Conception collaborative pour innover en architecture

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Les exigences environnementales, économiques et sociales imposent des demandes de production plus responsables, notamment en ce qui concerne les processus de production de notre cadre bâti. Ce recadrage, en particulier dans les milieux industriels et artistiques, montre que l'évolution des pratiques s'accompagne de l'adoption de méthodes collaboratives et plus interactives et d'outils adaptés. Cet ouvrage met en évidence la nécessité d'innover en architecture.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
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EAN13 : 9782296217164
Nombre de pages : 166
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Conception collaborative pour innover en architecture

Ouvrages

du même

auteur

Hoyet, N., Gimonet, c., Terrin, J.-J., La MaÎtrise d'ouvrage complète en Europe, Paris, Collection Recherches, Plan Construction Architecture, 1989, 100 p. Debaveye, H., Pélegrin, F., Terrin, J.-J., 10 outils pour gérer la qualité, Paris, le Moniteur, 1998,240 p. Terrin, J.-J., Qualité, conception, gestion de projet, Paris, Plan Urbanisme Construction Architecture, Collection Recherches, 1999, 78 p. Seitz, F., Terrin, J.-J., (dir.), Architectures des systèmes urbains, Paris, l'Harmattan, 2003, 270 p. Terrin, J.-J., (dir.), MaÎtres d'ouvrage, maÎtres d'œuvre, entreprises, de nouveaux enjeux pour les pratiques de projet, Paris, Eyrolles, 2005, 198 p. Terrin, J.-J., Coupoles, Paris, Hazan, 2006, 191 p. Terrin, J.-J., Représenter le Monde souteffain, Paris, Hazan, 2008, 359 p. Contribution â des ouvrages collectifs Dard, P., Pélegrin, F., Terrin, J.-J., Weckstein, M., Weiller D., L'émergence d'une nouvelle fonction fédératrice: la gestion de projet. Les réponses des PME in La Conception en Europe, Euroconception 2, Paris, Plan Urbanisme Construction Architecture, 1998, 11 p. Terrin, J.-J., La construction des expertises techniques au sein du processus de projet urbain, in La conduite des projets architecturaux et urbains: tendances d'évolution, dir. M. Bonnet, Paris, la Documentation française, PUCAlCSTB, 2005, 17 p. Terrin, J.-J., Les expertises relatives aux ambiances dans la conduite de projet, in Les Cahiers RAMAU N°4, Expertises techniques et conduite de
projets urbains, dir. T.

Evette et J.-J. Terrin,

2006,

31 p.

Terrin, J.-J., A few factors
Raumforschung 10 p.

in understanding French und Raumordnung 66. Carl Heymanns

urban Verlag

planning, in: (KOln), 2008,

Jean-Jacques Terrin

Conception collaborative pour innover en architecture
Processus, méthodes, outils

L' Harmattan

(Q L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com harmattan I@wanadoo.fr diffus ion.harmattan@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07534-4 EAN : 9782296075344

Sommaire
Préambule et remerciements Introduction
1. Les anciens modèles ne fonctionnent
1.1 Dédale foudroyé Les véritables origines du mythe des savoirs et Revisiter l'histoire des savoir-faire Créateur, 1.2 Narcisse Une grande sous l'angle du partage inventeur de la boite noire dans une boîte noire? 9 11

plus

19

concepteur, confusion

et la métaphore peut-elle

La valeur d'usage

se dissoudre

Une crise des expertises

1.3 Entre œuvre et service
Un couple inséparable La légitimité L'organisation Partenariats Le paradigme d'une œuvre de l'entreprise et dynamiques de l'architecte 47 d'architecture d'acteurs

