics ne peuvent y répondre qu'en fonction de leurs ressources et là se pose toute la problématique de l'impôt, de son assiette, de sa perception, source indispensable pour alimenter les finances publiques. Le secteur privé, de son côté, longtemps peu significatif, semble encore peu incité, ni intéressé à investir dans le sens de l'intérêt général et est plutôt tenté vers les opérations spéculatives que rendent possibles un certain laisser-faire des pouvoirs publics et le degré très aléatoire de respect des normes et réglementations, notamment en urbanisme. Urgence des demandes sociales, laxisme de certaines administrations, courtes disponibilités financières conduisent, dans l'espace urbain du Maghreb, à réinterpréter le concept du développement durable et, souvent, à repousser les échéanciers jugés prioritaires en d'autres aires géographiques, comme la prévention des risques naturels et technologiques, les nuisances, mais aussi toute la problématique combien délicate du traitement des noyaux urbains historiques. La hiérarchisation des différentes actions à mener au nom d'un développement durable sera évoquée, dans les prochains paragraphes, avec en contrepoint le souci d'introduire la spécificité propre au Grand Alger. Dynamiques spontanées et réglementées de la macro-forme urbaine La progression continue des superficies urbanisées, plus rapide que celle du nombre de citadins, l'étalement urbain sous ses différentes manifestations sont devenus l'une des préoccupations majeures des tenants du développement durable, pour toutes les conséquences négatives et les déséconomies qu'ils génèrent. Il y a là, d'ailleurs, source de débats entre spécialistes. Les uns soulignent les coûts sociaux et environnementaux du gigantisme urbain. D'autres, parmi certains économistes, soutiennent que la productivité individuelle est d'autant plus forte que la population d'une agglomération est plus nombreuse et permet d'accéder au club sélectif des world cities. Mais il semble bien que dans le Sud méditerranéen la croissance et l'étalement urbains ont plus d'inconvénients que d'avantages. On en rappellera brièvement les données objectives et les réponses destinées à les maîtriser. Les mécanismes cumulatifs des urbanisations planifiées et non réglementées Le foisonnement de I'habitat non réglementé caractérise surtout la périphérie des grandes villes. En pourcentage de la population, il concerne en Turquie 50 à 70 % des habitants des villes, sous forme du gecekondu. Mais c'est aussi 40% à Alep, 50% dans le Grand Caire où ces quartiers spontanés couvrent la moitié de l'espace bâti. Ces pourcentages sont estimés à environ 30% dans les villes du Maghreb, soit un total de l'ordre de 400 000 logements. La part des constructions non 7

réglementées s'impose également dans la production annuelle de logements neufs. On l'estime entre 60 et 80 % à Damas et au Caire, entre 40 et 50 % au Maroc et en Tunisie. On sait que la plupart des habitants de ces quartiers ne viennent pas des campagnes, mais se délocalisent volontairement à partir des quartiers centraux, devenus trop denses. Si l'on excepte le cas du Maroc, où cet habitat est souvent précaire, ailleurs il s'agit de constructions «en dur », évolutives, sous initiatives individuelles, mais à travers diverses filières. Si le plus souvent l'achat du foncier est négocié avec des ruraux, la construction, elle, est illégale. L'Etat, n'ayant pas les ressources pour satisfaire l'intense demande en logements sociaux, s'en remet implicitement à ces formules d'initiatives et d'épargne populaires, quitte à en entreprendre ultérieurement la régularisation et à y édifier les services de proximité nécessaires. Mais il est juste de souligner que l'étalement périurbain procède aussi fortement d'opérations publiques concernant tant des zones d'activités, que des ensembles d'habitat social. C'est ce que peut illustrer le cas d'Alger, avec d'une part les réalisations des années 1950, par la municipalité Chevalier, puis le plan de Constantine et d'autre part, ultérieurement, celles des ZHUN (Zone d'habitat urbaine nouvelle). Il s'y ajoute, dans les agglomérations littorales, notamment égyptiennes et tunisiennes, la prolifération d'espaces hôteliers et touristiques. Les effets négatifs de l'étalement urbain A côté d'un allègement certain des densités dans les centres historiques, l'étalement périphérique fait l'objet de critiques classiques comme l'accroissement des mobilités quotidiennes, la distorsion entre lieux de résidence et de travail. Mais on insiste, plus encore, au sud de la Méditerranée, sur la consommation extrême d'espaces agricoles, perte irréversible d'une ressource non renouvelable. Il s'agirait chaque année d'environ 7 500 ha autour des villes de Turquie, de plus de 20 000 ha autour du Caire. On évalue à 9 000 ha la superficie des jardins agricoles recouverts par l'urbanisation autour de Sfax depuis 1952. On sait que les chiffres sont beaucoup plus considérables pour la Mitidja. En nombre de cas, ces mutations sont facilitées, quelles que soient les réglementations foncières officielles, par la perspective, pour l'agriculteur, d'un profit immédiat représentant jusqu'à vingt années de gain que procurerait le travail de la terre. Les formules d'aménagement en réponse

