Brésil des villes

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Cet ouvrage s'apparente moins à une monographie studieuse qu'au "livre de bord d'un caboteur de villes", vivant et empreint d'humour, ponctué d'anecdotes savoureuses. Ce récit original d'un itinéraire personnel à travers les villes majeures du Brésil (Belem, Bahia, Belo Horizonte, Ouro Preto, Curitiba, Sao Paulo, Rio de Janeiro, Brasilia, parati...) est aussi un ouvrage actuel, au moment ou "Lula", le nouveau président , élu notamment par les pauvres des villes et les paysans sans terre, met en chantier la transformation sociale du pays.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
Lecture(s) : 235
EAN13 : 9782296329386
Nombre de pages : 116
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Brésil des villes

COLLECTION CARNETS DE VILLE
dirigée par Pierre Gras

Les trois quarts de la population du globe vivent en milieu urbain et tout indique que cette proportion va s'accroître au cours du XX le siècle. Les villes constituent, depuis leur origine, un vivier culturel majeur pour la plupart des civilisations. Mais qu'en sera-t-il demain? Renouant avec la tradition des voyages philosophiques, dans le désir de la renouveler et de l'actualiser, la collection Carnets de ville se propose de faire émerger les enjeux liés au devenir du monde urbain, tout en révélant la dimension culturelle et poétique des lieux vivants que sont les villes. Cette nouvelle collection de « récits de voyages urbains» s'efforce d'associer la rigueur des informations et des analyses proposées depuis des positions très diverses (historiens, géographes, sociologues, philosophes, ethnologues, journalistes, architectes...) et une écriture propre à stimuler chez le lecteur l'imaginaire et le plaisir de la découverte.

DÉJÀ PARUS

Serge Mouraret, Berlin, carnets d'amour et de haine, 2002. Pierre Gras, Mémoires de villes, 2002. Suzana Moreira, Silo Paulo, violence et passions, 2003.

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4812-0

COLLECTION CARNETS DE VILLE

Jacques de Courson

Brésil des villes

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Itafia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

DU MÊME AUTEUR

- Le projet

de ville, Syros - La Découverte, Paris, 1993.

- La prospective territoriale, Éditions du CERTU, Lyon, 1999.

- Les élus locaux,

Éditions d'Organisation,

Paris, 2000.

À Margarida Bulhôes Pedreira Genevois, sociologue.

BRÉSIL DES VILLES

PROLOGUE
Le Brésil est un pays étonnant, et important. Cet immense sous-continent de plus de cent soixante-dix millions d'habitants, peu connu en France, pèse et pèsera de plus en plus dans les affaires du monde. C'est en tout cas ma conviction après un séjour initial de deux années à Sao Paulo, plusieurs voyages dans tout le pays et trois missions à Curitiba au cours des trente dernières années. Il est grand temps de s'intéresser sérieusement à ce pays singulier, qui est bien plus qu'un paradis exotique. Il est peut-être en train d'inventer quelque chose de complètement original: une sorte de création perpétuelle et festive issue de son histoire d'ancienne colonie portugaise « découverte» par Pedro Àlvares Cabral en 1500, de sa culture (en particulier sa littérature, sa musique et ses chansons, son architecture, son cinéma et sa danse) et d'une vie économique particulièrement active. Le Brésil est la huitième puissance économique mondiale, avec un produit intérieur brut supérieur à celui du Canada ou de l'Espagne. Enfin c'est, à ma connaissance, le seul pays au monde dont le Président de la République, Luiz Inacio « Lula » da Silva, est un ancien dirigeant syndical issu de la gauche radicale, et son ministre de la Culture un chanteur et compositeur universellement connu, Gilberto Gil.

On y parle, jusqu'au fin fond de l'Amazonie, un portugais très pur - et non l'espagnol comme le croient encore certains Français. Et le Brésil ne se réduit pas à ses stéréotypes: plages bordées de cocotiers, café et futebol, carnaval de Rio, indiens à plumes et militaires à casquette. Mais les images sont tellement fortes et magiques que les médias et les agences de voyages entretiennent à l'envi le mythe d'un Brésil aussi tropical que séducteur. Les Français qui vivent au Brésil affirment qu'au-delà de cette fascination instinctive et réelle pour un pays superbe et d'une vitalité prodigieuse, les Brésiliens sont de rapport difficile, totalement imprévisibles, souvent irritants et particulièrement durs en affaires. Le Brésil est donc un pays important ailleurs que dans l'image que l'on s'en fait habituellement. C'est ce que j'ai cherché à illustrer ici. Une partie des textes qui suivent a été écrite lors d'un séjour de deux années, de 1971 à 1973, comme chercheur et professeur invité à l'université de Sao Paulo. Je les ai retrouvés par hasard. Il m'a semblé que le filtre du temps avait fait son œuvre et que ce que je disais d'un pays en développement économique accéléré et en pleine

crise politique - c'était l'apogée du régime militaire
présidé par le général Emilio Garrastazu Médici, ancien

patron de la police politique - était toujours d'actualité.
En matière économique, j'avais publié à mon retour un article dans la revue Esprit (1) qui a perdu, lui, de son actualité, la situation ayant profondément évolué dans ce domaine, tant au plan brésilien qu'international. Sur cette base, complétée par des notes plus récentes rédigées à 10