2. Elargir le cadre de la conception 2.1 Concevoir des systèmes complexes
Une complexité Le développement Une nouvelle culture Trois interrogations 2.2 La conception
L'écologie Modéliser comme

accrue durable urbaine majeures est une activité partagée
modèle

constitue

une nouvelle

donne

se dessine

la complexité considérée comme un processus d'organisation

La conception

Un scénario l'exemple la gestion Représenter

pour le projet architectural du Technopole par le projet la complexité langages hybrides de Renault

et urbain à Guyancourt

2.3 Gérer par projet

les ambiances, Introduction

entre perception

et mesure

3. Méthodes et outils collaboratifs, genèse et fusion
3.1 Produire: du catalogue aux services en ligne Transmettre Filières Ëchanges la matière informatisés d'architecture d'acteurs et e-construction industrielles et systèmes

85 87

3.2. Gérer: de la gestion de projet aux plates-formes collaboratives les fondements Co-conception Des plates-formes 3.3. Communiquer: à la maquette Deux impulsions le principe Maquette virtuelle historiques et filières des méthodes de gestion à dessin de gestion par projet électronique de projet industrielles

105

informatisées

de la planche

124

virtuelle initiales et design collaboratif

de la boîte à outils

Conclusion
Des scénarios architecturale Programmes de recherche et enseignement pour élargir le cadre de la conception

141

Bibliographie

151

Préambule

et remerciements

Cet ouvrage se nourrit de réflexions menées tout au long d'une pratique professionnelle qui s'est déroulée au sein de différentes équipes libérales, industrielles, associatives et universitaires. Il doit également aux travaux collectifs que j'ai animés entre 1997 et 2003 dans le cadre du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture), et à une action de longue haleine intitulée Pratiques de projet et ingénieries. Ces travaux ont donné lieu à de nombreux groupes de travail, séminaires, colloques dont les résultats ont été publiés dans plusieurs ouvrages, à l'initiative du PUCA 1. Le présent texte s'appuie aussi sur d'autres initiatives auxquelles j'ai directement ou indirectement participé, notamment sur le programme Euroconception2 du PUCA dirigé par Michel Bonnet, et sur ceux du Gremap3, groupe de réflexion sur le management de projet, ainsi que sur certains travaux entrepris dans le cadre de RAMAU4 (Réseau activités et métiers de l'architecture et de l'urbanisme). Je tiens à remercier les personnes suivantes avec qui j'ai collaboré dans le cadre de ces différentes activités, Philippe Alluin, Sihem Ben Mahmoud-Jouini, Thérèse Evette, Stéphane Hanrot, Niklaus Kohler, Claude Maisonnier et Olivier Piron. Je remercie également Jacques Bonnet, Alain Bourdin, Jean-Michel Dossier, Denis Grèzes, Nadia Hoyet, Michel Huet, Alain Maugard, Christophe Midler, Philippe Potié, Robert Prost et Danièle Valabrègue, qui m'ont fait l'amitié de relire ce texte et dont les observations et les encouragements m'ont permis de le mener à bien.
1

Les résultats

de ces travaux

ont été publiés

en 1998:

Ingénieries

de conception

et

ingénieries de production, P. Alluin, architecte; Ambiances et outils conceptuels pour l'architecture, P. Amphoux, EPF Lausanne; L'Architecte et les nouvelles technologies de l'information et la communication; B. Dauguet, EA Versailles; en 2003: Projets
architecturaux et urbains, mutation des savoirs dans la phase amont, R. Prost (dir.) ; Enjeux

pour /'ingénierie de maÎtrise d'œuvre, S. Hanrot (dir.); Co-conception et savoirs d'interaction,S. Ben Mahmoud-Jouini(dir.); en 2005 : Maitres d'ouvrage, maitres d'œuvre
et entreprises, de nouveaux enjeux pour les pratiques de projet, J.-J. Terrin (dir.), Paris, Eyrolles, 2005. 2 Les résultats de ces travaux ont été publiés par le PUCA dans une série d'ouvrages intitulés: L'Elaboration des projets architecturaux et urbains (4 vol., 1977-2000); La Commande... de l'architecture et la ville (2 voL, 2001). 3 L'Ingénierie concourante dans le bâtiment. Synthèse des travaux du Gremap, PCA, 1996. 4 Les travaux du réseau Ramau ont fait l'objet de quatre cahiers publiés aux éditions de la Villette, Paris (2000, 2001, 2004, 2006) ; le quatrième a été publié sous la direction de T. Evette et J.-J. Terrin.