Bien avant la montée en puissance du développement durable, les aménageurs ont expérimenté différentes formules destinées à maîtriser la macro-forme urbaine. La plus ancienne, mais la plus difficile à appliquer est l'établissement d'une ceinture verte réputée inconstructible. A ce jour, seule la Grande-Bretagne, notamment avec les Green belts de Londres, Birmingham et une quinzaine d'autres villes, a réussi à bloquer les processus de périurbanisation et à reporter très au-delà les urbanisations nouvelles. L'établissement de Schémas directeurs, inspirés des pays industrialisés, a été en vogue dans les années 1970 dans les villes du Sud méditerranéen. A l'expérience 8

cet outil s'est révélé souvent peu efficace, compte tenu surtout du manque de moyens réglementaires et budgétaires pour en appliquer les orientations et d'une absence de maîtrise de la ressource foncière. Dans la plupart des agglomérations, les pouvoirs publics élaborent de nouveau de tels documents, mais conscients des erreurs passées, ils équilibrent les préoccupations concernant les extensions avec celles qui visent à renouveler et régénérer les tissus existants, tant anciens, que ceux légués par les périodes coloniales. Pour quelques grandes métropoles comme Paris, Le Caire la réponse a été recherchée dans la création de villes nouvelles, périurbaines mais dont on organisait et souhaitait le fonctionnement relativement autonome par rapport à la ville-centre. Ces opérations publiques, entièrement planifiées, ne semblent que rarement atteindre les objectifs attendus, notamment la mixité sociale, l'équilibre emplois/résidence et l'ambiance d'une réelle urbanité. La véritable réponse à l'étalement excessif des métropoles réside de fait dans des politiques volontaires d'aménagement global du territoire national et dans le déploiement d'un faisceau de mesures, les unes incitatives, les autres dissuasives et destinées à promouvoir le développement de tout le réseau des villes moyennes, en améliorant notamment les conditions d'accessibilité. Déficits et vulnérabilités des agglomérations du Sud méditerranéen Les grandes villes du Sud méditerranéen connaissent les dysfonctionnements propres à toutes les villes mondiales, mais les conditions naturelles, comme d'intenses rythmes de croissance, durant les dernières décennies, les confrontent à de sérieux déficits, sources de difficultés sinon de risques pour les populations, autant de thèmes repris et intégrés par le développement durable. L'accent est particulièrement mis sur les problèmes suivants: et l'accès de chacun à l'eau, bien qu'ils soient la traduction de principes reconnus, se heurtent, aujourd'hui, à de sérieux problèmes de disponibilités. La restriction de distribution d'eau fait partie du quotidien dans certains quartiers, comme à Damas et à Alger. Sans doute l'amélioration des conditions de vie et de légitimes aspirations au progrès poussent les consommations individuelles vers des ordres de grandeur de 300 à 400 1/jourlhab. Ces demandes sont de plus en plus difficiles à satisfaire, compte tenu des séquences actuelles de grandes sécheresses qui aggravent la reconstitution des nappes phréatiques locales. La formule des transferts d'eau à partir des réservoirs en zones de montagnes a ses limites, d'autant plus qu'il faut arbitrer l'utilisation de la ressource entre besoins agricoles, urbains et souvent touristiques. La Commission méditerranéenne du Développement Durable fait, depuis 1997, de la régulation de la demande en eau une priorité qui passe à la fois par la réduction des énormes pertes dans les réseaux de distribution, par celle d'une lutte contre les gaspillages et par le développement des installations de recyclage, comme c'est le cas, par exemple en Arabie Saoudite.