PROLOGUE

l'occasion de voyages successifs au Brésil, de contacts, de voyages et de lectures, j'ai cherché à composer un itinéraire raisonné et poétique sur les villes brésiliennes, et en particulier sur celle qui m'a toujours semblé la plus emblématique: Rio. J'y présente ce qui fonde d'après moi les villes brésiliennes, au carrefour de l'histoire, de la géographie et de la culture, prélude à un voyage au cœur du Brésil urbain. Ce que je dis du Brésil s'inscrit dans la longue durée, puisque ces notations et réflexions remontent, pour certaines, aux années 70, à une époque où le régime militaire exploitait, tout à fait sciemment, l'ingénuité et la crédulité assez répandues des milieux populaires vis-à-vis du pouvoir, quel qu'il soit. En trente ans, le Brésil a considérablement changé, mûri, progressé et les Brésiliens ont évolué. Mais certains traits demeurent. Il existe ainsi, très profondément inscrit dans le tempérament brésilien (est-ce l'effet du triple héritage portugais, indien et africain ?), une sorte de spontanéité première qui déroute

notre esprit

«

cartésien », certains disent raisonneur. Je

voudrais dire d'emblée que cette manière d'être et cette tournure d'esprit si singulières ne sont pas forcément partagées par tous ceux qui m'ont accueilli et avec lesquels j'ai débattu - intellectuels, universitaires ou hommes politiques -, qui sont pétris de culture occidentale, ont beaucoup lu et voyagé, dont la pensée est forte et qui échappent à ce qui pourra paraître au lecteur comme un jugement de valeur teinté de condescendance, de plus typiquement français. Je sais que rien n'irrite plus les 11

intellectuels brésiliens que ces a priori sur leur pays, dont ils estiment qu'il fait partie intégrante du primeiro mundo et non du terceiro (le tiers-monde). Il faut dire que, contrairement à une légende tenace, le Brésil est un pays fascinant dans un premier temps mais compliqué dans la durée. Ainsi le Brésilien, dans les choses de la vie comme dans celles de l'esprit, paraît d'abord un acteur et un joueur. Presque tous ceux que j'ai rencontrés m'ont donné cette impression. L'intelligence souple, mobile, sachant imiter, adapter, illustrer: le Brésilien n'est pas un chercheur, mais un commentateur et un vulgarisateur, qui aime rire et sourire, éventuellement de son pays et de lui-même. Au plan intellectuel, cette habileté fait que les auteurs les plus ardus ne l'effraient nullement, car il sait en tirer rapidement le suc et ignorer le reste. Pour l'essentiel, son énergie intellectuelle, qui est grande et peu encombrée d'idées préconçues, est consacrée à la recherche de schémas et de méthodes simples et opérationnelles. Que la réalité soit complexe lui importe peu, puisqu'il ne cherche pas à l'expliquer mais à la transformer. En économie, par exemple, le « modèle» lui paraît la structure intellectuelle la plus séduisante et donc... la meilleure. Les erreurs de raisonnement, contradictions et contre-vérités sont fréquentes. Aucune importance. Ce qui importe, c'est séduire, communiquer et convaincre. C'est typiquement le cas, par exemple, pour le programme de « Lula ». Est-il cohérent et réaliste? Presque personne, au Brésil, ne se posera ouvertement la question. 12

PROLOGUE

Il est aussi foncièrement optimiste sur ses talents et capacités. Ainsi ai-je rarement vu un Brésilien hésiter, trébucher, douter de lui-même et encore moins s'irriter ou s'impatienter. Le plus souvent, il est sûr de son fait et déroule imperturbablement faits, analyses, arguments et conclusions sans beaucoup d'inquiétude. Le résultat peut être génial ou catastrophique, mais jamais médiocre ou banal. Si vous montrez à votre interlocuteur les failles de son raisonnement, exigez des précisions, suggérez des nuances, il aura du mal à vous suivre. Cet esprit pratique, s'il est parfois surprenant pour un étranger, a de grands mérites: l'intelligence brésilienne est fondamentalement pragmatique et surtout positive, active, entreprenante. D'où les succès répétés du Brésil dans la vie des affaires. Ainsi, pour les étrangers, en particulier les Français, les discussions avec un Brésilien paraissent parfois un peu creuses, votre interlocuteur mettant rarement en doute vos affirmations et vos propositions, et ne cherchant pas à les contrer ou les rectifier. De même, s'il pratique peu la critique, envers vous comme à son endroit, il ignore encore plus le doute comme méthode. Enfin les Brésiliens, on l'aura compris, pratiquent l'humour avec talent. Ils mettent au service de cet art, et sous de multiples formes, leur passion du jeu et de la fête. Ainsi, sous le régime militaire, la presse étant totalement censurée, les stars de la chanson, dont Chico et Vinicius de Moraes, pratiquaient publiquement la «subversion douce» en fredonnant les mélodies de leurs chansons interdites que tout le monde connaissait. Et j'ai entendu 13

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