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Culture

320 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 61
EAN13 : 9782296162181
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CULTURE-ACTION DES GROUPES DOMINÉS Rapports à l'espace et développement local

Changements Collection dirigéepar Pau/-Henry Chombart de Lauwe

Déjà parus dans cette collection
P.-H. CHOMBARTDE LAUWE, La culture et le pouvoir, 304 p.

Jean-Charles LAGRÉE, Les jeunes chantent leurs cultures, 168 pages. Guido de RIDDER,Du côté des hômmes, à la recherche de nouveaux rapports avec les femmes, 220 pages. M. IMBERTet P.-H. CHOMBART E LAUWE(sous la 00. de), D La banlieue aujourd'hui, 320 p. Guy POITEVIN, nde: village au jèminin, 250 p. I Guy POITEVIN, nde: les marginaux de l'éternel, 210 p. I

@ L'Harmattan,
ISBN:

1988

2-7384-0221-6

A.RC.I. ASSOCIATION DE RECHERCHE COOPÉRATIVE INTERNATIONALE

CULTURE-ACTION DES GROUPES DOMINÉS
Rapports à l'espace et développement local
Coordinateur: P.-H. CHOMBART E LAUWE D

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

OUVRAGES COLLECTIFS DE L'A.RC.I.*

- Aspirations et transformations sociales. Ed. Anthropos, Paris, 1970, 385 p. - Transformations de l'environnement, des aspirations et des valeurs. Ed. du C.N.RS., Paris, 1975, 222 p. - Echange des connaissances et innovations, rapport D.N.E.S.C.O. (première partie). Paris, 1978, 92 p. - Transfert des connaissances et rapports de pouvoir, rapport U.N.E.S.C.O. (deuxième partie). Paris, 1980, 120 p.

-

« Partage des connaissances et cultures novatrices» in

Domination ou partage. UN.E.S.C.O., Paris, 1980, p. 265-292. - Transformations sociales et dynamique culturelle. Ed. du C.N.RS., Paris, 1981, 298 p. - Auto-urbanisation, expression des habitants et formes spécifiques de développement. Recherche comparative en Algérie, Mexique, Venezuela, UN.E.S.C.O., 1986, 96 p.

(*) Voir en annexe I la liste des publications personnelles des membres de l'ARC.I. ayant collaboré à l'ouvrage et se rapportant aux thèmes traités dans ce volume.

REMERCIEMENTS

Le présent ouvrage est publié avec l'aide de l'U.N.E.S.C.O., du Centre national de la Recherche Scientifique, du ministère de la Culture en France et du C.RE.D.E.C. (Centre de Recherche et d'Etudes sur le Développement Economique et Culturel) dépendant de l'Institut Culturel Mricain de Dakar. Luce Kellerman, German Solinis, Dominique Godfard et Ammar Bounaira ont assuré la coordination de la rédaction de l'ouvrage avec une grande efficacité. Qu'ils soient ici remerciés. Nous exprimons également notre reconnaissance à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales dont dépendait le Centre d'ethnologie sociale et de psychososociologie qui, pendant longtemps, a accueilli l'A.RC.I. Dans ce centre, nous remercions particulièrement Marcelle Haas, Christiane Volpi et Françoise Mavrodakos qui ont aidé à la reproduction des textes, et Yvonne Medina pour sa contribution au colloque de Dakar. L'Association de Recherche Coopérative Internationale (A.RC.I.) «Transformations sociales et dynamique culturelle », reconnue comme Association internationale par l'U.N.E.S.C.O., est actuellement domiciliée, 1. rue du Onze-Novembre, 92120 Montrouge, France. Depuis 1988, la Fondation pour le Progrès de l'Homme (Fondation suisse créée par Charles Léopold Mayer), apporte son aide à l'A. RC.I. Notre association tient à lui exprimer ses remerciements pour cette intervention qui a été décisive pour la poursuite de nos travaux.

Ont participé à la publication du présent ouvrage

France P.-H. CHOMBARTDE LAUWE Sociologue, Anthropologue Grèce V1ka GUlZELI Architecte, Historienne Anthropologue Pérou BIas GUTIERREZ Mexique Oscar NUNEZ Sociologue . Sociologue Suisse Michel BASSAND Roger PERRlNJAQUET Suisse Architecte, Sociologue Grèce Marianthi STOYANNIDOU Architecte, Sociologue Venezuela Teolinda BOLIVAR Architecte, Sociologue Algérie Ammar BOUNAIRA Architecte, Sociologue Guy POITEVIN Sociologue Inde Inde Hema RAIRKAR Economiste Sociologue Jean PAVAGEAU France
Ismaïla Thiédel Yvonne German Amadou Sow CAMARA MEDINA SOLINIS Psycho sociologue Economiste Juriste Architecte, Sociologue

