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Connaissance, solidarité, création

De
300 pages
Dans les années 80, les territoires se sont préoccupés d'accroître leurs Connaissances, leurs domaines de compétences, dont les ressources provenaient des résultats de la recherche. Dans les années 90, les territoires ont compris l'importance de l'organisation, de l'animation des acteurs du territoire, des effets réseaux... de nouvelles Solidarités se manifestaient. Dans les années 2000, de nombreux territoires sont en rupture d'activités : reconversion d'un bassin d'emplois, mutations économiques, passage difficile vers le tertiaire supérieur...Les territoires incitent les citoyens à exploser de Créativité dans tous les domaines.
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Connaissance, solidarité, création
Le cercle d'or des territoires

Collection Administration et Aménagement du territoire dirigée par Jean-Claude Némery Professeur à l'Université de Reims Champagne-Ardenne Directeur du Centre de Recherche sur la Décentralisation Territoriale GIS GRALE CNRS Administrer, aménager le territoire constitue une des missions fondamentales des Etats modernes. Gérer les espaces de quotidienneté et de proximité dans le cadre de la décentralisation et de la démocratie locale, assurer le contrôle administratif et financier de l'action publique, anticiper l'avenir pour assurer un meilleur développement grâce à la prospective sont les objectifs essentiels des pouvoirs publics. Cette collection Administration et Aménagement du territoire doit répondre aux besoins de réflexions scientifiques et de débats sur cet ensemble de sujets. Déjà parus Christiane MARZELIER, Décentralisation Acte II. Chronique des assises des libertés locales, 2004. Jean-Michel BRICAULT, Le sous-préfet d'arrondissement. Elément de modernisation de l'Etat en France, 2004. Laurent DERBOULLES, (sous la dir.), Fonction publique d'Etat et Fonction publique territoriale: comparabilité et recrutements, 2004. Fabrice THURIOT, L'offre artistique et patrimoniale en région. Proximité et rayonnement culturels, 2004. François LEFEBVRE, Aménagement du territoire. Emergence d'un droit ?, 2004. Jean-Claude NEMERY (sous la dir.), Décentralisation et intercommunalité en France et en Europe, 2003. Oladé O. Moïse LALEYE, La décentralisation et le développement des territoires au Bénin, 2003. Jacques BEAUCHARD, Génie du territoire et identité politique, 2003. César NOIZET, La coopération décentralisée et le développement local. Les instruments juridiques de coopération, 2003. Attila BADO, La justice hongroise dans le cadre de l'intégration
européenne, 2002.

Modeste CHOUAÏBOU MFENJOU, L'Afrique à l'épreuve du développement durable, 2002. Christian LEMAIGNAN, Perspectives territoriales pour 2020, 2002.

Bernard

GUESNIER

Christian

LEMAIGNAN

Connaissance, solidarité, création
Le cercle d'or des territoires

Avant-propos

de Philippe SERIZIER

L' Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris
Italia 15 L'Harmattan Burkina Faso

FRANCE
LHaIlTlattan Hongrie Kënyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, Kinshasa Pol. et L'Harmattan Via Degli Artisti, 10124 Torino 1200 logements 12B2260 Ouagadougou 12 villa 96 Adm. ; BP243, Université KIN XI - RDC

1053 Budapest

de Kinshasa

ITALlE

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ~L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-00019-3 EAN : 9782296000193

AVANT-PROPOS

Philippe SERIZIER
Caisse des Dépôts et Consignations

De multiples facteurs viennent menacer nos territoires locaux et régionaux: les effets de la mondialisation, l'agrandissement de l'Europe, les mutations économiques, l'accélération du développement des connaissances, les mosaïques culturelles en croissance et engendrant de nouvelles pratiques de solidarité. Pourtant, certains facteurs spécifiques permettent à des territoires particuliers, de résister très honorablement à ces pressions, par exemple les quelques 100 territoires qui ont répondu à l'appel à projet de la DATAR, concernant les pôles de compétitivité (exemple autour de l'Ensemble Mécanique Complexe (EMC2) à Nantes, de la bio-santé à Lyon). D'autres ont su moderniser leur système productif local en véritable économie patrimoniale, valorisant savoir-faire et identité territoriale (exemple le Parfum/Arômes Center de Grasse, le pôle végétal d'Angers). Dans son rôle d'accompagnateur des politiques publiques auprès des collectivités locales, la Caisse des Dépôts et Consignations, développe une fonction d'investisseur (logement, immobilier d'entreprise, grands équipements). Ce partenariat induit un rôle de soutien au développement local (action auprès des PMETPE, des grands groupes dans leur implication territoriale, dispositif ALIZE.. .). C'est dans ce cadre, qu'il nous a semblé indispensable de construire un « Kit d'informations », permettant aux acteurs locaux et régionaux, parmi lesquelles les directions 5

