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Décentralisation et citoyenneté au Burkina Faso

De
472 pages
Ziniaré est une des villes émergentes africaines. Elle a été choisie pour servir de site d'observation et d'analyse des processus d'urbanisation et de changements sociaux en cours dans la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest. Les analyses conduites dans ce volume rendent compte d'une ville en train de se faire, de se transformer. Il éclaire un moment du devenir social de cet ensemble humain à partir d'études sur les initiatives économiques, l'action des jeunes, le développement d'initiatives religieuses, la vie quotidienne, l'action publique etc.
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DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ
AU BURKINA FASO Dans la même collection
1. J. KAMANDA KIMONA-MBINGA, Le défi congolais. De la
dégénérescence à la renaissance, 2001.
2. Z. HABIMANA MAKAMBA (dir.), Courants actuels de la phi-
losophie africaine, 2002.
3. Ph. DENIS ET C. SAPPIA (dir.), Femmes d'Afrique dans une
société en mutation, 2004.
4. P.I. LAURENT, A. NYAMBA, F. DASSETTO, B. OUEDRAOGO,
P. SEBAHARA (dir.), Décentralisation et citoyenneté au Burkina
Faso, 2004. Collection n ESPACE AFRIQUE »
4
DÉCENTRALISATION
ET CITOYENNETÉ
AU BURKINA FASO
Le cas de Ziniaré
Pierre-Joseph LAURENT, André NYAMBA,
Felice DASSETTO, Boureima OUEDRAOGO,
Pamphile SEBAHARA (dir.)
Avec les contributions de
Marie CASTAIGNE, Marie FONTAINE
Fabien LEDECQ, Fabien LOCHT
Mamadou B. OUEDRAOGO, Tasséré OUEDRAOGO
Raogo Antoine SAWADOGO, Flore SINDOGO
François WYNGAERDEN
ACADEMIA
A B
BRUYLANT Cet ouvrage a été réalisé avec le soutien de la Région wallonne et du
Conseil inter-universitaire de la Communauté française de Belgique (CIUF).
D/2004/4910/26
ISBN 2-7475-6067-8 (L'Harmattan)
ISBN 2-87209-748-1 (Bruylant-Academia)
© BRGYLANT-ACADEMIA s.a.
Grand'Place, 29
B - 1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
Tous droits de reproduction, d'adaptation ou de traduction, par quelque
procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l'autorisation de l'éditeur
ou de ses ayants droit.
Imprimé en Belgique. Présentation des auteurs
CASTAIGNE Marie, sociologue, Université catholique de Louvain,
Louvain-la-Neuve, Belgique
DASSETTO Felice, professeur de sociologie, Université catholique
de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique
FONTAINE Marie, sociologue, Université catholique de Louvain,
Louvain-la-Neuve, Belgique
LAURENT Pierre-Joseph, professeur d'anthropologie, Université
catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique
LOCHT Fabien, sociologue, Université catholique de Louvain,
Louvain-la-Neuve, Belgique
MAZZOCCHETTI Jacinthe, chercheuse FSR et doctorande en
anthropologie, Université catholique de Louvain, Louvain-la-
Neuve, Belgique
NYAMBA André, professeur de sociologie et d'anthropologie,
UFR/SH, Université de Ouagadougou, Burkina Faso
OUEDRAOGO Boureima, Maître-assistant UFR/SH, Département
de sociologie, Université de Ouagadougou, Burkina Faso
OUEDRAOGO B. Mamadou, sociologue, Université de Ouagadougou,
Burkina Faso
OUEDRAOGO Tasséré, sociologue, Université de Ouagadougou,
Burkina Faso
SAWADOGO R. Antoine, ethnolinguiste, président de l'Association
«Construisons ensemble/Laboratoire de recherche sur les
citoyennetés en transformations» (ACE/RECIT) et ancien président de la Commission Nationale de la Décentralisation
(CND) du Burkina Faso
SEBAHARA Pamphile, sociologue, assistant technique de l'apefe à
la Commission Nationale de la Décentralisation (CND) du Burkina
Faso et doctorand en anthropologie, Université catholique de
Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique
SINDOGO Flore, sociologue, Université de Ouagadougou, Burkina
Faso
WYNGAERDEN François, sociologue, Université catholique de
Table des matières

Présentation des auteurs 5
Table des matières 7
Introduction 21
PREMIÈRE PARTIE
HISTOIRE, CONTEXTE INSTITUTIONNEL ET
DÉFINITIONS
Chapitre 1
Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui 29
André NYAMBA
I. Ziniaré, un espace de vie, entre hier et demain 29
II. L'Oubritenga dans l'histoire des royaumes mossi 36
1. La configuration politique et historique
de l'Oubritenga 36
2. Quand l'histoire et la légende construisent
un ordre politique et socioculturel... 39
III. Ziniaré et Guiloungou, au temps de la colonisation 44
1. Le temps de l'école et le temps de Dieu 45
2. Les conséquences du changement social 48
3. Les débuts de la construction « moderne »
de Guiloungou-Ziniaré 50
IV. L'espace communal de Ziniaré ou la problématique
de la construction d'une conscience citoyenne 53
1. La modification de l'espace physique
et la gestion communale : un défi politique 53
2. Le secteur informel à Ziniaré
ou l'institutionnalisation de la débrouille ! 55
3. La mairie et la commune de Ziniaré 56
8 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
Chapitre 2
Historique de la décentralisation
au Burkina Faso 59
Raogo Antoine SAWADOGO et Pamphile SEBAHARA
Introduction 59
I. Préalables conceptuels : décentralisation et
60 déconcentration
II. Expériences de la décentralisation au Burkina Faso :
de la période coloniale à nos jours 61
1. La loi du 2 février 1960 63
2. La tentative de décentralisation de 1974
à 1981 64
3. Le troisième cycle de réformes institutionnelles
de 1983 à 1989 65
4. La réforme institutionnelle de 1991
à nos jours 66
III. Le processus de décentralisation actuelle 67
1. Les lois de décentralisation de mai 1993 67
2. Les Textes d'orientation de la décentralisation
(TOD) d'août 1998 69
1) La Loi n° 040/98/AN modifiée portant orientation
de la décentralisation au Burkina Faso 70
2) La Loi n° 041/98/AN modifiée portant organisation
de l'administration du territoire
au Burkina Faso 70
3) La Loi n° 042/98/AN modifiée portant organisation
et fonctionnement des collectivités locales 71
n° 043/98/AN modifiée portant 4) La Loi
programmation de la mise en œuvre
de la décentralisation 72
IV Repères sur la mise en oeuvre de la décentralisation
dans la commune de Ziniaré 72
V. En guise de conclusion: quelques enseignements
à tirer 74
Bibliographie 77
Table des matières 9
Chapitre 3
L'évolution démographique de la commune
de Ziniaré 79
Mamadou B. OUEDRAOGO
Introduction 79
I. Problématique de l'étude 80
II. Quelques concepts 83
—Le ménage 83
—La migration 84
—L'urbanisation 85
III. Carte d'identité de la zone d'étude 85
1. Aperçu général 85
2. Géographie de Ziniaré 87
IV. Enquête « ménage » 88
V. Caractéristiques des ménages 92
W. Situation démographique 94
VII. Mouvement migratoire 97
Conclusion 103
Références bibliographiques
DEUXIÈME PARTIE
ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES, PRATIQUES
SOCIALES ET RELIGIEUSES
Chapitre 4
À propos des activités économiques
à Ziniaré : brève description 109
Felice DASSETTO
I. Le volume, la permanence et le type d'activité 110
1. La dynamique
2. Le type d'activité 111
3. Le statut d'occupation de l'emplacement 113
II. Qui sont les gérants des activités commerciales et
artisanales 7 113
1. L'ethnie
2. Les sexes 113
10 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
3. L'origine géographique 114
4. Les religions
5. Les emplois 115
III. Quelques remarques conclusives
Chapitre 5
Initiatives économiques et vie sociale 117
Marie FONTAINE
Introduction 117
I. Les différents types de stratégies individuelles 119
1. Dépendance : les jeunes hommes
qui se cherchent 121
2. Prospérité : les hommes qui ont bien réussi 122
3. 123 Débrouillardise : les femmes entreprenantes
II. Éléments indispensables au démarrage 125
1. Compétences
A. Les compétences indispensables à la bonne
marche des affaires 126
B. L'acquisition des compétences
2. Accumulation : le levier de départ 127
A. L'épargne personnelle
B. Les relations sociales 128
C. Les groupements 129
D. Les organismes de prêt officiels : la Caisse
Populaire 130
3. Motivation 131
III. Les facteurs de réussite et les freins 134
1. Le contexte
2. Les qualités personnelles : la capacité
d'innover 135
3. Les relations sociales 136
4. Les freins 138
IV Activités économiques et relations sociales 139
1. Les mécanismes de la redistribution, du don
et du contre-don de la solidarité
communautaire 140
2. Les motivations à respecter les mécanismes
de la solidarité communautaire 143
A. La réciprocité 144
Table des matières 11
B. Les normes intériorisées 144
C. La collectivité 145
D. Des motivations respectées... en fonction
des circonstances 149
3. Les conséquences négatives de la solidarité
150 communautaire
V. Les stratégies individuelles : concilier intérêts
particuliers et solidarité communautaire 152
1. La mise à distance 153
2. L'individualisation subjective et la sociabilité
154 ultra-individualiste et situationnelle
3. Quelques exemples 155
Jamila : se faire aider sans perdre son
indépendance (mécanismes du don) 155
Nadine : s'éloigner pour ne pas donner
156 (pression sociale)
Jean-Claude : d'une pierre deux coups
(obligations familiales : composer) 157
Ousmane : rendre indépendants ceux qui
dépendent de nous (obligations familiales :
en être quitte) 157
Conclusion 158
161 Bibliographie
Chapitre 6
Pour une socio-anthropologie du barrage
163 de Tamissi
CASTAIGNE Marie
I. Petite histoire du barrage... 165
II. Précaution méthodologique : la mémoire 166
169 III. Le barrage comme innovation technologique 1. Les experts
2. Savoirs locaux, savoirs extérieurs 170
A. Caractéristiques des savoirs locaux
B. Savoirs techniques populaires et savoirs
172 technoscientifiques
C. Savoirs locaux dans la région de Ziniaré 173
D. L'« arrivée » du barrage et de connaissances
174 modernes
12 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
IV. Le barrage comme outil de compréhension des
mécanismes sociaux : étude d'un personnage clé 176
1. Comprendre le rôle de Jean à partir de
son statut de leader paysan 177
A. Jean au pays de l'« ailleurs »
a) Une ouverture au changement 178
b) Jean dans la mémoire des coopérants
B. Jean, homme de l' »ici » 179
a) Personnage connu 180
b) Imbrication dans les réseaux traditionnels 180
c) Celui qui s'est formé 181
d) « Quelqu'un de bien »
C. « Quelqu'un d'ici » 181
a) Connaissance des coutumes, du pays...
