Architecture et altermondialisation

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Cette recherche, menée en 2004 n'a pas eu besoin de beaucoup de mises à jour tant la grande majorité des architectes ne prend pas position face à la mondialisation libérale, pourtant largement critiquée dans tous les autres domaines de l'activité humaine. A près une mise en perspective du rôle de l'architecte dans l'histoire face au pouvoir, il s'agit de comprendre son rôle actuel dans la mondialisation et d'appréhender ce que pourrait être l'altermondialisation en architecture.
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296248298
Nombre de pages : 158
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Architecture et Altermondialisation

Pierre Combarnous

Architecture et Altermondialisation

Recherche menée sous la direction de Jean Dumas, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux.

Contributions du même auteur -Dis-moi nuage, Collectif. Patrimoine Sans Frontière. Ed. Somogy, 2008. -De L’Ecriture à l’architecture, sld François Seigneur. Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Architectonomes et Monografik éditions, 2007.

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11125-7 EAN : 9782296111257

Sommaire

Introduction

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I. L’architecte dans l’histoire.
Un outil mondialiste.
Le symbole des grands empires Ailleurs La Renaissance européenne Le XIXème siècle, la révolution industrielle Exportation des modèles Après les styles, le Mouvement Moderne Mégapoles, la course aux skylines Les post-modernismes p.11 p.17 p.23 p.27 p.31 p.37 p.43 p.53 p.57

II. Des architectes altermondialistes ?
Références contemporaines et contre modèles. p.63
La production des architectes contemporains Les différents modèles de l’Occident Les contre-modèles existent-ils ? Les courants émergeants La formation des étudiants p.69 p.83 p.87 p.91 p.97

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III. Vers une altermondialisation de l’architecture.
La production anonyme, l’architecture sans architecte.
Anthropologie de l’espace Un modèle occidental universel La ville informelle, les exclus spatiaux Villes musées Penser global, agir local L’Etat dans tout ça La France pour exemple Conclusion Bibliographie p.101 p.107 p.113 p.117 p.123 p.129 p.135 p.139 p.149 p.155

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Introduction Depuis quelques années, on entend les producteurs français de tomates râler contre la tomate marocaine, qui se plaint de la tomate chinoise. On entend les Fabulous Troubadors rire de la Star Academy qui adore Britney Spears. On entend le pêcheur de sardines de Marseille qui se plaint des gros chalutiers, qui se livrent une guerre navale à la concurrence des prix. On entend les paysans sans terre d’Amérique du Sud protester contre les grands propriétaires terriens, les médecins qui crient la maladie de l’Afrique, les écologistes qui s’alarment de l’état de la planète, ou encore quelques femmes et hommes politiques qui refusent le système capitaliste mondial actuel et se posent en militants altermondialistes. La mondialisation capitaliste libérale est remise en cause par certains, dans tous les corps de métier, dans chaque domaine de l’activité humaine. Ils revendiquent l’élaboration d’un autre monde avec un système plus juste, plus égalitaire. « Le triomphe planétaire du capitalisme, bien plus affirmé aujourd’hui qu’il ne l’était au début de ce siècle (le vingtième), est en train de générer diverses manifestations d’un syndrome idéologique pathologique face auquel tout intellectuel qui a un minimum de conscience civique n’a d’autre choix que d’opposer la plus ferme résistance ».1 Les seuls que l’on n’entende pas ou trop peu sur une autre mondialisation, ou altermondialisation, ce sont les architectes. L’architecte ne proteste pas, ne manifeste pas, il fait. Il se pose des problèmes d’architecture, et les
STEVENS, Bernard, dans : COLLECTIF. Sld : BERQUE, Augustin. NYS, Philippe. Logique du lieu et œuvre humaine. Ed Ousia, 1997. p.10.
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questions de mondialisation et d’altermondialisation lui sont quasiment étrangères. Il est alors légitime de se demander ce qu’elles signifient pour lui, et quel peut-être son rôle pour elles. Il va s’agir ici de poser la définition de ces réflexions dans le champ de l’architecture, ainsi que dans le domaine de l’urbanisme, qui lui est intimement lié. Il faut tout d’abord, se rappeler la position de l’architecte face au pouvoir, son rôle historique dans les sociétés, dans leur organisation, leurs rites. Ce retour sur l’histoire permet de saisir comment y est liée l’histoire de l’architecture, et comment l’architecture contemporaine est le reflet du monde contemporain globalisé. Si dans la mondialisation, l’architecte est mondialiste, il va alors falloir identifier ce que pourrait signifier son altermondialisation, identifier les différents modes culturels qu’il est capable de véhiculer - s’il ne le fait pas que pour le modèle occidental capitaliste -, identifier les contremodèles et les courants émergeants de l’architecture contemporaine. Et puis, il reste tout un pan de l’architecture, sûrement la plus grande partie de la construction mondiale, qui se passe des architectes. Cette architecture est l’architecture dont ne parle pas l’histoire du monde. Elle a toujours été culturellement identifiable dans les mondes qui l’ont élaborée. Elle est aujourd’hui le produit direct de la mondialisation, et reflète la position mondialiste, d’une part sur les questions de conservation d’un patrimoine, et d’autre part sur l’humanité et ses iniquités sociales, comme le révèle la condition de l’habitat mondial. Ces questions ont déjà leurs débats, et l’émergence du concept de développement durable peut éclairer l’architecture, et la construction en général, sur sa relation au monde. On verra 8

ensuite la part des Etats dans ces volontés de régulation de l’action du secteur économique privé, et pour finir, l’exemple le plus proche, puisqu’il va s’agir de la France : de son cadre légal pour l’architecture et de ses capacités de contrôle. Cette définition de l’altermondialisation en architecture commence évidemment par une définition de ce qu’est la mondialisation et de la place de l’architecte pour elle.

