De l'inégalité des villes...

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Les hommes, surtout les plus aisés et les plus éduqués, consomment désormais les villes comme n'importe quel bien ou service. Les villes, face à cette compétition, doivent renforcer leur attractivité pour se développer. Les facteurs de l'attractivité sont d'abord humains ; et au premier rang on trouve la confiance que la société de la ville se porte et produit. Le rôle de l'élu en est changé : à côté de la gestion des politiques publiques, il devient manager du développement urbain.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336359229
Nombre de pages : 160
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Questions contemporaines
Emmanuel de La MasselièreQ DE L’INÉGALITÉ DES VILLES…
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DE L’INÉGALITÉ
Les hommes éduqués et mobiles sont devenus des consommateurs
de leurs territoires. Apparaît ainsi un marché des territoires qui DES VILLES…
les oblige à s’adapter aux mouvements du monde en valorisant QQQ
leurs atouts et en se différenciant. Ces atouts ne sont pas
… et de leur développementgéographiques ni physiques mais éthologiques et humains ; et le
plus important est la con ance que la société du territoire a en
elle-même et en son avenir.
L’urbanisme n’est pas seulement une pratique formelle et spatiale mais
la construction du système économique et social, la construction de
la con ance.
Ces développements sont largement illustrés par des cas du Grand
Paris et des territoires où l’auteur est intervenu.
Emmanuel de La Masselière est directeur de la stratégie et du
développement de l’EPA Plaine de France. Auparavant, il avait créé et
développé une activité de conseil en urbanisme stratégique après avoir
été directeur de cabinet d’Alain Peyre tte à Provins et directeur d’un
conseil économique et social régional.
Questions contemporaines
Série Questions urbaines
Photos de couverture :
© Emmanuel de la Masselière et © Jean-Christophe Benoist.
Licence de réutilisation : « CC BY 3.0 » / https://creativecommons.org/licenses/
by/3.0/deed.fr
ISBN : 978-2-343-04142-1
16,50 €
Emmanuel de la Masselière
DE L’INÉGALITÉ DES VILLES… Questions contemporaines
Série « Questions urbaines »
Dirigée par Bruno Péquignot

La ville est au centre de la vie politique, économique et
culturelle de la modernité. Cette série, dans le cadre de la
collection « Questions Contemporaines » publie des ouvrages
qui proposent des réflexions interdisciplinaires sur la ville.

Dernières parutions

Jean-Pierre LEFEBVRE, Déraison d’État. Déshérence des
villes, 2014.
Paul VERMEYLEN, Le temps de la métropole. Agile,
créative, solidaire, durable. Parcours en Europe, 2014.
Jérémy CANO, Mixité sociale et quartier durable : quelles
affinités électives ? Le cas de la caserne de Bonne (Grenoble,
France), 2013.
Fabien VENON, Les Paroisses au défi de la postmodernité.
L’archidiocèse de Montréal, 2013.
Mouna M’HAMMEDI, Habitat de la bourgeoisie marocaine,
2013.
Monique RICHTER, Un projet social pour les quartiers en
renouvellement urbain, Le récit d’une expérience, 2013.







De l’inégalité des villes…

… et de leur développement


























Les propos de cet ouvrage n’engagent que leur auteur.




















© L’Harmattan, 2014

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04142-1
EAN : 9782343041421 Emmanuel DE LA MASSELIÈRE





De l’inégalité des villes…

… et de leur développement










Du même auteur
Médecin de l’inguérissable –Avec le Docteur Claude Grange –
Bayard Culture - 1999
. À ce seul bruit, sans qu’on en pût définir pourtant la
singularité, un voyageur eut reconnu les yeux fermés qu’il se
trouvait à Vienne, capitale et résidence de l’Empire. On
reconnaît les villes à leur démarche, comme les humains. Ce
même voyageur, en rouvrant les yeux, eût été confirmé dans son
impression par la nature du mouvement des rues, bien avant
d’en être assuré par quelque détail caractéristique. […]
Il ne faut donc donner au nom de la ville aucune signification
spéciale. Comme toutes les grandes villes, elle était faite
d’irrégularité et de changement, de choses et d’affaires glissant
l’une devant l’autre, refusant de marcher au pas,
s’entrechoquant ; intervalles de silence, voies de passage et
ample pulsation rythmique, éternelle dissonance, éternel
déséquilibre des rythmes ; en gros, une sorte de liquide en
ébullition dans quelque récipient fait de la substance durable
des maisons, des lois, des prescriptions et des traditions
historiques.