b) Respect de ces coutumes et de l'ordre
traditionnel 182
2. Comprendre le rôle de Jean comme
une pièce dans le tissu du réseau catholique 183
A. Saisir les occasions 184
B. Distance 187
C. Du côté de la population locale 189
Conclusion 190
Bibliographie 193
Chapitre 7
Évolution et spécificité du régime foncier au
barrage de Tamissi 195
Fabien LEDECQ
I. Le périmètre maraîcher 196
II. L'obtention des parcelles 198
III. Possesseurs individuels des diguettes
et groupement 200
IV Le bon travail 203
V. Le travail dans le périmètre 205
VI. Les changements qui s'annoncent 208
Conclusion 212
Bibliographie 215
Table des matières 13
Chapitre 8
La rurbanité comme forme générale
de la « citadinité » africaine : l'exemple
de Ziniaré, une commune urbaine
au Burkina Faso 217
Boureima OUEDRAOGO
Introduction 217
I. Qui sont les acteurs de l'agriculture urbaine
à Ziniaré 2 218
1. Le poids démographique 218
2. Une population jeune et masculine 220
3. L'origine géographique et sociale 221
4. Mariage, célibat et reproduction 222
5. Le niveau d'instruction 223
224 6. L'appartenance religieuse
II. Place et rôle économique du jardinage dans la ville de
Ziniaré 225
1. Maraîchage et rationalisation technique de
l'agriculture 225
2. L'un des rares secteurs de création
de richesse 225
3. Maraîchage et accès à l'argent 226
Le maraîchage et la notion de l'informel 227 4.
Maraîchage et transformation du mode 5.
de vie des maraîchers 228
A. L'accès aux moyens modernes
de locomotion 228
B. La modernisation de l'habitat
C. Les dépenses vestimentaires : le signe plutôt
que les fonctions 229
III. Agriculture urbaine et rurbanité
Conclusion 231
Bibliographie
Chapitre 9
Les jeunes de Ziniaré (« Le Vatican ») 233
Fabien LOCHT
233 I. Histoire, organisation et activité du Vatican
14 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
1. Création et baptême du Vatican :
un rassemblement au nom de la liberté,
de la conscience morale, de la volonté
de trouver sa place dans la société burkinabé
en dehors de toute réalité imposée 233
2. La cérémonie du thé : du temps pour rêver 234
3. L'union des jeunes de Ziniaré (ujz) :
un cadre pour agir 234
4. Recherche de financement et confrontation
avec le contexte : du sable dans les rouages 237
A. Le rapport au politique et la question
de l'argent 237
B. Confrontation à la réalité sociale et déclin 239
II. Des jeunes en stand-by 240
III. Tentative d'explication : pourquoi ce stand-bydes
jeunes du Vatican malgré leur motivation 245
1. L'école, la socialisation scolaire et le statut
social 245
2. La difficulté de trouver sa place
dans l'imbrogliodes tendances à Ziniaré 249
IV Les jeunes du Vatican et la religion : représentations
significatives de l'état de stand-by 251
Conclusion 256
Chapitre 10
Place des organisations musulmanes au sein
d'une ville émergente 257
Tasséré OUEDRAOGO
I. La population musulmane :
aspects sociodémographiques 257
II. Historique de la présence musulmane 262
1. Les premiers regroupements de musulmans
à Ziniaré 263
2. L'acteur principal du regroupement
des musulmans 264
3. Le choix du premier imam définitif
pour la prière commune ou l'insertion de
l'islam dans les structures sociales existantes 265
III. L'organisation actuelle des musulmans 267
Table des matières 15
1. La Communauté des musulmans de la province
d'Oubritenga (CMPO) 267
2. Les wahhabites 269
A. Les activités socioprofessionnelles
B. Les lieux de prières 270
C. Le choix du premier imam
271 et son encadrement
D. Les prêches publics et individuels
E. Les liens et événements sociaux 272
E Les premiers ports de sutela dans la ville 274
276 Conclusion
Bibliographie
Chapitre 11
Géographie du divin dans une ville émergente.
Un regard à partir de l'Église des Assemblées
de Dieu de Ziniaré 281
Pierre-Joseph LAURENT
I. Mouvance pentecôtiste au Burkina Faso 284
II. Les Assemblées de Dieu de Ziniaré 287
III. Stratégie d'implantation de l'Œuvre 293
301 W. Origines des fidèles
Campagnes d'évangélisation, guérisons divines et V.