Mali Sénégal Chili Mexique

PARIS 1988

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage collectif est rédigé par les membres de l'Association de Recherche Coopérative Internationale (A.RC.I.) « Dynamique culturelle et transformations sociales ». Il donne un tableau des recherches coordonnées dans un ensemble de pays en Afrique, en Amérique latine, en Inde et en Europe autour du thème « intervention d'une dynamique culturelle dans les transformations techniques et économiques et dans le développement », et ouvre la voie de recherches comparatives plus systématiques. Plusieurs réunions internationales ont déjà eu lieu, notamment à Dakar sous le patronage de l'U.N.E.S.C.O., de l'Institut culturel africain, du C.RE.D.E.C. et des ministères français de la Recherche et de la Culture. Les recherches dont le lecteur trouvera la description dans ce volume demandent à être situées par rapport aux quatorze points du programme de l'U.N.E.S.C.O., aux études de l'Université des Nations unies et du Conseil de l'Europe, aux travaux présentés dans les grands colloques internationaux sur le nouvel Ordre mondial ou l'impact des nouvelles technologies.

1. Historique et perspectives
Ces recherches, ou ces propositions de recherches, se situent dans la ligne de celles qui ont été menées depuis plusieurs années par notre groupe international. Pour le lecteur qui n'a pas eu

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.

l'occasion de lire les volumes précédents, quelques explications sont nécessaires. Le groupe s'est d'abord constitué à l'occasion de recherches sur les aspirations et les transformations sociales. Les travaux ont commencé en 1963 dans un séminaire de l'Ecole des hautes

études en sciencessocialesau Centre d'ethnologiesocialeet de
psychosociologie auquel participaient déjà des chercheurs de plusieurs pays d'Amérique latine, d'Mrique et d'Europe. TIen est résulté une série de thèses de doctorat dont la première a été celle de Jeannette Abouhamad de Hobaica, devenue depuis directrice de l'école de sociologie de l'Université Centrale du Venezuela à Caracas. Des réunions ont alors eu lieu dans quelques-uns des pays intéressés à l'occasion de conférences ou de programmes de recherches. Un comité de l'Association internationale de sociologie a été organisé sous notre responsabilité à partir de 1966 au congrès d'Evianet il a fonctionné jusqu'en 1974 au congrès de Varna. En 1967 a pris place le premier colloque international organisé entièrement par notre groupe avec un apport du C.N.RS. L'accent était mis sur les comparaisons Est-Ouest et Nord-Sud. Des participants de plusieurs pays socialistes ont apporté leur contribution et ont confronté leurs points de vue avec ceux des pays d'Europe de l'Ouest De même, les discussions se sont poursuivies entre l'ensemble des pays européens et nord-américains et les pays d'Amérique latine et d'Mrique. Trois autres colloques se sont tenus en 1969, 1973 et 1978 et ont donné lieu à deux ouvrages collectifs. Le colloque de Dakar a été organisé en octobre 1983. Le choix de Dakar a permis de faire participer plus activement les chercheurs africains à notre groupe et de mettre l'accent sur les pays en voie de développement Notre but était de franchir une nouvelle étape dans la coordination des recherches et de préparer un programme d'études comparatives plus systématiques. Les travaux présentés au colloque et dans ce volume correspondent donc à une phase intermédiaire au cours de laquelle commencent à se préciser dans certains domaines les possibilités de comparaisons qualitatives et l'étude des processus du même type dans des contextes économiques et culturels différents, en particulier, comme nous le verrons plus loin, sur le thème «espace et rapports sociaux ».

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2. Programme et plan de l'ouvrage
L'étude de l'intervention d'une dynamique culturelle ne peut pas être poursuivie à la fois dans tous les domaines de la vie sociale. Un choix de ces domaines a été fait en fonction des priorités, des compétences et des circonstances. Le plan de l'ouvrage dépend donc de ce choix. La recherche concernant l'espace et les rapports sociaux correspond au secteur le plus avancé et celui pour lequel les études comparatives seront les moins difficiles à réaliser. C'est pourquoi le présent volume est centré sur ce thème. La première partie introductive, rédigée par le coordinateur jusqu'à maintenant du Groupe international propose des hypothèses de recherche, des orientations de travail et un plan d'ensemble de l'ouvrage. Pour ce texte, comme pour les autres, l'auteur reste responsable de ses prises de positions. La deuxième partie présente quatre recherches qui abordent le thème de la culture-action des groupes dominés en rapport avec l'organisation de l'espace suivant trois approches complémentaires en ethnologie (Pérou), en sociologie (Mexique et Suisse), en histoire (Grèce). La troisième partie analyse les processus de destructuration et restructuration et la dynamique culturelle au niveau local dans des quartiers urbains et dans des zones rurales, successivement à la périphérie des agglomérations en Grèce, à Caracas, à Alger, à Puné et dans l' arrière-pays méditerranéen en France. Ces analyses au niveau local, qui posent déjà des questions sur un plan plus général, conduisent, dans la quatrième partie, à des interrogations pour une autre politique territoriale, en étudiant des coopératives créées dans une région du Mali par des travailleurs immigrés en France et revenant dans leur pays, la liaison entre le cultural et le culturel au Sénégal, les rapports entre les institutions juridiques et la vie quotidienne dans les poblaciones au Chili, et la politique urbaine au Mexique. Certaines tendances générales apparaissent, qu'il faudra faire ressortir ultérieurement d'une manière plus précise dans des recherches comparatives. Dès la phase actuelle de travail, nous constatons par exemple une opposition entre l'occupation illégale des terrains et les règlements de la planification urbaine. En fonction du manque de solutions à proposer et de la pression des mouvements de défense, les gouvernements sont contraints de 15

