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Catastrophisme architectural

De
213 pages
L'évidence du cadre bâti serait telle que l'architecture se résumerait à un fait technique et matériel. Mais le diktat de l'évidence matérielle se brouille dès lors que l'on considère les causes et les effets de la construction. L'objectif de ce livre est de rendre à la pratique architecturale une pensée théorique cohérente, unifiée et ouverte, échappant à toute forme de dogmatisme mondain. Il s'intéresse essentiellement aux questions épistémologiques, méthodologiques et instrumentales nécessaires à la compréhension des phénomènes directement liés à la pratique architecturale.
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Patrizio Ceccarini

CATASTROPHISME ARCHITECTURAL
L’architecture comme sémio physique de l’espace social

Couverture Étude pour la reconstruction de la flèche de la basilique Saint-Denis,version contemporaine, 1997. Patrizio Ceccarini. Maquette : L. Seixas et L. Lefeuvre. Photographie : M.-E. Cisternas.

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Toute ma reconnaissance va à François Aveline pour l’aide précieuse qu’il a appor tée dans la réalisation et la publication de ce travail Je remercie la direction de la Recherche architecturale / ministère de la Culture et de la Communication François Barré Rémi Beaudoui et Jacques Sautereau d’avoir soutenu l’entreprise Je dois aussi remercier Armando Cisternas de m’avoir suggéré des pistes nouvelles Olivier Bonhomme et Cécile Géronimi pour leur participation à la constitution de l’iconographie

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PRÉFACE
Prologue littéraire à un savant ouvrage

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QUESTIONS DISCIPLINAIRES
1. INTRODUCTION François Aveline UN RENOUVEAU DE LA DISCIPLINE ARCHITECTURALE François Aveline

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1. Micro territoire : le cas de la rue de Suresnes à Nanterre 2. Macro territoire : le cas de la Plaine Saint-Denis 3. Limites de l’urbanisme opérationnel 4. Nécessité d’un urbanisme opératoire 5. Pluridisciplinarité et multitechniques 6. Le diktat des normes de matériaux 7. Le marketing urbain 8. La responsabilité des architectes

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II. CARTOGRAPHIE DE ARCHITECTONIQUE
1. Territoires 2. Position 3. Lieu/objet 4. Catastrophes 5. Physique du sens 6. Langage

L’OBJET

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7. Cartographie d'un territoire imaginaire 8. Intégration

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III. PATRIMOINE VERSUS ARCHITECTURE ?
1. Révolutions sociales et révolutions techniques 2. Les institutions de l’État et l’héritage du centralisme français napoléonien 3. L’éthique et le fait architectural 4. Artefact moderne/artefact historique 5. Anthropologie 6. Style 7. Monument 8. Architecture et systèmes symboliques 9. Compatibilités : actions correctrices et sites préexistants 10. Détermination du code 11. Premières expériences

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PHÉNOMÉNOLOGIE STRUCTURALE
Méthodologie et problématique instrumentale

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INTRODUCTION I. ÉLÉMENTS FONDAMENTAUX

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1. L’histoire et la physique du territoire, en opposition à la « perception classique » des styles 2. Immanence et transcendance 3. Transcendance et modélisation de l’objet architectonique 4. Phénoménologie/objet architectonique 5. Démarche phénoménologique et description modélisante 6. Objectivité idéale et objets idéaux 7. Historicité et objectivités idéales 8. Histoire et géométrie 9. Géométrie et langage 10. Écriture et géométrie : les médias d’intelligibilité de l’objet architectonique 11. Géométrie et logographie

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12. Géométrie et spatialité du langage : figure et rhétorique 13. La géométrie : médium d’intelligibilité de l’objet. Disposition rhétorique et dispositif matériel 14. Objet mémoire : topique de la matière 15 Conclusions

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II. MODÉLISATION ET MORPHOGENÈSE
1. Traduction et modélisation 1.1. Structuralisme dynamique 1.2. Sémiophysique 1.3. Saillances et prégnances 1.4. Physique de l’objet architectonique 1.5. Esthétique transcendantale et forme « abstraite » de l’objet architectural 1.6. Modèle architectural versus modèle architectonique 1.7. Modélisation catastrophiste et description modélisante de l’artefact architectonique. 2. Modélisation de l’hyperstructure idéelle de l’objet : processus d’analyse et théories associées 2.1. Le plan référentiel 2.2. Le plan logico-mathématique 2.3. Le plan iconologique