régionales de la CDC, de renforcer leur capacité d'expertise et de diagnostic socio-économique et, plus précisément, leur qualification dans la conduite de projets. L'observation des conditions de la prise de décision locale a montré l'inadéquation du matériau statistique classique à une bonne compréhension de la situation territoriale par les acteurs locaux. Le paradoxe est bien dans le fait que nous avons l'appareil statistique le plus riche d'Europe et pourtant, il ne fournit pas un outil adapté à la décision et à l'action. Aussi, nous avons confié à l'Institut d'Economie Régionale et Financière, de l'Université de Poitiers, la mission de réaliser ce Kit d'informations, en s'appuyant sur des bases de données disponibles. Il s'est agi de construire un tableau de bord actualisable qui synthétise les données essentielles (fichiers de l'INSEE: Sirène, RGP, fichier de l'UNEDIC), par Zone d'Emploi (le territoire national est subdivisé en 348 Z.E), pour effectuer un prédiagnostic de territoire, chaque indicateur local, pouvant être comparé au référentiel composé des données de la France entière, (voir en annexe un exemple concernant la Basse Normandie et la Zone d'Emploi de Caen Bayeux). Mais les indicateurs et différents ratios proposés ne sauraient rendre compte pleinement des réalités de terrain. Aussi cette connaissance du territoire est accompagnée d'une compréhension des logiques d'acteurs. Pour cela, une dizaine de monographies, basées sur des entretiens et des analyses documentaires, permettent de décrire la dynamique de territoire. Il en ressort que sans une coopération entre les institutions du territoire (chambres consulaires, agences de développement, services économiques des villes, des départements. ..), sans réseaux relationnels très développés et sans renouvellement d'une économie patrimoniale locale, les territoires ont du mal à redresser leur trajectoire, voire à rompre avec le cercle vicieux du déclin et, a fortiori, à construire un projet de développement. Les acteurs qui y parviennent, font preuve de créativité: ils développent des logiques interstitielles, des logiques d'hybridation, des logiques de foisonnement économique. Retrouver un cercle vertueux, ce n'est pas uniquement développer la créativité, mais c'est aussi étayer celle-ci sur un 6

potentiel de connaissances, de compétences, mobilisables pour maintenir les activités du territoire au plus haut rang (les territoires cognitifs), et affronter les agressions extérieures en confortant les dispositifs de solidarité et de cohésion sociale, enjeux que tous les politiques ressentent bien (les territoires solidaires ). En effet, outre les méthodes proposées pour effectuer une radioscopie comparative des territoires, les auteurs nous invitent à réfléchir à un certain nombre de principes d'actions, préparatoires à une conduite de changement. Aujourd'hui le changement ne peut s'effectuer que dans le cadre d'une gouvernance associant les collectivités locales (démocratie représentative), la société civile (démocratie participative) et l'Etat selon ses différentes incarnations territoriales. C'est ainsi que la CDC intervient, de façon privilégiée, auprès de l'ensemble des acteurs territoriaux. Nous espérons que cet ouvrage incitera chacun à consolider son diagnostic, à engager des stratégies créatives pour l'avenir de son territoire et à évaluer de manière continue les effets de ses actions.

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INTRODUCTION

Le titre de ce livre aurait pu être la règle d'or des territoires en ce sens qu'il se propose d'être un recueil de bonnes pratiques, étayées par des réflexions théoriques, en vue d'une conduite des territoires à la recherche de l'excellence. Nous l'avons écarté en raison du caractère vraisemblablement trop cartésien par la causalité directe univoque qu'il suggère. De même a été écarté le triangle d'or des territoires qui nous semble trop réducteur, même si nous ne rejetons pas cette modélisation triangulaire, dans certains cas, justifiée par une abstraction ne retenant que trois variables ou sphères socioéconomiques.