laisser faire. Il leur est impossible de maîtriser l'expansion urbaine. En même temps, les habitants venant de la campagne gardent des attitudes de voisinage proches de celles de leurs villagesd'origine. Confrontés aux modèles nouveaux et impliqués dans les brassages interculturels, dans quelle mesure peuvent-ils exprimer autrement leurs besoins et leurs aspirations? L'analyse de leurs comportements dans la vie quotidienne locale permetelle de saisir des éléments de cultures novatrices? Quels rôles jouent, dans les transformations qui s'opèrent ainsi, les mouvements, les associations, les groupes de contre-culture? Les hypothèses dans ce domaine reçoivent déjà des éléments de confIrmation. Les études comparatives permettront de franchir une nouvelle étape.

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Première

partie

Dynamique culturelle Transformations et développement
(Orientations de recherches)

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CRISE DU DÉVELOPPEMENT: DOMINATION ET CULTURES NOVATRICES (Culture-action des groupes dominés).

La crise économique mondiale, latente depuis quelques années, s'est brusquement aggravée. Nous savons qu'elle est également une crise de civilisation. Les conséquences économiques et sociales des transferts de technologies, les rapports « sciencetechnique-société », l'accroissement des inégalités entre les pays et à l'intérieur de chaque pays, la dette des pays les plus pauvres, la faim dans le monde, la dégradation de l'environnement, les difficultés de la lutte pour l'alphabétisation, posent de plus en plus de questions aux organisations internationales, sans pour autant trouver de réponses valables. En rapport avec les discussions qu'elles provoquent, notre association de recherche coopérative internationale* met l'accent sur l'intervention d'une dynamique culturelle dans les transformations techniques économiques et sociales et dans le développement. En opposition aux processus d'oppression sous diverses formes, que nous constatons de toutes parts, la question centrale nous paraît être de plus en plus
l'émergence de forces actives et de cultures novatrices. l'auto-formalion, l'auto-recherche c'est pourquoi nous parlons de culture-action des groupes dominés.
(*) Ce texte fait référence à la fois à des travaux de l'association internationale de recherche comparative « transformations sociales et dynamique culturelle» et à des ouvrages ou articles de l'auteur. C'est pourquoi le pluriel et le singulier sont successivement utilisés. Une partie de ce texte a été présentée sous une autre forme au colloque de l'Association de Recherche lnter-Culturelle à Fribourg en 1987.

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I. Emergence de forces actives et cultures novatrices
Dans l'analyse des processus de transformations techniques économiques et sociales, la modification des rapports entre l'économique et le culturel est de plus en plus mise en relief. Mais les propositions dans ce domaine restent très imprécises et sont souvent décevantes. Une tendance technocratique favorise la conception d'une « ingénierie» des ressources humaines, le développement des industries culturelles envisagées en termes de production, de rentabilité. La privatisation de la télévision par exemple va dans ce sens. Depuis 1974, après avoir souligné à l'U.N.E.S.C.O. (1) l'importance de l'émergence de cultures novatrices, j'ai eu l'occasion de revenir souvent sur cette notion qui a été reprise par plusieurs organismes internationaux. Les débats sur les technologies et le développement m'ont permis d'élargir son utilisation (2). Déjà lors de l'élaboration du programme de recherche de l'U.N.E.S.C.O. sur les transferts de connaissances j'avais insisté sur l'impossibilité de dépasser les rapports de domination entre pays plus industrialisés et pays récepteurs de technologies sans éviter trois obstacles: le repli sur les cultures traditionnelles en refusant les apports extérieurs, l'adoption sans esprit critique des modèles importés, ou la solution du compromis d'un syncrétisme en grisailles incapable de susciter une mobilisation des énergies pour un véritable développement. En conséquence, la seule voie possible reste l'émergence d'une culture originale qui montre une volonté de changement. Mais cette culture nouvelle ne s'affirmera qu'avec un changement de l'ensemble de la société. Si l'action politique qui provoque ce changement est trop brutale, deux dangers sont à craindre: en cas de réussite le remplacement d'une forme d'oppression par une autre, d'une idéologie par une autre et, en cas d'échec, le triomphe de la réaction des groupes dominants. Aussi avons-nous parlé avec prudence de cultures novatrices comme moteur d'un changement à réaliser progressivement par étapes. L'émergence de ces cultures est perceptible dans des détails de la vie quotidienne, par l'analyse des pratiques et des représentations des' individus et des groupes dans les différents milieux sociaux. L'accélération des découvertes et de leurs applications, en 20