Robert Musil
L’homme sans qualités





A la mémoire d’Alain Peyrefitte qui m’a initié dans ces sujets

Table des matières

De l’inégalité des villes 13
De quoi parle-t-on ? La ville, quelle ville ? 23
La ville formelle 23
La ville agglomérée 26
De quoi parle-t-on ? Deux exemples d’urbanisme
stratégique 31
Le Grand Paris 31
Un cas d’école : Provins 35
Contexte de l’urbanisme stratégique : compétition,
coopération, coopétition 41
Nature et champs de la compétition 41
Raisons de la compétition : le consumérisme urbain 48
Débats sur la comp 58
Coopération 60
Objectifs de l’urbanisme stratégique, les ressorts de
l’attractivité 67
Des facteurs objectifs 69
Ethiques du développement 72
Mentalités 74
Limoges 81
Matière de l’urbanisme stratégique : la stratégie de
territoire 83
Positionnement, spécificités, promesse, valeurs, lien social 84
Qualité de vie, attention environnementale, solidarités 91
Méthodes de l’urbanisme stratégique : le projet 97
Approche systémique et holistique 97
Construction de la stratégie 101
Acteurs de l’urbanisme stratégique : vers un management
du projet de la ville ? 113
Cas particuliers de stratégies territoriales 123
Les stratégies liées aux grandes infrastructures de transport 123
Une stratégie territoriale pour les entreprises ? 128
Une stratégie territoriale européenne 137
Que faire ? 141
Acculturation 141
Double vote 146
Diversification des origines professionnelles des élus 148
Cumul des mandats 149
L’impérativité du mandat 150
Conclusion 151
11 DE L’INÉGALITÉ DES VILLES
L’acte 3 de la décentralisation s’engage comme ses
prédécesseurs sous des auspices techniques : clause de
compétence générale versus compétences fléchées ; disparition
des départements, au demeurant impossible sans révision de la
constitution ; institutionnalisation de la coopération
intercommunale ; restriction des moyens budgétaires et
humains ; focalisation sur le mode d’élection avec d’abord le
conseiller territorial plus tard abandonné, puis avec la refonte
des circonscriptions cantonales avec le duo homme femme.
Evidemment ces sujets et en particulier le mode d’élection ne
déchainent pas les enthousiasmes ; ils n’intéressent que les élus
ou pour le dernier les candidats !
Leur énumération montre le formalisme de la décentralisation
en France. Comme ses deux prédécesseurs, le débat sur l’acte 3
porte sur la gouvernance et sur les compétences et non sur les
projets ni sur les développements. C’est-à-dire sur le ‘qui’ et sur
le ‘comment’ et non sur le ‘quoi’, le ‘pourquoi’ (la cause) ni le
‘pour quoi’ (le but).
Les principes et les modalités de la décentralisation sont
discutés à l’échelon national, à l’Assemblée Nationale et au
Sénat, ou dans les cabinets ministériels, sans prise en compte
des particularités locales. La France s’est construite contre ses
territoires incarnés par les féodaux, les Armagnacs, les Grands,
èmeles Girondins, les provinces… Les instituteurs de la 3
République agirent autant pour l’instruction publique que pour
la construction d’une Nation dont ils uniformisèrent la langue et
les représentations mentales. La technostructure parisienne fut
longtemps l’héritière de cette tradition, elle qui, depuis Colbert,
administre même l’économie. Issue des grands corps, elle est
imprégnée d’une culture étatique et convaincue que l’Etat
qu’elle incarne voire garantit est le seul porteur de l’intérêt
général. Une et indivisible, essentiellement centralisée, la
France est pétrie d’un esprit égalitaire, idéologique et régalien.
Un esprit qui, transposé aux territoires et aux communautés, en
13 récuse la distinction comme menace pour l’unité et par écho
1pour le pouvoir .
Cet esprit est largement illusoire comme en témoigne la
diversité géographique, économique, culturelle, sociale et
éthologique de ces territoires et tant les particularismes des
terroirs demeurent vivaces. Mais leur administration, malgré
cette diversité, est partout identique. L’immuabilité des 300
sous-préfectures depuis 200 ans incarne à la fois un
conservatisme séculaire, la difficulté à réformer, chaque corps
se défendant de manière existentielle, la gabegie des fonds
publics qui en résulte et les surprises de l’égalité
administrative : toutes deux sous-préfectures, Le Havre compte
180 000 habitants (280 000 pour l’aire urbaine), et Largentière
1 800.
Paradoxe d’ailleurs que cette France qui revendique toujours
davantage d’égalité et jure par ses terroirs, ses identités locales,
ses distinctions. L’égalité territoriale ne saurait d’ailleurs y être
que juridique et administrative mais là, comme en d’autres
temps et ailleurs à propos de la liberté, on réclame une égalité
réelle et non seulement formelle. Ce ‘on’ vient souvent de
territoires autrefois dynamiques et qui désormais accusent des
retards de développement, d’offres et de services. Face à
l’épuisement de leurs rentes, ils appellent des secours qu’ils
nomment réparations, pour se dédouaner de leur misère et en
reporter la cause sur ‘l’autre’. Là est l’un des objets de ce livre :
montrer que la cause de la misère comme celle du
développement territorial sont d’abord éthologiques.
Cette extrême diversité des situations rend théorique le discours
récurrent sur l’égalité. Quoi de commun entre les départements
de la Lozère et du Rhône dotés pourtant des mêmes
compétences : équipement des communes, construction et
maintenance des collèges et des réseaux routiers, et action
sociale ? Entre le Val de Marne et les Alpes-Maritimes qui
disposent tous deux d’un même comité départemental du
tourisme voulu par un même texte de loi ? Entre le Maire de
Bordeaux et celui de tel village de Haute Marne, qui exercent