Nous avons opté pour « Le cercle d'or» des territoires en considérant qu'il évoque des liens, non nécessairement hiérarchiques entre une multitude de variables dotées d'une double dimension d'interface entre le monde interne d'un territoire et son environnement. L'image de cercle abstrait n'exclut pas l'idée de plusieurs cercles superposés donc de volume et de liens à plusieurs niveaux notamment en spirale, indispensables à l'émergence de l'activité de création à la manière de l'ADN. Le cercle évoque naturellement le concept d'alliance, de confiance, de pérennité et de cercle vertueux.
Certes, il peut se produire des ruptures dans les séquences d'événements, cependant une fois que le territoire aura fait son deuil de la crise, il faut bien rebondir en prenant appui sur les acquis historiquement accumulés (patrimoine, culture, savoir-faire) et sur les ressources immédiatement disponibles. En effet, si le résultat de l'enchaînement des variables motrices et dépendantes est la conséquence de circonstances déterminées et mécanistes, il peut néanmoins être infléchi de manière normative par la société locale. Il s'agit d'en chercher les conditions de cercles vertueux, c' està-dire de transformer les handicaps en atouts et de saisir des opportunités, tout en écartant les menaces. En d'autres termes il Il

importe d'identifier dans le fonctionnement et l'évolution d'un système socio-économique localisé ce qui est imputable aux tendances lourdes et ce qui relève de la gouvernance territoriale mobilisant partenariat et solidarité. Offrir aux élus et animateurs territoriaux l'opportunité de concevoir et de mettre en œuvre les moyens indispensables soit pour pérenniser un cercle vertueux et de bonnes performances, soit pour rompre un cercle vicieux de déclin, soit encore pour redresser une traj ectoire : tel est le défi que tente de relever ce livre. L'apport de ce livre est le fruit de réflexions tirées de travaux réalisés dans le cadre de l'Institut d'économie régionale et financière (IERF) dont une étude réalisée à la demande de la Caisse des Dépôts et Consignations. L'objet de cette étude est double: d'une part de fournir un «Kit d'informations» aux responsables locaux pour renforcer leur capacité d'expertise et de diagnostic socio-économique; d'autre part d'analyser le jeu des acteurs pour mieux appréhender la dynamique des territoires. Les dernières décennies sont caractérisées par une accélération des évolutions dans de nombreux domaines (sociaux, économiques, techniques, environnementaux. ..etc.) dont les interrelations, sous contrainte de mondialisation, ont généré une complexité croissante. Les territoires, les sociétés locales ont été amenés à réagir et à rechercher sans cesse de nouvelles solutions pour demeurer cqmpétitifs, pour au moins se maintenir et surtout éviter le déclin. Etre réactifs, face aux changements exogènes ou endogènes, mais surtout de plus en plus être proactifs c'est d'abord, pour les territoires, anticiper les évolutions pour réduire les menaces et profiter des opportunités et surtout dans tous les cas, c'est être créatif pour construire un futur voulu et éviter de subir les conséquences néfastes des mutations de l'environnement. À la suite des trente glorieuses, secoués par les crises des années 1970 (crises du pétrole, recherche d'économies d'énergie, attractivité des métropoles qui se densifient...), les pays européens vont réagir et susciter diverses approches socio-économiques 12

nouvelles: il s'est d'abord agi de mobiliser les connaissances scientifiques et techniques, puis de faire appel au développement local endogène impliquant la solidarité de proximité dans l'élaboration de projet et momentanément de compter sur l'inventivité, la créativité des société locales en recherche de valorisation des ressources territoriales. Dans les années 80, les territoires se sont préoccupés d'accumuler des Connaissances spécifiques liées à leur domaine de compétences, dont les ressources provenaient des résultats de la recherche: Sciences de la vie, Sciences de l'ingénieur, Sciences cognitives, voire Sciences juridiques et sociales, économiques, de gestion C'était l'époque où, l'avantage concurrentiel se bâtissait sur des spécialisations différentielles, permettant des affichages particuliers, face à une concurrence qui dépassait les seuls lieux européens. Technopoles, districts industriels, pépinières d'entreprises, incubateurs, CRITT (Centre régional d'innovation et de transfert technologique) étaient les outils indispensables d'appui à la croissance des entreprises par l'innovation technologique qui jouait une sorte de primat. Cet impératif obligeait les entreprises à se recentrer sur leur métier, abandonnant sur le chemin des activités autrefois acquises, des qualifications obsolètes. C'était l'approche technico-économique qui dominait la pensée des aménageurs du territoire. Dans les années 90, les territoires ont compris l'importance de l'organisation, de l'animation des acteurs du territoire, des effets réseaux, de la place du milieu, en particulier le milieu local. Les recherches se sont orientées vers le fonctionnement des territoires « gagnants », confortant la notion de milieux innovants: «les entreprises ne sont pas sur un territoire, elles naissent du territoire» ( PECQUEUR, 1995). L'attractivité s'appuyait sur la dynamique humaine engendrée. Partenariat public - privé, mobilisation des acteurs concernés par le développement local, incitations à l'émergence de projets fédérateurs, plates-formes d'initiative locale, furent les outils utilisés pour accroître la« fertilisation croisée». De nouvelles Solidarités se manifestaient, non seulement pour réinsérer un large 13