apportant des moyens nouveaux, pourrait permettre d'orienter la production en fonction de l'expression des besoins, des aspirations de toutes les catégories de populations qui se manifestent ainsi. Or, la réalité est différente et cette distorsion mérite d'être étudiée avec des instruments adéquats. Notre but est donc de permettre une expression plus efficace des groupes sociaux et des individus qui n'ont pas actuellement la possibilité d'intervenir dans la prise de décision. Les recherches elles-mêmes sont faites par des représentants des pays et des groupes intéressés formant un réseau qui leur donne l'occasion d'échanges et de comparaisons entre leurs différents pays. Pour comprendrè comment une dynamique culturelle peut intervenir dans les transformations, il est nécessaire d'une part de tenir compte des contraintes imposées par le développement technique et par la pesanteur du système économique, d'autre part de prendre la culture dans le sens de culture-création, de culture-action dans tous les domaines de la vie quotidienne, de la production, de l'organisation du travail, de l'organisation de l'espace (1). Des exemples précis peuvent être donnés dans les recherches sur la périphérie des villes, sur les quartiers urbains, sur les travailleurs migrants, sur la définition de la santé, sur les transferts de technologies en milieu rural, etc. A propos des transferts de technologies, pour reprendre le même exemple, nous avons montré que, pour surmonter les processus de domination économique, politique et culturelle, il était nécessaire d'orienter les transferts dans le sens de l'échange et du partage (3). Ce choix implique, comme je l'ai indiqué plus haut, le refus des solutions de repli sur la culture traditionnelle, de l'adoption passive des technologies et des modèles imposés, ou d'un syncrétisme de compromis. La seule voie possible est, pour nous, de mettre l'accent sur la création, en utilisant les éléments acquis et les apports nouveaux dans le sens d'un développement original permettant d'afT1rmerune identité collective. Ce thème des cultures novatrices peut faciliter les recherches sur les rapports entre la culture et le pouvoir. Il s'agit donc en même temps d'une progression dans la connaissance et d'une application pratique des recherches à la promotion de nouvelles orientations du développement. Encore serait-il bon de s'entendre sur le mot développement, mot-piège souvent critiqué (4). 21

II. Quelques positions théoriques
fi ne s'agit pas ici de poursuivre des discussions sur des auteurs ou sur des écoles de pensée que nous connaissons tous. Les théories du changement social et celles qui concernent les rapports entre le culturel et l'économique dans les transformations, par exemple, seront rarement évoquées d'une façon directe. Elles sont sous-jacentes aux problématiques posées par les différentes contributions de notre groupe, mais il nous a paru inutile de reproduire les débats que nous avons eus ailleurs à ce sujet et qui trouvent mieux leur place dans des réunions de séminaires préparant aux diplômes universitaires. Nous insistons en revanche sur les questions théoriques posées à partir des recherches concrètes. Ces questions n'ont pas toujours pu être discutées entièrement dans le cadre des colloques que nous avons tenus à Dakar et à Montrouge (5). Elles ont donné lieu à des développements ultérieurs. Elles se rapportent principalement à la théorie du changement social et aux rapports individu-groupes-société, à la conception de la culture et à l'intervention de la dynamique culturelle dans les transformations.

1. Changement social et rapports individu-groupessociété
Le rejet d'un économicisme trop étroit tel qu'il apparaît de manières différentes dans quelques théories du changement à l'Ouest ou à l'Est, maintenant dépassées, nous permettent de mieux situer les véritables rapports entre l'économique, le social et le culturel dans les transformations. En particulier l'intervention croissante des sociétés multinationales a montré comment l'accumulation du capital peut intervenir dans les rapports de pouvoir entre pays, entre régions, entre groupes sociaux. Les discussions sur le nouvel ordre économique mondial ont fait ressortir les difficultés de prise d'autonomie des pays à ressources minières non énergétiques, l'importance du marché du travail et des migrations, le rôle des firmes alimentaires, l'impossibilité d'une meilleure répartition des ressources pour lutter contre la faim, et surtout l'accroissement constant de la dette des pays en 22