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III. ICONOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE L’EXEMPLE MEDIÉVAL
1. Le couplage de la modélisation idéelle avec le niveau iconologique (ou du contenu) 2. L’objet architectural et le corpus iconographique et textuel 3. Légitimation de la démarche du point de vue de l’anthropologie et de l’esthétique 4. Rituel/code : l’ornement comme dénominateur commun de l'espace des représentations 5. L’hypothèse d’Erwin Panofsky : architecture gothique et pensée scolastique 6. L’hypothèse panofskienne : une vue de l’esprit ou une réalité 7. Radicalisation de l’hypothèse panofskienne

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SYSTÉMIQUE ARCHITECTURALE
Prolégomènes à une théorie de la notation architecturale

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DE LA MATIÈRE AU LANGAGE OU L’ARCHITECTURE

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I PROLÉGOMÈNES DE LA NOTATION

À

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THÉORIE

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1. Une théorie de la notation du projet : une mise à plat systématique du projet 2. Une cartographie cognitive des procédures de conception 3. Une instrumentation de précision 4. Prédominance du langage. La structure tripartite de la langue/référent, signifié, signifiant 5. Théories empruntées 6. Les procédures dialectique et rhétorique du projet

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II STRUCTURE GÉNÉRALE : L’ORGANON
1. Cartographie cognitive, cartographie de l’objet et organon 2. Le niveau référentiel 3. Niveaux généraux des mutations/niveau des traitements et des transformations de l’objet 3.1. Le domaine matriciel
3.1.1. Niveau des traductions ou d’association du réel et du virtuel 3.1.2. Niveau de manipulation des matrices. Niveau axiomatique ou matriciel / matrice de synthèse 3.1.3. Niveau idéogrammatique

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3.2. Domaine de la morphogenèse. Domaine syntagmatique
3.2.1.Niveau de représentation conventionnelle et de normalisation 3.2.2. Niveau de mise en conflit modèle/réalité

4. Retour au niveau référentiel

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III

ANALYSE DÉTAILLÉE DES MUTATIONS

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1. Les trois grands niveaux structuraux articulant la morphogenèse de l’objet architectonique 1.1. Domaine matriciel. Matrice de synthèse. Structure matricielle et champ programmatique
1.1.1. Plan phénoménal ou naturel 1.1.2. Plan sémantique. Domaine verbal complexe (Domaines économique, politique, éthique). Domaine verbal formalisé ou axiologique (Domaine Juridique) 1.1.3. Plan syntactique. Domaine des métaboles Niveau des métaplasmes Niveau des métataxes Niveau des métasémèmes métalogismes Matrice formalisée

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1.2. Domaine idéogrammatique et graphes topologiques
1.2.1. Domaine logique et spatial. Dispositifs topographiques. Dispositifs topologiques organiques (ou fonctionnels). Dispositifs topologiques « sémantiques » (ou de constitution du sens) 1.2.2. Domaine rhétorique ou des taxis 1.2.3. Domaine grapho-logique

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1.3. Domaine syntagmatique 2. Les 4 cycles de l’organogenèse de l’objet. La question de l’échelle ou le problème de l’adéquation des graphes à la matière

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2.1. Niveau territorial ou urbain. Syntagme de fondation 2.2. Niveau organique général. Intégration des dispositifs topologiques. Organisation des fonctions majeures de l’édifice 2.3. Niveau ergonomique. Organisation de l’espace fonctionnel minimal 2.4. Niveau technique : niveau « rhétorique » de l’organogenèse

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POSTFACE
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Architecture : Die theories als Wille und Vorstellung