- L'approvisionnement

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- Le traitement des eaux usées, à défaut de recyclage, apparaît comme une nécessité immédiate, surtout dans la mesure où ces eaux sont, en nombre de cas, rejetées directement dans la mer ou dans des dépressions topographiques et dans tous les cas sont facteurs de pollution et de risques sanitaires.
- La gestion des déchets urbains solides, ménagers ou industriels semble un problème encore mal résolu. On estime, par exemple, leur volume annuel à 3 millions de tonnes au Caire, 1 million à Alexandrie. Le comportement des habitants vis-à-vis des modes de collecte, notamment dans les quartiers non réglementés pèse sur la propreté des voiries et l'état sanitaire des quartiers. Mais les conditions de stockage en décharge, en territoires périurbains, à défaut d'usines d'incinération, appellent également des encadrements réglementaires au titre du principe de précaution. - La prévention des risques majeurs est aussi au programme d'un développement durable. Or la géologie méditerranéenne fait du risque sismique une réalité objective. Mais assez rares sont les villes qui veillent à l'application des normes parasismiques dans la construction. Les quartiers non réglementés sont, à cet égard, les plus vulnérables. Les risques industriels, notamment ceux que peuvent provoquer les grands complexes pétrochimiques, surtout littoraux et jouxtant les tissus urbanisés méritent aussi une grande attention, pour leurs effets de pollution sur le sol, les eaux et l'air, même en l'absence de grande catastrophe. Depuis les années 1980, la plupart des états du Sud méditerranéen mettent en place des dispositifs réglementaires, comme l'obligation d'études d'impact préalables à toute autorisation administrative. Il convient désormais de prendre en compte ces risques, au regard des décisions légitimes de développement économique, soit en amont, lors de l'acceptation du projet, soit en aval, en mettant en application le principe du «pollueur/payeur» largement préconisé par les artisans d'un développement durable. - La réorganisation des transports collectifs devient une nécessité face à la congestion des trafics urbains. La réponse par la création d'un métro ne peut se justifier que dans quelques mégalopoles, compte tenu de son coût d'investissement qui ne peut être couvert que par l'Etat. Il semble qu'au-dessous de 2 millions d'habitants, des formules moins onéreuses soient préférables. Il peut s'agir du tramway, lui aussi exigeant en investissements, au mieux du trolley-bus qui ne nécessite pas d'infrastructures spécifiques. Mais nombre d'experts préconisent l'intensification de la formule du taxi collectif, quitte même à lui affecter des couloirs réservés dans la ville. L'intégration des potentiels humains

Dans la plupart des villes du Sud méditerranéen, la très forte croissance démographique des dernières décennies a dépassé le rythme de formation d'emplois capable d'absorber la demande notamment des cohortes de population jeune et en majorité masculine. Il s'ensuit qu'une part considérable de cette force de travail potentielle se tourne vers un ensemble très diversifié d'emplois relevant du secteur dit informel ou non structuré. 10

Dans ce contexte difficile, dans nombre de ménages, chacun des membres associe plusieurs activités. Les évaluations approximatives de ce secteur montrent, dans tous les cas, l'importance de son poids dans les économies urbaines: on l'estime à 45% des actifs urbains en Tunisie et en Egypte, 40% en Algérie et au Maroc. Longtemps ignoré par les instances officielles, ce secteur qui entretient d'incontestables savoir-faire et suscite des initiatives pouvant pallier la carence des services publics mériterait d'évoluer vers des formules de reconnaissance associatives et coopératives qui en valoriseraient les côtés positifs. Il reste évidemment à voir comment ces emplois se partagent entre le secteur productif et celui des services et peuvent s'inscrire dans les tâches englobées par les objectifs du développement durable. Les perspectives ouvertes par la régénération urbaine Traditionnellement, les villes ne se renouvelaient que très lentement, au rythme annuel de 1 % du stock bâti. Aujourd'hui, les villes du Sud méditerranéen sont à leur tour entraînées par l'accélération des changements de toute nature. Ces nouvelles temporalités urbaines résultent des effets convergents des mutations technologiques, des dynamiques économiques, des modifications des modes de vie et des comportements individuels ou collectifs. Il s'ensuit des inadaptations d'un niveau jusqu'alors inconnu entre le contenant et le contenu des villes, entre le parc bâti, les équipements existants et des demandes nouvelles de plus en plus différenciées. La problématique d'un renouvellement de la ville, sinon d'une véritable régénération est à l'ordre du jour. Elle peut être une réponse partielle aux efforts pour freiner l'étalement urbain. Elle ouvre aussi un large registre pour diversifier la base économique des villes en y intégrant des préoccupations de durabilité et en offrant une gamme de nouveaux emplois tirés du secteur informel. Mais la régénération urbaine concerne différents territoires de l'urbain qui appellent chacun un traitement particulier dont on signalera brièvement les orientations constatées ou envisagées: historiques, très importants dans le Machrek et le Maghreb, relèvent de la dimension culturelle du développement durable. Il s'y impose des actions de dédensification, de restauration, associant conservation et valorisation. Le travail en cours dans la vieille ville d'Alep par des équipes germano-syriennes mérite l'attention, notamment par l'intérêt qu'y portent les habitants eux-mêmes et leur participation. Mais ailleurs, on déplore l'absence d'encadrement juridique légal concernant ces quartiers, l'efficacité toute relative des nombreux rapports d'organismes comme ICOMOS., l'UNESCO, les atermoiements des politiques, hésitant entre une muséification en réponse aux bénéfices tirés du tourisme urbain et une requalification, gage de diversité sociale et fonctionnelle. - Les centres modernes, édifiés au siècle dernier sur un modèle occidental, et les quartiers résidentiels qui y étaient associés, souvent de type haussmannien, sont en état très inégal de maintenance. Les choix sont désormais ouverts entre, d'un côté une poursuite de leur dégradation qui entraînera, à terme, des opérations de rénovation totale et, d'autre part, des options de réhabilitation, sinon d'inscription Il