voie de développement qui accentue les inégalités et les menaces de catastrophes pour les pays les moins avancés (6). De même l'abus des interprétations purement scientistes et technicistes ne peut pas nous conduire à mésestimer le rôle décisif des découvertes de laboratoire et leurs applications dans l'industrie. Mais la question posée est la suivante: sommes-nous condamnés à nous adapter aux techniques nouvelles sans pouvoir les maîtriser ou au contraire, les progrès scientifiques et techniques pourront-ils permettre de répondre de mieux en mieux à des demandes et à des projets diversifiés? Dans les phases antérieures d'industrialisation, les progrès techniques ont entraîné trop souvent un écrasement des individus dans le travail et dans l' habitat. Aujourd'hui, il devrait être possible d'analyser autrement les rapports entre les transformations techniques, les transformations sociales, et les libertés des individus et des peuples. Mais cela implique une autre conception du développement. La question primordiale, dans notre recherche, me paraît être alors l'analyse d'une série de processus divers reliés entre eux d'une manière qui est à découvrir. Un processus étant compris comme un enchaînement de phénomènes dont la succession entraîne la modification d'une situation ou d'une structure, il reste à savoir pourquoi et comment les processus interviennent, quelle force les anime et quelle force active ils produisent pour provoquer des changements. Au moment où les individus et les groupes prennent conscience des processus dans lesquels ils sont impliqués, et à ce moment seulement, ils peuvent, dans une mesure de plus en plus grande, utiliser des possibilités techniques nouvelles, pour modifier de /'intérieur l'orientation de ces processus. Ils peuvent ainsi répondre à leurs aspirations et réaliser leurs projets malgré les moyens d'oppression et de domination qui se perfectionnent en même temps. Pour éviter toute confusion dans ce domaine, il importe d'abord de s'entendre sur la défmition de plusieurs notions, en particulier celle de culture, et sur l'articulation des processus qui leur correspondent.

2. Sur la culture et sur quelques notions interdépendantes
Il devient lassant, à la suite de nombreux ouvrages parus sur le sujet, de revenir sur les centaines de défmitions de la culture

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souvent citées. A côté des essais de synthèse des anthropologues anglo-saxons, de l'école historique française des Annales, ou de travaux français récents, je reviendrai sur la distinction entre culture et civilisation. Les recherches du groupe international se situent dans diverses sociétés de la civilisation industrielle. A l'intérieur de cette même civilisation qui uniformise les modes de production, les formes de travail, les moyens de communication, l'organisation de l'espace, etc., à partir de l'utilisation des mêmes techniques, est-il possible de permettre à des cultures originales de se maintenir et de créer des œuvres nouvelles? Nous retrouverons cette question tout au long de nos travaux. Pour tenter de s'entendre sur une défmition de la culture, je propose de prendre comme base de discussion des éléments de défmition que j'avais donnés précédemment et que j'essaye ici de résumer et de compléter: 1. La culture se manifeste dans tous les domaines de la vie sociale. Elle y est vécue dans les pratiques et dans les représentations, au travail ou dans la vie résidentielle comme dans l'art, la littérature, la philosophie ou dans la vie politique. 2. La culture est à la fois produit de la société et création, patrimoine reçu et moteur des transformations. 3. Dans ces transformations, elle correspond à un mouvement créateur qui part de l'intérieur des groupes et elle joue à ce point de vue, un rôle essentiel dans le développement. 4. La tension entre les modèles reçus de l'extérieur en particulier à travers les transferts de technologie et de connaissances peut aboutir, soit à un retrait sur le traditionnel, soit à l'émergence d'éléments de culture novatrice. C'est dans ce sens qu'il est possible de parler de dynamique culturelle.

Ce mouvement qui anime de l'intérieur les individus et les groupes dans la vie quotidienne se retrouve dans la dynamique des comités populaires de Mexico, dans les nouvelles coopératives des villages du Mali, dans la vie des entreprises où les ouvriers expriment leurs revendications aussi bien que dans la création artistique des artisans mexicains, des tisserands Sénoufo de Côte-d'Ivoire, ou des chanteurs du Pérou. Un point important de discussion au cours de ces dernières années a porté sur la nécessité de faire prendre place, dans la culture, aux connaissances scientifiques et techniques. Il est vrai qu'il y a, dans ce domaine, un vide à combler, mais il y aurait un 24

danger à réduire la culture à la culture scientifique et technique. La question a été soulevée lors des échanges que nous avons eus dans une commission organisée avec le ministère de la Culture. Dans la transformation des entreprises il ne s'agit pas seulement de comprendre comment s'établissent de nouveaux rapports entre l'ouvrier et la machine ou l'ordinateur. Ce qui importe tout autant ce sont les rapports qui s'établissent entre les hommes autour des nouveaux instruments de travail. C'est pourquoi nous avons parlé de culture au travail et pas seulement de culture technique. Une autre confusion risque de se produire à propos des rapports entre la culture et l'idéologie. L'idéologie au sens classique, comprise comme un ensemble de pratiques, de modèles de comportements, de manières de penser... qu'un groupe dominant impose â l'ensemble d'une société, avec les processus de fausse conscience que cela implique, est en quelque sorte une culture en négatif. Au lieu d'être un mouvement créateur, elle impose d'en haut des conceptions rigides qui paralysent la création. Aussi la culture vécue, dans la diversité des groupes sociaux et de leurs activités quotidiennes, permet-elle un renouvellement sans lequel une société ne peut survivre. Mais une autre forme d'idéologie peut aussi s'appuyer sur la culture vécue dans la vie quotidienne dans des quartiers populaires et surgir en opposition â l'idéologie dominante. Il y a lieu alors de distinguer les contre-cultures des idéologies naissantes, et de tenir compte de la confrontation des idéologies opposées dans les conflits et les processus de transformations. L'émergence des idéologies nouvelles paraît indispensable aux groupes dominés qui veulent mener une lutte avec le plus d'efficacité possible. Ils ont besoin de s'appuyer sur des systèmes de valeur et des modèles qui correspondent à leurs aspirations et â leur action. La question reste posée de savoir si ces idéologies, aussi nécessaires qu'elles soient, n'ont pas, elles aussi, certains défauts des idéologie dominantes? En prenant conscience assez tôt de ce danger, les acteurs qui veulent provoquer le changement éviteraient de retomber dans les erreurs de certains mouvements révolutionnaires qui ont abouti à la constitution de gouvernements totalitaires en remplaçant seulement une domination par une autre. Une analyse plus précise de la dynamique culturelle peut-elle contribuer â éviter ces erreurs ?