1 Voir par exemple Pouvoirs locaux – Juin 2012
14 les mêmes pouvoirs de police et d’urbanisme ? Ou encore entre
la Picardie, avec son million et demi d’habitants dont la moitié
est insérée dans le Bassin parisien, et l’Ile de France à
l’attractivité mondiale ? Cette organisation territoriale répondait
aux besoins d’une époque ; elle n’a pas disparu avec eux.
Ne nous trompons pas ! La décentralisation de 1982 a eu un
immense mérite : être. Les parlementaires de droite annonçaient
un déluge, la gabegie des collectivités, la montée des baronnies,
les risques pour les finances locales. Ils craignaient l’éclatement
de la Nation avec la montée des particularismes locaux.
Quelques prédictions furent justes, mais pas celle de la fin de la
France ! Et les élus locaux, dans l’immense majorité des cas,
s’avisèrent d’honnêtes gestionnaires de leurs services publics.
Moins du développement de leur territoire mais c’est justement
ce qu’on ne leur demandait pas.
En revanche des écueils essentiels n’avaient pas été anticipés
comme l’inflation de la fonction publique et son corollaire,
celle des impôts locaux, ou la pression sur les maires dans
l’exercice du droit de l’urbanisme qui explique une large part de
l’étalement urbain. Surtout la décentralisation n’avait pas été
pensée avec un regard prospectif sur la France des années 2 000
mais avec une culture des années 70. Ni l’élévation des niveaux
d’éducation, ni l’émancipation des individus à l’égard des
champs idéologiques, religieux et familiaux, ni les migrations,
ni le vieillissement de la population, ni la compétition des
territoires, ni le chômage de masse ne fondaient les lois
Defferre. Celles-ci confiaient à des élus locaux la gestion de
compétences jusque-là exercées par l’Etat. Encore ces
comps étaient-elles à la fois réduites et techniques, l’Etat
se réservant celles pensées et présentées comme majeures :
l’éducation, la sécurité, la recherche... La décentralisation fut
conçue comme une délégation de services publics de l’échelon
central aux échelons locaux. Décentraliser c’est alors transférer
des compétences avec la conviction qu’en démocratie, la
proximité est un gage d’efficacité. De la compétition, de l’offre
territoriale, de l’émancipation des territoires envers le pouvoir
central ou même seulement de l’émergence de ces territoires, il
n’est question ni vraiment conscience. L’acte 2 sous le
15

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