actions de développement 304
VI. La place attribuée aux autres confessions 308
Conclusion 315
TROISIÈME PARTIE
ACTIONS COLLECTIVES ET DÉVELOPPEMENT
INSTITUTIONNEL
Chapitre 12
Pluralisme institutionnel et politiques
de développement communal 323
Pamphile SEBAHARA
323 Introduction
16 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
I. Une mise en perspective historique des approches
du développement : du développement national au
développement local 326
II. Les dimensions du développement communal 328
III. Une pluralité d'acteurs institutionnels 331
1. Le maire et le conseil municipal
2. Les Services déconcentrés de l'État 334
3. Le Gouvernement et les départements
ministériels 335
4. Les composantes de la société civile 336
5. Les acteurs de la coopération 338
IV. Rapports entre les acteurs institutionnels
dans le développement communal : complémentarité,
concurrence et interdépendance 341
1. Les politiques foncières 343
2. Les politiques d'assainissement et de gestion
des déchets 345
Conclusion : Les enjeux du développement communal 349
Bibliographie 354
Chapitre 13
Décentralisation et citoyenneté communale
Réflexions sur la construction de l'espace
public municipal 357
Pamphile SEBAHARA et Flore SINDOGO
Introduction 357
I. Contexte : urbanisation, réforme institutionnelle
et changements de modes de vie 359
1. Représentations sociales 360
2. Le vécu social 363
3. Connaissances et informations par rapport
au politique 369
A. Sur la création de la commune 370
B. Perception du politique et du rôle du maireet
des élus municipaux 372
C. Participation de la population aux décisions
du conseil municipal 373
II. La citoyenneté en question 374
Table des matières 17
1. Quelques fondements historiques
de la citoyenneté 374
2. Dimensions de la citoyenneté moderne 377
3. Essai d'une socio-anthropologie 379
A. Le champ de la reconnaissance
B. Le champ de l'expression sensible 380
C. Le champ de la subdélégation 381
III. La construction de l'espace public municipal :
points de vue des acteurs du développement
communal 383
1. Le maire et les conseillers municipaux
A. Sur l'avènement de la mairie et le statut
bénévole des élus 383
B. Sur la participation de la population
aux initiatives de la mairie 384
2. Les services déconcentrés et les projets
de développement 386
3. Le malentendu de la société civile 387
Conclusion 390
Bibliographie 397
Chapitre 14
La gestion des déchets dans une ville
émergente 399
François WYNGAERDEN
I. Ziniaré et le changement 401
II. Méthodologie 405
III. Les déchets et la rue 406
IV Accumulation volontaire : le tampuure 410
1. Symboliques
2. Tampuure et gestion de l'espace 412
3. Tampuure et espace urbain
4. Tampuure et agriculture 413
V. Les « nouveaux » déchets 415
VI. Contradictions et coexistence de nonnes 416
VII. L'appropriation de l'espace 418
VIII. L'espace public existe-t-il ? 420
18 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
Chapitre 15
Stratégies populaires dans une ville
émergente et système des valeurs
partagées 423
Pierre-Joseph LAURENT
I. Immigration dans les petites villes ; la croissance
urbaine comme une ouverture sur le monde
que la modernité globalisée promet 424
II. Mode d'appropriation de la « modernité globalisée »
que permet la citoyenneté dans une ville émergente
sahélienne 426
1. La société rurale (quelques pistes) 428
A. Continuum ville — campagne
B. Entre la sécurité sociale et économique
lignagère et la sécurité produite par l'État :
le temps de la « modernité insécurisée » 431
2. La gestion magique du lien social :
la modernité des « pouvoirs sorciers » 433
3. La cité projet : l'arène, la corruption
et la rente du développement 437
III. Bi-localisation, des logiques sociales bricolées 440
1. Question de définition
2. Bricolage de formes non isomorphes de vie en
commun 443
IV. Perspectives : la citoyenneté dans une ville
émergente, des stratégies de survie des individus
aux principes d'instauration de la confiance 445
Conclusion générale 449
I. Une urbanisation croissante 450
1. Transformation de l'espace
2. Développement démographique et développement
économique 451
II. De l'articulation entre le local et le global,
la tradition et la modernité 452
III. De la civilité à la citoyenneté 454
1. La nouvelle civilité
2. Vers l'émergence de la citoyenneté ? 456
Table des matières 19
Bibliographie commentée de la ville
de Ziniaré 459
Jacinthe MAZZOCCHETTI
1. Ouvrages 459
2. Articles 462
3. Documents officiels 463
4. Mémoires
5. Rapports 468

Introduction

La ville de Zinarié est une des villes émergentes africaines
issues du déploiement d'infrastructures, des décisions politiques,
de l'action de développement et de la mobilité des personnes.
Cet ouvrage essaie de cerner quelques aspects des change-
ments en cours dans cette ville. L'intention est, d'une part, de
présenter les résultats de recherches diverses pouvant enrichir
le questionnement sociologique et, d'autre part, de fournir aux
décideurs politiques, aux responsables associatifs et aux citoyens
actifs des instruments pouvant — on l'espère — leur être utiles
pour la poursuite de leur action.
L'ensemble des recherches présentées dans ce volume est issu
des efforts conjoints d'enseignants et chercheurs de l'Université
de Ouagadougou et de l'Université catholique de Louvain dans
le cadre du projet « PLURI » 1 mis en place en 1998. Certains de
ces articles sont extraits de mémoires de licence et de maîtrise
en sociologie, anthropologie et démographie ; d'autres sont écrits
par des chercheurs confirmés par un travail de terrain de plus
ou moins longue durée. L'ensemble — réalisé avec des moyens
de recherche très limités — peut fournir un tableau de quelques-
unes parmi les questions majeures auxquelles est confrontée une
ville émergente, mais il met également en lumière quelques-uns
des atouts dont ces villes disposent.
La première partie éclaire quelques aspects historiques et
contextuels. André Nyamba (chapitre 1) rappelle des éléments
de l'histoire de Ziniaré, lieu de chefferie traditionnelle, centre
administratif colonial, ville de résidence du président de la Répu-
blique, Blaise Compaoré. C'est dans cet arrière-fond complexe
qu'il faut comprendre également la mise en place de la nouvelle
1 Projet PLURI » : programme de recherche pluridisciplinaire, mis en place
par le Département de Sociologie de l'Université de Ouagadougou et l'Univer-
sité catholique de Louvain, avec l'appui du Conseil Inter-universitaire de la
Communauté française de Belgique (CIUF). DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO 22
administration communale. Celle-ci est prévue par la loi rela-
tive à la décentralisation dont Antoine Sawadogo et Pamphile
Sebahara rappellent l'historique (chapitre 2). Le devenir de la
population caractérise aussi le développement urbain. Mamadou
B. Ouedraogo (chapitre 3) analyse non seulement l'accroissement
démographique de la population de Ziniaré, mais également sa
composition sociale, religieuse et surtout les mouvements d'im-
migration. Cette première partie permet ainsi de saisir la ville
de Ziniaré du point de vue de la dynamique de la population
qui la compose, dans l'arrière-fond de son histoire longue et du
contexte institutionnel de la décentralisation.
La deuxième partie se centre sur certains acteurs sociaux qui
font vivre cette ville par leurs initiatives et leurs activités.
Les activités économiques et leurs acteurs sont l'objet de
quelques textes. Un premier, de Felice Dassetto (chapitre 4),
est le résultat d'un recensement léger auprès de commerçants
et artisans. Au-delà de quelques résultats, il entend surtout
suggérer l'idée que l'on dispose, au niveau des communes,
d'un outil simple d'observation des activités économiques et
des besoins qui en découlent. Les initiatives économiques pri-
ses par des femmes et des jeunes, surtout dans le commerce,
ont été étudiées en particulier dans le texte de Marie Fontaine
(chapitre 5). Elle met en lumière les motivations, les savoir-faire,
les espoirs investis dans ces activités. Deux textes, celui de
Marie Castaigne (chapitre 6) et de Fabien Ledecq (chapitre 7)
étudient l'implantation et l'organisation du barrage de Tamissi,
qui permet à un groupe important de familles de cultiver et de
vendre du riz et des produits maraîchers. Le caractère original de
l'organisation de cette importante entreprise agricole, les défis qui
se posent pour la poursuite de ses activités sont mis en lumière
par ces textes. Le fonctionnement des activités maraîchères est
également étudié dans le texte suivant (Boureima Ouedraogo,
chapitre 8) qui s'interroge en même temps sur la manière de
qualifier les territoires émergents, à propos desquels l'auteur
parle de «rurbanité>». Des recherches futures devront continuer
à suivre le devenir de l'ensemble des activités économiques,
vitales pour les habitants et le développement de la ville, et
éclairer des aspects (par exemple artisanaux et commerciaux
ayant un poids plus relevant) laissés dans l'ombre dans cette
phase de recherche. Introduction 23
Les attentes des jeunes gens ont fait l'objet d'un texte
(Fabien Locht, chapitre 9) qui, bien qu'à partir de l'étude d'un
cas particulier, est révélateur des questions qui se posent à une
population jeune, scolarisée, mais qui parvient difficilement à se
situer dans le contexte de la nouvelle ville.
Les acteurs religieux sont l'objet de l'étude de Tassere
Ouedraogo (chapitre 10), pour ce qui concerne les musulmans,
et de Pierre-Joseph Laurent (chapitre 11), pour ce qui concerne
les Assemblées de Dieu. Les références religieuses chrétiennes
et islamiques, qui se juxtaposent aux références coutumières,
prennent une place importante non seulement au plan symbolique
et des appartenances individuelles, mais également au plan des
pratiques et des activités.
La troisième partie contient des textes relatifs à l'action des
institutions publiques et à l'organisation de l'espace public.
Un premier texte (Pamphile Sebahara, chapitre 12) décrit
l'ensemble du paysage multiple des acteurs institutionnels agis-
sant à Ziniaré. Le texte suivant (Pamphile Sebahara et Flore
Sindogo, chapitre 13) synthétise des entretiens qui restituent la
vision actuelle de la vie de la ville et de la municipalité, tant
de la part d'habitants que de mandataires et fonctionnaires. Il
s'agit là de l'état actuel de l'opinion concernant la ville, ses
changements et son devenir. Un aspect de l'espace public, celui
de la gestion des déchets, est analysé dans le chapitre suivant
(François Wyngaerden, chapitre 14). Des analyses futures devront
suivre plus en détail d'autres aspects de la vie et de la gestion
publiques de la commune (comme l'aménagement du territoire,
la voirie, etc.).