9

Introduction
« L'architecture est au cœur du conflit entre le concret 1987 et l'abstrait. » T adao Ando, octobre

.

Des édifices

remarquables

Cet ouvrage est fondé sur une expérience professionnelle qui a commencé au début des années 1970 et qui a alterné entre recherches théoriques et réalisations opérationnelles. Cette confrontation entre recherche et expérimentation, théorie et pratique, savoir et savoir-faire m'a sans doute été utile pour appréhender et mesurer les changements à l'œuvre, et pour les concrétiser dans un domaine où la matérialité n'est pas un vain mot. Ce qui frappe lorsque l'on observe cette période, c'est la récurrence du discours sur le changement et le peu de cas qui en a été fait dans le domaine de l'architecture. Depuis les incontournables Le Choc du futur d'Alvin Toffle"s (1971) et Small is Beautiful de E. F. Schumacher (1973), jusqu'aux ouvrages d'Edgar Morin6, en passant par ceux, plus proches de nous, tels que ceux de Manuel Castells et de François Ascher, d'innombrables auteurs nous ont engagé à guetter les signes d'une mutation dont on peut dire qu'elle est aujourd'hui largement accomplie. Ces points de vue se répandent pourtant très lentement dans le monde de l'architecture. Ses acteurs ne semblent pas en avoir encore pleinement mesuré toutes les conséquences, contrairement à ceux qui sont en charge d'autres secteurs économiques, dont la plupart se sont révélés beaucoup plus réactifs. Quelques réalisations architecturales majeures m'ont fait progressivement prendre conscience de l'imminence de ces changements et de l'inertie qui leur était opposée. Le Centre Georges-Pompidou et le débat qu'il a provoqué pendant sa réalisation au début des années 19707 ont consacré une évolution importante du processus de conception de l'architecture. Tout en puisant son inspiration dans l'architecture industrielle du XIXe siècle,
5

Lire également du même auteur La Troisième Vague (1980), trad. Française,

Paris, Denoël,

1980.
6 Notamment Pour sortir du vingtième siècle, Paris, Fernand Nathan, 1981. 7 On se souviendra de R. Baudrillard qui évoque l'({ énigme de cette carcasse de flux et de

signes, de réseaux et de circuits», Monument aux jeux de la simulation de masse, in Simulacreset simulation,Paris, Galilée,1981,p. 93. 11