public d'exclus (insertion par l'économique), mais principalement pour partager un Projet de Territoire, nouveau moteur de développement local (Pays, Agglomération). Ce fut l'approche socio-économique, voire socio-culturelle, qui dominait la pensée des intervenants territoriaux. Dans les années 2000, de nombreux territoires sont en rupture d'activités: reconversion d'un bassin d'emplois, mutations économiques liées à un passage difficile vers le tertiaire supérieur, recentrage de grands groupes sur leurs métiers, exigence des fonds de pension d'une rentabilité à court terme. Aussi, sur la base des acquis antérieurs (maîtrise des connaissances, renouvellement des solidarités), les territoires incitent les citoyens à exploser de Créativité dans tous les domaines: artistiques (art contemporain, arts de la rue...), culinaires (les saveurs des terroirs.), artisanaux (soutenus par une politique patrimoniale), naturels (parcs, jardins, ...), entrepreneuriaux (nouvelles activités liées aux TIC, liées aux biotechnologies, aux industries de pointe). Ateliers de la création dans les territoires, soutien aux micros proj ets, renouvellement des festivals, démocratie participative permettant l'expression de la société civile, favorisent l'émergence de nouvelles logiques territoriales. Ainsi nous avons pu, entre autres, identifier trois types de logique créative développées par des territoires en rupture: logique interstitielle, logique d'hybridation, logique de turbulence économique. Cette nouvelle approche soustend une pensée complexe, étayée de responsabilité sociale, dans le cadre récemment retrouvé du développement durable. Elus et animateurs territoriaux se retrouvent donc aujourd'hui, avec la société civile, dans une gouvernance qui suppose des consensus (aboutissant à des compromis temporels), dans le cadre élargi du local, intégrant le développement durable. Cette gouvernance vise l'excellence territoriale c'est-à-dire une mise en symbiose des différentes sphères de ressources matérielles, immatérielles, humaines. Cette recherche d'empathie est illustrée par le « cercle d'or» des territoires qui peut, certes, se concrétiser de manière spontanée mais qui, de plus en plus, dans une économie cognitive sera le résultat d'un accompagnement territorial (DECOUTERE et alii, 2001).

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LE CERCLE D'OR DES TERRITOIRES Capital culturel
I

CREATIVITE

CONNAISSANCE

Capital humain

Capital social

Capital humain: compétences et savoir-faire portés par des individus. Capital social: ressources encastrées dans des réseaux sociaux qui sont mobilisées par des actions intentionnelles. Capital culturel: manières d'être, d'agir et de penser partagées par une communauté.

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Ce schéma modernise celui que nous utilisions pour le diagnostic de développement local des territoires (LEMAIGNAN, 2002) : système productif, système socio-culturel, système institutionnel. La Connaissance fait appel au Capital humain: compétences et savoir-faire portés par des individus en activités. La Solidarité fait référence au Capital social: ressources humaines encastrées dans des réseaux sociaux qui sont mobilisés par des actions intentionnelles. La Créativité fait référence au Capital culturel: manières d'être, d'agir et de penser partagées par une communauté, environnement plus ou moins favorable à l'éclosion des idées nouvelles. Si des enchaînements de faits naturels, techniques, économiques, sociaux, culturels, religieux, longtemps indépendants viennent à se conjuguer cela peut provoquer des crises, des ruptures, mais cela peut à l'inverse générer les conditions d'une synergie créatrice dont peut s'emparer le « Knowledge management ». Connaissance, Solidarité, Créativité, sont des paradigmes qui engagent les élus, les acteurs des territoires à repositionner leurs stratégies entre développement local et développement durable. Le local, c'est toujours un lieu politique où le développement se réalise grâce à un « prince moderne », c'est-à-dire un groupe social catalyseur des potentialités locales. Pour arriver à un bon développement économique local, il faut arriver à un accord, un compromis négocié entre les quatre acteurs: les syndicats, le patronat, le système de formation professionnelle et les collectivités locales. Le développement durable (soutenable) est un modèle de développement qui satisfait aux besoins de la génération présente, à commencer par ceux des plus démunis, sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.