Cette troisième partie contient un texte conclusif de synthèse
théorique et problématique (Pierre-Joseph Laurent, chapitre 15).
Il s'agit de la construction d'une réponse, qui devra être creusée
dans les années à venir, à la question de savoir comment se
vivent, se pensent, agissent en tant que « citoyens » les habitants
de Ziniaré.
Une conclusion générale se veut opératoire : elle essaie de
pointer quelques questions que ces recherches ont mises en
lumière et qui semblent constituer des enjeux majeurs dans la
gestion des responsables politiques.
Les coordonnateurs de ce volume félicitent et remercient vive-
ment les étudiants et jeunes chercheurs (burkinabé et belges) 24 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
qui se sont engagés avec enthousiasme, accompagné de l'auto-
financement de leur séjour, et générosité dans la recherche et
dans l'écriture de leurs textes.
Ils remercient également toutes les institutions et leurs
responsables qui ont apporté un appui financier ou matériel
aux activités relatives à la réalisation de cet ouvrage. La Coo-
pération Interuniversitaire Francophone Belge (cHJP) a financé,
à travers le projet PLURI, piloté par le Département de Socio-
logie de l'Université de Ougadougou et l'Unité d'Anthropologie
et de Sociologie de l'Université catholique de Louvain, les
travaux de terrain des étudiants et de jeunes chercheurs. Le
Centre Européen de Gestion des Politiques de Développement
(ECDPM) de Maastricht (Pays-Bas) a co-financé avec le PLURI
une mission de terrain qui a permis de récolter une partie des
données à la base de deux contributions. L'APEFE, agence de la
Communauté française de Belgique, et la Commission Nationale
de la Décentralisation du Burkina Faso, ont accordé un cadre
agréable de coordination de l'ouvrage à travers leur projet de
recherche-action « Décentralisation et collectivités locales ». La
Région wallonne a apporté un appui financier à la réalisation des
enquêtes de terrain et à la publication de l'ouvrage, à travers
une convention avec le Laboratoire d'anthropologie prospective
de l'Université catholique de Louvain.
Ils adressent aussi leurs remerciements à l'ONG LVIA,
en particulier en les personnes de Mario Civettin et Alberto
Longanesi, qui a permis le séjour d'étudiants, notamment bel-
ges, dans ses bâtiments. Elle leur a offert un cadre de vie et
de travail agréable.
Ils remercient toutes les institutions et les organisations basées
à Ziniaré ainsi que les habitants de la commune pour leur accueil
et leur collaboration pendant toute la durée des études. Que les
autorités publiques, en particulier la Mairie et la préfecture de
Ziniaré et le Haut Commissariat de l'Oubritenga ; les autorités
coutumières et religieuses, les responsables des associations et
des ONG et toutes les personnes interviewées trouvent dans ces
lignes l'expression de notre reconnaissance. Tous ces acteurs
ont réservé aux chercheurs et au projet de recherche un accueil
positif. Ils ont compris l'intérêt que l'éclairage d'une recherche
universitaire — même réalisée avec des faibles moyens — peut
apporter, parmi d'autres éclairages et leur connaissance propre Introduction 25
du terrain, au développement de la ville qui grandit de jour en
jour et à la définition des politiques publiques pertinentes.
Ils expriment enfin leur gratitude à Cécile Wéry et Marie-
Jeanne Vervack pour la relecture attentive et la mise en forme
du manuscrit de cet ouvrage.
PREMIÈRE PARTIE
HISTOIRE, CONTEXTE INSTITUTIONNEL
ET DÉFINITIONS Chapitre 1
Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui
Réflexion sur quelques éléments d'histoire

André NYAMBA
I. Ziniaré, un espace de vie, entre hier et demain 1
La «galette » de Ziniaré, c'était vers 1750: une femme prépa-
rait des galettes, un événement à la fois simple et inhabituel;
inhabituel parce que cet événement avait rassemblé beaucoup
d'hommes, de femmes et d'enfants : c'était «du jamais vu »,
en langue nationale mooré, « ZI NYARE ! ». D'où l'appellation
«Ziniaré », aujourd'hui.
La légende sur l'origine du mot « Ziniaré » rapporte en effet
qu'une femme, la mère de Naba Zombré, préparait des galettes
qui suscitèrent tant d'engouement que les gens accouraient de
partout pour en manger, en échange d'autres produits ; c'était
du «jamais vu»; ainsi serait né le premier marché du royaume
mossi de Ouagadougou'.
Une autre légende sur l'origine de Ziniaré, plus ancienne,
rapporte l'histoire de la rencontre d'une « femme à barbe », d'ori-
gine nionioga, et du premier souverain mossi, Naba Zungrana,
dans une bergerie, à la faveur d'une tempête provoquée par
les Nioniossé, ces populations autochtones que les Mossi ont
trouvées à leur arrivée ; il en naquit un fils du nom de Wubri,
ce qui veut dire bergerie en langue mooré ; Wubri, devenu par
la suite un guerrier hors pair, sera le fondateur du royaume de
l'Oubritenga et s'installera à Ziniaré, ses « oncles », les autoch-
tones, s'étant retirés un peu plus loin, à Guilloux.
1 Allusion à l'ouvrage du Pr Ki-ZERBO J., Histoire de l'Afrique, d'hier à
demain, Paris, Hatier, 1972.
2 In Monographie de Ziniaré, éditée par la commune de Ziniaré, non
datée. 30 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
Une troisième légende raccourcit les faits en disant qu'une
femme récoltait des galettes au marché : ce qui ne « s'était jamais
vu » également.
Toutes ces histoires, imaginaires ou réelles, montrent bien
par l'étymologie que Ziniaré est né de l'insolite ou que l'on a
voulu que Ziniaré soit né de « choses » peu ordinaires !
Ziniaré, situé à une trentaine de kilomètres à l'Est de
Ouagadougou, était une subdivision administrative coloniale
dans les années 1950, chef-lieu de cercle dans les années 1960 ;
elle est aujourd'hui chef-lieu de Région, chef-lieu de la Province
d'Oubritenga, commune de plein exercice.
L'on pourrait définir cette terre d'histoire des Mossi du Burkina
Faso comme un espace social, une sorte de zone de vie « entre
hier et demain » ; elle se caractérise en effet par l'histoire continue
d'une évolution, marquée par des événements importants au fil
des générations, parfois au travers des ombres et des lumières
de la ville de Ouagadougou.
Ziniaré n'est pas à proprement parler une ville ; ce n'est pas
non plus un village... Disons que c'est un «village qui s'urba-
nise », une sorte de petit centre urbain, espace de vie sociale
en construction où s'amalgament des dynamiques endogènes et
exogènes, où s'exacerbent aussi des concurrences et des compé-
titions multiformes ; les forces en présence relèvent à la fois du
passé et du présent, se légitimant toutes par leur participation à
l'édification de ce nouvel espace de « vie moderne » ; dans cette
dynamique de reconstruction sociale, le global ne semble pas
ici s'opposer au local en un conflit destructeur, comme c'est
bien souvent le cas ailleurs dans de pareilles relations entre le
passé et le présent.
Ziniaré aujourd'hui, c'est aussi la présence d'un certain
nombre d'acteurs sociaux engagés dans une longue marche de
développement local, dans le contexte de la décentralisation en
cours au Burkina Faso. Un jour, à l'occasion d'une rencontre de
travail du conseil municipal, un ancien conseiller de la mairie
de Ziniaré résumait bien cette situation actuelle de la façon
suivante :
« De tout temps, nous avons été associés au pouvoir ici à Ziniaré :
que ce soit dans l'ancien empire mossi de Ouagadougou, ou que
ce soit au temps colonial et au début de la christianisation.. . A. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 31
Aujourd'hui, le Président du Faso habite avec nous... Il a un oeil
bienveillant sur nous et sur notre commune! Mais si jamais nous
nous endormons à cause de cela, notre réveil va être douloureux;
c'est pourquoi, à Ziniaré, nous avons une obligation de réussite
dans tous les domaines... depuis les temps d'hier jusqu'à ceux
d'aujourd'hui ! » 3 .
L'approche socio-anthropologique que propose cette réflexion
sur l'évolution historique de Ziniaré fait ressortir trois idées-
forces.