Beaubourg faisait émerger trois notions nouvelles, l'immatérialité évoquée par Bruno Zevi qui faisait référence aux Cités invisibles d'Italo Calvino pour illustrer son propos: «elle n'a rien qui la fasse ressembler à une ville, sauf les tuyaux8... »; la sensorialité que Richard Rogers, l'un de ses deux architectes, citait lorsqu'il décrivait son architecture basée sur l'étude des flux: «more nerves than bodyS », disait-il; la multimédialité enfin qui avait fait dire à Renzo Piano, son autre architecte, que Paris s'offrait avec ce bâtiment le plus grand écran de télévision de France1o. Alors que les modèles dominants accordaient une suprématie que l'on croyait décisive aux structures et aux infrastructures, celles-ci cédaient soudain le pas aux espaces vécus et à l'étude de leurs ambiances. Les réseaux qui communiquaient et qui alimentaient ces espaces devenaient à leur tour «structurants ». On pouvait penser qu'il découlerait de cette architecture une prise en compte accrue de l'usage, et donc du social et du politique, une priorité accordée aux modes de vie, aux pratiques de l'espace, aux accessibilités, jusqu'ici trop souvent considérées comme les résultantes des données physiques, du foncier, des flux, des infrastructures. Le combat n'était certes pas gagné mais il semblait que la voie soit tracée. Le second ouvrage qui m'a marqué fut le premier terminal de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle réalisé par Paul Andreu, non tant pour son architecture pourtant remarquable que du fait d'une coïncidence de calendrier. Tandis que les ingénieurs qui faisaient visiter le chantier en octobre 1973, peu de temps avant sa mise en service en 1974, vantaient l'inexorable marche en avant du progrès technique illimité qu'ils étaient en train de mettre en œuvre, éclatait la guerre du Kippour, premier maillon d'une chaîne d'événements qui allaient bouleverser, entre autres choses, la donne énergétique et se poursuivre jusqu'à la signature du protocole de Kyoto et au-delà. Cette coïncidence incitait au doute et poussait à réfléchir à des modes de production de l'architecture et de la ville qui se fonderaient sur des approches plus globales; à une conception architecturale qui intégrerait les choix techniques et les usages dans des logiques à la fois spatiales et temporelles, selon des stratégies de développement à long terme.

8

I. Calvino,

Les Villes invisibles.

Turin,

1972. trad. française. Paris, Editions du Seuil. 1974,

p.62.
9 Voir K. Frampton, Techtonic Culture. Cambridge. Mass. MITPress. 1995. 10 Ce qui aurait été entièrement vrai si la façade de son projet initial avait été réalisée en l'état.

12

Quelques années plus tard, en 1980, le concours pour la transformation des abattoirs de La Villette en Cité des Sciences et de l'Industrie11 a montré à quel point les modes actuels d'élaboration des projets pouvaient déboucher sur une difficulté à appréhender globalement les problématiques contemporaines, à formuler correctement les usages attendus d'un édifice et de son environnement urbain, et surtout à rassembler des compétences diverses pour les faire coopérer autour d'un même projet. Non content d'avoir réalisé des abattoirs obsolètes avant même que ceuxci ne soient terminés, on envisageait de réaliser un musée d'une importance majeure pour l'éducation sCientifique du grand pUblic sans mesurer les difficultés de mobiliser suffisamment en amont les milieux de l'industrie, de la recherche et de l'enseignement pour anticiper les usages du futur équipement12. loin de tirer la leçon qu'il convenait de cette expérience, on a ensuite produit en France, et sans doute ailleurs, d'autres réalisations prestigieuses qui ont reproduit à leur façon les mêmes difficultés d'adaptation aux changements de société qui se sont progressivement dessinés tout au long de ces trente années, les mêmes manques de maîtrise des techniques, et surtout la même impuissance à mettre l'usage et son évolution au centre du projet13. On peut mesurer l'ampleur dévastatrice de ce phénomène en prenant comme exemple le projet de la Bibliothèque nationale de France, conçue comme chacun sait à l'image de quatre livres ouverts sur un cloître; concept destiné dans un premier temps à séduire un président de la République, parfait ensuite pour expliquer le projet en trente secondes au journal télévisé de vingt heures, mais un peu court pour répondre au fonctionnement d'une des trois plus grandes bibliothèques de la planète. le processus d'élaboration de ce projet exemplaire mérite un approfondissement. Tout le monde sait que plus le programme d'un concours a été étudié, ou pour être précis, mieux on définit les objectifs du projet à venir, plus le résultat a des

11

Concours

auquel

j'avais

participé.

12 Cette expérience m'a définitivement convaincu de la nécessité de changer d'orientation professionnelle. C'est de cette époque que date ma décision de quitter mes associés marseillais pour me diriger vers des activités de recherche et de développement (ou d'expérimentation), puis vers l'enseignement. 13 Je pense notamment à l'Arche de la Défense en 1989, l'Opéra Bastille, également en 1989, la Bibliothèque nationale de France en 1996 et, plus récemment, le musée du quai Branly en 2006.