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Le développement ne recouvre pas simplement les processus de croissance quantitativement mesurables en termes de PIB. Pour que l'on puisse parler de développement, il faut que cette croissance soit: Complexifiante : en croissant, un système se diversifie et doit se réorganiser en préservant sa cohérence et l'intégration des éléments qui le composent; Multidimensionnelle: le développement dépasse le seul côté économique. «Une croissance du PIB, accompagnée d'exclusion sociale, de déculturation et d'une dégradation du milieu naturel, n'est pas un développement ». (PASSET, 1996). Le tableau ci-dessous permet de différencier l'approche «développement local» ( années 1970-1980) de l'approche relevant du« développement durable» (années 1990-2010). Celuici soulève de nouvelles questions dans un monde où l'avenir des générations futures nous pose sept interrogations: 1. Comment organiser le débat public? Le développement local est fondé sur la mobilisation de tous les acteurs, favorisant l'accumulation collective de capital humain. Aujourd'hui, l'habitant est-il un citoyen intégré à un territoire (Pays, Agglomération), alors que son hyper mobilité développe chez lui, une« multi» appartenance spatiale: comment peut-il participer à un débat démocratique, sur l'école, sur l'organisation de son lieu de vie... ? Comment sont constitués les conseils de développement (des présents sur le territoire: les retraités? ), de quoi débattent-ils avec quelles compétences et selon quelle légitimité? La notion de gouvernance serait déclinée dans le cadre d'un développement durable: la gouvernance n'est-elle pas un système démocratiquement organisé par lequel les citoyens agissent collectivement à l'échelon local pour améliorer leur bien-être, satisfaire leurs besoins communs et promouvoir la justice sociale, soit directement, soit par l'intermédiaire d'élus exerçant en leur nom l'autorité publique.

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Les sept Changements entre: 1.-RedistributionlParticipation

Développement local Démocratie d'organisation, de gestion, de redistribution, Rôle de l'élu et du chargé de mission; Cohésion sociale: les règles sociales priment sur celles de l'individu;

2.-lndividu/collectif

Développement durable Démocratie de projet, Citoyenneté participative, Rôle de la société civile; Articuler épanouissement individuel et intérêt général;

3.-Continuité/discontinuité : la mobilité

4. -Identité territoriale

5.-lnégalité Spatiale 6.-Pôle de compétences
7.- Territoire planétaire

Hiérarchie des structures Citoyenneté de désynchronisation des proximité et temps; associative; le lien entre mobilité et ancrage territorial; Terroir/attachement Etre responsable dépend de ce à quoi l'on se sent lié ; Rapport ville / campagne Les nouvelles formes urbaines Les ulcéroïdes productifs Commission Systèmes de locaux spécialisation concertation locale industrielle Citoyen du monde, Qualité environnementale (eau, bruit, déchets) Gouvernance mondiale (effets de serre, déchets nucléaires).

2. Comment intérêt général?

articuler

épanouissement

individuel

et

Pour plus de cohérence sociale, un engagement au plan du quartier, du lieu d'habitat périurbain, n'est-il pas indispensable? Comment se joue l'altérité dans un monde de l'individuation? Comment sont pris en compte l'utilité sociale, le service universel dans le cadre européen?

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3. Comment l'habitant vit les différentes échelles territoriales (locales, régionales, nationales, européenne) ? Comment l'information circule-t-elle? Quelles limites donner au territoire pour favoriser le développement d'un vécu citoyen: là où le tri sélectif est organisé, on constate une conscience environnementale chez le citoyen; là où des associations se développent, des services de proximité croissent et permettent un renouveau du lien social. 4. Comment se sent-on lié à des hommes, des lieux, des histoires? C'est la question du sens d'être ensemble, de l'identité territoriale, du rattachement génétique ou culturel. Comment la coopération fabrique-t-elle de nouveaux comportements, plus citoyens? 5. Comment le développement durable facilite les égalités urbaines-rurales, ville-campagne? En fonction des lieux, le rapport au temps, à l'argent, à l'espace se construit différemment. 6. Comment le développement local favorise-t-il la spécialisation économique territoriale (mais à quel risque)? Comment le développement durable initie des commissions de concertation industrielle pour réguler les questions de déplacement urbain, d'implantation d'entreprises en milieu protégé (Natura 2000), d'ouverture des entreprises à leur milieu? 7. Comment, enfin, organiser une gouvernance mondiale, face aux limites du pouvoir local: effets de serre, variations climatiques, déchets nucléaires, relations entre micro territoires? Et comme le disait une citoyenne habitante usagère d'un territoire: «Si aujourd'hui, la France est ma Maison, l'Europe est mon Jardin, le Monde est mon Village, alors trouvons des solutions ensemble! »