- Les centres

au titre des patrimoines urbains à préserver; cela a été tenté dans certains quartiers du Caire. - Les espaces urbains plus au moins délaissés, faiblement utilisés ou constituant de véritables friches en formation ou déjà en l'état, existent dans toutes les villes. Ils sont notoirement importants dans les villes portuaires, où les changements dans la logistique des transports maritimes conduisent à des délocalisations progressives. Dans la plupart des villes-ports du Maghreb existent de vastes opportunités d'ouverture vers la mer et de recompositions urbaines, comme il en va ailleurs, dans le monde, avec les grandes opération de waterfronts. Alger, à cet égard, dispose de potentialités considérables en voie de mise en valeur et qui, comme par exemple à Alexandrie ou à Beyrouth, non seulement renouvellent l'alliance de la ville et de l'eau, mais renforcent et agrandissent les espaces de centralité tout en permettant l'aménagement d'espaces publics pour le tourisme et la convivialité.

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CONTRAINTES

ET DEFIS DE L'URBANISATION

A ALGER

Ali HADJIEDJ Professeur à l'université des sciences et de la technologie Houari Boumediène, FSTGA T - USTHB, Alger. ahadjiedj@hotmai1.com

Avant de traiter la question de l'urbanisation à Alger, il convient de la situer tout d'abord dans son contexte universel: celui des mutations inscrites dans la conception et les pratiques de gestion urbaine selon les impératifs qu'impose la mondialisation. Les gestionnaires des villes, notamment ceux des grandes métropoles, sont dorénavant censés prendre en considération la dimension internationale dans l'élaboration de leurs plans d'urbanisme et dans la conception et la programmation de leurs projets d'aménagement. Cette dimension, strictement économique, affiche clairement un impact considérable sur les villes et par conséquent un bouleversement brutal de leurs structures; d'où l'inquiétude des urbanistes - notamment ceux du tiers monde - qui craignent l'émergence de nouveaux problèmes socio - urbains inattendus. Etant donné que la mondialisation se généralise rapidement sous l'impulsion de plusieurs facteurs dont la puissance économique véhiculée par celle de la politique, l'inquiétude des pays situés en dehors des espaces de développement doit être cependant interprétée par une volonté visant à débarrasser leur économie de sa vulnérabilité. Tant que la ville est une concentration d'hommes, de capitaux et d'intelligences, il ne sera pas impossible de la faire parvenir à son statut de vecteur de développement. Ce statut ne peut néanmoins être concrétisé que par une grande rigueur de la gestion urbaine qui appelle les producteurs du savoir et de maîtrise du savoir- faire. Quels que soient les facteurs de naissance et de développement de différentes générations de villes, l'organisation spatiale de ces dernières doit obéir aux exigences des temps modernes qui s'articulent autour des dimensions économiques et socioculturelles.Cet organismephysico - spatial - la ville - où se concentrent les populations et leurs activités est, en effet, le lieu par excellence de production des capitaux et de création de la richesse. Au-delà des approches socio-économiques pionnières qui, datant déjà de presque un siècle et demi, ont annoncé de façon simple l'avènement d'une économie urbaine dominante, le débat sur le rôle économique de la ville et sur ses retombées socioculturelles à plusieurs échelles territoriales a pris de l'ampleur depuis la période de la Deuxième Guerre mondiale. Souvent les urbanistes se demandent si ce n'est pas justement le désastre de cette guerre qui a conduit à une véritable révolution urbaine et à une progression sans précédent des sciences intervenant dans le domaine de l'urbanisme et de l'aménagement. S. ALLEMAND a bien traité 13