13

chances d'être fructueux14. Or, le concours de la Bibliothèque nationale de France a été lancé sans que soit tranché ni le type ni le nombre de livres qui devaient être entreposés dans l'édifice. Pour justifier sans doute cette souplesse de programmation, Dominique Jamet, le directeur du futur établissement public, évoquait alors « une définition générale faite par un metteur en scène plus que par un spécialiste, si ce n'est de la communication15 ». Les commentaires sont ici inutiles tant les intentions sont limpides! Les appels des futurs usagers, chercheurs et conservateurs, dont la presse de l'époque s'est largement fait l'écho, incitent à penser que leurs avis auraient pourtant été aussi utiles à l'élaboration du programme, sinon plus, que ceux d'un homme de communication. En les consultant, les responsables du projet n'auraient fait qu'appliquer les recommandations de la Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques, organisme dépendant directement du Premier ministre, dont le président de l'époque, Joseph Belmont, écrivait que « de la qualité des études préalables et du programme, dépend en grande partie celle de la réponse urbaine et
architecturale
16 ».

On apprend donc que le projet lauréat serait composé de quatre tours de plusieurs dizaines d'étages auxquelles l'architecte a donné l'image de livres ouverts sur un jardin intérieur qu'il définit comme un cloître. On voudrait évoquer Ledoux qui a parfois dessiné des architectures métaphoriques, telle sa maison de tolérance en forme de phallus. Mais on se dit que Dominique Perrault est à la fois trop intelligent et trop fin architecte pour croire vraiment à son analogie, qu'il a d'ailleurs réfutée depuis. A-t-il simplement voulu séduire? D'évidence, le processus est plus complexe et il n'est pas possible d'imputer les choix qui ont été faits au seul architecte. Il est significatif à ce sujet de constater que la décision prise après la désignation du projet lauréat de doubler le nombre de livres qu'il devrait abriter n'ait pratiquement pas modifié l'image donnée à l'ensemble de peur de contrarier l'ultime et puissant décideur. Tout ce projet n'aurait-il été qu'un concept dicté par une image communicante? Ce serait probablement aller trop vite en besogne et faire fi du talent dont
14

Tout le monde sauf Roland Castro dont Michèle Audon, directrice

générale de l'Opéra

Bastille, rapporte le « J'en ai rien à foutre des programmes14 », qu'il aurait lancé devant le président de la République d'alors, perplexe devant les six projets sélectionnés. Rapporté par P. Urfanino in Quatre voix pour un opéra, Paris, Métailié, 1990, p. 108. 15 Technique et Architecture, n° 384, juin-juillet 1989, p. 130. 16 Études préalables et programme d'une construction publique, Paris, Editions du Moniteur,

1984, préface de J. Belmont, président de la MICQP, p. 10.

14

D. Perrault a ensuite su faire preuve pour gérer les énormes contradictions que cette genèse lui a imposées tout au long de la mise au point de son projet, du chantier et de ses transformations ultérieures. Pour conclure cette revue de projets et les difficultés rencontrées par l'architecture contemporaine à tenir compte de l'usage, on pourrait aussi évoquer le musée du quai Branly, auquel le journaliste Michael Kimmelman reproche «de s'offrir "en spectacle", abolissant la signification des objets exposés pour ne fournir "comme seul sens que le musée lui-même17" ». L'intention n'est évidemment pas de critiquer ici tel architecte, ni telle architecture, mais de remettre en cause un processus collectif de conception qui peut sembler anachronique lorsqu'on le confronte aux enjeux qui pèsent aujourd'hui sur la production architecturale et urbaine.

.