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Partant de cette série d'interrogations fondamentales pour l'avenir des territoires nous proposons de traiter un certain nombre de principes d'actions visant la conduite des changements dans des territoires créatifs (chapitre 3). Auparavant il est important de rappeler que nous sommes entrés dans l'ère de l'immatériel, de l'information, de l'intelligence économique et de la coopération. Il faut maîtriser les connaissances, enrichir les compétences, développer les talents; les territoires cognitifs doivent mieux se connaître pour agir (chapitre 1). Parmi les conditions permissives de la créativité, la cohésion sociale, la coopération et la démocratie participative doivent être mises en œuvre par les territoires solidaires, notamment au service de la réalisation d'un projet partagé par l'ensemble de la collectivité locale (chapitre 2).

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CHAPITRE I : MAÎTRISER LES CONNAISSANCES TERRITOIRES COGNITIFS» « LES

1.0. Introduction
1.1. Le territoire intégrateur de connaissances 1.2. Le territoire vécu comme dépositaire et encastrant une Culture locale

1.3. Le territoire dépositaire d'un patrimoine source de diversification et d'innovation 1.4. Le territoire lieu d'appropriation des savoirs 1.5. Le territoire comme système socio-économique

CHAPITRE I : MAITRISER LES CONNAISSANCES: TERRITOIRES COGNITIFS»

« LES

1.0 Introduction
À la suite des trente glorieuses, des crises du pétrole, les pays européens décident de reprendre leur primatie, par la maîtrise des connaissances: ce sont des investissements dans la recherche, accompagnés d'un renouveau de l'enseignement supérieur, des dispositifs favorisant le transfert technologique entre Laboratoires de Recherche et Grands Groupes (GIP, laboratoires mixtes,...) et avec les PMI (CRITT, réseaux de conseillers technologiques, technology innovation center...). La plupart des pays réunissent ces activités dans des parcs technologiques, Technopoles (42 en France). La littérature est abondante: notre contribution à ces efforts fut importante. Mais ce fut également le renouveau de la culture scientifique et technique: après le Palais de la découverte, vient la Cité des Sciences et quelque 30 CCSTI (centre de culture scientifique, technique et industrielle) dans les régions (tableau ciaprès) . Ces différents mouvements se transforment aujourd'hui à travers ce que l'on appelle l'intelligence économique (auparavant il s'agissait de veille technologique et économique), le « Knowledge Management », considérant l'impact de la gestion des compétences dans l'entreprise et la place des investissements immatériels dans la performance des firmes. Ainsi l'Union européenne s'est fixé pour objectif de devenir à l'horizon 2010, «l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde, capable d'une croissance économique durable, accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale» (Lisbonne, 2000). Aussi aujourd 'hui, le territoire, par l'intermédiaire des acteurs qui le dynamisent, doit être considéré dans toute sa complexité multidimensionnelle. Il importe d'envisager: 1.1 Le territoire comme intégrateur de compétences: il éveille, il rassemble des talents, il offre des ressources cognitives;

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1.2 Le territoire vécu comme l'encastrement d'un système culturel local qui permet d'être là et ailleurs, afin d'intensifier la création; 1.3 Le territoire dépositaire d'un patrimoine, source de développement économique par la diversification et l'innovation 1.4 Le territoire comme lieu d'appropriation des règles et des enjeux de la création, de la production, de la diffusion des connaissances, et de la valorisation du multiculturel ; 1.5 Le territoire comme système socio-économique: mieux connaître pour agir. Les développements qui suivent ci-après proviennent des résultats de nos travaux en entreprises et en régions, des enseignements de la littérature et, pour une part, des synthèses réalisées à l'occasion de séminaires organisés par la «e-mission » du Poitou-charentes, entre 2002 et 2004 et des colloques de l'ASRDLF (Association de Science Régionale de Langue Française), en particulier celui de septembre 2004, à Bruxelles (voir les références en fin d'ouvrage). Le paysage français de la culture scientifique, technique, industrielle. [ Christian LEMAIGNAN d'après Rapport du Sénat. 2003 ]

Organisation

Caractéristiques

Publics Passé un pic de 3,5 millions de visiteurs par an, la fréquentation moyenne s'établit à environ 2 millions de visiteurs/an; Un rayonnement qui doit s'étendre aux régions: partenariat, co-production expositions itinérantes