le processus du débat scientifique animé par les urbanistes. Il a révélé le rôle économique grandissant de la ville et la complexité en évolution croissante des mécanismes implicites et explicites de fonctionnement urbain. Les nouvelles attributions économiques de la ville et leur croissance dans le temps et dans l'espace avec toutes leurs retombées socio-urbaines ont multiplié les acteurs d'urbanisation et ont constitué pour les chercheurs urbanistes un champ d'investigation d'un intérêt économique et scientifique fort appréciable. Le souci majeur des urbanistes gestionnaires, chercheurs et chargés d'étude est celui de connaître et maîtriser les mécanismes de fonctionnement urbain pour les orienter dans le sens d'un développement durable sur la base de la logique économique et socioculturelle de l'urbanisation. Dans le contexte de la ville synonyme de développement, C. CHALINE est parmi les pionniers des urbanistes de notre temps qui ont essayé d'adapter l'urbanisation aux exigences nouvelles de l'économie dans son nouveau schéma international. L'auteur a quantifié et analysé en amont et en aval l'appareil économique de la ville tout en précisant ses relations fonctionnelles avec son environnement urbain; ce qui lui a permis de révéler les insuffisances des approches précédentes et d'introduire de nouveaux paramètres dans les démarches de prospection des milieux urbains. Il y a un peu plus d'une décennie, un débat scientifique est développé par G. BURGEL, M. RONCA YOLO et S. SASSEN sur la cité globale et ses fonctions économiques, cas de Paris et New York. Il se révèle être aujourd'hui d'actualité en raison d'une forte compétition vers le statut de grandes villes internationales dominant la politique, l'économie et la culture à l'échelle de la planète. Au-delà des difficultés et des enjeux socio - urbains présentant les critères d'une forte influence sur le processus de globalisation des grandes métropoles, l'analyse originale et passionnante des trois auteurs fait ressortir en réalité d'autres critères d'évaluation relatifs au rôle d'attraction et de diffusion de la production du savoir et de la maîtrise du savoir-faire. La liste des critères d'évaluation du rôle des villes dans le développement ne cesse de s'allonger et s'articule essentiellement autour des rubriques de la compétence, de la performance, de l'influence et de la bonne gouvernance. Les critères d'évaluation économique et socioculturelle expriment de plus en plus de nouvelles exigences au fur et à mesure que les différentes étapes de mondialisation se concrétisent et que la compétition pour un positionnement central par rapport au nouveau schéma économique mondial prend de l'ampleur. Le classement des villes les plus importantes de différents pays, selon ces critères, fait ressortir non seulement la persistance de l'inégalité des chances de développement mais aussi de nouveaux mécanismes qui renforcent plus que jamais le schéma antérieur de l'économie internationale et qui entraînent des situations socio - urbaines alarmantes susceptibles de toucher la quasi-totalité des pays. Les paramètres de précarité, d'exclusion et de différents types de maux sociaux qui en résultent, notamment la délinquance, la violence et le terrorisme, sont déjà clairement affichés et tendent à se généraliser davantage. 14

Néanmoins, la ville ne peut être un réel vecteur de développement que par une vision d'aménagement visant à organiser sa structure sur la base des relations fonctionnelles des composants de son organisme urbain qui sont, en fait, d'ordre économique et socioculturel. Il s'agit en d'autres termes d'établir par cette vision d'aménagement de bons rapports entre la productivité économique et le bien-être humain. C'est par une production compétitive, une performance des circuits de distribution et de prestations de services, une bonne mobilité des différents flux et une parfaite harmonie entre l'homme et son environnement, que l'économie urbaine s'épanouit et que la ville devient non seulement un moyen d'insertion à la mondialisation, mais aussi un lieu où se conçoit et se concrétise le développement durable. Pour tester le rôle de n'importe quelle ville par rapport à ce contexte général, il convient de mettre en évidence sa logique d'urbanisation; ce que nous tenterons de faire pour Alger. Capitale politique et économique du pays qui a toujours accaparé de grands projets urbains et a toujours concentré les moyens humains, financiers et matériels les plus importants, Alger renferme en même temps les paysages physico-spatiaux les plus précaires témoignant d'une situation socio-urbaine considérée parmi les plus vulnérables. Quels sont les facteurs qui ont conduit à ce paradoxe? Pour y répondre, deux types d'analyses s'imposent. Le premier est une lecture du schéma de structure de l'agglomération algéroise à l'aide d'une illustration cartographique dont le but est de tester le degré de conformité de l'organisation urbaine par rapport aux relations fonctionnelles et à l'adéquation de la structure urbaine. Le second consiste à mettre en évidence la gestion urbaine à Alger.

La lecture du schéma de structure de l'agglomération

algéroise

La structure urbaine d'Alger affiche plusieurs éléments de lecture et d'analyse dont les plus remarquables sont: L'existence de plusieurs zones d'habitat précaire La surface bâtie de ce type d'habitat représente presque 1/4 de la surface totale de l'agglomération. Il s'agit essentiellement de 6 communes: Eucalyptus, Baraki, Badjarah, EI-Makaria, Bourouba et Oued Korich. Ce paysage urbain constitué durant l'époque coloniale, densifié et accru davantage après l'indépendance du pays, est en fait le lieu préféré d'accueil pour la population rurale et de refuge pour les habitants les plus démunis de la capitale. Sous l'impulsion de la croissance démographique et des demandes souvent non satisfaites qui en résultent, ces communes constituent en effet des poches de pauvreté et d'exclusion qui contribuent à l'émergence de maux sociaux instaurant une situation d'inquiétude et d'incertitude chez les Algérois. La ségrégation socio-spatiale caractérisée par une croissance incessante de la classe pauvre et une production urbaine diffuse, anarchique, sous-équipée et non intégrée, instaure le danger permanent d'instabilité et d'explosion sociale. Ces problèmes socio-urbains généralisés au niveau de toutes 15