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3. Transformations sociales et dynamique culturelle
En tenant compte de cette première approche de la culture, la dynamique culturelle agit dans la vie sociale toute entière, dans le travail, les échanges quotidiens, les rapports sociaux, les conflits, l'action politique. Elle résulte de processus psychosociaux et d'un mouvement, qui « permettent aux individus et aux groupes de prendre conscience de leur potentiel créateur, de s'exprimer, de faire des projets, c'est-à-dire de devenir sujets-acteurs. C'est pourquoi la culture-création, la culture-action, sont l'anti-dominance, la non-soumission, l'opposition aux idéologies au pouvoir, la garantie pour une société d'être capable de se renouveler au lieu de reproduire indéfmiment les structures et les institutions qui servent les intérêts des privilégiés» (7). La dynamique culturelle s'articule à trois processus qui interviennent négativement dans les transformations (voir le schéma p. 31) :

-

Le premier concerne la reproduction des structures sociales

qui favorisent les groupes dominants. L'organisation de l'espace, l'organisation du travail, le système économique, les institutions juridiques, l'enseignement contribuent à cette reproduction. Les nouvelles technologies elles-mêmes sont parfois utilisées pour la maintenir et la renforcer. domination sous toutes ses formes telles que la manipulation de l'opinion par les mass-médias, par l'imposition d'une idéologie au moyen de l'éducation, par le développement de la peur, par la priorité donnée aux avantages matériels que les individus craignent de perdre et qui les rendent dépendants, par l'utilisation des rites traditionnels et des rapports de pouvoir qui y sont liés, dont nous retrouverons des exemples dans les chapitres suivants. Dans ces conditions, les individus sont amenés à rechercher la protection et à accepter la soumission. Les groupes au pouvoir' utilisent cette demande et l'entretiennent consciemment ou non pour maintenir leur pression sur l'ensemble de la société.
structures sociales, et des systèmes de représentations et de valeurs dans les transformations de plus en plus rapides que nous avons l'occasion d'étudier à la périphérie des grandes agglomérations, où le brassage des populations d'origines

- Le deuxième processus, lié au premier, se rapporte à la

- Le troisième processus est celui de la désintégrationdes

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diverses et les rencontres entre cultures qui en résultent sont particulièrement intenses.

Nous verrons comment la dynamique culturelle peQt faire dévier les processus de reproduction, s'opposer à la domination et utiliser la désintégration, en permettant à des groupes jusqu'ici maintenus dans la dépendance, de s'exprimer, de créer des contre-cultures. Mais il ne s'agit pas seulement de créer des contre-cultures. L'objectif est d'agir sur les transformations. Par quels processus est-ce possible? Telle est la question qui se pose maintenant L'analyse des processus psychosociaux dans des sociétés et des cultures différentes, en liaison avec l'étude des transformations matérielles et sociales, permet de saisir au départ l'émergenée des forces actives qui entraîneront les changements en opposition avec les forces de reproduction et de domination. Mais cette analyse ne peut pas être menée d'emblée au niveau d'une société. Nous pensons qu'elle n'est réalisable que conjointement à des études microsociologiques sur des terrains expérimentaux comme nous le verrons plus loin. Sur tel ou tel des terrains qui nous intéressent au niveau local, l'émergence de forces latentes, d'aspirations, de nouvelles formes de vie sociale peut être saisie à travers la formation de comités de défense des habitants, d'associations, de syndicats, de mouvements culturels au sens traditionnel, de groupes spontanés de toutes sortes et en même temps dans l'observation des pratiques quotidiennes dans les relations entre voisins, entre générations, entre groupes ethniques, dans les rapports de pouvoir, dans les rivalités et les oppositions entre groupes... Les processus de formation des images-guides, de prise de conscience des aspirations et des besoins, de formulations de revendications et de formations de projets en accord ou en opposition avec les autorités locales, s'articulent dans un processus plus large d'expression des individus et des groupes et d'élaboration de nouveaux modes de décision. Mais cette étude au niveau micro-local ne prend son sens qu'en tenant compte des rapports à l'Etat, à la société civile et aux pressions qui s'exercent de l'extérieur au niveau international. Notre analyse porte précisément sur ces rapports entre les processus de reproduction, de domination, de désintégration. Elle concerne également les processus d'expression et de création dans la vie locale et les processus d'intervention de l'Etat, des 27