Cité des Sciences de l'Industrie

et

- 10 000

m2 -119 millions d'euros - 1000 personnes

24

Musée des Arts et Métiers

- 6 000m2 à Saint Denis - 55 millions d'euros - 2002: rénovation
des salles

- Il

000 m2 à Paris

200 000 visiteurs/an

Palais de Découverte

la

- 16 millions d'euros - 19 000 m2
- 300 personnes

500 000 visiteurs/an ( 20 % scolaires) Collaboration avec CCSTI

les

Muséum d'Histoire Naturelle (Parc zoologique de Vincennes, Grande Galerie, Musée de I'Homme)

- 2001

: rénovation de la grande galerie, - parc et jardins

2,46 millions de visiteurs/an

Les 30 CCSTI région:

en

-

Association des Musées et des Centres de CCSTI Autres initiatives:

-Réunion des CCSTI 4 subventions: Millions €
_

- 18 millions d'euros
1,7 millions de visiteurs/an

300 salariés -proximité locale

- Réseaux associatifs - ANSTJ :
13 associations nationales - 20 collectifs régionaux

-militants proximité

de

Depuis 1985 :
_

202 expo-sciences

- 5669 projets Jeunes

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1.1. Le territoire intégrateur

de connaissances

L'économie de la connaissance, c'est la reconnaissance de l'information et des compétences comme jouant un rôle croissant dans la production, quelle que soit l'activité considérée. Les territoires qui détiennent des gisements de connaissances suffisamment riches, et offrent les meilleures perspectives d'apprentissage et d'innovation, sont des lieux favorables à la multiplication des relations entre les acteurs économiques, politiques, sociaux, facilitant la production, la diffusion, la valorisation de la connaissance. Ainsi se construisent des territoires apprenants. «Dès lors, le territoire n'est plus une surface délimitée, c'est un principe organisateur approprié, c'est une interaction, c'est une énergie au service d'une altérité déclinée, sous des modalités différentes, à la fois dans la proximité et dans le rapport au monde et aux autres» (JAMBES, 2001). Ces territoires sont« des systèmes ouverts entre acteurs pour développer des connaissances et des compétences, pour innover, ce qui autorise un processus cumulatif de connaissances, permettant de faire face à la concurrence» (BOULIANNE, 2004). Ces systèmes sont composés de sous-ensembles: - de formation, recherche, technologies; - d'acteurs individuels et collectifs, moteurs du processus d'accumulation d'expériences; - de pépinières d'entreprise et/ou de « clusters ». Dès 1980, aux Etats-Unis, la part des activités d'information (éducation, recherche, communication médias, informatique) dépasse le tiers du PNB; 37 % de la valeur ajoutée des entreprises est le fait d'entreprises fondées sur le savoir (informatique spatiale, pharmacie, télécoms, services financiers, services aux entreprises). Dans l'OCDE, les investissements immatériels (lM) ont eu un taux de croissance plus rapide que celui des investissements matériels: ces derniers passent de 0.5% en 1929 à seulement 1.1% en 1990. Le budget R&D aux USA croît en 2003 de 13.8 % (et atteint 117 milliards de dollars). C'est dans ces années que seront distingués des niveaux dans les ressources territoriales disponibles:

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o De l'offre technologique (technology push, les résultats de la recherche) à la consommation (demand pull, le marché et les produits) ; o Du stock d'informations/connaissances codifiées (sciences, technologies) à celui du stock de connaissances tacites (produUs,usages); A partir de ces différents niveaux de ressources territoriales, se sont développés des types de dispositifs territoriaux favorisant la production et les échanges de connaissances, de l'amont à l'aval: « Technopoles », «Districts industriels », «Milieux Innovants» (CARLUER, LE GOFF, 2002). Les auteurs vont plus loin, aujourd'hui, en parlant d'« Espaces Serviciels », sorte de centre technique, producteur de connaissances en réseau, ayant une inscription territoriale; c'est un quasi technopôle informel, exclusivement informationnel, facilitant la mise en réseau des différents types d'informations attendues sur et hors marché (informations / connaissances, informations données / informations relations, connaissances tacites) ; c'est dans ces nouveaux espaces que se développe le« learning by commuting ». C'est ainsi que progressivement les territoires apprenants se sont construits, développant quatre types de capital cognitif (BLONDEL, 2004) :
Capital cognitif ~orientéselon différentes finalités: Apprentissage -+défini selon les objectifs: Connaissance scientifique Know why Connaissance pure Know what Savoir-faire Know how Learning by by using, interacting Travail en équipe Savoirs relationnels Know who by Learning networking Groupe projet réseau

by Learning by Learning studying, commuting by Réseau learning searching, informel Collège Salon profeinvisible, ssionnel Contrat entreprise Laboratoire

Le territoire apprenant produit, diffuse, valorise les connaissances décrites ci-dessus: le savoir collectif est une construction sociale.