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18

Le passage d'un modèle de centralité à un autre est un acte volontaire visant à établir une logique d'urbanisation qui consiste à réduire les effets de la distance et à adapter le schéma de centralité au schéma de structure. Il s'agit en fait de procéder à une nouvelle politique d'équilibre dans le tissu urbain qui se concrétise dans ce cas par l'insertion de nouvelles activités à fonction centrale pour éviter justement la désorganisation spatiale, les difficultés d'accessibilité, la dégradation du cadre de vie et le dysfonctionnement de l'ensemble du système urbain. Ces rapports fonctionnels et organisationnels entre la centralité et le reste de la structure urbaine, schématisant la logique du développement de la ville par rapport à son centre, nous incitent à nous interroger sur l'organisation de la centralité d'Alger et sa spécificité fonctionnelle. Celle-ci est composée de trois types de centres. Un hypercentre à rayonnement national qui occupe un espace linéaire s'étalant sur une distance de trois kilomètres, dont l'évolution dans l'espace est prévue sur une grande zone de croissance orientée vers l'est et le sud-ouest; une série de centres secondaires qui rayonnent chacun sur plusieurs quartiers algérois et une multitude de centres intermédiaires de plusieurs niveaux, renfermant des équipements de quartiers. S'étalant sur un espace de 225 ha, l'hypercentre d'Alger compte à lui seul 241 395 emplois, soit 41,3% de l'ensemble des emplois offerts au niveau de toute l'agglomération pour un nombre total de 584 267 emplois et seulement 61,3% relevant du tertiaire. Ces chiffres expriment clairement plusieurs paradoxes, dont: L'insertion des activités du secondaire au niveau de l'hypercentre

Ce dernier renferme 33,5% des activités industrielles de l'agglomération algéroise. A vue d'œil, le tertiaire est généralisé donnant l'impression d'une absence quasi totale de toute activité du secondaire, alors que des dizaines voire des centaines d'ateliers de fabrication de biens de consommation se faufilent dans les sous-sols des immeubles du centre d'Alger. L'abondance des moyens de transport, notamment la proximité du port, l'existence sur place d'un important marché de commercialisation des produits fabriqués, la faiblesse de la gestion urbaine due à plusieurs enjeux, en sont les principaux facteurs qui sont à l'origine de la prolifération de ces types d'activités inadéquates pour les lieux centraux où elles constituent une source de nuisance et de risques multiples. Un faible taux de tertiairisation Il s'agit en fait d'un phénomène qui singularise l'urbanisation et sa spécificité fonctionnelle à Alger. Avec un secteur tertiaire représentant 66,5% de l'ensemble des activités non agricoles de l'hypercentre et 61,3% de toutes les activités de l'agglomération, Alger se distingue en effet des grandes métropoles méditerranéennes où les taux de tertiairisation varient entre 70 et 85%. Alger s'inscrit ainsi dans un contexte illogique par rapport au caractère fonctionnel du centre principal d'une si grande ville et d'incohérence par rapport au processus accéléré de tertiairisation de l'économie internationale. Ces problèmes fonctionnels témoignent en réalité de l'anarchie caractérisant la croissance et l'organisation de 19

la structure urbaine, issue d'une mauvaise gestion urbaine qui empêche Alger de s'inscrire dans une logique de développement durable. L'hypertrophie démographique de l'hypercentre

La concentration dans I'hypercentre de 411 344 habitants représentant 1/5 de la population totale de l'agglomération algéroise est un autre phénomène qui exprime encore une fois la singularité de l'organisation urbaine et de ses caractères fonctionnels. Malgré la valeur foncière des espaces centraux, la fonction économique n'a pas pu chasser la fonction de l'habitat au cœur même de la ville d'Alger où le TOL (Taux d'occupation par logement) et le TOP (Taux d'occupation par pièce) sont les plus élevés au niveau de la capitale et sont respectivement de l'ordre de 7,9 et 3 dépassant ainsi la moyenne nationale. La lenteur de la réalisation des logements dans les communes périphériques et la bureaucratisation du marché du foncier notamment durant la période du parti unique ont toujours bloqué sur place le surplus de la population des communes centrales déjà fortement saturées; d'où une densification des logements atteignant en réalité le seuil d'une situation pathologique. La crise du logement et l'absence de rigueur dans la gestion de la ville ont ainsi banalisé l'économie urbaine à Alger plus particulièrement au centre où la démographie résiste fortement face à l'économie et même défie la puissance de la loi du profit et de l'intérêt. L'inadéquation Alger du site de la centralité et du modèle monocentrique pour