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I. L’architecte dans l’histoire
Un outil mondialiste

Entendons nous bien sur les mots. « Mondialisation », le mot claque dans toutes les bouches comme celui d’un monstre dévastateur, comme la cause des malheurs du monde. Avant de le juger, il faut essayer de comprendre qui il est, comment il est arrivé là, et par qui. J’ouvre Le Petit Robert à la page 1660 et je lis… Mondialisation (n.f. 1953) : « Le fait de devenir mondial, de se répandre dans le monde entier. Phénomène d’ouverture des économies nationales sur un marché mondial, lié aux progrès des communications et des transports, à la libéralisation des échanges, entraînant une interdépendance croissante des pays ». Cette ouverture des économies nationales entraînerait une interdépendance des « pays », certes, mais où sont les nations, les Etats ? Ne serait-ce pas plutôt l’économie mondiale qui s’émancipe simplement des Etats, qui s’en libère ? Si la mondialisation est un phénomène, elle a une raison, des initiateurs, elle résulte d’une action, d’une volonté… Sûrement du mondialisme. Mondialisme (n.m. 1950) : « Universalisme visant à constituer l’unité politique de la communauté humaine. Perspective mondiale en politique ». Il s’agit donc d’une perspective mondiale, basée sur l’ouverture des économies nationales, pour créer un universalisme marchand, supranational et global, qui serait la base politique : les fondements de l’organisation humaine. Ce sont les entreprises multinationales et les grands groupes privés qui dominent la planète. En 2003, sur les cent premières multinationales, en terme de capital, il y en a 54 étasuniennes, 27 européennes, 5 japonaises et 5

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suisses.1 Cette suprématie économique de l’Occident concerne tous les domaines d’activité, de production, dans une perspective universaliste, qui tend donc à établir une culture mondiale. L’industrie, l’agriculture, la culture, subissent la mondialisation. L’architecture n’échappe pas à ce processus transformateur, avec une position particulière, qui correspond au rôle de celle-ci dans l’organisation humaine. L’architecture est le premier outil humain, le premier instrument qui permet à l’Homme de se détacher de la nature, de s’en protéger. Elle est porteuse d’utilité, de fonction, mais aussi de sens, d’une valeur symbolique, représentative de ce qui constitue la culture humaine qui l’a mise en place, des coutumes, des rites. Dans sa dimension universaliste, la mondialisation occidentale, puisqu’on parle de celle-là, ne tient pas compte des différentes cultures qui composent le monde, voire cherche à les anéantir comme le souligne Jean Baudrillard : « Pour la puissance mondiale, tout aussi intégriste que l’orthodoxie religieuse, toutes les formes différentes et singulières sont des hérésies. A ce titre, elles sont vouées soit à rentrer de force dans l’ordre mondial, soit à disparaître. La mission de l’Occident est de soumettre par tous les moyens les multiples cultures à la loi féroce de l’équivalence. Une culture qui a perdu ses valeurs ne peut que se venger sur celle des autres ».2 C’est par la gestion de la distribution mondiale du travail et de la production que la « puissance mondiale » s’affirme en maîtresse. Le système est géré depuis les nœuds du réseau mondial, depuis les villes mondiales, ou villes-mondes, qui

MARIS, Bernard. Antimanuel d’économie. Ed. Bréal, 2003, Rosny. COLLECTIF. Altermondialistes de tous les pays. Le Monde diplomatique, Manière de voir n°75, juin-juillet 2004. p.10.
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reflètent formellement le rôle qu’elles jouent dans cette organisation du travail et de la production. « Il s’agit (en parlant du commerce international et de la mondialisation du travail) de travailler là où le droit du travail n’existe pas et de rapatrier les profits là où ils sont peu taxés, ou autorisés de séjour dans les paradis fiscaux, comme le prévoit la législation américaine (entre autres) ».1 Les villes-mondes sont les lieux de décision et de contrôle du système mondial. L’architecture et l’urbanisme, qui n’est, quant à lui, qu’une architecture d’architectures, sont des vecteurs d’universalisation formelle de ces villesmondes. Elles se répartissent sur l’ensemble du globe, sur les cinq continents, bien qu’elles soient des outils du système occidental et de la culture qu’il véhicule. « Que l’existence d’Athènes, Florence ou Paris importe davantage que celle de Lo-Yang et de Pataliputra à la culture de l’Occident, on le comprend aisément. Mais que l’on fonde un schéma de l’histoire universelle sur ces jugements de valeurs, personne n’en a le droit ».2 Sur l’histoire de la ville, le discours est toujours tenu par un point de vue occidental, sans toujours considérer son importation, son exportation, et les différentes formes qui existent en parallèle dans les autres sociétés, dans d’autres cultures. C’est pourtant en observant l’histoire du monde, plutôt que cette histoire « universelle », que l’on peut comprendre la création et l’évolution de ce modèle universalisant. Il s’agit donc ici de comprendre la place de l’architecture et de l’architecte dans l’histoire du monde, le
MARIS, Bernard, op.cit., p.158. SPENGER, Oswald. Le Déclin de l’Occident. Gallimard, 1948, Paris. p.29.
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