groupes dominants de la société civile et des organismes internationaux, (soit officiels de l'O.N.V., soit non gouvernementaux [ONG)). Les questions de santé ou de migrations, par exemple, que plusieurs membres de notre groupe étudient, demandent à être observées d'une manière approfondie dans la vie quotidienne mais, pour les situer dans un contexte plus large et en tirer des enseignements, des données statistiques générales, des informations économiques, des interprétations historiques sont nécessaires. Et surtout la planification au niveau national ne peut pas progresser sans tenir compte de l'analyse des processus au niveau local. Cette remarque élémentaire, bien que très connue des partis politiques à propos des élections municipales et des élections législatives,est trop souvent oubliée par les planificateurs.

III. Sur J'intervention des chercheurs
Des exemples de l'intervention des chercheurs sont donnés dans les différentes études, notamment au Mexique, au Venezuela, en Inde, au Sénégal, en Suisse, en Grèce. En Inde en particulier, le programme du nouveau centre de Pune (8) montre comment les recherches peuvent contribuer à agir sur les processus de transformations et à préparer les discussions sur la planification. Au Mexique les recherches locales s'articulent à l'analyse de la planification urbaine au niveau national et régional. Au Sénégal il s'agit de la planification de la production agricole. En Grèce deux études se complètent pour montrer les liaisons entre les processus de transformations dans un village devenu quartier urbain, l'histoire des migrations et une réflexion sur la planification. En Suisse les recherches sur quatre terrains différents insistent sur l'émergence d'une dynamique culturelle dans des réalisations rurales et urbaines. Elles font ressortir notamment le rôle de la tète et des images symboliques comme impulsion dans le développement. Au Venezuela, au Mexique, en Algérie, les liaisons entre les architectes, les urbanistes et les sociologues, permettent d'aboutir à des propositions pratiques de transformation de quartier de la périphérie urbaine. Ces propositions seront reprises et réalisées dans des étapes ultérieures de la recherche. En opposition aux processus de domination, nous pouvons 28

suivre, dans une dynamique culturelle d'ensemble, l'émergence des éléments de cultures novatrices dans des domaines particuliers. Dans la vie locale, l'utilisation de techniques nouvelles du bâtiment, de méthodes d'assainissement et d'aménagement, d'organisation des transports peut se faire sans adopter nécessairement les modèles d'habitation importés des pays les plus industrialisés qui correspondent à des structures familiales, des modes de vie, des rapports sociaux propres à leurs cultures et tout à fait inadaptés aux pays récepteurs. Les mouvements populaires de défense et de création d'organisations nouvelles au Mexique ou la rénovation avec les habitants des quartiers de «ranchos» au Venezuela, constituent déjà, d'une façon limitée, des annonces de cultures novatrices qui se relieront à d'autres éléments pour aboutir progressivement à une transformation d'ensemble. Dans le domaine des migrations, le retour de migrants dans leurs pays d'origine, qui s'effectue souvent dans les plus mauvaises conditions, peut aussi donner lieu à des formes nouvelles d'organisation du travail qui entraîneront d'autres transformations, si un effort est fait, comme nous le voyons au Mali, pour apporter des techniques tout en facilitant l'autodéveloppement et l'autoformation. Partout « l'échange inégal» est un frein au développement, partout au contraire l'effort de compréhension de l'autre permet un mouvement créateur et une efficacité plus grande. Les capacités de création technique ne se manifestent pas seulement dans le travail rural ou industriel, ou dans l'aménagement d'un habitat nouveau. Dans la vie locale l'expression populaire dans les chants, la danse, la peinture sur les murs, est création continue. Cette capacité d'expression est mobilisatrice et ceux qui sont sensibilisés par un mouvement seront également créateurs dans les entreprises, dans la recherche scientifique, ou dans la vie politique. Ce sont les liaisons entre tous ces éléments divers qui nous permettront de comprendre les processus d'émergence qui nous intéressent Partant de l'analyse de ces processus d'émergence au niveau local et en essayant de les relier entre eux, nous pouvons voir comment ils interviennent dans d'autres unités sociales dans la même région, puis dans d'autres régions et au niveau national. Dans ce sens, l'étude de la planification urbaine telle qu'elle est faite dans plusieurs pays, notamment en Grèce et au Mexique, nous permet de mieux saisir l'importance de la liaison entre les analyses microsociologiques et les considérations macrosociologi29