L'un des problèmes majeurs de l'organisation et du fonctionnement du tissu urbain d'Alger est, en effet, l'inadéquation du site de la centralité par rapport à l'ampleur fonctionnelle de cette dernière. Il s'ensuit l'éparpillement des activités à fonctions centrales sur les différents quartiers d'Alger. Ceci n'est pas étranger à l'incohérence du schéma de structure et à l'émergence de nouveaux acteurs d'urbanisation spontanée. Point de convergence de toutes les voies de communications et des flux migratoires, le site central d'Alger, trop étroit et enclavé par des contraintes physiques, est insuffisant pour répondre à la dynamique croissante du système de la centralité qu'exigent les mécanismes de développement et de fonctionnement de l'agglomération. Conçu pour une ville de taille moyenne, saturé et limité dans l'espace, le système de centralité de type monocentrique devenu inadéquat et incohérent avec la structure urbaine en étalement continu a pour conséquence l'éclatement de la centralité qui entraîne l'émergence d'une multitude de centres dynamiques, ce qui transforme rapidement l'espace environnant sans aucune logique, ni de rapports fonctionnels ni d'une stratégie d'urbanisation. Depuis la fin des années soixante jusqu'à nos jours, les pouvoirs publics ont tenté à trois reprises d'organiser la structure urbaine selon une stratégie visant à améliorer le fonctionnement urbain et les conditions de vie des habitants et à doter la capitale d'un certain nombre d'équipements à rayonnement national et international. 20

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Hormis le plan du COMEDOR (POG, approuvé en 1975 et remis en cause en 1979), prévoyant un système de centralité de type bipolaire largement adéquat pour une parfaite structuration de la ville et susceptible de promouvoir Alger au rang des villes internationales, le reste (PUD, PDAU et récemment GPU soit, de 1980 à ce jour) affiche une régression dans la conception et la pratique de la planification et de l'aménagement d'Alger. Après l'annulation des dispositions du POG il y a déjà 22 ans, quelle est la logique d'urbanisation aujourd'hui? Si le développement d'Alger est réorienté de l'est vers le sud-ouest sous prétexte de sauvegarder les terres agricoles de la partie Est, hautement fertiles, il se fait aujourd'hui dans tous les sens au point que la ville s'organise et se développe maintenant par rapport à deux types de centralité. Le premier est issu d'une volonté de gestion urbaine définie spatialement dans le Plan directeur d'aménagement et d'urbanisme et du Grand projet urbain. Le second est 21

une centralité de croissance spontanée évoluant à un rythme accéléré dans la partie Est de l'agglomération et contrebalançant le système planifié. Alger est aujourd'hui face à deux réalités urbaines dont l'une, volontaire, et soutenue par les pouvoirs publics mais sans assises d'une rationalité urbaine ayant pour objectif la promotion économique et sociale de la ville. L'autre est surtout impulsée par les privilèges qu'offre le site de la partie Est à l'urbanisation et plus particulièrement aux opérateurs économiques. Il s'agit entre autres de l'existence d'un intense réseau de transport facilitant l'accessibilité au port, à l'aéroport et aux différents quartiers de l'agglomération et permettant une parfaite intégration régionale voire nationale et internationale. Quoi qu'il en soit, l'évolution spontanée d'une centralité à l'est d'Alger en dehors des orientations des plans d'urbanisme est néanmoins fondée sur des principes incontestables du profit et d'intérêt entraînant cependant l'émergence d'une structure urbaine hétérogène fortement dynamique. La dualité d'une urbanisation volontaire et involontaire qui risque de mettre en péril le devenir de la plus importante ville d'Algérie montre l'insuffisance des instruments de gestion urbaine face à une urbanisation en pleine reconversion et à l'impuissance du pouvoir à concevoir une nouvelle politique urbaine d'adaptation. Les aspects de dysfonctionnement, d'exclusion et de problèmes socio-urbains qui en résultent sont déjà clairement affichés. Les chercheurs urbanistes constatent avec impuissance que la gestion de la croissance et du fonctionnement urbain d'Alger est loin d'être maîtrisée et que cette ville enregistre à cet égard un énorme retard par rapport aux mutations récentes de l'économie urbaine dans sa forme de globalisation.

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Problèmes de gestion urbaine:
Précarité, spontanéité, exclusion, dégradation du cadre de vie urbain, distorsion entre l'offre et la demande, persistance des traditions socialistes dans la conception des projets urbains sont, en fait, les conséquences d'une mauvaise gestion urbaine dues entre autres à : Une faiblesse dans l'élaboration d'urbanisme et l'exécution des Plans d'aménagement et