La première montre que Ziniaré, hier comme aujourd'hui,
est une terre d'histoire. Ce bourg, en tant qu'espace social, se
caractérise à la fois par la mobilité de sa population et par une
longue tradition de sédentarité. Mobilité d'abord car les popula-
tions, autochtones, allochtones ou allogènes, vont et viennent ;
sédentarité ensuite parce que Ziniaré, au point de départ du
royaume d'Oubritenga, représente un pan important de l'histoire
sociale des Mossi. Autrement dit, la reproduction sociale de
Ziniaré s'est opérée dans une « fusion» avec les villages envi-
ronnants, en particulier Guiloungou. Cette fusion porte sur des
biens matériels — la terre et ses ressources naturelles — et
des biens immatériels — une culture, un mode d'éducation, une
vision du monde et une philosophie de vie nés de la rencontre
et de la cohabitation entre différents groupes de populations :
les Ninissi, les Nioniossé et les Mossi.
La deuxième idée forte est la rencontre de l'espace social
de Ziniaré avec la colonisation et les premiers administrateurs
coloniaux, mais aussi avec les missionnaires, Pères Blancs de
l'évangélisation, installés eux à Guiloungou. Apparemment, il
s'est opéré une sorte d'idylle globalement bienfaisante. S'il est
vrai que le changement social de Ziniaré ne date pas d'hier, il
s'est tout de même accéléré depuis sa rencontre avec l'Occident
judéo-chrétien, comme le confirmaient du reste certains de nos
interlocuteurs. Ainsi, ils affirmaient, avec une conviction sans
équivoque, mais aussi avec une petite note de nostalgie dans la
voix : « ... tout a changé, depuis la venue des Blancs... »
Enfin, la troisième idée forte dans cette approche de l'évolu-
tion de Ziniaré est l'apparition, ou plus exactement la mise en
oeuvre concrète d'une réelle dynamique de développement local.
3 Le 18 juillet 2001. 32 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
Celle-ci tient dans la continuité de son histoire, qui a toujours
été faite d'intégration d'éléments nouveaux, avec une certaine
Tengsoba, fidélité à ses traditions ; ainsi qu'aimait à le dire le
chef de terre et chef spirituel à Guiloungou «Ziniaré a toujours
attiré les gens... » 4 . Si Ziniaré attire de fait les gens de la ville
et des villages environnants, c'est qu'elle joue un rôle d'espace
tampon entre le monde rural des villages environnants et la
population urbaine de la ville de Ouagadougou. La petite ville
attire ses fils éparpillés sur de nombreuses terres d'exils et
ceux qui sont aux prises avec la construction de leur identité
citoyenne, dans le contexte combien remuant du changement
social. Ziniaré, c'est aussi le confort relatif que procurent les
espaces lotis, la route bitumée, le barrage, les nombreuses
infrastructures dont l'électricité, le téléphone, les équipements
modernes et toute la diversité des biens et des services proposés
par l'État et le secteur informel. Ziniaré «se trouve au milieu » 6 ,
entre le local et le global...
Aujourd'hui, Ziniaré est en train de s'adapter à une situation
nouvelle, poussée par une nécessité impérieuse de survie, mais
aussi d'équilibre social avec les villages voisins. C'est ainsi que
la petite ville s'est amalgamée avec le village tout proche de
Guiloungou.
Si Ziniaré semble jouir d'une identité propre, l'agglomération
a tout de même vécu « à l'ombre » de la grande ville de Ouaga-
dougou: une ombre bienfaisante, certes, parce que protectrice ;
mais aussi une ombre qui peut justement lui porter « ombrage »,
empêchant parfois sa visibilité ou même gênant carrément ses
possibilités d'autonomie. De fait, Ziniaré vit son expérience de
développement décentralisé, avec les promesses annoncées de
la construction d'une conscience citoyenne, dans l'action conju-
guée des différents acteurs sociaux aux prises avec des réalités
brûlantes de cet espace social.
4 Entretien du 16 avril 2001 avec le Tengsoba de Guiloungou, à son
domicile.
5 Se référer à l'étude sociodémographique de la ville Ziniaré de Mamadou
OUEDRAOGO dans cet ouvrage.
Suite des propos du chef de terre de Guiloungou. 6 A. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 33
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Graphique — É-J. Laurent
34 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
Légende
Premier lotissement
Deuxième lotissement
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Zone d'habitat « informelle » A. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 35
Mission catholique t

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Graphique - P i Laurent
36 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
II. L'Oubritenga dans l'histoire des royaumes mossi
1. La configuration politique et historique de l'Oubritenga
Il existe diverses sources pour l'histoire des royaumes mossi :
certaines plus anciennes, d'autres plus récentes, provenant soit
d'africanistes, soit de « fils du pays » qui ont eux-mêmes été à
« l'école du Blanc » ; ces sources sont souvent complémentaires les
unes des autres, mais aussi parfois contradictoires, surtout en
ce qui concerne les repères chronologiques. Nous retiendrons de
façon sélective pour nos propos, outre les informations générales
issues du Tarikh el Fettâch (chronique du chercheur) et du Tarikh
es Soûdan, « L'introduction à l'histoire des royaumes mossi » 7 de
Michel Izard, « Le pays mossi et sa population » 8 du Capitaine
Lambert, « L'empire du Mogho-Naba » 9 de Dim Dolobsom, «An
analysis of the political organisation of the Mossi » 10 de Eliott
P. Skinner, « L'histoire traditionnelle des Mossi de Ouagadougou » 11
de Tiendrebeogo Yamba.
Dans cette approche de l'histoire récente de la commune de
Ziniaré, nous choisissons de privilégier les informations orales
recueillies auprès de diverses personnes, dont le Tengsoba, chef
de terre de Guiloungou, laissant au lecteur le soin de se forger
sa propre idée de l'histoire de cet espace social, par son analyse
personnelle des faits et des informations disponibles.
Il faut souligner d'emblée que la société des Mossi 12 est
très fortement structurée ; d'aucuns parlent de société centra-
lisée et hiérarchisée ; les historiens distinguent généralement
7 IZARD M., « Introduction à l'histoire des royaumes mossi », Recherches
Voltai-ques, 12 et 13, Paris/Ouagadougou, CNRS/CVRS, 1970.
8 Capitaine LAMBERT T.E., Le pays mossi et sa population. Étude historique,
économique, géographique, suivie d'un essai d'ethnographie comparée, inédit, archives
12 du Sénégal, 1907.
9 DOLOBSOM D., L'empire du Mogho-Naba. Coutumes des Mossi de la Haute-
Volta, Paris, 1932.
1° SKINNER E. P., «An Analysis of the Political Organisation of the Mossi
People ›, Transactions of the New York Academy of Sciences, ser. II , vol. 19,
n° 8, June 1957.
TIENDREGEOGO Y., ‹, Histoire traditionnelle des Mossi de Ouagadougou »,
Journal de la société des Africanistes, t. 33/1, 1963.
12 On dit un «Moaga nn pour le nom ou pour l'adjectif au singulier et des
Mossi pour le nom comme pour l'adjectif au pluriel.
nA. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 37
les Nabissé 13 (princes pouvant prétendre à être chefs un jour),
les Nakomsél 4 (princes ayant perdu le pouvoir et pouvant dif-
ficilement, sinon jamais, le retrouver et les Talsé (« étrangers »
par rapport à l'ordre social des Mossi ; ce sont des groupes
sociaux souvent non mossi, mais vivant cependant avec eux,
généralement considérés comme des roturiers).
Par ailleurs, des responsabilités spécifiques incombent à
certaines personnalités chez les Mossi selon le rapport qu'ils
entretiennent avec le pouvoir : ainsi, il y a le chef de terre, Teng-
soba et divers types de chefs liés plus ou moins directement au
Mogho-Naba 15 , le chef suprême des Mossi ; à titre d'exemple citons
le Larlé Naba, responsable de l'information en particulier.
Le processus de socialisation du jeune Moaga se réalise à
travers des activités propres à cette classe d'âge (les associa-
tions de culture par exemple) ; le rituel initiatique du «Kiogo »
regroupe périodiquement les jeunes en brousse pour des ensei-
gnements ponctuels uniques, avec une certaine exaltation de
l'endurance physique.
Les sources écrites datent avec plus ou moins de précision la
naissance de l'empire mossi vers 1050-1090 16, avec Naba Wubri,
fondateur du royaume, premier souverain de la dynastie des
Mogho Naba. Naba Wubri reste une figure centrale de l'histoire
des Mossi, en tant que le plus grand des chefs mossi, né d'un
nabiga, c'est-à-dire un prince du nom de Zungrana, le premier
souverain des Mossi, et d'une femme nionioga", c'est-à-dire une
autochtone par rapport aux Mossi conquérants venus de Gambaga
dans l'actuel Ghana ; cette femme était la fille d'un négociant
13 Au singulier «Nabiga», littéralement « enfant de chef ».
14 «Nakomga », littéralement « prince ayant perdu le pouvoir » ;
ce sont généralement les descendants des différents groupes antérieurs aux
Mossi.