Vittorio Ugo

PRÉFACE
Prologue littéraire à un savant ouvrage
Un livre fait part d’une pensée écrite et réalise la double perfor mance d’une conceptualisation Il est une construction dont la plu part des matériaux paraissent extérieurs ténument reliés à cette particulière invocation ; ni prière ni sanctuaire l’ouvrage prend la mesure de l’étendue qu’il crée La liaison – extériorités référencées et intériorité énoncée – n’est pas mince en réalité elle est suffi samment solide et spacieuse pour porter des différences voire des oppositions Du reste le « livré » annoncé présenté appelle ces dissonances il est séparation et correspondances il s’expose comme support d’une « nouvelle » disposition des connaissances Ce livre dessine plusieurs voies convergentes et propose une instru mentation conceptuelle assez sophistiquée pour assurer les condi tions d’« un travail en profondeur » et mutualiser les recherches concernées Souvent utilisée comme étrange force de frappe la théorie architecturale est ci après intensifiée pour être ouverte aux disputations internes et externes multipliant les croise ments d’intentions et entraînant des suggestions Les propositions avancées provoquent des possibilités de retour en lieu et place de formes de rejet dont s’arrangent trop facilement ceux qui ne veu lent ni comparer ni amender Elles offrent une considérable oppor tunité : pouvoir en(fin) discuter c’est à dire donner la chance de faire valoir des différences non conflictuelles L’analogie livre/construction n’est pas fortuite la « formation » de l’édifice est un ouvrage savant qui porte une théorie du bâtiment Comme de fameux autres ce livre est explicitement construit avec ceux qui le plongent dans différents savoirs tout en se précipitant en lui Tout volume est une altérité dûment recherchée Chaque
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présentation impose sa différence tout en désignant ses instances chaque ouvrage avance une spécificité qui peut être déçue par le peu d’intérêts « en retour » En réalité le temps du livre excè de amplement celui de son papier il s’imprime partialement dans la mémoire de ses différents lecteurs Ces mémoires individuées de propositions faites livre s’évanouiraient sans suite s’il n’était d’autres mémoires pour « supporter » sans fin de les entendre et « continuer » de très lointains imprimés Les bibliothèques sont assurément incarnées substantiellement vivantes L’architecture ne compense pas du livre elle procède pourtant d’un ouvrage équivalent dans lequel le signe vaut matière non pas que la matière coûte du texte ou redoute le récit mais que les empile ments les franchissements et les couvrements (re)produisent une certaine textualité Il faut que quelque chose tienne existe en pra tique ; tenir c’est tenir pour quelqu’un d’autre : l’ouvrier peut livrer sa partie achevée et transmettre sa pièce sans que l’ensemble en cède L’ensemble est orchestré coordonné selon des rythmes qui ressortent de techniques cultivées Il est vain de croire à une universalité exacte de la technique si la technique façonne la machine elle n’est pas seulement « mécanique » et connaît néces sairement des écarts des ajustements délibérés ou forcés des adaptations successives La technique opère la fonction artefactuelle entre l’homme et sa condition (son environnement) Généralement une pensée « livrée » est une étendue agrémentée d’un sol et d’un ciel dont le sommaire annonce les variations en temps et espaces Un ouvrage est une assemblée de reliefs sur lesquels le récit figure des temps L’extrême blancheur d’une

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« écriture » ne s’entend qu’en raison d’un lessivage volontaire de l’événement (relief temporalisé) éloigné du texte et placé hors du livre lors d’une vie racontée sans histoire… L’ouvrage présent est savant Dans une époque qui semble plu tôt dédiée à d’ostensibles saveurs et de fugaces éruptions un architecte instruit une pensée de sa discipline Ce que la forme dit de sa formation livre justement l’étendue des chemins discursifs et des choix techniques qui coordonnent l’humainement fait Vitales langue et forme sont moyens objets de théories de signes habitées d’une théorie des temps ; vivantes formes et langues restent temporelles accessibles aux modifications fines ou sauvages La chose n’est ni fréquente ni facile Pour savoir ce que l’on veut nous dire nous devons apprendre ce qui se dit lire suivre les reliefs nous perdre dans quelques greniers pour nous retrouver en quelques caves Cet ouvrage fouillé donne accès à d’autres niveaux de compa rution épistémologique Oubliez les broutilles l’architecture dans son actuelle événe mentialité peut parfaitement disparaître s’engloutir dans des parades sans adversaires dans des discours sans retour Il importe comme ce livre le fait de ressaisir les passerelles et les voies communes sans lesquelles une discipline est perdue en elle même bassement repue de ses miasmes Norbert Elias affirmait la socialité de l’individu la plupart des épistémologues semblent aujourd’hui convaincus de l’interfé rence objective des disciplines… Un isolement encore plus marqué de l’architecture annoncerait sa fin ou sa résorption dans d’autres formes d’activités