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Mais les savoirs porteurs d'innovation sont stratégiques: ils sont coproduits au moment de leur utilisation; les droits de propriété garantissent aux entreprises un profit exclusif des ressources investies dans ces savoirs nouveaux, protégés en arborescence. Ainsi les savoirs souches, y compris scientifiques, peuvent être en quelque sorte encapsulés par l'entreprise, et les communautés nationale, internationale ne peuvent en jouir librement: la connaissance va à la connaissance (learning by interacting). C'est le clivage entre ceux qui profitent des ressources cognitives et ceux qui sont évincés des réseaux.

+ Alors le territoire apparaît comme intégrateur de compétences: il éveille, il rassemble les compétences, il offre des ressources cognitives, selon trois approches ( RALLET, 2003) :
- Approche industrielle spécialisation - Approche métropolitaine diversification - Approche culturelle -7 créatif ~ -7 stratégie stratégie straté gie de de

d'environnement

Ces stratégies, face à la saturation de la demande finale, incitent à l'innovation afin de créer de nouveaux produits (rajouter des fonctionnalités) ; face à l'intensification de la concurrence (qui érode la rentabilité), l'innovation dans des niches peut régénérer les rentes; face au knowledge management, il devient nécessaire de reconsidérer la chaîne des valeurs en fonction des savoirs mobilisés. Ceux-ci se recomposent en trois sous-divisions cognitives du travail (MOA TI, 2003) : Les entreprises visent à se resserrer sur une spécialisation cognitive et à s'accrocher aux réseaux pour accéder à des informations stratégiques, à mettre en réseaux des compétences complémentaires pour les intégrer dans le produit final.

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Blocs de SAVOIRS Concevoir, dessiner, étudier le marketing, innover, créer des écoproduits W Relations avec la recherche, les ressources technologiques,

Blocs de COMPÉTENCES Produire, fabriquer selon des connaissances accessibles W Relations avec les unités de fabrication (délocalisables ? )

Blocs de SAVOIRS Créer l'image, accélérer le commercial, développer la valeur immatérielle W Relations avec les points de ventes, les centres commerciaux, les marchés

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Cette démarche prend appui sur la confiance qui suppose également une nouvelle Protection de la création. Ainsi, concernant l'exemple de la création pédagogique, les œuvres de l'esprit supposent une attention particulière: Les juristes nous rassurent par leurs méthodes de pensée, ils nous démontrent que leur perspicacité à douter, permet de caractériser les incertitudes. Ainsi, en matière de droits d'auteur « des œuvres de l'esprit », les juristes distinguent cinq types de droit: droits d'auteur, couvrant 70 ans de droits après la mort (il est très large) ; droits voisins concernent l'interprétation, la production, la fixation; droits sur les bases de données (1998) concernant les contenus et les structures; le droit à l'image des biens (maison photographiée et publiée) le droit de la personnalité (si la personne est reconnaissable). Mais la question principale est celle du « titulaire initial », le plus complet, il concerne le droit moral, le droit patrimonial, le droit de diffusion... Seul ce dernier concernera le titulaire dérivé (en quelque sorte l'exploitant). Lorsqu'il s'agit de création pédagogique, dans la fonction publique, les droits sont limités par la nécessité du service: les cours oraux sont dans le cadre de la mission de service public, propriété du service public, titulaire ab initio des œuvres créées, les cours écrits sont en dehors du service public, propriété de l'enseignant. Alors, la commission Henri Jacques LUCAS, professeur université de Poitiers a fait des propositions de modification (l'article L 111.1) du Code de la Propriété Intellectuelle, afin de reconnaître la qualité d'agent public créateur et inverser les dispositions antérieures à 1972 (construction illogique de l'OFRTEM, à l'époque). Bref, il s'agit de rendre les mécanismes généraux du droit « plus accueillants », tout en permettant quelques exceptions (transposition de la directive européenne du 17 décembre 2002 -Société de l'Information), concernant les reproductions pour l'enseignement (courtes citations...), la liberté d'information du public, l'application de la théorie de l'accessoire... Enfin, les juristes nous alertent sur l'indispensable négociation contractuelle semblable à celle des industries culturelles, même si la création pédagogique est à l'abri des contraintes du marché. Le contrat devant prévenir des conflits prendra en compte: la permanence de l'exploitation, l'évolution de l'œuvre, la rémunération proportionnelle (ou forfaitaire comme le client), la place des prestataires, ainsi que celle des partenaires...

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