15 Naba veut dire « chef » ; Mogho veut dire « univers » ; «Mogho Naba signifie
donc « chef de l'univers » : une certaine représentation du pouvoir...
16 Michel IZARD parle carrément, lui, du XVe siècle !
17 Les Nioniossé de Guiloungou demandèrent à Naba Zugrana sa protection
lapughtwêga, contre les Ninissi de Kaya ; ils lui donnèrent une « femme à barbe »,
dont il eut un fils du nom de Wubri ; et c'est ce dernier qui protégea ses oncles
maternels de Ziniaré et de Guiloungou contre les Ninissi (pluriel de Nionioga).
Du reste, les Mossi considèrent comme Ninissi toutes les populations qui ont
occupé un espace ou un territoire avant eux. DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO 38
18. Wubri prit possession de la région nionioga du nom de Basy
actuelle de Ziniaré appelée depuis lors Wubritenga.
L'installation de Naba Wubri dans la zone de Ziniaré et de
Guiloungou est considérée comme l'élément initial de l'his-
toire du royaume mossi de Ouagadougou. Ses nombreux fils
fondèrent divers royaumes et chefferies dont ceux de Boulsa et
de Boussouma, de Niogo et de Ipalla près de Ouagadougou. Ce
serait donc à partir du noyau central du royaume « d'Oubritenga »,
par la suite royaume de Ouagadougou, que les autres royautés
mossi s'édifièrent, avec les différents fils et descendants de
Naba Wubri.
De façon générale, la société mossi s'est organisée sur la base
d'une distinction marquée entre les Mossi, populations conqué-
rantes et les autres populations autochtones, les « antéMossi »,
comme les appelle Michel Izard ; c'est ce principe qui a présidé
à l'organisation de tous les royaumes mossi, distinguant très
nettement les « envahisseurs », détenteurs du pouvoir politique
des «Nakomsé » cités plus haut, et les autochtones « tenbisi », les
enfants du pays, détenteurs du pouvoir religieux.
Ainsi Naba Zombré, lointain descendant de Naba Wubri,
régna longuement sur l'Oubritenga (1744-1784) ; roi pieux, il
était soucieux d'entretenir de bonnes relations avec les Nioniossé.
C'est sous son règne que le royaume mossi de Ouagadougou vit
l'apparition des marchés organisés par le pouvoir central, avec un
système de surveillance et de taxation des commerçants. C'est
sous son règne également que Ziniaré et Guiloungou s'ancrèrent
profondément dans l'histoire des royaumes mossi ; villages anciens,
leurs vies quotidiennes se sont édifiées et forgées ensemble, face
à des événements historiques, en particulier la colonisation et
l'évangélisation qui les ont intimement liés. Aujourd'hui, ces
deux villages ont « fusionné » ; ils tentent de construire le même
espace communal, avec pour chef-lieu Ziniaré ; parler aujourd'hui
de Ziniaré sous-entend parler de Guiloungou!
18 Le lycée de Ziniaré porte aujourd'hui son nom: Lycée Basy. A. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 39
2. Quand l'histoire et la légende construisent un ordre politique
et socioculturel...
L'Oubritenga 19, c'est cette partie centrale du grand mogho,
l'univers physique et imaginaire des Mossi, qui repose sur un
vieux socle précambrien, d'une altitude approximative de 300 m
avec une superficie d'environ 11.175 km' et une densité actuelle
de plus de 35 habitants au km'.
Le climat dans l'Oubritenga est de type tropical, avec l'alter-
nance nette d'une longue saison sèche et d'une saison de pluie
plus brève ; la végétation, généralement de type anthropique,
se caractérise surtout aujourd'hui par des arbres « utiles »
dont le karité, le néré, le raisin, le baobab, le tamarinier et
autres lianes. Des cours d'eaux saisonniers, dont le Massili, le
Nakambe et plusieurs barrages (dont ceux de Donsin et de Ziga
par exemple) permettent des activités de contre-saison, comme
le maraîchage.
Ziniaré et Guiloungou se situent, comme souligné plus haut,
au coeur de l'Oubritenga, la terre de Wubri. Ces deux villages
à l'histoire intimement liée furent initialement habités par des
Nioniossé et ensuite par des populations Ninissi, des étrangers
venus par la suite renforcer l'une et l'autre entité. Guiloungou
veut dire « tourner en rond », allusion à l'histoire mythique des
ancêtres fondateurs venus d'ailleurs en quête de terres favorables
à leurs activités. À propos de Guiloungou, voici ce que dit le
Tengsoba, chef de terre et chef spirituel de cet ancien village :
«Mes parents sont originaires d'ici. Je suis né ici. Nous, les gens
de Guiloungou, nous ne sommes pas venus d'ailleurs; nous avons
entendu nos parents dire que les gens sont sortis de la terre. On
dit Guiloungou parce que la terre s'est fendillée, et il en est sorti
une femme et deux enfants, tous deux garçons. Lorsque la femme
préparait à manger, elle n'en donnait pas à son mari mais à ses
enfants. Et chaque fois, l'aîné mangeait seul sa part; quand au
plus jeune, il présentait d'abord la nourriture à son père; son
père en mangeait et lui remettait le reste.
19 De nombreuses données d'histoire et de géographie viennent de l'ouvrage
de HALPOUGDOU M. intitulé Approche du peuplement pré-dagomba du Burkina Faso.
Les Yônyôose et les .11rinsi du Wubr-Tênga, Études sur l'Histoire et l'Archéologie
du Burkina Faso, vol. 6, Stuttgart, Steiner-Verl., 1992. 40 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
Un jour; leur père, tombé malade, les appela et leur dit: toi, tu
es le petit frère; tu peux toujours te balader; mais aussi vrai que
je suis ton père, tu ne resteras jamais derrière les autres. L'aîné
est allé au loin, vers Nioniogo, dans la brousse; à l'endroit où
il s'est arrêté, il en est sorti un arbre, le bagandé. Pendant ce
temps, le jeune frère continuait de se promener; pour finir; il est
venu s'installer à Guiloungou. C'est pourquoi on dit Guiloungou,
c'est-à-dire « tourner autour de». On l'a nommé Naba (chef).
Depuis toujours, le Mogho Naba de Ouagadougou envoie des gens
pour le couronnement des Naba ici. Nous, nous n'allons pas à
Ouagadougou pour recevoir le pouvoir; et seuls le Tengsoba de
Guilounyou et le Mogho Naba sont intronisés chefs de jour; les
autres chefs par contre le sont de nuit. Nous, nous n'allons pas
à Ouagadougou ; ce sont bien eux qui viennent ici pour nous
introniser.
Avant, si l'on dit Ziniaré, c'est bien de Guiloungou qu'il s'agit.
Nous étions d'abord à Ziniaré; voyez-vous, dans le temps, lorsque
vous vous installez en un endroit donné et qu'il y a beaucoup
de maladies et de fatalité, vous vous déplacez: c'est pourquoi
nous sommes ici. » 20 .
L'histoire rapporte en fait que les « oncles » de Wubri, qui
étaient installés à Ziniaré, ont dû lui céder leurs habitations
lorsqu'ils ont fait appel à lui pour lutter contre les Ninissi.
Et Martial Halpougdou, parlant de l'organisation de la vie
sociale dans l'Oubritenga, de dire qu'en plus du troc traditionnel
qui avait cours, les premiers centres d'échanges commerciaux
en pays mossi se situaient tous dans l'Oubritenga, en particulier
à Ziniaré, Loumbila, Gwe, Yadeghin, Vaaga, Gonse, Budtenga,
Nongaana. Les outils aratoires constituaient la base des échanges
commerciaux à cette époque, l'agriculture étant la principale
activité des villages.
Un fait historique majeur reste déterminant dans la compréhen-
sion de la configuration socioculturelle actuelle de l'espace Mossi :
20 Cf. L'épisode mythique des deux enfants dont l'aîné s'installa dans le
‹Niogo », l'espace lointain de la brousse et le second resta à «tourner autour
de l'habitat de son père, d'où Guiloungou. L'histoire rapporte en fait que Wubri,
le ‹ neveu » des Nioniossé, est arrivé à Ziniaré pour guerroyer contre les Ninissi;
ses ,‹ oncles » ont dû lui céder, plutôt malgré eux, leurs habitations pour aller
plus loin, à Guiloungou.
n41 A. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui...
l'arrivée des Dagomba 21, instaurant des pratiques cultuelles
(culte des ancêtres) et le kudgu (autel telles que le yonyaoré
de la forge). Sur le plan culturel en effet, c'est bien l'arrivée
des Dagomba du Nord Ghana, ces « Mossi archaïques » selon
l'expression de Michel Izard, qui accentua les pratiques reli-
gieuses du culte des ancêtres et des funérailles. Dans un tel
contexte, le rôle de tengsoba, chef de terre et chef spirituel des
Mossi, reste éminemment religieux, avec les sacrifices de poulets
à l'occasion des différentes fêtes annuelles saisonnières telles
que la fête de la pluie.