ques ou macroéconomiques au plan national ou au plan international. Il ne faut pas se faire d'illusion sur la difficulté de ces recherches. La question de l'expression des individus et des groupes dans une société, de l'émergence progressive de cultures novatrices et fmalement de l'affirmation d'une identité, est liée au rôle des intellectuels, des cadres, des « élites» de chaque pays, et au rôle des acteurs venant de l'extérieur dont la responsabilité est engagée. Or, dans beaucoup de pays, la compromission entre ces élites et les intérêts économiques des pays dominants ou des sociétés transnationales a été dénoncée, soit par des experts internationaux soit par des intellectuels des pays eux-mêmes, et nous retrouvons cette question dans plusieurs des textes des chercheurs. Une double action est donc nécessaire, d'une part dans les pays d'où partent les transferts de connaissances et de technologies pour faire respecter les cultures locales et réaliser un véritable échange, d'autre part auprès des ressortissants des pays pour sortir des complexes de domination-soumission, de recherche des intérêts personnels avant ceux de la collectivité. Dans ce contexte, les processus d'émergence risquent d'être freinés par l'imposition de cultures nouvelles, non plus issues du pays lui-même mais imposées de l'extérieur. Des manifestations de résistance culturelle ne sont donc pas négatives si elles s'appuient, non sur la défense à tout prix du patrimoine traditionnel, mais sur les forces latentes susceptibles d'utiliser à la fois ce patrimoine et les éléments nouveaux pour contribuer à l'émergence d'éléments de cultures novatrices. Un développement endogène n'est possible qu'en s'appuyant à la fois sur les forces émergentes dans la vie populaire et sur des cadres formés aux techniques nouvelles mais qui ne renoncent pas à leur culture d'origine et qui acceptent de sacrifier une partie des avantages qui leurs sont offerts par les groupes dominants. Les chercheurs d'Amérique latine, d'Afrique et de l'Inde impliqués dans notre groupe international l'ont bien compris. En même temps les techniciens et les chercheurs des pays les plus industrialisés ont un énorme effort à faire pour se dépouiller de leur complexe de supériorité et pour travailler réellement sur un pied d'égalité avec leurs côllègues des pays qui cherchent leur voie. En sortant de ces deux complexes complémentaires il est possible de constituer des équipes mixtes qui tenteront de progresser dans des comparaisons internationales destinés à faciliter l'ouverture des voies nouvelles dans chaque pays. 30

IV. Questions de méthode
S'il s'agit de comprendre les processus dans lesquels nous sommes impliqués pour pouvoir les suivre ou les modifier, la recherche consiste à étudier ces processus en essayant de saisir ceux qui sont convergents et ceux qui sont en opposition. Nous aurions ainsi, par exemple:
URBANISATION

DÉSINTÉGRATION

ÉMERGENCE STRUCTURES

DE NOUVELLES

TRANSFERT

DOMINATION

ÉCHANGE

RENCONTRE DES CULTURES IMPOSITION DE MODÈLES DOMINANTS MODES DE DÉCISION DOMINATION EXPRESSION CULTURES NOVATRICES, IDENTITÉ CULTURELLE

L'étude de ces divers processus sur un même terrain demande déjà un effort de coordination. Est-il possible de les comparer dans des sociétés, des environnements et des cultures différentes? En fait, nous le verrons, les comparaisons, telles qu'elles sont envisagées font ressortir autant les différences que les similitudes. Dans certains cas les mêmes processus peuvent être réellement comparables et, avec beaucoup de prudence, mettre sur la voie de relatives généralisations. Dès le départ les échanges entre pays ou régions sont toujours suggestifs et les chercheurs confrontés à leurs collègues d'autres pays, observent avec un œil neuf leur propre culture et découvrent chez eux des processus qu'ils n'avaient pas songé à étudier. La démarche méthodologique, telle que nous tentons de la suivre, suppose, à mon avis, plusieurs prises de position:

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1. Une série d'approches complémentaires
Liaison entre l'analyse micro et macro sociologique au niveau local et au niveau d'une société, comme nous l'avons vu plus haut. Complémentarité entre les analyses qualitatives et quantitatives, entre la réflexion théorique et la recherche empirique.

2. Une démarche pluri et interdisciplinaire à deux niveaux
D'une part, pour situer les études locales et pour les relier à des analyses au niveau national, des emprunts à l'histoire, la géographie, la démographie, l'économie sont indispensables. D'autre part, sur le terrain de recherche, ce sont les approches psychosociologiques, et socio-anthropologiques qui dominent. D'autres disciplines interviennent comme l'urbanisme, l'architecure, la médecine ou celles qui sont liées aux technologies. Il y a lieu de distinguer alors le travail pluridisciplinaire dans lequel nous retrouvons, sur le même terrain des chercheurs de disciplines différentes et la progression de la recherche à la frontière de deux disciplines (psychosociologie, socio-anthropologie) qui demande une réflexion théorique plus poussée et soulève des difficultés que nous connaissons bien maintenant.

3. Un tableau d'analyse à deux entrées
Déjà présenté dans le volume « aspirations et transformations sociales» (9), il demande à être repris dans des recherches ultérieures. Le principe est celui des rapports dialectiques, dans les transformations de la vie sociale, entre d'un côté, les divers domaines de la société institutionnalisée, codifiée (système économique, espace organisé, structures sociales, canaux de communication...) et de l'autre la culture vécue dans la vie quotidienne (pratiques, représentations, aspirations, besoins...).

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