Hypothèses

Alors que la société est entraînée dans un cycle de mutations sans précédent, on est en droit de s'interroger sur la nécessité de modifier la façon dont on conçoit la ville et les architectures qui la composent. Une hypothèse étaye ce texte. Elle est fondée sur la conviction que, face à ces mutations, les processus de conception doivent être profondément redéfinis, et leur cadre impérativement renouvelé. On s'interrogera bien évidemment sur l'importance de ce recadrage mais aussi sur les aspects méthodologiques et instrumentaux de cette évolution. En effet, l'observation d'activités de conception dans d'autres domaines montre que l'évolution des pratiques de conception s'est accompagnée et structurée par des méthodes et des outils adaptés. En d'autres termes, il s'agit de vérifier si la formule utilisée par André Leroi-Gourhan dans Le Geste et la Parole pour décrire l'évolution des populations préhistoriques peut s'appliquer aujourd'hui au projet d'architecture et d'urbanisme: «l'homme fabrique des outils concrets et des symboles, les uns et les autres relevant du même processus ou plutôt recourant dans le cerveau au même équipement fondamental18 ». Selon cette hypothèse, les pratiques de projet devraient mieux interagir avec un ensemble de composantes, que celles-ci soient formelles (esthétiques et symboliques), sociales (politiques et culturelles), techniques (constructives et économiques) ou de l'ordre
17 M. Kimmelman, New York Times, rapporté par Vincent Noce dans Libération du 25 juillet 2006, dans l'article « Le musée Branly étrillé par la presse étrangère ». 18A. Leroi-Gourhan, Le Geste et /a Parole, Paris, Albin Michel, 1964, p. 162.

15

de l'usage, être donc plus interactives et collaboratives. Or, ces interactions, apparemment assez évidentes, ne semblent pas vraiment acquises dans le domaine de la conception architecturale. Une partie du discours et de la production actuelle tend à en obscurcir le sens plutôt qu'à l'accompagner. Entre œuvre de création et prestation de service, l'architecte ne réussit pas toujours à positionner clairement sa production face aux exigences de la société urbaine contemporaine qui lui accorde pourtant une place de choix, tout en le considérant à la fois fautif d'un certain nombre de ses maux actuels, et potentiellement responsable des risques à venir qu'elle encourt. À cette difficulté de positionnement s'ajoute l'influence, pour ne pas dire la toute-puissante hégémonie, de la communication et du marketing sur l'environnement urbain. Ceux-ci sont devenus si envahissants qu'ils tendent à transformer les projets des architectes en de vastes produits de consommation, amenant à confondre formes urbaines et médiatisation, exigences sociales et marketing, performances et exploits technologiques. On peut ainsi observer comment l'évolution récente des techniques constructives et les performances formelles qu'elles autorisent, décuplent les ambitions des architectes et de leurs clients au profit d'une quête de performances mise au service d'un marketing urbain souvent déconnecté des réalités sociales. On s'interrogera naturellement sur l'importance et la pérennité de ces influences. Néanmoins, pour alimenter les questionnements sur la pertinence de cette hypothèse, on mettra en avant les exigences environnementales, sociales et économiques qui se renforcent autour de la notion de développement durable et qui devraient être de plus en plus vigoureusement soutenues par les milieux politiques et économiques, comme en témoignent de récentes prises de positions nationales et internationales. Régulièrement, de nouvelles directives législatives ou réglementaires imposent un changement de plus en plus radical - et pour tout dire responsable - des processus de production des environnements architecturaux et urbains. L'objectif de cet ouvrage est donc double. Dans un premier temps, il cherche à convaincre les protagonistes d'élargir le cadre de la conception architecturale et urbaine pour leur permettre de mieux y intégrer les problématiques contemporaines auxquelles ils sont aujourd'hui confrontés. Dans un second temps, il tente de mettre en évidence le rôle que certaines méthodes et certains outils jouent communément dans de nombreux domaines de la conception, surtout dans les mondes de la production industrielle et des services, et comment cet accompagnement méthodologique pourrait jouer un 16

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