La lenteur de la durée de réalisation des plans entraîne souvent un décalage dans le temps et dans l'espace entre les dispositions prises et l'évolution sur le terrain. La réalisation des études est encore dominée par les institutions relevant de l'Etat qui manquent de rigueur dans le respect des dispositions de contrats notamment celles concernant les délais. La réalisation du PDAU selon un système de phasage souvent allongé dans le temps, jusqu'à l'élaboration des pas, la dynamique d'urbanisation spontanée à laquelle s'ajoutent quelques opérations d'urbanisation volontaires réalisées hâtivement, faussent en effet tous les objectifs et les hypothèses des plans et mettent ainsi en difficulté l'exécution des pas conformément aux orientations du PDAU. Emergence parallèle des pratiques de construction illicite et d'un marché foncier

L'inefficacité de l'appareil administratif et technique chargé de la gestion urbaine à laquelle s'ajoute un déficit de logements en évolution croissante a généré une tension sociale s'exprimant par des actes spontanés de construction illicite tant sur sites vierges que sous forme de modifications internes et externes des logements en vue d'augmenter la superficie habitable. Ces transformations illicites sont pratiquées dans les quartiers populaires d'Alger où le TaL dépasse le seuil de 8. Le surpeuplement de ces quartiers essentiellement périphériques a en effet entraîné une métamorphose dans les façades des immeubles et les espaces mitoyens d'où la dégradation de l'esthétique du paysage urbain et la détérioration du cadre de vie de façon générale. Sous les pressions démographiques, ces pratiques ont atteint les nouveaux grands ensembles poussant l'Etat à tenter l'expérience de requalification urbaine participative, dans le but d'améliorer le cadre de vie et de préserver l'environnement dans son ensemble. De la distorsion entre l'offre et la demande de logement, un autre phénomène inhabituel émerge. Il s'agit d'un marché foncier illégal qui a davantage accéléré le processus de construction illicite au su et au vu des responsables chargés de la gestion urbaine.

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moyens financiers, les élus des communes se rabattent sur le budget de l'Etat en inscrivant leurs projets dans le cadre des plans de développement financés par la wilaya. Lors de ses délibérations sur la répartition du budget, le conseil populaire de cette dernière ne retient que partiellement les projets communaux, ce qui augmente très sensiblement d'une année à une autre le nombre de projets inscrits sur le compte du budget central et entraîne ainsi un retard en évolution croissante. Les citoyens assistant aux délibérations de l'Assemblée populaire de leur commune conformément à la réglementation en vigueur constatent que les élus locaux restent encore enclavés inconsciemment dans l'approche socialiste qui a pour instrument les systèmes normatifs exprimant tout juste l'offre par rapport à la demande démographique sans donner trop d'intérêt à des projets urbains qui produisent des capitaux. Les préoccupations des élus sont ainsi loin d'être au point par rapport aux exigences du développement des temps modernes qui imposent de concrétiser de bons rapports entre la productivité économique et le bien-être humain. Conclusion Grâce à son fabuleux site surplombant l'une des plus belles baies du monde, à sa situation géographique, à sa célèbre Casbah, à ses couleurs et à ses lumières rares, Alger-la-blanche reste l'un des repères éternels de la civilisation méditerranéenne, passionnant les hommes de la culture et de la nature. « Il y a encore des paradis », c'est en ces termes que H. de Montherlant a exprimé son sentiment à l'égard de la ville d'Alger où il a séjourné plusieurs années. Il serait absurde de laisser une ville d'un tel statut s'exposer à des situations de vulnérabilité et de précarité et aux risques multiples qui pourront s'ensuivre. Alger est en effet plongé dans l'obscurité d'une administration fonctionnant de façon archaïque, bafouant souvent les orientations politiques et la loi de l'Etat, renfermée sur elle-même, sans dialogue avec les habitants et générant la corruption et l'injustice. Il n'est pas étrange que le domaine de l'urbanisme et de l'aménagement subisse les conséquences de la faiblesse et de la défection de l'appareil exécutif de l'Etat, plus particulièrement celui chargé de la gestion urbaine qui n'a pas encore trouvé les voies et moyens pour se démarquer définitivement de la vision socialiste et s'adapter à la nouvelle conjoncture qui est celle du libéralisme. Il serait opportun à cet égard de connaître l'état d'esprit des planificateurs qui sont intervenus dans l'élaboration des trois plans d'urbanisme qu'a connus Alger, dont chacun était destiné à matérialiser une politique d'urbanisation et de développement économique. La stratégie du POG reposait sur un modèle d'urbanisation de type bipolaire et de grands équipements structurants (cité gouvernementale, cité diplomatique et cité des affaires). Il est clair ainsi que les urbanistes visaient à concrétiser une politique d'Etat s'articulant autour d'un équilibre fonctionnel de la structure urbaine et de l'établissement des assises d'un développement faisant appel à des compétences et à des capitaux nationaux et étrangers. Durant la période du PUD (1980-1986), les urbanistes ont essayé de concrétiser une autre politique qui consistait à annuler les grands projets du POG considérés comme trop prestigieux et à satisfaire les besoins de la population notamment dans les domaines du logement et des équipements sociaux. C'est 26

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