Au fur et à mesure que les générations passent, le proces-
sus d'acculturation s'intensifie, assimilant et amalgamant toutes
ces populations en présence : les Nakomsé, ces premiers déten-
teurs du pouvoir chez les Mossi, les Nyonyosé, les premières
populations autochtones « envahies » par les Mossi, les Ninisé,
ceux que les Mossi dans leur ensemble considèrent comme des
étrangers parce qu'ils sont tout simplement non Mossi; et tous
ces différents groupes sociaux trouvent des raisons de vivre à
Ziniaré et à Guiloungou. Ce phénomène perdure jusqu'à nos jours
d'ailleurs. Voici ce que disent différents informateurs, au sujet
de la répartition actuelle des nouveaux venus dans les espaces
de Guiloungou et de Ziniaré :
«Le rapport entre Ziniaré et Guiloungou ? Avant, Guiloungou
était Guiloungou ! Les premiers élèves viennent de Guiloungou.
Tous les premiers élèves de Ziniaré, je pourrais même dire tous
les premiers élèves de la province d'Oubritenga viennent de Gui-
loungou, parce que la première école fut construite à Guiloungou
par les Pères Blancs, dans les années 1930.
Si aujourd'hui Ziniaré est en avance sur Guiloungou, c'est à
cause de l'administration, puisque les bureaux sont ici; et tous
les fonctionnaires résident à Ziniaré; une ville, c'est là où il
y a l'administration, les fonctionnaires ! Avant la Révolution,
Guiloungou avait son école; les instituteurs dormaient là-bas; le
dispensaire, c'était à Guiloungou. Les premières infrastructures,
21 Selon certains historiens et certains anthropologues comme Michel
IZARD, les Mossi auraient été précédés dans les mouvements de peuplement
de la zone de la Volta Blanche, dans l'actuel Burkina Faso, par des populations
plus anciennes appelées Dagomba, venant toutes effectivement de Gambaga
l'arrivée de ces derniers aurait ouvert une nouvelle ère de l'histoire sociale des
peuples initialement présents dans cette région de la Volta Blanche. 42 e DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
c'était à Guiloungou : le dispensaire comme l'école. » (Entretien
avec Théophane Bonkoungou, ex-conseiller municipal ;10 mai
2001).
Les propos de cet ex-conseiller municipal sont sans équivoque :
l'histoire récente de l'espace social de Ziniaré-Guiloungou laisse
apparaître l'idée importante du changement des rapports de force
entre Ziniaré et Guiloungou ; aujourd'hui, la prépondérance de
Ziniaré sur Guiloungou ne serait en fait qu'un retournement,
voire une revanche, de l'histoire politique et sociale des deux
villages : en effet, si aux temps précoloniaux Guiloungou joua
un rôle très déterminant dans l'organisation et dans l'ordre
social de la région, cela était lié à la responsabilité historique,
religieuse et culturelle qu'elle détenait (n'oublions pas en effet
que les gens de Guiloungou sont les « oncles » de Naba Wubri,
empereur le plus important parmi les empereurs mossi) ; et
c'est précisément cette responsabilité historique, religieuse et
culturelle de Guiloungou que les temps de la colonisation ont
affaiblie en introduisant l'école qui désorganise le fonctionne-
ment de la société, notamment lorsqu'elle « arrache » les enfants
à leurs parents pour les façonner autrement ; les propos du
Tengsoba, chef de terre et chef spirituel de Guiloungou au sujet
de l'école considérée comme « une force faite aux parents », sont
sans équivoque :
«Au début, les parents ne voulaient pas mettre leurs enfants à
l'école; il a fallu user de la force. » (Entretien du 16 avril 2001,
chez lui, à Guiloungou.)
D'autres points de vue apparaissent dans les propos de
l'ex-conseiller municipal : ils ont trait notamment aux débuts
« difficiles » de l'implantation de la nouvelle administration, colo-
niale comme post-coloniale, dans la région, à l'histoire récente
du Burkina Faso qui s'inscrit, selon lui, dans l'ordre normal
des soubresauts de l'histoire sociale. L'ex-conseiller municipal
affirme bien en effet qu'avant la Révolution, Guiloungou avait
son école, que les instituteurs dormaient à Guiloungou, que le
dispensaire était à Guiloungou, que les premières infrastructures
étaient à Guiloungou... Il poursuit en disant :
«Ziniaré n'était pas grand... Ce sont les gens qui l'ont agrandi,
parce qu'ils se sont beaucoup installés ici. Avant les gens étaient
séparés, ils vivaient par clan. C'est depuis l'arrivée du Blanc que A. Nyamba - Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 43
les gens ont commencé à se frotter les uns aux autres, à vivre
ensemble dans la fraternité, avec le pardon. Les clans étaient:
Nionongo, Guiloungou, Djegotenga, Kouida, Boulga, Ziga,
Nakamtenga, Kioudin... Oubritenga, ça c'était le premier village
des gens de Guiloungou. Ici les Nioniossé sont à part, il en est
de même pour les Nakomsé ».
«Pour que les gens viennent à Ziniaré, le Blanc a d'abord procédé
par la construction des routes. Ils amenaient les gens de force
et les installaient au campement; ils faisaient le travail forcé.
Après, ces travailleurs sont restés et ont peuplé Ziniaré. La vraie
population de Ziniaré, les autochtones, n'est pas nombreuse; ce
sont les étrangers qui ont peuplé Ziniaré, comme à Ouaga. Ceux
qui sont originaires de Ziniaré sont des Kabré, des Kaboré, des
Ouedraogo, des Rabo. L'origine de la chefferie est Zoungrana
(le père de Oubri).
Quand les Pères Blancs arrivaient à Ziniaré, le village n'était pas
grand. Ils sont allés s'installer à Guiloungou. Ils ont vraiment
contribué au développement de Guiloungou. Ils étaient d'abord
venus à Ziniaré, mais les gens ont refusé de les recevoir. Ce sont les
gens de Guiloungou qui les ont reçus. » (Entretien avec Oumarou,
ancien de Ziniaré ; gardien du cinéma ; 27 mai 2001).
Les temps évoqués ici mêlent l'histoire ancienne, celle de
la colonisation et l'histoire récente ; les propos qui en émanent
abondent tous dans le même sens : montrer que Ziniaré est une
création, ou plus exactement le signe concret d'une rupture
avec l'histoire ancienne du peuple mossi, précisément depuis
la venue du Blanc.
Les affirmations du président des anciens combattants de
Ziniaré, lui aussi ex-conseiller municipal, semblent appuyer cette
thèse de la prépondérance actuelle de Ziniaré sur Guiloungou
«Avant, Guiloungou était en avance sur Ziniaré... Il y avait un
grand écart entre les deux, à cause des missionnaires. Le retard
que Guiloungou accuse aujourd'hui par rapport à Ziniaré vient du
fait que Ziniaré a beaucoup accepté les étrangers... Guiloungou
est seulement habité par les Nioniossé... et ils sont beaucoup
plus hostiles aux étrangers. Mais comme Ziniaré est constituée
de Nakomsé, ils acceptent tout le monde... Si tu es sorcier, ils
t'acceptent; si on te chasse à cause d'un problème de femme, on 44 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
t'accepte ici ; voilà pourquoi à Ziniaré, il y a beaucoup d'étrangers,
par rapport à Guiloungou.
Pour le développement de Ziniaré, nos chefs acceptent les étran-
gers. On ne chasse pas les gens. Vraiment ici, on ne chasse
pas les gens ! Quand un des nôtres viole un interdit, on le fait
partir; mais on l'aide à partir. On lui montre sa route. On te
prépare bien à manger.. Si tu refuses, on t'oblige à te suicider.
Si tu chasses un étranger de chez toi, tu te détruis toi-même.
Ziniaré a toujours accepté les étrangers. » (Entretien avec Ilboudo
Irené, président des anciens combattants, ancien conseiller
municipal ; 30 mai 2001).