Nous perdrions sans doute un art une pratique inventive et corrélative dont ce livre nous conte les nuances et les contri butions en nous faisant autrement savoir son humaine valeur Lisons plutôt ! Voici un moyen de comprendre ce qui nous serait volé si l’on nous privait du droit de penser la multiplicité de l’architecture À ce droit s’ajoute celui d’explorer la troublante antériorité des pratiques sur les théories pour mieux connaître l’intime complicité des individus et de « leurs » sociétés comme celle des disciplines auxquelles ils ont nécessairement et amicale ment recours
Région parisienne 1999
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QUESTIONS DISCIPLINAIRES

Projet pour le réaménagement du Palais de Tokyo, 1988. Patrizio Ceccarini (avec J. Lavedan et F Hammoutène). . Photographie : Patrizio Ceccarini.

I INTRODUCTION
Qu’est ce que l’architecture? Cette question pourtant simple au premier abord paraît systématiquement éludée dans la pratique courante de l’architecture tout comme dans son enseignement L’évidence du cadre bâti serait donc telle que l’architecture se résu merait tout naturellement à un fait technique et matériel? Ce point de vue positiviste qui domine la société depuis deux siècles est à l’origine de l’arsenal d’instrumentations techniques et juri diques qui règle la construction en France Aussi le savoir faire de l’architecte tend il à être assimilé à celui d’un coordinateur de chan tier On pourrait même se passer de ses services en instituant des plannings préétablis d’intervention des divers corps d’états Certains d’ailleurs pronostiquent la disparition imminente de l’ar chitecture par substitution des « règles de l’art » aux normes de conformité dictées par les pouvoirs publics L’architecture aurait elle achevé sa mission la technique serait elle autorisée à guider nos pensées? Cette évidence matérielle se brouille toutefois dès lors que l’on envisage les causes et les effets de la construction En témoignent les errements de la politique de la Ville les problèmes sociaux l’in quiétude quant à l’importance grandissante des agglomérations La confusion des propos tenus sur l’architecture mélangeant allégre ment les questions d’ordre politique éthique psychologique ou encore esthétique montre bien les difficultés à appréhender les phénomènes architecturaux ou urbains Du point de vue des sciences sociales l’architecture ne vaut pas tant pour elle même que pour les mécanismes sociaux qui la sous tendent et dont elle porte le témoignage Ces sciences considèrent à juste titre le « fait

architectural » comme un « fait anthropologique » c’est à dire le fruit d’un processus d’assemblage dans un univers de contraintes révélant les pratiques et les croyances acquises par chaque société chaque ethnie chaque individu Les objets matériels qui en résul tent réifient et transmettent les rites des diverses sociétés; ils se reproduisent de génération en génération et se transforment au cours des échanges culturels Ainsi les villes et les édifices sont des produits hybrides de la nature et de la civilisation témoins de l’his toire des hommes qui y vivent L’architecture se produit donc sans avoir besoin d’être pensée tout comme les langues n’ont pas besoin de la linguistique pour être parlées Pourtant l’équilibre des sociétés traditionnelles entre les hommes et leur environnement qui n’était probablement pas si satisfaisant en leur temps ne semble pas se retrouver dans nos sociétés actuelles Même si les procédures symboliques ont pu rester iden tiques les objets matériels contemporains se sont substitués à ceux d’autrefois Face au cortège de nuisances et de problèmes sociaux accompagnant la croissance des agglomérations une position de neutralité idéale est elle envisageable? Doit on subir ces nuisances comme un « mal obligé » sous prétexte qu’elles sont autogénérées par la société? Dès lors que pourrait être une pensée active res pectueuse des identités culturelles et quelles compétences nécessi terait elle? Bien qu’il importe assurément de distinguer le fait architectonique du fait anthropologique qui le conditionne on ne doit pas pour autant choisir le moindre mal entre une pratique qui ne pense pas et une pensée qui n’agit pas Car le processus architectural n’a de sens qu’en tant qu’assemblage de différents facteurs Il constitue en quelque sorte un axe un pivot invisible où les composants axio