Il est fort intéressant de constater ici que les valeurs
sociales prônées jadis dans l'organisation culturelle des Mossi
sont appréciées négativement aujourd'hui, et même interprétées
comme des facteurs d'inadaptation à la réalité du changement
social et de la modernité : ainsi Ziniaré, parce qu'elle a accepté
les étrangers et les marginaux de la société (sorciers, coureurs
de femmes d'autrui, etc.), même si au début elle a refusé les
premiers missionnaires, se présente aujourd'hui comme un
espace de modernité par rapport à Guiloungou. Cependant, la
tradition demeure le point de repère, affirme le président des
anciens combattants :
« Quand un des nôtres viole un interdit, on le fait partir; mais
on l'aide à partir. On lui montre sa route. On te prépare bien à
manger.. Si tu refuses, on t'oblige à te suicider »
«Partir» ici a le sens très net de la sanction forte, sans
appel: le bannissement ou la mort!
III. Ziniaré et Guiloungou, au temps de la colonisation
Il apparaît donc clairement que, dans l'histoire du royaume
d'Oubritenga, deux villages ont un destin commun : Ziniaré et
Guiloungou. Comment s'est consolidé ce destin depuis l'édifi-
cation du royaume d'Oubritenga jusqu'à nos jours, en passant
par le temps colonial et celui plus récent de la Révolution ? Les
réponses à ces questions apparaissent très importantes pour
comprendre aujourd'hui l'histoire de la « fusion » de Ziniaré et
de Guiloungou. A. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 45
1. Le temps de l'école et le temps de Dieu
Le Tengsoba, chef de terre de Guiloungou, dit ceci à propos
de la rencontre des espaces sociaux de Ziniaré et de Guiloungou,
dans le contexte de la colonisation :
« ... Les missionnaires blancs ont été les premiers à s'installer
à Guiloungou, avant l'administration coloniale qui s'est, elle,
installée à Ziniaré; à Guiloungou, les missionnaires blancs ont
construit des logements acceptables et cela attirait les fonction-
naires; plus un dispensaire pour les soins et une école. Les
premiers élèves de l'Oubritenga ont tous fréquenté l'ancienne
école de Guiloungou. » (Entretien du 16 avril 2001, chez le
Tengsoba, à Guiloungou).
En réalité, selon la majorité de nos informateurs, les
missionnaires blancs ont voulu initialement s'installer à Ziniaré ;
ils n'y ont pas été acceptés et c'est le village de Guiloungou
qui les a accueillis ; la même situation semble s'être produite
avec l'administration coloniale, mais à Guiloungou cette fois-
ci : lorsque le « Blanc de la force », c'est-à-dire l'administration
coloniale, a voulu s'installer d'abord dans ce village, il n'y fut
pas admis, alors que les missionnaires blancs l'avaient été.
Parmi les diverses raisons invoquées, la plus crédible est que
l'administration coloniale est un système global de coercition et
de force, tandis que les missionnaires blancs seraient, eux, des
gens de Dieu, et donc des gens de paix.
Et le Tengsoba de Guiloungou de poursuivre sa version :
En fait, il y a eu d'abord les Blancs de la force, ceux qui ont
commandé et gouverné les gens ici. Le premier Blanc qui est arrivé
n'était pas prêtre. J'ai entendu dire que, lorsqu'il venait de Ouaga,
ce sont deux personnes qui le transportaient jusqu'à Ziniaré où
il allait voir les gens; après, ils le ramenaient à Ouaga...
Les premiers missionnaires arrivés ici étaient des Blancs, les Pères
Blancs. Ils sont venus plus tard, après l'administrateur blanc.
Lorsqu'ils sont arrivés, le premier Blanc avait déjà fait planter
des arbres, les arbres que vous voyez là... que les populations
arrosaient. Et les prêtres ont continué par la suite.
Les gens disent que le passé est révolu, qu'il n'y a plus de passé.
Et pourtant, aujourd'hui, ils veulent connaître ce même passé;
vraiment, nous ne comprenons plus ces gens-là! Vous savez, si 46 DÉCENTRALISATION ET CITOYENNETÉ AU BURKINA FASO
un aveugle parle, il ne fait que parler, il ne voit pas; les gens
sont comme cela maintenant: ils n'ont rien vu, et ils en parlent
comme s'ils y étaient, au moment des faits... Ils ne s'informent
pas vraiment.
Guiloungou, selon les anciens, appartient au Naba de Guiloungou ;
mais comme « l'aîné » des Nioniossé a disparu 22 , on dit maintenant
que Guiloungou appartient aux Nioniossé. La terre appartient au
Tengsoba, parce que notre premier père, l'ancien qui était avec ses
deux enfants, a dit au petit frère de continuer à se balader; qu'il
ne restera jamais en arrière et qu'il reviendra ici ; c'est pourquoi
la terre lui appartient...
Quand le Blanc est arrivé à Ziniaré, les gens souffraient de
beaucoup de maladies; les conditions de vie étaient dures,
surtout avec le travail forcé. Les tôles n'existaient pas sur les
toits; c'était de la paille qu'on utilisait; les briques n'existaient
pas : on construisait avec des mottes de terre. La liberté même
n'existait pas... Ce sont les Blancs qui ont amené tout cela. Ils
apportaient leur aide aux populations... »
Quelle configuration sociale l'espace d'Oubritenga en général,
et celui des villages de Guilongou et de Ziniaré en particulier,
ont-ils pris, après la rencontre avec l'Occident judéo-chrétien ?
Le fait majeur qui a entraîné des changements sociaux
dans l'Oubritenga, et particulièrement dans l'espace social de
Guiloungou et de Ziniaré, est sans contexte l'école, ainsi que
le soulignent les informateurs rencontrés. L'école, instrument
stratégique des missionnaires blancs, a produit un changement
de mentalité, certes. Elle a surtout conduit à un début de remise
en cause de l'ordre social existant et de rupture avec des pra-
tiques dans les systèmes de représentation et dans l'éducation
sociale. Ainsi, en prenant pour cibles privilégiées les enfants,
c'est-à-dire ce que les populations ont de plus cher, l'école ((tra-
vaillait » simultanément à court terme et à long terme sur le
devenir social des populations. La suite des propos du Tengsoba
confirme cette idée :
Les missionnaires blancs ont pris des enfants pour en faire des
élèves... Au début, les parents ne voulaient pas mettre leurs enfants
à l'école; il a fallu user de la force. Les prêtres ont enseigné
22 Allusion à la mort du premier Naba de Guiloungou, un des deux fils de
la légende qui parle de l'origine de ce village. A. Nyamba — Ziniaré d'hier et d'aujourd'hui... 47
aux enfants que nos fétiches étaient mauvais: si tu es malade,
tu dois te soigner à l'hôpital. Ils disaient qu'il est interdit de
faire des sacrifices, des cérémonies coutumières. Si tu tues un
poulet sur un fétiche et que tu en donnes la viande à un enfant
de leur école, ce dernier refuse d'en manger. Au départ, tous les
enfants qui étaient chez les Pères ne mangeaient pas les animaux
que nous tuions lors des cérémonies comme celle du début de la
saison des pluies, le basga...
Mais aujourd'hui tout à changé: lorsqu'il y a quelque chose,
même nous les « animistes », on nous y associe. Mais avant, si
un vieux voulait montrer le passé à son fils, il ne le pouvait pas;
tout a vraiment changé de nos jours... Les gens n'étaient pas
éveillés. Ziniaré a commencé à se développer depuis que ses fils
se sont éveillés. Ceux qui sont partis à l'école et qui ont réussi
peuvent tout faire aujourd'hui; et ils le font! Chacun peut dire
et faire ce qu'il veut... »
Et un autre informateur, entrepreneur de son état,
d'ajouter :
« J'ai fait l'école de Guiloungou. L'école de Guiloungou, c'était
d'abord une école catholique... Je ne veux pas critiquer l'ensei-
gnement actuel, mais il faut reconnaître qu'avant, à notre temps,
l'enseignement était bien. Moi qui vous parle, je me suis arrêté
au cours élémentaire, 2e année... Et je me fais bien comprendre
quand je parle, n'est-ce pas ? À l'école d'avant, avec la religion
catholique, on contraignait les enfants à être respectueux...
Aujourd'hui ?... »
L'ensemble de ces propos tend à affirmer que l'école a été
« l'arme redoutable » des missionnaires blancs dans leur entre-
prise d'évangélisation ; à côté de l'école se sont déployées des
oeuvres sociales très importantes et très marquantes, sur le plan
de l'imagination, mais aussi sur le plan des besoins matériels
des populations : les soins de santé au dispensaire, la construc-
tion de bâtiments « en dur » ou « semi-dur », l'initiation à des
formes de production agricole moderne dont le maraîchage, le
traçage de pistes et de routes plus sécurisées, l'attention aux
plus pauvres, etc.
De fait, toute une « machinerie humanitaire », tranchant
avec les solidarités traditionnelles connues des populations,
s'est mise en route, écrasant quelques velléités de résistance