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logiques et disciplinaires s’entrecroisent Toute la question est alors de savoir comment ce processus se construit On a volontiers recours au terme d’« architecture » dans diverses disciplines qu’il s’agisse des mathématiques de l’informatique de la philosophie… Que pourrait donc signifier ce terme pour l’archi tecture discipline sans discipline où l’acte « constructif technique » a pris le pas sur l’acte « constructif purement systémique » ? Que signifie le terme « architecture » pour cette discipline égarée immature? En bref qu’est ce que « l’architecture » de l’architectu re à savoir sa radicalité sa spécificité? Ces questions se trouvent au cœur de la problématique traitée dans les quatre textes de Patrizio Ceccarini présentés ici Les deux premiers textes portent sur l’intérêt d’une démarche dis ciplinaire : le premier « cartographie de l’objet architectonique » présente le territoire disciplinaire spécifique de l’architecture et ouvre les multiples entrées de son exploration Le second « archi tecture versus patrimoine » met en cause la distinction entretenue depuis la Révolution française entre les objets dits « historiques » et les autres (le « tout venant ») pour lui substituer un point de vue phénoménologique de l’histoire faisant de l’architecture une « archéologie vivante » Les deux derniers textes sont issus de l’autopsie d’une pratique expérimentale du projet architectural depuis Le processus architectural y est finement disséqué de manière à poser les jalons d’une théorie générale digne d’un enseignement pour l’archi tecture Le texte intitulé « phénoménologie structurale » précise les concepts et notions philosophiques indispensables au processus projectuel lequel devient désormais intelligible sous forme d’une

description modélisante; dans le dernier texte « systémique archi tecturale » est proposé aux architectes et aux urbanistes un sys tème de notation instrumentale (« théorie de la notation ») per mettant de mettre en adéquation les intentions projectuelles et les caractéristiques propres aux sites

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UN RENOUVEAU DE LA DISCIPLINE ARCHITECTURALE Avant d’aborder ces textes et pour que le lecteur saisisse tout l’enjeu d’un renouvellement de la discipline architecturale il nous a semblé utile d’établir un bilan de la situation de l’archi tecture et de l’urbanisme en France des difficultés et des contra dictions dans lesquelles ils se trouvent empêtrés Nous commen cerons par le substrat territorial sujet trop souvent escamoté des interventions urbaines De façon générale les questions urbaines et architecturales sont traitées par un « filtre » qui découpe l’étendue géographique en trois champs d’intervention distincts : les problèmes de circula tion liés aux transports et réseaux les problèmes de l’allocation des sols liés aux structures parcellaires et les problèmes typolo giques liés à la construction et aux équipements L’intervention procède alors par adjonction de ces diverses composantes au moyen de compromis « bancals » entre les divers services concer nés Chacun de ces registres est géré par une administration spé cifique déclinée hiérarchiquement du général au local Une telle dissociation « anatomique » des flux routiers du parcellaire urbain et des fonctions sociales est bien révélatrice d’une concep tion désarticulée de l’espace urbain niant la continuité géogra phique et historique où se joue la physique du territoire pour ne pas dire la « physiologie » du paysage Toute action même en apparence innocente n’en est pas moins inductrice de transformations du territoire avec des effets néfastes ou bénéfiques sur le paysage Aussi vouloir appliquer des recettes sur un seul composant sans considérer son rapport avec les autres non seulement ne permet pas d’avoir une compréhension des
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mécanismes à l’œuvre mais peut même conduire à aggraver les déséquilibres 1. Micro territoire : le cas de la rue de Suresnes à Nanterre [Fig. 1] Le cas de la rue de Suresnes à Nanterre offre un bon exemple de l’aggravation d’un problème de voirie et de ses effets sur le terri toire par le jeu d’une disqualification d’un flux local au profit du flux général Le problème de départ était la surcharge considérable qu’accusait une voie résidentielle secondaire (la rue de Suresnes) pour soulager le flux sur la nationale reliant Paris à sa banlieue ouest Ce trafic à double sens fonctionnant en permanence toute la journée allait jusqu’à l’embouteillage le matin et le soir Il s’accompagnait d’un cortège de nuisances de diverses natures (pollution vibrations bruit risques d’accidents graves…) avec des conséquences non négligeables pour les riverains : clôture permanente des volets dépérissement des petits commerces multiples problèmes respiratoires dépressions désagrégation des liens sociaux désaffection des jardins… La Ville de Nanterre a réagi aux problèmes d’engorgement par l’élimination de toutes les places de parking le long de la rue de Suresnes et l’installation de bornes allumettes empêchant les voi tures de stationner Quant au problème de sécurité il a trouvé une solution par l’installation d’un feu supplémentaire un panneau de limitation de vitesse la substitution de la plupart des bornes allu mettes par des bornes horizontales et des bornes garde corps à l’antique (croisillons) Quels ont été les effets de cette politique? Non seulement ils n’ont pas réduit la congestion ni les risques d’accident mais ils ont contri bué à amplifier la dégradation du secteur En effet la suppression
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du stationnement et l’installation de bornes ont non seulement augmenté le débit automobile et les nuisances qui l’accompa gnaient mais ont également diminué les possibilités de franchisse ment piéton et l’accessibilité des commerces et contribué de ce fait à la dislocation des espaces résidentiels et des liens sociaux Le grave problème de la rue de Suresnes a été traité au moyen de petits aménagements apparemment pleins de bon sens qui se révèlent à terme totalement néfastes Cette série d’actions mal conçues hasardeuses n’a abouti qu’à provoquer la plus grande confusion à occasionner des dépenses inconsidérées et à rendre encore plus difficile toute action de résolution ultérieure Car quand les commerces ont fermé que les jardins ont été asphaltés et qu’une partie de la population a quitté le quartier il va sans dire que l’intervention devient plus délicate Pour résoudre la surcharge à l’origine du malaise il convenait de la traiter comme agent de la dégradation du parcellaire et non comme un simple engorgement Il fallait donc à l’évidence agir dans le sens d’une décharge de la voie plutôt que dans la fluidifica tion du trafic Une solution simple efficace et peu coûteuse s’im posait : la mise en place d’un sens unique qui aurait participé au report du trafic sur l’A Or une mesure aussi simple est impos sible à prendre en raison des multiples interfaces administratives concernées et de l’absence de réelle volonté à résoudre les pro blèmes Plutôt que d’analyser les effets du flux routier de la voirie en relation avec l’ensemble du secteur la Ville a préféré apporter des solutions toutes faites et peu exigeantes en réflexion Aussi le malaise a été « cosmétisé » masqué par autant d’emplâtres mani festant l’impuissance du remède L’argument invoqué pour justifier cette politique est la fatalité de la croissance urbaine qui contraint à accepter certains effets locaux

indésirables de l’augmentation du flux automobile Ainsi on éva cue à l’aide de schémas simplistes la physique élémentaire qui intègre le flux routier dans la mutation du territoire et du parcel laire En ne respectant pas l’équilibre physique on risque en sur chargeant des flux routiers mineurs de provoquer une prolifération « cancéreuse » du bâti ou à l’inverse de déclencher la gangrène du tissu par enclavement capillaire En réalité le système général de la voirie n’est autre que la somme de microsystèmes routiers locaux à la recherche du meilleur équi libre Toute politique urbaine devrait donc questionner ses orienta tions générales chaque fois qu’elle traite un problème particulier Le cas de la rue de Surennes est l’exemple type d’un microsystème rou tier qui n’a pas été reconsidéré sérieusement et qui a été maintenu dans sa fonction actuelle avec pour conséquences une dégradation structurelle et fonctionnelle du territoire et son déclassement à terme de zone résidentielle en zone mixte semi industrielle et ter tiaire Il est fort probable d’ailleurs que le reclassement de zone s’ac compagnera d’une augmentation du COS justifiée de surcroît par l’importance de la circulation sur la rue de Suresnes Dès lors on peut se demander à qui profiteront ces nouvelles opportunités fon cières et immobilières offertes par une politique de « laisser faire » 2. Macro territoire : le cas de la Plaine Saint-Denis [Fig. 2] On voit bien que la routine des « soins urbains » est paralysée dès qu’il s’agit d’entreprendre une action correctrice Le fonctionne ment des administrations a une telle inertie qu’il ne peut porter que sur de nouvelles opportunités foncières Tout se passe comme si le substrat devait offrir moins de résistance à mesure que l’aire concernée est vaste Rien d’étonnant à cela : plus les projets urbains
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Figure 1 Étude pour la revitalisation du quartier du mont Valérien et du plateau à Nanterre, 1993. (En collaboration avec F. Gatineau, E. Förster, D. Bettineschi, F. Aveline, P Ceccarini). .